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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mardi 1 mai 2007 2 01 /05 /Mai /2007 01:07

" Il est toujours jeune, à moins qu'il n'ai seulement toujours l'air d'être jeune. Il ne porte pas de décorations : il étale un insigne du club. Car il aime qu'on lui trouve l'esprit de solidarité et qu'on exalte sa largeur de vues. Il n'a pas d'enfant. Cela tient sans doute à ce que sa femme est toujours en Europe quand il est en Amérique, et inversement.
Il gagne de l'argent, d'abord pour sa femme, ensuite pour lui-même, et enfin pour le plaisir.
Des experts l'environnent : il s'en sert beaucoup, mais il y croit peu. Il leur fait étudier les questions à fond, comme le fait l'Allemand. Mais quand ils ont fini, il extrait de leur travail, complexe et obscur, une solution claire et simple, comme le fait l'Anglais. Il est toujours à la recherche d'un prix de revient bas. Mais il n'a pas foi dans les petites économies. Il ne veut que des économies de masse, celles qu'on réalise par une adaptation meilleure des moyens au but visé. Aussi passe-t-il sa vie à s'adapter. Son usine est une entreprise de déménagement. Comme l'Allemand, il dépense beaucoup pour préparer l'avenir. Mais, à la différence de l'Allemand, c'est son argent qu'il dépense, car il en a.
Grâce à cela, et à quelques facilités naturelles, il fait de beaux bénéfices dans son entreprise. Et il y ajoute des gains importants, en spéculant sur ses propres actions. Si riche qu'il soit devenu, il n'abandonne jamais ses affaires; au contraire, il y ajoute une entreprise supplémentaire : la philanthropie.
Il connaît le monde entier, mais il n'a pas eu jusqu'ici le temps de visiter les Etats-Unis.
Il n'a pas encore eu le temps non plus d'apprendre l'histoire, ni de connaître les lettres, ni d'écouter la musique : il est si jeune ! "
 

tiré de PROPOS de O.L. BARENTON CONFISEUR d'Auguste Detoeuf éditions Seditas 

En ce temps de grand débat national je vous offre aujourd'hui et demain deux textes d'Auguste Detoeuf sur les industriels : un américain puis un français. Même si le temps a fait son oeuvre, je le leur trouve toujours un parfum d'actualité. Dans le texte prochain sur le français vous pourrez jouer au jeu de la substitution : remplacez industriel par n... et le texte retrouvera beaucoup de fraicheur.
Auguste Detoeuf 1883-1947 était un industriel français. Polytechnicien et IG des Ponts et Chaussées. PDG de Thomson-Houston puis de 1928 à 1940 le premier président d'Alstom. Comme l'écrit Pierre Brisson du Figaro dans sa préface de l'édition de 1947 " il était doué - ou affligé peut-être - d'une âme fraternelle "Ce fut un essayiste pertinent et impertinent comme je les aime. Bonne lecture 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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