Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 00:02

 

En France on divorce sec et on fabrique ainsi beaucoup d’ex. : ex-mari, ex-femme, ex-épouse, ultime trait d’union d’une désunion, après tout le mariage n’est qu’un contrat civil qui peut être rompu : le divorce règle l’intendance, le port ou non du nom par l’ex au féminin, bien sûr la dévolution des biens communautaires, une éventuelle pension dite alimentaire et enfin la garde des mouflons s’il y en a dans la corbeille. En politique, les EX, présidents, ministres 1ier ou autres, députés et sénateurs, même les secrétaires d’Etat gardent l’appellation à vie. Là où ça se corse c’est pour les EX des partis politiques, surtout ceux de la gauche extrême où l’appellation de renégat fut très longtemps en odeur de sainteté dans ces enceintes où l’on pratiquait la purge et l’exclusion comme l’Eglise en son temps l’Inquisition.

Alain Schiffres dans son Inventaire Curieux des Choses de la France chez Plon www.plon.fr nous livre 3 portraits d’ex qui devraient égayer vos vacances. Pour illustrer j’ai ajouté une petite liste d’ex connus de tous…

L’ancien trotskyste

«  Il va avec tout. C’est bien vu d’être un ancien trotskyste. On est heureux de le croiser dans les bois quand il est aux champignons, en parka avec plein de poches utiles. On le croise d’ailleurs partout. L’habitude de l’entrisme lui ouvre bien des portes. Il réussit dans le commerce parce qu’il est un agitateur d’idées. Dans la politique parce qu’il sait faire une salle. Dans le journalisme parce qu’il aime discuter dans les cuisines en lichant du pâté de tête. C’est dans les réunions qu’il est à son mieux. Il faut le voir soulever les points d’ordre. L’ancien trotskyste fait un excellent social-démocrate, parce qu’il a une éthique et qu’il est pour l’évolution permanente. Ce qu’il a de sympa pour un Français : il appartient au camp des vaincus. On ne peut oublier, le voyant, la douleur du coup de piolet*. L’ancien trotskyste est un éternel minoritaire qui a fini par se trouver seul à force de scissions. Un individu par défaut, en quelque sorte. Il a encore sur lui l’empreinte du groupuscule. Il a des copains, des réseaux, des souvenirs. »

* celui de Ramon Mercader agent de Staline assassinant Trostky à Mexico

Liste des ex-trotskystes : les créateurs de la FNAC  André Essel et Max Théret, les socialistes Lionel Jospin, Henri Weber et Jean-Christophe Cambadélis entre autres, l’ancien rédacteur en chef du Monde Edwy Plenel…

L’ancien communiste

« Une autre affaire. Il ne descend pas d’un pourchassé. Il s’oppose au trotskyste comme le sédentaire au nomade. Son idole a eu toutes ses aises. C’était un tyran en pantoufles. Qui tirait sur sa pipe les soirs d’été, en tricot e » peau absorbant sous sa chemise ouverte. L’ancien communiste a de beaux souvenirs, mais il porte les stigmates du défroqué. Chez certains sujets, le dévergondage est à la mesure de l’engagement. Ils s’ébattent dans la presse de droite comme des puceaux au bordel. C’est bien sûr de l’ancien stalinien que je parle, une espèce qui s’éteint. On ne va pas être un ancien refondateur, tout de même. »

Liste des ex-communistes : la majeure partie des intellectuels de l’après-guerre, la plupart des futurs maos, plein de compagnons de route avocats, grands mandarins de la médecine… Deux noms : une réussite, Marin Karmitz le fondateur de MK2 et une catastrophe, Maurice Leroy député du Nouveau Centre, ex Bayrou…

L’ancien maoïste

« C’est souvent un intellectuel, même un penseur. Cela étonne nos jeunes clients, à l’Inventaire, quand le hasard les a conduits à feuilleter La Cause du Peuple. Ils déshabillent la figurine de son blouson Perfecto et trouvent le normalien. Il faut leur expliquer la révolution culturelle. Que le mot « culture » fait rêver forcément. Que Mao était à la fois un poète et un paysan à dictons. Que, pour connaître le goût d’une poire, i faut y goûter, et qu’il n’y a rien de plus sain, de plus frais, que d’envoyer des professeurs arracher les navets. En compagnie de jolies filles nattées. (Elles dansent le soir en short. Avec des bandes molletières et un gros fusil. Elles sautent très haut.) Puis, selon la tradition française, un intellectuel est fait pour se tromper. L’ancien maoïste est volontiers shakespearien. Il s’éveille d’un sortilège. Il s’ébroue. Il se tâte le crâne. Bon Dieu, qu’est-ce ? Un cerveau ! Après une telle expérience, l’ancien maoïste devient un libertin sceptique ou une conscience malheureuse. Sa cure consiste pour un tiers à tomber sur les reins du soixante-huitard attardé, pour deux tiers à donner des leçons au monde entier. Sa grande affaire est de s’être arrêté au bord de l’action terroriste. Il en parle avec horreur et mélancolie. Cela lui passe et lui revient comme une migraine. On croirait qu’il se promène avec une balle dans la tête. Ses enfants en sont tout excités. »Oh, papa ! » disent-ils.

Liste des anciens maoïstes : liste non limitative, Serge July, Alain Geismar, Olivier Rollin, André Glucksmann, Philippe Sollers, Rolland Castro, Gérard Miller et l’emblématique Denis Kessler devenu le vice-président du MEDEF du baron Sellières.

 

Partager cet article
Repost0
26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 00:02

André Citroën, génial ingénieur, en 1934, va se ruiner en concevant et en lançant une voiture révolutionnaire : la Traction avant devenue par la suite, comme le sera la DS 19, une voiture culte. Les usines Citroën, dont l’emblématique quai de Javel, vont donc être reprises par l’entreprise à qui André Citroën doit le plus d’argent : Michelin. Les hommes de Michelin arrivent donc au quai de Javel, Pierre Michelin en tête flanqué de son ami Pierre-Jules Boulanger. André Citroën meurt en juillet 1935. PJB, c’est ainsi que Boulanger, qui a vécu quelques années aux USA, aime  se faire appeler, va diriger le bureau d’études où sont conçus les nouveaux modèles. C’est un autodidacte qui a la confiance du patriarche Edouard Michelin.

 

 

PJB possède une grande maison à Lempdes, un village proche de Clermont-Ferrand berceau des « bibendums », là sont fabriqués les fameux pneus Michelin : le cœur de l’empire de la famille Michelin. De sa fenêtre il voit passer, sur des vieilles charrettes, tirées par des bœufs ou des chevaux, des paysans, accompagnés de leurs femmes et de leurs filles, qui s’en vont au marché vendre leurs produits. Les garçons sont restés à la ferme pour travailler. Et le voilà qui pense que « si la femme pouvait venir seule au marché dans une voiture, le paysan pourrait consacrer ce temps gagné à travailler à la ferme… »

 

 

De retour à Paris PJB convoque, à son bureau du 48, rue du Théâtre, son adjoint Brogly et il lui dicte un surprenant cahier des charges : « vous et votre équipe allez travailler sur le projet d’une voiture pouvant transporter quatre paysans ou paysannes en sabots, cinquante kilos de pommes de terre ou un tonneau, rouler à 60 km/h, ne pas consommer plus de 3 l au 100km, être suffisamment confortable pour transporter un panier d’œufs dans un champ labouré sans en casser un seul. De plus elle devra être assez légère pour être conduite par une femme venant de passer son permis de conduire. Enfin ce devra être une voiture pas chère : 5000 F alors que la Traction 7 CV dépasse las 18000F… »

 

 

Légende sans doute car chez Citroën on sait très bien, qu’étant donné la situation économique, si l’on veut multiplier les possesseurs d’automobiles il faut fabriquer une voiture bon marché. Pour l’obtenir il faut selon leurs enquêtes :

 

 

1° créer un type de voiture qui soit un véritable outil de travail.

 


2° le fabriquer par quantité vingt fois plus fortes que les productions actuelles les plus élevées. »

 

 

Cette petite voiture économique sera cachée chez Citroën sous le nom de code « TPV » : très petite voiture. La folle histoire de celle que l’on appellera familièrement la deudeuche commence officiellement en 1939. L’ingénieur qui va être le père de la 2CV est André Lefèvre qui est un esprit novateur. De son passage dans l’aéronautique, chez André Voisin, il retiendra le dépouillement des tableaux de bord des premiers avions : le volant et le levier de la vitesse de la 2CV s’en inspireront ainsi que la capote, les sièges et la carrosserie en duralumin. Voiture spartiate, une vraie faucheuse de marguerites. Le premier prototype avec son phare unique a vraiment une sale gueule et il peine à tenir la route. La voiture définitive dispose de tout ce que le bureau d’étude a pu inventer pour simplifier et alléger la voiture. C’est ingénieux, intelligent et laid. 250 voitures sont produites fin août lorsque la guerre est déclarée. Elles seront stockées partiellement montées à Javel et Levallois avant d’être transférées à la Ferté-Vidame où elles rouilleront pendant dix ans avant d’être détruites, sauf quelques-unes sauvées par des employés.

 

 

 

 

Pendant l’Occupation la TPV entre dans la clandestinité car les allemands lorgnent sur le projet dont ils ont connaissance avant la guerre. Le père de la Volkswagen fait le siège du bureau de PJB, en vain. Peine perdue ni lui, ni aucun allemand ne verra la TPV. Pendant cette période de restrictions sous la houlette de Pierre Bercot – futur patron de Citroën – les ingénieurs vont chercher des astuces pour faire baisser le prix de revient. À la Libération, PJB pressent que la TPV devrait séduire une plus large clientèle car une partie des Français aisés a vue ses revenus fondre pendant l’Occupation. Au plan mécanique, c’est par hasard en observant la moto BMW de Flaminio Bertoni – le styliste maison – qu’André Lefèvre va imaginer le nouveau moteur bicylindre à plat refroidi par air. La TPV se voit aussi dotée d’un démarreur électrique, d’une quatrième vitesse dite « surmultipliée » et surtout de la fameuse suspension interactive à batteurs individuels qui sera l’un des charmes de la 2CV.

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PJB (c'est lui qui tient le volent d'un protoyype sur la photo ci-dessus), fidèle à son caractère, ne se fie qu’à ses intuitions et un secret farouche a été maintenu autour de la TPV. Les premières voitures de présérie ont été assemblées pendant l’été 1948. Il faut hâter le pas car Renault a mis les bouchées doubles et sa nouvelle 4CV se vend comme des petits pains. La fabrication de la 2CV ne va pas être des plus simples car les matières premières manquent et l’Etat se croit, comme toujours, obligé de légiférer sur leur répartition. Chez Citroën on jongle en contournant la surveillance d’un obscur fonctionnaire du Gouvernement Provisoire chargé de l’application de l’absurde plan Pons planifiant la production automobile d’après-guerre. Dirigisme qui fera beaucoup de mal à nos industries pendant une longue période.

 

 

PJB hésite encore à présenter le nouveau modèle au Salon de l’automobile d’octobre car tout n’est pas encore finalisé. La presse s’impatiente. Pour ne pas laisser la part belle à Renault et Panhard, PJB décide de présenter sur le stand trois 2CV sans moteur. À l’ouverture les journalistes et le public sont pressés de découvrir la nouvelle « bombe » de la marque. La 2CV étonne, choque même, déclenche des lazzis mais ne laisse quiconque indifférent. Les Français, comme toujours, commentent et surtout adhèrent. Les commandes s’empilent. Elles émanent des ruraux, ceux que PJB voulait séduire dès l’origine : rappelez-vous les paysans en sabots. La partie n’est pas gagnée car la mécanique n’est pas encore au point. C’est le 21 juin 1949 que le type A de la 2CV est soumis au Service des Mines. Homologuée le 28 juin, elle sera de nouveau au Salon d’octobre 1949 et mise en fabrication en novembre.

 

 

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prix est de 228 000F alors qu’on l’annonçait à 185 000F au Salon de 1948. La différence est de taille mais la 2CV est bien moins chère que sa rivale la 4CV de Renault. Les commandes sont tellement nombreuses que Citroën doit instaurer un dossier de candidature. On croit rêver : il faut l’accord de la marque pour acquérir la 2CV. La sélection est très sérieuse. On va vérifier chez le demandeur le bien-fondé de l’achat, priorité est donnée au travail. Etonnant non, Citroën fait quasiment œuvre sociale en améliorant les conditions de travail des Français et participe au renouveau national. Agriculteurs, VRP, médecins, curés…sont prioritaires. Les cadences augmentent mais pas assez, les délais d’attente s’allongent : au pire moment il faudra attendre 7 ans pour obtenir sa 2CV. Inimaginable pour nos chères têtes blondes qui trépignent lorsque leur moteur de recherche pédale quelques secondes dans la choucroute et tarde à leur donner l’info qu’ils cherchent. Autre temps autres mœurs mais surtout une belle histoire…

Partager cet article
Repost0
25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 00:00

L’association de ce matin peut vous paraître étrange, elle ne relève pas du nième duel Bourgogne/Bordeaux mais du souvenir d’une affirmation, pur jus de mec qui veut faire l’intéressant, que j’ai proféré la première fois que j’ai rencontré Lalou Bize-Leroy lors de l’affaire dite des «  Japonais et du domaine de la Romanée-Conti » http://www.berthomeau.com/article-16819419.html: « les grands blancs sont en Bourgogne, les grands rouges à Bordeaux… ». Ça me valu une convocation matinale à venir déguster ses grands rouges à elle. Un grand moment, rare, exceptionnel, rite initiatique qui vous rend humble et heureux.

Alors ce matin avec mon esprit d’escalier en colimaçon j’ai fait le lien avec ma lecture du manga  Les Gouttes de Dieu et voilà le résultat.

 

1ier Tableau : Lalou Bize-Leroy

Shizuku et Miyabi (voir ma chronique) parlant de Sarah un top-modèle de 20 ans :

-         Miyabi : Wow ! 20 ans ? Sacrée fille… On dirait une madame Bize-Leroy dans sa jeunesse !

-        Shizuku : Qui c’est ?

-        Miyabi : Ah, là, là… comment toi qui vas être un élément important du département vins des bières Taiyo… peux-tu ne pas la connaître ? C’était l’une des directrices du DRC *… Une géniale viticultrice de Bourgogne.

On lui a passé du vin sur les lèvres à son baptême… et il paraît qu’à 5 ans elle jouait à déguster.

-         Shizuku : Ooh ! Ça existe des gens comme ça ?

-         Miyabi : On raconte aussi que lors d’une dégustation à l’aveugle… sur des dizaines de bouteilles, elle les a toutes identifiées.

-         Shizuku : y’en a des choses en ce monde…

 

 

2ième Tableau : Le Haut-Médoc de Giscours 2000

 

Dans la grande tradition du manga Les Gouttes de Dieu Shizuku, en goûtant, indique ce qu’il éprouve : « Un carrousel… J’étais dans un endroit doré, il y avait de la musique… c’était un voyage à la fois lent et court, mais assez agréable… J’ai ressenti la joie insouciante d’un tour de manège dans un parc d’attractions…

-         le patron du wines bar : Comme toujours tu t’exprimes… de manière intéressante. Oui… ce vin ne créé pas la peur d’une montagne russe et n’en impose pas comme une grande roue. Mais je crois moi aussi que son arôme emporte celui qui le boit… dans un joyeux petit voyage…

-         Miyabi : En effet l’attaque jeune d’orange pressée laisse la place à un arôme d’amande plus doux, qui disparaît aussitôt après… C’est un joli vin au petit goût de revenez-y… comme un manège dont on veut faire un autre tour.

-         le patron du wines bar : Mais le plus grand charme de ce vin… c’est son prix. Mi… 1760 yens * ? Mais comme vous l’avez vu en le goûtant, sa qualité atteint celle des vins à 3000 yens *. Bien sûr cela est en partie possible grâce à son millésime. 2000 étant une grande année…

-         Miyabi  Prenons celui-ci en premier prix ! Le Haut-Médoc de Giscours… C’est un vin de table de Bordeaux, du Haut-Médoc, fabriqué par le domaine viticole de château Giscours, près de Margaux…

 

* 1760 yens = 11,50 euros   3000 yens = 19,50 euros

 

Comme je l’écrivais dans une chronique récente notre bon vieux vin de table retrouve des couleurs : nos amis japonais l’utilisent pour un assemblage de prestige et ça n’a rien de péjoratif…

Partager cet article
Repost0
24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 00:04

Comme mon éveil fut bien tardif, en dépit de la même dextérité que Chloé mettait, à piloter sa Norton 750 Commando Fastback sur les départementales menant à Elisabethville, qu’à conduire à fond la caisse la TR4 de sa mère sur les Champs, nous sommes arrivés trop tard aux abords champ de bataille. Le repli, en dépit des ordres, se faisait dans la lenteur et le désordre. Nous ne pouvions que nous en tenir à observer et surtout à éviter de nous faire coincer dans la poche formée par la Seine au nord et la nationale 13 au sud. Deux hélicos tournaient dans le ciel permettant aux phalanges policières de manœuvrer pour couper la retraite à Gamelin, blessé au bras et au visage au cours de l’échauffourée, et à ses troupes elles aussi bien cabossées. Comme j’avais eu la bonne idée de transmettre un petit mémo à ma hiérarchie avant la réunion de « Base Grand » dans lequel je prévoyais l’imminence d’une action punitive à la mémoire de Gilles Tautin, ma crédibilité s’en trouvait renforcée à la condition que je les appelle au plus vite du théâtre des opérations pour justifier que je n’avais pu les prévenir en temps réel. Chloé, pleins gaz, nous sortait de la nasse et me déposait quelques minutes plus tard devant la poste de Bouafle. Le calme du village contrastait avec le charivari que nous venions de quitter. Dans son enclos grillagé la dame des postes m’accueillait, même si je n’étais pas un chevelu, sans aucune aménité. Pour hâter une procédure qu’elle se plaisait à faire traîner en longueur je lui propulsais ma carte de police sous son long nez pointu. Le sourire mauvais qu’elle m’allongea me plut. Pour le renforcer je lui balançai un méchant « bouge ton cul vieille chouette… »

 

Au téléphone mon correspondant se contenta de me donner un numéro, une ligne directe, que je devais appeler immédiatement. Ce que je fis par l’intermédiaire de ma nouvelle collaboratrice qui exécuta la manœuvre avec une hauteur méprisante qui se transforma en étonnement lorsqu’elle obtint mon correspondant. Elle ne put réprimer un « oui monsieur le Ministre… » emprunt de déférence. En regagnant la cabine j’étais moi-même abasourdi. Marcellin soi-même, je flippais un peu. Par bonheur je pus reprendre mes esprits pendant que ce cher homme me servait les paroles qu’on adresse aux types qui en prennent plein la gueule en première ligne. Je me contentais d’onomatopées vaguement approbatrices puis, profitant d’un moment où il reprenait son souffle, je passais en revue toutes les obsessions du bonhomme. Confirmant les liens des enragés de la GP avec l’Internationale terroriste, je revêtais Chloé, sans la citer, mais je me doutais bien que cette enflure devait avoir une fiche sur le SG de l’Elysée, du lourd manteau de grande-prêtresse de la branche italienne que je dépeins sous les traits les plus noirs. Le cher homme buvait du petit lait. Le temps était venu pour moi de porter l’estocade. Sans aucune précaution je lui indiquais que ma couverture prolétarienne d’OS chez Citroën m’entravait et que je serais bien plus efficace si je retrouvais ma liberté de manœuvres. Lourdement j’ajoutais que coucher avec ma belle italienne servait plus les intérêts de la France que de me coltiner des ailes de 2CV ou de faire le con à un poste de soudure à l’étain. Plus c’est gros, plus c’est lourd, plus ça passe. Il m’approuvait et donnait les instructions en ce sens. J’empochais sans remercier en lui signifiant que je devais retourner au front. Les oreilles et la queue, il se confondait en propos élogieux à mon égard.

 

Assise à même le sol Chloé tirait sur sa petite bouiffe et ses yeux pailletés d’or me souriaient l’air de dire : toi aussi mon beau légionnaire tu bouffes à beaucoup de râteliers. Pourquoi la détromper : « la mayonnaise prend ma grande, on va se payer une tranche de bordel intense qui va plaire au père Pompe. Foutre la trouille au bon peuple c’est niquer les cocos et les socialos. Mais pour cela il faut tenir les deux bouts des cordelettes des marionnettes. Bon, on y retourne ou on rentre à Paris ?

-         On peut se mettre des brassards de la Croix Rouge pendant que tu y es mon légionnaire. Laisse-les se démerder ces cons, ils n’ont que ce qu’ils aiment : jouer aux martyrs. Franchement, envahir une usine pour hisser le drapeau rouge, barbouiller le monument de Lefaucheux d’un truc du genre : « vengeons Gilles Tautin », donner des coups de pieds dans les couilles de la maîtrise, casser des dents, manier le manche de pioche sur le dos des permanents CGT, ça ressemble à quoi ? À que dalle ! Ça les fait bander ces cons. Un petit séjour dans les geôles du pouvoir leur fera du bien et, crois-moi, beaucoup d’entre eux commencent déjà à faire sous eux. Viens on va s’offrir du bon temps…

-         T’es sûre ?

-         Ne fais pas l’enfant chœur mon salaud. T’en as rien à cirer de ces branleurs.

Collée à elle sur le biplace de la Norton je me laissais aller à être heureux en me grisant de la morsure de l’air tiède de ce 17 juin 1969
Partager cet article
Repost0
23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 00:09

Je pars en vacances. Je quitte la grisaille parisienne. Cette chronique s'imposait. Mais contrairement à certaines entreprises, la mienne poursuit son activité pendant les vacances. Tous les matins la petite chronique dans la boîte électronique.
Dans le très sérieux journal le Monde, Yves Eudes posait cette très grave question : «Le nu a-t-il de l'avenir en Occident ? Dans la villa Romana del Casale, en Sicile, construite au IIIe siècle, une mosaïque montre une dizaine de jeunes femmes en train de faire du sport et de s'amuser. Toutes portent un bikini, très semblable à celui des femmes occidentales contemporaines. Le grand combat du XXe siècle pour la libération de mœurs aura donc permis aux femmes... de revenir 1 700 ans en arrière. »

Avant de chroniquer sur le bikini quelques notations éparses. En ce temps de célébration du 40ième anniversaire d’un mois de mai 68 creuset de toutes dérives de notre beau pays : triomphe du relativisme, perte des repères, érosion de la valeur travail j’en passe et des meilleures, faire un retour en arrière sur l’hédonisme d’après-guerre qui accouchera des seins nus et d’une nouvelle religion celle du corps : salle de fitness, musculation, aquagym, massage… Tout serait donc parti des fameux congés payés jetant sur les plages les masses travailleuses. Le non-travail on y prend goût surtout sous la caresse des rayons du soleil et la trempette. On commence par se sécher et on finit par bronzer. Normal que petit à petit les aoûtiens et les juillettistes veuillent offrir un maximum de surface au Dieu Soleil. Pourtant, à l’origine, les chantres de « l’homme nouveau » n’y trouvait rien à redire : « Je rebronzerai une jeunesse veule et confinée, son corps et son caractère par le sport, ses risques et même ses excès. » Nos joggeurs, marathoniens de New-York, sauteurs à l’élastique, adeptes du canyonning, en sont les héritiers : faut bien qu’ils s’occupent pendant leur RTT ! Alors pourquoi diable sommes-nous devenus un « peuple d’amollis » ?

Pour les tenants de l’ordre moral, les émergés comme les planqués, la réponse est évidente : c’est la faute des femmes !

Alors que dans les années 20 le maillot de bain féminin ne découvrait que les bras celui du début des années 30 dénudait les épaules et remontait jusqu’à mi-cuisse alors qu’à la fin de celles-ci il poussait volontiers jusqu’au haut des cuisses et escamotait les bretelles. De jersey épais il évoluera vers le jersey de laine fin, puis de soie, épousant de plus en plus les formes. Moulant ! Le début de la fin. Le ver était dans le fruit : en 1932 le couturier parisien Jacques Heim présentait dans sa collection un maillot de bain deux-pièces baptisé « Atome » 

Le bikini moderne, en effet, fut officiellement inventé en 1946, modèle déposé par Louis Réard (ci-desssu) sous le nom de l’atoll où eut lieu le premier essai nucléaire américain, qui récidivera en 1964 en popularisant le  topless swimsuit : le monokini créé par le styliste allemand Rudi Gernreich. De nombreux pays, dont l'Italie, interdirent son port sur leurs plages : « les Siciliennes devront attendre une douzaine d'années avant d'avoir le droit de s'habiller comme leurs ancêtres. Dans l'euphorie de l'après-guerre, le bikini s'impose alors dans tout l'Occident, et au-delà. Arrive ensuite le monokini, sans soutien-gorge, puis le string à la brésilienne, pesant entre 5 et 9 grammes. » note Yves Eudes. Le nu intégral alors ? Non, on assiste même à un retour en arrière sous l’impact de la tyrannie des beaux seins. Alors comme le dit Valérie Delafosse, directrice artistique de la marque Eres, le bikini n’est pas mort "Trois petits triangles qui épousent parfaitement le corps de la femme, c'est souvent le plus simple qui dure le plus longtemps. En plus, le bikini est flatteur, il s'adapte à presque toutes les morphologies." L'innovation, selon elle, viendra des nouveaux tissus synthétiques : "des matières très douces, à l'élasticité ultra précise, qui vont sculpter le corps, un peu comme une gaine, mais sans comprimer ni alourdir".
















Triomphe des pères la pudeur ? J’en doute mais il me semble certain que, sous la pression du communautarisme religieux, des effets de la crise économique dans les sociétés développées, de l’irruption de 2 nouveaux grands : la Chine et l’Inde, l’on va assister à une forme de privatisation de l’exposition des corps pour mieux jeter au petit peuple « une nouvelle forme de puritanisme »…

Pour le monokini et pour de  rire - allez jusqu'au bout c'est court - une petite vidéo :


http://www.kewego.fr/video/iLyROoaftEqy.html

Partager cet article
Repost0
22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 00:04

Lorsque mémé Marie disait : « elle a eu des bessons ou des bessonnes » je croyais que c’était un mot de notre patois vendéen et tel ne fut pas mon étonnement de découvrir en lisant le superbe roman de Michel Tournier, le roi des Aulnes, que c’était du vieux français : « les bessons sortent l’un après l’autre, si semblables qu’on dirait que le même enfant par deux fois se courbe et saute sur le pavé ». Pour la prononciation du nom besson – dans ma Vendée natale – on dit be son alors que pour le patronyme Besson on dit bê son. Bref, ce détour par nos jumeaux et jumelles me permet de vous faire une petite chronique sur les Besson. J’en ai choisi 5, pas un compte rond, par pur esprit de contradiction : 2 paires de 2 : Éric et Luc, les Besson médiatiques ; Colette et Louis, les Besson sympathiques ; et pour faire bon poids, le dernier, Patrick, médiatique et sympathique à la fois (par pour tout le monde bien sûr).

 

Comme je suis un paresseux j’ai ce matin, pour 3 des Besson, appelé à la rescousse Bertrand de Saint Vincent qui, d’une plume acérée, vient de commettre  un revigorant « Fragments d’impertinence » : La France au crible chez Plon, très remake de La Bruyère. Il est journaliste, et même rédachef  au Figaro. J’adore les journalistes du Figaro car ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils écrivent ailleurs que dans leur canard. Au temps de 68 l’éditorialiste du Figaro se dénommait Louis-Gabriel Robinet et nous l’avions surnommé : Robinet d’eau tiède. Facile mais l’esprit de Beaumarchais a depuis fort longtemps déserté le Figaro.

 

Premier couple de Besson : les médiatiques par B de Saint Vincent

1)    Éric : Secrétaire national du PS, chargé de coordonner une virulente plaquette anti-Sarkozy, il fut nommé, quatre mois plus tard, secrétaire d’État par ce dernier ; c’est l’homme qui tire plus vite que son ombre. Mais sur elle.

2)   Luc : producteur réalisateur phare du cinéma français, Luc Besson compte beaucoup. Surtout les spectateurs et les millions d’euros. Pour le reste, son apport au septième art reste mince. Depuis Le Grand Bleu, sa pensée tient dans une bulle.

Pour le premier j’ajoute, sans le victimiser, qu’il est un pur dégât collatéral de Ségolène Royal ; pour le second, nous lui devons, sans doute, le non choix des membres du CIO de la candidature de Paris aux JO.

 

Second couple de Besson : les sympathiques par moi.

1)    Colette : elle avait des nœuds rouges dans ses cheveux longs et, dans la dernière ligne droite du 400 mètres olympique sur le stade Aztèque de Mexico, un soir d’octobre 1968, au nez et à la barbe – pas très galant comme expression – des favorites elle coupe le fil la première. Elle a pleuré sur la plus haute marche du podium, ça a ému le Général qui l’a reçu à l’Elysée. Celle qu’Antoine Blondin avait surnommé « la petite fiancée de la France » pour sa « dernière ligne droite triomphale, qui avait l’exubérance d’une révolution mexicaine » Une belle et grande championne, simple et sympathique qui nous a quitté en 2005, à 59 ans, mon âge lorsque j'ai écrit cette chronique.

2)   Louis : pour beaucoup c’est la loi Besson, avec des initiales SRU forts connues. C’est un savoyard, discret, dévoué, travailleur, que pas grand monde connaît. Pour moi une crème d’homme, de ceux qui donnent envie de faire de la politique. Rare donc.

 

Le dernier des Besson à nouveau par B de Saint Vincent puis moi.

1)    Patrick : polémiste, ce faux paresseux écrit tout le temps, partout sur tous les sujets : des romans, des essais, des récits, des souvenirs, des pamphlets, des portraits, des chroniques. Des dialogues de film. Des pièces pour la radio.

        Un vrai concierge de l’époque.

       Intronisé à vingt ans grand espoir de sa génération, chaque automne, depuis lors, il rate le Goncourt. C’est bon pour la rage. Ses victimes sont innombrables ; chanteurs, homonymes, écrivains, mannequins, philosophes, présentateurs de télévision, hommes politiques, il y en a pour tous les goûts. Elles le poursuivent.

       Les balles sifflent. Besson aussi. Quand ses ennemis le collent de trop près, il change d’éditeur, d’opinion, de journal, d’ami, de femme ; bref, il sacrifie l’un des siens.

        Sa cause est indéfendable, mais il la défend sacrément bien.

   2) le même par moi : adulé par les amateurs de notre nectar depuis sa chronique dans le Point : Sot d’eau à propos des écrits du repenti médiatique Hervé Chabalier.

Partager cet article
Repost0
21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 00:04

Alors qu’à la vieille du grand pont du 15 août je baguenaudais dans les travées de la Grande Épicerie du Bon Marché à la recherche de fraises des bois, zigzaguant entre des paquets d’américaines gloussantes et une famille de touristes français recherchant pour la petite dernière une Tour Eiffel (sic) je suis tombé en arrêt face à une belle enfilade de rosés. Croissance à deux chiffres, confirmation de la tendance vin d’initiation, de l’envie de vin facile, c’est la déferlante. Je lèche la vitrine comme un chaland lambda avant d’être accroché par une chouette petite étiquette : isa Vin de Pays des Côtes de Thongue 2007. Je la tripote. Elle me plaît, alliance intelligente d’un graphisme contemporain et d’ustensiles anciens. Je lis : Les Chemins de Bassac et je note que les raisins sont issus de l’agriculture biologique.

 

Comme vous le savez sans doute je suis un fan absolu des Côtes de Thongue alors je me tâte : achat or not achat. Je suis bien pourvu en rosé. J’hésite. Je matte le dos de la belle. Qu’y lis-je ? Que ce rosé est un assemblage de Grenache, de Syrah et de Mourvèdre. Fort bien ! Suis un texte : « La robe est d’un fuchsia très tendre et le nez fin au possible. En bouche, on a une mini explosion d’arômes de petits fruits rouges grillés et épicés. Le vin est charnu, sans excès, heureusement tapissé par un joli fond de fraîcheur, de petites notes poivrées et la fin de bouche est nette. À boire sans trop de retenue sur des salades modérément vinaigrées, des entrées légères et exotiques, des fromages de chèvre frais. »

Signé Michel Smith – Auteur et journaliste.

 

J’achète heureux d’avoir trouvé une nouvelle catégorie de vin : Vin de lecteur.

 

Celui-ci est l’œuvre d’Isabelle et Rémi Ducellier à Puimesson 34 480

 

Tiens j’ai fait court ce matin, c’est sans doute parce que je vais partir en vacances à la fin de la semaine : à marquer d’une pierre blanche cette chronique.

Partager cet article
Repost0
20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 00:03

En ces temps olympiques rappeler que Claude Piquemal fut médaillé de bronze olympique au relais 4 x 100 m en 1964 avec Genevay, Laidebeur et Delecour et 1968 avec Fenouil, Delecour et Bambuck en 38"4, c’est évoquer un temps où les athlètes couraient le 100 mètres au-dessus des 10’’ et ressemblaient à des gens normaux. Excellent vireur, ce merveilleux troisième relayeur, fin et élégant, portait les couleurs ciel et azur du Racing Club de France et, dans mon petit club des sportifs que j’admirais, Claude Piquemal occupait une place privilégiée car l’athlétisme en général, et le sprint en particulier, me fascinaient.

Aujourd’hui si vous tapez Piquemal sur Google la première rubrique qui s’affiche est : Domaine Piquemal et ça va me permettre de vous raconter ma petite histoire catalane du jour. Lorsque je débarquai en août 1998 à Perpignan en tant que médiateur de la crise des Vins doux naturels, la sortie de crise ne me semblait ni évidente, ni surtout rapide. Mes séances de psychothérapie collective salle Pams ajoutaient à ma perplexité. Le préfet Dartout soulagé du fardeau me choyait. Le président du CG me gonflait. L’Indépendant de Perpignan m’élevait au rang de vedette de l’été. Sur France Info Perpignan Louis Monich le rédacteur en chef – qui sera assassiné en fin septembre 2005 – suivait avec gourmandise mes pérégrinations. Guy Bringuier le DDAF se régalait. Je ressentais de plus en plus le besoin d’aller humer l’air des vignes, de prendre le pouls de vignerons que j’aurais choisi. Jacques Fite du CIVDN, un matin à l’heure du café me dit « tu devrais aller voir Pierre Piquemal, lui a tout compris… » Rendez-vous est pris. Avec ma petite auto direction Espira-de-l’Agly en fin de journée. Pierre Piquemal me reçoit avec simplicité et franchise. Le courant passe. Je l’écoute avec attention. Son histoire, à lui et à Annie son épouse, est exemplaire. Alors qu’ils auraient pu, comme tant d’autres dans ce beau département, se laisser bercer par la petite musique de la petite rente des Vins Doux, ils ont choisi une autre voie celle de devenir des vignerons à part entière. Voie difficile, la vigne, le vin, vendre le vin, autant de métiers différents et prenants. Se faire connaître, reconnaître, les salons, les concours, parcours du combattant, beaucoup de temps passé. C’est toujours avec grand plaisir que je retrouve Pierre et Annie Piquemal lors de Vinisud ou du salon des caves particulières, toujours avenant et souriant. La réussite ne leur a pas tourné la tête. Moi je leur dois un grand merci, ils m’ont beaucoup appris. Comme je le dis souvent à mon ami Eric, pour moi un vrai vigneron-indépendant c’est l’équivalent d’un boulanger-artisan qui fait du bon pain et Pierre et Annie Piquemal, et maintenant leurs enfants, en sont l’image-type.


Ce matin j’ai choisi Les Terres Grillées 2003 rouge signés des enfants : Marie-Pierre et de Franck Piquemal, c’est un Côtes du Roussillon Villages

Fiche technique :

Cépages : Assemblage de Grenache noir (35 %), de Carignan Vieilles Vignes (35 %) et de Syrah (30%)

Terroir : Sélection de schistes en coteaux.

Vinification : Traditionnelle en rouge. Vendanges éraflées. Cuvaison de trois semaines.
Macération carbonique pour le Carignan. Pigeage et délestage alternés.

Elevage : En fût de chêne pour la Syrah ; traditionnel en cuve pour le Grenache et le Carignan.

Titre alcoolmétrique : 14 % vol.


Comme vous le savez j’ai assez peu de goût pour la description des vins, avec son vocabulaire convenu, très fleurs et fruits, parfois cocasse : l’autre jour c’était goudron et colle très goûtu ces petites choses, car je m’y sens à l’étroit, bridé et surtout je trouve que les mots expriment souvent mal les sensations que procure la consommation de notre divin nectar. Je suis un amateur pas un dégustateur mais je vous dois quand même de m’expliquer sur les raisons de mon choix de ce matin. En faisant une pirouette je pourrais écrire que c’est pour la beauté du titre : de l’ocre de la cendrée au rubis des Terres Grillées mais ce serait trop facile et peu respectueux. Mon choix est esthétique. Mes amis catalans aiment à cultiver une image très proche du rugby pratiqué par l’USAP, disons rude. Terres Grillées pour moi c’est un costaud qui n’exhibe pas ses biscotos. Il ne roule pas des mécaniques. Il allie l’ampleur, la grâce et la finesse, à la manière de l’écossais Sean Connery dans les premiers James Bond : classe british avec juste ce qu’il faut de force mâle. Œil de velours et Aston-Martin, pour moi c’est un vin qui plaît aux femmes qui aiment les hommes. Propos peu orthodoxes que je complète par un commentaire trouvé sur le Net Apprécié pour « son magnifique parfum de cassis, de garrigue, de confit, de musc et de grillé. Des tanins soyeux étayent une matière ample et généreuse en bouche, laissant en finale une impression de noblesse gourmande sur des notes de cerise à l'eau de vie et cacao. »

 

 

Partager cet article
Repost0
19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 00:08

Quand on s’appelle Goudeau, en un temps, l’après guerre de 1870, où les clubs littéraires fleurissaient dans les villes, et que l’esprit bohème régnait dans les cabarets, créer le club des hydropathes (étymologiquement : ceux que l'eau rend malades) allait de soi. Ce cercle connaîtra un grand succès dès sa première séance en octobre 1878, soixante-quinze personnes, et au faîte de sa gloire lorsqu’il se réunira au Chat Noir de Rodolphe Salis à Montmartre il comptera jusqu’à trois cent cinquante participants. On y célébrait la littérature et tout particulièrement la poésie : les participants déclamaient leurs vers ou leur prose à haute voix devant l'assistance lors des séances du vendredi soir. Mais les membres professaient également le rejet de l'eau comme boisson au bénéfice du vin. Charles Cros écrivit :

Hydropathes, chantons en cœur

La noble chanson des liqueurs

L’intérêt de ce club, au-delà bien sûr de son « militantisme » affiché pour le vin, tenait à ce qu’il permettait, sous le couvert du bel esprit, de déraper vers des sujets plus contestataires. Nos hydropathes inaugurèrent l’esprit « fumiste » et leur club, même s’il disparut en 1880, au travers de la Revue Les Hydropathes – qui compta trente deux numéros entre 1879 et mai 1880 – permirent de mettre au jour à chacun de ses numéros, des talents non-conformistes : une personnalité proche du groupe d’André Gill à Sarah Bernhardt et de Charles Cros à Alphonse Allais. De nombreux jeunes artistes : Léon Bloy cousin d’Emile Goudeau, Paul Bourget, François Coppée, Guy de Maupassant, furent membres du club.

Autre temps autres mœurs mais, sans vanter les délices de l’ivresse ou le border line de ceux qui goûtaient sans modération aux fruits défendus – position politiquement incorrecte dans nos sociétés propre sur elles et cultivant le culte de l’immortalité et du risque zéro – ce qui me frappe dans ce joyeux cocktail liberto-littéraire c’est que le vin était de plain pied dans son époque. Certes, il y était avec les débordements du fléau de l’alcoolisme liés aux conditions économiques et sociales de l’époque (voir le rapport Villermé Tableau de l'état physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine, et de soie, (1840) mais l’hypocrisie n’était pas de mise : si les ouvriers, les classes dangereuses, claquaient dans les bistros le peu d’argent du ménage c’était pour supporter une condition inhumaine. L’ivrognerie d’ailleurs régnait aussi dans les campagnes où la condition des journaliers n’avait rien à envier à celle des ouvriers urbains.

Pour être encore plus précis, alors que le vin, boisson alimentaire, est un produit en voie de disparition, qui laisse la place à un produit festif, statutaire et ludique, les tenants de l’hygiénisme, nos penseurs de la santé publique, devraient réviser leurs fondamentaux, appliquer à notre époque une nouvelle stratégie. La pure stigmatisation, l’interdit pur et simple dans une société où tout ou presque est a portée de mains, relève d’une méconnaissance grave des ressorts de ceux qui se ruent vers les boissons alcoolisées, dans lesquelles d’ailleurs le vin ne tient plus une place prédominante. C’est d’un labour profond dont nous avons besoin non d’une cosmétique fondée sur des campagnes de communication.

Enfin, je voudrais m’adresser aux gens du vin en France pour leur dire qu’ils ont aussi, d’une certaine manière, participé au mouvement de mise hors la vie du vin en le cantonnant dans le Saint des saints des amateurs, produit d’élite pour les élites, tout en continuant de vivre dans un vignoble de masse produisant des nectars bien moins prestigieux. La distorsion entre l’élitisme et la production de masse est évidente mais jamais reconnue alors que nos voisins dits du Nouveau Monde, eux, ne s’embarrassent pas de nos scories historiques. Face à la mondialisation de la consommation ils sont en train d’imposer leur modèle dans les pays nouveaux consommateurs. En être est-il péché mortel ? Est-ce participer à la « corruption » du monde que de proposer nos petits vins ? La réponse est non. La stratégie de ligne Maginot, comme celle adoptée vis-à-vis de l’Internet, relève de la bêtise la plus noire. Comme si nous claquemurer dans notre hexagone allait faire stopper à des frontières, qui n’existent plus physiquement, le flux des informations de la Toile en provenance du Monde.

Alors que notre grand ami, le médiatique Hervé Chabalier, va voir son best-seller : «  Le Dernier pour la route » être le sujet d’un film produit par Philippe Godeau, je ne peux m’empêcher d’écrire que ce sont toujours ceux qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, dérapent qui viennent faire la morale à ceux qui « tiennent la route ». Nous avons une culture des repentis et des « ce n’est pas de ma faute » ça émeut les chaumières, ça fait pleurer Margot. Les « Sots d’eau » (1) ne me tirent aucune larme...   


(1) Sot d'eau
"Tout le monde critique Hervé Chabalier. Mais moi je le comprends. ...
L'une des meilleures choses sur terre est le vin et Hervé n'a plus le droit d'en boire.
Ce serait supportable pour lui si personne n'en buvait."...
"Pour Hervé, tout verre de vin est mauvais car il le mènerait à la bouteille, puis à la caisse, puis à la cave, puis au cercueil.
Il ne lui viendrait pas à l'esprit que nous n'avons pas ce problème-là avec l'alcool. Que lorsque nous buvons une slivovica le matin, nous sommes au thé le soir.
Que le vin arrose nos meilleurs déjeuners de copains mais que l'eau ruisselle sur nos adorables dîners familiaux. ...
"S'il a eu la faiblesse de se laisser ligoter par l'alcool au point d'être aujourd'hui condamné à la sobriété pour le restant de ses jours, il n'y a aucune raison pour que nous, qui avons su conserver notre liberté face à la boisson, nous devions matin, midi et soir baigner notre bouche heureuse, notre langue délicate et notre palais sensible dans l'eau et uniquement dans l'eau."...
"Les gens qui boivent de l'eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l'eau.
Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l'eau, il n'y a rien de mauvais, car il n'y a rien." (...)

Patrick Besson

 

Partager cet article
Repost0
18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 00:00

L’anecdote est tirée du manga du vin vu par les japonais, best-seller absolu Les Gouttes de Dieu tome 1. Elle est très caractéristique de l’extrême érudition des auteurs, une érudition pointilleuse, très attachée à une forme de lecture du vin à la fois descriptive et lyrique, très pédagogique aussi. Les protagonistes sont pour la plupart des œnologues et non des œnophiles marquant ainsi la primauté d’une approche très technique sans pour autant brider l’inventivité des commentaires et les références les plus inattendues : l’Angélus de Millet pour un château Mouton-Rothschild 1982 je cite : « C’est là que se révèle la légère muscade et la figue mûre… Le grain de poivre et autres arômes matures… » « C’est là que la terre ouvre les yeux après un long sommeil… «  « Ce vin est un tableau. Avec des traits de pinceaux qui rappellent la terre labourée, pinceau qu’il a fait repasser sur la toile en plusieurs couches telle la charrue dans le sillon… » « C’est la tableau le plus connu de Jean-François Millet… » « L’ANGÉLUS ! » Ça peut prêter à sourire mais ça fonctionne auprès des lecteurs c’est donc que ça leur parle. C’est l’essentiel. Une telle adéquation devrait nous amener à réfléchir sur la façon dont nous transmettons auprès des jeunes générations la culture du vin. Conjuguer la tradition avec les codes des jeunes, leur raconter des histoires sur leurs supports favoris, les intéresser, les captiver, n’est pas chose facile mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faille s’y atteler. Sur mon petit blog je m’y essaie en élargissant le cadre, en sortant de la vision du seul dégustateur, en tentant à ma manière de conter des histoires et de toucher un éventail le plus large possible de lecteurs.

 

Le héros de l’histoire Shizuku Kansaki fils d’un célèbre œnologue qui vient de décéder, dégoûté par lui du vin par une éducation entièrement tournée vers la connaissance de la dégustation est confronté aux dernières volontés de son père et il engage un parcours difficile. L’épisode qui suit est très caractéristique de ce manga. Pour obtenir l’aide d’un étrange clochard Monsieur Robert connaisseur de vin Shizuku accompagné d’une apprentie sommelière Miyabi doit élucider une énigme. Je vous livre le script :

Monsieur Robert : « jeune demoiselle connais-tu ces deux vins ?

Miyabi : « Oui, ils sont issus de l’un des plus célèbres domaines de Bourgogne, celui de Jean Gros. Le domaine Gros frère et sœur.

« Vosne-Romanée Village » 2001 et…

L’un des meilleurs Grands Crus  « Échezeaux » 2002.

Monsieur Robert : « Bah, un imbécile le saurait, il suffit de lire l’étiquette. Cependant…après avoir bus, en saurez-vous autant ? C’est un tout autre problème.

N’est-ce pas très chers ?

Monsieur Robert : « Essayez de savoir en les dégustant… pourquoi j’ai choisi ces deux Vins. »

Shizuku : « C’et équitable. Le temps presse alors… allons-y !

Celui-ci c’est l’Échezeaux. Commençons par le Grand Cru.
Ooh…Bien sûr délicieux. Bon au suivant »

Miyabi intriguée pense « Pourquoi a-t-il parlé d’énigme ? Un « Village » et un Grand Cru sont censés être aussi différents que le jour et la nuit en matière de goût et de bouquet…

Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de plus ? »

Shizuku goûtant le « Village » intrigué « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Celui-ci est…

Miyabi parmi les Bourgogne, un Village et un Grand Cru sont censés être totalement différents, n’est-ce pas ? »

Miyabi « Hein ? Oui en effet, si je me souviens bien… un Village de Gros frère et sœur coûte dans les 3000 yens*… et le très en vogue Grand Cru « Échezeaux » par contre… coûte plus du double au moins. » * 19 euros

Shizuku « Je me fiche du prix. Explique-moi avec des mots pas des chiffres.

Miyabi « O… OK !

Ce qui fait un Grand Cru, c’est que tout l’environnement du vignoble… la qualité de la terre, l’ensoleillement, le drainage sont reconnus comme de qualité supérieure… Le vin produit à partir du raisin qui y est récolté exprime cette qualité dans son goût et son arôme… On appelle tout ceci, autrement dit la qualité de la terre et de l’environnement de la vigne : LE TERROIR.

Par contre pour les Village soit on mélange des raisins récoltés en différents endroits de la commune… soit on emploie des raisins de moins bonne qualité et les caractéristiques du terroir ne se ressentent en fin de compte pas bien dans le vin.

Shizuku « Je vois…

J’ai l’impression que la robe de l’Échezeaux est légèrement plus épaisse… C’est peut-être dû à la différence de millésime… La récolte de raisin de 2002 a été bonne en Bourgogne, ce qui en fait une « grande année » et les vins riches y sont nombreux… 2001 n’était pas aussi bonne…

Shizuku se concentre, se parle intérieurement «  Ne pas avoir d’à priori sinon je ne résoudrai jamais l’énigme qu’ils posent…

Un verger entouré de fleurs rouges… sous mes pieds de la menthe et de la cannelle… et bien d’autres herbes déploient leurs feuilles.

Entre mes mains je tiens des cerises noires, des prunes, des fraises mûres… et je sens la fragrance très légère d’une sorte d’orange… dans ma main droite comme dans la gauche, je sens exactement les mêmes poids en arômes et goûts de fruits… Je ne vois aucune différence… Je m’en doutais… ces deux vins sont…

Monsieur Robert  « Tu as fini ? »

Shizuku « Oui… »

Monsieur Robert  « Alors je te repose la question… Quelle est l’énigme de ces deux vins ? »

Shizuku « Dans les deux bouteilles… il y a le même vin. »

Miyabi« Mais… Qu’est-ce que tu racontes Shizuku ! C’est impossible ! Regarde les étiquettes ! Là, un Village ! et là un Grand Cru Échezeaux ! Deux rangs de différence ! Le producteur a beau être le même, ce ne peut être le même vin ! »

Shizuku « Je ne me trompe pas. Ils viennent du même vignoble. Ils sont sublimes tous les deux… Mais en les buvant maintenant je trouve le 2001 meilleur, le goût fruité ne l’alourdit pas… il est mature et juste à point pour être bu. Par contre, comme tu l’as dit, le Grand Cru de 2002 a été une bonne récolte mais… c’est pour ça que j’y sens davantage de lourdeur. »

Miyabi «  Oh ! »

Shizuku «  Je persiste et je signe. Ces deux vins viennent du même vignoble. Ce sont des frères d’âge différents. »

Monsieur Robert  « Ha, ha, ha, ha! Tu es drôle toi ¡ Vraiment très drôle ! Alors que tu n’as aucun savoir théorique sur le vin… en matière de nez et de goût, tu es aussi doué qu’un vétéran avec 20 ans d’expérience ! »

Miyabi «  Hein ! Mais alors il aurait… »

Monsieur Robert  « Oui ces deux vins ont été faits à partir de raisins venant de la même vigne, celle d’Échezeaux. Bien que la différence de prix entre les deux soit de plus du double… ce sont bien des « frères ».

Miyabi « Comment cela est-il possible monsieur Robert ? »

Monsieur Robert  « À cause des principes du producteur Bernard Gros. Il était d’une famille de fameux viticulteurs… Le fils cade de Jean Gros. Le vignoble où l’on récolte le raisin pour le Village faisait au départ partie de la parcelle du Grand Cru Échezeaux. Parce qu’il trouvait que trop peu de temps s’était écoulé depuis le replantage des ceps. Il a décidé de se contenter de l’appellation Village jusqu’en 2001. »

Miyabi « Ça alors…C’est si radical… »

Monsieur Robert  « Les vrais vignerons se soucient peu de leur bénéfice… Tout ce qu’ils veulent, c’est pouvoir proposer de bons vins dont ils sont fiers. »

Shizuku « Mais pourquoi une vigne jeune est-elle dédaignée ? »

Monsieur Robert  « Pff… Il y a plusieurs raisons… La première c’est que les racines d’un jeune cep ne plongent pas assez profondément… pour  pouvoir aller puiser la force qui dort au cœur de la terre… et n’ont donc pas assez de minéraux et d’aliments pour se nourrir au mieux. »

Shizuku «  Je vois… »

Miyabi « C’est pour cela que tu as senti la différence de millésime. Lae Village te semblait plus léger. »

Monsieur Robert « Shizuku…

Shizuku « Ou… Oui ?

Monsieur Robert  « Rappelle-toi toujours…ce que tu viens de ressentir… C’EST LE TERROIR ! »

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents