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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 06:00
C’était au Bourg-Pailler le temps du Petit Jésus de sa crèche et du Minuit chrétien de Gégène…

C’était le Noël 2009 :

 

« Enfant, le temps de l’Avent, celui où nos mères, la mienne et Madeleine Remaud celle de ma seconde famille, se rendaient à Nantes dans la C4 de Louis le boulanger, le mari de Madeleine, pour acheter aux grands magasins Decré, les cadeaux de nos petits souliers.

 

La fiction du Petit Jésus – pas de Père Noël dans notre Vendée, c’eut été un sacrilège – dura fort tard, nous étions en ces temps reculés de gentils niais qui fumaient des P4 en cachette tout en croyant aux contes de Noël. Nous ne roulions pas sur l’or, mais les cadeaux furent toujours bien choisis : le dictionnaire de Monsieur Champagne (une chronique de 2006, un scooter Vespa à pédales, rien que du bonheur.

 

Mais le point culminant restait la veille de Noël avec la confection de la crèche et du sapin de Noël. Mon grand frère Alain – je l’embrasse fort, c’est son premier Noël sans sa Danielle –, avec son compère Jean Cantin, allaient couper des petits sapins en forêt. Moi j’allais ramasser de la mousse : de la verte et de la blanche, des branches de houx et de fragonnette pour le décor de la crèche. Le papier faux rocher, la grotte, les petits chemins en sciure, Marie et Joseph à genoux, le bœuf et l’âne, les bergers, les moutons, l’étoile en haut du sapin, les boules et les guirlandes... Il régnait à la maison une atmosphère légère et douce. Mais le must restait la messe de Minuit.

 

Comme mes plus fidèles lecteurs le savent, déjà ambitieux comme pas deux, j’étais enfant de chœur et pour nous, la Messe de Minuit, constituait un grand moment.

 

En effet, qui donc cette année entonnerait le Minuit chrétien ? Gégène, l’organiste aveugle, adepte du gris que l'on roule, qui bramait comme un vieux cerf poussif ?

 

Quelqu’un venu d’ailleurs ?

 

Un vaillant Mothais bravant Gégène ?

 

En effet, celui-ci n’appréciait pas la concurrence et, lorsqu’un audacieux se risquait à lui piquer l’interprétation du Minuit chrétien, il enrageait et, pour marquer sa colère, soit il poussait l’accompagnement à l’harmonium comme une formule 1 ou le laissait languir à la Richard Clayderman. La troupe d’enfants de chœur se poilait sous le regard courroucé du curé doyen. Moi, en dépit des interprétations calamiteuses, les paroles du Minuit Chrétien me tiraient des frissons, me nouaient les entrailles : comment ne pas se sentir ému par « l’heure solennelle » par ce « Peuple à genoux qui attends sa délivrance... », tressaillir face au courroux de Dieu le père, et puis transporté par le « Peuple debout... » tout ça pour effacer la tache originelle, ça valait le coup de chanter la délivrance en matant pendant la communion en tenant le plateau sous les mentons pointés, les langues tendues, de quelques beautés locales, dont certaines ne baissaient même pas les yeux, ce qui donnait toute sa force au péché originel que j’avais hâte de consommer. »

 

Allez, place au Minuit chrétien !

 

La version de Tino Rossi pendant la drôle de guerre à Noël 1939 est 1 collector absolu.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 06:00
Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.

Nos politiques, qui ne savent pas quoi inventer pour cliver plus encore notre société déjà si fragmentée, n’ont pas trouvé mieux que d’ériger des crèches dans les bâtiments publics.

 

Le Conseil d’État a même du statuer et a estimé le 9 novembre dans une décision prudente que des crèches de Noël pouvaient être installées dans les mairies, mais a assorti cette autorisation d'une série de conditions strictes, pour écarter tout prosélytisme religieux.

 

La plus haute autorité administrative a jugé que «dans les bâtiments publics, sièges d'une collectivité publique ou d'un service public, une crèche de Noël ne peut pas être installée, sauf si des circonstances particulières montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif».

 

Elle appelle également à vérifier si une telle installation répond ou non à un «usage local».

 

La mise en place d'une crèche de Noël ne peut en aucun cas signifier «la reconnaissance d'un culte ou une préférence religieuse», a par ailleurs averti le Conseil d'Etat.

 

Il a aussi fait une distinction entre l'intérieur des bâtiments publics et les autres «emplacements publics» tels que les marchés, où selon lui, installer des santons est a priori légal, à condition d'éviter toute manifestation religieuse contraire à la neutralité s'imposant aux pouvoirs publics.

 

Laurent Wauquiez (LR), président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, veut y installer une crèche au conseil de région «pour que ce soit ludique et historique». Robert Ménard, dans sa mairie de Béziers pour la «défense de la culture chrétienne». Le député Éric Ciotti (LR), mettra à nouveau une crèche au conseil départemental des Alpes-Maritimes cette année, salue également «une reconnaissance forte de notre identité, de notre histoire et nos racines».

 

Mais en cette veille de Noël, laissons de côté ces coups de menton récupérateurs pour nous intéresser à un personnage profane : le Père Noël.

 

Vendredi de la semaine dernière baguenaudant sur mes 2 roues muent par la force de mes jarrets à la recherche de cadeaux pour les petits souliers je me suis bien sûr arrêté pour explorer mes cavernes de livres.

 

En entrant à l’Écume des Pages, dans la vitrine à gauche de la porte mon regard fut attiré par un petit livre rouge. Pas celui de Mao, dont je vous parlerai bientôt, mais un signé Claude Lévi-Strauss, rouge à la couleur du Père Noël.

 

Le titre va surprendre plus d’un : Le Père Noël supplicié.

 

Sans faire le ramenard moi ça ne m’a pas surpris le 4 décembre 2011 j’avais commis une chronique :

 

Le Père Noël supplicié : brûlé devant des enfants des patronages sur le parvis de la cathédrale de Dijon, le député-maire s’est abstenu de prendre parti.

 

« Non je vous assure je n’ai ni abusé avec mes amis de Bourgogne Live de l’aligoté de Bouzeron, ni sifflé une ligne de Kir en galante compagnie, ni trop honoré « l’Ouvrée des Dames » 2005 de Joseph Drouhin, mais tout simplement lu « Le Père Noël supplicié » de Claude Lévi-Strauss, texte d’abord publié dans la revue Les Temps Modernes (N° de mars 1952, pp. 1572-1590) et qui a été réédité aux éditions Sables en 1996. »

 

La suite ICI

 

Je ne saurais trop vous recommander de mettre cette nouvelle édition au Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle sur la liste de vos cadeaux de fin d’année. Vous ne vous ruinerez pas 12 euros et offrir du Lévi-Strauss ça impressionne toujours.

 

Si vous êtes radin vous pouvez accéder au texte ICI 

 

Ou bien en écouter la lecture

 

Lire aussi 

Le mensonge du Père Noël, un paradoxe parental

 

Comment, en tant que parent, exiger des enfants la vérité quand on leur sert la même imposture tous les ans ?

 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 


 

Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:00
Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.

Une vache qui téléphone à son vétérinaire, en voilà une drôle d’idée. C’est pourtant celle qu’ont eu Jean-Louis Fournier et Gilles Gay en créant « La Noiraude » en 1976. Diffusée en 1977 sur TF1 dans « L’île Aux Enfants », cette série animée française de 61 épisodes de 3 minutes vous a certainement laissé des souvenirs à nos enfants.

 

Anne-Cécile, par la grâce de la maman d’un jeune copain qui travaillait à TF1 se retrouva sur le plateau de l’île aux enfants en compagnie de Casimir et de sa bande dont le fameux Mr du snob. Elle y suça consciencieusement son pouce.

 

Ça a commencé par un coup de cœur pour une fermette, le charme de ses colombages, son porche en pierre et ses plants de tomates qui faisaient les fiers à bras au fond du jardin. Et nous avons emménagé à Gizancourt, retapé la maison […]

 

C’est à Gizancourt que la Noiraude est née. Notre voisin était vétérinaire. Il avait installé son téléphone dans le jardin, pour l’entendre de loin. Et dès que ça sonnait, je me disais que c’était les vaches qui l’appelaient. J’inventais les dialogues, le vétérinaire, ça le faisait marrer. »

 

Ainsi s’exprime Jean-Louis Fournier dans un charmant petit livre Des plats et déliés chez Kéribus éditions dans la collection L’arrière-cuisine. 10 euros.

 

C’est succulent, Desprogien, un régal d’humour grinçant d’un petit gars d’Arras dont le père lichetronnait sec.

 

- Allo, c'est la Noiraude, je voudrais parler au vétérinaire...

 

- Ne quittez pas je vous le passe !

 

- Allo docteur, la Noiraude à l'appareil...

 

- Bonjour la Noiraude, qu'est ce qui ne va pas encore ?

 

- Est-ce qu'une blanche vaut deux noires ?

Voici ses souvenirs de dîners pourris

 

« D’abord les convives. Des gens que je n’aime pas. Il n’y aurait que des ennuyeux qui font des phrases, des vulgaires, d’autres qui racontent des histoires assommantes, des gens qui ne connaissent pas mes livres, une race que je ne supporte pas, sachant que celle que je déteste le plus est celle qui fait semblant de les avoirs lus.

 

Il y aurait un apéritif. Toutes les conneries de boissons dont le Martini. Des mousseux déguisés en champagne. Des cocktails, hier à la mode, aujourd’hui dépassés.

 

Des cubes de fromages, des toasts avec des trucs tout pâles étalés dessus comme du mousson de canard. Des verrines. Et la maîtresse de maison dirait : «reprenez-en !»

 

En entrée, il y aurait de la macédoine embourbée de mayonnaise servie dans des tomates coupées en deux. Ou alors du mauvais melon, orange tirant sur le saumon avec son goût de navet. Pire encore, des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans. Ça me fait penser à de grosses dames allemandes qui prennent leur bain de soleil.

 

Le plat de résistance. Parlons-en. Je n’aurais évidemment plus faim. Je vois bien un rôti de veau racorni avec des petits pois flottants dans leur jus. Ou pire, des plats en sauces. Des « ragouignasses ».

 

Bœuf aux carottes, blanquette, goulasch ou des morceau de viande avec des filaments, servis avec des choux de Bruxelles.

 

Ensuite, il y aurait de la salade. Mal assaisonnée, luisante d’huile d’arachide.

 

Sur le plateau de fromage, un Babybel.

 

En dessert, un moka industriel. Pire encore, un gâteau fait maison, encerclé de crème anglaise comme un château de sable grignoté par marée montante.

 

Le café serait servi dans des mazagrans. Avec des chocolats bidons farcis de Yuzu ou au thé vert.

 

Et à ce moment-là, le mari de la maîtresse de maison m’apporterait mi-fier, mi-intimidé son manuscrit à lire. »

Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:00
À la table de Françoise à Combray Marcel Proust appréciait la variété les menus de campagne.

Faire lire Proust par le plus grand nombre, telle est la mission que poursuit Laurence Grenier.

 

Ainsi elle nous offre « les douze dîners » de Marcel Proust aux éditions de la Spirale 10 euros, qui sont extraits de À la recherche du temps perdu.

 

Françoise

 

« Cuisinière de tante Léonie à Combray. Elle a une forte personnalité, fait preuve d’un rude bon sens paysan et alterne attentions et rudesse mais fait toujours montre d’une grande fidélité envers la famille du narrateur (1). C’est une excellente cuisinière et sait varier les menus avec les saisons pour le plus grand plaisir de la famille (2). Elle peut faire preuve de cruauté aussi bien envers les animaux qu’envers ses semblables, en particulier les gens humbles comme les domestiques de la maison (3) mais à l’inverse elle est d’une fidélité exemplaire vis-à-vis de sa maîtresse Léonie et s’occupera d’elle durant sa maladie puis son agonie avec beaucoup d’abnégation (4). »

 

La suite ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Mais (surtout à partir du moment où les beaux jours s’installaient à Combray) il y avait bien longtemps que l’heure altière de midi, descendue de la tour de Saint-Hilaire qu’elle armoriait des douze fleurons momentanés de sa couronne sonore, avait retenti autour de notre table, auprès du pain bénit venu lui aussi familièrement en sortant de l’église, quand nous étions encore assis devant les assiettes des Mille et une Nuits, appesantis par la chaleur et surtout par les repas. Car, au fond permanent d’œufs, de côtelettes, de pomme de terre, de confitures, de biscuits, qu’elle ne nous annonçait même plus, Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie, et si bien que notre menu, comme ces quatre-feuilles qu’on sculptait au XIIIe siècle au portail des cathédrales, reflétait un peu le rythme des saisons et les épisodes de la vie : une barbue parce que la marchande lui en avait garanti la fraîcheur, une dinde parce qu’elle en avait vu une belle au marché de Roussainville-le-Pin, des cardons à la moelle parce qu’elle ne nous en avait pas encore fait de cette manière-là, un gigot rôti parce que le grand air creuse et qu’il avait bien le temps d’ici sept heures, des épinards pour changer, des abricots parce que c’était encore une rareté, des groseilles parce que dans quinze jours il n’y en aurait plus, des framboises que Swann avait apportées exprès, des cerises, les premières qui vinssent du cerisier du jardin après deux ans qu’il n’en donnait plus, du fromage à la crème que j’aimais bien autrefois, un gâteau aux amandes parce qu’elle l’avait commandé la veille, une brioche parce que c’était notre tour de l’offrir. Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une œuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent. Et lui qui eût refusé d’en goûter en disant : « J’ai fini, je n’ai plus faim », se serait immédiatement ravalé au rang de ces goujats qui, même dans le présent qu’un artiste leur fait d’une de ses œuvres, regardent au poids et à la matière alors que n’y valent que l’intention et la signature. Même en laisser une seule goutte dans le plat eût témoigné de la même impolitesse que se lever avant la fin du morceau au nez du compositeur. »

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:00
J’en ai assez des mariages arrangés, je suis pour l’union libre entre la côte-rôtie et le rôti de veau…

Le dernier mariage arrangé qui m’est passé sous le nez consistait à trouver le bon conjoint aux poissons fumés. Exercice de haute voltige certes un peu moins compliqué que d’apparier une boulette d’Avesnes avec un GCC.

 

À l’approche des réveillons de fin d’année, les grands classiques ressortent des tiroirs : les incontournables comme disent les marieurs : le foie gras, les huîtres, la volaille…  C’est simple, les accordeurs ne prennent guère de risques puisque lorsque le mariage sera consommé ni la séparation de  corps, ni le divorce ne seront à l’ordre du jour.

 

Un chroniqueur notait à propos de cette profession qui fut remplacé par les agences matrimoniales puis par les sites de rencontres sur le Net :

 

« Tout concourt à faire de la marieuse un personnage ambivalent : elle vit de son commerce mais pour ce faire doit prendre grand soin à faire oublier cette dimension mercantile de son activité. De la même façon les rencontres qui se tiennent chez elles sont tendues d’ambiguïté. »

 

Celle-ci, l’ambiguïté, est bien évidemment la marque de fabrique des marieuses et marieurs modernes. Les accordailles permettent de faire de la promotion, parfois désintéressée, pour une appellation, un vigneron, un domaine, un château…

 

Lisez-moi bien, je ne jette point l’opprobre sur ces unions de circonstance, elles ne sont que la marque d’une époque où les conseilleurs, les qui bourdonnent autour, les qui patronnent les foires aux vins de la GD, s’évertuent à démontrer leur utilité.

 

Là encore ne prenez pas mon ironie à la lettre, demander conseil lorsque l’on se trouve à table au restaurant ou chez un caviste me va bien. Tout simplement parce c’est naturel et non une forme d’obligation au nom de ce qui se fait ou de ce qui ne se fait pas.

 

Ce qui me chagrine ce sont les figures imposées, l’impératif  du sachant, comme si mon marchand de cravate, au temps où j’en portais, m’avait déconseillé d’apparier une cravate à motifs avec une chemise à rayures ou que je devais nouer mes cravates club avec un col blanc sur une chemise bleu ciel.

 

Ce que je revendique c’est la liberté de choisir, de choisir de se faire conseiller ou  de choisir en fonction de son humeur, des convives, de l’air du temps. Le monde du vin, avec ses codes, ses initiés, son vocabulaire fleuri mais abscons, dresse des obstacles qui rebutent le commun des mortels.

 

Dans mon long parcours professionnel l’instant que je redoutais le plus au restaurant c’était le moment où les convives se tournaient vers moi en me confiant la carte des vins en affirmant « Toi qui t’y connais, choisis-nous la bonne boutanche ! » J’avais beau protester du fait que remuer les dossiers du vin auprès du Ministre de l’Agriculture ne faisait pas de moi une référence. Ils n’en démordaient pas et je suais sang et eau pour tenter de satisfaire la tablée.

 

L’irruption du vin au verre, en dépit de son coût prohibitif (un sommelier facétieux me confia un jour qu’il était la machine à cash de la maison), permet à chacun de prendre ses responsabilités quitte à demander conseil.

 

En effet, le conseil c’est au plus près et non le mariage arrangé sur papier glacé qui a pour moi la même valeur que l’horoscope du jour…

 

Le choix du vin qui va avec c’est au bonheur du jour, l’imagination, la transgression parfois, la paresse aussi de confier sa destinée à un sommelier ou un caviste avisé qui vous connaît, vous ressent. C’est aussi un excellent moyen d’engager la conversation avec des amis, de briser la glace avec une belle, d’expérimenter, de découvrir… en un mot la liberté d’emprunter soit un chemin de traverse ou un sentier bien balisé d’un GR ! On peut s’y perdre mais aussi le seul moyen de se donner de vraies émotions !

 

«Mme Subières développe, rue de Prony, son commerce de mariages. Elle y tient salon de littérature et d’art. C’est une façade honorable. Ceux qu’elle a attiré écoutent volontiers M.le docteur René Lierre accuser de pourriture la vieille société/ Sa voix coupante n’est pas sans émouvoir beaucoup Mrs Galdys Corry, de San Fransisco, une milliardaire tout à fait séduisante, qui peut tout acheter. Libre maintenant par un second divorce, elle rêve d’un mari, sous la direction souple, mais très efficace de Mme Subières qui a passé l’âge d’aimer elle-même et se passionne pour le bonheur d’autrui – en artiste – afin de mêler un peu d’idéal à son négoce.  »

 

La Marieuse, p. 158 Charles-Henry Hirsch, 1925.

 

Au hasard du fil Twitter : Quels vins avec un Bleu de Gex ? ICI

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 06:00
Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?

Sur nos trottoirs parisiens, dans les lieux de chalandise, les vendeurs de marrons chauds n’interpellent plus les passants avec le traditionnels « chauds, chauds, les marrons chauds… » Allez savoir pourquoi, je vous conseille d’aller le demander à Éric Zemmour partisan du rejet des marchands de marron dans la mer.

 

Mais les marrons sont aussi des gnons :

 

« Jacques (...) descend un de ses adversaires d'un direct au menton (...) les types protestent. On est pas ici pour recevoir des vrais marrons, ça n'est plus du jeu. »

Queneau, Loin Rueil, 1944, p.164.

 

Les marrons sont aussi dans les prisons :

 

« Un surveillant de ronde, qui inspectait le dortoir d'en bas du bâtiment-neuf, au moment de mettre son marron dans la boîte à marrons, − c'est le moyen qu'on employait pour s'assurer que les surveillants faisaient exactement leur service; toutes les heures un marron devait tomber dans toutes les boîtes clouées aux portes des dortoirs... »

Hugo, les Misérables, t.2, 1862, p.57.

 

Souvent les journalistes font souvent des marronniers quand ils n’ont rien d’autre à glander…

 

Et, certains d’entre eux, opportunistes, ouvriers de la 25e heure, savent tirer les marrons du feu sans se noircir les doigts.

 

Tirer les marrons du feu – locution

 

Travailler et prendre des risques au bénéfice ou pour le profit de quelqu’un d'autre, faire le plus difficile et ne pas en profiter, être lésé.

 

« Les Députés ont ménagé jusqu'à présent le Peuple, parce qu'ils en avoient besoin pour écraser la Noblesse, le Clergé et les Parlemens, mais il n'en profitera pas. Ils se sont servis de lui comme le singe se servoit de la patte du chat, pour ôter les marons du feu. »

1792. Conversation entre un maître d'école, un grenadier, et un paysan 1985

 

« Ce n'est pas toujours celui qui tire les marrons du feu qui les mange, ni celui qui ouvre l'huître que la gobe, ni celui qui fait des enfans qui les berce… »

1832. La Restauration (et : La Légitimité), dans La Révolution, ou confessions d'une girouette

Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?

Sachez aussi qu’un avocat est marron lorsqu’il est véreux, comme la chair du fruit lorsqu’il est pourri.

 

Le marron, une grosse châtaigne cultivée :

 

Du point de vue du botaniste, la châtaigne est le fruit du châtaigner (Castanea sativa), un arbre de la même famille que les chênes et les hêtres. Le marron d'Inde, lui, est la graine du seul marronnier existant en France (Aesculus hippocastanum), et il est toxique.

 

Si les fruits se ressemblent, les feuilles, les fleurs et les bourgeons diffèrent. Chez le châtaignier, les fleurs sont unisexuées, tandis que chez le marronnier d'Inde, les fleurs sont hermaphrodites. Une fois fécondées, elles évoluent en un gros fruit épineux, dont la bogue contient un à deux marrons. De son côté, la fleur de châtaignier fécondée se développe en fruit sec, dont la bogue contient en général trois fruits dans sa variété sauvage.

 

Dans le langage courant, le terme « marron » désigne une variété de châtaignes cultivée par les castanéiculteurs. Les bogues ne contiennent qu'un seul fruit. C'est une version modifiée par l'Homme de la châtaigne sauvage.

 

Reste à vous causer des marrons déguisés plus communément dénommés marrons glacés.

 

Le 29 décembre 2011 j’écrivais :

 

« Comme nous sommes en fin d’année j’ai bien sûr choisi une friandise très courrue : les marrons glacés. Eux aussi sont nés quelques parts, à Privas, en Ardèche, plus précisément dans le Vivarais, par l’entremise d’un entrepreneur Clément Faugier qui « suite à la fameuse crise de la soie qui avait réduit un grand nombre d’ouvriers au chômage en Ardèche, en 1882, fonda son entreprise et redonna un nouvel espoir » au pays. Exporter ! Clément Faugier fit voyager le marron glacé jusqu’à Zanzibar et en rentrant, constatant qu’il avait bien supporté l’épreuve du dépaysement, des fortes variations de climat, pu se lancer dans le commerce hors l’étroit pays. Bien plus tard, la crème de marrons Faugier accompagna Paul-Emile Victor en Terre-Adélie. »

 

La suite ICI 

Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 06:00
icône de Saint Modeste

icône de Saint Modeste

Au temps de mes écritures rapporteuses Bernard Magrez m’avait dans ses petits papiers, pensez-donc il est même venu se poser sur une modeste chaise dans mon modeste bureau du 3e étage à l’Onivins, rue de Rivoli. Un jour il me fit part de son ras-le-bol de Carole Bouquet qui exigeait des bouteilles bleues.

 

Même qu’il m’avait confié son numéro de portable et qu’il m’y répondait. En ce temps-là il rêvait encore de se muer en un Pierre Castel du vin pour atteindre les sommets du vin versus Nouveau Monde.

 

Même que lors d’un Vinexpo il m’embarqua dans la soirée qu’il organisait pour la GD des indépendants : Super U et Intermarché à son château Pape-Clément. Ce fut un grand moment, y’avait même un sous-Ministre, une cantatrice, et aussi des demoiselles à chaque table sauf la mienne. Côtoyer et contempler le comportement des acheteurs de la GD et des directeurs de magasins est fort instructif sur les méthodes utilisées pour acquérir du métrage de linéaire.

 

Il a même répondu à mon questionnaire de Proust en 2009 ICI là aussi un grand moment !

 

Mais ce temps est révolu, Bernard Magrez se délesta de ses marques : Malesan, Sidi Brahim auprès du roi du rouge Pierre Castel pour se hisser vers les sommets des GCC et autres avec son compère Gérard Depardieu.

 

L’homme aime les bœufs mais pas le bio à Bordeaux, cette amusette n’étant bonne que chez les gueux du Languedoc où il possède des arpents de vigne du côté du célèbre village de … Il aime aussi les drones, l’art pompier…

 

En ce moment nos grands esprits de la politique utilisent à tout bout de champ l’expression roman national. En effet, savoir l’écrire serait un moyen de nous séduire, de nous redonner le souffle qui nous fait défaut.

 

Bernard Magrez, lui, sait à merveille fabriquer les lignes de son roman personnel. Pour preuve, parmi bien d’autres, une Préface pleine d’humilité, lui, homme venant d’un autre milieu que celui de la place des vins de Bordeaux, « plus modeste » et qui a « vu vivre et souvent très bien vivre ces grandes familles bordelaises issues de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie. »

 

Pas de quartier pour elles « certaines ont subi, sans réagir, les épreuves et les aléas de ce métier de propriétaire (ndlr est-ce un métier que la propriété ?) très valorisant mais jamais facile. »

 

« Accrochées à leurs certitudes… la plupart ont disparu de la scène économique : quelques-unes, grâce à des héritages somptueux, sont encore là. C’est une chance pour elles. Le méritent-elles ? »

 

Notre Bernard, fort diplomate, concède que d’autres « beaucoup plus conquérantes, tant dans le négoce que dans le vignoble, sont toujours devant et ont abandonné les postures qui les auraient empêchées de prospérer. »

 

Un capitaine d’industrie donc qui, selon ses dires restera à la barre de son paquebot jusqu’aux derniers instants. Et ne venez pas me mettre dans les gencives qu’en écrivant ses lignes je me laisse aller à un penchant bien Français : détester ceux qui réussissent. Loin de moi cette mesquine envie, j’aime les bâtisseurs, ceux qui créent, innovent et, dans une certaine mesure, tel fut le cas de Bernard Magrez.

 

Connaissant bien son histoire ce matin, à l’image du rédacteur de Vitisphère ci-après, je trouve que le Bernard surjoue son côté Folies des Grandeurs sa nouvelle cuvée « Modestement baptisée Clos Sanctus Perfectus, la nouvelle acquisition viticole de Bernard Magrez tient de la création d'orfèvre. C’est du moins l’ambition de l’entrepreneur girondin, qui vise une distribution ultra-sélective pour valoriser une production limitée à 3 200 cols/an en appellation Saint-Estèphe. « Beaucoup de grands initiés dans le monde sont désormais en quête d’étiquettes très rares produites en toute petite quantité, qui leur procurent des émotions exceptionnelles » explique Bernard Magrez dans un communiqué des plus succincts (ne donnant aucune précision sur la parcelle achetée, si ce n’est qu’elle est située au lieu-dit La Peyre). »

 

Ça doit plaire aux nouveaux riches mais la nouvelle lubie du Bernard s’apparente à un remake des vins de garages chers à mon ami Jean-Luc Thunevin qui, lui, est vraiment parti de rien pour créer son vin alors que ce n’était pas le cas du père Magrez qui s’est fait sa pelote avec des spiritueux vendus à la GD.

 

Reste enfin que la mainmise de Bernard Magrez sur le château La Peyre marque la disparition d’un cru artisan et c’est bien triste.

Reliques de saint Modeste, corps saint provenant des catacombes romaines, chapelle St-Nicolas

Reliques de saint Modeste, corps saint provenant des catacombes romaines, chapelle St-Nicolas

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. » Alain Juppé

Dans un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître je dînais chaque mois chez Anne-Marie car j’étais copain avec son amant du moment. Elle était alors adjointe au maire de Paris chargée de la propreté, les petites voitures vertes. Autour d’un pâté de pomme de terre, spécialité de la Creuse, une tourte feuilletée ou briochée, garnie de pommes de terre, de crème et de lard, de chair à saucisse et de persil, nous l’interrogions bien sûr à propos du grand Jacques qui courrait sec le jupon pour fuir sa pincée de Chodron de Corcel, mais parfois nous la titillions sur celui qui tenait la haute main sur l’Hôtel de Ville, adjoint aux Finances, Alain Juppé. Elle ne l’aimait pas mais lui reconnaissait une réelle droiture qui confinait à la rigidité. Lorsque celui-ci prit les rennes de Matignon elle fut nommée Ministre et échappa au grand coup de balai des Jupettes.

 

Et puis ce fut la descente aux enfers, Matignon droit dans ses bottes face à la rue, une dissolution foireuse, jusqu’à sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’homme n’attirait pas d’emblée la sympathie même si son immersion bordelaise l’avait un peu libéré. Il n’y a rien d’étonnant que lui et Michel Rocard aient fait, sous Sarko, cause commune. Leur intransigeance cadrait mal avec les petits jeux de ceux qu’ils considéraient l’un et l’autre, à juste titre, comme un ramassis d’incompétents prétentieux. Les portes de l’Elysée ne sont jamais ouvertes à eux, pour Rocard le verrou mitterrandien pervers eut raison de sa fidélité au PS, du côté de Juppé la claque fut bien plus violente, presqu’injuste, sonné par le résultat l'ex-Premier ministre n'aurait pas encore « digéré » la chose. Il semblait même carrément déprimé, comme l'illustre cette confidence lâchée au téléphone auprès d'un parlementaire qui le soutenait et rapportée par Le Figaro : « Je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. »

 

Je ne vais pas plaindre Alain Juppé mais je persiste à croire qu’il constituait le meilleur rempart à un tête à tête des 2 droites favorisé par l’émiettement des multiples gauches. Qui vivra verra mais un Fillon grignotant une partie du potentiel de la Marine n’est pas pour autant en capacité d’ouvrir le jeu à la gauche traditionnelle. Reste l’inconnue Macron qu’il ne faut ni surestimer ni railler, le vieux théorème de Giscard reste toujours d’actualité dans un pays déboussolé, la victoire se joue au deuxième tour avec l’électorat flottant et celui-ci constitue de plus en plus aujourd’hui une masse indécise. Si, Fillon est « mal élu » parce qu’une partie des électeurs de gauche ne souhaiteront pas renouveler leur vote à la Chirac, que sa majorité de députés soit elle-même polluée par le Front National, créera dans ce pays, déjà dépressif, de nouvelles tensions. Rêver encore d’un état de grâce post-élection pour « réformer » aux forceps le droit du travail, les régimes sociaux, la fiscalité jettera dans la rue bien plus que les habituels marcheurs syndicaux, la génération précaire, type nuit debout, fournira le gros des bataillons avec à sa lisière une extrême-gauche zadiste incontrôlable. Politique fiction peut-être mais nous sommes un pays qui n’aime rien tant que de se réveiller en sursaut.

 

Maintenant, avec la trêve des confiseurs et l’insignifiance de la primaire de la gauche, je vais prendre du champ, soigner mon petit jardin d’intérieur, lire, écrire, me consacrer à ceux que j’aime. L’indifférence, notre indifférence aux souffrances de ceux qu’on nomme les populations civiles, bombardées, déplacées, errantes, me trouble car je me sens impuissant. Les bonnes paroles, la compassion, les manifestations, les gestes ne changeront rien à la folie de nos soi-disant stratèges. L’ONU c’est la SDN, grosse machine incapable de mettre du contenu concret dans la résolution des conflits.

 

Alors, je me suis replongé dans La guerre d’Espagne d’Hugh Thomas, une lourde somme de 1000 pages sur papier bible de la collection bouquins de Robert Laffont, imprimée en petits caractères qui fatiguent mes vieux yeux. Pourquoi se pencher sur cette effroyable guerre civile qui ne fait même plus partie de notre mémoire collective ? D’ailleurs, qu’est-ce que la mémoire pour une génération qui pense que le monde est né avec eux ? Mon intérêt pour ce conflit si proche de notre pays, l’au-delà des Pyrénées, tient à l’extrême déchirure du tissu social de ce pays, entre une extrême-gauche puissante, balkanisée avec ses anarchistes, ses communistes, ses socialistes révolutionnaires et autres groupuscules régionaux, une extrême-droite aigre et revancharde : phalangistes, carlistes, cléricaux, une République parlementaire molle et indécise, une église confite et toute puissante, une Catalogne et un Pays basque rejetant Madrid, une armée quasiment mexicaine rêvant de la grandeur passée. Rien de commun avec le monde d’aujourd’hui me direz-vous, j’en conviens mais ce qui m’intéresse c’est que cette guerre civile espagnole fut la matrice de la future guerre mondiale qui allait se déclencher quelques années plus tard. Face aux visées belliqueuses de l’Allemagne et de l’Italie, de l’impuissance des vieux empires traditionnels anglais et français, l’indifférence des USA et le double-jeu de Staline, ce conflit régional, inextricable, barbare, sanglant, long cortège d’exécutions sommaires, constitua le terrain d’expérience pour les partisans de l’ordre, d’un régime à poigne qui étouffe les aspirations, certes contradictoires, du petit peuple pour redonner la main à un Caudillo.

 

C’est aussi pour moi un retour à mes premières lectures de jeunesse où je lisais tout ce qui me tombait sous la main et ce qui me tombait sous la main c’était des bouquins comme Les cadets de l'Alcazar d’Henri Massis et Robert Brasillach. Des fascistes, des futurs collabos, je n’y comprenais pas grand-chose de cet héroïsme vain, barbare, dénué de toute humanité mais je me forgeais une solide aversion contre les extrémismes de tout bord qui se nourrissaient du sang des autres.

 

La conversation téléphonique entre le colonel Moscardo, le chef des retranchés de l’Alcazar de Tolède et Candido Cabello, chef des milices faisant le siège est ainsi relatée par Henri Massis et Robert Brasillach.

 

- Colonel Moscardo ? Interroge une voix au bout du fil [...]. Votre fils est notre prisonnier... Si vous ne vous rendez pas, nous le fusillerons.

 

À peine le colonel Moscardo a-t-il répondu :

 

- Je ne me rendrai jamais ! Qu'il reconnaît, au téléphone, la voix de son fils, un jeune homme de dix-huit ans qui faisait ses études d'ingénieur à Madrid et dont il ignorait qu'il fût à Tolède entre les mains de l'ennemi.

 

- Père, entend-il soudain, les hommes qui sont là disent qu'ils vont me fusiller... Rassurez-vous, ils ne me feront rien...

 

- Pour sauver ta vie, mon fils, ils veulent me prendre l'honneur et celui de tous ceux qui me sont confiés... Non, je ne livrerai pas l'Alcazar... Remets donc ton âme à Dieu, mon enfant, et que sa volonté soit faite.

 

[...] D'une main tremblante, le colonel Moscardo n'a pas raccroché l'appareil qu'il entend un feu de salve déchirer l'air du soir, puis retentir jusqu'au fond du ravin qui cerne la citadelle.

 

Les Rouges ont tué son fils, qui est mort en criant :

 

- Vive l'Espagne ! Vive le Christ-Roi ! »

 

Robert Brasillach et Henri Massis, Les Cadets de l'Alcazar, Plon, 1936, p. 1-3)

 

Comme on dirait aujourd’hui c’est un fake, de la pure propagande, cette version de l'histoire présente une similitude étonnante avec la légende du XIIIe siècle d'Alonso Pérez de Guzman (1256-1309), dit Guzman el Bueno, qui sacrifia aussi la vie de son fils, devant les murs de la forteresse de Tarifa assiégée par les musulmans au temps de la Reconquista. Herbert Southworth s'efforce de démontrer que la mort de Luis n'avait absolument rien à voir avec l'affaire de l'Alcazar : Luis Moscardo aurait été exécuté le 23 août à la puerta del Cambrón avec 80 autres prisonniers, officiellement en représailles d'un raid aérien.

 

Dans cet océan de sang, la voix des poètes tentait de soulever un peu d’humanité, telle celle de W.H. Auden rappelant l’urgence de se mobiliser pour la liberté.

 

Beaucoup l’ont entendu dans leurs péninsules lointaines,

Leurs plaines endormies, leurs îles de pêcheurs perdues

Ou du fond de leur métropole corrompue,

Ils l’ont entendu, et ont entrepris leur migration pareille à celle des mouettes

ou du pollen des fleurs.

 

Ils se sont accrochés aux longs express, qui traversent avec lenteur

Les pays de l’iniquité, la nuit et les tunnels des Alpes ;

Ils ont franchis les océans ;

Et les cols des montagnes. Tous offraient leur vie.

 

Dans cette terre aride, ce fragment séparé de l’Afrique brûlante,

Soudé si grossièrement à l’inventive Europe ;

Sur ce plateau profondément incisé par les fleuves,

Nos pensées ont pris corps ; les formes menaçantes entrevues aux heures de fièvre.

 

Deviennent précises, vivantes. Car les craintes qui nous rendaient sensibles

Aux prospectus pharmaceutiques et aux brochures de croisières d’hiver

Sont devenues des bataillons de choc ;

Et notre visage, ce visage anonyme de la foule, l’uniprix, la ruine.

 

Projettent leur ardeur comme l’escadron d’artillerie et la bombe.

Madrid est le cœur. Nos instants de tendresse fleurissent

Comme l’ambulance et le sac de sable ;

Nos heures d’amitié fleurissent en l’armée d’un peuple.

 

Je ne sais si les conflits actuels, éloignés géographiquement mais si proches de nous par l’exportation de la violence dans nos villes, vont être le creuset d’une nouvelle forme de conflit larvé, insidieux, impossible à cerner, latent, mais ce que je sais c’est que l’espoir d’un monde en paix, démocratique, reste une utopie inatteignable. Nous régressons…

 

 

 

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 06:00
Chez les Faizant, le père aurait aimé avoir Cabu comme fils, alors son fils a décidé de faire du dessin politique un peu de gauche pour le séduire mais peine perdue il a été à gauche toute pour l’emmerder.

Le Figaro n’a jamais été ma tasse de thé mais de temps en temps les vieilles dames de Jacques Faizant me plaisaient bien.

 

Et puis le temps passant, lors de l’attentat contre Charlie-Hebdo je me suis abonné sur Twitter à une flopée de dessinateurs politiques et celui qui m’a de suite époustouflé ce fut Chimulus.

 

Chaque jour je recevais sur mon film son dessin du jour, féroce mais si pertinent. Une véritable addiction à ce dessinateur doué. Ses « croquis vite fait bien fait » pointaient là où ça fait mal. Comme il le disait : « vaut mieux un dessin enlevé qui fait marrer qu’un dessin chiadé qui fait chier ».

 

Je trouvais qu’il y avait du Bosc, du Reiser, du Wolinski, dans ses dessins, mais aucune trace de Faizant.

 

Et puis, un jour, rien, le lendemain rien et ainsi toute la semaine rien. Je m’inquiétais. La nouvelle est tombée Chimulus était mort d’un cancer. Il avait 70 ans.

 

J’ai découvert qu’il se nommait Michel Faizant le fils de Jacques.

 

Il confiait avec humour comment sa vocation lui était venue :

 

« Quand j’ai compris que c’est Cabu que mon père aurait aimé avoir comme fils (il admirait beaucoup Cabu), je me suis dit (bêtement) « tiens je vais faire du dessin politique et un peu de gauche pour le séduire ». Peine perdue, alors j’ai été à gauche toute pour l’emmerder. »

 

Il racontait aussi cette scène dans rue 89 :

 

« Mon père : « Chérie, hier soir j’étais au Pop Club de José Artur, il y avait Topor et il n’a pas voulu me serrer la main !

 

Ma mère : « Quelle peau de vache, pire que Bedos, pourtant tu dessines mieux que lui ! Et Siné, il était là ?

 

Mon père : « Non, tu vois bien que j’ai encore toutes mes dents ! «

 

Je suis sorti de table tout chamboulé d’admiration. Il aurait été capable de casser la gueule de mon père ? Un homme qui déjeunait avec De Gaulle, Pompidou, Giscard ?

 

« Quand je serai plus grand, je rencontrerai Siné », je me suis dit ! C’est fait ! Et je ne le regrette pas !»

 

Mais pas un seul album de Chimulus à se mettre sous ma dent !

 

Mais vous me connaissez j’ai cherché et j’ai trouvé.

 

« Ne comptez pas trop sur moi pour la promo et les signatures » nous avait-il prévenu. Avec James Tanay, on préparait la publication de son premier livre de dessins. Chimulus a hélas tenu parole, il est mort le 17 septembre 2016 d’un cancer qu’il avait caché à tous. Le livre paraîtra fin octobre comme prévu même si on est profondément tristes et c’est rien de l’écrire.

 

Alors j’ai guetté et un jour Iconovox l’éditeur a fait une pré-souscription et j’ai commandé.

 

Le colis est arrivé par la poste cette semaine.

 

Voilà un beau cadeau utile à glisser dans les souliers de nos chères têtes blondes…

 

Chez les Faizant, le père aurait aimé avoir Cabu comme fils, alors son fils a décidé de faire du dessin politique un peu de gauche pour le séduire mais peine perdue il a été à gauche toute pour l’emmerder.
Chez les Faizant, le père aurait aimé avoir Cabu comme fils, alors son fils a décidé de faire du dessin politique un peu de gauche pour le séduire mais peine perdue il a été à gauche toute pour l’emmerder.
Chez les Faizant, le père aurait aimé avoir Cabu comme fils, alors son fils a décidé de faire du dessin politique un peu de gauche pour le séduire mais peine perdue il a été à gauche toute pour l’emmerder.
Chez les Faizant, le père aurait aimé avoir Cabu comme fils, alors son fils a décidé de faire du dessin politique un peu de gauche pour le séduire mais peine perdue il a été à gauche toute pour l’emmerder.
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Published by JACQUES BERTHOMEAU
17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 09:55
Piqure de rappel : les AOC n’ont pas toujours été ce que vous croyez, l’exemple des côtes-du-rhône de comptoir…

Croire ou laissez croire que les AOC au temps des beaux jours du vin de table étaient des produits chers et valorisés, est une absurdité.

 

Dans une chronique du 4 septembre 2009 j’écrivais à propos du côtes-du-rhône de comptoir ce qui suit. Mais c’était aussi valable pour les petits bordeaux, les corbières et les minervois qui se vendaient au prix du vin de table et parfois moins cher.

 

« Le côtes-du-rhône de comptoir a existé j’en ai embouteillé plusieurs millions de litrons étoilés du côté de port de Gennevilliers. Mais pourquoi diable exhumer en plein été ce brave vin de comptoir disparu, ou presque dans les oubliettes des bistrotiers ? Deux raisons, tout d’abord j’en ai « croisé » un au hasard d’une mes lectures : 69, année politique, publié au Seuil, de Francis Zamponi, un ancien du SAC, sur la fameuse affaire Markovic destinée à éclabousser le couple Pompidou (c’est pour les besoins de mon roman du dimanche qui a ses adeptes. Ceux qui voudraient obtenir l’intégrale peuvent me la demander par les voies électroniques habituelles) ; ensuite parce que l’irruption dans notre univers des AOP-IGP devrait inciter de grands bassins de production, tel que celui de la vallée du Rhône, et d’autres bien sûr, à réfléchir, et surtout à décider, s’il ne serait pas temps de sortir de l’ambigüité en donnant des successeurs à ces braves vin de comptoir. En clair à ne plus fourrer dans le même tonneau des AOP des vins qui auraient mieux leur place en IGP. Je pose la question. La réponse ne m’appartient pas mais comme maintenant tout ce beau monde se retrouve à l’INAO elle sera sans aucun doute donnée très prochainement. »

 

La suite ICI 

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