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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 00:06


Je vous propose ce matin de lire l'analyse très intéressante d'une journaliste du Monde, Sandrine Blanchard, titré : " La santé publique et les risques de la vie " à propos de la mise en ligne par l'Institut National du Cancer sur son site Internet des conclusions de l'expertise collective * sur "alcool et risque de cancer. La journalistes souligne d'entrée que celles-ci "pourront paraître excessives et déprimantes".

* voir la définition ci-dessous, cette procédure a donné lieu à de très vives polémiques lorqu'elle préconisait de promouvoir le dépistage précoce des troubles mentaux de l'enfant.
La science est une chose trop sérieuse pour être confiée à des scientifiques...  

Analyse
La santé publique et les risques de la vie, par Sandrine Blanchard
LE MONDE | 05.01.08 | 13h29  •  Mis à jour le 05.01.08 | 13h29
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les connaissances
issues de la recherche biomédicale
utiles aux acteurs de la santé

 


Le site est réalisé par l'Inserm - DISC
Contact: hasenfus@vjf.inserm.fr

L'Expertise collective est une procédure d'évaluation des connaissances scientifiques existantes que l'Inserm propose à ses partenaires dans le domaine de la santé.

Elle s'appuie sur les compétences d'un réseau regroupant de nombreuses équipes de recherche travaillant dans les champs de la biologie, de la médecine et de la santé.

En développant la procédure d'expertise collective depuis 1993, l'Inserm marque sa volonté de mobiliser le formidable réservoir de compétences et de savoir-faire de la communauté scientifique pour un partage de connaissances scientifiques avec les acteurs de la santé.

Pour plus d'informations :
Service commun d'expertise collective de l'Inserm - SC14
Directrice : Jeanne Etiemble
Faculté de Médecine Xavier Bichat 16 rue Henri Huchard - 75018 Paris
Fax : 01.44.85.61.68
E-mail : etiemble@bichat.inserm.fr

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Il est impossible de définir un niveau de consommation d'alcool qui n'aurait pas d'effet sur la santé. Les conclusions de l'expertise collective sur "alcool et risque de cancer", mis en ligne le 12 décembre sur le site de l'Institut national du cancer (INCA), pourront paraître excessives et déprimantes (Le Monde du 20 décembre). Car voilà une étude scientifique qui nous dit que boire même avec modération augmente le risque de cancer.

 


 
Quelques jours après l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer dans tous les lieux de convivialité, un légitime ras le bol peut s'emparer du grand public face à des messages de santé publique que certains considéreront comme trop "moralisateurs", trop "hygiénistes" voire "liberticides". Il ne faut plus fumer, ne plus boire, ne plus manger trop gras, trop salé, trop sucré... "Vivre tue", répliqueront les plus excédés, qui voient derrière ces recommandations une triste vie d'ascète et s'étonnent que la pollution ou le stress au travail ne soient pas aussi cités dans les causes de cancer.

Il est toujours difficile d'entendre dire que ce qui peut être un plaisir de la vie - un apéro, une bonne bouteille - accroît le risque de maladies graves. Mais le problème de l'alcool, substance psychoactive préférée des Français, est une réalité. Bien que la consommation ait largement diminué depuis les années 1960, l'alcool demeure, après le tabac, la deuxième cause évitable de mortalité avec quelque 45 000 décès annuels, parmi lesquels les cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx, oesophage) arrivent largement en tête.

C'est en 1987 que la loi Barzach a rendu obligatoire la mention "à consommer avec modération" sur toutes les publicités pour les boissons alcoolisées. En 1991, la loi Evin a durci la législation en imposant l'avertissement sanitaire : "L'abus d'alcool est dangereux pour la santé." Mais, au lieu de remplacer l'ancien message par le nouveau, les annonceurs ont juxtaposé les deux, laissant les consommateurs se débrouiller avec cette phrase pour le moins difficile à interpréter, chacun ayant sa propre vision du terme "modération". Chaque fumeur sait combien il consomme de cigarettes par jour. Mais qui sait précisément combien de verres il a bu après une soirée, ou quel est le niveau de sa consommation hebdomadaire ?

L'alcool, au même titre que la cigarette, peut entraîner, sans qu'on y prenne garde, un phénomène de dépendance. On commence à boire un verre de temps en temps en rentrant du boulot, puis quelquefois au déjeuner, puis chaque soir, et, sans forcément se l'avouer, on ne peut plus s'en passer. On se rassure en se disant que ce ne sont que quelques verres. Selon un sondage Ipsos publié le 20 décembre 2007 par la Fédération française des spiritueux (FFS), la moitié des Français pensent, à tort, qu'il y a plus d'alcool dans une dose classique de whisky (3 cl) que dans une bière de 25 cl ou un verre de vin de 10 cl. Or chacun de ces volumes de boisson équivaut à 10 grammes d'alcool.

Face aux dégâts liés à la consommation de boissons alcoolisées - qu'il s'agisse des cancers mais aussi des affections digestives ou des maladies cardio-vasculaires -, on peut objectivement constater que ce sujet fait beaucoup moins l'objet de campagnes de prévention que la lutte contre le tabagisme. Qui se souvient encore des Etats généraux de l'alcool organisés par le gouvernement Villepin en décembre 2006 ? Ou du rapport d'Hervé Chabalier - le directeur de l'agence Capa qui révéla dans un livre à succès (Le Dernier pour la route, Robert Laffont, 2004) son passé d'alcoolique - proposant de "dénormaliser" l'alcool et remis en novembre 2005 au ministre de la santé ? Et à quoi ont servi les rencontres parlementaires de juin 2006 intitulées "L'alcool en France : un coût dénié" au cours desquelles le professeur Didier Houssin, directeur général de la santé, regrettait qu'"on s'accroche aux soi-disant bénéfices d'une consommation faible d'alcool" ? Enfin, où sont les mesures censées répondre à l'objectif fixé dans la loi de santé publique d'août 2004 de réduire de 20 % la consommation d'alcool par habitant d'ici à... 2008 !

 

RAS LE BOL DE CES "AYATOLLAHS"

 

Bien sûr il y a une différence entre un verre de temps en temps et une consommation régulière, comme entre deux cigarettes par jour et un paquet. Il n'est pas question d'être prohibitionniste, mais d'informer sur les risques. Reste qu'il y a la façon de le dire. L'expertise collective publiée par l'INCA donne le sentiment que le mieux serait de bannir l'alcool de notre quotidien. Ras le bol de ces "ayatollahs" de la santé publique !, s'emporteront certains. Un peu comme les enfants à qui on interdit tout, on a parfois envie, face à toutes ces recommandations qui pleuvent pour protéger notre santé, de reprendre un verre ou d'allumer une nouvelle cigarette. Qui aurait pu penser il y a quelques années que les pouvoirs publics évoqueraient désormais la mortalité par "tabagisme passif" pour interdire de fumer dans tous les lieux publics ? L'alcool a lui aussi ses dégâts collatéraux : sur les routes et dans les actes de violence, notamment conjugale, qu'il peut susciter.

Quant aux "ayatollahs", ils sont aussi du côté des alcooliers, qui ne cessent leur lobbying auprès des parlementaires pour tenter de détricoter la loi Evin, et déploient leur savoir-faire pour capter de nouveaux consommateurs parmi les jeunes en lançant de nouvelles bières fortement alcoolisées et autres "prémix" (mélange de jus de fruit et d'alcool fort) ou en sponsorisant des soirées.

Dans un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), le professeur Houssin appelait de ses voeux, en septembre 2006, "une politique de santé publique à la hauteur des enjeux posés par l'alcool". L'expertise collective de l'INCA n'a même pas donné lieu à une conférence de presse. Pas un mot du ministère de la santé sur cette étude pourtant élaborée dans le cadre des Etats généraux de l'alcool dont l'un des objectifs était de "mettre à la portée de tous des informations claires, précises et validées scientifiquement pour permettre à chacun d'être acteur de sa santé". Informer le public, c'est bien tout l'enjeu de la prévention.

On nous serine depuis des mois qu'il faut manger cinq fruits et légumes par jour et qu'il faut avoir une activité physique quotidienne. Peu de gens parviennent à suivre à la lettre ces recommandations mais, inconsciemment, ces messages de prévention jouent sur les attitudes. Petit à petit, on se met à porter davantage d'attention au contenu de notre assiette. Les scientifiques nous livrent la réalité des statistiques, qu'elles soient ou non agréables à entendre. A chacun d'entre nous ensuite d'adapter ses habitudes, en toute liberté mais en toute connaissance de cause. 

   
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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 00:06
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Françoise Laborde c'est le sourire et la bonne humeur des journaux de la 2. C'est une journaliste, une vraie professionnelle. C'est une amie aussi. Au temps des marathons bruxellois, alors que nous négocions, avec Rocard et Dumas, l'élargissement de la Communauté à l'Espagne et au Portugal, dans la salle de presse, en buvant l'affreux café communautaire, nous refaisions le monde et la viticulture française. Avec elle le tu est de rigueur. Françoise écrit aussi des livres, voir sa bibliographie sur le site de la FNAC
http://www3.fnac.com/item/author.do?id=282062

Question 1 : Françoise tu es une épicurienne, comme on le dit dit chez nous une bonne vivante. Normal lorsqu’on est né, comme toi, à St Mont dans le Gers, avoir le goût des bons produits, ceux qui tiennent au corps et réjouissent l’âme est dans l’ordre des choses. C’est naturel. Alors, dis-moi comment le goût du vin vient aux filles ?
 
Petite fille j’adorais les cerises à l’eau-de-vie - de l’Armagnac bien sûr- de notre voisine Marie-Thérèse. C’était bien sûr l’interdit, la transgression ; le sucré et le doux alors que c’était fort, costaud. C’est sans doute pour cela que je n’aime que les vins très charpentés, les vins tanniques, pas des vins de filles. Pour moi un vin doit avoir du corps, se mâcher avant d’être bu. Le vin dans mon imaginaire c’est le rouge profond qui tire sur le noir. Ma préférence va au Tannat car la beauté de ce cépage c’est que, s’il est mal vinifié, il est imbuvable mais, s’il est entre de bonnes mains, il se révèle magnifique. C’est comme pour la préparation du gibier : le pire ou le meilleur. Comme tu peux le constater je n’entre pas vraiment dans les canons de la mode des vins au féminin. Je ne suis aussi pas très portée sur les blancs, sauf les liquoreux. Toujours sans doute le souvenir des cerises à l’eau-de-vie de Marie-Thérèse…
 
Question 2 : Avec un tel bagage culturel ne serais-tu pas un peu cocardière Françoise ? Les vins du Nouveau Monde ça te défrise ?
 
Pas du tout, mon Tannat ce n'est pas que le Madiran, je l’aime aussi lorsqu’il est Chilien ou de la Rioja et, même si je ne vais pas me faire que des amis, j’estime que l’irruption des vins du Nouveau Monde dans notre univers du vin a été une bonne chose car ils bousculent nos certitudes et notre fâcheuse tendance à nous considérer comme la lumière qui éclaire le Monde. Ça nous rabaisse un peu notre caquet. De bons vins on en trouve partout dans le monde, y compris dans celui qu'on qualifie de Nouveau. Avec notre temps de retard habituel, notre sens inné de l’anticipation nous allons devoir nous remuer. Notre suffisance me consterne. Dans les cercles que je fréquente, où beaucoup se piquent d’être des connaisseurs, je suis stupéfaite de constater que très peu de gens sont capables de goûter et d’apprécier le vin. On peut leur servir à peu près n’importe quoi, du vin bouchonné par exemple ou un mauvais champagne, sans qu’ils n'émettent une quelconque appréciation négative. Les Français grands connaisseurs de vin c’est en bonne partie une légende. Dans ce domaine, comme dans d’autres il n’y a pas de supériorité française.
     
Question 3 : Alors, chère Françoise, on peut donc te classer dans la catégorie des « amateurs » de bons vins, ceux que l’on apprécie pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on dit qu’ils sont, raconte-nous tes meilleurs vins.
 
Les meilleurs vins que j’ai bu ce sont les grands Bordeaux qu’on pouvait se payer lorsqu’on était jeunes. À 25 ans on s’achetait une belle bouteille de Latour et on se la gardait pour se la boire plus tard. Maintenant ils sont hors de prix, les prix sont devenus fous, ça me rend triste. Triste pour mes enfants. Nous sommes la dernière génération de gens normaux. Le vin n’est pas, et ne sera jamais pour moi un produit de luxe. Le vin c’est la convivialité, c’est la multiplicité des moments, c’est la diversité des lieux de sa découverte : des adresses de caves au fin fond de l’Italie, des bars à vin du bout du monde, des petits restaus dans des villages perdus : à chaque heure son plaisir. Tu vois Jacques avec les vins c’est un peu comme avec les moniteurs de ski qui nous semblent magnifiques sur les pistes de Courchevel mais qui, une fois que nous sommes rentrés à Paris, nous apparaissent souvent bien quelconques. En amour il ne faut jamais avoir de certitudes...
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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 00:03
Ce grand con de Hortz, avec mon accord bien sûr, par l’entremise de son copain Dragan Markovic, un serbe doté d’une sale gueule d’oustachi qui traînait ses mocassins vernis dans les officines barbouzardes, plaçait Sylvie dans des soirées qui se terminaient en parties fines dans des suites d’hôtels ou des appartements du triangle d’or. Ça m’arrangeait plutôt, ça me permettait de faire l’autruche, ça me dispensait de faire l’amour à Sylvie puisqu’elle n’était jamais là quand j’étais là. Le dimanche, son jour de relâche, je m’inventais des gardes et je partais rejoindre les Bourrassaud qui me dorlotaient en me laissant flemmarder au lit jusqu’au début de l’après-midi. Après ma douche et ma mise en costard-cravate, exigence absolue de Marie-Jo : le dimanche, même entre soi, on se sape, nous déjeunions sous la terrasse au milieu des plantes et des fleurs que le commissaire bichonnait de sa main verte. Cuisine de femme, vin de mec, table impeccablement dressée, je retrouvais le parfum de maman et je terminais toujours nos agapes dans un no man’s land où se croisaient mes souvenirs heureux et l’inanité de mes jours présents. En fin de repas, il m’arrivait de pleurer, doucement. Les Bourrassaud qui ignoraient tout de ma vie d’avant me contemplaient avec tendresse, comme un enfant inconsolable pour qui les mots sont inutiles. Après le café Bourrassaud s’assoupissait dans son fauteuil. Marie-Jo aurait pu en profiter pour nous inventer un de ses jeux pervers, comme faire l’amour sur la table de la cuisine entre les piles d’assiettes desservies, ce qu’elle ne fit jamais. Non, elle passait son manteau à col de lapin, enveloppait ses cheveux dans un foulard de soie, glissait son bras sous le mien et nous partions marcher en silence dans les rues sans âme des cités du Blanc-Mesnil. Un dimanche, l’un des derniers avant la tempête, alors que nous longions un parking réceptacle de nos ébats nocturnes, je lui ai dit : « Tu me fais penser à maman lorsqu’elle se rendait à l’église… » Marie-Jo a eu la larme à l’œil et s’est fait pesante à mon bras.
 
Depuis plus d’une semaine Sylvie filait le parfait amour je ne sais où avec je ne sais qui. Pas un coup de fil, rien, si ce n’est une visite de cet emplâtre de Hortz qui avait fait semblant de venir aux nouvelles. Je sentais qu’il bichait le salaud. Il venait de s’acheter un long manteau noir cintré avec un col en renard argenté et portait beau. En entrant, d’un geste, qui se voulait distingué, cette petite frappe déposait son petit chapeau tyrolien gris souris, ses gants de pécari et sa canne à pommeau sur l’un des nombreux guéridons enjuponnées dont raffolait Sylvie. Ma tenue négligée, un vieux survêtement, faisait tache. Je profitai de mon désavantage apparent pour le retourner. « Les affaires marchent bien on dirait… » Tel un paon qui fait la roue devant un goret Hortz fit une demi-volte « tu aimes ? »
-         J’adore ! C’est d’un chic
-         Tu te fous de ma gueule.
-         Ai-je l’air de me foutre de ta gueule excellence ?
-         Pas vraiment, je sais que t’as du goût...
-         Un rien t’habille, toi c’est la classe naturelle je t’assure.
Ce con se rengorgeait. Je l’aidais à se défaire de sa pelure de maquereau. Au-dessous le Hortz faisait dans le tout cuir noir, moulé comme une saucisse, je dus faire un grand effort sur moi-même pour garder mon flegme. Pour contenir mon hilarité je continuai mon œuvre de brosse à reluire « Putain de Dieu, t’es mûr pour poser dans Vogue… Tu vas faire des ravages chez les oies blanches, le cuir ça les fait mouiller ces salopes en kilt et collier de perles. T’as tout du prédateur mec… » En déposant son cul sur le canapé, avec des précautions de midinette, je le sentais, le Hortz n’en pouvait plus et dans le pois chiche qui lui tenait de cerveau l’envie irrépressible de me faire plaisir atteignait le point de fusion. À point il lâchait le morceau « Faut que je te dise, avec Sylvie on a ferré un gros poisson, on va se faire des couilles en or… »   
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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 00:03

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AMBITION :

" Les femmes qui veulent être l'égale des hommes manquent sérieusement d'ambition."

Jean-Marc Reiser

L'EXPERIENCE :

" L'expérience est un peigne que vous donne la vie quand vous êtes devenu chauve. "

Bertrand Blier

SEUL adj.:

" En mauvaise compagnie. "

Ambrose Bierce " dictionnaire du diable"

L'HOMME :

" Je crois parfois que Dieu en créant l'homme à quelque peu surestimé ses capacités. "

Oscar Wilde

LE RIRE :

" Le rire désarme, ne l'oublions pas. "

Pierre Dac 

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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 00:03


Je livre à votre réflexion matinale ce texte de Gilles Lipovetsky extrait des Nouvelles Mythologies sous la direction de Jérôme Garcin publié au Seuil en référence au recueil de 53 chroniques de Roland Barthes parues au Seuil en février 1957 sous le titre Mythologies. 
Il apporte une contribution intéressante dans nos débats actuels sur le retour des vins d'AOC à leur socle identitaire. Bonne lecture.
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"La société d'hyperconsommation est paradoxale : tandis que triomphent le culte du nouveau et la logique généralisée de la mode (image, spectacle, séduction médiatique, jeux et loisirs), on voit se développer, à rebours de cette espèce de frivolité structurelle, tout un imaginaire social de l'authentique. On en constate chaque jour les effets : c'est la quête des "racines" et la prolifération des musées et des écomusées (pas une petite ville qui n'ait son écomusée, comme ce musée de la Crêpe de Bretagne). C'est le culte du patrimoine, avec ses quartiers réhabilités, ses immeubles ravalés, ses hangars reconvertis ; sans parler du succès des brocantes, un des loisirs les plus prisés des Français. C'est, aussi, la mode du vintage. La logique de l'authentique innerve de nombreux secteurs, y compris alimentaires avec ses appellations d'origine protégée qui assurent le consommateur de l'authenticité des produits. On n'en finirait pas, à vrai dire, de recenser toutes les manifestations de cette soif d'authenticité. Il faudrait parler également du développement touristique des voyages dans des contrées "sauvages" ou de l'intrusion du "parler vrai" dans le politique, ainsi que du succès des discours et référenciels identitaires. Le retour du religieux y participe, en ce qu'il fait signe aux "vraies" valeurs contre la société frelatée, gouvernée par l'éphémère, le superficiel et l'artifice. L'immémorial contre l'impermanence : les deux mouvements, bien sûr, se nourrissent, la poussée du frivole favorisant celle de l'authentique.
Cet imaginaire naît de l'anxiété liée à la modernisation effrénée de nos sociétés, à l'escalade technico-scientifique, aux nouveaux périls pesant sur la planète. Il traduit une nostalgie du passé qu'on idéalise, d'un temps qui ne se dévorait pas lui-même, mais où l'on savait mieux vivre. une illusion, sans doute, qui s'accompagne d'un regard critique sur notre univers insipide, stéréotypé, où sont éradiqués la sociabilité et les sens et où règne en revanche la dictature du marché et des marques. L'authentique compense par sa chaleur, ce défaut de racines et d'humanité. C'est un imaginaire protecteur qui évoque un monde à l'abri de ces désastres.
Cette soif d'authenticité traduit-elle une pensée rétrograde, une revitalisation de l'esprit de tradirion ? Nullement : elle correspond à l'épuisement de l'idéal du bien-être tel qu'il s'est construit au cours des Trente Glorieuses en même temps qu'une nouvelle exigence de mieux-être à l'heure où la voiture, la télé, la salle de bains sont diffusées dans toutes les couches sociales. L'authentique n'est pas l'autre de l'hypermodernité : il n'est que l'une de ses faces, l'une des manifestations du nouveau visage du bien-être, le bien-être émotionnel chargé d'attentes sensitives et de résonnances culturelles et psychologiques. Un bien-être au carré, non plus simplement fonctionnel, mais mémoriel et écologique, qualitatif et esthétique au service de l'affirmation de l'individualité. Ironie des choses : le culte de l'authentique qui remonte à Rousseau, et qui a nourri la contre-culture, via Heidegger, s'est développé dans les années 1960-1970 contre le bourgeoisisme et les conventions "oppressives". Nous n'en sommes plus là : délesté de toute portée protestataire, le culte de l'authenticité apparaît comme la nouvelle manière de rêver et d'acheter de l'Homa consumericus contemporain."

Gilles Lipovetsky

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3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 00:03

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Tout d'abord merci à mon ami Joseph Bonnemaire, aveyronnais élégant et raffiné, réfugié à Dijon, d'avoir été le maître de Jocelyne Porcher* - c'est elle qui le dit et t'en remercie d'ailleurs cher Joseph - qui, tout comme toi, aime nos bêtes, celles des prés et des cours de fermes, vaches et cochons.

 

Dans un petit opus Être Bête, co-écrit avec Vinciane Despret, que j'ai acheté à ma sortie de la magnifique et instructive exposition Bêtes et Hommes à la Grande Halle de la Villette, elle m'a fait prendre conscience que le fait d'avoir gardé dans ma jeunesse les vaches du pépé Louis, Normandes aux yeux tendres, Parthenaises efflanquées et courageuses, et bien sûr ma préférée : la vieille Fidèle, aveugle, qui cheminait à mes côtés, le mufle collé à mes flancs, doucement, le pis lourd, heureuse de rentrer dans la tiède chaleur de l'étable du pépé. Chemin faisant nous devisions. Elle m'a donné le respect de la différence, le goût des choses simples, l'art de perdre son temps à écouter, à comprendre. Compagne de mes jours heureux de sauvageon, ma Fidèle méritait bien que des " "filles" savantes rendent hommage à sa sensibilité. Merci donc ; l'opus est publié par Actes Sud, 106 petites pages, à lire au même rythme que les pas de ma Fidèle, paisible et lent. C'est conceptuel en diable mais bougrement revigorant. Paroles est donnée à ceux qui élèvent les bêtes, je vous en livre quelques extraits...

* certains patronymes sont prédestinés. J'en profite pour rappeler à Joseph que notre cher Ministre soutenait que certains professionnels avaient la tête de leur emploi : tel le président de la CGB Georges Garinois...

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Parmi les vaches de Bruno Greindl, " il y a les petites moches débrouillardes qui sont dans leur coin, qui mènent leur vie de leur côté sans se faire remarquer". Il y a aussi  les "grandes gueules, toujours les premières" et "les vieilles qui connaissent la chanson, qui ne se précipitent pas parce qu'elles savent"
Elle (la meneuse) remplit plusieurs rôles. Elle prend en charge de conduire le groupe et décide des déplacements. Les éleveurs disent d'elle qu'elle assure le calme et qu'elle peut tempérer l'inquiétude de ses congénères quand il y a lieu. La meneuse a généralement la confiance du groupe ; elle émerge du troupeau de manière consensuelle, notamment à cause de ses qualités particulières. Elle a de l'expérience, c'est souvent la vache la plus âgée. Souvent gourmande, toujours curieuse et avide d'explorer, c'est une vache "prête à faire des expériences", une vache "qui prend des risques". C'est surtout une vache indépendante et qui a du tempérament.

"On rit parfois, raconte André Louvigny, du regard bovin de certaines personnes. Mais lorsqu'un groupe de bovins, en hiver, est dans des conditions de bien-être alimentaire et paillé et tout ça, et que tu entends qu'il pleut dehors, ça repose de les voir là. Tu dirais, en les voyant regarder par la porte alors qu'il pleut, qu'elles te remercient."


Quand la fille de l'éleveur Philippe Roucan s'installe à Toulouse pour y poursuivre ses études, il accroche au mur de son appartement une photo des Salers."Je lui ai dit : c'est pour te rappeler premièrement d'où tu viens et, deuxièmement, que si tu es là, c'est aussi grâce à elles. Et que si on peut te permettre de faire des études, c'est elles qui vont en payer une bonne partie."

Je me reconnais dans tout ce qui est dit. Et sachez, chers amis du vin, comme le disent les filles savantes  "on ne connaît que ce qu'on aime." alors peut-être comprendrez-vous que, grâce aux vaches de pépé Louis, j'ai beaucoup appris même à vous comprendre chers amis. 

Vaches.jpg Labour dans l'Aubrac pour toi cher Joseph en souvenir de l'aligot partagé chez Germaine en compagnie d'André Valadier...

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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 00:07


Avant de m'attaquer à la lecture d'un ouvrage de chercheurs j'ai pour habitude de le parcourir en diagonale, de picorer par ci par là des phrases, des notes en bas de page, des titres et je jette aussi un oeil sur les tableaux de chiffres. Tel a été mon approche d'un opus très sérieux : Vin et Politique Bordeaux, la France, la mondialisation publié par les presses Sciences Po, ayant pour auteurs Andy Smith, Jacques de Maillard et Olivier Costa. Du sérieux donc...

Dans ma lecture rapide de la courte introduction, une note de bas de page attire mon attention " Dire que l'on travaille sur le vin, surtout quand deux d'entre nous résident à Bordeaux et que le troisième en est originaire, suscite des sourires complices. Disons-le d'emblée, le choix de ce "terrain" n'est pas anodin. Travailler sur le vin, c'était pour chacun d'entre nous l'occasion d'aborder sur un mode scientifique un domaine qu'il connaît bien à d'autres titres. Il nous semble cependant qu'il y a une véritable plus-value à porter un regard de science politique sur la question des politiques vitivinicoles, volontairement croisée ici avec la représentation professionnelle des intérêts." Fort bien, me dis-je, quelle chance nous avons de pouvoir compter sur ces gens sérieux du sérail qui se meuvent avec aisance, tels des poissons dans l'eau du bocal de l'establishment de Bordeaux. Nous allons enfin comprendre ce qui se passe dans cette belle région !

Je continue donc mon butinage et, page 241, je tombe sur le tableau 22 : Les principales maisons du négoce bordelais et là je suis à deux doigts de tomber de ma chaise. Que lis-je ?
Wine-kado-copie-3.jpg
 
- que Castel est la propriété d'Unicoop ;
- que CVBG est la propriété de Bols ;
- que Cordier-Mestrezat est la propriété de Remy-Cointreau ;
- qu'Yvon Mau est la propriété d'Yvon Mau SA.

Très bien documenté nos amis de Sciences-Po ! Leur source, bien ancienne, 2003, tiré de Réjalot et des sites internet des entreprises, est fausse et obsolète. Sans vouloir les offenser je leur signale :

- que Castel est la propriété de Pierre Castel ;
- que CVBG était contrôlée par la holding Modus et dont la majorité vient d'être cédée par ses actionnaires, emmenés par JM Chadronnier, au groupe champenois Thiénot ;
- que Cordier-Mestrezat est depuis un petit bout de temps entre les mains du groupe coopératif Val d'Orbieu associé à TAG ;
- qu'Yvon Mau est contrôlé par le groupe espagnol Freixenet et que JF Mau lui-même a quitté la direction de la société.
- que Philippe de Rothschild SA est la propriété de Philippine de Rotchschild.

J'ajoute pour faire bon poids, qu'il eut été intéressant de signaler que LGCF, le groupe alsacien de Joseph Helfrich, à la suite de ses dernières acquisitions : Dulong et Calvet, est l'un des premiers opérateurs de vin de Bordeaux avec Castel...

Bref, pour des bordelais qui disent bien connaître le marigot il me semble tout de même un peu léger de publier un tel tissu d'erreurs. Sans préjuger, bien sûr, de la qualité de leurs travaux, dont je rendrai compte après lecture approfondie de l'ouvrage, de telles approximations laissent à penser qu'ils ne sont pas allés vraiment se frotter au réel, qu'ils se sont contentés d'une approche très universitaire privilégiant les sources papiers sur le contact avec les vrais décideurs. Détails me rétorquera-t-on, sans réels effets sur le sérieux de l'étude. Je peux en convenir mais quand on traite de gouvernance d'une grande industrie comme celle du vin, à Bordeaux qui plus est, quand les résultats de recherche appellent à une réflexion sur le rôle de l'action collective et des pouvoirs publics dans la régulation du secteur, on se doit de mettre des visages sur le nom des acteurs et, si possible, de les rencontrer pour donner un peu de chair et de sang à une démarche qui se veut scientifique. Alors, Pierre Castel, Joseph Helfrich, JM Chadronnier, JL Vallet et quelques autres autres auraient pu éclairer les auteurs et leur éviter de donner le sentiment de ne pas bien connaître la pâte humaine du négoce bordelais...   

  

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1 janvier 2008 2 01 /01 /janvier /2008 00:06

 

2008


année des mots bleus,


les mots des jours heureux,


les mots qu'on dit avec les yeux...


Christophe

 

Offrez-vous 4 minutes 10 de bonheur avec lui

 

 

Bonne et heureuse année 2008 


chers lecteurs, 


abordez-là avec des yeux d'enfant. 


Peignez-là de bleu d'outre-mer ! 


Faites qu'elle soit un bouquet de jours heureux, de retrouvailles autour d'une grande et belle tablée d'amitié un verre à la main...

 

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31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 00:05


Rin, j'adore ce mot bref, définitif, si expressif qu'utilisait ma grand-mère à propos de ceux qui se  tournaient les pouces : " ils font rin, rin de rin...". Mot universel pour traduire le dialecte sicilien de Camilleri dans un livre savoureux sur un "bordel" : la pension Eva. Mot que Jean Tardieu, le poète, a immortalisé dans un texte d'une pure beauté : la môme néant.


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La môme néant
 
Quoi qu’a dit ?
-         À dit rin.
 
Quoi qu’a fait ?
-         À fait rin.
 
À quoi qu’a pense ?
- À pense à rin. Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’à pense à rin ?
 
-         À `xiste pas.
 
Jean Tardieu, extrait du « Fleuve caché »
 
 
Nenè onze ans et sa cousine Angela treize ans
 
« A la première halte qu’ils firent, assis sur le divan l’un à côté de l’autre, Nenè pensa que c’était le bon moment et il demanda :

-         Tu le sais ce que ça veut dire, forniquer ?

Angela éclata d’un grand rire.

-         Qu’est-ce qui te prend ? demanda, ébahi, Nenè.

-         C’te mot, forniquer, il me donne envie de rire. C’est un mot qu’utilisent les curés ou qu’on trouve écrit dans les commandements, mais les grands disent pas comme ça.

-         Comment ils disent ?

-         C’est un gros mot.

-         C’est quoi, c’te mot des grands ?

-         Baiser. Mais il faut pas le dire à la maison, passque sinon ta mère te flanque une mornifle. Et si ça t’échappe, dis pas que c’est moi qui te l’ai dit.

Baiser lui parut vraiment un gros mot, un truc vilain et surtout très très cochon.

-         Ça peut pas s’appeler autrement ?

-         On peut dire aussi faire l’amour.

Faire l’amour lui sembla ce qu’il y avait de mieux, dans tous ces mots.

-         Et comment on fait pour faire l’amour ? Tu le sais ?

Angela le regarda d’un air ennuyé.

-Je le sais, mais j’ai pas envie de te le dire. Demande-le à un de tes copains.

- Tu es ma meilleure copine.

Du doigt, Angela montra l’entrejambe de Nenè et puis du même doigt son entrejambe à elle.

-         Quand ça, là, entre dans ça, ici, ça veut dire qu’on fait l’amour, dit-elle à toute vitesse en avalant les mots.

Nenè la contempla, abasourdi. C’était quoi, ça, un jeu pour se dégourdir la langue ? Une devinette ? Ça là, ça ici… Il y avait rin compris.
 
Extrait de la Pension Eva d’Andrea Camilleri éditions Métailié
 
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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 00:07
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Au Blanc-Mesnil, parfois, quand le vent tournait, le centre-ville sentait le bouillon Kub. Ça me changeait des effluves sucrés du Petit LU qui donnaient à nos soirées nantaises un goût d’enfance. De la zone de la Molette, coincée entre la gare de triage et les pistes du Bourget, au 192 de l’avenue Charles Floquet, les deux grandes cheminées de l’usine Maggi crachaient encore, plus pour longtemps d’ailleurs, des vapeurs chargées d’arôme de pot-au-feu et de poule au pot. Les vieux ouvriers parlaient du temps où en galoches de bois ils travaillaient dans la vapeur des énormes marmites de 1300 litres pour verser les sacs de farine végétale dans l’eau bouillante. La plupart d’entre eux, des algériens venus du même village ou issus de la même famille, terminaient leur vie, murés dans le silence et l’oubli, au sein de foyers délabrés. Ceux qui jouaient aux cartes, des cartes d’aluette, m’avaient pris en sympathie, et ils me rappelaient, avec un sourire désabusé, que lorsqu’ils étaient arrivés au Blanc-Mesnil ils étaient français et que maintenant, loin d’une Algérie qu’ils ne connaissaient pas, ils n’étaient plus rien. Je passais de longs moments à les regarder   jouer en sirotant avec eux du thé à la menthe. Depuis que le géant suisse Nestlé avait bouffé Maggi l’usine fabriquait aussi des petits pots pour bébé et tout le monde ici, mes compères algériens en premier, sentaient bien que les jours de la SAM, la société alimentaire moderne, étaient comptés. En 1969, Findus absorbé par Nestlé se met à y faire faire des crêpes fourrées et du poisson pané avant de se délocaliser à Beauvais quatre ans plus tard. Mes vieux, j’en suis sûr, ne sont pas allés voir leur usine et ses deux grandes cheminées imploser et choir dans l’herbe de la zone. Si je vous parle longuement de cette histoire c’est qu’au Blanc-Mesnil j’ai découvert le petit monde ouvrier de la Ceinture rouge de Paris et le militant de base du Parti Communiste qui veillait sur lui comme le curé de mon pays sur ses ouailles.

 

 
Affecté au commissariat de la place Gabriel Péri je coulais des jours paisibles. Mon patron, le gros et débonnaire, Bourrassaud, ne nous menait pas la vie dure et, très vite, il se prit d’une réelle affection pour moi. Ainsi je connus Marie-Jo sa pulpeuse et tendre épouse qui, elle, m’annexa pour assouvir ses fantasmes volcaniques. L’imagination de Marie-Jo ne trouvait aucune limite, avec elle je connus les joies d’une fornication débridée en des lieux incertains : les cages d’escalier, les portes cochères, les parkings d’immeubles, même les arrière-salles de café, où me disait-elle, en se réajustant après nos ébats, je devais m’estimer heureux qu’elle eut réfréné, avec beaucoup de maîtrise, les gémissements et les râles de plaisir que provoquaient mon rut. Je n’étais pas dupe de son baratin, ce qui l’excitait, la faisait jouir en des orgasmes cataclysmiques, ce n’était pas mes talents d’amant mais la crainte permanente qu’on nous surprenne. Les Bourrassaud habitaient rue d’Altricham-Sandwell dans l’une des nombreuses cités qui poussaient comme des champignons. Au Blanc-Mesnil, bien évidemment, avec l’avenue Vladimir Ilitch Lénine, les rues Maurice Audin et Paul Langevin, la rue Gorki encadrée bizarrement par celles du général Giraud et de Victor Hugo, on barbotait majoritairement dans un bouillon à la gloire des héros de la patrie du communisme et du socialisme réel. Pour ceux qui l’ignorent, André Lurçat, qui au salon d’automne de 1923 avait présenté dans la section urbanisme « une architecture simple, franche de forme et dénuée de tout ornement, avec comme technique, le béton armé, comme couverture, une terrasse… » dans les années 60 avait mis, avec un bonheur apprécié par les dirigeants communistes, ses idées en pratique au Blanc-Mesnil. Comme pour Péret au Havre, le geste architectural ne me semblait pas dénué d’intérêt, de recherche et même de respect pour l’habitant, mais l’ensemble suintait d’une gaité très proche de celle du réalisme socialisme : le genre à se flinguer les soirs d’hiver. Mes amis les vieux algériens, l’éruptive Marie-Jo meublaient vaille que faille mon ordinaire au Blanc-Mesnil et, tout aurait été comme dans le meilleur des mondes si, à Paris, ma permissivité coupable à l’endroit de Sylvie n’avait accumulé un paquet d’emmerdements dont, bien évidemment, je me souciais comme de ma première chemise.           
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