Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...
Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Ma critique de « Des jours sans fin » de Sebastian Barry se résume ainsi« lisez ce livre, vous n’en sortirai pas indemne… »
« Mon roman préféré de l’année reste le magnifique Des jours sans fin », a écrit dans The Guardian Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature 2017.
« L’écrivain Sebastian Barry livre en effet une fresque puissante, une épopée au souffle terriblement romanesque où il n’épargne à ses héros ni la faim ni le froid ni l’horreur. Mais la voix de Thomas McNulty ne perd jamais de son humanité, ce qui rend si bouleversant ce récit qui lie épique et intime dans un style spontané et souvent poétique. »
« Une rencontre sous une haie. Les nuages noirs du Missouri se sont fendus pour déverser un déluge sur deux garçons qui se sont réfugiés sous le même bosquet. L’un et l’autre ont déjà fui bien pire que les colères mouillées des cieux. Lorsque la terre de son père a fini par s’épuiser, John Cole a quitté seul la Nouvelle-Angleterre pour filer vers l’ouest et ses promesses d’une vie meilleure. Thomas McNulty vient de beaucoup plus loin, de Sligo en Irlande où il a vu mourir toute sa famille pendant la disette de 1847. À 13 ans, il a embarqué à destination du Canada dans les cales d’un bateau où des Irlandais faméliques ont péri par centaines pendant la traversée. Dans le Nouveau Monde, sa vie n’a pas plus de valeur que dans l’Ancien. « Ça vous donne une idée de mon bonheur d’avoir croisé John Cole, explique Thomas McNulty. C’était la première fois que j’avais l’impression d’être à nouveau humain. » Ces deux fétus de paille ballottés par l’histoire deviennent tout l’un pour l’autre: ami, famille, amour. »
Corinne Renou-Nativel la Croix
« C’est à la fois le livre d’un père à son fils, mais aussi d’un petit-fils à son grand-père. »
Des jours sans fin s’appuie aussi sur une solide documentation, à propos des massacres des Indiens, puis de la guerre de Sécession. Comment avez-vous préparé ce roman ?
« Le matériau dont je me suis servi pour écrire ce livre fut un mélange de lectures et d’imagination. J’ai lu environ cent soixante ouvrages en un an, sans forcément prendre de notes, plutôt pour m’imprégner d’eux. Je suis allé aussi aux Etats-Unis, dans le Tennessee entre autres. Tout ça fut bien sûr nécessaire, mais ce n’est pas ce qui a donné vraiment naissance au roman. Dans mes lectures, c’était souvent les toutes petites choses qui me nourrissaient. »
Vous évoquez la voix de Thomas mais, justement, sa langue simple et candide, sa syntaxe sont particulières...
Quand on parvient à attraper la syntaxe et la manière de parler d’un personnage, c’est comme si l’on avait accès à son cœur et à son âme. J’ai passé trente ans à étudier la langue anglaise. Longtemps, les Irlandais ont été obligés de parler anglais. Je me suis donc interrogé sur l’évolution de cette langue au Royaume-Uni dans les années 1850, mais aussi sur ce qu’elle est devenue quand les Irlandais sont partis pour les Etats-Unis, avec les métissages qu’elle a connus. Ensuite, il faut faire confiance au personnage qui, un jour, se met à s’exprimer comme ça et pas autrement. Là, il faut l’écouter.
« Au fond de nous, on savait que la mission, ça serait les Indiens. Les colons de Californie voulaient qu’on les en débarrasse. Il les voulaient plus en travers de leur chemin. Alors, bien sûr, les soldats avaient pas le droit aux primes, mais un haut gradé avait accepté de donner un coup de pouce. Deux dollars le scalp d’un civil, c’était quand même pas rien. Une façon amusante de gagner de l’argent pour le jouer aux cartes. Des volontaires partiraient en mission, tueraient pour environ soixante dollars et ramèneraient les corps ».
« Puis la mission a pris fin on entendait plus que les pleurs des survivants et les terribles gémissements des blessés. La fumée s’est dissipée, et on a enfin pu voir notre champ de bataille. Mon cœur s’est tapi dans le nid formé par mes côtes. Il y avait là uniquement des femmes et des enfants. Pas un seul brave. On était tombés sur la cachette des squaws, le refuge qu’elles avaient trouvé pour échapper à l’incendie et à la tuerie. J’étais épouvanté et étrangement outré, surtout envers moi-même, car j’avais ressenti un étrange plaisir dans cet assaut ».
« L’aide-soignant, qui était tout ce dont on disposait à l’époque comme médecin, faisait ce qu’il pouvait, mais à part éponger, y avait pas grand-chose à faire. Tous les tuyaux dans le ventre du sergent étaient foutus, la merde lui sortait parfois par la bouche comme si elle avait perdu le sens de l’orientation dans les plaines de son corps ».
« On a pas envie que ça arrive. On refuse qu’une histoire de défaite remonte jusqu’au Nord. Voilà le genre de petites choses auxquelles on pense. Il y a aussi cette étrange terreur qui nous fait mal au ventre. Qu’on a rempli de porc salé et de biscuits. Certains doivent déféquer, mais les latrines sont trop loin derrière. Quand vous rotez, la nourriture remonte dans votre gosier comme si elle voulait à nouveau saluer le monde. Vous pissez dans votre froc, aussi. La vie de soldat, c’est ça. Maintenant, on bien les troupes des Fédérés, la bannière de chaque régiment, eux aussi ont une cavalerie qui approche lentement. Il déploient leurs forces, on imagine les colonels tenter de maintenir tout ça en ordre. Le cousin de l’ordre, c’est le chaos…Chaos et ordre, ça fait partie de la même famille. On sent presque le sol trembler sous nos pieds. Pendant qu’il s’assure que les hommes sont en position, ce pauvre Starling Carlton vomit son porc à grands jets. Il perd pas une seconde pour autant, et il se moque qu’on le voie. Il essuie sa bouche sale et lâche rien. La terreur est la cousine du courage, aussi. »
Ce qui fut dit fut fait. Marie était ainsi, un gros grain de folie dans un petit coeur simple. Ils débarquèrent, en fin de matinée chez le grand homme. C'est lui qui leur ouvrit, blouse bise ample, saroual bleu et sandales de moine. Chaleur et effusions, l'homme portait beau, un peu cabotin, la même coquetterie dans l'oeil que Marie - c'est l'inverse bien sûr - et surtout, une voix chaude, charmeuse et envoutante. Sous la verrière de son atelier, blanche du soleil au zénith, il leur fit faire le tour de ses toiles récentes. Benoît estima le moment venu d'avouer son inculture crasse. La main du grand artiste se posa sur son épaule, protectrice « Avec Marie vous faites la paire mon garçon. Chirurgienne ! Un métier de mains habiles fait par des imbéciles prétentieux. Qui puis-je ? C'est de famille. Rien que des clones en blouses blanches ! Pour eux je suis le raté. Un millionnaire par la grâce des galeristes américains, l'horreur pour ces Vichyssois refoulés ! Ha, le Maréchal il allait les protéger tous ces bons juifs, bien français... Des pleutres, de la volaille rallié sur le tard au grand coq à képi. Et ils sont allés le rechercher pour défendre l'Algérie française. Bernés ! Mais on leur sert de l'indépendance nationale alors ils baissent leur froc. Ils se croyaient bien au chaud et vous déboulez, tels des enragés. Panique dans le Triangle d'or, tous des futurs émigrés... » Le tout ponctué d'un grand rire tonitruant et de rasades de Bourbon. L'homme pouvait se permettre de railler le héros du 18 juin, résistant de la première heure, à dix-huit ans, un héros ordinaire, compagnon de route des communistes un temps malgré le pacte germano-soviétique et les vilénies de Staline en Espagne, il rompra avec eux bien avant Budapest. Marie avait tout raconté sur le chemin de Paris.
Pendant que Benoît pataugeait avec Marie dans le bonheur, le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou voulait reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il jouait son va-tout. L'important pour lui était de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistèrent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferrailla, main sur le coeur en appela à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.
La semaine qui s'ouvrait était décisive. Pompidou sur la pente savonneuse, la célèbre « voix » gaullienne jusque-là infaillible semblait douter après le bide de sa proposition de référendum, Mendès le chouchou de l'intelligentsia, qui le considère comme l'homme providentiel, consulte, mais comme d'habitude attend qu'on vienne le chercher. Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours. Tous les camps s'intoxiquent. Le vrai s'entremêle au faux. On parle de mouvement de troupes au large de Paris. La frange barbouzarde des gaullistes mobilise. On affirme que les membres du SAC ont déballé dans leur repaire de la rue de Solférino des armes toutes neuves. Le Ministère de l'Intérieur révèle la découverte de dépôts d'armes dans la région lyonnaise, à Nantes, dans la région parisienne, ce qui ajoute du piment à une situation déjà quasi-insurrectionnelle. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs jours certains membres de la majorité ne couchent plus chez eux. Avec Marie ils décident de se joindre au cortège qui se rend à Charléty.
Étonnant non, dans l’imaginaire du gaulois du XXIe siècle, devenu après la seconde guerre grand buveur de whisky, du plutôt mauvais, un anglais ne boit, hormis de la bière dans les pubs, que ce fameux whisky.
Et bien non, dans la haute société de Londres du XIXe, si j’en crois l’une de mes dernières lectures, les jeunes gens désargentés en jouant au whist buvaient de la fine à l’eau.
Brandy ou Cognac, je ne sais car je m’en tiens à la traduction française.
« Le chiffre d'affaires des vins et spiritueux français à l'export a bondi de 8,5 % à 12,9 milliards d'euros en 2017. De beaux scores et de très fortes progressions. Deux marchés ont servi de locomotives, les Etats-Unis et la Chine, qui ont généré 1 milliard de chiffre d'affaires de plus à eux deux. La croissance a été tirée pour plus de moitié par les vins, pour 23 % par les champagnes et pour 25 % par les spiritueux. Les vins et spiritueux dégagent le deuxième excédent commercial français derrière l'aéronautique et devant les parfums. »
La dominante cognac
Apprécié pour son dynamisme et sa rentabilité, le marché américain est la première destination des vins et spiritueux français. Ils y ont réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 9,5 % à 3 milliards d'euros en 2017. Les exportations vers les Etats-Unis ont augmenté de 50 % en 3 ans. Avec 40 % des ventes, le cognac pèse toujours très lourd.
Hennessy revisite les classiques
Publié le 11 décembre 2014 par la blogueuse Elodie
Il y a des évènements que nous ne manquerions pour rien au monde. Une invitation au « Blogger Lunch LVMH », et nous voilà avenue de la Grande Armée à Paris, pour une présentation 2.0 des marques de vins et spiritueux du groupe LVMH (Veuve Cliquot, Terrazas de los Andes…) C’était, pour nous, l’occasion de retrouver l’équipe Hennessy et de découvrir leurs nouveautés de fin d’année!
Une fois de plus, la Maison Hennessy innove, tout en restant fidèle à ses valeurs, pour le plus grand plaisir des amateurs de Cognac et des collectionneurs
En dehors de ses partenariats artistiques, la Maison cognaçaise s’inscrit dans la tradition en remettant la « fine à l’eau » au goût du jour. Pendant plus d’un siècle, cette coutume populaire a fait de l’eau l’exhausteur de goût incontournable des « fines » (Cognac, Armagnac ou encore Calvados).
Garçon, une fine à l'eau ! publié en 2012 par un blogueur
« Qui n'a entendu dans tel film ancien un personnage à la terrasse d'un café réclamer d'une voix gouailleuse une fine à l'eau, que le taulier s'empresse de lui servir sans s'étonner.
Combien parmi nous savent de quelle boisson il s'agit ?
Bien peu, surtout parmi les plus jeunes. Et pourtant, c'est bien l'une des productions les plus prestigieuse de notre pays qui est ainsi désignée, additionnée d'aqua simplex : J'ai nommé le cognac. Oui, oui, vous lisez bien, j'entends consacrer ce billet à un sujet aussi futile que le cognac !
Parmi les merveilles que notre sol et le travail de nos producteurs ont dû engendrer, l'eau de vie de Charente est aujourd'hui bien oubliée des français. Nous avons tous une bouteille poussiéreuse au fond de notre bar que nous ne sortons guère que pour faire la cuisine, ou pour la proposer au cousin de passage qui s'empresse de refuser. Dix ans après son ouverture, elle encombre encore, à peine entamée.
La faute à quoi, à qui ?
Sans doute à l'attrait sans nuance de l'exotisme alcoolique : le whisky lui a taillé des croupières, à mon sens sans raison objective valable. Sans doute aussi à la rigidité traditionnelle des idées mal reçues qui veut que le cognac ne peut dignement s'apprécier qu'en digestif. Or, par les temps qui courent, se boire un Dijo après apéritifs, et vins, c'est le retour en taxi, si taxi il y a...donc, pas de dijo, et pas de cognac.
Le résultat, c'est que la reine des eaux de vie est bue à 97 % à l'étranger, et que les français en viennent à l'ignorer totalement.
Voilà, je vous ai livré là où je voulais en venir suite à ma lecture d’un monument de la littérature anglais Quelle époque !Anthony Trollope (1815-1882)
Ces derniers temps, pour cause de repos suite à mon changement de cardan, j’ai beaucoup lu.
Télérama nous dit :
« Henry James, son contemporain capital, l'admirait infiniment. Quelques décennies plus tard, c'est Chesterton, guère enclin pourtant à la complaisance, qui chanta ses louanges, plaçant son oeuvre au sommet, plus haut même que celle du génial Thackeray (La Foire aux vanités). Anthony Trollope (1815-1882) continue aujourd'hui de bénéficier, en Angleterre, des faveurs conjointes des fins lettrés et du grand public. Prophète en son pays, donc, mais guère en France, où ne sont traduits qu'une quinzaine des quelque quarante romans qu'il a écrits - notons cependant que, dans le cas des auteurs victoriens en général, et de Trollope en particulier, quinze romans, cela représente environ dix mille pages, de quoi voir venir... »
Excellemment traduit par Alain Jumeau Quelle époque ! est peut-être le chef-d’œuvre de Trollope. Assurément, le roman le plus caustique et ironique de cet auteur dont l'oeuvre tout entière brosse le tableau d'une société anglaise dont la finance est venue, en ce XIXe siècle, bousculer les mœurs et les règles de vie traditionnelles.
Au centre de Quelle époque ! est Augustus Melmotte, capitaliste à la morale douteuse. Autour de lui, assistant à sa gloire et à sa chute annoncée, une galaxie de personnages savoureux, guère moins ambitieux, guère plus nobles et plus droits. A cette fresque, Trollope instille vigueur, sagacité, précision du détail, intelligence, humour - tout cela, à haute dose. Alors, pour changer un peu, pourquoi ne pas passer l'été en compagnie du plus victorien des Victoriens ? »
« Cause toujours ma belle. Tu pourrais m'annoncer que tu es la fille adultérine de Pompidou ou la bâtarde de Couve de Murville que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Sur son petit nuage Benoît s'en tamponnait la coquillette... »Sitôt congé pris de la vaporeuse et envahissante mère de Marie, dans l'ascenseur la mâtine lui susurrait, très bonbon anglais, « Pour monter à Paris voir mon père tu pourrais emprunter la 2 CV de ta copine Pervenche ? »
- C'est ça petit cœur et pour l'essence je fore illico Cour des 50 otages...
- Pas besoin mon Benoît, tu demandes des bons au Comité de grève...
- Et je dis quoi aux mecs du Comité ? Que c'est pour aller faire une virée à Paris pour demander la main de ma douce Marie à son père. Pas très porteur en ce moment les bonnes manières bourgeoises très chère...
- Tu leur dis que c'est pour une ambulance...
- D'où tu la sors ton ambulance fantôme ?
- Des Urgences mon amour, avec tous les tampons que tu veux. Je crois qu'ils adorent les tampons tes camarades du Comité...
- Tu ferais ça !
- Bien sûr mon Benoît, ce n'est pas trahir la cause du peuple. Tout juste un petit mensonge de rien du tout...
- Ma présentation à ton cher père ne peut pas attendre ?
- Non !
- Et pourquoi non ?
- Parce que c'est drôle...
- Pouce Marie ! Fais-moi un dessin, je me paume dans ta logique de fille.
- Pourtant c'est simple joli cœur. Imagine-nous sur les routes désertes, filant vers Paris, capote ouverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je mettrai un foulard noué derrière le cou. Très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. Bonjour, bonjour les hirondelles... Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans. J'y tiens. Puis nous descendrons les Champs-Elysées en seconde. Je prendrai des photos. Oui, pendant que j'y pense, il faudra que j'achète des berlingots pour papa. Il adore ça. Surtout ceux à l'anis. La Concorde, trois petits tours, et on débarque avenue de Breteuil chez le père. Rien que du pur bonheur !
- Dis comme ça ma douce je capitule. Reddition sans condition...
Vous portez sur les paysages un regard plutôt scientifique, de botaniste, de naturaliste, de géologue…
J’ai une formation de géographe, et j’aime beaucoup Vidal de La Blache quand il explique que nous croyons être les régents de l’histoire, alors que nous sommes d’abord les disciples du sol. Le fait de marcher à travers cette extraordinaire mosaïque climatique, géologique, écosystémique de la France, m’a confirmé dans cette idée. Je ne crois pas qu’on soit tout à fait le même quand on vit dans le calcaire que lorsque l’on vit dans le granit.
« Le monde devint mauve. Un plateau de lavande, Valensole? Non, une place d'armes ! Les rangs étaient alignés, militaires. Les plantations intensives d'hévéas en pleine Malaisie procuraient le même sentiment de mise en ordre. Ici, le pinceau paysan avait produit une toile parfaitement lissée, brossée de longs à-plats acryliques où naissait la perspective de la rentabilité. La terre était cimentée, lavée de produits chimiques, domestiquée pour les besoins de la parfumerie et de la production de miel. La lutte contre les insectes avait été remportée. On y avait gagné un silence de parking. Il n'y avait pas un vrombissement dans l'air.
Et moi je divaguais dans ces rainures bleutées avec des pensées de Parisien stupide, admiratif des insectes. Elles auraient fait ricaner les producteurs qui craignaient, malgré des décennies de napalm, les attaques des cicadelles sur les plants.»
[...]
« Au pied de la colline du Cheval Long apparurent les premières vignes sulfatées, industrielles. La terre entre les plants était une surface uniforme, désherbée : la steppe après le passage de la cavalerie gengiskhanide. Les grappes étaient lourdes de grains identiques, dopées de chimie. Ces vignes-là étaient parfois lardées de parcelles où des herbes folles poussaient entre des pieds moins conformes : celles-là étaient des vignes d’appellation biologique, sans traitement chimique. Elles offraient du vin qui rendait les matinées moins douloureuses au buveur. Un vin à faire boire sans crainte aux petits enfants. »
Sylvain Tesson
Sur les chemins noirs
L’homme qui arrive dans le Cotentin est différent de celui parti du Mercantour ?
D’abord, je m’étais reconstruit physiquement par cette belle activité, très simple, très pure, et probablement fondatrice, qu’est la marche. Deuxièmement, j’avais porté un regard sur un pays que je ne connaissais pas, la France, et j’avais pu me rendre compte de la disparition d’une catégorie de population, les paysans, ceux-là même qui ont forgé le visage de la France. Ils nous lèguent quelque chose qui s’appelle le paysage, et ils ne seront plus jamais là pour nous l’expliquer. Troisième leçon, c’est qu’il est possible de traverser le pays en se glissant dans les interstices grâce à un outil très simple, la carte au 1/25000e, cette carte au trésor qui nous révèle les chemins de traverse. J’ai essayé de bâtir un texte autour de cette idée qu’il y avait une forme d’accomplissement intérieur de la pensée, de l’équilibre, du sentiment d’être à la verticale de soi-même, à condition de se tenir sur ces chemins où on est autonome, libre, environné par la beauté des paysages.
HYPOTHESES. Les virus se diffusent plus facilement quand ils sont en présence d'une population –animale, humaine ou végétale- ayant un même patrimoine génétique. C'est ce que confirme une étude que vient de publier la revue d'écologie microbienne ISME Journal. De plus, une hypothèse ancienne vient d'être validée : les maladies virales qui représentent 50% des maladies émergentes chez les plantes, sont plus fréquentes au sein des zones cultivées qu'au sein des zones non cultivées. "L'idée a été de comparer la biodiversité de virus présents dans des agrosystèmes où les plantes sauvages voisinent avec les cultures", explique Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et co-auteur de l'article.
Grâce à une bourse Marie-Curie de l'Union européenne, ce phytopathologiste a pu travailler deux ans en Afrique du sud dans la région floristique du Cap, une zone où la culture des céréales voisine avec le Fynbos un milieu naturel au fort taux d'endémisme. Les chercheurs ont défini dans la nature des points de collecte où les plantes les plus répandues ont été prélevées. Par analyse génétique, ils ont ensuite identifié les différentes familles de virus présentes sur les plantes sauvages et les céréales cultivées. Puis retour en France, où la même démarche de prélèvements et de séquençage génomique a été effectuée sur des plantes sauvages de Camargue voisinant avec les rizières intensives du delta du Rhône. Et les résultats ont été comparés.
La concentration d'êtres génétiquement proches favorise les épidémies
SAUVAGES. Premier enseignement : les plantes cultivées sont plus fréquemment infectées par des virus que les plantes sauvages. "En écologie virale, c'était une affirmation qui n'avait jamais été vérifiée", précise Philippe Roumagnac. La concentration dans un même endroit d'individus ayant le même patrimoine génétique favorise la diffusion d'agents pathogènes ou non. Les maladies humaines sont ainsi apparues au moment de l'apparition de l'agriculture qui a poussé les hommes à se regrouper dans des villages, favorisant ainsi les épidémies. "
Que ce soit en Afrique du Sud ou en France, nous constatons par ailleurs la présence d'au moins 19 familles de virus ainsi qu'une distribution similaire entre sauvages et cultivées", poursuit Philippe Roumagnac.
Le fait qu'il s'agit des mêmes familles, voire des mêmes espèces virales entre milieux naturel et cultivé démontre qu'il y a des échanges importants entre ces deux compartiments du paysage. "Or, contrairement aux espèces cultivées, les virus des espèces sauvages ont jusqu'ici été très peu étudiés et on aurait tout intérêt à s'intéresser à la grande quantité de virus présents dans les zones bordant les parcelles agricoles pour mieux comprendre l'émergence des maladies des plantes", assure le chercheur. L'étude montre en effet qu'en Afrique du Sud comme en Camargue, 80% des nouveaux virus révélés par les analyses génétiques proviennent des plantes sauvages.
Mieux connaître les virus des plantes sauvages permettrait de mieux endiguer les maladies émergentes
AGRO-ECOLOGIE. Depuis un siècle et la découverte du tout premier virus, le virus de la mosaïque du tabac à la fin du XIXe siécle, la recherche s'est concentrée sur les virus des plantes cultivées pour connaître leurs effets pathogènes car 50% des maladies émergentes sont d'origine virales. Sur les 1400 espèces de virus des plantes répertoriées par le Comité international de taxonomie des virus, 10% seulement proviennent de plantes sauvages. "Notre connaissance du monde des virus des plantes reste donc extrêmement partielle en termes de diversité, mais aussi en termes de répartition à l'échelle de l'agroécosystème, souligne Denis Filloux, chercheur en virologie végétale au Cirad. Ce manque de connaissances représente un écueil dans la compréhension du fonctionnement global des agrosystèmes, et dans la définition et la quantification des facteurs de risque d'émergence de nouvelles maladies virales des plantes ou la définition de stratégies de lutte contre ces maladies".
Mieux connaître les espèces de virus, savoir quelles plantes-hôtes ils préfèrent, cartographier leurs aires de répartition, pourrait permettre à terme de gérer les paysages agricoles pour empêcher la survenue et la diffusion des maladies virales. " Une meilleure connaissance des virus donnerait ainsi à l'agroécologie un moyen supplémentaire de contenir les maladies en favorisant par exemple les mélanges variétaux ou la culture simultanée de diverses espèces végétales" conclut Philippe Roumagnac.
Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que Benoît savait d'elle et l'affaire était pliée. Il allait passer sa vie avec cette grande fille droite et simple. Ils étaient allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle. Il le lui dit. Elle rosit : « tu me flattes, tu dis ça à toutes tes conquêtes…
- Non, toi je t’aime…
- Ho là, là, déjà…
- Oui…
- Tu m’aimes comment ?
- Comme le beurre de sardines...
- J'ai peur...
- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...
- Alors je suis fichue Benoît. Tu vas me croquer...
- J'hésite...
- Menteur !
Leurs mots, leurs rires, leurs silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, les draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, leurs caresses, leurs premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur son cou, leurs enlacements, leurs maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de leurs corps, leur désir, le café chaud dans de grands bols... Pourquoi confierait-il à d’autres la plus petite parcelle de cet espace de temps où chaque seconde était bonheur ? C'est trop simple le bonheur. Traduit en mots on le trouve mièvre. Qu'importe, peu lui importait, il était là, sans nuance, débordant, éclaboussant, Marie et lui se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il leur était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était bien. Nul besoin de serments, d'arrangements, de tous ces atours, ces colifichets, le 24 mai 1968 fut le jour d'elle, le seul jour, l'unique.
La révélation de son nom attendit le lendemain. Marie était ainsi, insoucieuse d'elle. Pour autant elle ne l'envahissait pas. Ils se découvraient sans s’embarrasser du fatras des apparences, par petites touches. Pour la première fois de sa vie Benoît agissait sans calcul. Imprégné de la spontanéité de Marie il ne connaissait plus la peur de ne pas être à la hauteur. Il n'y avait ni barre, ni compétition, nul besoin de jouer, d'endosser mon rôle. Tout lui semblait simple avec elle, et ça l'était. Alors ce fut Marie jusqu'au lendemain.
Donc, le lendemain du premier jour, sous la douche, Marie lui savonnait le dos. Benoît fermait les yeux sous le jet dru et il l'entendait dire « dimanche nous irons voir mon père... » En ouvrant les yeux il répondait un sonore « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et originale. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par ci par là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie lui exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter.
Ce titre je l’avais griffonné avant que vous modériez vos propos ICI sur le fameux premier verre, confirmant par la même que vous nous preniez pour des rats de labo.
Je vous cite « L’alcool contenu dans tous les spiritueux, que ce soit la bière, le vin ou le whisky c’est la même molécule d’alcool. [Je parlais] pour le foie. »
Fort bien, vous vous préoccupez, c’est dans vos attributions, de Santé Publique, mais ça ne vous autorise pas d’être aussi péremptoire surtout de la part de quelqu’un qui a prêté le serment d’Hippocrate.
Affirmer que, celle ou celui qui trempe, ses lèvres dans un premier verre d’une boisson alcoolisée, et le vin en est une, est un alcoolique en puissance, c’est nous prendre pour des cons.
Qu’en savez-vous ?
Sur quelles études vous appuyez-vous ?
Quelle expérience en avez-vous ?
Ça sent bon la propagande d’un hygiénisme militant, ignorant de la vie sociale, ce vieux fond prohibitionniste s’appuyant sur la fumeuse loi de Sully Ledermann.
En 1956, Sully Ledermann, publiait un ouvrage en deux volumes intitulé « Alcool, alcoolisme, alcoolisation ». Dans son chapitre V : « Mesures du degré d'alcoolisation alcoolique d'une population » l'auteur expose une hypothèse. Il entend démontrer que la consommation moyenne d'alcool d'une population en détermine la proportion de buveurs excessifs.
Notre démographe formule donc une théorie entendant démontrer que la consommation moyenne d'alcool d'une population détermine le nombre de buveurs excessifs (la proportion de buveurs excessifs augmentant selon le carré de la consommation moyenne en suivant une distribution log gaussienne).
La lutte contre le fléau qu’est l’alcoolisme, lutte où vos services et leurs alliés : ANPAA, médecins alcoologues, en ciblant, grâce à la loi Évin, essentiellement la promotion, ont fait faillite, exige bien autre chose que des postures, des effets sur des plateaux de télévision.
Ce genre de chiffons rouges provoquent dans le camp d’en face, se sentant agressé, d’autres postures outragées qui aboutissent à ce que rien ne change.
J’ai en son temps, tenté, au nom du Ministre de l’Agriculture de l’époque, sans grand appui des professionnels du vin de l’époque, de faire que la loi dites Evin ne soit pas une machine de guerre contre le vin. Si nous avons échoué ce n’est pas du fait de Claude Evin, encore moins de Cahuzac simple sous-fifre, mais des 4 grands professeurs de médecine drivé par Claude Got.
Le 31 mars 2008, j’ai commis une chronique : La stratégie du Go de Claude GOT ICI qui éclaire bien ce qui s’est passé en ce temps-là.
C’est de l’histoire ancienne m’objecterez-vous. J’en conviens mais depuis les lignes n’ont guère bougé, tout est figé, chacun se tient dans sa casemate.
Et pourtant, les vins, autrefois dit fins et de consommation courante, ces derniers ayant alimenté un alcoolisme de masse, ont laissé la place à des vins consommés différemment.
Les gens du vin, lorsqu’ils parlent de culture du vin, mettent en avant les vins du dessus du panier, les vins des guides, des grands amateurs, sans trop s'apesentir sur la grande masse écoulée à deux balles dans la GD.
Par la grâce de l’œnologie moderne, presque tous les vins sont dit de qualité – je n’aborde pas ici le grand débat qui agite le monde du vin autour du bio, des vins natures – mais ce faisant ces vins se rangent de plus en plus dans la catégorie des boissons fabriquées qui appartiennent à l’univers de l’agro-alimentaire.
En faire des objets de culture, pourquoi pas, mais il s’agit sans aucun doute d’une autre culture, celle qui a enseveli le goût sous le marketing et la communication.
Y réfléchir pour le monde du vin est indispensable et souhaitable si on souhaite mettre du corps au discours sur la culture du vin.
Les hommes, écrit Claude Lévi-Strauss, ont dû surmonter deux grands périls de leur existence alimentaire, « l’insuffisance de la nourriture et sa fadeur. Car il ne suffit pas de manger assez. Il faut, comme le proverbe français le dit excellemment, ne pas perdre le « goût du pain ».
J’ajoute et celui du vin, son compagnon…
« Bien manger, c’est bien vivre… » écrit Corine Pelluchon dans les Nourritures, et bien manger s’est aussi bien boire, « et il faut de l’art pour y parvenir, c’est ce qu’on appelle le savoir-vivre. »
« Savoir vivre, c’est avoir envie de vivre, savoir comment vivre, vivre en trouvant du plaisir à vivre, sans que l’accès à la jouissance soit empêché ni part l’indigence, ni par une sorte d’amputation des sens les rivant aux fonctions vitales qui assurent la survie ou le ordonnent à un ordre factice, réglementé par l’impératif de minceur, le travail ou les multiples obligations d’une vie où l’on n’a jamais le temps.
Le bien vivre se reflète assurément dans le bien manger. »
Et pour ceux qui le désirent, dans le bien boire.
Partager un bon repas, une belle bouteille, chez soi, au restaurant c’est la preuve d’une vie bonne, équilibrée, conviviale, loin des diktats de ceux qui se disent les protecteurs de nos vies.
Du haut de mes presque 70 ans, madame la Ministre, je vous conseille vivement de sortir de vos schémas, ou de ceux qui vous sont dictés par votre administration, pour aller au-devant de la réalité, pour que les choses et les pratiques changent.
De leur côté les gens du vin, qui se disent préoccupés eux aussi par notre santé, avec le concept normatif de la modération, devront aller au bout du bout de leur raisonnement, soit dès le pied de vigne et à l’intérieur des chais.
Benoît à loisir la contemplait, elle avait l'air d’une jeune fille sage mais au-delà il pressentait une volonté farouche. Bien sûr, il se couvrait de reproches. Comment avait-il pu ne pas la remarquer, elle qui lui donnait du Benoît, lui préparait un sandwich au saucisson sec ? C'était une apparition. Le retrait du cercle de Benoît n'avait en rien perturbé la discussion, un autre de ses camarades avait naturellement pris le relais. C'était aussi ça la magie de mai. Elle et lui, comme isolé du monde, seuls au monde, sur une île, genoux contre genoux car elle venait de s'asseoir face à lui. Ce « elle » crispait un peu Benoît. L'échange était inégal. Insoucieuse de son infériorité, elle se penchait vers lui pour murmurer à son oreille, en pouffant, « Vous croyez que nous allons bâtir un monde meilleur... » Tout en s'extasiant sur ce nous, qu’il réduisait à deux, à eux deux, Benoît réfrénait son envie d'effleurer de ses lèvres la peau ambrée de son cou. Il y pressentait une trace de sel, d'embruns, il la sentait naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, Benoît s’agrippait à cette intuition en lui posant cette question étrange : « aimez-vous la mer ? »
Elle aimait l'océan. Dans son maillot de bain une pièce blanc nacré c'était une sirène. Elle glissait vers le large pour n'être plus qu'un petit point à l'horizon. Lui le terrien balourd l'attendait sur le sable pour l'envelopper dans un grand drap de bain. La frictionner. La réchauffer. Lui dire « nous ne nous quitterions jamais ». Elle répondait oui. La serrer fort pour entendre son coeur cogner contre sa poitrine. Ce premier jour d'elle, pendant tout le temps où elle n'était encore qu'elle, Benoît en gardait bien plus qu'un souvenir, il le vivait chaque jour. À son étrange question elle avait répondu, en empoignant son cabas de fille, un oui extatique, en ajoutant « C'est mon univers Benoît... » Ils s’étaient levés, elle passait son bras sous le sien. Les cercles s'ouvraient. Ils les fendaient tout sourire. Certains lançaient des petits signes de la main, aucun ne s'étonnait. C'était cela aussi le charme de mai, ce doux parfum de folle liberté, coeur et corps, hors et haut. Benoît était déjà fier d’elle qui traçait un chemin droit. Ils laissèrent le fracas de la nouvelle place du Peuple derrière eux. Sur le cours des 50 otages ils croisaient un groupe de blouses blanches, remontées, bravaches comme s'ils allaient au front. Dans le lot, un grand type, tweed anglais, nœud pap., Weston, gesticulait plus que les autres, l'œil mauvais, le rictus aux lèvres. À hauteur, il vociférait « Alors Marie on se mélange à la populace... »
Nous passions outre. Elle, devenue enfin Marie par le fiel de ce grand type hautain, de sa voix douce, lui disait comme à regret, « Ne vous inquiétez pas Benoît, ce n'est qu'un de mes frères... Il est plus bête que méchant... » Les doigts de Marie se faisaient fermes sur son bras. Tout en elle lui plaisait. Marie lui montrait un vieux Vespa vert d'eau. Benoît se disait « Je la suivrais tout autour de la terre, au bout du monde, là où elle voudra. » Pour l'heure, sans casque, ils filaient vers Pornic. Filer est une façon de parler car l'engin ronronnait comme un vieux chat ce qui laissait à Benoît le loisir d'apprécier le paysage et de papoter. Tout un symbole, elle conduisait et lui, avec délicatesse enserrait sa taille et l'écoutait. Quel bonheur de se taire. Marie parlait. De lui surtout, il avait le sentiment d'être dans sa vie depuis toujours. Spectatrice des palabres interminables elle avait su pénétrer dans les rares brèches de son petit jardin d'intérieur. Lui, si soucieux de préserver l'intégrité de celui-ci, ne prenait pas cet intérêt pour une intrusion. Marie la douce lui disait tout ce qu’il ne voulait ne pas entendre de lui.
Le chirurgien m’a dit : « reposez-vous ! », bon petit soldat je me suis reposé pendant toute la sainte journée et, allongé sur mon lit, bien carré dans les oreillers, j’ai lu à m’en brûler les yeux.
J’ai commencé par des romans que je brûlais de lire puis, je me suis attaqué à un livre acheté il y a quelques mois, La cheffe roman d’une cuisinière de Marie Ndiaye chez Gallimard collection blanche, et qui m’avait rebuté dès les premières pages.
Ma résolution « Tu vas aller au bout cette fois-ci quoiqu’il t’en coûte… » C’est ce que j’ai fait en panachant ma lecture par des livres plus attrayants.
J’y suis arrivé, non sans mal, partagé entre le brio du style, bien léché, soigné, chantourné, et le manque de chair et de saveurs.
Une fois le roman refermé je suis allé fouiner sur la Toile et j’y ai trouvé une critique, dans l’Express, qui reflétait bien mon ressenti
D. P.: « Trop de style tue le style, quel qu'il soit. Libre à Marie NDiaye de déployer sa phrase sur des lignes et des lignes, à grand renfort de relatives. Mais elle l'alourdit trop souvent par un excès d'adjectifs et d'adverbes dispensables: j'y vois moins d'élégance que de préciosité, moins de subtilité que de coquetterie. Proust me suffit, ses épigones m'ennuient. Surtout quand l'écriture est à ce point redondante, notamment à propos de la personnalité et du physique de la cheffe. Résultat, on est vite gavé et l'appétit manque pour savourer les morceaux réussis... »
Ce qui m’a le plus gêné c’est que cet excès de style colle très mal à la personnalité du narrateur, garçon de cuisine, amoureux platonique de la Cheffe. C’est Marie NDiaye qui s’exprime, pas lui. C’est froid, c’est intemporel, les personnages se meuvent sur la scène, à plat, sans vie.
Enfin le pire, les passages en italiques, obscurs, dérisoires, qui serviront à l’auteur pour la chute de son histoire.
J’ai choisi, les rares passages, où le fumet de la cuisine s’exprime, s’exhale.
Avant, de vous les proposer, quelques mots sur la cérémonie du guide rouge 2017, ringarde à souhait, qui a vu la consécration d’un chef qui se la pète : Marc Veyrat, affublé de sa défroque et de son chapeau à large bord. L’homme avait exigé sa troisième étoile, sinon il claquait la porte, et le lui a donné. Triomphe du marketing, un mec qui se veut le héros de la naturalité est sponsorisé par les jambons Madrange. Pour la face obscure du personnage, bien peu du petit monde vibrionnant et satisfait de la critique gastronomique n’a osé élever la voix. Faut pas fâcher si on veut être invité.
Guide Michelin 2018 : la révolution n'a pas eu lieu ICI
« Voici comment elle travailla dans la maison des Landes, l’été de ses seize ans.
Elle commença par le beau, le splendide poulet de la ferme Joda dont elle dut sacrifier la chair tendre, pleine et jaune pour parvenir à ses fins qu’elle condamnerait par la suite comme je vous l’ai dit, mais elle n’était pas encore là dans l’obscure petite cuisine ensablée et c’est dans la pure conscience d’agir comme il fallait qu’elle hacha très finement toute la chair du poulet qu’elle avait préalablement découpée au plus près de la carcasse, elle passa au hachoir à viande cette chair onctueuse et dense dont la raison d’être réclamait pourtant qu’on la reçoive telle quelle en bouche, cuite avec simplicité et, surtout, dans son intégrité.
Elle mélangea à cette chair hachée cinq œufs, des herbes, de la mie de pain ramollie dans du lait, un peu de cumin et de girofle, puis elle réalisa un prodige de dextérité en recomposant la forme exacte du somptueux poulet des Joda : elle sculpta le hachis atour des os, le moula sur la carcasse de telle sorte qu’on pût croire que le poulet n’avait pas été touché, elle le recouvrit ensuite de sa belle peau couleur de maïs afin que l’illusion fut parfaite et que, ce pouet monstrueusement reconstruit, rebâti d’agrégats qui ne valaient pas la matière d’origine, on pût croire qu’il sortait ainsi de la basse-cour, dans une ivresse de faux-semblants que la Cheffe devait ensuite rejeter jusqu’à l’entêtement mais qui, cet après-midi-là, lui apparaissait comme l’apogée de son art, comme l’affirmation magistrale de sa supériorité sur la cuisinière de Marmande qui n’avait jamais été capable, elle, de faire passer quoi que ce soit pour quelque chose d’autre. »
Pages 78-79
« Quand elle en eut fini avec le poulet travesti au moyen de sa propre chair généreuse et innocente, elle mit à cuire un fumet de poisson en jetant dans une cocotte à demi remplie d’eau les deux kilos de fretin achetés chez un poissonnier de Vieux-Boucau, éperlans, loches, sprats, petites sardines, elle ajouta des carotte et du céleri en branche, des rondelles de poireau et des oignons, des clous de girofle et, à tout hasard, ce qui restait de safran fané, pâli, au fond du seul bocal porteur d’une étiquette qu’elle trouva dans le placard aux épices.
Pages 88-89
« Quand son bouillon de petits poissons fut suffisamment cuit, qu’elle eut vérifié qu’on ne pouvait plus distinguer les fragments de légumes des morceaux de fretin, la Cheffe entreprit d’en ôter les plus grosses arêtes, puis elle mixa le tout et s’estima satisfaite de la soupe épaisse et grumeleuse qu’elle obtint, puissamment dorée par le safran.
Elle plongea dedans un dos de cabillaud et un filet de lieu noir, les laissa cuire quelques minutes puis éteignit le feu…
Jamais elle n’avait cuisiné, jamais elle n’avait vu réaliser une soupe de poisson de cette manière, et elle n’avait encore rien lu, elle ne devait d’ailleurs jamais lire que fort peu, mal à l’aise pour déchiffrer. »
Page 98
« Elle fit rapidement, avec toute la dextérité qu’elle avait vue dans les gestes de la cuisinière de Marmande, une pâte à tarte dans laquelle elle ne mit pas de beurre mais simplement de la farine, deux œufs et de l’eau.
Elle disposa dessus des quartiers de pêche bien serrés, saupoudra d’une pincée de sucre, d’un peu de sel et, laconiquement, feignant de s’en apercevoir à peine, de verveine hachée menu, cueillie au pied du perron. »
Page 117
« La Cheffe détestait la pensée même d’en mettre plein la vue, là prenait source sa délicatesse. »
« … lors de ce premier dîner dans la maison des Landes, elle prit soin de ne pas verser elle-même la soupe de poisson dans l’assiette des Clapeau afin qu’en se penchant au-dessus de la cocotte ils fussent forcés de constater le rude et plaisant équilibre des matières et des couleurs, le dos de cabillaud au reflet rose encore intact dans le potage lustré, les bords grenus de la cocotte ouvrière qui, dans sa féroce dignité, n’était pas honorée de contenir et de présenter la soupe raffinée, elle n’était pas gratifiée, elle acceptait d’offrir à la soupe, avec une grâce un peu rêche, la faveur de son propre et indiscutable raffinement. »
Page 119
« … après avoir remporté le poulet à la cuisine pour le découper, dresser chaque morceau sur un grand plat de faïence verte, une fois qu’elle l’eut posé sur la table, monsieur Clapeau s’écria à la seule vue de l’étrange chair débordante : elle a fait un cromesquis du poulet tout entier !»
Page 120
« Mal à l’aise mais bonhomme il ajouta : Vous saviez donc que j’adore les cromesquis ? »
Marie NDiaye, hantée par des femmes puissantes
Nathalie Crom Publié le 29/09/2016. Mis à jour le 01/02/2018 à 09h01.
L’héroïne de son dernier roman est une cuisinière qui vise la perfection. Rendre compte du dépassement de soi, saisir l’insaisissable, telle est pour Marie NDiaye la force heureuse de l'écriture.
Trois ans après Ladivine (2013), l’envoûtant La Cheffe, roman d’une cuisinière signe le retour de Marie NDiaye, et confirme une nouvelle fois, d’éclatante façon, la place prééminente qu’occupe la romancière dans le paysage littéraire français d’aujourd’hui. Femme sévère et mutique, opiniâtre et solitaire, à l’existence tout entière vouée à son artisanat, la cheffe rejoint à son tour l’admirable cortège des héroïnes si intenses dont Marie NDiaye n’a cessé, depuis plus de trente ans et au fil d’une quinzaine de romans tous remarquables, d’ausculter les silences indéchiffrables et les empêchements. Aujourd’hui âgée de 49 ans, et de nouveau installée en France, près de Bordeaux, après une longue parenthèse berlinoise, l’auteure discrète de La Sorcière (1996), Rosie Carpe (prix Femina 2001) et Trois Femmes puissantes (prix Goncourt 2009) évoque pour nous ce nouveau roman, « l’état de bonheur » dans lequel la plonge l’écriture, sa quête d’un geste littéraire capable de dépasser la représentation pour s’emparer du « mystère de ce qu’on ne voit pas », et ainsi tendre vers le sacré.
La Cheffe
« Depuis longtemps, je tournais autour de l’idée d’écrire sur une femme qui cuisine. Ça a pris forme peu à peu, j’ai appris des choses sur cette profession de chef – mais je ne me suis pas renseignée, je n’ai pas enquêté, car ce n’est pas ainsi que je travaille. La cuisine n’est pas un métier manuel comme un autre. C’est physiquement très dur, et socialement peu gratifiant. Par ailleurs, selon l’image que je m’en fais, les chefs ne sont pas particulièrement de bons vivants. La cuisine telle qu’ils s’y consacrent n’a que peu à voir avec la jouissance, mais semble au contraire une affaire grave, voire angoissante lorsqu’elle est exercée au niveau où mon héroïne place la barre, c’est-à-dire très haut. Pourtant, la Cheffe trouverait sot et vaniteux de désigner sa pratique comme un art. L’art est hors de son monde : elle est tout sauf une intellectuelle, elle a juste envie de cuisiner de façon incomparable – si ce n’est pas pour viser l’excellence, alors ce métier qui l’occupe tout entière n’a pas de sens pour elle. »
Femmes puissantes… et mutiques
« C’est vrai, les héroïnes de mes livres sont généralement des femmes renfermées, obstinées, bornées même. Des femmes opiniâtres et secrètes. Cela dit, je n’ai pas conscience, lorsque j’écris, qu’elles se ressemblent tant. Mais lorsqu’on m’en parle, je me dis : ah oui, en effet… »
Lire et écrire
« Comme écrivain, la psychologie ne m’intéresse pas beaucoup. J’espère même m’en éloigner, car elle me semble réductrice. Ce qu’on peut attendre de la littérature, c’est précisément un point de vue sur l’homme qui dépasse la psychologie. Assez récemment, j’ai découvert l’oeuvre de Georges Bernanos, et, bien que je me sente extrêmement loin de sa personnalité, j’admire la façon dont il utilise le roman pour essayer de signifier ce que le roman ne devrait pas pouvoir contenir, c’est-à-dire le mystère de ce qu’on ne voit pas, de ce qui est insaisissable. Bernanos essaie de nous faire comprendre le dépassement de soi que certains êtres éprouvent, ou auquel ils aspirent. Quelque chose qui a à voir non pas du tout avec la religion ou la foi, mais avec le sacré. En fait, j’ai des lectures très diverses, que je classe en fonction de l’importance que je leur accorde. Il y a des œuvres, des écrivains que je place au-dessus de tous les autres – Bernanos est venu intégrer cette liste. Mais j’ai aussi grand plaisir à lire des ouvrages qui ne relèvent pas de la littérature, plutôt d’un divertissement de qualité. Les romans psychologiques sont plutôt dans cette seconde catégorie. »
Trente ans d’écriture...
« Mes premiers livres en témoignent, je prenais plaisir à montrer ce dont j’étais littérairement capable. Notamment de faire des phrases très longues et architecturées, voire d’écrire un roman composé d’une seule phrase (Comédie classique, 1987). Il s’agissait d’enfantillages ; j’étais tellement jeune alors, j’avais 20, 30 ans — j’ai passé l’âge depuis longtemps. Avec les années et les livres, j’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité. Par ailleurs, je n’ai plus la crainte de voir un roman avorter. A mes débuts, il fallait que j’atteigne cent pages pour être rassurée. A présent, si un roman devait tourner court, je le sentirais très vite, je n’aurais pas besoin d’aller si loin. Cela dit, je suis toujours allée au bout, je n’ai aucun livre inachevé dans mes tiroirs — et tant mieux, car ce doit être une telle souffrance... »
La vie hors les livres
« Quand je n’écris pas, je réfléchis à ce que je vais écrire – même si c’est dans un an. Je me promène dans tous les sens du terme : dans les paysages, dans la ville, dans les livres. Je ne suis pas angoissée, c’est même extrêmement plaisant. Et puis, un jour, vient le moment où je sens que ce que j’ai accumulé dans ma tête doit être exploité. Qu’il est temps de m’y mettre, sinon ça risquerait de s’obscurcir. J’ai aussi le désir de retrouver cet état heureux qui est celui de l’écriture, jalonné de moments de grâce, d’autres plus contrariants ou décevants. J’aime ce travail, et le travail en général. Même si, en réalité, je ne travaille pas tant que cela ; j’écris peu, et lentement. »
Après le Goncourt…
« Le Goncourt et la large reconnaissance qui a suivi ont surtout réglé pour moi le problème de l’insécurité économique. Ce n’est pas du tout un détail, c’est énorme au contraire, et ça change littéralement la vie. Sans doute aussi les propositions de travaux, comme les livrets d’opéra (1) ou les commandes de pièces de théâtre, sont-elles venues grâce au Goncourt. Mais tout cela reste superficiel. Devant ma table de travail, je suis exactement dans la même position qu’avant. »
Le monde extérieur
« Le monde contemporain n’est pas central, mais il est présent dans mes romans. Je ne vois pas comment en faire abstraction, puisqu’il s’agit du monde dans lequel je vis. Je m’y intéresse, d’ailleurs je n’imagine pas passer une journée sans lire la presse, sans savoir ce qui se passe. Cependant, témoigner de la réalité n’est jamais ce qui fonde pour moi le geste d’écriture. Ce serait une intention trop précise, or je n’aime pas écrire avec des intentions. Je ne veux rien dénoncer, surtout pas, et si le lecteur avait l’impression, achevant de lire un de mes livres, que je voulais exprimer ou signifier quelque chose de ce genre, cela voudrait dire que le roman est tout simplement raté. »
Pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, Benoît était de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du café le Continental, prêchaient la bonne parole à un auditoire rétif mais attentif. Le Conti c'était le QG des jeunes gens de la bonne bourgeoisie nantaise, majoritairement des étudiants en médecine car le CHU était à quelques encablures de la place. En ces temps agités les carabins, du moins ceux qui réfléchissaient, pas encore obnubilés par la hauteur de leur chiffre d'affaires ou le niveau de leur standing social, très « on fait médecine comme on s'engage dans une grande aventure », un vrai combat, presque un apostolat, ne supportaient plus l'omnipotence des mandarins et la sclérose d'une bonne part de leur enseignement. Eux, comme les malades, devaient subir sans moufter les diktats et les caprices de grands patrons absentéistes et pas toujours compétents. De plus ils marnaient comme des forçats pour des prunes. La contestation, échevelée et festive, cadrait assez bien avec leur goût très prononcé pour une langue crue et la main aux fesses des infirmières. Ils charriaient gentiment le sabir de plomb et l’obsession maladive à se référer à des modèles illusoires, mais Benoît leur rendait la monnaie de leur pièce en raillant l'illusion de l'apolitisme et la césure qu'ils maintenaient entre l'hôpital et la cité. Avant les évènements tout ce petit monde se croisait dans les tonus – bals chics et chauds – aux salons Mauduit, concurrents pour les filles, acolytes au bar. Depuis que tout pétait, et que mandarins et politiques se planquaient, la discussion faisait rage.
Au début de l'après-midi de ce vendredi 24 mai un franc soleil noyait la place toujours Royale. Tout le monde était inquiet, le Général privé de ses godillots, pour tenter de reprendre la main sur la chienlit, allait jouer le soir à la télé le énième remake de moi ou le chaos. Coincé entre le couillemollisme de ses barons et l'intransigeance de la rue, le héros du 18 juin ne comprenait rien au film. Exaspéré par la lâcheté de ceux qui lui devaient tout, et incapable de comprendre les ressorts profonds du mouvement, il allait ressortir de son képi le coup du référendum. À cet instant de la journée tous ignoraient que son intervention vaseuse allait faire un flop. Dans la touffeur de la verrière Benoît sentait bien que la situation pouvait basculer à tout moment, le pouvoir étant à la ramasse, les plus conscients de ses camarades, certes pas très nombreux, savaient que personne n'était prêt pour le prendre dans des conditions qui nous aillent. La CGT et les alliés du Kremlin freinaient à mort, la vieille gauche agonisante, Mitterrand en tête, étaient à côté des pompes du mouvement, restait Mendès, qui faisait du Mendès, se méfiant des humeurs de la rue. En attendant, la seule certitude, était qu'à l'Université le pouvoir était entre les mains des comités de grève et qu'il fallait empocher un maximum d'avancées irréversibles avant que le reflux, pressenti et craint renvoie tout le monde la queue entre les jambes dans les amphis.
Le patron du Conti, gagné par la grâce, faisait servir à volonté des demis de bière. Benoît n'avait rien dans le ventre depuis son café du matin, ses yeux se brouillaient, il se sentait à la limite de l'évanouissement. Une jolie main se posait sur son bras, une douce voix lui disait « Vous devez avoir faim... » L'autre jolie main de la douce voix lui tendait un sandwich : « C'est un sandwich au saucisson sec comme vous aimez... » Benoît se cabrait. La douce voix riait, un rire clair. Benoît se noyait sitôt dans le bleu des yeux de la douce voix. Des cheveux blonds de blé courts et, tout autour d'elle, comme un halo de sérénité. Elle n'était pas belle, elle était plus que belle, incomparable. En la remerciant benoît pensait que, sa robe boutonnée du haut jusqu'en bas, d'ordinaire, il aurait eu envie de la lui ôter. Là, il gravitait dans une légèreté de gaze, fine, entêtante. « Mangez ! » Il obéissait. Le sandwich mariait le craquant d'une baguette fraîche avec l'onctuosité du beurre et le fondant d'un saucisson coupé gros. La bouche pleine Benoît osait un compliment. La réponse de la douce voix le fit avaler de travers : « Je l'ai fait pour vous » Elle lui tendait un demi de bière. « Restez avec nous Benoît, ici, tout le monde vous adore... »
Votre Taulier ne rechigne jamais, même pendant les mois d’été, à explorer les plis et les replis de la libido du buveur. Mais, comme il est aussi un fieffé ramier, il ne crache pas sur le recyclage de chroniques anciennes. Pour sa défense, celle que je...
Puisque certains n'ont pas compris mes conneries de la saison 1 ICI link j'en remet une louchée. C’est donc l’histoire d’un mec qui passait sa vie avec les bandits manchots dans les casinos. Il jouait à tout. Il pariait sur tout. Il grattait. Il se faisait...
Fenêtre sur cour, L’amour Est un crime parfait, Des mots noirs De désespoir Jetés sur un petit carnet. Mère au foyer sans foyer À nue Toute nue. Sur sa peau lisse tout glisse. Ses grains de beauté Fixés sur mes clichés volés. Sente blanche de ses hanches...
1- J'adore les mecs, le cul vissé sur le siège de leur scooter, qui m'invectivent parce que sur mon vélo je ne démarre pas assez vite aux feux tricolores... Bienheureux les beaufs ! 2- J'adore les nanas, les fesses posées sur le cuir des sièges de leur...
Sur la Toile faut s’attendre à tout lorsqu’on est comme moi un VB, vieux blogueur, un VC, vieux con, un VD, vieux débile qui crache sa bile comme dirait l’immense Mimi, mais un qui a aussi le bras très long, un influenceur de Première League, un gars...
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