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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 10:20


Mon billet sur le croskill des AOC a pu, à tort, dans la mesure où il adoptait le parti d’en rire, faire accroire que je me contentais de me faire plaisir. Olivier écrit que je suis prêt à piétiner les œuvres des autres pour le seul plaisir de faire un bon mot. Qu’il se détrompe, sur le CAC, hormis mon verbe outrancier, ma position est une position de principe, et j’aurais pu faire totalement chiant, dans le plus pur style des note à l’attention de… en vigueur dans l'Administration.

 

Le système français des Appellations d’Origine Contrôlée comme son libellé l’indique consiste à certifier qu’un vin à un pedigree (ses conditions de production liées à des usages) et qu’il provient du lieu indiqué sur son étiquette (aire de l’appellation). Il n’est en rien, comme on le dit maintenant, un signe de qualité, même si bien sûr la qualité du vin – notion difficile à définir – n’est pas une notion étrangère à l’AOC. Alexis Lichine avait raison d’écrire, dans son Encyclopédie des Vins & des Alcools de 1982, que « la loi sur les appellations d'origine contrôlée est la plus souple, la plus claire et la plus efficace qui existe actuellement pour la protection des vins de qualité ». Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Seine depuis. Ce système juridique a toujours irrité les pays de droit anglo-saxon, qui y ont toujours vu une protection, une manière de créer de la rareté pour agir sur le prix et fausser la sacro-sainte concurrence. Ça m’a toujours comblé d’aise.

 

Dans la patrie du baron Leroy, lorsqu’on m’a missionné dans la glorieuse Appellation de Chateauneuf-du-Pape, je me suis plongé dans les archives à l’INAO d’Avignon. J’y ai trouvé la confirmation de ce que je viens d’écrire : la délimitation de l’aire et la transcription des conditions de production s'est faite avec des géographes et des juristes. On va me rétorquer que tout cela est vieux et poussiéreux qu’il faut s’adapter au temps présent. Certes, mais à la condition de ne pas mettre le système cul sur tête et de le dénaturer. Le premier coup de canif vint de l’introduction par, ce qui était alors le Marché Commun, sous la pression des allemands, du système de l’agrément. J’y ai toujours été hostile car il est antinomique avec le système des AOC. La qualité d’un vin, loyal et marchand, est du ressort du commerce et non d’un système juridique. Si les partenaires commerciaux souhaitent se doter de systèmes de tri, libre à eux, mais l’agréer comme étant conforme à un « type » lié à son origine est à la fois une absurdité et la porte ouverte à l’arbitraire. Confier l’agrément aux syndicats de défense semblait un moindre mal, une cote mal taillée à la française. À ce stade je voudrais faire une remarque de bon sens : ce n’est pas le système d’agrément qui a fait les mauvais vins – même si ce n’était dans certaines appellations qu’une passoire – mais le non respect des conditions de production et l’extension quasi-indéfinie des AOC. Pour ne pas avoir à prononcer « la mort économique » de certains producteurs il eut mieux valu traiter le problème à la source : leur demander de respecter les règles que collégialement ils s’étaient imposés. Raffiner le système, le blinder, l’alourdir, l’externaliser, ne changera rien au film, sauf que l’effet « standardisation », « normalisation », sera la conséquence du système. En clair, notre système d’AOC sera clairement à deux vitesses : les hors-système dont la notoriété peut se passer de cette moulinette réductrice et les autres qui seront des cousins des vins technologiques sans IG. À la différence économique importante que ceux-ci seront mieux fabriqués à des coûts de production plus compétitifs. Il ne faudra pas geindre en accusant nos concurrents de concurrence déloyale, nous aurons nous-mêmes creusé notre « tombe ».

 

En effet, pour avoir fréquenté de très près les industriels de l’agro-alimentaire : secteur laitier tout particulièrement, je sais d’expérience que ce sont eux qui tiennent les rennes. L’alliance de Lactalis (premier producteur de camembert AOC) et de la Coopérative d’Isigny pour faire un sort au lait cru en est l’illustration (même s’ils semblent avoir perdu). De plus, les conditions de production du lait cru en Normandie pour la plus grande part ne sont pas optimales pour produire une AOC : utilisation d’ensilage dans l’alimentation. Alors, si je puis me permettre : que les laitiers et autres produits au sein du Cac fassent le ménage chez eux avant de participer à la normalisation des AOC vinicoles. Bref, dire que le CAC c’est se mettre au niveau de la grande moulinette de l’UE et de faire comme le label Rouge me fait sourire. Du label Rouge, parlons-en ! J’ai suivi depuis l’origine la saga du poulet de Loué. C’est remarquable mais, que je sache, le cahier des charges du poulet de Loué est applicable partout en France. On certifie des conditions de production, la qualité du produit est du ressort de LDC, l’industriel qui pilote la filière. Le grand mérite du label Rouge est d’avoir bien segmenté le marché du poulet et il suffit de faire ses courses dans les rayons de la GD pour constater que le prix du poulet de Loué est le pivot du marché. Même système avec AB qui certifie que des viticulteurs respectent les conditions de production d’un cahier des charges. La confusion des genres est redoutable pour notre système d’AOC.

 

C’est pour cette raison que j’ai, peut-être lourdement, ironisé sur le Q de l’INAO. Alors me rétorquera-t-on : que préconises-tu ? La simplicité chère à Alexis Lichine : le contrôle des conditions de production par l’INAO sur la base de la fameuse réécriture des décrets pour les AOC, l’agrément pour les vins avec IG et le pilotage par l’aval pour les vins sans IG. Je sais que ce n’est qu’un vœu pieux car la machine est lancée : le croskill va continuer son œuvre mais, pour avoir commercialisé du temps de la SVF beaucoup de vin de toutes origines, je reste intimement persuadé que seuls les metteurs en marché : vignerons individuels, coopératives, négociants, sont en mesure de définir le profil qualitatif d’un vin, le leur ou celui de leur marque. Confier cette mission à des agréeurs extérieurs, sur la base d’une carte d’identité de l’appellation, est une construction à la française : soi-disant cartésienne alors qu’elle se fonde sur des critères non scientifiques. Entre nous, la fameuse logique voudrait que l’on commence dans la vigne car, si on ne produisait pas ou peu de vins, ni bons, ni mauvais, mais qui passeront sans heurt tous les agréments, on ne retrouverait pas sur la table du consommateur des breuvages sans caractère. Tous les CAC du monde n’y pourront rien.

 

On va me taxer d’affreux libéral. J’assume. La notoriété de nos vins d’AOC doit plus au génie individuel et collectif d’hommes et de femmes ancrés à leurs terroirs ou a de grands commerçants voyageurs, à la Répression des Fraudes aussi, pas vrai cher Robert Tinlot et chère Dominique Filhol, qu’aux systèmes froids en vigueur aujourd’hui. Tant que le bricolage sera la règle dans certaines régions, chez certains viticulteurs ou vinificateurs, les lourdes machines à contrôler ont de beaux jours devant elles. Pour autant je ne suis pas hostile aux contrôles mais, pour les avoir pratiqués à la SIDO pour le compte de l’UE, je sais d’expérience qu’il faut manier à la fois la pédagogie et la dissuasion pour être efficace et réguler le système. Mais je radote. Nos sociétés individualistes, qui n’assurent plus leur régulation collective par la proximité, se rassurent comme elles peuvent en multipliant les contrôles extérieurs dits indépendants. Mais ils sont pour les autres, « moi » je grille les feux rouges, je téléphone au volant, je fais ce que bon me semble, je me débrouille car l’avenir est aux astucieux qui savent déjouer le maquis des règles.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

PAYAN Agn�s 15/06/2008 09:02

Une fois n'est pas coutûme : j'adhère totalement à ce vous écrivez. Nous sommes pourtant nombreux à penser ceci ! Et l'on continue dans cette voix. Il n'y aura donc personne qui s'élèvera avec force pour dire STOP à ceux qui croient détenir la vérité et qui produisent papier et compagnie ? Votre segmentation me va parfaitement ! et ce n'est pas faire preuve de libéralisme mais de responsabilité que d'affirmer ce que vous affirmer !

tchoo 12/06/2008 06:58

Merci Jacques, pour cette mise au point, je n'aurais pas su mieux le dire!

Alain Leygnier 10/06/2008 15:03

Cher Monsieur ;Vos articles sont passionnants et le seraient encore davantage s'ils n'étaient pas émaillés de sigles (presque tous) énigmatiques aux yeux du lecteur ordinaire : CAC, SIDO, SVF, AB, LDC, GD, IG, PAJ,OCM,   etc.

JACQUES BERTHOMEAU 10/06/2008 15:10


le CAC explicité hier dans la chronique sur le kroskil des AOC
la SIDo Société Interprofessionnelles des Oléaagineux, Protéagineux et Plantes Textiles (n'existe plus)
AB logo vert de l'agriculture biologique
LDC Lambert Dodard Chancereul SA
GD Grande Distribution
IG Indication Géographique
PAJ Peine à Jouir voir ma chronique sur Que choisir ?
OCM Organisation Commune de Marché
Je vous promets de faire un effort pédagogique
Merci pour votre intérêt


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