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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 00:03

Au temps de mes culottes courtes lorsque je suivais le pépé Louis, qui tenait fermes les manchons de la charrue « Brabant », tout en encourageant de la voix sa paire de bœufs indolents, « Jaunet&Blandin », j’étais toujours stupéfait à la vue, sur les flancs de la terre fraîchement retournée, des colonies d’achées se tortillant, s’enlaçant, se confondant avec la glaise humide, tels des lianes rouges ou brunes. Dans ma Vendée bocagère, le ver de terre, le lombric nous le nommions achée* car il servait d’appât pour les pêcheurs à la ligne. Ignorant de sa fonction naturelle nous le respections pour la simple raison que sa présence en nombre marquait la fécondité de cette terre.


Que mon achée vendéen ne soit guère sexy j’en conviens même si je lui ai toujours trouvé un aspect très clean. Comme le fait remarquer Marcel Bouché, spécialiste des lombrics de son état, – il n’en existe qu’une petite poignée dans notre vaste monde – « Les lombrics n’attirent pas les naturalistes car ce ne sont pas des jolies fleurs ou de beaux papillons », ils sont associés à la décomposition, à la mort. Et pourtant, ils sont un maillon essentiel au cycle de la vie comme l’explique notre chercheur de l’INRA : « La plante absorbe l’énergie du soleil et la fournit à ce beau monde d’en bas sous forme de tiges, de feuilles, de fleurs. Les vers de terre broient et mélangent ces éléments nutritifs, à la manière des brasseurs de bière. De leur côté, les micro-organismes assurent la décomposition. Ce qui permet de redonner des éléments nutritifs pour les nouvelles générations de plantes…»


Comme quoi, pépé Louis et moi, aussi manichéens que nous puissions être : d’un côté les animaux utiles, ceux de la ferme, de l’autre les nuisibles, ceux qui bouffaient les cultures, nous pressentions que nos achées étaient de bons révélateurs de l’état des sols, rejoignant en cela l’autodidacte Marcel Bouché. J’aime bien son histoire à cet homme qui déclare : « pour ce qui est de la culture générale je n’ai pas dépassé le certificat d’études primaires… » Tout d’abord diplômé comme jardinier de la Ville de Paris, il entrera à l’INRA comme aide de laboratoire « l’équivalent du travail d’une femme de ménage » précise-t-il. Découvrant le monde scientifique il intégrera la Fac des Sciences en prenant des cours par correspondance pour revenir à l’INRA où on lui confiera « l’étude des vers de terre dont personne ne voulait. » En 1963, il commencera à faire l’inventaire des vers de terre : « j’ai fait une sorte de tour de France des vers de terre en parcourant le pays avec la carte Michelin et tous les 30km je faisais des prélèvements. À l’époque, nous en avions recensé 170. Aujourd’hui, on doit être à 300 espèces répertoriées en France et plusieurs milliers dans le monde… »


Bien évidemment je me doute que mes histoires de vers de terre font penser à certains d’entre vous que je m’égare. Pas si sûr mes chers lecteurs. J’en viens là où je souhaitais vous mener. Mes achées, comme le dit plaisamment Marcel Bouché : « sont parfois « ratatinés » par les actions agronomiques aveugles de l’homme, telle que l’utilisation excessive de pesticides dans les cultures. Et, d’une manière générale, ils souffrent des pratiques agricoles intensives qui n’évaluent pas leur impact sur l’environnement. » D’ailleurs, ajoute-t-il, et on aurait tort d’en sourire, que ces gueules noires : « en creusant des galeries dans le sol […] assurent une irrigation naturelle des sols. Certaines inondations dans le Midi auraient ainsi pu être évitées si l’on avait maintenu des populations de vers de terre. Dans la garrigue, l’eau s’infiltre sans aucune difficulté, mais pas dans les vignes ou les zones céréalières, traitées aux pesticides, où les vers on disparu. »

 

Sachez aussi que mes fichus achées constituent aussi une masse énorme de viande de très haute qualité du point de vue nutritionnel, riche en protéines, en corps gras insaturés, en iode… Marcel Bouché, avec humour, signale que « lorsqu’on mange une bécasse sur canapé, celui-ci est composé du contenu intestinal de l’oiseau…constitué à 93% de vers de terre ! » Et qu’est-ce que vous boirez pour faire couler la bouchée ?

  

* les achées définition dans le Dictionnaire du Monde Rural les mots du passé de Marcel Lachiver

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 20/02/2009 07:38

Pour moi, c'est tout vu : sur les vers de terre bien digérés, je préconise le carignan du Fadat à Montpeyroux, si possible un 1996 ou 1998. Et vive Marcel !

Michel Smith 20/02/2009 07:37

Pour moi, c'est tout vu : sur les vers de terre bien digérés, je préconise le carignan du Fadat à Montpeyroux, si possible un 1996 ou 1998.

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