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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 15:48

Je suis un stipendié du vin industriel,

 

Prêt à vendre son âme pour un plat de lentilles arrosé d’un JP Chenet – un pays d’Oc bien sûr – corrompu jusqu’au fond de mon cœur, couvert de cadeaux – montre à 4000 euros, une broutille pour moi – de dessous de table, de pots de vin, d’argent sale, je me vautre dans la débauche, le stupre et la fornication, fréquentant les palaces, n’empruntant que des jets privés ou la buiseness class, faisant table ouverte matin, midi et soir aux tables étoilées, ne buvant que des grands crus classés, ou à l’occasion pour la gloire du terroir je me tape des vins à 80 patates, des cousus mains, comme y disent des vins de propriétaires, fumant des barreaux de chaise, m’empiffrant de caviar et de canapés truffés, j’ai, en bon soixante-huitard félon, piétiné avec frénésie les pétales fanés de la rose socialiste, abjuré avant que le coq ne chanta trois fois mes convictions de jeunesse pour revêtir la pelisse douillette des chiens de garde du grand capital. Á la soupe disait Poujade ! Se goinfrer ! Je suis le fils naturel de Cohn-Bendit et de Laurence Parisot. Comme je ne suis pas très éveillé j’ai mais 60 ans pour en arriver là.

 

Bref me voilà habillé pour l’hiver un jour de canicule. Insensible, hautain, méprisant, je forme chaque matin des vœux pour transformer notre beau Languedoc en usine à vin avec des vignerons payés à coups de pieds au cul comme de vulgaires chinois de Chine ou du 13ième arrondissement, sous smicards, entassés dans des masures pourries, exploités, tiersmondisés, réduits à chasser le sanglier et à faire leurs courses au hard-discount. Bien entendu, dans un même mouvement d’indifférence, à midi à l’Archestrate d'Alain Passard, ma cantine, tel un dégraisseur en costard d’une multinationale anonyme, je me tamponne la coquillette des dégâts causés à l’environnement, aux paysages, aux villages et aux hameaux. Faut que ça pisse mes cocos car le fonds de pension qui m’engraisse veut des retours sur investissement aussi épais que le salaire des joueurs de foot. Enfin le soir, avant d’aller me goberger dans les lieux branchés avec Beigbeder et ses frères, je m’envoie derrière la cravate du Dom Pérignon que les gars d’Atlanta, les gnomes de Coca Cola, me font livrer par palettes entières pour rémunérer mes bons et loyaux services. Comprenez-les ces gars, eux ça les arrange que des plumitifs se gargarisent avec la piquette industrielle des vignes, car ça fait vendre la leur.

 

Comme vous le savez peut-être le Kiravi, le Geveor, le Primior, le Préfontaines, le Vin des Rochers et autres litres étoilés occupaient en des temps reculés le haut du pavé puis siphonnés, oubliés, adieux les VCC, les expéditeurs, les embouteilleurs et consommateurs. Et puis, alors qu’il ne vendait pas une bouteille de vin, vint des frimas de l’Est un clampin, inconnu de chez inconnu, avec une bouteille au cou tordu, qui tel la tortue de la fable, avec son air balourd, fit son chemin pour un beau matin le retrouver premier sur la ligne d’arrivée. Sur le podium, number one à l’export la maison de Petersbach. Ça a foutu beaucoup de monde en pétard. Pourtant, je puis vous assurer que moi, qui est le bras long, je n’y suis pour rien. Ben oui, y vendent beaucoup de vin ces gars-là, du vin du Languedoc surtout, ce sont des commerçants, y z’achètent pour revendre, y sont gros, y sont puissants, faut-il pour autant les clouer au pilori ? Que BK et ses frères ne soient pas des enfants de chœur, je suis le premier à la reconnaître mais que mes détracteurs m’indiquent le modus operendi pour vendre des millions de bouteilles. N’en déplaise à HB – pas human bomb bien sûr – ce n’est ni au bout de la route, ni dans les salons, ni même chez Auchan à Perpignan. Alors, que faire mes biens chers frères ?

 

Moi le stipendié – j’adore cette appellation très Troisième Répulique radicale et cassoulet – je ne fais que proposer à certains vignerons, ceux des grands volumes, de s’intéresser à leurs raisins, de s’organiser pour produire, transformer, vinifier et vendre dans les meilleures conditions économiques à ceux qui détiennent les marchés ou sont en capacité de les conquérir. Je ne les livre pas pieds et poings liés aux affreux acheteurs, ils le sont déjà. Bien au contraire, depuis toujours, je l’ai écrit, les producteurs de vins de grands volumes doivent, s’ils veulent négocier, mieux défendre leurs intérêts, se concentrer sur leur métier de base : transformer leurs raisins, être en capacité de mettre sur le marché des lots de vin dont les metteurs en marché ont besoin pour alimenter leur développement. Je n’ai jamais écrit que ce chemin serait parsemé de pétales de roses – ceux bien sûr de la rose socialiste – mais, à ma connaissance, personne n’est en capacité d’en proposer un autre. On peut toujours rêver d’un monde idéal mais se colleter à la réalité, influer sur le rapport de forces, s’organiser, c’est difficile mais c’est ce qui fait avancer le monde. Pour le reste s’adresser au facteur de Neuilly.

 

Comme à l’accoutumé je me laisse emporter par ma plume et je vous ressers une nouvelle fois mes plats. Pardonnez-moi, à mon âge on ne change pas. Comme j’ai la pépie je vais aller me concocter un blanc limé bien frais. Un vin de soif à deux balles c'est le paradis même pour un stipendié. Je vous souhaite une bonne journée à tous.

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 00:03

Lundi matin, le 24 du mois de juin, j'ai pris le TGV qui m'a déposé deux heures après à la gare de Beaune. Je suis allé à pied rue des Cordeliers. Dieu quelle paix en cette belle cité, j'éprouvais un sentiment de sérénité, de plus comme le soleil montait je me réjouissais que ça allait être une bonne journée. La matinée fut bien occupée à échanger : pour écrire il faut nourrir sa pensée donc écouter. L'heure du déjeuner fut conviviale aux caves de la Madeleine où le patron parle, comme j'aime, du vin avec simplicité et pertinence. Il ne fait pas qu'en parler, il sait saisir les désirs de ses clients : le St Aubin « sur le ban » (ce n’est pas un 1er cru) 2006 de chez Catherine et Dominique Derain se révèlait conforme à mes désirs. L'heure de l'AG du BIVB, Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne étant venu nous gagnâmes pédestrement la salle de la Comédie du Vin. Quelle belle appellation ! Des mains serrées, remerciements au président Paul-Louis Gagey de m'avoir invité, puis c'est François le connétable de Bourgogne toujours à son aise au milieu des vignerons. Déroulement classique d'une AG menée de main de maître par le président Gagey puis vint le temps des exposés débat sur un sujet qui me mettait l'eau à la bouche : " Agrément, typicité et marchés" avec Yves Bénard, le président du CN Vins et eaux-de-vie de l'INAO, Christelle Mercier de l'INAO Dijon, Yves Le Fur de l'UMR Flavic (Flaveur Vision, Comportement) de l'Université de Bourgogne, Antoine Gerbelle de la RVF et Claire Naudin vigneronne Présidente de la commission suivi aval qualité du BIVB. C'est à elle que je donne la parole ce matin car, je dois vous avouer, qu'elle seule à su revenir à l'essentiel sur le sujet de la fameuse typicité alors que les exposés de Christelle Mercier et d'Yves Le Fur m'ont empli d'un effroi profond. Si je m'en remets je consacrerai une chronique à leurs propos qui confortent mes craintes exprimées dans deux de mes Chroniques :
" CAC 51 : le croskill de la qualité des AOC "
http://www.berthomeau.com/article-20287518.html et
" La valeur des mots : appellation d'origine contrôlée quel contrôle ? "
 
http://www.berthomeau.com/article-20320269.html



Je donne donc la parole à Claire Naudin :

 

" Maintenant je parlerai à titre plus personnel, de ces notions de qualité, de typicité et de marchés.

Investie depuis longtemps dans l’agrément des vins des Hautes-Côtes, ces sujets m’intéressent. D’ailleurs j’ai participé au comité de pilotage de la réforme, aux côtés de Patrick Hudelot et depuis 2 ans. Avec 15 années de recul dans ce métier, 15 années à travailler la vigne et à explorer des voies en vinification, j’en suis arrivée à redécouvrir des conclusions d’une simplicité redoutable.

Pour faire de grands vins, il faut :

-         1 mettre en cuve ou presser un raisin mur, sain, et le plus intègre possible.

            Concernant la maturité, en 1582 dans la première édition de la Maison Rustique, p 330, on peut lire :

            « Maturité du raisin, que l’on connaîtra quand le raisin noircit, quand les pépins du grain se montrent noirs et demeurent tout nus, et séparés entièrement de la pulpe du raisin ».

 

Simple mais suffisant !

-         2 un terroir à fort potentiel : en Bourgogne nous sommes gâtés, pourtant nous oublions souvent à quel point c’est un privilège de travailler sur de tels terroirs, pour nous plaindre de la charge que ça représente.

 

-         3 un savoir faire : et nous touchons au cœur du problème. Cette notion parait simple, pourtant, la question à se poser est bien celle des limites de l’interventionnisme en AOC…

Mais aussi les limites de l’interventionnisme des cahiers des charges.

 

Ces trois fondamentaux sont à la fois immuables, puisque avérés depuis des siècles, et universels : j’ai souvent constaté que ces valeurs simples sont partagées par un grand nombre de vinificateurs, de l’ancien comme du nouveau monde.

Et ils permettent des interprétations illimitées, susceptibles de traverser les siècles.

Or jusque là rien n’est écrit, ou si peu…

Et ça fonctionne…

 

Le fait d’écrire en détail ce qui doit être fait, peut totalement stériliser ce processus.

La notion de typicité est intrinsèquement temporelle.

Je prendrai 2 petits exemples :

-         en 1708, dans la maison rustique toujours, sur la façon de cuver, on peut lire page 440:

      «  Il faut considérer l’espèce de vin, c'est-à-dire s’il est fin ou grossier : s’il est fin, et par conséquent beaucoup plus rempli d’esprit qu’un autre qui a plus de corps, quatre ou cinq heures de cuve suffisent si nous voulons qu’il soit bien rouge (…).

            Si le vin est grossier, c'est-à-dire moins spiritueux et moins sevé, on l’y laisse un jour entier, et même au bout de ce temps, si l’on juge qu’il n’a pas assez cuvé, on retardera encore à le mettre sur le pressoir, car ces sortes de vin n’acquièrent leur mérite que par le corps qu’ils prennent dans la cuve, n’ayant que très peu de qualité d’ailleurs. ».

-         Dans les années 90, dans une quête de qualité, sont apparues les techniques extractives (macération à froid ou sulfitiques, enzymage, délestages, extraction à la glace carbonique, etc.…).

Entre ces deux extrêmes tous les intermédiaires existent, et désormais tous peuvent se revendiquer d’une tradition. Encore un petit exemple…

En 1893, dans ‘l’Histoire de Chenôve, par Henri MARC, on peut lire page 159 que

« Pendant tout le temps que le clos du Roi appartint à la couronne, les vins qu’on y récoltait eurent une très haute réputation. On y faisait des vins cuits également très estimés. Presque tous les vignerons ou propriétaires en faisaient une certaine quantité qu’on désignait sous le nom de galant, depuis le 13ème ou le 14ème siècle, ceux-ci étant intermédiaires entre les vins de paille et les vins liquoreux. (…).Ils se préparaient (…) avec des raisins blancs et de choix. ».

Notre histoire œnologique n’est pas aussi linéaire qu’on veut bien le croire. Elle a été mouvementée et le sera probablement encore…

S‘enfermer dan un schéma, ou même un ensemble de schémas, sous prétexte qu’ils sont le schéma moyen, ou même considéré comme optimal, d’une décennie ou même d’une génération, c’est à mon avis prendre le risque de disparaître à moyen terme.

 

En conclusion,

Il me semble illusoire voire stérile de figer nos pratiques, par des textes d’une précision implacable,

Textes que nous sommes pourtant en train de nous imposer…

Alors qu’en raisonnant en terme d’objectifs à atteindre, on peut garantir tout autant la qualité, mais à travers une adaptation permanente à un contexte en perpétuelle évolution. Et là l’avenir est ouvert.

Encore faut-il se mettre d’accord sur les fondamentaux concernant l’AOC

 

Enfin vis-à-vis du consommateur, il me semble également totalement illusoire de prétendre fournir des descriptifs de chacun de nos climats et par là les figer. Certes cela ne simplifie pas la communication.

Mais la notion d’AOC doit-elle être simplifiée ???

Est-ce à l’AOC d’aller vers le consommateur ?

Là aussi, je ressens l’approche de l’AOC comme une démarche personnelle, une recherche initiatique presque, tant du producteur que du consommateur.

A chaque génération de réinterpréter la partition.

Pour ceux qui veulent de la simplicité, il existe d’autres sortes de vins, bien définis et normalisés !

Ensuite, l’AOC a sa raison d’être, c’est une exception, une autre dimension du vin.

A chacun de la découvrir, à l’infini."

 

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Claire NAUDIN le 24 Juin 2008

Domaine Henri NAUDIN-FERRAND
Rue du Meix Grenot
21700 MAGNY les VILLERS
VINS DE BOURGOGNE - FRANCE
Tel : 03 80 62 91 50  ¤  Fax : 03 80 62 91 77
www.naudin-ferrand.com

 

Si vous souhaitez voir les autres photos de l'édition de la Maison Rustique de 1582 reportez-vous sur PAGES  ou cliquez sur ce lien
 
http://www.berthomeau.com/pages/N_23__les_photos_de_Claire_Naudin-581041.html

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 11:15

Chères amies vigneronnes, chers amis vignerons du Languedoc,

 
Depuis le jour où, encore jeune homme plein d’ambitions et d’illusions, je passais les portes de l’Office des Vins de Table, au 232 rue de Rivoli, moi le petit vendéen, né dans le bocage à vaches, un ventre à choux, je me suis pris de passion pour votre pays de passion, de verbe haut, pétri d’histoire de révoltes vigneronnes, marqué par une monoculture dédiée à la boisson nationale : le vin de tous les jours, vignerons et vigneronnes du Sud vous êtes une part importante de ma vie.

 

Votre grand vignoble du Languedocien, confronté au double mouvement d’une consommation en chute libre et d’un choc concurrentiel brutal et redoutable avec le vignoble italien, s’appauvrissait. À Paris on redoutait vos accès de colère, Bruxelles comme toujours servait de bouc émissaire, tous les ingrédients semblaient assemblés pour gérer ce dossier comme le fut par la suite le dossier charbonnier. Qui aujourd’hui se souvient que Charbonnages de France n’existe plus ? Les évènements dramatiques de Montredon, morts inutiles en plein milieu d’un siècle où les nouvelles générations n’avaient connues que la paix, sonnaient la fin des combats héroïques, le vignoble semblait condamné au déclin pour sa plus grande part et à un renouveau pour ceux, pionniers, qui misaient sur les AOC.

 

Mais l’Histoire s’écrit avec ceux qui ont le courage de s’élever contre les idées reçues ; ceux qui se confrontent avec les irréductibles de leur propre camp ; ceux pour qui « gouverner c’est choisir » et qui savent mieux que quiconque que choisir est douloureux et, qu’avant de leurs tresser des lauriers, les démagogues les couvriront d’opprobre ; ceux qui loin de céder au découragement ouvrent les voies d’avenir. J’ai l’outrecuidance d’écrire que les accords de Dublin, négociés pour l’entrée de l’Espagne et du Portugal, par Michel Rocard et scellés par les accords de Dublin, ont permis le rebond de votre belle région. Certes il y eut une grave saignée de votre vignoble mais elle n’était que la résultante d’un aveuglement face aux évolutions du marché, le temps du rouge national tirait à sa fin. Sans ce choix courageux, n’en déplaise à ses pères, les vins de pays d’OC n’auraient jamais existés car l’accoucheur accomplit le geste premier, originel. Reste bien sûr à élever l’enfant en âge et en sagesse.

 

Je m’en tiendrai là dans ce rappel de souvenirs car je sais que j’insupporte certains d’entre vous avec mon côté j’étais au bon endroit au bon moment. Mais que voulez-vous j’ai tellement reçu de coups bas, j’ai  depuis sept ans du affronter tellement de mensonges, du subir un tel flot de désinformation, que si je ne m’envoie pas quelques fleurs qui le fera ? Les temps, après une brève embellie, sont de nouveau difficiles. L’éditorialiste de Vitisphère écrit : « Après 7 années brinquebalantes la brutale dégradation économique (hausse des charges d’exploitations, baisse des cours, ralentissement des exportations…) a réinstallé la colère, la révolte dans la tête de beaucoup de vignerons. La violence est redescendue dans les rues. Quand la crise est là, il y a ceux qui pensent qu’il n’y a rien à faire, sauf la révolte, ou la renonciation. Il faut comprendre leur découragement, leur rancœur. Ils ont été si souvent déçus, dominés, trompés, aveuglés… »

 

À l’heure où je vous écris, chers amis vignerons du Languedoc, je ne peux rien faire d’autre que vous apporter tout ce que je recèle de compréhension et de compassion. Tout au début des 7 ans évoqués par Vitisphère, j’ai tenté, avec honnêteté et un certain courage, d’analyser votre situation, face à la concurrence des vins du Nouveau Monde et l’évolution de la consommation mondiale du vin. Avec mes compères du groupe stratégique nous avons proposé une feuille de route simple, compréhensible, de ce que nous pensions être les voies et moyens pour relever les défis du vin français : Cap 2010. Nous nous sommes engagés, nous avons ferraillés, nous avons tentés de convaincre, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour des choix cruciaux pour votre avenir soient faits. Est-ce que vous nous avez entendus chers amis vignerons du Languedoc ?

 

Toujours dans Vitisphère je lis les propos du principal opérateur sur votre marché : « Depuis une trentaine d’année, la viticulture française a été massivement réorientée vers les vins de terroir, qui contribuent à la notoriété de notre production. Mais ces vins ne représentent qu’une faible part du marché. Le cœur du marché, ce sont les vins vendus entre 2 et 5 € (prix consommateur). Dans ce segment les vins de marque sont ceux qui ont la plus forte progression. C’est un segment sur lequel la France n’est pas assez compétitive car jusqu’à aujourd’hui, le vignoble n’a pas été orienté vers cette production de type industriel. Mais la réforme de l’OCM est une chance pour nous adapter et devenir compétitifs sur ce segment, sans pour autant renoncer aux vins de terroirs qui continueront à être le fer de lance de la viticulture française. Avec les vins sans indication géographique, l’Europe nous offre l’espace de liberté qui nous faisait défaut pour être compétitifs sur ce segment. Qui plus est des moyens considérables sont débloqués pour la restructuration du vignoble : plus de 450 M€ sur les 5 prochaines années. A nous d’utiliser au mieux cette manne pour construire un vignoble qui réponde à ces marchés.

 

Face à cette affirmation Vitisphère rétorque : tous les secteurs ne sont pas aptes à produire des vins industriels ? La réponse fuse : « Bien sûr que non et heureusement. Le marché est segmenté, il faut donc segmenter la production de raisins. Au niveau de chaque exploitation ou de chaque coopérative, il faut passer en revue toutes les parcelles et définir une affectation pour chacune : les parcelles de coteaux sans irrigation possible resteront vouées aux vins de terroir avec des déclinaisons possibles en bio pour une meilleure valorisation. Mais dans les secteurs de plaine où l’irrigation est possible, il faut développer des vignobles productifs avec des coûts de production les plus bas possible pour être compétitifs sur le marché mondial. »

 

Et de rebondir sur une nouvelle interrogation : cette course au rendement ne va-t-elle pas conduire à une nouvelle baisse des cours ? « Si bien sûr, mais c’est grâce à cela que nous redeviendrons compétitifs par rapport au Chili et à l’Afrique du Sud. Mais qu’importe la baisse des prix si grâce à l’augmentation des rendements, le producteur touche un meilleur revenu à l’hectare. Aujourd’hui, les vins de cépages rouges chiliens sont à 64€ l’hl franco. Si nous arrivons à ce prix là en France, nous reprendrons des parts de marché. Et pour le producteur, à 100 hl/ha, cela fait un revenu de 4000 € à l’hectare en tenant compte des frais de vinification et de transport. Pour peu qu’on travaille sur la réduction des coûts de production avec la taille minimale par exemple, cela devient une activité très rentable. C’est un marché qui peut générer des marges pour tout le monde. Il n’y a aucune raison de laisser ce marché à nos concurrents, surtout pour le marché européen qui devrait être notre chasse gardée. »

 

Tout est dit même si je continue de penser qu’au cours des 7 années qui viennent de s’écouler la production, vous les vignerons individuels ou coopérateurs du Languedoc, fournisseurs de vin en vrac, vous auriez du vous regrouper pour créer les conditions économiques de la compétitivité, vous organiser pour mettre les acheteurs du négoce – qui restent et resteront des opérateurs qui rechercheront toujours les conditions de prix les plus avantageuses – face à des partenaires jouant une même partition. Diviser pour régner, en dépit des discours consensuels, reste la stratégie de beaucoup d’opérateurs. Dans un espace de liberté il faut des règles du jeu voulues et acceptées pour créer de la valeur. Ceux qui montent aujourd’hui sur les estrades pour pointer le doigt sur les responsabilités doivent aussi se souvenir des leurs lorsqu’ils se trompaient de cible.

 

Á l’heure où la consommation mondiale du vin progresse, régénérer le « vignoble de masse » de votre belle région est un atout majeur pour la France du vin. Encore faut-il assumer les choix qu’il exige et cesser d’agiter l’épouvantail du vin industriel. Vos vins de terroir, qui souffrent de la concurrence du grand voisin de Gironde, se porteraient beaucoup mieux si l’on tarissait la source de vins qui ne sont ni des vins de vignerons, ni des vins « modernes », mais des vins de rien bénéficiant de la notoriété de leur seul nom. La concurrence entre nos grandes régions viticoles reste un problème majeur et ce serait une idiotie, au nom de l’autonomie des régions dont je suis le premier défenseur, de laisser  accroire que le principe des vases communicants va cesser dans le nouveau contexte créé par la nouvelle donne de l’Europe. En écrivant cela je ne prône en rien l’affrontement entre régions mais la seule nécessité de ne pas vous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il ne s’agit pas de gérer la France du vin de façon centralisée à Paris mais de ne pas reproduire les erreurs qui nous ont conduits aux 7 années que vous venez de vivre.

 

J’ai été long, trop long, mais je ne pouvais, même si je n’ai que des mots à vous offrir, rester insensible à votre désarroi. Tout reste possible à la condition d’affronter des choix difficiles mais porteur d’une réelle et durable prospérité. Lorsqu’on m’a envoyé au chevet du Cognac en 1999, tout allait mal, les pessimistes prônaient l’arrachage, les sceptiques la reconversion. Ce sont ceux qui ont acceptés de recevoir des coups pour organiser la région qui ont eu raison : s’adapter au marché paie. Au travers de mon blog, de mes contacts dans votre belle région, je sais que des hommes et des femmes attendent que les paroles d’union se traduisent par des actes concrets. Que l’énergie soit toute entière tournée vers les chantiers de l’avenir. Moi je reste toujours disponible pour bâtir, mettre la main à la pâte, être des vôtres.

 

Mon père disait que c’était dans les moments difficiles qu’on comptait ses vrais amis. Chers vignerons et vigneronnes du Languedoc, j’en suis. En espérant avec vous des jours meilleurs, je vous adresse mon salut amical et mon meilleur souvenir.

 

Jacques Berthomeau

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 00:08


Xavier de Volontat est un homme courtois, pondéré et affable. C'est un Audois et, s'il est un département français que je connais bien, c'est bien l'Aude. Lorque je fus monsieur rapport il était président des VIF et j'ai toujours trouvé auprès de lui une écoute attentive et, même si certains de ses adhérents me considéraient comme un mécréant, bien souvent nos analyses convergeaient et nous partagions la même volonté de voir notre secteur adopter les réformes nécessaires à la nouvelle donne. Le voilà depuis quelque temps Président de l'APGV, représentation collective de la production viticole française, je me devais donc, avec le petit vent de réforme qui soufflotte encore, de le soumettre à mes 3 Questions. Je l'en remercie chaleureusement.

1ière Question :

Bonjour Xavier de Volontat, félicitations, vous venez d’être élu président de l’AGPV (Association Générale de la Production Viticole) : c’est quoi au juste l’AGPV ? Une petite sœur des autres AGP… de la FNSEA où le P se traduit par producteur ou seulement une cousine germaine qui regroupe la diversité des organisations de la Production viticole : CCVF, VIF, CNAOC et CFVDP ?

 

Réponse de Xavier de Volontat :

L’Association Générale de la Production Viticole (AGPV) est une organisation professionnelle déjà vieille de près de 15 ans. Elle est née de la volonté de la coopération viticole, des vignerons indépendants, des syndicats d’AOC et de VDP de créer une structure nationale de concertation et d’échanges sur toutes les problématiques liées à la production viticole française. Déjà, à cette époque, le besoin criant de se retrouver, d’échanger et de réfléchir ensemble était présent. Le parti pris des organisations membres était de créer une structure souple et légère, sans administratifs, avec une présidence tournante chaque année ; le secrétariat étant tenu par une organisation professionnelle différente de celle du président de l’AGPV.

Parler d’une seule et même voix sur un maximum de dossiers était une nécessité pour la production viticole qui a souvent montrée l’exemple de la division et de l’incohérence.

Dès la naissance de l’Association, les organisations professionnelles ont souhaité ouvrir les réflexions au syndicalisme à vocation générale en invitant à chacune des réunions des représentants de la FNSEA et des JA.

Nos relations avec la FNSEA, pendant près de 15 ans, ont tutoyé le chaud et le froid, et ont épousé les courbes d’une vie : des fiançailles au mariage (l’AGPV a été pendant quelques années adhérentes à la FNSEA) suivi, comme souvent, d’un divorce. Aujourd’hui, et pour reprendre mon image, nous avons repris le fil d’une relation commune sans habiter ensemble.

 

2ième Question : Dans sa conclusion à l’interview qu’il a donnée à Vin&Cie avant le Salon des Vins de Loire, Pierre Aguilas, qui a présidé comme vous l’AGPV au titre de la CNAOC, me déclarait : « La seule et unique action importante et urgente c’est que la CNAOC, les VIF, la CFVDP, la CCVF deviennent (au moins pour leur partie politique) qu’un seul syndicat. Ainsi le ministre ne recevrait plus qu’une délégation ultra réduite, mais puissante qui ne risquerait plus d’être démentie dès le lendemain. Mais je rêve... » Qu’en pensez-vous ? Rêvez-vous ? Dans les débats actuels sur la gouvernance de la filière où l’on oppose le tout régional au « supposé » centralisme national est-ce dans l’air du temps ?

 

Réponse de Xavier de Volontat :

Nous sommes un certain nombre à rêver, tous les matins en nous rasant, d’un monde meilleur. Je suis un de ceux là. Mais je suis aussi très réaliste : un seul syndicat regroupant la CCVF, la CNAOC, VIF et la CFVDP pour leur partie politique n’est pas pour aujourd’hui, ni demain, ni après demain. Nos organisations professionnelles ont toute une histoire, parfois très ancienne, une culture interne liée à ce qu’elles sont, des hommes et des femmes animés d’objectifs et d’ambitions pour l’instant très éloignés. Mettre en commun et lâcher quelque peu une partie de leurs prérogatives n’est pas encore d’actualité.

Je suis comme Pierre AGUILAS, je rêve d’un monde meilleur mais je suis aussi pragmatique. Entre le rêve de Pierre de ne voir qu’une seule tête, et la situation d’aujourd’hui, il y a une alternative qui me conviendrait assez : mettons en commun quelques moyens humains, techniques et financiers pour traiter administrativement et politiquement tous les dossiers sur lesquels déjà nous sommes quasi en accord. Et Dieu sait s’ils sont nombreux. Nous manquons d’analyses et d’expertises communes sur des dossiers très importants, nous avons une responsabilité collective envers nos mandants, nous sommes responsables de l’avenir de la production viticole française. Les vignerons français n’ont que faire des querelles d’organisations professionnelles, ils nous demandent de tracer collectivement une route qui leur permettra de vivre et de se développer. Ils nous demandent un souffle nouveau, une ambition collective, une dynamique. Et non de faire s’opposer continuellement des dogmes, comme par exemple le « tout national » et le « tout régional ». Tout le monde sait que la vérité se nourrit souvent des extrêmes pour se situer au milieu. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, la réalité est souvent plus complexe.


3ième Question
 :

En dehors de votre mobilisation sur la taxe Casdar, qui finance la R&D pour la rendre plus équitable, quels sont les grands dossiers, les questions stratégiques, portés par l’AGPV ? La nouvelle donne de l’OCM ne va-t-elle pas profondément modifier le paysage de la viticulture française ? Enfin, si vous me le permettez, à titre plus personnel, quel regard portez-vous sur la décennie écoulée et êtes-vous confiant dans l’avenir de notre secteur ?

 

Réponse de Xavier de Volontat :

Sur les dossiers stratégiques qui devront être portés par l’AGPV, tout reste à faire. Je proposerai rapidement à l’ensemble des organisations professionnelles  membres de l’AGPV un plan d’actions et les différentes thématiques sur lesquelles je souhaite travailler. La recherche et le développement font bien entendu parti des dossiers prioritaires mais nous ne pouvons être absents des débats de la future loi issue du Grenelle de l’Environnement, nous ne pouvons être absents des débats sur la fiscalité directe et indirecte qui pèsent sur nos exploitations et nos entreprises. Je souhaite aussi et d’une façon très régulière engager des débats et des discussions avec la famille du négoce. Nous avons une multitude d’éléments à réfléchir ensemble, de la contractualisation, des partenariats, des délais de paiement, la segmentation des vins et l’application de la nouvelle OCM vins. Nous devons réfléchir ensemble à l’économie future de notre filière. La nouvelle OCM vins va, me semble-t-il, bouleverser notre filière, ses pratiques, son économie. Il n’est plus temps maintenant de se lamenter ou de se réjouir, il est temps de préparer notre avenir et celle de toutes nos entreprises. Et je reste profondément optimiste sur la capacité d’adaptation de nos entreprises à la nouvelle donne ; certaines s’y préparent ardemment depuis longtemps. Bien entendu, cela va être difficile et délicat pour la plupart mais connaissons-nous aujourd’hui un secteur d’activité où tout va bien, où il n’est pas indispensable de se battre au quotidien, sur les marchés, avec les clients, avec les fournisseurs, avec l’Etat, avec ses salariés, avec le temps et le climat, avec sa banque. Ce dont je suis certain c’est que nous avons assez perdu de temps…



Pour ceux qui ne l'auraient déjà fait samedi lire absolument ma chronique http://www.berthomeau.com/article-20787525.html je sollicite votre avis merci de me le donner pour que je puisse améliorer le service de Vin&Cie l'espace de liberté. Bonne journée.

 

 

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 00:08

 

Pour m’imprégner de la ferveur guerrière de la bande de fêlés de GP, bien me pourrir la tête, penser comme eux, réagir dans la ligne, ne laisser aucune place au doute et à la suspicion, j’avais dépiauté, heure par heure, le déroulé de la bataille de Flins, commencée le 6 juin 1968 lorsqu’en rase campagne, à trois heures du matin, un millier de CRS et de gendarmes mobiles, encerclèrent l’usine Renault. Le pouvoir trépignait, l’encre des « accords de Grenelle » était sèche depuis une semaine et demie, le boulot reprenait dans les PME, même les postiers redistribuaient le courrier, les trains roulaient à nouveau, mais à Flins, comme chez Citroën, Michelin, les métallos ne s’en laissaient pas compter. Les urnes brulaient. Pour les 10 000 « betteraviers » de Flins, pas de quartier : un half-track défonçait les grilles de l’usine, écrabouillait les braséros du piquet de grève pendant que le commandant de la compagnie, à l’aide d’un porte-voix, sommait les 200 hommes de veille de « se tirer, car ça va barder ! ». Ce qu’ils firent face au nombre. La guérilla ne faisait que commencer et l’état-major des insurgés : un front du refus multiforme : les durs des comités d’action, les basistes du 22 mars, même les ML d’Ulm s’y retrouvent, seule la JCR se tient à l’écart, entendait bien s’appuyer sur cet embryon insurrectionnel pour enclencher la bataille décisive.

Flins symbole de la modernité, l’usine aux champs, loin du bastion de l’Ile Seguin, cette drôle d’usine, mal foutue, construite sur cinq niveaux ; les tôles embouties au rez-de-chaussée grimpaient par ascenseur jusqu’au 3ième étage pour assembler les carrosseries qui ensuite montaient au 4ième pour la peinture puis redescendaient au second pour la sellerie où l’on fixait les sièges… Pas rationnel tout ça. Et, en plus, une CGT omniprésente qui tenait Dreyfus, homme de gauche, par la barbichette. À Flins, les ingénieurs s’en sont donnés à cœur joie, un seul niveau, des champs de betteraves à perte de vue – d’où le surnom de ces néo-ouvriers tirés des grandes exploitations voisines qui, elles aussi rationnalisent, mécanisent, et qui se trouvent projetés au milieu d’une population d’immigrés : Espagnols, Portugais, Africains, Yougoslaves Les ateliers s’agrandissent, se modernisent. Les cadences augmentent. Le succès commercial de la Dauphine donne des ailes et le bureau d’embauche ne désemplit pas. L’usine fait aussi pousser des barres d’immeubles pour loger les ouvriers ont aux Mureaux, Bougimont, la Vigne Blanche, Elisabethville. Dans cette dernière bourgade, au nom fleurant bon la colonisation africaine, va se retrouver à l’épicentre de la bataille de Flins. La direction de la Régie, depuis la fin des années 60, veut donc saigner à blanc Billancourt, alors les m2 se multiplient à Cléon, au Mans et à Flins pour passer la surmultipliée : pour la Dauphine l’objectif est de 2000 véhicules/jour.

L’héritière de la 4Cv des congepés, la Dauphine, va se révéler une petite nerveuse, sportive, en 1957, elle remporte le tour de Corse et en 1958, c’est la victoire dans le Monte Carlo. À Flins, l’effectif dépasse 8 000 personnes et 250 000 Dauphine sortent des chaînes. Pierre Dreyfus l’ami de Lefaucheux, PDG et père de la Dauphine, décédé accidentellement au volant de sa Frégate, vice-président du conseil d’administration de la Régie Renault depuis sept ans, accepte finalement de prendre la direction de la Régie Renault. Flins qui connaissait la réputation plutôt timide et réservé de l’homme découvre un capitaine décidé et volontaire. Ici la syndicalisation est faible, la CFDT chahute la CGT qui ne tient pas l’usine. D’ailleurs, l’usine de Flins s’est mise en grève seulement le 16 mai alors que les lycées, les universités et beaucoup d’entreprises avaient déjà cessé le travail et que la grève générale avait été votée le 13 mai. Le rapport des RG notait : «  Le lundi 13, on a senti un frémissement dans l’usine. Les débrayages ont été  importants le matin, et l’après-midi beaucoup d’ouvriers sont allés à la manif à Paris. Cependant l’encadrement ne s’imaginait pas que quatre jours plus tard, l’usine serait en grève générale. L’occupation a été immédiate. La CGT se situe plutôt sur la base de revendications salariales, tandis la CFDT met en avant le problème du droit syndical et les conditions de travail (la semaine est de 47 h 10 avec des journées de 9 h 40. De nombreux postes sont très pénibles. Tous les éléments d’une grève dure et incontrôlable par les appareils syndicaux se sont mis en place spontanément. »

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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 00:00
Ce mois de juin pourri par une météo dégoulinante a vu mon cher espace de liberté passer allègrement le Cap – pas 2010 – mais celui du MILLION de pages lues par vous chers lecteurs. Pour que certains ne m’accusent pas de faire de la gonflette je joins un copié-collé du tableau statistique que me fournit mon hébergeur. Vous constaterez aussi que je vogue tranquillement vers les 250 000 visiteurs. Tout ça grâce à vous, à votre fidélité, à votre constance, je vous en remercie du fond du cœur.
Les statistiques générales de votre blog depuis sa création

Date de création :

30/05/2005

Pages vues :

1 015 593 (total)

Visites totales :

245 029

Journée record :

19/05/2008 (3 569 Pages vues)

Mois record :

04/2008 (55 313 Pages vues)

* Nombre de personnes différentes ayant visité votre blog durant une

Reste à garder le rythme, à durer, car depuis la nouvelle orientation de Vin&Cie vers un format média des gens du vin avec les rubriques : 3 Questions à… Entretien avec… Les portraits d’hommes et de femmes du vin, Nature&Découvertes : les bio-bons, la rubrique de Paul Bats et les Wine News de la Toile… il me faut, comme j’aime à le dire : faire constamment bouger les lignes. Ma conviction profonde, de plus en plus confirmée par l’évolution du lectorat, est que prendre place sur le Net, s’y installer, y être reconnu, diffusé, permet de propager auprès d’un public de non spécialistes, plutôt jeune, dépassant nos frontières, une image plus ludique, plus riche, de la diversité à la française, sans pour autant apparaître comme un irréductible gaulois juché sur l’exception culturelle de notre beau pays. Comme vous le savez, pour moi, le vin c’est la convivialité, l’expression la plus aboutie de notre art de vivre, « un peu de douceur dans ce monde de brutes… » Mais le vin, et je sais que je vais faire grincer quelques dents, est une grande industrie vitale pour nos territoires, les hommes et les femmes qui font et qui vendent le vin. Bref, je ne défends rien. Je me veux ouvert et libre à tout ce qui fait qu’il fait bon vivre : un supplément immatériel à la croissance de notre PIB.

 

Bref, même si vous êtes toujours assez mou de la plume ou du clavier, sous de bons ou de mauvais prétextes du style : « je ne sais pas comment faire ? » pour écrire des commentaires, je vais vous faciliter la tâche en vous soumettant à mes 3 Questions… très simples et ouvertes.

 

1ière Question : Pourquoi lisez-vous régulièrement ou occasionnellement les chroniques de Vin&Cie ? Qu’y trouvez-vous ? Qu’y cherchez-vous ? Pour vous est-ce une source d’informations ? D’analyses ? De détente ? D’ouverture ? À votre bon cœur !

2ième Question : Quelles sont les principales critiques que vous formuleriez à l’égard et du chroniqueur et de ses chroniques ? Trop perso ? De parti-pris ? Polémique ? De mauvaise foi ? J’en passe et des meilleures… Lâchez-vous !

3ième Question : Que souhaiteriez-vous trouver à l’avenir sur Vin&Cie l’espace de liberté ? Nouvelles rubriques, sujets différents, panel de personnalités plus larges, etc. L’imagination au pouvoir !

 

Pour répondre à ces questions je vous suggère 2 procédures :

 

-         le formulaire CONTACT tout en bas du BLOG (coincé entre référencement sites internet sur over-blog.com et CGU). La seule difficulté technique consiste à ce que, pour pouvoir transmettre, votre message vous devrez transcrire dans la case prévu à cet effet les 3 lettres ou chiffres (cf. exemple ci-dessous) en respectant pour les lettres les minuscules ou les majuscules. Cette procédure est destinée à éviter les messages automatiques.

  

Recopiez les caractères

 

-         mon adresse e-mail jberthomeau@hotmail.com en PJ. Vous faites un copié-collé des questions sur Word et clap-clap… vous répondes pour me, merci…


Enfin comme Vin&Cie tient toujours ses promesses, je vous offre 4 mn 40 de bonheur, un grand moment de la chanson française des années 50, une belle pièce de notre patrimoine national : Les Trois Cloches chanté par Edith Piaf et les Compagnons de la Chanson. C'est beau, c'est pur, dans un décor simple de fête de patronage. Que voulez-vous, c'était au temps de mes culottes courtes et j'avais la larme à l'oeil et le coeur serré. Sous mes grands airs je suis un indécrottable sentimental : et oui, l'éternité de l'amour... moi je craque http://www.youtube.com/watch?v=eOL61uC5Ww4

 

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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 00:02


Alain Juppé ne le sait pas mais si j'ai ouvert un blog, voici bientôt trois ans, c'est un peu grâce à lui qui venait de se lancer dans cette aventure. Mes amis bordelais, connaissant mon goût pour les défis, Jean-Louis tout particulièrement, m'avaient gentiment charrié en me disant " et pourquoi pas toi..." Vous comprendrez aisément que je n'ai pas l'outrecuidance de vous présenter Alain Juppé, mais moi qui suis sur l'autre rive, la gauche dit-on, et qui aie pendant dix années de ma vie côtoyé le personnel politique de notre doulce France je le place - s'il me permet cette expression - dans la catégorie très restreinte des hommes d'Etat. Je le remercie chaleureusement d'avoir accepté de suite de se soumettre à mes trois questions. C'est pour mon petit média une grande satisfaction et un honneur.
le port de Bordeaux extrait de Mon Premier Livre de Géographie Cours Elémentaire 1ière Année chez Delagrave images de Pierre Rousseau

1ière Question
 :

Philippe Jullian, né à Bordeaux, écrit que c’est « la seule ville de province qui ait l’allure d’une capitale ». Vous en êtes le maire et, dit sans flagornerie, vous avez restauré sa splendeur. Mais pour nous, gens du vin, Bordeaux c’est aussi le vignoble, ses châteaux prestigieux et ses appellations mythiques. En ayant eu l’initiative d’accueillir le vin dans votre ville avec « Bordeaux fête le vin » que recherchez-vous monsieur le Maire ?

 

Réponse d’Alain Juppé :

En tant que maire de Bordeaux, même s’il n’y a que quelques rangs de vigne sur la commune, comment pourrais-je ne pas être porteur d’une responsabilité particulière vis-à-vis du monde du vin ? J’ai souhaité créer Bordeaux fête le vin  il y a dix ans et cela a été un succès immédiat car la fête répond à deux besoins : l’envie des Bordelais de faire la fête ensemble et la création d’une vitrine populaire de notre produit-phare. Tous les deux ans, début juillet, ce sont donc des centaines de milliers de personnes – 350 000 lors de l’édition 2006 – qui, pendant 4 jours, viennent partager ce plaisir de déguster et d’échanger autour d’un verre de vin. Un rendez-vous qui sait rester au niveau du vin de Bordeaux. C’est une manifestation qui nous permet de valoriser la diversité et la qualité de nos productions. Elle est aussi un vecteur d’attraction touristique, tant pour la ville elle-même que pour les vignobles qui l’entourent car on apprécie encore davantage le vin lorsqu’on connaît bien son terroir.  

 

 

2ième Question :

Dans le secteur du vin, pour illustrer ses remarquables performances à l’exportation, la conversion en Airbus et TGV est très prisée mais, beaucoup de vignerons, de professionnels, estiment, à tort ou à raison, être mal aimés dans leur propre pays. Par esprit de provocation j’aime écrire que nous sommes une grande industrie, un des atouts de la France dans la mondialisation mais que beaucoup de décideurs l’ignorent. Alain Juppé que faire pour que le vin et ceux qui le font soient mieux perçus et considérés dans notre société ?

 

Réponse d’Alain Juppé :

Le vin est effectivement un des atouts de l’économie française. Nous le savons bien à Bordeaux où le vignoble représente 25% de la production nationale pour un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros et un emploi sur 5 en Gironde. Quant à la désaffection qui pourrait exister à l’égard des professionnels du secteur, je ne partage pas votre avis. Nos produits sont de qualité et la filière est dynamique. Les mentalités ont changé. Les vignerons ont compris l’intérêt qu’il y avait à rencontrer le grand public, donc les consommateurs. La démarche est très appréciée de ces derniers. Le bilan des opérations « Portes ouvertes » organisées par certaines appellations en témoigne avec éclat. Des opérations telles que Bordeaux fête le vin et le travail des professionnels du tourisme pour développer l’oenotourisme sont aussi là pour mettre en valeur notre vin et le savoir-faire des hommes et des femmes qui l’élaborent avec passion. Vous ne pouvez pas ignorer, non plus, le remarquable travail accompli par Vinexpo – initiative bordelaise – en matière de promotion du vin sur notre territoire mais aussi en Amérique et en Asie. Pour mémoire l’édition 2008 de Vinexpo Asia Pacific a accueilli près de 8 000 visiteurs à Hong Kong fin mai.

 

3ième Question :

Question plus personnelle Alain Juppé : pouvez-vous nous raconter votre expérience personnelle, votre initiation, votre découverte du vin ? L’amateur que vous êtes, sans lui demander de s’aventurer dans l’expression de choix trop précis, peut-il nous confier vers quel type de vin vont ses inclinaisons ? Etes-vous sujet au coup de cœur pour ce qui concerne le vin ?

 

Réponse d’Alain Juppé :

Vous étonnerais-je en vous disant que ma préférence va au Bordeaux et plutôt le vin rouge ? Le choix est vaste et  de qualité. Je crois – j’espère - ne pas avoir épuisé toutes les opportunités de découverte et de coup de cœur.

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 12:05

Dans notre vieux français on panse les vaches mais on cure les chiottes, la nuance est de taille. En ces jours de déprime post-euro – pas la monnaie mais le ballon rond – forme s’apparentant au coïtus interruptus, le monsieur qui est vautré sur son canapé devant sa télé et qui refait le match, se sentant floué, « cocu » selon les fines plumes de France Soir, réclame à cors et à cris la tête de Raymond, l’ex-déblayeur de tibias de l’Olympique Lyonnais, ci-devant sélectionneur de l’équipe nationale. Tout est de sa faute ! Dans ce tout, très fourre-tout, pêle-mêle tout et rien mais surtout, le pire : le Raymond s’est payé la fiole du français moyen en ne trouvant pas mieux que de demander la main d’Estelle Denis – pas la mère avec sa Vedette mais la nana d’M6 qu’est assez mignonne et qui cause de foot comme les mecs avec un mec qui pèse 3 tonnes – donc carton rouge. Expulsion ! Démission ! Ça me rappelle les sifflets des beaufs contre Christian Karembeu, le kanak qui avait eu la mauvaise idée d’épouser Adriana. Bref, le Raymond, bas du cul et bas sur les chevilles, n’est pas ma tasse de thé mais la meute lancée à ses trousses pour la curée me donne envie de gerber.

Donc je change de pied pour vous causer d’abord d’Amédée, le vrai Domenech. Qui c’est celui-là ? C’est Le Duc, surnom que lui donna Jean Prat son capitaine en équipe de France. Il est né à Narbonne le 3 mai 1933 et il est mort à Brive le 21 septembre 2003. Inamovible pilier gauche de Brive entre 1954 et 1963 (1,80m pour 95 kg) par sa pointe de vitesse et son jeu de main il préfigura les piliers modernes. Pupille de la Nation, meilleur joueur du championnat en 1958 (Oscar du Midi Olympique), Amédée fait le régal des journalistes car il conte le match avec truculence. Une belle figure, un monsieur, quoi, suivez mon regard les ânonneurs de fin de match, les « mercenaires » de Chelsea, d’Arsenal, de Barcelone, poules aux œufs d’or des droits de télévision piège aux cons ! Alors lâchez donc la grappe à ce pauvre petit Raymond qui, après tout, est à la bonne hauteur de ce qu’est devenu le barnum du ballon rond. C’est un astucieux le Raymond. S’il a décroché le poste contre un bon, comme Laurent Blanc, c’est qu’il se démerde mieux sur le tapis vert de la Fédération que sur celui de l’Ernst Appel Stadion (stade de Vienne).

J’aurais pu en rester là mais, par hasard, je suis tombé sur un spécialiste de la curée : Serge Halimi. C’est qui ? L’auteur de Nouveaux Chiens de Garde, qui se prend pour Nizan mais qui n’est qu’un de ces purs et durs dont l’intelligentsia parisienne, alter ou gauche de la gauche, raffole. Il dénonce, avec justesse souvent, mais avec tant de fiel et de vinaigre qu’on sent sous sa plume le poids de ceux qui ont tant aimé le socialisme réel, son bilan globalement positif, les grands démocrates d’Attac, bourreurs d’urnes et adeptes de la présidence à vie. Que ce cher homme bien au sec au Monde Diplomatique poursuive de sa détestation les July, Castro, Debray, Lang, BHL, Glucksmann, Colombani, Plenel, Minc, Joffrin, Attali, Wolinski, Bruckner, Cohn-Bendit, Sollers et consorts, grand bien lui fasse, moi je les prends pour ce qu’ils sont, mais pourquoi sa mémoire flanche-t-elle lorsqu’il s’agit de ses frères d’armes dont les pratiques, s’ils s’emparaient des manettes du pouvoir seraient, je n’en doute pas un seul instant, du tonneau bien connu des apparatchiks qui ont ruiné les pays qu’ils ont tenu sous leurs rets. Bref, les purs et durs me font froid dans le dos. Alors pour me réchauffer je préfère aimer Alphonse. Qui c’est cet Alphonse ? Pas celui d’Antoine Doinel mais le boxeur poids lourds Alphonse Halimi qui le 1er avril 1957, au Vel’d’Hiv de Paris devient champion du monde en battant le boxeur sourd-muet italien d’Agata. Abandonné de tous, Alphonse Halimi, est mort le 12 novembre 2006 de la maladie d’Alzheimer dans une maison de retraite de Saint-Ouen. Entre les deux Halimi dont je cause – exception faites de Gisèle – pour la notoriété à venir il n’y aura pas photo : on se souviendra d’Alphonse…

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 00:08

Cultiver sa différence, sans ostentation, pour se faire plaisir, revendiquer le droit de travailler en s’amusant, prendre des risques, pour Estelle Dauré c’est aussi naturel que de respirer, ça fait parti de son patrimoine génétique, « c’est un principe familial » me déclare-t-elle d’emblée. Ça n’est pas une posture mais une façon d’être que j’ai découverte la première fois où, dans la caisse pourrie que m’allouait le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, je me suis rendu à Jau. Cases-de-Pène, des vignes, un chemin de terre cahoteux, une enclave du bout du monde, un écrin hors du temps, que ce lieu où l’on peut conjuguer les plaisirs simples d’une table sous les charmilles et ceux, plus provocateurs, d’une fondation d’Art contemporain. Lieu unique, jamais reproduit, d’où l’on ne souhaite pas partir. Depuis 1977, même menu, même magie, conjugaison réussie, harmonieuse d’un lieu, d’un produit : le vin, d’un art de vivre et d’un je ne sais quoi de provocateur sur les cimaises : lors de mon premier passage, l’exposition By Air Postal por avión, de l’artiste chilien Eugenio Dittborn, en était l’expression la plus accomplie. “The Airmail Paintings were conceived for at least two specific sites; that of the sender and that of the receiver, as well as for breaking/producing the distance between the two. “ Eugenio Dittborn

 

Cette alliance tonique d’une façon d’être et de la transgression assumée, se retrouve sous sa forme la plus accomplie dans le génial Jaja de Jau lancé en 1991. Le visuel scriptural si caractéristique de Ben, novateur dans l’univers du vin, loin des codes établis, a la force de sa simplicité, il parle au grand public. La mécanique mémorielle n’aime rien tant que d’assimiler et de prendre à son compte des images apposées à l’infini sur des objets qui font partis de la vie. C’est la caractéristique de vraies marques que d’être identifiées au premier coup d’œil et, aussi modeste soit-il, le Jaja de Jau entre dans cette catégorie. Avec de telles prémices on comprend mieux que l’aventure chilienne, où là-bas plus encore, dans ce Nouveau monde, on peut faire table rase, bâtir une gamme de vins sur un vignoble créé de toute pièce, va donner à la créativité d’Estelle un nouvel essor. Et pourtant, lorsqu’on observe l’habillage des vins des domaines chiliens, il se cantonne en général dans un classicisme à forte connotation religieuse avec assez peu de références à la civilisation sud-américaine. Comme je l’ai écrit, choisir « Las Ninas » comme nom de baptême c’était un beau contre-pied, jubilatoire, et comme le dit Estelle, non sans humour, il ne manquait plus que la petite lanterne rouge pour que « ces drôles dames » ces filles à l’esprit leste aillent au bout de leur clin d’œil coquin.

 






La gamme chilienne se construit donc à la fois sur l’héritage intellectuel du déluré Jaja de Jau avec les varietos (entrée de gamme) et sur l’histoire des filles portraitisées sur une étiquette alliant la modernité graphique et la nostalgie du sépia avec « Las Ninas » (la réserve de la gamme). L’histoire de la ligne aroma commence en Allemagne par la vision d’un carton de l’australien Rosemount sur lequel les bouteilles sont représentées couchées sur un lit de fruits et de légumes. Le parti-pris d’Estelle est d’aller au bout de l’idée, de décomplexer le vin, de l’introduire dans un univers ludique, coloré, provocateur sans être prétentieux. De se mettre dans la peau du consommateur. De lui proposer un visuel simple à mémoriser où il associe poivron rouge avec cabernet, limon verde avec sauvignon et ainsi de suite. Faire que le jeu fonctionne. Comme pour le Jaja le visuel est la marque et il permet de la décliner et de l’animer avec toute la palette des aromes : myrtille : merlot, fraise : carmenere,  framboise : syrah rosé… Pari risqué, pari tenu et bel accord entre le vin et son packaging. Le geste n’est pas purement gratuit il est une promesse qui balise l’univers du néo-consommateur.

 

L’avantage avec la référence aux Ninas c’est que les filles sont, par construction, des coquettes et, qu’avec elles, il est facile de raconter des histoires. De décliner à l’infini leur addiction aux accessoires ; ces petits détails qui font le chic d’une toilette comme le disait maman. Le premium du domaine sera donc tout naturellement, dans la lignée de « Talon Rouge » en Roussillon, « Taco Alto » qui nous fait pénétrer dans l’univers de Truffaut où perchées sur des talons aiguilles « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie ». Et suprême élégance, la paire de bouteilles lovée dans du papier soie se couche dans une boîte à chaussures de belle facture. Du pratique chic recyclable pour le rangement at home, là encore aller au-delà des codes en osmose avec l’esprit du produit. Mais j’entends déjà les grincheux qui m’attendent au tournant me reprocher de ne causer que des flacons et non de l’ivresse. Très à l’aise je peux répondre que l’inventivité d’Estelle Dauré s’appuie sur de la belle matière, les vins sont à la hauteur de l’habillage. Reste que la démarche, ce storytelling intelligent va permettre, au fur et à mesure, de la montée en gamme du domaine : ultra premium et icône, de continuer d’explorer l’univers inépuisable de « nos filles » et de faire, comme elles, de changer, d’apparier un petit sac tout simple avec un collier rare ou d’ajouter une touche de rouge baiser pour faire la belle qui ensorcelle.

 

Mon périple est parti de Jau alors je boucle la boucle et me voilà face au nouvel habillage du Château de Jau «  il faut que tout change pour que rien ne change », c’est le cycle de la vie, dans le même mouvement l’étiquette déstructurée s’épure alors que le flacon prend des rondeurs bourguignonnes. Estelle Dauré est ainsi, elle n’est jamais là où on l’attend, surprenante et passionnée.

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 00:01

Quel grand plaisir pour moi de découvrir, comme ça, dans ma messagerie électronique, un mot d'encouragement, de sympathie, pour ma petite besogne quotidienne sur Vin&Cie, déposé par Jean-Michel Cazes. Il rentrait de voyage et pourtant il trouvait le temps de l'urbanité, ce petit rien qui entretient les liens entre les hommes. La Toile, que l'on qualifie trop souvent de tentaculaire et d'anonyme est, si on le veut bien, si on prend le temps, un merveilleux moyen de retrouver le goût de la correspondance. Vous comprendrez donc ma joie d'accueillir ce matin Jean-Michel Cazes sur mon espace de liberté. Je le remercie d'avoir pris sur son précieux temps pour me répondre. Que voulez-vous chers abonnés, chers lecteurs, vous êtes des privilégiés ce qui ne devrait pas vous empêcher de transmettre l'adresse de mon blog www.berthomeau.com à vos amis, connaissances ou partenaires. C'est pour la bonne cause : celle du vin. Bonne lecture.
1ière Question
 :

Jean-Michel Cazes bonjour, vous êtes de ces hommes curieux de tout qui vont de l’avant, défriche, déniche, un grand voyageur, un infatigable bâtisseur, un ambassadeur apprécié du vin, pour moi l’exemple même de ce que doit être la french attitude dans la plus en plus vaste planète mondiale du vin. Vous qui êtes présent, en Australie, au Portugal, mais aussi à la Livinière en Minervois, et récemment dans l’emblématique Chateauneuf-du-Pape avec le domaine des Sénéchaux, dites-nous comment vous appréhendez les années à venir face aux nouveaux eldorados : Russie, Chine, Inde… D’après vous, est-ce que la France du vin s’est mise, ces dernières années, en ordre de marche pour répondre à la fois aux défis de ses grands concurrents et à la croissance des nouveaux marchés ?

 

Réponse de Jean-Michel Cazes :

Grâce à l’adoption de la loi d’orientation agricole et à la volonté de beaucoup de viticulteurs de mieux maîtriser la qualité des produits, un certain nombre de mesures ont été prises pour rationaliser l’organisation de la profession, en particulier sur la plan de la représentativité et de la réglementation. Malgré tout, je pense que l’aspect économique des problèmes, de même que l’action commerciale n’ont pas été suffisamment pris en compte. Les textes et procédures que je vois naître en ce moment reflètent à mon goût une vision encore trop administrative des problèmes. La bureaucratie n’a pas dit son dernier mot et nous ne sommes pas suffisamment à l’écoute des marchés.

                                         (1)
2ième Question
 :

Revenons à votre région d’origine Jean-Michel Cazes, vous êtes le grand maître de la Commanderie du Bontemps, ordonnateur de la fête de la Fleur, donc une voix qui compte sur la place de Bordeaux. Pour mes lecteurs, qui ne sont pas tous des professionnels du vin, pouvez-vous nous décrypter le mystère bordelais où ces dernières années voisinaient la saga des grands crus, de belles réussites individuelles, et un mouvement de la base vigneronne proche de la jacquerie ? Aujourd’hui assistons-nous à une simple embellie ou est-ce que les leçons de la crise ont été tirées par les hommes en charges des organisations professionnelles ?

 

Réponse de Jean-Michel Cazes :

Au cours des derniers 15 ans, le marché du vin a connu une évolution importante, qui s’est accentuée fortement ces toutes dernières années. Tous, nous avons eu à affronter une concurrence, restée discrète jusque là, mais qui a déboulé depuis 10ans sur les marchés mondiaux en attaquant des positions anciennes que certains croyaient à tort acquises pour toujours. Dans le même temps, les marchés eux-mêmes ont changé, certains atteignant la maturité alors que d’autres, inconnus de nous encore il y a peu, s’ouvraient à la culture du vin. Il faut ajouter que le profil de notre clientèle n’est plus non plus le même : plus jeune, plus cosmopolite, plus riche aussi parfois, elle est surtout mieux informée et plus exigeante.

 

Le résultat de ces changements profonds est tout simplement que la production s’est fractionnée en grands pans qui n’ont pas tous la même réussite commerciale, voire la même résilience. Il y a, bien sûr, le clivage qualitatif. Il faut produire des vins de qualité, et c’est possible à Bordeaux à peu près partout. C’est une question d’état d’esprit et d’éducation. Mais cette distinction est loin d’être la seule : de plus en plus, les marchés récompensent, à travers les appellations et les classements (et souvent sans en tenir compte), ceux qui, à leur ambition de faire du bon vin, ajoutent la préoccupation de leur propre distribution. Car la véritable frontière est là : on ne peut plus aujourd’hui se désintéresser du devenir de son produit, aussi bon soit-il. Et Bordeaux présente nombre d’exemples de réussite dans ce domaine, qu’il s’agisse de grands crus ou de vignobles modestes. Je suis convaincu que c’est en suivant cette voie que les choses s’amélioreront durablement.

 

Alors, embellie ou réussite collective durable ? Je pense qu’il y a aujourd’hui un peu des deux. Mais Bordeaux possède des atouts considérables, de diverses natures, que la planète viticole lui envie. Notre passé est formidable et constitue une base de travail exceptionnelle. Notre avenir dépendra de notre capacité à sortir de notre cercle, comprendre les mécanismes du marché du vin au XXIème siècle et à nous adapter à eux. Je pense que beaucoup de vignerons et certains responsables professionnels ont compris quelle était la bonne direction. Souhaitons qu’ils fassent école et soient de plus en plus nombreux.

                                                      (2)

 3ième Question :

Jean-Michel Cazes je vais vous faire un aveu : en bon vendéen que je suis j’adore le pain et, grâce à maman, je suis un fondu du baba au rhum (elle me faisait du savarin) alors, vous qui avez ressuscité votre petit hameau d’origine, Bages, avec sa boulangerie-pâtisserie « Au baba d’Andréa » pouvez-vous faire partager à mes lecteurs votre passion pour ce petit coin du Médoc où vous êtes né ? Et, cerise sur le gâteau, pourriez-vous nous dire quel est le vin qui vous a le plus séduit ces derniers temps ?

 

Réponse de JM Cazes :

Commençons par le vin. J’ai la conviction qu’un véritable amateur ne peut avoir que la dégustation curieuse... Il va de vignoble en vignoble, de région en région, voire de pays en pays. Partout il trouve ce qui fait la gloire et la nature même du vin : l’expression d’un lieu, une géographie, un climat, un « terroir », des hommes, une histoire, etc.  Il ne peut donc, contrairement au buveur de whisky (par exemple...), avoir une marque favorite, ce qui serait totalement antinomique avec la nature même de sa passion. La notion même de vin préféré ou favori est donc étrangère au véritable buveur de vin. D’autant plus que la perception que l’on en a dépend de beaucoup de facteurs, si nombreux que je ne les décrirai pas ici.

 

Je ne suis ni collectionneur ni journaliste spécialisé... Cela dit, j’ai été dernièrement confronté à quelques bouteilles qui ont laissé une trace sur mes papilles. Je citerai un Haut-Brion 1989, extraordinaire d’élégance, un Lynch-Bages 1985 vigoureux et plein de saveurs, un Canon 1962 tout en finesse, un Janasse de Châteauneuf du Pape ensoleillé, un aristocratique La Tâche du Domaine Romanée Conti dont j’ai oublié le millésime, un Gewurztraminer de Trimbach d’une pureté parfaite, un beau Quinta do Crasto 2000 auquel le cépage touriga nacional donnait une saveur très lusitanienne, sans oublier tous les « petits » vins, souvent délicieux comme un Château Canteloup (Médoc) bu récemment en bonne compagnie (c’est important), et combien d’autres...

 

Quant au Médoc, j’y suis né, j’en suis parti à 18 ans alors que la grande crise du siècle frappait encore le vignoble et pensais alors n’y revenir jamais. Les hasards de la vie, mais aussi les changements extraordinaires survenus dans nos professions viti-vinicole en ont décidé autrement et j’ai pris le chemin du retour en 1973. Depuis cette date, je m’efforce de faire le mieux possible mon métier, qui est pour moi le plus beau du monde. J’ai connu le Médoc autrefois misérable, et l’ai vu se redresser peu à peu jusqu’à devenir aujourd’hui une région moderne, ouverte, vivante, cosmopolite, belle comme un jardin bien peigné. J’y suis heureux d’y vivre et fais mon possible pour contribuer modestement à cette renaissance. Ce que nous faisons pour réanimer le village de Bages, comme notre « Baba », le Café Lavinal qui lui fait face ou encore nos Ateliers de Bages, a simplement pour objectif de renforcer l’attractivité du vignoble tout en me procurant la satisfaction égoïste  de redonner un peu de vie à un univers qui l’avait perdue pendant de trop longues années.

(1) et (2) illustrations de Jean Hugo tirées du catalogue Nicolas 1933

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