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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 00:07

Je dois dégager un magnétisme particulier qui pousse les filles aux confidences car nous nous assîmes, côte à côte, en tailleur, face à la flamme du Soldat Inconnu et Chloé, après avoir posé sa tête sur mon épaule, entamait un long monologue. « Moi ce type, qui repose-là, broyé par les shrapnells allemands au fond de sa tranchée pourrie, bouffé par la vermine, shooté à la gnole, et qui voit maintenant défiler autour de sa tombe les culottes de peau qui l’ont envoyé à l’abattoir, comme de la chair à canon, anonyme, reproductible, simple paysan ou ouvrier, brave mec, plus con que la moyenne, il s’est sacrifié pour que moi fille de putain de luxe je vive le cul dans la soie. Ça me donne envie de gerber mon beau légionnaire. Toi, j’en suis sûr, t’es pur comme de l’eau de roche alors que moi je suis de l’eau vaisselle maquillée en n°5 de Chanel. Madame ma mère, intrigante de haut vol, après s’être vautrée dans le pieu des dignitaires du Grand Conseil fasciste de Benito s’est recyclée avec aisance et sang froid dans celui d’un général américain de l’état-major allié. Je suis le fruit de cette copulation rédemptrice entre une grande brute blonde du Middle-West et d’une catin pur sang bleu de l’aristocratie florentine. Comme ça tu comprendras mieux, mon beau légionnaire, que j’ai une envie folle que toute cette pourriture, maquillée sous le vernis aristocratique, leur pète à la gueule… »

 

Chloé, pour reprendre son souffle, se roulait une minuscule cigarette. La flamme de so briquet vacillait sous le souffle léger d’une brise tiède. Moi, la bière ça me coupe les pattes et ça me donne envie de dormir. Je luttais pour ne pas me laisser choir sur le flanc et me recroqueviller dans ma position fœtale favorite. La bouiffe de Chloé exhalait une douceur odeur d’herbe qui me poussait plus encore à m’abandonner au sommeil. Je me sentais, comme lorsque j’étais enfant, étendu sous la peau de la mer, les yeux encore plein des pépites du soleil éteint, prêt à me laisser engloutir dans les abysses. Chloé me tendait son mini pétard. J’en tirais quelques bouffées qui me réanimaient. La voix rauque de Chloé, en contrepoint, me maintenait dans une conscience molle. « En Italie, tout naturellement je me suis retrouvée à la Sinistra Proletaria qui n’a rien à voir avec les enculeurs de mouches d’ici. Là-bas ce sont de vrais durs. Des brutes. Je suis sûre qu’ils iront au bout de leurs idées. Moi je suis une pétocharde, une goutte de sang et je m’évanouis, alors les amours de ma traînée de mère m’ont bien servi : Paris a des douceurs inestimables. Jamais à Milan je n’aurais trouvé un aussi beau légionnaire. Je veux dire jamais je n’en aurais trouvé un qui n’a pas envie de se foutre du sang sur les mains. Toi, je le sens, tu es là par je ne sais quel hasard, et j’ai la certitude que tu ne leur ressembles pas. Comme tout le monde tu caches quelque chose mais je m’en fous mon beau légionnaire. Je vais profiter de ton corps avant que tu me jettes dehors… »

 

Après je ne sais plus ce qui s’est passé parce que j’ai basculé comme une masse dans un sommeil de béton. Tout ce dont je me souviens c’est que j’ai rêvé de Marie. Jamais plus depuis mon départ de Nantes je n’avais rêvée de Marie. Elle se promenait pieds-nus sur une plage de sable fin, tout au bord de l’ourlet mousseux qu’inlassablement les vagues dessinaient en venant mourir sur la grève. À ses côtés, Achille, le chien de Jean gambadait en pataugeant dans des flaques qui ressemblaient à des continents. Dans mon rêve cerné d’un cadre noir je me sentais extérieur à l’image, tel un spectateur dans une salle obscure. Le souffle d’une légère brise de mer, que je sentais lécher mes épaules nues, gonflait le vêtement immaculé de Marie. Tout mon corps semblait désassemblé, flasque, tel une poupée de son aux membres désarticulés, pendouillant, incapables d’assumer leurs fonctions : ni marcher, ni étreindre. Ma rage impuissante consumait toute l’énergie que fabriquait ma volonté. Je n’étais plus qu’une chaudière au bord de l’implosion, incandescente, pleine d’une fureur inutile. Je luttais. Dans ma bouche sèche je sentais du goût du sel. Mes lèvres articulaient des mots que je n’entendais pas. Supplice atroce, lent, inexorable, les pas de Marie ne marquaient pas le sable mais je ne voulais pas admettre ma défaite. Il me suffisait de garder cette image froide, de la tenir dans les rets de ma volonté. Cette fois-ci Marie tu ne m’échapperas pas. Je te garderai à tout jamais. Mes doigts, soudain, s’agrippaient. Je prenais peur. M’éveillait. Chloé, assise sur son céans, me contemplait avec des yeux de mère. « Mon beau légionnaire, qu’est-ce que tu as du l’aimer cette Marie…     

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 00:02

 

Le Nouveau Parisien boit son vin au verre et son eau en bouteille

 

Dans mes références comme on dit, culturelles, je conserve une prédilection pour le cinéma italien des Monstres et des Nouveaux Monstres : Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, grands moments d’autodérision comme seuls les italiens savent le faire dans la démesure et la gesticulation, la tendresse aussi. Le texte d’Alain Schifres sur le Nouveau Parisien participe de cet état d’esprit de toile émeri plus que de brosse à reluire qui semble être la marque de fabrique de beaucoup de nos plumitifs contemporains. Avant d’en terminer, hier j’ai omis une brève du Canard Enchaîné qui en dit long sur la facilité dans laquelle se vautre notre monde mondialisé « Les jeunes n’étaient pas légion dans les maigres foules qui ont défilé devant la dépouille d’Alexandre Soljenitsyne, mais le correspondant du « Monde » (7/8) en a tout de même déniché une, « une étudiante de 19 ans » dénommée Olga Ovdeeva, qui confesse : « Parmi mes amis, tous savent qui est Soljenitsyne, bien sûr, mais très peu l’on lu. Peut-être parce que nous vivons à une époque plus facile, on ne veut pas ressasser le passé et l’on préfère lire Beigbeder (traduit en russe et très populaire auprès des jeunes). C’est dommage… » D’autant que ça fait du tort à Houellebecq… »

 

« Le Nouveau Parisien a la chair plus ferme, les naseaux dorés, le poil ras et brillant. Il sent l’hygiène corporelle. Il est trait régulièrement, par prélèvement automatique. Il s’abreuve dans des wines bars. (Le Nouveau Parisien boit son vin au verre et son eau en bouteille) Il assaisonne son café avec des sucrettes. Il s’habille en sportswear. Il a 40 ans et les aura longtemps. Il a divorcé au bout de cinq ans, c’est ici le délai de rigueur : les mariages d’aujourd’hui ont la durée des fiançailles d’autrefois.

Sa rage de distinction est insatiable. Tout va si vite, il ne veut rien laisser perdre. C’est un déraciné du cervelet, il se remplit d’informations à mesure qu’il se vide de pensée. Arrivé par le train ou par le mérite, ou par les deux, il est terrassé par la hantise de  « faire plouc ».

Le Nouveau Parisien, c’est la chapelure qui rêve au gratin. Son Paris intime : il a le dada des lieux de mémoire. Il est prêt à mourir pour la piscine Molitor ou le Fouquet’s, Léo Mallet ou l’Hôtel du Nord.

Il aime aussi les ambiances jazzy et les cafés conceptuels. Il signe des pétitions pour l’environnement. Il est fou d’opéra, mais seulement à écouter. Il vote à gauche pour emmerder Chirac. Il vote écolo pour emmerder la gauche. Il découpe les articles de Baudrillard.

Il rit aux films de Woody Allen même quand c’est pas drôle. Il se gondole de confiance. Woody est une garantie, comme la Woolmark.

Il a une réédition de la chaise longue du Corbusier. Il dit : Corbu. Il explique que c’est du contemporain intemporel.

Il achète des surgelés dans des magasins qui ressemblent à des nécropoles, avec leurs tombeaux vitrés qui pourraient abriter des filets de Lénine aussi bien que la dépouille d’un cabillaud. Il raffole des restaurants latinos (à l’heure où j’écris ces lignes) comment il adorait trois ans plus tôt les Delikatessen. Il a son réseau d’épiceries orientales, d’employées lusitaniennes et de « petits boulots au noir ».

Le Nouveau Parisien se reproduit assez peu. Le mâle a fait un ou deux petits à ce qui n’était pas encore son exe, puis un autre, sur le tard, à une jeune femelle sevrée qui pourrait être la sœur de sa fille aînée : avoir des enfants, cela va bien un peu, ce qu’il veut maintenant, c’est avoir des bébés.

Une variété intéressante du Nouveau Parisien est le faubourgeois à poil raide. Le faubourgeois est un de ces pionniers qui, au nord et à l’est, disputent l’espace aux faubouriens. C’est qu’il ne veut pas vivre chez les bourges (le voudrait-il, il n’en a pas les moyens). Les bourges sont chiants, leurs femmes ont de petits sacs avec une chaîne dorée.

Le rêve du faubourgeois est d’habiter un vrai quartier populaire – à l’intérieur d’un entrepôt si possible, retapé entre potes dans le genre cargo (coursives et passerelles), avec le concours du copain architecte, ou « quelqu’un qui magouille dans l’immobilier », est essentiel à la vie du faubourgeois). Il voit son environnement comme un trésor de Trauner.

À mesure qu’avance le faubourgeois, hélas, le faubourien recule. C’est que l’animal fait monter les prix comme il respire. Il est à la recherche du fameux tissu urbain, mais la ville se démaille à son approche. L’endroit tourne au vrai-faux, avec ses lampadaires assez ridicules, des arbres nains, des immeubles couleurs d’escalope, des pavages en demi-lune, une clarté d’halogène. Cette sorte d’ambiance qu’on appelle le cachet.

Des ouvre-portes à code sont visés à la hâte. Dans les bureaux de tabac, on installe des caves à cigares.

Un bourgeois des années 30 ne donnerait pas deux sous au faubourgeois d’élite. Son allure est celle d’un insomniaque sorti acheter des cigarettes. Il porte une barbe de trois jours soigneusement épilée tous les matins. Il se coiffe à la Rourke*. Elle se maquille à la Dalle*. Ils sont en noir. Ils ressemblent à des croque-morts mondains dans un cimetière branché. Par les nuits sans lune, ils sortent avec des lunettes de soleil. Ce sont des inconnus qui préservent leur anonymat. »

 

  • - Le people vieillit vite vous êtes donc prié de consulter les revues spécialisées pour opérer la substitution à ces patronymes quasiment tombés dans l’oubli.

  • - Bien sûr depuis ces temps héroïques Paris s’est enrichi de Paris-plage, du Vélib, du non-fumeur total dans les lieux publics, d’un tramway, d’un musée des Arts Premiers, de pleins de couloirs de bus made in Vert ; Tonton est monté au ciel, Chirac loge sur les quais, Nicolas est là, Bertrand a repiqué au truc en espérant mieux, et bien sûr les Parisiens sont à un degré très élevé des addicts du cellulaire, du Black Berry et dans leurs rêves fous les bobos pensent qu’ils ont presque gagné la partie…
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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 00:06

Le creux du mois d’août à Paris, le 15 août, l’Assomption de Marie, comme je suis un mécréant j’ai écrit à une amie qu’avec ce temps la Vierge aurait du mal à décoller cette année même du Jardin André Citroën. Je range mes papiers. Parfois je relis des textes découpés dans des magazines et je me dis que si pour les vins on parle de vins de garde, ceux qui doivent attendre pour exprimer leur plénitude, pour les textes qui traitent de l’air du temps, le temps peut-être redoutable. Moi qui suit plus un rat de bibliothèque qu’un rat de cave j’aimerais que de nos merveilles en bouteilles on puisse dire : vins de demain et, pour ceux qui sont le bonheur d’un jour : vins d’aujourd’hui. Ainsi, en opposition avec les nouveaux riches et les parvenus qui achètent des bibliothèques au mètre, et des vins à la cote Parker, les esthètes et monsieur et madame tout le monde pourraient s’y retrouver : d’un côté les vins de bibliothèque, valeur de toujours, de l’autre les vins Google, pressés, évanescents et turbulents.

 

Alors en ce début de pont je vous propose pour aujourd’hui et pour demain, deux textes du même auteur : Alain Schifres, tiré d’un livre de 1990 « Les Parisiens » chez Lattès. Ils n’ont pris aucune ride. Je vous les offre. Vous pouvez les consommer sans aucune modération.

 

« PARIS est une entrecôte. Tous les garçons bouchers qui l’ont survolé en ULM vous diront que c’est sa forme, vu d’en haut. Au moins la ville a-t-elle une forme, cela n’est pas donné à n’importe qui chez les capitales.

Paris est un endroit où il n’y a pas de placards. Ou alors, vous aurez des cuisines dedans. En revanche, il y a des entresols, comme des étages clandestins : on s’est moins soucié de ranger les choses que de serrer les gens. C’est une cité horizontale, grise et beige, selon des nuances qui vont du café crème avec beaucoup de lait au torchon sale.

C’est une ville franche, pas du tout perverse, qui sent l’hygiène sociale en dépit de ses rubicoins populistes où le balai n’a pas accès. Elle plafonne à vingt mètres environ sous une carapace de zinc et de plomb, avec des tours qui percent par endroits, des petits Manhattan arrogants sur les bords, des parcs et des jardins, des théâtres fin XIXe, des arbres malades, des plaques aux gardiens de la paix tombés en 1944, des passages qui ressemblent à des traboules, des logements de la Ville de Paris réservés aux copains sur présentation de leur carte de copinage, des Grands Travaux du Président, des églises vides et des bistrots pleins, des cours, des impasses et des villas pavées qui font dire aux New-Yorkais mais c’est la campagne ici, des Palais nationaux et un Palais des Sports où on fait de tout sauf du sport et ce n’est qu’un exemple : on peut voir à Paris des musées dans des gares, des boîtes de nuit dans des établissements de bain, des boucheries transformées en boutiques, des bureaux dans des garages changés en bureaux, des ateliers d’ébéniste changés en appartements, sans parler des appartements changés en ateliers de confection, bizarres comme la rencontre d’un Tamoul et d’une machine à coudre dans un salon XVIIIe.

Ma cité, on notera que j’en parle comme d’un être humain. C’est une habitude ici. Les gens disent : « Paris est terriblement nerveux ce matin » ; « Paris commence à me courir » ; « Paris en a marre d’être coincé tous les soirs au volant sous les guichets du Louvre ».

 

à suivre demain avec Le Nouveau Parisien

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 00:05

Chère Tatie Danièle,

 

Comme tu le sais, toi qui est experte en la matière, je suis un incorrigible garnement qui n’aime rien tant que papoter sous la tonnelle avec ses copains et ses copines, en sirotant un blanc limé ou un verre d’eau fraîche coupée d’une petite rasade de rouge (Rouge de Plaisir http://www.berthomeau.com/article-21565135.html),  en taillant au passage quelques costards, plus ou moins bien coupés, sur le dos de ceux qui passent leur temps à nous donner des conseils, à nous dire qui faut manger-ci avec ça et boire-ça avec ci. On s’en donne à cœur joie, des vraies langues de putes qu’on est, cancaniers et cancanières, rien que des commères, mais, comme nos bavardages restent entre nous, ça ne fait de mal à personne et surtout ça n’empêche pas nos conseilleurs ou dégusteurs point com, de déguster et de conseiller à l’envi envers et contre tout.

 

Ginette, tu sais celle qui n’a pas sa langue dans sa poche, oui celle qui carbure essentiellement au vin doux et au champagne et qui fait des orgies de Nutella, nous a dit tout à trac l’autre soir, comme ses voisins de palier se shootaient à la sardine grillée et ceux du dessous à la merguez carbonisée, qu’elle avait décidé de lancer un nouveau concept de naturothérapie : le fumage, avec des déclinaisons diverses, à l’ancienne arome feu de cheminée avec bûches de chêne, méditerranéenne arome merguez, vigneronne arome sarments de vigne, orientale arome bois de cèdre, alpine arome raclette, ch’timi arome Maroilles ou boulette d’Avesnes, port de pêche arome maquereaux grillés… liste non limitative bien sûr. Comme c’est une inventive la Ginette et qu’elle fréquente la fine fleur des conseillères gastronomiques, pendant ses séances de fumage elle proposera de déguster des vins de cépages en mini Tétra Pack avec une paille bien sûr. Comme tu le vois Tatie Danièle voilà qu’on se met à faire de la concurrence à nos amis de conseiller point com. C’est dire qu’on n’a vraiment pas grand-chose à faire de notre temps.

 

Mais y’a un sujet qui nous divise, c’est une histoire de Q. Rassure-toi il ne s’agit pas de celui de l’INAO mais de celui du BBQ : diminutif usité sur conseiller point com pour désigner les étranges machines, icones des résidences secondaires et des pavillons de banlieues,  fonctionnant au charbon de bois : les barbecues. Dans cette affaire les clans sont divers et inconciliables. D’abord y’a les végétariens allergiques à la côte de bœuf genre Renaud déguisé en mineur de fond : foulard rouge et taches noires ; mais y’a pire, les végétaliens qui tournent de l’œil à la vue d’un rouget barbet grillé façon martyr chrétien ou qui sont révulsés face à la souffrance de la moule de bouchot dans la braise rougeoyante ; ceux-là y vaut mieux pas les inviter a dit finement Armando qu’est un peu pingre. Ensuite y’a ceux qu'ont peur de tout, qui disent que tout ça c’est cancérigène et que le professeur Dupont a dit que… ; Philippe qui fume comme un pompier, mais des Gitanes filtre à la place du papier maïs, a fait remarquer qu’il ne voyait pas où était le problème. Moins grave y’a les antis bi : ceux qui ne supportent pas la mixité viande-poisson ; c’est un problème culturel a péroré Laetitia la chichiteuse des garrigues qui ne sait pas que le colin est un poisson et le merlan un coiffeur. Reste, les autres, les silencieux, ceux qui souffrent en silence, ceux qui se font royalement « chier » au barbecue du voisin ou à la Garden party de leur belle-mère, ceux qui en ont marre de se consteller de taches de gras ou d’avoir les doigts qui empestent la poiscaille ; c’est pour eux que Ginette à eu ce trait de génie : on devrait lancer SOS-BBQ sur dégustons point com !

 

Vraiment, tels des paysans éclairés, ces vignerons qui contemplent la queue de leur jument qui tire la charrue, nous labourons vraiment profond Tatie Danièle. Avec nous l’humanité avance. Non, pas le journal des cocos Tatie, mais les larges masses à qui il faut, chaque jour que Dieu fait, montrer le chemin, cohorte d’ignares patentés qui pensent que le Sidi Brahim est une appellation d’origine contrôlée et que la Romanée-Conti une baronne italienne jouée par Sophia Loren dans un film produit par Carlo Ponti. Reste que du côté des breuvages y’a aussi du carnage. En effet, au royaume de l’apéro la bataille fait rage entre les pastisguistes et les antipastaguistes, et dans le clan des adorateurs du pastis les factions rivales : les ricardiens – pas les rocardiens Tatie, les partisans de l’anis de Paul – les pastisciens 51, les pernod 45 iens – pas le Jean-Pierre de TF1 Tatie, celui de Pontarlier – les casaniciens fidèles à la Corse annexée par la Bourgogne, les pastisciens à l’ancienne type Bardouin, et toute la cohorte des anisciens m’ddéistes. Bref, c’est la mêlée et on était à se demander si on ne devrait pas solliciter les dégustateurs point com anonymes pour nous faire une horizontale ou une verticale de vrai Pastis de Marseille. Qu’en penses-tu Tatie Danièle toi qui aime tant les cornichons ?

 

Je vais m’en tenir là pour aujourd’hui ma chère tante – je sais que tu détestes cette appellation ambiguë – en te demandant instamment de ne pas lire cette belle lettre à tes copines qui vont à la messe et qui disent plein de mal de leur prochain et surtout d’éviter de la publier sur ton blog www.jesuisune-langue-de-vipère.com ça m’éviterait de me faire traiter de ramenard ou de grande gueule par ceux de la corporation des conseils point com. À titre préventif, connaissant ton goût pour l’embrouille Tatie Danièle, je confesse humblement que je consulte les conseils de certains pour choisir mes restaurants, que je ne dédaigne pas de me référer aux avis de vrais dégustateurs pour choisir un millésime, mais que jamais au grand jamais je n’ai besoin qu’on me dise qu’un d’Yquem va avec ceci : genre gras sur gras, ou qu’un La Tâche va avec cela : un grand cru sur du cuit, ou que ce j’aime ne se fait pas. Enfin, chère Tatie, en ce monde qui se dit si policé, si propre sur lui, alors qu’il ne l’est guère dans la réalité, un soupçon d’insolence ne saurait nuire à la notoriété de notre cher nectar. Rien n’est pire pour un amateur de vin que l’eau tiède. Faute avouée étant à demie pardonnée je vais de ce pas relire les "Confessions d'un Anglais mangeur d'opium" de Thomas de Quincey, en 1827, même dans l’Angleterre prévictorienne, on pouvait se permettre de publier un bijou d'humour noir: "De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts"; où des érudits devisaient d'affaires criminelles comme s'il s'agissait de chefs d'œuvres et élaboraient les critères "esthétiques" d'un "bon" assassinat.

 

Reçois, chère Tatie Danièle, une bordée de baisers acidulés.

 

Ton neveu-fougueux.com  

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 00:06

 

L’état pigmentaire de nos élites ne laisse aucun doute sur la véracité de mon affirmation, sur les écrans de la télévision : politiques, patrons, peoples arborent tout au long de l’année un hâle plus ou moins prononcé. Signe de puissance, de différenciation sociale : le bronzage accompagné du port ostensible de son accessoire obligé, les lunettes de soleil – dont le format est de plus en plus voyant – est un phénomène social qui mérite qu’on s’y arrête un petit instant en une période de l’année où l’activité principale de beaucoup de nos concitoyens va consister à se dorer au soleil. Pour ma part étant un mauricaud, je prends le soleil sur mon vélo ce qui me vaut de me faire chambrer par ceux d’entre vous que je croise. Je le prends très bien eu égard à ma position si éloignée des lieux de pouvoir

 

Commençons sur ce sujet d’apparence léger et fort éloigné de notre idolâtrie pour le divin nectar – la suite de ma chronique vous prouvera le contraire – par la grosse déconnade : le film culte de Patrice Leconte « Les Bronzés ». L’extrait http://www.youtube.com/watch?v=VmibMalA3Pw est un hymne aux produits du terroir et nous offre, comme dans les « Tontons Flingueurs » une séquence avec des commentaires bien sentis sur la boisson : «  ça déboucherait un chiotte ! » « c’est goûtu » « ça du retour »

Continuons par du sérieux : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrit Paul Valéry dans l’Idée Fixe en 1931.


Pour Pascal Ory, très sérieux historien,  dans « L’invention du bronzage » c’est l’une des grandes révolutions culturelles du XXe siècle que « celle qui a conduit le canon de beauté pigmentaire occidentale de l’ordre du marbre à celui du bronze… » La révolution du bronzage, originellement « action de recouvrir un objet imitant l’aspect du bronze » va toujours consister à se « recouvrir d’une couche et de soigner son apparence. »

Mais le pire pour nous, les mâles dominants, c’est que cette révolution « impliquera d’abord les femmes, même si la différence avec les périodes antérieures – avec toutes les périodes antérieures, ce qui est capital – tiendra dans le fait que, cette fois, un mouvement culturel mis en image et, en quelque sorte, en scène à partir du sexe féminin va, du même mouvement, impliquer les hommes. »


De grâce ne me jetez pas à vos chiens parce que j’ose écrire que l’irruption des femmes dans l’univers du vin pourrait, elle aussi, produire des effets sur des siècles et des siècles de conception exclusivement « mâle » du vin. Ce n’est ni un avertissement, ni même une hypothèse, mais une simple remarque.


Pascal Ory souligne que dans les sociétés méditerranéennes antiques, Sénèque, « mâle dominant d’une société dominé par les mâles », dans ses lettres à Lucilius, écrit à propos des thermes, lieu réservé aux hommes, « il faut qu’on se hâle en même temps qu’on se baigne » et qu’il est démontré que « la valorisation du teint pâle vaut pour les femmes des dites élites, considérées ici comme de précieux trésors, signes extérieurs de richesse, de supériorité et, à cet effet, gardées à l’abri des regards des autres mâles en même temps qu’à l’abri du soleil. » L’Ancien Régime épidermique qui semblait établi pour les siècles des siècles, résistant, jamais remis en cause jusqu’aux abords de la Première Guerre mondiale où encore « les métaphores multiplieront les imageries jouant avec les épiphanies du blanc, en empruntant à tous les ordres – minéral, végétal et animal – Aristocratique ou populaire, lys dans la vallée ou Blanche Neige, la carnation de la femme belle aura à voir avec le lys, l’ivoire, l’albâtre, le marbre ou la neige (...) A contrario, le suspect, le vicieux, le Mal seront associés aux teints « mat », « basané », « cuivré » et autres « olivâtre ».


Mais alors me direz-vous comment est-ce arrivé ce grand basculement ? Le format de ma chronique ne permet pas de vous apporter toute la lumière mais, pour les plus courageux, la lecture du livre de Pascal Ory – hors un vocabulaire parfois rébarbatif – les éclairera. Je puis seulement vous dire que les 2 réponses faciles : Coco Chanel et les congés payés sont écartées au profit d’un constat « que toute cette affaire, c’est le mot, se ramène à une question commerciale ». En clair ça pourrait se résumer en : « Et l’oréal vint » avec son produit phare Ambre Solaire crème solaire lancée en 1935 par Eugène Schueller. Certes il faudrait rendre à Jean Patou et son huile de Chaldée la paternité de celle-ci, mais la partie décisive s’est jouée à la radio avec l’irruption du plus grand publicitaire de sa génération : Marcel Bleustein-Blanchet. L’Oréal, Publicis, les rouleurs compresseurs de la société de consommation ont eu un allié de choix dans la gain de cette bataille : le produit sent les vacances…


Pour terminer, et sans conclure, dans l’univers des produits culturels, qui ne sont pas de première nécessité, le goût est toujours daté. Rien n’est jamais inscrit dans le bronze. Il faut savoir anticiper les grands virages, tenter de satisfaire un désir qui change. À titre d’exemple, en France, en un demi-siècle, l’hégémonie absolue du tabac brun, mâle, a cédé la place à une hégémonie absolue du tabac blond, féminine. Comparaison n’est pas raison mais se faire observateur attentif des tendances lourdes de nos sociétés ne nuit pas.

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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 00:00

L’île de Ré, ses bobos, ses vélos, ses intellos, ses peoples discréto, ses socialos chicos et son grand Yoyo, extrême refuge, relié par pont à péage au continent, des ceuss qui déclarent vouloir ne pas bronzer idiots.










Revenons à des propos plus sérieux, l’île de Ré en la belle région délimitée du Cognac souffre d’un double handicap : être un confetti charentais maritime séparé du continent par un petit bras d’océan et être affligée d’une vraie cave coopérative. Vous qui n’avez jamais vécu en ces contrées, maintenant sous férule Royale, vous ne pouvez saisir la pertinence de mes propos. À mon arrivée à Cognac, un courtier, en son opulente demeure, après dîner, me confiait en réchauffant son Cognac dans les paumes de ses mains : « vous savez les Borderies, la petite et la grande Champagne, les fins, les bons Bois et les Bois ordinaires c’est une invention du négoce pour s'approvisionner au plus près de Cognac et tenir les viticulteurs… » Coquand du se retourner dans sa tombe mais le propos ne manquait pas totalement de pertinence. Au temps de ma mission le chef de la famille  de la production était Michel Pelletier, homme sage et pondéré, président de la cave coopérative des vignerons de l’île de Ré. Vraiment il fallait que ça aille mal pour qu’il en fût ainsi mais ça valait mieux aux yeux des purs charentais que les Confédérés ou les excités du Modef. Bref, je suis allé jusqu’à l’île de Ré visiter Michel Pelletier.


Belle coopérative, modeste certes, mais entreprenante puisque c’est elle qui a mené la reconnaissance en AOC de la pomme de terre de l’île de Ré. Ce matin, puisque le temps est à la plage, j’y reviens par la pensée en vous proposant de découvrir le nouveau né de la cave : « Soif d’Evasion » un vin de pays charentais 100% merlot. Je ne l’ai pas goûté bien sûr mais si vous allez sur le site de la cave  
www.vigneronsiledere.com vous aurez droit à une petite vidéo de lancement fort sympathique à défaut d’être très originale. La Journée Vinicole écrit que la cave a le désir de faire oublier l’image un peu « vieillotte » que donnaient les vins de l’île il y a plus de 20 ans. J’avoue que le côté on relooke la vieille, on rafraîchit la grand-mère me chagrine un peu car, n’en déplaise aux concepteurs de ce vin « souple, fruité, croquant et désaltérant », les vins de la cave dans les années 2000 n’avaient rien de ringards et la cotriade des bobos, intellos et autres en O le considérait comme un must. Ce jeunisme et ce langage formaté m’énerve un peu mais ça n’est pas grave : quand les filles se font faire un lifting ou refaire le nez elles ont la coquetterie d’en garder le secret. Il faut que tout change pour que rien ne change. Alors je préfère leur rosé des Dunes avec sa belle rose trémière si caractéristique de l'île. 

Les gars de la coop d’Embre et Castelmaure, en Aude profonde, dans le cadre de leur campagne : « cet été on affiche la couleur » on lancé : « Interdit aux snobs » alors moi j’aurais bien vu le nouvel enfant des rhétais baptisé sous l’appellation « Conseillé aux snobs » Bien sûr je rigole, je fais de la petite provoc mais à trop vouloir rejoindre le peloton des vins conformes à l’air du temps des communicants on se fond dans la masse. Ré est un must alors à fond le must ! Allez foin des critiques, je ne suis pas un type convenable, mon vieil ami Pelletier m’écoutait toujours sortir mes incongruités sur la région délimitée de Cognac avec un petit sourire, alors je le salue au travers de la toile en souhaitant longue et belle vie à « Soif d’évasion » qui je l'espère montera jusqu'à Paris en même temps que les migrants des beaux arrondissements.

Pour les très courageux lire l'interview de Jérôme Despey président du Conseil de Direction de Viniflhor les solutions pour résoudre la crise viticole : il faut regrouper l'offre pour affronter les marchés mondiaux à lire à la rubrique : PAGES en haut à droite du Blog sous le N°23 et pour les encore plus courageux écrire un commentaire...

 

 


 

 

 


 

 


 

 

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 00:08

Partir de Paris sous un ciel essoré par les fureurs d’un orage monstrueux, partir plein Sud, le TGV, l’autoroute, arriver au pied de la Clape, monter vers l’Hospitalet ce 7 août. On s’y affaire. C’est l’effervescence. On m’accueille dans la fraîcheur du caveau. L’endroit est beau, magnifie le vin, fait le lien entre la tradition et la modernité. On s’y presse. La noria des clients. Je maraude dans cette enclave de flacons nimbés d’une lumière tamisée. J’aime ce spectacle muet. Au-dehors, dans l’amphithéâtre des vignes enserrant l’Hospitalet, au cœur des bâtiments, une scène avec son incroyable capharnaüm de matériel : amplis, spots, baffles monstrueuses suspendues, un piano à queue, une batterie Yamaha, des guitares… Normal, ce soir est jour de première chez Gérard Bertrand, l’ouverture du 5ième Festival de Jazz de l’Hospitalet. Installation dans la fraîcheur de la chambre, quelques longueurs dans la piscine, puis reportage sur la répétition de la vedette du soir : Michel Jonasz. Les photos parlent mieux que j’écrirais.

 













La météo suspend ses facéties, nous n’aurons pas de pluie, le vent se charge du nettoyage. Sur la pelouse, autour des tables, le ballet du service et les grappes de convives composent une vaste toile chamarrée, douceur et paix de fin du jour, plénitude, beauté brute d’une nature sculptée par la main de Dieu et celle de l’homme.  La garden-party est bien ordonnancée : 800 convives à servir en à peine deux petites heures. À la table d’Ingrid et de Gérard Bertrand, je retrouve avec plaisir Patrick Collomb mon complice avec qui j’ai dénoué « l’affaire de la Romanée-Conti », Alain Marty l’homme d’In Vino sur BFM et je converse avec des invités belges de Gérard. Tout est impeccable et succulent. Au café Xavier de Volontat vient me saluer. En me rendant au spectacle je titille le député-maire de Narbonne, Jacques Bascou, sur ses ouailles vigneronnes. Que le spectacle commence !

 

Michel Jonasz, costume gris argenté, attaque sa visite à la chanson française, celle qui l’a nourri, par « fils de sultan, fils de fakir, tous les enfants ont un empire… » de Jacques Brel. Revisitée, retaillée à son phrasé si particulier, sa patte, comme dans ses chansons Michel Jonasz ajuste chaque mot, ne laisse aucune syllabe errer, chaque souffle est pensé : les Bancs publics de Brassens, la Javanaise de Gainsbourg, la Foule de la môme Piaf… La magie s’installe. Avec Jonasz le spectacle ne se résume pas à une simple succession de morceaux : « la musique est un partage » confie-t-il et le prouve en mettant en scène ses compagnons de scène : rayonnant, il parcourt la scène micro en main, allant du public vers ses musiciens, tels  Jean-Marc Jafet avec ses dreadlocks  atteignant le manche de sa basse qui nous délivre un solos aiguisé, servi par un son irréprochable ou Jean-Christophe Maillard à la guitare avec ses faux airs de Florent Pagny. Le public, sollicité, timidement d’abord, s’enhardit : « il reprend les paroles : couleur café, que j’aime ta couleur café… » Mais le grand moment d’émotion nous le devons à l’alchimie des mots de Léo Ferré, pure poésie, coulée dans le creuset de Jonasz : « Avec le temps…Avec le temps, va, tout s'en va. On oublie le visage et l'on oublie la voix. Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller. Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien… » Moi je l’avoue, je fonds, le cœur prend le dessus.

 

Ce spectacle est une dernière d’une longue tournée, le groupe va s’égailler, alors Jonasz nous offre un moment rock made in Golf Drouot : notre jeunesse, lui né à Drancy en 47, moi dans la Vendée profonde, en 48. Il plaisante sur le Général, rare. Qui se souvient des Lemons, premier groupe de Jonasz ?  Personne, les Chaussettes Noires passe encore, mais le chanteur Vigon n’est pas entré sans l’histoire. C’est pourtant lui qui avait demandé à Michel Jonasz de chanter en première partie. Il avait alors repris Hoochie Coochie Man de Muddy Waters. C’est vraiment d’être le cul sur sa chaise : envie folle de danser. Je n’ai jamais pu résister à l’attrait d’un bon vieux rock and roll où du bout d’une main ferme on transforme sa partenaire en une volute légère. C’est grand. Après la fausse sortie traditionnelle, Jonasz et ses musiciens nous offrent un pot pourri du répertoire de Mister Swing. Le public est au ciel, aux anges, paroles aux lèvres. Je vous offre : « je voulais te dire que je t’attends » http://www.youtube.com/watch?v=eKRPzbPN0nw pour plein de raisons tout à fait inavouables sur ce blog. Comme l’écrivais Eluard « comprenne qui voudra ».

 

Mais la soirée n’était pas finie aux alentours de minuit. Le H club ouvrait ses portes avec Guy Robert Quartet et la nuit ne faisait que commencer. Le contrebassiste, comme toujours, semblait ne faire qu’un avec son instrument et le trompettiste, à l’inépuisable souffle, faisait s’extasier Catherine Villar venue du haut plateau de Roissy. Les conversations allaient bon train. Demain serait demain. Le temps pour moi de d’écrire que Gérard Bertrand a gagné son pari : ce festival n’est pas un festival parmi d’autres, plaqué dans le calendrier, mais une vraie rencontre entre un lieu, avec ses hommes, sa terre, son histoire, et bien sûr le vin qui en est issu, et les moments rares que sait procurer la musique. Ici la musique c’est le jazz, que Duke Ellington préférait appeler « Negro music », melting pot de musiques : des works songs des esclaves afro-américains aux chants religieux : negro spirituals et gospel en passant par le blues du delta du Missipi, le ragtime, le stride et le boogie-woogie. Multiforme et coloré, le jazz est à la source, au carrefour de beaucoup des rythmes modernes qui vont éclore au 20ième siècle. Passerelle donc, tout un symbole pour nous gens du vin qui nous devons d’assumer le passage de la tradition à la modernité par le partage de nos valeurs. À l’Hospitalet, Gérard Bertrand est dans le bon rythme, il orchestre avec beaucoup de talent l’art de vivre, de bien vivre et la joie de la fête. Homme du vin, homme de son pays, homme de défi, il avance. Ça fait du bien dans ce Languedoc vigneron, si prompt à cultiver la division, de sentir élan et enthousiasme, foi en l’avenir. Un grand merci Gérard !

Ce dimanche suis allé au cinéma à St Germain des Prés pour voir la reprise de  «Let’s Get Lost», de Bruce Weber, réalisé il y a vingt ans, qui retrace l’itinéraire d’ombre et de lumière du trompettiste américain Chet Baker jusqu’à sa mort.

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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 00:09

La voiture de la maman, me dit-elle, était garée rue de Cluny. Pour faire la conversation je demandais « c’est quoi comme caisse ? »

-         Une anglaise…

-         Pas une Mini j’espère…

-         Non, non, maman trouve que l’Austin fait garçon coiffeur.

-         Assez bien vu. Elle branle quoi ta mère ?

-         Des garçons coiffeurs…

-         Très drôle…

-         Je t’assure, comme elle ne fout rien, elle passe son temps dans les salons de coiffure. Ils la briquent comme les cuivres d’un yacht. Je suis sûre que tu vas lui plaire mon beau Légionnaire…

Au milieu des caisses miteuses de monsieur et madame tout le monde on ne voyait qu’elle : une TR4, vert anglais métallisé, roues à rayon, décapotée, sièges en cuir fauve, volant et tableau de bord en loupe de noyer. Je jurais : « Putain de salope de belle bagnole ! » Chloé ôtait ses sandales et se glissait derrière le volant. Je posais mes fesses sur le siège passager avec les précautions d’un prélat du Saint Office. Le cuir crissait sous la caresse de mon jeans. « Passe-moi les clés qui sont dans la boîte à gants !

-         Tu laisses les clés de cette merveille dans la boîte à gants…

-         Oui mon beau Légionnaire. Je n’ai pas de sac donc c’est la seule solution.

-         Au fait on n’a pas payé nos bières…

-         Normal comme je n’ai pas de sac je n’ai jamais d’argent sur moi…

-         Mais qui paye ?

-         Mon père.

-         Comment ?

-         Mes créanciers lui envoient les factures…

-         Comme ça, sur ta bonne gueule…

-         Ouais. Disons, pour être franche, plutôt sur la gueule de la carte de visite de mon père.

-         Connu le monsieur je suppose…

-         Mouais. Pas de tout le monde mais ce qui les impressionne c’est son titre et son numéro de téléphone.

-         Allonge le titre !

-         Secrétaire-Général de la Présidence de la République…

-         Non !

-         Mais si mon Légionnaire… Passe-moi ces putains de clés que je démarre cette putain de bagnole qui te fait bander. Tous les mêmes les mecs…

-         Tu conduis pieds nus ?

-         Mouais, je suis comme Sandie Shaw…

-         Je ne vois pas le rapport...

-         Y’en a pas sauf les pieds nus…

 

Le moulin de la TR4, les 4 cylindres Vanguard ronronnaient comme de gros chartreux sur un sofa douillet. Je m’attendais au pire mais, heureuse surprise, Chloé conduisait en souplesse, sans à coups. Elle jouait avec l’étagement des vitesses pour donner à la voiture un élan fluide sur les pavés de Paris. Jusqu’à la Concorde, sur le quai rive gauche nous tenions un petit 80 très familial qui permettait à Chloé de m’expliquer sa technique. Elle pointait la carte de visite sous le nez des commerçants. « Téléphonez ! » Ils s’exécutaient. Au bout du fil il tombait sur l’une des standardistes de l’Elysée. « Demandez mademoiselle Stricker ! » Ils demandaient mademoiselle Stricker. On leur passait mademoiselle Stricker. « Dites-lui que c’est Chloé ». Il lui disait que c’était Chloé et ils avaient droit au petit speech comme quoi il leur suffirait d’envoyer la facture au Secrétariat général de l’Elysée et qu’ils seraient payé,s par retour du courrier, par chèque personnel de monsieur le Secrétaire-Général. Tout ce que je trouvais à dire c'est : « Merde la fille du SG du gros Pompe de Montboudif fraye avec les fondus de la GP… 

-         Presque mon beau légionnaire…

-         Ça veut dire quoi ce presque ?

-         Je ne suis pas la fille du Secrétaire-Général de Pompe…

-         T’es la fille de qui alors ?

-         De ma mère…

-         Ça c’est un scoop ma grande !

-         Ma mère, la comtesse Rainieri di Garofallo, présentement et durablement la maîtresse de monsieur le Secrétaire-Général de Pompe.

-         Very simple et le vieux crabe marche dans la combine !

-         Il n’a pas le choix mon beau légionnaire, ma mère, qui est une mante religieuse, le tien par où il faut tenir les mecs…

-         C'est lassant le sexe mène le monde. Vive les alcôves de la République !

-         Moraliste le gaucho, tu me plais de plus en plus beau légionnaire, je te sens ouvert à tous les débordements…

 

Entre les chevaux de Marly Chloé lâchait les 100 CV du petit bolide dans le faux plat qui précède la montée des Champs Elysées. « On va se faire tous les feux verts mon légionnaire ! » Comme les anglaises – les voitures bien sûr – ne brillent pas par la souplesse de leur suspension, l’exercice s’apparentait à une spéciale de Rallye sur une piste tôle ondulée du Sahara, tape cul garanti. La gueuse gagna son pari, en bouffant certes quelques feux oranges mais sans jamais se faire un rouge, en ne déviant pas un seul instant de sa trajectoire. Elle ne décélérerait qu’à la hauteur de la rue de Presbourg, sans freiner, par le seul jeu du frein moteur et d’une rétrogradation des vitesses bien maîtrisée. Du grand art ! J’applaudissais. Chloé, tel un winner de Grand Prix, s’offrait  en quasi roue libre deux boucles de la place de l’Étoile avant d’aller ranger la TR4 au bord du terre-plein de l’Arc de Triomphe côté avenue Foch et, alors que je pensais que nous venions d’effacer en quelques minutes le ruban de la revanche de la vieille garde gaulliste en juin 68, la grande Chloé, les lanières de ses sandales autour du cou, me lançait : « Viens mon beau légionnaire on va faire une petite visite … »      

 

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 00:09

1- Serge July : l'ex-gros timonier de Libé

 

« Pour le gouvernement des hommes, le maoïsme est un machiavélisme au nom du prolétariat ; son modèle, celui de la Révolution culturelle, consiste, comme Mao le fit en son temps, à faire tuer les uns (la vieille garde, le « Quartier Général ») par les autres (les Gardes Rouges) dans une révolte instrumentalisée ; car le timonier secret tire les marrons du feu de ces révolutions manipulées. Tu as toujours fonctionné ainsi.

Autrefois, du temps du gauchisme, tu flottais entre l’anarchisme du « Mouvement du 22 mars » fondé par Cohn-Bendit et le stalinisme maoïste, ne sachant plus duquel tu étais l’agent double au sein de l’autre. À Libération, tu n’as jamais imposé une « ligne » ; en ce sens tu n’es pas un sectaire ni un dogmatique. Plus exactement, les problèmes de ligne, de fond, t’indiffèrent. Tu cherches surtout le pouvoir ; mais pas le pouvoir qu’on acquiert par la conviction ou l’énergie mise à exprimer des idées, le pouvoir qui demeure quand toutes les idées se sont envolées. Tu n’as pas vocation de dictateur ou de chef, mais tu sais te rendre aussi nécessaire que la souche aux grenouilles qui veulent un roi ; et c’est l’exacte histoire de ta montée en puissance au sein de Libé.

Tu es une souche, plus qu’un capitaine ; tu as compté, plus que sur ton énergie, sur la fatigue des autres. Après avoir poussé les clans les uns contre les autres, les avoir éliminés l’un par l’autre, la souche s’est révélée crocodile. À force de démissionner, il n’est resté que toi. Ta durabilité, c’est d’abord de compter sur la lassitude des passions ; tu as su faire l’œil du cyclone. Et c’est ainsi que le pouvoir t’es revenu, plus que tu ne l’as conquis »

 

Guy Hocquenghem « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » publié en 1986 – l’auteur est mort 2 ans après du SIDA

 

2- Mao Zedong ou Mao Tsé-toung ( Máo Zédōng) : l'ex-grand timonier de la Chine-rouge-pour-l'éternité

 

«Les maîtres de la Chine-rouge-pour l’éternité n’aimaient pas La Cause* (ou plutôt les bureaucrates qui s’occupaient de ces affaires subalternes dans un recoin de la Cité interdite) : ils y voyaient non sans raison un ramassis d’irresponsables anarchisants susceptibles de gêner leurs négoces avec la France du président Pompe. Et ce n’était pas l’ambassade d’Angelo* qui risquait de les faire changer d’avis. Ils avaient commencé par l’expédier d’autorité chez le coiffeur, ils lui trouvaient les cheveux trop longs. Angelo avait eu beau protester, il avait dû se laisser détourer les oreilles. Puis devant le maréchal Lin Piao, le dauphin de l’époque, il avait détaillé son plan qu’il avait conçu d’établir dans le périmètre Saint-Jacques-Soufflot-Sainte-Geneviève-Saint-Germain une Commune insurrectionnelle étudiante et lycéenne défendue par les armes. Cela fait beaucoup de saints avait juste observé ce maréchal à tête de valet de comédie qui allait quelques années plus tard se désintégrer dans le ciel mongol. On avait finalement introduit Angelo, au sein d’une délégation « d’amis occidentaux», devant le Soleil rouge incarné : boudiné dans la toile kaki, ses petits pieds chaussés de vernis noirs croisés entre les dragons de bois-de-fer de son trône, le despote verruqueux portait à sa bouche, de cette petite main rose et comme bouillie qui avait si fort impressionné Malraux, d’incessantes cigarettes blondes. De l’autre il se tripotait nonchalamment la braguette. Le vieux Minotaure venait sans doute d’honorer une des lycéennes qu’il se faisait livrer »

 

Olivier Rolin « Tigre en papier »

 

* Angelo pseudo d’un mao de la GP délégué à Pékin lors d’un Congrès quelconque pour représenter les peuples soutenant la ligne chinoise contre la ligne soviétique

 

3- Curnonsky : le prince de la gastronomie patauge dans la gauloiserie

 

«  Si le potage avait été aussi chaud que le vin, le vin aussi vieux que la poularde et la poularde aussi grasse que la maîtresse de maison, cela aurait été presque convenable. »

 

Selon la tradition du bistro philo vous boirez en discutant ces beaux textes de la bière Marx : introuvable même si Marx revient à la mode dans les universités américaines.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 00:07

Dessin daté de 1985 :

À Pékin ce jour on va faire dans le grandiose de la Chine impériale et immémoriale lors de la cérémonie d’ouverture. Mao était un grand admirateur de Qin Shi Huang le premier empereur, l’unificateur de la Chine en 221 avant JC. L’affront fait au XIXe par l’Occident avec ses « traités inégaux », ses enclaves : Hongkong, Macao, sa volonté d’imposer sa civilisation, va être en parti effacé par la venue du monde entier dans ce nouvel empire du capitalisme débridé sous férule d’un parti omniprésent.

La Chine est-elle dangereuse ? Loin du « péril jaune » cher à nos grand-père, nier que la déferlante des produits made in China ne constitue pas une menace pour les économies des pays développées ou même des autres pays émergeants, serait pratiquer la politique de l’autruche. S’en tenir aussi au raisonnement simpliste en vertu duquel, s’ils exportent beaucoup, les chinois sont aussi de bons clients pour nos pays, l’agro-alimentaire en particulier, relève de la méthode Coué. L’examen des évolutions chiffrées de ces quinze dernières années parlent mieux que tous les discours des docteurs « ne vous inquiétez pas, nous tenons la situation sous contrôle ». La crise dite des subprimes est là pour nous démontrer que leur accorder notre confiance équivaut à se placer sous la protection de pilotes bourrés. Venons-en aux chiffres.

 

   

Depuis 2002, les exportations chinoises croissent plus vite que le commerce mondial, preuve que la Chine gagne des parts de marché. En 2007, + 26 % contre + 8% pour le commerce mondial (en termes réels).

 

De 1994 à 2007 : la production industrielle chinoise x par 5,5, par 2,8 pour les PECO, par 2,2 pour les autres émergents d’Asie, par 1,5 aux USA, par 1,4 dans la zone euro, 1,2 au Japon. Ce montre sans contestation un déplacement des capacités de production industrielles mondiales vers la Chine et, dans une moindre mesure vers les PECO et les autres émergents asiatiques.

 

Ce n’est pas un phénomène nouveau, comme dans les années 60 le Japon, et les années 80 pour la Corée, c’est le couple exportations-investissements qui tire la croissance et non la consommation intérieure des ménages. C’est une stratégie qui risque de durée dans la mesure où le pouvoir d’achat est et restera trop faible pour que la consommation intérieure prenne le relais.

Pour l’heure ce sont les USA et le Japon qui subissent les plus fortes prises de part de marché par les produits chinois : en effet les premiers la part des produits chinois dans leurs importations est passée de 1994 à 2007 de 5 à 8 % au détriment du Japon et des autres émergents asiatiques ; de plus comme au Japon cette part est passée de 9 à 22% au détriment des USA et comme dans la zone euro cette part est passée de 2 à 6 % au détriment des USA.

 

Cette industrialisation à marche forcée fait gonfler les agglomérations urbaines : la population urbaine est passée de 350 millions en 1994 à 680 millions en 2006. Ce mouvement peut s’amplifier encore dans la mesure où la population rurale sous-employée est considérable : de l’ordre de 200 millions de personnes. Ces migrations contribuent à peser sur les coûts salariaux déjà très bas de la Chine, ce qui maintient son avantage compétitif.

 

En effet, même si l’Inde 0,3 $/heure, le Vietnam 0,47 $/heure sont dans la même zone de coût horaire moyen dans l’industrie que la Chine, le Brésil à des coûts 5 fois plus élevé, les PECO 10 fois plus, les USA et le Japon 35 fois plus et la zone euro 5à fois plus (l’Allemagne et la France avec 37,6 $ et 35 $/h se situent au-dessus de la moyenne de la zone euro). Compte-tenu des écarts de productivité et des coûts de transports les experts estiment qu’au total, le prix des produits chinois reste 5 fois plus faible que celui de produits de l’Europe de l’Ouest.

 

Oui la Chine casse des emplois industriels : en 10 ans l’emploi manufacturier a baissé de 20 % au Japon, de 15% aux USA, de 8 % dans la zone euro, mais aussi dans les autres pays d’Asie – 13% et le Mexique : - 12%.

 

Oui la Chine pèse sur les pays à salaires élevés : le coût salarial baisse au Japon et n’augmente que de 1% en moyenne en Europe et aux USA.

Bond des salaires chinois (Le Monde du 28 juillet 2008)

Les salaires dans les grandes villes chinoises ont progressé de 18 % en glissement annuel au 1er  semestre, pour atteindre près de 12 964 yuans (environ 1 212 euros) par personne. Ils ont davantage augmenté au sein des entreprises privées (+ 19,2 %) que publiques (+ 17 %), mais les revenus restent légèrement inférieurs dans le secteur privé (12 610 yuans, contre 13 800 yuans). Le Bureau national des statistiques précise que la progression après inflation est de 10,3 %.
Adidas, jugeant le niveau des salaires en Chine trop élevé, va transférer une partie de sa production vers  l'Inde,  le  Laos, le Cambodge, le Vietnam et l'Europe de l'Est. 

 

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