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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 00:09

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Messieurs,

 

Nous ne nous adressons pas aux dames car nous n’en connaissons pas dans votre profession. Ceci dit, pour ne rien vous cacher vous êtes de ceux, comme le dit souvent Marcellin Gourret, notre ancien instituteur qu’est un lettré, le seul dans notre Conseil Municipal, à propos des ramenards de tout poils qui savent tout et qu’on des avis sur tout « qu’ils parlent ou qu’ils pètent, cela se vaut ».

 

Vous faites chez nous, ce qui est rare et donc notable, l’unanimité contre vous, même cette vieille bourrique d’Ulysse Vergnes et cette vieille carne d’Achille Gauche, mes deux seuls opposants, sont d’accord avec moi et mon Conseil. Faut dire que votre Perico, il les enfile comme des saucisses, sauf votre respect, les bouffonneries du genre « Sans paysans, pas de produits. Sans produits, pas de cuisine. Sans cuisine pas de gastronomie. Donc, sans paysans, pas de gastronomie. Il est là le trésor à préserver. »

 

Nous préserver ! Sans doute comme les pipistrelles ou les faucons crécelette, et pourquoi ne pas nous parquer dans un de vos conservatoires pour espèces en voie de disparition pour que les enfants des écoles puissent venir voir ce qu’était un péquenot qu’avait de la paille dans ses sabots.  Des conneries tout ça, rien que du blablabla de gars qu’ont, sauf votre respect, leurs gros culs dans des fauteuils et qui travaillent qu’avec leur clapet. Rien que des j’en foutre et des va-de-la-gueule, des chancres qui se servent de nous pour vendre leur torche-cul. Pas besoin de les pousser pour qu’ils aillent bavasser dans le poste ou faire les beaux à la télé mais les avez-vous vu inviter un de ces fameux paysans qu’y disent vouloir préserver ?

 

Nous n’avons pas besoin ni de beaux parleurs ni de haut-parleurs pour causer en notre nom. Nous les paysans, les vignerons qui font bon ce n’est pas de conservateurs ou de défenseurs dont nous avons besoin pour continuer à faire bon, et à continuer tout court, mais de consommateurs qu’ont assez de picaillon, ou qu’ont envie de les lâcher pour bien bouffer, pour payer nos bonnes patates, nos bons poulets, notre bon beurre ou notre bon vin à un prix qui nous permette de ne pas avoir comme seule issue de mettre la clé sous la porte ou que nos gars ou nos filles, qu’ont fait des études, puissent avoir envie de reprendre le manche. C’est aussi con que ça les gars ! Nous comme vous on ne vit pas de bonnes paroles

 

Que les chefs de cuisine qu’ont des étoiles sur leur toque mettent à l’honneur dans leur beau frichti nos bons produits du terroir comme vous dites ça nous paraît à nous, gens d’en bas, comme disait le « bavou » du Poitou, la moindre des choses vu la hauteur de l’addition. Mais tout de même faut pas pousser le bouchon trop loin et faire de ces bons artisans – ce n’est pas un gros mot, y’en a même qui sont meilleur ouvrier de France – le dernier rempart contre la fameuse Malbouffe du papy Coffe et du moustachu du Larzac. Qu’y nous fasse de la réclame nous on n’est pas contre mais au bout du compte tout ce beau monde qui va poser ses belles fesses autour de leurs belles tables ça ne fait pas derche comme clients et ce n’est pas avec ça que vous allez sauver les paysans.

 

Nous qu’avons pas fait de hautes et grandes études on ne va pas se gêner pour vous dire que la meilleure façon qu’y est encore des paysans ou des vignerons dans nos campagnes c’est d’abord de faire comme le père Ford avec ses ouvriers pour qu’y achètent ses petites autos, faut que les gens aient du boulot et qui soient payés. Mais même avec notre vue basse et notre air con nous savons bien que ce n’est pas suffisant encore faut-il dire à ceux qui bossent que c’est bien beau de n’acheter que des trucs à 2 balles fabriqués à Pétaouchnock par des gens payés avec des coups de pieds au cul, au Mutant ou au Lidl du coin, mais de quoi nous vivrons-nous demain ? Chez nous c’est pareil que chez vous, même pire, les gens pleurnichent qu’y a plus de petits commerces dans le bourg mais faut voir le monde qu’y a sur le parking de Carrefour.

 

Pour revenir à la bonne bouffe qu’a besoin pour être dans nos assiettes de gars comme nous dans les campagnes, plutôt que de chanter les mérites de la Grande Gastronomie Française faudrait peut-être commencer par faire mieux manger nos gamins dans nos cantines scolaires. Faudrait aussi améliorer l’ordinaire de nos gars et nos filles qui font des études comme le proposaient récemment nos grands amis le professeur Pitte et JP Coffe. En toute chose faut toujours commencer par le commencement ne croyez-vous pas. Bien sûr c’est plus facile de vanter les panais d’Alain Passard  cultivé avec soins dans son jardin, d’en faire les derniers remparts de la défense des culs-terreux que nous sommes, plutôt que de se préoccuper de ramener sur la table de beaucoup des choses simples, des choses bonnes, abordables pour leur porte-monnaie tout en mettant dans le notre les sous qui faut pour nous sauver.

 

Ceci écrit, j’entends déjà dans nos villes et nos campagnes monter l’accusation à l’encontre de mon Conseil Municipal que nous ne fussions – c’est Marcellin Gourret qui m’a soufflé cet imparfait du subjonctif pour bien montrer à Périco que nous ne sommes pas des nigauds – que des représentants de la pire démagogie rurale, rien que des enfants de Pierre Poujade le papetier de Saint-Céré qu’a fini dans les soutes de l’Elysée. En êtes-vous si sûr messieurs les gastronomes patentés au portefeuille étoffé ? Au contraire ce ne serait t’y pas vous qui seriez du genre à brosser les gogos dans le sens du poil ? À faire accroire aux bonnes gens que toutes les balivernes que vous débiter pour vous faire mousser sont des vérités.

 

Le bien manger messieurs est simple comme un quignon de bon pain avec un petit quelque chose de bon dessus, partagé autour d’une table, avec pour ceux qu’en on l’âge d’un petit verre de vin. Nous qui ne sommes pas forcément plus con que la moyenne nous ne sommes pas contre le beau boulot des Grands Chefs, loin s’en faut, mais quand à nous bassiner à tour larigot que ce sont eux qui empêcheront la fin des péquenots que nous sommes, c’est vraiment prendre le populo pour des nigauds. Des bons produits y’en a, et y’en a même de plus en plus. Des gars qui sont prêts à en faire y’en a aussi, et y’en a même de plus en plus. Alors messieurs les enfonceurs des portes ouvertes cherchez l’erreur !

 

Sur ce, comme nous ne savions pas comment, depuis le trou du cul du monde où nous sommes, porter à votre connaissance notre façon de penser, nous nous sommes rappelé qu’un seul gars, un certain Berthomeau, avait accepté de publier notre lettre à Paul Dubrule http://www.berthomeau.com/article-31444032.html et que grâce à son immense notoriété elle avait fait bien plus de bruit que nous ne l’avions escompté. C’est donc à l’unanimité du Conseil que nous avons renouvelé le procédé même que l’Achille Gauche, qu’a beaucoup manié la mèche lente à la grande époque, voulait que nous signions notre lettre Canal Habituel.

 

Salutations républicaines.

 

Le maire et le Conseil Municipal de « Losse-en-Gelaisse » 

 

images Losse 

PS. Jacques Berthomeau vous prie de l’excuser pour l’arrivée intempestive ce matin de 2 chroniques programmées pour la semaine prochaine. Vraiment désolé pour ce désagrément.

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 00:09

Les Berthomeau depuis le XVIIe siècle sont des laboureurs, c’est attesté dans les registres paroissiaux. Je le sais car un jour, au temps où je séjournais en CDD au 78 rue de Varenne, je reçus une missive d’un lointain parent Berthomeau des Charentes, Charles je crois, qui m’ayant repéré – normal j’occupais de hautes fonctions – dans laquelle copie de ces documents étaient joints. De plus, mon pépé Louis, gardien des traditions, éleveur de bœufs charolais enjugués qu’il touchait avec un long aiguillon, savait tenir les manchons d’acier de la charrue Brabant. Comme il avait aussi des vignes – la Vendée était couverte de vignes – il possédait une charrue vigneronne mais c’était la Nénette, notre indolente jument, qui lui donnait ses gros biscotos pour la tracter. Au risque de vous lasser je pourrais aussi vous parler de la charrue Bonnel à 4 socs réversibles de mon père mais comme elle c’était les chevaux vapeurs du Société Française Vierzon qui la tirait pour faire du labour en planches je ne serais plus dans la limite de l’épure de ma chronique qui remet le cheval à l’honneur. Tout ça pour vous dire, qu’étant donné mes origines, la charrue ça me connaît, la Huard portée est la dernière connue de moi, et le labour fait parti de ma culture.

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Pour autant, étant le petit dernier de la famille, faute d’avoir eu le temps d’apprendre, je n’ai jamais labouré. Ainsi c’est mon frère, Alain, qui fut le dernier laboureur Berthomeau. Moi j’avais déjà le nez dans mes livres et c’est pour cela que je vous livre ce texte de Michelet dans son Histoire de France : « Plus laborieux qu’industrieux, ils labourent souvent les terres fortes et profondes de leurs plaines avec la petite charrue du Midi, qui égratigne à peine le sol... » car je le trouve beau et surtout, enfant du bocage vendéen, il me touche. Cependant, si je n’ai jamais labouré en revanche en suivant la tranchée de la charrue j’ai souvent mis mes pas dans la terre meuble pour y trouver des achées, les vers de terre quoi : lire ma chronique « Allez les vers ou la saga des « gueules noires » de nos beaux terroirs viticoles » http://www.berthomeau.com/article-27712014.html .

 

Alors le retour en force du labour, du travail de la terre, et dans la vigne cette terre nous la dénommons, nous français, le terroir, m’enchante. Je ne vois là rien de passéiste, ni retour en arrière, ni reniement, mais bien au contraire ça me semble simplement une façon de ne plus céder à la facilité. Se colleter, non pas à la nature, mais à la vie, n’est point chose aisée et les urbains, si prompts à exiger de ceux qui sont au plus près de la terre le respect seraient bien inspirés de s’appliquer à eux-mêmes, lorsqu’il s’agit de se soigner, les mêmes bons préceptes. Comme je l’ai déjà écrit, nous nous dirigeons vers une viticulture de précision, moins interventionnisme, plus en phase avec la vie. Et Pascal Agrapart dans tout cela me direz-vous ? D’accord j’y viens même si, comme à mon habitude, j’emprunte des chemins de traverses, un peu de patience que diable, nous ne sommes pas si pressés puisque nous progressons au rythme de « Pégase, cheval de trait ardennais, qui remonte sans effort apparent une ligne de vigne de la parcelle « les fosses » chez Pascal Agrapart justement.

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La famille Agrapart est sise à Avize depuis plus de deux siècles sur 9,7 hectares de vignes de chardonnay plantés sur le sol crayeux de la Côte des Blancs, répartis en majorité sur les grands crus d’Oger, Cramant, Oiry et Avize, et disséminé sur plus de 62 parcelles (certaines ont plus de 65 ans et la moyenne du vignoble se situe autour de 40 ans). Pascal Agrapart je l’ai abordé souvent lors de mes pérégrinations de chroniqueur compulsionnel et je dois avouer que, sans connaître le moins du monde son approche de la vigne, l’homme et ses cuvées m’ont de suite accroché : les deux sont droits, précis et dotés d’une belle vivacité. Ma sensibilité, mon intuition donc, me faisait percevoir en Pascal Agrapart à la fois une belle épaisseur humaine, un je ne sais quoi qui fait la différence : mélange de curiosité, d’intelligence des choses, d’un goût aigu du faire sans le faire savoir « notre meilleure action de communication semble avoir été la réaction de nos voisins vignerons qui jugeaient notre démarche un peu folle avoue Pascal Agrapart avec un sourire ». 


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Revenons un instant au labour « Je laboure sur sol propre. La charrue est là pour empêcher l’herbe de pousser, pas pour la couper. Je fais du débuttage/décavaillonnage à la fin mars, une fois la taille et le liage achevés. Je descends alors à 7-8 cm de profondeur. Je travaille ensuite le sol sur le milieu. Ma fréquence de passage est ensuite d’environ tous les quinze jours jusqu’au 15 juillet » En septembre, du mouron couvre l’interrang. Il est conservé pour la vendange et ne sera retourné qu’en mars de l’année suivante. Le labour au rythme des mois et des saisons c’est, comme le souligne Oronce de Beller, gérant de la société Equivinus qui fournit du matériel pour le travail des vignes au cheval « être particulièrement attentif aux réglages de ses outils... le travail du sol à l’aide du tracteur a souvent fait oublier les habitudes du réglage subtil de l’angle des versoirs... Revenir à l’utilisation du cheval dans ses vignes n’est donc pas un retour en arrière, c’est un challenge technique qui nécessite une formation sérieuse... » extrait du magazine VITI Repenser son travail pour un vin de terroir septembre 2009.

 

Même si mes histoires de cheval et de labour donnent un peu d’urticaire à certains je les rassure de suite j’ai découvert les cuvées de Pascal Agrapart avant de connaître son histoire. Reste que l’on fait du raisin avant de faire du champagne et, que cette culture de la vigne passe d’abord par le travail du sol qui permettra de mieux exprimer les qualités de ce terroir de craie.  Travail de fond qui donne une autre dimenssion, une autre ampleur aux champagnes de Pascal Agrapart. Sans vouloir ramener une science que je n’ai pas permettez-moi tout de même de souligner que je profère là des évidences qui devraient susciter de vraies interrogations pour tous les chantres du terroir. En effet, être aussi peu soucieux de sa terre, je ne parle même pas ici de terroir, être d’une certaine manière indifférent à son devenir, ce serait comme pratiquer une culture hors-sol. Le sol n’étant plus qu’un simple support que l’on s’ingénierait à neutraliser.

 

L’ami  Olivier Borneuf écrit sur son site Brittle www.brittle-boutique.com  explique à propos du domaine Agrapart « Partisan de la vinification parcellaire, le domaine a conçu ses Champagnes par terroir. Tout commence par la cuvée Les 7 Crus représentative de tout le domaine, puis le travail s’affine dans la cuvée Terroirs, pour se préciser avec Minéral issu de Cramant et Avize seulement. Ce travail de recherche trouve enfin son aboutissement dans L’Avizoise et Vénus, deux Champagnes mono-crus. Des Champagnes conçus en toute sincérité, pour lesquels chaque détail a son importance. Des vins d’une finesse redoutable, équilibrés et minéraux par le plus modeste des vignerons. »


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Vénus, la fidèle jument de Pascal Agrapart n’est plus là depuis 2008 mais c’est  toujours le nom d’une cuvée qui représente 2300 bouteilles par an « elle nous semble plus minérale, plus fraîche, plus liée aux qualités de notre terroir que d’autres de notre gamme » souligne Pascal Agrapart.

 

Lors de notre derrière rencontre à une dégustation à la maison de l’Aubrac j’ai posé une question directe à Pascal Agrapart : « Quelle est la cuvée qui vous ressemble le plus ? » Il m’a répondu : « Minéral » et c’est tout a fait mon avis. Cette cuvée possède, comme la ferme poignée de main de Pascal, une grande droiture, de la rectitude, du caractère, de l’authenticité, une séduction retenue mais durable. Minéral 2004 sera là pour fêter les 30 ans de Cédric dimanche prochain. Pendant que j'y suis et comme j'aime ramener ma fraise sur tout : je trouve les nouvelles étiquettes de Pascal à la fois en accord avec son style et son travail...  


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Pour les experts la cuvée « Minéral » provient pour ½ de raisins de Cramant : parcelle Biones, élevés sur lies en futs de chêne ½ muids 600 L (au moins 5 vins) et pour ½ de raisins d’Avize parcelle Chambouton élevé en cuves. Levures indigènes bien sûr. Extra-Brut dosage 5 g/L. www.champagne-agrapart.com

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 00:09

Ce matin les présentations seront simples : d’un côté un parisien Laurent Bazin journaliste à RTL 22 rue Bayard qui à le cœur dans les vignes, de l’autre Frédéric Palacios vigneron d’Arzens en Malepère. Ce sont deux amis qui sont un peu aussi les miens même si les liens entre Laurent et Frédéric sont plus étroits, si étroits qu’ils viennent de faire cause commune pour un « Cause toujours » 2010 qui, comme le dit de façon espiègle Laurent est « un pied de nez à ceux qui ont cru que c'était une folie de racheter des vignes dans une appellation où l'on arrache plus souvent qu'on ne plante. » Vous me connaissez moi les pieds de nez j’en raffole ! J’en redemande ! Alors, ayant été mis dans la confidence par Frédéric lors de la dégustation annuelle des Vins des Amis de Laurent lundi dernier au Paul Bert je me suis rué sitôt rentré sur mon Nagra (très pro le Berthomeau) pour réceptionner les réponses de Laurent Bazin à mes 3 éternelles Questions.

 

C’est tout chaud et ça vous est livré en circuit court.  

 

Question N°1 : Alors Laurent vous voilà à la tête de 70 ares de terroir en Malepère avec l'ami Frédéric Palacios, dites-nous comment vous en êtes arrivé à cette implication dans les vignes ?

 

Réponse de Laurent Bazin : De manière finalement très naturelle. Disons de blog en aiguille... Ou de cave en vigne. Ca fait quatre ans maintenant que je m'intéresse de très près au travail de mes amis vignerons. Que je raconte sur leVindemesAmis http://levindemesamis.blogspot.com  leurs doutes et leurs petits bonheurs. Leur goût du terroir aussi. Ils m'ont en quelque sorte refilé le virus et donné envie, moi-aussi, le parisien, de m'enraciner.

 

J'ai depuis dix ans une petite maison de village à quelques kilomètres d'Arzens, il me manquait la vigne... J'en avais parlé à Frédéric il y a deux ans déjà et l'occasion a fait le larron en septembre 2009. Il avait repéré ces 3000 pieds de grenache et de cinsault promis à l'arrachage au bord de ses terres à lui. L'idée de le voir travailler ces vignes languedociennes, au coeur d'une mer de cépages « bordelais » a fait le reste. Ça et la beauté du terroir de la Malepère. Sans parler des cerisiers, des figuiers et des pruniers qui longent les ceps de quarante ans d'âge.

HPIM4029.JPGQuestion N°2 : Simple propriétaire foncier ou un peu plus que cela Laurent ? Puisque que ce « Cause toujours » est une « Cause commune » jusqu'où allez-vous dans votre engagement?

 

Réponse de Laurent Bazin : C'est drôle, je ne me vis pas comme le propriétaire de ces vignes. Evidemment, sur le papier, elles m'appartiennent. Mais je pense vraiment que la vigne appartient à celui qui la travaille, qui la nourrit, qui la fait vivre et prospérer. Donc disons que ce sont « nos » vignes plus que les miennes.

 

Est-ce que je suis un peu plus que ça? Vigneron sûrement pas en tout cas. Chacun son métier. J'ai trop de respect pour le travail de ces hommes et de ces femmes pour venir leur voler la vedette. Chacun à sa place.

 

En revanche, c'est vrai que Frédéric m'associe à ses décisions, qu'il m'informe de ses choix. Me demande mon avis... L'idée de la macération des raisins en grappe entière par exemple nous est commune. C'était une envie qu'on avait de mener « Cause toujours » de cette manière, dans les pas de Senat, Richaud ou Foillard, c'est à dire avec souplesse, sans effacer le terroir. Frédéric a fait ça avec beaucoup de doigté. Mais ne vous y trompez pas c'est bien son vin à lui.

My_HipstaPrint_0.jpgQuestion N° 3 : Alors ce premier nouveau-né comment le trouvez-vous Laurent ? Parlez-nous de lui avec les mots d'un père !

 

Réponse de Laurent Bazin   Ca ce n'est pas facile. Mais c'est vrai que ça m'a fait un drôle d'effet de tenir en mes mains une bouteille issu de nos vignes. De voir le terroir entrer en bouteille en quelque sorte. Il y avait quelque chose de vertigineux dans ce raccourci... Peut-être comme une naissance, toute proportion gardée. Vous avez raison.

 

C'était un « brut de cuve », qu'il m'a amené à Paris juste avant la dégustation du VindemesAmis lundi dernier. Et franchement, le résultat m'a scotché. Sa fraîcheur surtout, sa souplesse. Mais là dessus je ne veux pas en faire trop. D'abord parce que je ne suis pas un grand dégustateur et aussi parce que ça ferait un peu trop commercial, pour le coup. Disons comme dirait Frédéric à sa manière très pudique qu' « on n'est pas mécontents du résultat ». Et que moi ça me plaît drôlement.

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Chers amis lecteurs si vous n’êtes pas trop transis par le froid ou exaspérés par mes pitreries je vous invite, si vous ne souhaitez pas que je sombre dans une profonde dépression – je rassure Reggio les verres vides posés devant moi étaient de futurs verres pleins qui furent descendus sans sommations –  à répondre à mon sondage d’hier http://www.berthomeau.com/article-le-sondage-le-plus-tendancieux-de-la-decennie-quand-le-vin-est-tire-il-faut-le-boire-62032530.html  qui n'est pas frappé par une DLC (moi seul le suis : frappé).

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 10:06

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En juin 2007, alors que je ramais dans ma petite barque de chroniqueur solitaire je succombai à la tentation sondagière : http://www.berthomeau.com/article-6801662.html et je me permettais d’écrire que j’avais « décidé de débusquer votre moi profond avec 5 questions à la con - pardon, je prie les femmes honnêtes de me pardonner ce langage de charretier - mais bon, comme un train peut en cacher un autre, y répondre n'est peut-être pas une déraison. »

 

Novembre 2010 chute ce jour et voilà que la même tentation me gagne et, bien évidemment, comme je suis compulsif, j’y succombe en vous posant cette fois-ci 3 Questions comme je le fais à mes invités. Deux d’entre elles sont la copie conforme du sondage précédent. Seule la 3ième est nouvelle comme le nouveau Beaujolais...

 

Avant d’y répondre en masse je vous conseille vraiment d’aller lire  3 vieilles chroniques sur lesquelles portaient les Questions  2-3 et 4 ce qui permettra aux nouveaux arrivants d’apprécier toutes les facettes de mon immense talent (il n’y a pas de question sur la circonférence ni de mes chevilles ni de ma tête) et pour les canaillous de se rincer l’œil et d’aiguiser leurs fantasmes :

  

- chronique du 26 octobre 2006 Chantal http://www.berthomeau.com/article-4314945.html

- chronique du 23 décembre 2006 Elle c’est Marie http://www.berthomeau.com/article-4900515.html

- chronique du 13 mars 2007 L’horreur du monde des chercheurs http://www.berthomeau.com/article-5332162.html

 

1ière  Question :

 

le blog Berthomeau vous l'aimez

                        ¤ un peu mais je me soigne

                        ¤ beaucoup

                        ¤ passionnément

                        ¤ à la folie

                        ¤ pas du tout mais je suis en thérapie 

 

 

2ième Question :

 

qui préférez-vous dans cette liste ?

                         ¤ Hervé Chabalier

                         ¤ Perico Légasse

                         ¤ Claude Evin

                         ¤ Sandrine Blanchard

                         ¤ Moi

 

3ième Question :

 

Quelle est la ou les chroniques qui vous a ou ont le plus plu ?

Quelle est la ou les chroniques qui vous a ou ont le plus déplu ?

 

 

Merci de vos réponses par le Canal que vous jugerez bon :

- Canal Historique : COMMENTAIRE

- Canal Habituel : berthomeau@gmail.com   

 

à bientôt sur mes lignes et faites rougir vos souris elles en on bien besoin.

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 00:09

« Pour changer cette région - et c'est ma pratique - c’est la maïeutique platonicienne :   il faut provoquer pour que les gens soient contre et ensuite, ils se prononcent favorablement » Tout Georges Frèche se cachait derrière cette phrase. Dans un article de la revue Persée  : « Languedoc-Roussillon, vivre en cacophonie » Jérôme Gastambide  rappelle qu’en avril 2004 Georges Frèche lançait « le Languedoc- Roussillon doit se lever. C'est la Septimanie qui ressuscite» Ainsi, près de la moitié du discours d'intronisation à la présidence du conseil est consacré à l'histoire de la région. Son auteur plonge dans le passé pour en extraire un ensemble d'images. L'heure est à la pédagogie, il s'agit de savoir d'où l'on vient pour dessiner l'avenir, et y laisser sa trace. »

 

Certes la Septimanie n’a pas vu le jour, en bon pragmatique Georges Frèche s’est    rallié à Sud de France, mais ce volontarisme, cette fierté assumée, ce désir de s’inscrire dans l’Histoire pour tracer les voies de l’avenir, expliquent grandement l’adhésion de la population et donne aux gens du Nord, aux élites parisiennes, les clés pour comprendre l’hommage rendu par les anonymes au Président de la Région disparu. Au temps de mes responsabilités au 78 rue de Varenne j’ai pratiqué le Grand Georges qui, comme tous les grands chênes, ne laissaient guère de lumière aux jeunes pousses, j’en connaissais donc toutes les facettes ce qui ne me prédispose ni à l’hagiographie, ni a un hommage posthume courtisan. Simplement, pour avoir traîné mes semelles de crêpe depuis presque 30 ans dans le vignoble du Languedoc et du Roussillon je dois à la vérité de mettre en avant que Georges Frèche au-delà de ses mots – et Dieu sait qu’on les aime là-bas – de ses outrances, a su redonner un élan, un cap aux hommes et aux femmes, vignerons ou non, de cette région qui en avaient bien besoin.

 

Alors ce matin pour le geste voici pour l’homme de la Septimanie :

 

- Un beau texte « Feu de Sarments » de Jean Lebrau « né le 20 octobre 1891 à Moux (Aude) où il est mort le 11 octobre 1983, est un poète et écrivain français.

Initié à la poésie par son compatriote Henry Bataille, Jean Lebrau a eu une carrière professionnelle anodine : attaché à Genève au consulat de France, attaché à la préfecture de l'Aude à Carcassonne, il était également propriétaire-viticulteur. Après une rencontre en Béarn avec Francis Jammes, le poète de Hasparren, fort de l'amitié de Joë Bousquet et de François-Paul Alibert, Jean Lebrau entre en poésie et devient le poète de la montagne d'Alaric, des vignes et du vin des Corbières. Il est élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux en 1942. Il laisse une production importante, pleine de finesse empreinte de sensualité. Jean Lebrau repose dans le cimetière de Moux. » Source Wikipédia.  img188-Lebrau

 

- Un bois gravé en 3 couleurs de Rochette Raymond. « Artiste peintre français, né le 25 mai 1906 au Creusot et mort le 26 décembre 1993 au Creusot.

Né aux frontières de la forêt morvandelle et de l’usine du Creusot, ses premières huiles représentent les paysages du Morvan, des scènes de la vie rurale et de nombreux portraits.

Dès son enfance, il est fasciné par l’univers de la métallurgie lourde. Du Maroc, où il réalise son service national, il rapportera des paysages lumineux, mais dès cette époque il écrit à ses parents « Je crois qu’il serait intéressant de peindre les hommes au travail, suant, rouges avec les énormes machines, la poussière et la vapeur ».

En 1949, (13 ans après sa première demande), il obtient l’autorisation d’entrer dans l’usine et d’y peindre. Rapidement accepté par les ouvriers, il les représente de plus en plus souvent, minuscules à côté des machines qu’ils dominent, ou en centre de tableaux. Pendant 70 ans, Raymond Rochette n’a cessé de peindre : un paysage, un visage, un fruit, des objets simples, tout fascinait son regard. Il décède en 1993 dans sa maison natale. » Source Wikipédia.  img189-septimanie.gif

Ces deux œuvres sont tirées de Septimanie une revue fondée en 1927 par le docteur Paul Duplessis de Pouzilhac (1882-1958). « Médecin des riches, des pauvres et des cheminots, et je me dépense également pour tous mes malades ; mais mon luxe, ma danseuse, c'est ma revue, c'est Septimanie. » disait-il. Candidat malheureux aux élections législatives de Narbonne en 1929 contre Léon Blum, cet homme de lettres, maurrassien, donc pétainiste, contribua à donner à sa ville de Narbonne « une belle existence artistique et littéraire grâce à sa somptueuse revue d'art Septimanie qui réunissait dans une présentation luxueuse et originale, les écrivains, les poètes et les artistes de la région. »

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 00:09

 

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Puisque Sophie Pallas inaugure sa première chronique par le choix d’un vin de la mer, d’un vin océanique, je ne puis m’empêcher d’utiliser, avant de vous la présenter, une métaphore maritime. Vin&Cie l’espace de liberté vogue depuis plus de 5 ans sur la Toile, frêle esquif, fort éloigné des yachts ou des paquebots de croisière richement dotés. J’ai d’abord caboté – oui, oui je sais, cabot – le long  des côtes familières sans trop m’en éloigner, et puis l’air du large aidant je me suis aventuré en des courses de plus en plus lointaines cherchant à explorer de nouvelles contrées pour vous les faire découvrir. Navigateur solitaire se fiant à sa seule boussole j’ai toujours eu l’ambition de faire partager mon aventure à de vrais marins. Aujourd’hui donc, Sophie Pallas, tient la barre du voilier en vous proposant une chronique, qui sera mensuelle, « l’autre choix de Sophie ».

 

Le choix du titre de la chronique, si je puis m’exprimer ainsi, est un clin d’œil à une autre belle aventure : Autrement Vin www.autrementvin.com  où Sophie Pallas a su, dans des conditions difficiles, j’écrirais même contre vents et marées, mettre sur pied une manifestation, au 104 à Paris fort réussie, innovante, sortant des sentiers battus, où le grand vainqueur fut le vin dans tous ses états. Sophie sait aller avec détermination, précision, courage, jusqu’au bout à la fois de ses intuitions, et surtout de ses rêves. En effet, comme je l’ai accompagné, soutenu à la mesure de mes possibilités, j’ai pu constater que, par-delà son goût d’entreprendre, il y avait chez elle une réelle empathie pour les gens du vin et la volonté de participer à l’extension du domaine du vin. C’est donc avec grand plaisir que je l’accueille aujourd’hui sur mon petit bateau et que je lui souhaite bon vent...

 

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La subjectivité n’est-elle pas le corollaire du goût ?


Le vin n’est-il pas avant tout une affaire de goûts ?


Au risque de dédire les enseignements précieux qui ont nourri et éclairé mon parcours d’oenologue, je revendiquerai ici une totale et entière subjectivité. Cette subjectivité ne saurait être  exclusivement liée aux particularismes propres et imparfaits de mes capteurs sensoriels. Elle est aussi (et peut-être surtout) conditionnée par tout ce qui entoure le vin : un environnement naturel, un engagement humain, une audace technique, une histoire en quelque sorte…


C’est précisément l’intention qui guidait « Autrement vin » lors de sa première édition au 104  il y a tout juste un an. Il s’est avéré difficile de sortir des sentiers du « bien-dégusté », la surprise n’ouvrant pas forcément la voie de la tolérance. Mais cette difficulté n’a fait que renforcer une conviction que c’était bien là l’autre façon d’aborder le vin, une façon plus ouverte, et jamais dogmatique ; plus universelle, et parfois surprenante. Au diable donc, chapelles et gourous, querelles et sectarismes en tout genre ! J’ai envie de parler des bio, des pas bio, des techno, des nature, des traditionnels, des modernes, des grands, des petits,... parce qu’ils comptent tous et qu’ils m’apprennent tous quelque chose.


J’ai choisi pour ouvrir cette rubrique un vin qui m’inspire le vent du large, l’appel des grands fonds, le goût iodé des fruits de mer… Egiategia. Le pays basque a une signification particulière pour moi, celle d’une terre parfois douce, parfois hostile et surtout de caractère. C’est la terre originelle d’Emmanuel Poirmeur qui a décidé d’y retourner et d’y inventer un vin… un vin de la mer. Pourtant, Emmanuel avait une position professionnelle des plus enviables, brassant vignobles et domaines, pour le compte d’un grand institutionnel, avec un avenir confortable et sans risques. Qu’est-ce qu’il lui a donc pris de tout laisser tomber pour créer une nouvelle zone viticole et planter des vignes sur la corniche de Saint-Jean-de-Luz, d’immerger des cuves dans l’océan et d’embouteiller son vin au robinet dégustateur ?


Venez à marée haute lorsque les vagues tapent les murs de la cave, l’hiver quand le brouillard plane entre les cuves ou encore l’été lorsque la corniche, site exceptionnel Européen classé Natura 2000, offre l’infini de l’océan d'un côté et les Pyrénées de l'autre… vous comprendrez. Le vin dont je vous parle n’est pas encore celui que nous goûterons l’année prochaine, élevé sur lies en cuves et sous la mer à 15m de profondeur (la pression de l’eau changeant avec les marées entraîne un effet de convexion permanent démultipliant les bienfaits de l’élevage sur lies). Il s’agit aujourd’hui de la première cuvée de la cave Egiategia. Un vin blanc sec fait de raisins d’Ugni blanc et de Colombard, récoltés à un niveau de maturité point trop avancé pour une acidité et des arômes frais.


Malgré la pluviosité réputée du pays basque, il est assez surprenant de constater que les maladies cryptogamiques n’y sont pas prospères. Ou bien est-ce à cause de celle-ci ? Un indice rapporté par Guy Lavignac dans son ouvrage sur les cépages du Sud-ouest : la seule enclave viticole française qui fut épargnée par la crise du phylloxera est le pays basque… le pauvre parasite n’aurait pas résisté au climat, noyé par les averses océaniques ! Toujours est-il qu’Emmanuel n’a pas trop de mal à réduire les traitements de sa vigne au strict minimum, deux applications de bouillie bordelaise, en tout et pour tout. Le vent fait beaucoup aussi...


Maintenant, placez une douzaine d’huîtres à proximité et ouvrez une bouteille d’Egiategia. Fermez- les yeux. Un nez franc sur les agrumes mêlés aux embruns, une attaque douce qui fait vite place à une acidité qui claque et une longueur toute saline relevée d’une pointe de citron vert. Un vin simple, franc et sans détour. Un vin qui appelle l’huître, comme disait notre ami Patrick Léon lors de la dégustation d’Autrement vin. Une lame d’océan dans un verre.

 

Sophie Pallas

 

* Egiategia : l'atelier des vérités

 

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Pour plus de renseignements sur Emmanuel Poirmeur http://www.magazine-etc.com/Emmanuel-Poirmeur-createur-d.html

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 02:09

Pour ne pas me laisser contaminer par la solitude, la pénombre et l’humidité je m’allongeai sur le bat-flanc recouvert d’une paillasse moisie et décidai de me mettre dans la peau d’un moine trappiste. Pendant cinq jours je ne reçus aucune visite, les gardiens me passaient la nourriture et de l’eau dans un broc en terre par une sorte de chatière. Je me contentai de boire de l’eau, jeunant. Pour mes besoins naturels je disposais d’un vase de nuit en métal émaillé que je passais lui aussi par la chatière. Ma décision de jeûner ne relevait ni d’une lubie, ni d’une quelconque ascèse, elle répondait à une stratégie bien précise : éviter les haricots épicés pour ne pas me bousiller l’estomac et risquer une turista carabinée, chier et pisser le moins possible afin de ne pas me retrouver dans la pestilence de mes étrons ou de mes fèces et les faire chier le plus possible en leur laissant à penser que je me laissais mourir de faim. Pour oublier ma faim je dormais par séquence de quelques heures puis je me levais, me déshabillais pour faire des pompes simplement vêtu de mon calcif. Le premier jour fut une horreur mais je me tins à mon programme et lorsqu’ils ouvrirent enfin le verrou, le soir du cinquième jour, je me sentais dans une forme affutée en dépit de mon jeûne. Grâce à lui je brulais mes mauvaises graisses, mon estomac rétrécissait et je retrouvais de la tonicité musculaire. Mon gardien me fit passer à la douche puis m’intima l’ordre de revêtir une tenue de prisonnier en coutil bleu et de chausser des sandales. Deux types en uniforme militaire, postés à la sortie des sanitaires, me demandèrent de les suivre.

 

Nous montâmes trois étages, ça sentait le grésil et le cuir boucané, puis nous suivîmes un long couloir mal éclairé bordé de portes identiques. Tout au bout, un bidasse en uniforme semblait être de faction derrière une petite table sur laquelle étaient posée une sorte de registre et un téléphone en bakélite. Mes cerbères me firent asseoir sur un petit banc collé à la cloison. L’un d’eux me tendit son paquet de cigarettes. Gentiment je refusai. Nous restâmes ainsi pendant presque une heure sans que rien ne vienne troubler notre étrange face à face. L’homme derrière la table envoyait à un rythme soutenu des vents sonores et puants qui me confortaient dans ma sage décision de refuser les bols de haricots de mon ordinaire. Le téléphone stridula tirant le pétomane d’un début d’assoupissement. Il se contenta de répondre une bordée de Si mayor. Le plus jeune des militaires qui m’avaient accompagné, celui des cigarettes, me fit signe de me lever. Ce que je fis en souriant. Il me rendit mon sourire tout en allant frapper à une porte située derrière le factionnaire péteur. Ce fut un petit rondouillard en blouse blanche, avec un stéthoscope autour du cou et des bottes de cavalier  qui lui ouvrit. D’un signe de tête accompagné d’un coup de menton très martial ce qui devait être un toubib militaire me signifiait que je devais entrer. Ce que je fis d’un pas leste qui manifestement le surprit car lorsque je passais devant lui je vis dans son regard un réel étonnement.

 

Il me fallait en profiter car un adversaire déstabilisé se révèle souvent une proie de choix car il oublie la plus élémentaire prudence tant il est obnubilé par le contre-pied qu’il vient de subir. Manifestement le gras du bide s’attendait à recevoir un gugusse famélique en capilotade qu’il allait devoir requinquer avec une bonne petite perfusion de derrière les fagots. Au lieu de cela, hormis une barbe de cinq jours que je contemplais dans le grand miroir qui surplombait une cheminée où bizarrement un faux-feu de bois à l’anglaise rougeoyait, je pouvais plastronner à la condition tout de même de rester dans les limites du raisonnable. Je me sentais affaibli mais mon jeûne avait réveillé en moi une vitalité qui me soutenait. Sans même qu’il m’y invita je me laissai choir dans un fauteuil qui faisait face à une élégante table qui servait de bureau au médecin-major. Tout ici sentait le raffinement le plus extrême : des tapis au sol, des huiles aux murs, un parquet ciré, un sofa profond et un éclairage entièrement du à des lampes posées aux quatre coins de la pièce. Plutôt que la manière forte je pressentais que notre homme, aux ongles manucurés, serait plus sensible à l’excitation de sa libido. Son orientation sexuelle ne faisait aucun doute. Je bandais toute mon énergie en décidant de me dévêtir. Je le fis avec un aplomb qui laissait le bonhomme coi. Il restait figé, debout derrière son bureau, sans pouvoir se départir d’un intérêt proche de la lubricité. Lorsque je me retrouvais en slip en mobilisant toutes les ressources de ma libido je le vis passer sa langue sur ses lèvres lippues. Je frissonnais en pensant que s’il me demandait d’agir j’allais devoir m’atteler à une tâche peu ragoutante. Par bonheur ma vive et soudaine érection le débridait. En quelques pas, ondoyant du cul, il me rejoignait, s’agenouillait, baissait mon slip et me suçait en roulant ses gros yeux.

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 00:09

J’ai passé deux ans de ma vie à Constantine où, en tant que VSNA (service militaire) j’étais maître-assistant à l’Université de Constantine dans un magnifique bâtiment (voir vidéo) de béton conçu par Oscar Niemeyer qui avait la particularité de s’enfoncer dans le sol – un ancien cimetière à flanc de colline – et d’être inchauffable et Dieu sait qu’il fait froid sur le plateau constantinois. Bénéficiant d’une solde de 900 francs et du Renault 4 j’ai beaucoup bourlingué dans l’Est algérien. Mes étudiants francophones, dont certains étaient des quadragénaires ayant connus la « guerre », m’invitaient chez eux et c’est avec eux que j’ai découvert la musique arabo-andalouse qui est le plus saisissant reflet de l’énorme melting pot de cette Algérie qui fut française. À Constantine, la rue qui tranchait la casbah en descendant jusqu’à la Medersa siège du recteur de l’Université officiellement rue Larbi M’Hidi, héros de la résistance liquidé par le sinistre Gal Aussaresses et respecté par le père Bigeard, était toujours désignée comme la rue de France par eux et, le quartier « juif » lui aussi bénéficiait du même traitement. Les cassettes circulaient sous le manteau et chez le coiffeur la transgression absolue consistait à écouter Enrico le natif de Constantine, il d’une famille juive de musiciens du malouf. Son père était violoniste dans l’orchestre de Raymond Leyris dit Cheikh Raymond (beau-père d'Enrico Macias).

 

Cette musique du petit peuple, celui des gens de peu qui se côtoyait « avant » dans cette rigoureuse et si musulmane Constantine, n’était guère du goût du régime Boumediene qui du passé faisait table rase. Nulle nostalgie ni regret dans ce goût d’une musique puisant ses racines, sa source dans des cultures méditerranéennes, mais simple héritage d’une histoire commune. Réécrire l’Histoire est vain, c’est le fait des pouvoirs sans légitimité. Alors, lorsqu’au début des années 90 Lili Boniche est comme l’écrit avec beaucoup d'empathie et une grande justesse Magali Bergès http://lili_boniche.mondomix.com/fr/portrait213.htm « sorti des oubliettes de l'histoire de la musique. A peine plus ridé qu'aux temps bénis de ses plus grands succès, la démarche parfois incertaine mais toujours aussi pimpant, il est revenu sur le devant de la scène. Et il obtient aujourd'hui une audience qu'il n'avait jamais atteinte. La vie de celui que l'on surnomme le crooner de la casbah ressemble à un scénario. Et pourtant tout est vrai… »

 

« Lili Boniche est né en 1921 à Alger, Alger la Blanche, Alger sa ville. A l'âge de 10 ans, il quitte le domicile familial pour suivre l'enseignement d'un maître du haoussi, Saoud l'Oranais. A ses côtés, il apprend pas à pas le répertoire de la musique arabo-andalouse, côtoie la célèbre Reinette l'Oranaise et devient un virtuose du oud. Un jour, il n'a alors que 15 ans, il débarque à Radio Alger et, avec tout le culot propre à son âge, propose un projet au directeur. Celui-ci est emballé et lui octroie une émission hebdomadaire. Porté par son succès naissant, le jeune Lili Boniche compose chanson sur chanson et les interprète en direct à l'antenne : « Elles me venaient comme ça, sans réfléchir «  raconte-t-il. Peu à peu, il crée un style (typique de la musique populaire algéroise) où se mélangent flamenco, arabo-andalou, paso doble, mambo et tradition juive. Il devient une star à Alger puis à Paris. Dans les années cinquante, il rencontre une comtesse : « Elle était belle, riche et folle de moi », se souvient-il en souriant ; il l'épouse illico. ». Il se reconvertit dans les affaires achète quatre cinémas à Alger et devient un homme d'affaires prospère. Lorque la tourmente embrase l'Algérie et avec l'Indépendance ses salles sont confisquées, comme les pieds-noirs il rentre en France et repart à zéro.

 

Mais, comme l'écrit Magali Bergès   « Aux débuts des années 90, toute une génération de réalisateurs redécouvrent ses chansons et les utilisent dans les bandes sonores de leurs films. "Le Grand Pardon", « La vérité si je mens », « Mémoires d'immigrés » : à travers le cinéma, Lili Boniche retrouve les lettres de noblesse que sa comtesse l'avait contraint à abandonner. En 1998, il sort un album intitulé « Alger, Alger » produit par… le patron d'une maison de couture. Le succès est mitigé mais l'américain Bill Lasswell reprend la production et la machine repart (…) et l'histoire reprend, comme si le conteur reprenait sa lecture exactement là où il l'avait laissée. A l'aube de ses 70 ans, Lili Boniche peut se targuer d'avoir rempli l'Olympia, de rassembler un public qui va bien au-delà de la communauté juive et de faire danser différentes générations de juifs, de catholiques et de musulmans qui tanguent en cadence, unis par la musique d'un crooner oriental aux allures de rocker suranné... »

 

Il s'est éteint discrètement le 3 mars 2008.

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 00:09

Même si ça peu vous surprendre j’aime beaucoup les rencontres où je n’ai qu’à écouter, qu’à me taire, car j’apprends. Tel fut le cas un samedi soir passé : Cap sur l’Angélique à Versailles à l’invitation de Vincent Legrand. Pour moi sauter le périphérique est toujours une aventure digne du rallye Paris-Dakar et je suis capable de m’égarer pour me retrouver à Knockke-le-Zoute plutôt que du côté de la résidence secondaire du Roi Soleil. Et puis l’Angélique,  l’herbe aux anges, c’est une sucrerie et c’est aussi la pulpeuse Michèle Mercier marquise des Anges...comme vous voyez je m’égare mais j’arrive toujours à l’heure : « la ponctualité est la politesse des rois... » dit-on.

 

Notre hôte est Albert Kierdorf, http://www.kierdorfwein.de/ distributeur-importateur de vins, grand épicurien, amoureux des vins de Bourgogne, un passionné, une bibliothèque vivante, francophile, un homme d’affaires qui garde une âme. Une flute de Billecart-Salmon extra-brut à la main, dans son français impeccable, fleurant en moi le chroniqueur chronique il me conte son arrivée dans le buiseness du vin, à 19 ans, par la porte de derrière et des chemins de traverse. En effet, à ce jeune âge insouciant, alors qu’il n’est qu’un grand buveur de bière par bock de 2,5l, un beau jour il se voit confier par son père, grand amateur de vin lui, la mission d’acquérir quelques flacons. Ce qu’il fait chez un marchand de vin, il achète sans goûter bien sûr et se fait refiler des rossignols. Sans coup férir le verdict de son père ne se fait pas attendre, il est implacable : « tu rends ces vins ils sont imbuvables... des vins comme ça tu peux les jeter dans les oreilles d’un âne... » Pauvre Paul, il est bien embêté, aller rendre du vin... il tergiverse quelques jours pour enfin se décider à retourner sur le lieu de ses exploits le vendredi suivant. Le marchand de vins, loin de s’offusquer, s’excuse « votre père est un connaisseur » et pour se faire pardonner il lui confie un carton de 6 bouteilles. Ainsi naît une vocation, Paul abandonne un an après la bière, et tel Paul de Tarse sur le chemin de Damas il s’en va découvrir la Bourgogne chez Jacques Lameloise à Chagny. Alors c’est le temps de la camionnette emplie de cartons de bouteille, les douaniers du poste-frontière de Strasbourg, la paperasse fiscale, la première commande : 12000 bouteilles. Paul se met à acheter comme un fou et c’est le début de son aventure.

 

Autant les grosses berlines allemandes : Mercédès, BMW et Audi comme la Coccinelle ou la Golf de Volkswagen ont des adeptes inconditionnels dans notre pays chauvin, au nom de la notoriété et du sérieux des fabrications allemandes, les vins allemands, en dehors d’une poignée de grands amateurs, sont totalement ignorés. Pour le français moyen l’Allemagne gastronomique se résume à la fête de la bière à Munich où l’on s’enfourne des tonnes de saucisses avec de la choucroute arrosée de bière bavaroise. D’ailleurs pour le commun des mortels un pays qui nous a exporté le hard-discount via Aldi et Lidl ne saurait produire que des gros vins poussifs, pourvus de nom imprononçable, plein de sucre de betterave. J’exagère à peine et, 50 ans après la signature du Traité de Rome, les français qui se piquent d’être de grands connaisseurs de vins sont en fait de grands ignorants C’est vrai pour les vins allemands comme ceux des alsaciens et de nos voisins italiens, espagnols comme des vins portugais, grecs ou autrichiens.

 

Bien sûr on pourrait arguer pour justifier ce désintérêt, cette méconnaissance, de la fameuse complexité liée à la hiérarchie, qui déjà rend difficile d’accès nos propres vins nationaux. Le blog Findawine http://www.findawine.com/blog/2010/11/08/le-dedale-des-appellations-allemandes/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Findawine+%28Findawine.com%2C+le+blog+%C3%A9co+du+vin%29 parle même de « dédale des appellations allemandes ». J’en conviens aisément. Afin de vous éclairer je leur emprunte leurs explications, claires et pédagogiques (voir en fin de chronique).

 

J’en reviens à notre dîner dégustation au second étage de l’Angélique dans une salle privée qui eut le double avantage d’expérimenter des accords entre les vins dégustés et les plats du chef et de répondre à mon goût de dégustateur assis. En effet, cette position est idéale pour savoir prendre son temps, le temps du commentaire, de la conversation. Bien évidemment, puisqu’il y avait 16 vins à déguster j’ai pratiqué le sport favori de ma jeune et excellente collègue Miss GlouGlou : cracher au restaurant, au détail près que nous étions entre nous. Pour ne pas vous noyer dans mes considérations fumeuses sur cette belle palette de vins blancs et rouge issus de vigne en biodynamie je vais me contenter de vous faire part de mes coups de cœurs qui sont au nombre de  4 :

 

En Blanc :

 

- le N°3 Forst Kirchenstück Riesling trocken Edition G.C 2005 Dr. Bürklin-Wolf : une pure merveille de fraîcheur, de pureté, de simplicité d’accès eu égard très faible degré (8°5 je crois) qui permet une lente mais sûre accession à des sensations d’une rare intensité. Ce passage d’une certaine forme de facilité, de buvabilité dirait Olivier Poussier, à un univers complexe où l’intellect s’efface sous l’impact d’une palette aromatique raffinée est impressionnant, surprenant. C’est comme si vous croisiez lors d’une promenade une jeunette en robe légère, fraîche et spontanée et que, chemin faisant, sur l’herbe verte vous exploriez le pays de son corps pour y découvrir, avec sa complicité, une femme aux délices raffinés. C’est du grand sans la pompe des grands, c’est un vin de grande extraction qui affiche pour lettre de noblesse sa simplicité de terrien...

- le N°10 Graacher Himmelreich Riesling  Spätlese 2006 Joh. Jos. Prüm  et le N°11 Wehlener Sonnenuhr Riesling Auslese 1995 Joh. Jos. Prüm  que nous avons dégustés sur des Saint-Jacques jouent eux aussi dans la cour des grands et pour ne pas faire de redites sur mon commentaire précédent, là encore leur faible degré 9° et 7°5 est un sésame extraordinaire permettant de s’aventurer pas à pas, à son rythme, dans leur complexité aromatique. Avec eux, ce qui est remarquable c’est qu’à aucun moment en bouche ils ne se couchent. Ils sont droits sans être raides. Ils vous sollicitent sans agressivité mais avec une vivacité qui semble ne jamais devoir s’épuiser. Je suis étonné et conquis. J’écoute Albert parler de ces vins de très vieilles vignes qui sont essentiellement vendus à l’exportation 90% surtout en Angleterre. Passionnant, Albert nous fait pénétrer chez Joh. Jos. Prüm comme chez Egon Müller-Scharzhof, dont nous avons dégusté un Riesling, et nous entrons ainsi dans un univers secret à l’égal des grands alchimistes – au sens de la transmutation du vil métal en or – du Moyen-Age. Déguster assis autour d’une table, en mangeant, avec pour voisin Marc Parcé, des convives amateurs avisés, fut pour moi un grand bonheur.

 

En Rouge :

 

Comme je l’ai déjà écrit Albert Kierdorf est un passionné, un amoureux des vins de Bourgogne dont il possède de très beaux flacons à titre privé. Alors, le Pinot Noir qui pour lui ne trouve sa pleine expression en Bourgogne, il en rêve et sans entrer dans les détails pratiques il est passé à l’acte en étant, avec sa sœur partie prenante, dans le domaine Weibgut Friedrich Becker situé dans le Palatinat, à 200 Km à vol d’oiseau de sa chère Bourgogne, où des vignes à cheval sur la France et l’Allemagne sont en Pinot Noir. Becker, à 17 ans a passé 3 mois en Bourgogne puis est revenu dans le Palatinat pour y planter des vignes de Pinot Noir. C’est un vrai vigneron, tenace qui a réussi son pari de faire un vin à l’égal de ses voisins bourguignons. Sa réussite est reconnue, saluée et même enviée en Allemagne.

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Nous avons donc dégusté deux millésimes 2005 et 2007 Kammerberg G.G. Spätburgunder Qualitätswein trocken  avec en juge de paix, ou référence un Echezeaux Grand Cru 2007  d’un domaine réputé vendu 90 € la bouteille. Je ne le mentionne pas car, en dépit de belles qualités, sans contestation aucune, les 2 millésimes de Becker l’ont, de l’avis général, emportés haut la main. Que mes amis bourguignons me pardonnent, et ils me pardonneront, car les deux flacons étaient de haute extraction, ça volait très haut. L’élève surpassait le maître et, après tout, eu égard à la filiation de Becker avec la Bourgogne, ce n’était que la reconnaissance d’un travail patient amoureusement fait. Et le terroir dans tout cela me direz-vous ? Mon incompétence patente étant ce qu’elle est, je ne dispose d’aucune réponse sur ce sujet. Tout ce que je puis vous conseiller c’est de vous soumettre au même exercice que celui auquel je me suis livré en bonne compagnie.  Barriques-francaises.jpg

Tard dans la nuit je suis entré dans Paris avec ma petite auto. J’ai passé une excellente nuit. La morale de cette chronique, si tant est qu’il en faille une, c’est qu’ouvrir grand portes et fenêtres, être disponible, réceptif, reste, même à mon âge, un état d’esprit, une forme de philosophie qui tempère mon et notre ego national, si développé, si impérieux : un peu de modestie dans un monde du paraître...

 

En complément

 

Une division régionale

« On dénombre treize régions différentes dont la plupart se situe à l’ouest et au sud, puisque deux seulement appartiennent à l’ex-RDA. Les principales régions (et les plus qualitatives) se situent au bord du Rhin : la Bade, la Hesse rhénane, la Moselle-Sarre-Ruwer ou encore la Rheingau. »

Une classification hors du commun ?

« En Allemagne les vins sont classés en fonction du taux de sucre que contiennent les moûts. Comme il est difficile de faire arriver les raisins à maturité, plus il y a de sucre plus les vins sont considérés comme qualitatifs.

Ainsi, il y a trois catégories dans l’ordre croissant de qualité :

- les Tafelwein (équivalents de nos anciens Vins de Table),

- les  Landwein (vins de pays),

- les Qualitätswein. Cette dernière catégorie se subdivise en QbA (vins de qualité d’origine délimitée) et les QmP (Qualitätswein mit Prädikat) ce qui signifie littéralement « vins de qualité avec distinction ». Enfin la catégorie QmP se subdivise en six catégories. Voir le schéma sur Findawine.  http://www.findawine.com/blog/2010/11/08/le-dedale-des-appellations-allemandes/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Findawine+%28Findawine.com%2C+le+blog+%C3%A9co+du+vin%29

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 12:36

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Chère maman,

 

Toi qui savais si bien faire le beurre blanc, monter des œufs en neige, confectionner un Paris-Brest, je t’écris ce matin à la fois pour te rendre hommage et surtout pour te rendre ton du. Oui maman outre que tu fusses un vrai cordon bleu, tu ne te contentais pas de mettre la main à la pâte, tu ne laissais à quiconque le soin de dresser la table. Nous n’étions ni riches, ni pauvres, mais dans la salle à manger – qui te servait en semaine d’atelier pour ta couture, ton univers d’organdi, d’organza, de crêpe de Chine ou georgette, de popeline, de gabardine, de flanelle ou de taffetas, là où tu taillais les patrons des robes que tu allais monter avec du fil à faufiler avant de les coudre sur ta machine Singer à pédale – sur la table à rallonges le bulgomme d’abord puis la nappe Linvosges impeccablement repassée avant d’y dresser la vaisselle de porcelaine de Limoges si diaphane, les couverts de la Ménagère étrange boîte verte où ils semblaient dormir pour l’éternité, les verres de cristal que je faisais chanter, en un ordonnancement dont les règles elles aussi semblaient venir de la nuit des temps. Venait ensuite un discret chemin de table : quelques pétales de fleurs du jardin, du houx ou du gui, puis les dessous de plats et de bouteilles. Parfois, les serviettes étaient mises en éventail dans le verre à eau mais maman tu préférais de loin la discrétion d’une position couchée sur l’assiette. Enfin, dans des vases cigognes de discrets bouquets venaient donner une touche champêtre à la table dressée.

 

Jamais au grand jamais il ne te serait venu à l'idée de nous expatrier au restaurant pour ces repas de fêtes scandant le calendrier liturgique ou les évènements heureux ou malheureux de notre vie. Pourquoi diable aller dépenser beaucoup d’argent pour moins bien manger et surtout nous retrouver dans un cadre qui ne pourrait jamais égaler la chaleur de la salle à manger familiale. Dans le fin fond de notre Vendée crottée nulle trace de restaurants gastronomiques – le mot même ne faisait pas parti de notre vocabulaire même si le Larrousse gastronomique faisait parti de ton univers – quand aux étoilés nous ignorions jusqu’à leur existence. Tu étais maman, et tu m’as transmis ta main, celle qui savait pétrir, assembler, monter, décorer, tu étais donc le plus bel exemple donné de transmission immatérielle de ce repas à la française qui chez nous n’avait rien de guindé, de chichiteux. Tu faisais tout, orchestrais tout, et nous te donnions simplement un coup de main.

 

Alors chère maman lorsque j’entends Francis Chevrier, cheville ouvrière du classement affirmer que tout ça c’est : « D’abord faire comprendre aux Français que la cuisine est une culture qu’il convient de préserver et de transmettre aux générations future » les bras m’en tombent ce qui je l’avoue complique ma tâche pour t’écrire. Je te fais sourire sans doute mais plus sérieusement, même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui, seul JR Pitte a su trouver les mots justes  en affirmant au journal La Croix – ce qui ne saurait te déplaire chère maman toi si attachée à la religion – « ce qui distingue la cuisine française des autres : ses rituels, ses pratiques, ses traditions vivantes et une certaine manière d’être à table. Une façon de dresser la table, de s’y installer, de goûter des saveurs particulières qui ont une personnalité, de valoriser les différences d’une région à l’autre. Associer certains vins à certains plats est une invention française. De même que le déroulé qui va des entrées au dessert et impose le pain, le vin et le fromage ».

 

J’en serais resté là si je n’avais lu les habituelles fureurs de Perico Légasse. : «La nouvelle est de taille, considérable, historique. D’abord parce que, au moment où le chef de l’Etat prend des distances avec le concept d’identité nationale, la plus humaniste des instances internationales sacralise ce qui symbolise le mieux l’identité nationale française, sa gastronomie » proclame-t-il avant d’ajouter « Sans paysans, pas de produits. Sans produits, pas de cuisine. Sans cuisine pas de gastronomie. Donc, sans paysans, pas de gastronomie. Il est là le trésor à préserver. Le repas gastronomique des Français, c’est celui qui met ces richesses en valeur et permet de les partager autour de la table dans un acte sensoriel et convivial qui rend hommage aux êtres humains qui se donnent du mal pour notre plaisir. Tel est le message culturel de cette heureuse et grande nouvelle. Veillons à ne pas le galvauder et à ne jamais le trahir ».

 

Tu trayais les vaches maman mais tu n’aimais pas qu’on te traita de paysanne car ce mot-là était de ceux que jetaient les gens de la ville aux crottés que nous étions. Alors la moutarde m’est montée au nez. Tu le sais maman j’ai la tête près du bonnet alors c’est pour cela que j’ai décidé de t’écrire pour te rendre ton bien. Pour parodier notre Georges Clémenceau « Le repas à la française est une chose trop sérieuse pour être laissé aux cuisiniers étoilés... » Certes beaucoup d'entre eux sont talentueux mais ils ne sont pas les seuls dépositaires de notre art de vivre. Ils se doivent de faire vivre, de renouveler le repas à la française mais non le cantonner dans l’élitisme car se serait signer son arrêt de mort. La transmission maman c’est nous : tes enfants, tes petits enfants, tes arrières petits-enfants, nous tous, là où nous sommes, là où nous vivons, en nos villes ou nos campagnes.

 

Quand aux paysans qui reviennent à la mode, en grâce tu aurais dit toi qui aimait tant le français, ne confions pas à certains démagogues urbains,  même s'ils s'autoproclament critique gastronomique, le soin de les préserver, de les protéger mais sachons, comme le faisait si bien papa, ton Arsène toujours souriant, prenons-nous en mains. Retrouvons le chemin du Bien Public. Occupons-nous de nos affaires grandes ou petites. Cessons, comme on dit dans les grandes écoles, de tout externaliser. Tu le sais mieux que quiconque maman je crois aux vertus de l’intelligence. Sans doute suis-je un grand naïf mais je préfère le rester plutôt que d’enfourcher des haridelles fatiguées. Si je n’avais pas peur de te choquer je dirais « Vivons bordel ! » Je l’ai dit mais je t’assure maman ce n’est pas péché mortel.

 

Voilà c’est écrit maman. Comme je ne sais où tu séjournes en ce moment, sans doute sur un beau petit nuage tout près de ton cher Bon Dieu, je confie cette lettre à Toile pour qu’elle te parvienne tout en haut des cieux.

 

Je t’embrasse maman. Je n’ose te dire à bientôt car étant un mécréant je ne sais quelle destination la vie me réserve.

 

Ton fils chéri

 

Jacques

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