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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 07:00
À force de bétonner sur la déclaration nutritionnelle et la liste des ingrédients les chefs du vin vont recevoir des parpaings sur la tronche.

Le sens de l’anticipation n’est vraiment pas le point fort des grands chefs du monde du vin, leur leitmotiv c’est circulez y’a rien à voir, ne venez pas nous emmerder avec vos réglementations à la con, charbonnier est maître chez lui.

 

Le repli en désordre sur l’utilisation des pesticides est leur dernier combat perdu, le consommateur connaît pas sauf pour l’appeler à l’aide contre les affreux hygiénistes qui leur veulent du mal.

 

On bétonne, on défend dans les instances européennes l’exception française, le vin produit culturel, l’esthétisme de l’étiquette : pensez-donc la déclaration nutritionnelle et la liste des ingrédients sur la contre-étiquette de la Romanée-Conti ou d’un GCC, vous n’y pensez pas !

 

À titre personnel, en tant que consommateur, je doute de l’efficacité sur le choix des pousseurs de caddies des listes inscrites en tout petit sur des étiquettes. C’est, comme les messages sanitaires, une forme bien hypocrite de rassurer les consommateurs.

 

Mais ainsi va le vent de l’Histoire, s’y opposer relève du syndrome de la chèvre de monsieur Seguin. Plutôt que de subir le rouleau compresseur des directives communautaires il eut été plus sage d’anticiper, d’expérimenter dans le pays, qui se dit un grand pays du vin, une information intelligente du consommateur.

 

La vieille formule qui était le socle des pères de l’appellation d’origine : je dis ce que je fais, je fais ce que je dis traduite dans l’élaboration des vins.

 

On va m’objecter que je prends le parti des naturistes qui, par construction, disent qu’ils n’ajoutent rien au jus fermenté du raisin.

 

La réponse est non car, pour eux aussi, la transparence de leurs déclarations sera à l’ordre du jour.

 

La ligne Maginot, les batailles de tranchées sont mère d’immobilisme et de cuisantes défaites.

 

L’irruption du digital et sa démocratisation permettait une telle expérimentation via le QR code ou le renvoi au site du vigneron, de le coopérative ou du négociant. Elle ouvrait la voie à une adaptation aux différentes situations.

 

Aujourd’hui, selon Bernard Farges, président de la CNAOC, le monde du vin doit faire le deuil du zéro renseignement sur les étiquettes de vin.

 

En effet, la fin du régime d’exemption des boissons alcoolisées pour la déclaration nutritionnelle et la liste des ingrédients est actée. Cependant les modalités règlementaires ne le sont pas.

 

« Devant l’assemblée générale de l’Organisme de Défense et de Gestion des AOC Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc, le même Bernard Farges, président de la Fédération Européenne des Vins d’Origine (EFOW), face à une salle médusée (dixit Vitisphère), a déclaré : « Nous devrons renseigner les calories, probablement les ingrédients. Est-ce que cela sera sur les étiquettes, ou est-ce que cela sera un outil dématérialisé ? Rien n’est décidé »

 

« Éviter le pire » : devoir mettre à jour pour chaque millésime et cuvée ces données.

 

« La Commission Européenne a été très maligne sur le coup » ironise Bernard Farges. « Plutôt que de subir les critiques habituelles sur les fonctionnaires européens imposant des contraintes, elle a demandé au secteur des boissons alcoolisées de proposer un texte de sortie de cette exemption… De donner le texte avec lequel nous allons nous flageller »



Étiquetage des boissons alcoolisées: Bruxelles donne un an au secteur pour sauto-réglementer

ICI 

 

La Commission européenne a adopté, le 13 mars 2017, un rapport consacré à la mention obligatoire, sur l’étiquette des boissons alcoolisées, de la liste de leurs ingrédients et de leur déclaration nutritionnelle (C’est le règlement 1169/2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires qui établit des règles concernant la mention de la liste des ingrédients et d’une déclaration nutritionnelle.)

 

Mais en France si nous ne sommes pas très rapide à la détente avons la chance d’avoir des élaborateurs d’un magnifique plan de filière remis au Président Macro, en janvier.

 

Ces géniaux représentants de la filière vont proposer à la Commission Européenne l’apposition d’un QR Code sur les bouteilles, qui renverra le consommateur vers un site d’informations généralistes. « Mais rien n’empêche un vigneron qui veut aller plus loin de le faire » précise Thomas Montagne président des VIF. « Nous sommes dans les temps. Nous sommes parvenus à un accord et nous remettrons un projet à la Commission le 12 mars » indique-t-il.

 

Je m’en tiens là.

 

Ça fait belle lurette qu’une gorge profonde travaillant avec les tacherons de la Commission m’avait alerté pour me dire que les brasseurs et les spiritueux étaient bien plus futés que nos chefs de la filière.

 

De toute façon tout ça faire prospérer le chiffre d’affaires des labos d’analyse et les boîtes de certification. Quand à vérifier cette masse d’informations je doute vraiment que qui que ce soit puisse contrôler. P’tète bien qu’ils viendront emmerder les naturistes pour qu’ils prouvent qu’ils ne rajoutent rien dans leur jus de raisin fermenté.

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. (49)

Le lendemain, Gustave, l’œil vitreux, teint cireux, barbe de deux jours, s’affalait en baillant sur la banquette de skaï d’un troquet de Montparnasse. Son haleine fétide environnait Armand, tel le fumet s’exhalant d’une lunette de chiottes à l’ancienne. Avachi, il se grattait les roustons avec un plaisir non dissimulé puis, sortant son canif, il se curait les ongles avec des mimiques satisfaites. Ça devait lui tenir lieu de toilette matinale car, sans se soucier de la présence d’Armand, il se grattait ensuite les oreilles avec une allumette pour terminer enfin par un ramonage de ses crottes de nez qu’il enfournait avec délice dans sa bouche après les avoir contemplé d’un air extatique. Face à ce spectacle peu ragoûtant, le garçon, restait de marbre ; il faut dire qu’il se posait en concurrent sérieux du Gustave pour ce qui est de la craderie matinale : ses effluves de pisse rance, sa gueule de vieux rapace déplumé couvert d’une neige de pellicules, ses pognes incrustées d’une crasse néolithique, dénotaient un sujet plein d’avenir en ce domaine. Bien évidemment, Gustave se commandait un bock de bière agrémenté d’une Francfort frites. Minimaliste, Armand se contentais d’un simple petit noir. Ils restèrent silencieux jusqu’à l’arrivée de la pitance. D’un trait, le Gustave se sifflait la moitié du bock, claquait de la langue, rotait, puis tout en plongeant ses gros doigts dans la bouffe huileuse, il embrayait.

 

 « Les frelons sont d’accord. Faut dire qu’hier je pétais le feu pour leur vendre ma soupe pas fraîche. Tu ne peux pas t’imaginer ce qu’une petite salope de négresse peut te soulager les glandes. Pompeuse à t’assécher en une passe. Goulue, avec des nibards pires que des obus de 75, elle m’a fait brailler pire qu’un goret. Quand on dit que les nègres sont des feignasses, c’est vrai, ce sont leurs gonzesses qui s’tapent le boulot. Ça m’a changé de la grosse Denise avec sa bidoche molle et ses outres pendouillantes. Bref, quand je suis sorti, essoré, je me sentais gai comme un jeune homme, alors les têtes d’œufs avec leurs bites en rideau ils ont eu droit à ce que je sais faire de mieux : raconter des craques… » Satisfait, l’enflure se torchait la bouche du revers de sa main souillée, en quêtant des yeux l’approbation d’Armand dont l’indifférence ostensible refroidissait son enthousiasme : « Si je te fais chier faut me le dire ?

 

–       Tu pues, t’es con et tu m’emmerdes…

 

–       Vas-y molo p’tit con sinon...

 

–       Sinon quoi la balance, ici c’est boulot-boulot, tes histoires de cul j’en ai rien à traire, compris. Tu me dis comment je dois prendre contact avec les fêlés de la GP et tu me débarrasses de ta sale tronche. Elle me donne envie de gerber.

 

–       Tu me le paieras…

 

–       Je ne te paierai rien Gustave, alors rengaine tes menaces et accouches…

 

Gustave, en bon faux-derche, virait brutalement à 180°, se faisait tout miel, l’assurait que ce n’était pas ce qu’il voulait dire, qu’il comprenait qu’un mec comme Armand se foute de ses cochonneries avec des putes, qu’il ferait tout pour lui faciliter le sale boulot. Loin d’attraper la perche qu’il lui tendait Armand lui enfonçait plus encore la tête dans sa merde : « Porcheron, je sais combien tu palpes des RG pour te payer un bistro alors fais gaffe que tes potes de Denain n’apprennent pas d’où te vient l’oseille. Ça ne serait pas bon pour ta clientèle qu’on sache que t’es une balance. À partir de maintenant tu m’évites le spectacle que je contemple en ce moment, tu te cantonnes à parler de ce que pourquoi tu es payé. Compris ! » Il acquiesçait tout en raclant jusqu’à la dernière frite, se commandait un nouveau bock. « T’as rendez-vous mardi soir, disons à neuf heures, à « Base-Grand » avec Antoine et Tarzan : c’est leur nom de code tout comme « Base-Grand » qu’est celui du lycée Louis-le-Grand rue St Jacques. Je n’ai pas eu grand mal à vendre ta candidature vu que t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. Bien sûr, ils ont référé au guide, le leader suprême qui vit dans son camp retranché, Pierre-Victor, qui a dû comme c’est son habitude les traiter en petites larves et leur dire que ça leur ferait du bien de se frotter à la réalité d’un vrai prolétaire. Tu te pointes là-bas, tout sera prévu pour t’accueillir avec les honneurs dus à ton rang. Y sont cons à manger du foin faudra pas que t’es peur de les humilier : ils adorent ça se la faire mettre jusqu’au trognon… » 

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 07:00
La disparition programmée des religieuses, elles sont victimes des 35 heures…

Le parti laïc, héritier du petit père Combes, aurait-il de nouveau frappé ?

 

Rappelons que la loi du jeudi 7 juillet 1904, prévoyait que les congrégations religieuses n'avaient plus le droit d'enseigner.

 

Au nom de la laïcité, le président du Conseil, Émile Combes, peut annoncer : « L'anticléricalisme est l'œuvre la plus considérable et la plus importante pour l'émancipation de l'esprit humain ».

 

Les lois du 3 septembre 1940 et du 8 avril 1942, confirmées à la Libération, abrogent la loi du 7 juillet 1904.

 

« La France a gardé en mémoire la loi de juillet 1901, au nom de laquelle sont déposés les statuts d'innombrables associations. Mais ce texte libéral a eu sa « face sombre » : son titre III mettait en place une législation sévère à l'encontre des congrégations religieuses, dont la République voulait briser l'influence politique et sociale.

 

Le gouvernement d'Émile Combes, formé en 1902, choisit d'appliquer le texte avec rigueur, avant de faire voter la loi de juillet 1904 qui interdit tout enseignement aux congréganistes. Lorsque la Séparation intervient, il n'y a plus en France, officiellement, de jésuites ni de Frères. C'est l'heure d'une catastrophe sans précédent pour les congrégations et leurs dizaines de milliers de membres. Les unes demandent une autorisation qui leur est refusée ; d'autres choisissent d'emblée la clandestinité ou encore l'exil. Des centaines de couvents, collèges et écoles, des milliers de religieux et religieuses, et bon nombre de leurs élèves, gagnent les pays limitrophes de la France mais aussi l'ensemble de la Méditerranée, le Canada, les États-Unis, l'Amérique latine et jusqu'au Japon ou l'Australie. Exil planétaire, vécu dans la douleur mais aussi l'esprit missionnaire, et qui répand en deux traînées parallèles le catholicisme à la française, la langue et les livres nationaux. Il arrive, du reste, que la France soutienne, au Levant, des enseignants dont elle ne veut plus sur le sol métropolitain. On n'avait jamais pris la mesure de cet exil méconnu, le dernier qui ait marqué l'histoire politico-religieuse tourmentée de la France. »

 

Le grand exil des congrégations enseignantes au début du XXe siècle. L'exemple des Jésuites 

 

Des religieuses en habit de religieuse j’en croise souvent dans les rues de Paris ; la ville capitale abrite encore des couvents et des maisons mères de congrégations religieuses.

 

Rien ne menace les religieuses en cornettes, elles vont et viennent dans les rues dans l’indifférence générale. Alors, pourquoi donc proclamer en titre leur disparition programmée ?

 

 

Tout simplement parce que j’ai lu ceci :

 

« Le constat est évident : la bonne et gourmande religieuse au café ou au chocolat a quasiment disparu des pâtisseries françaises, au profit de l’éclair qui lui, se décline avec plusieurs autres parfums comme la vanille ou la pistache. Enquête à Tours ! 

 

Le drame, c’est justement cette recette de base identique. Le temps étant de l’argent, les artistes-pâtissiers français optent et misent sur le gain et le temps de fabrication : l’éclair est plus rapide et pour notre religieuse, la messe est dite.

 

Pour la petite histoire, l’éclair est plus ancien, il apparaît vers 1850, toujours en France, sous le nom de « Pain à la Duchesse » ou « Petite Duchesse ».

 

Pour les défenseurs de la belle  langue, l'éclair est du genre masculin et d’après l’Académie française, il est ainsi nommé car rapide à manger… »

 

C’est le Signor Frascati, glacier d’origine napolitaine, qui propose à la clientèle de son café parisien en 1856, cette  gourmandise sucrée.

 

Lire ICI 

 

« La couleur de son glaçage rappelle celle de l’habit des nonnes, et sa forme celle de leur silhouette, conférant ainsi au gâteau le nom de religieuse. À l’époque sortent aussi de chez Frascati des religieuses à la vanille. En outre, la religieuse est alors constituée d’un carré de pâte à choux fourré de crème pâtissière et surmonté de crème fouettée. Un peu plus tard, elle prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui grâce au pâtissier Chiboust, l’inventeur du saint-honoré. La crème Chiboust est la même dont on agrémente la religieuse. »

 

« … Curieusement, ce n’est pas la religieuse qui fit la renommée du café Frascati à l’époque, mais la littérature classique, qui l’évoque à travers les œuvres d’Alexandre Dumas (dans Georges : c'est le lieu où le riche mulâtre vient jouer des sommes folles, éblouir le Tout-Paris et braver le racisme.) ou d’Honoré de Balzac.(Dans La Fausse Maîtresse, il est dépeint comme un endroit où il faut se montrer ; dans Illusions perdues, c'est un enfer de jeu et de débauche, mais aussi un haut lieu de gastronomie où la lorette Florine vient commander des mets pour ses grands repas. On le retrouve encore dans La Fille aux yeux d'or, Les Employés ou la Femme supérieure, Splendeurs et misères des courtisanes.)

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H le merlan, Serge de son vrai prénom, nous a sorti sérieux comme un pape : « que la nuit pour dormir ça n’existait pas. C’était une invention de bourgeois… »  (48)

Armand devait retrouver la balance en fin de matinée, le lendemain, au même endroit. Le programme du Gustave, réglé comme du papier à musique, se résumait à la séquence : rencontre dans un bar des Champs avec son contact des RG – un certain Poirot, celui qui avait passé contrat avec Armand – puis, selon ses propres déclarations, dégorgeage de burnes dans le fion d’une vieille morue de la rue de Ponthieu, enfin nuit du côté de la Porte d’Orléans avec ses enculeurs de mouches. « Putain, ces branleurs ne carburent qu’au Nescafé, c’est dégueu, et ils fument comme des pompiers, j’en ai ma claque tu sais de leurs parlottes interminables. Y’m’arrive de m’endormir. Ça ne les dérange pas, y’me demandent jamais mon avis. L’autre soir, celui qu’a une gueule de merlan, j’sais plus son nom de guerre, y ce sont tous affublés de prénoms Antoine pour Rolin, Pierre pour le chef Benny, y’a que moi qui suis toujours Gustave, c’est bien la preuve que je compte pour du beurre, donc le merlan, Serge de son vrai prénom, nous a sorti sérieux comme un pape : « que la nuit pour dormir ça n’existait pas. C’était une invention de bourgeois… » Personne n’a rigolé. Ils se sont ensuite empaillés pour savoir s’ils allaient écrire dans leur torche-cul de trac, à propos des mobiles qui gardaient l’ambassade des fantoches du Vietnam du Sud : les cognes, les bourres, les poulets, ou les flics… Moi j’avais envie d’écluser une bière alors j’ai largué une caisse crasseuse et j’ai dit, qu’après tout, nous dans le Nord, on appelait les flics des flics. Ça les a convaincu et j’en ai envoyé un m’acheter de la Valstar à l’épicerie du bas. Ce brave con m’en a ramené un casier. Je les ai sifflées, en bouffant du saucisson sur un bout de pain sec, pendant qu’y continuaient à dégoiser sur les supplétifs des impérialistes américains. Tu ne vas pas te marrer tous les jours avec eux. D’ailleurs, je ne comprends pas bien pourquoi tes chefs font tout ce tintouin pour ces va-de-la gueule, y savent que causer… des révolutionnaires en peaux de lapin c’te bande d’illuminés. La plupart du temps j’entrave que dalle à ce qui disent…»

 

Sur ces fortes paroles le grand Gustave Porcheron rotait, se levait, se tripatouillait l’entrecuisse, tendait sa paluche molle et partait de son pas lourd de sac à bière.  Armand n’en pouvait plus, il fallait qu’il respire, qu’il parle à un type normal, sinon l’envie de tout plaquer, de fuir cette merde grasse, prendrait le dessus. Il enfourcha sa mobylette, fila retrouver son ancien collègue de la brasserie de la place de Clichy, Raymond Dubosc. Il devait préparer son matériel de pêche pour dimanche dans son pavillon de Nogent. Raymond allait le requinquer, lui raconter ses histoires de jeunettes autour d’une bonne fricassée de lapin. Dans la cave de Raymond des bocaux, bien alignés, étiquetés : année, produit, formaient un mur de victuailles permettant de soutenir un siège de plusieurs mois. Avant même qu’il se pointe devant le portillon du jardin de son pavillon il aurait reconnu le bruit de la pétrolette d’Armand, et, sous sa casquette il composait déjà le menu de leurs réjouissances, déjà la bouteille d’aligoté attendait au frais. Armand savait qu’il allait se faire engueuler : « Tu devrais arrêter ces conneries mon garçon. T’as pas abandonné ta putain de terre pour ce boulot de cons. Mais bon comme tu es têtu comme un âne je sais que je parle dans le vide alors on va s’en jeter un et tu vas me raconter comment ça se passe chez Citroën… »

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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 07:00
Sartre s’est-il toujours trompé ? Les années noires de l’Occupation et les années gauchistes post 68

Michel Winock Professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris, écrit : ICI 

 

« Le bilan paraît accablant. On l’a accusé d’avoir été passif sous l’Occupation, compromis avec le totalitarisme, démagogique avec la jeunesse gauchiste. Il sut pourtant, quelquefois, faire preuve de lucidité et de courage. Voici son itinéraire politique. »

 

(1) Sartre, tout comme Simone de Beauvoir, n’a jamais été résistant.

 

Et pourtant, en 1952, quand il décide d’adhérer à la Société des Gens de Lettres, sur sa fiche biographique, à la rubrique « guerre », Sartre inscrit : « Prend une part active à la résistance et aux barricades de Paris. »

 

Un livre, celui de Gilbert Joseph, que Maurice Nadeau dans la Quinzaine Littéraire n°585 (16 septembre 1991), présente ainsi : « Un libelle ? Un ouvrage polémique ? Peut-être, mais pas dans la forme, qui est celle d’une chronique historique, de l’épluchage du passé, d’un genre en tout cas où, si on ne se prive pas de commenter, on accumule faits et témoignages, on administre des preuves, avec recours aux archives en tout genre et jusqu’aux rapports de police. »

 

« Le propos en est simple : Sartre (pas plus, évidemment que son amie, Simone de Beauvoir) n’a été résistant. En outre, tant dans son métier de professeur que dans son activité écrivante, il n’a jamais manifesté le moindre signe de révolte contre l’Occupant. Il s’est soumis aux lois de Vichy (en signant, comme fonctionnaire, le serment de fidélité à Pétain), il a accepté que sa pièce Les Mouches soit visée par une double censure : celle des directeurs de théâtre collaborationnistes et celle, du Theaterguppe allemand, il l’a fait représenter dans un théâtre « aryanisé », l’ex-théâtre Sarah Bernhard. »

 

« On ne peut douter que le nazisme lui faisait horreur. Pourtant il a ignoré le génocide juifs, et plus généralement la politique d’extermination du IIIe Reich dans l’Europe occupée. Pas un mot sur les rafles à Paris, pas un mot sur Drancy ni sur les camps nazis en général. Il se désintéresse totalement des événements. »

 

Dans Une si douce occupation, Gilbert Joseph, ne se contente pas de cette appréciation générale, elle n’est que la conclusion d’une démonstration où sont suivis à la trace Sartre et de Beauvoir. Il aligne les témoignages, recopie rapports d’inspection ou de rectorat, fouille les archives.

 

Il déteste Sartre et plus encore Simone de Beauvoir à qui il ne concède aucun talent littéraire.

 

Il est impitoyable à l’égard d’autres têtes de Turcs :

 

  • Albert Camus qui accepte d’enlever du Mythe de Sisyphe un chapitre sur Kafka, écrivain juif ;

 

  • Malraux qualifié de « résistant de la onzième heure » ;

 

  • Gide, Claudel, Duhamel, Romains, Martin du Gard… 

 

  • « Tous ces écrivains étaient tellement dominés par l’Histoire et passaient si bas par-dessous qu’ils n’en étaient même pas pénétrés, à moins que l’énormité de la tragédie ne dépassât leur faculté d’expression. Ce fut la démission des élites françaises, un silence complice des horreurs récentes et qui ne fut même pas troublé. »

 

Qui était résistant s’interroge l’auteur : « moins de 30 000 personnes, 0,5% de la population… »

 

Nadeau s’interroge sur cet auteur, talentueux mais féroce et amer, qui est Gilbert Joseph « Un justicier ? Un homme de parti ? D’extrême droite ou d’extrême gauche ? »

 

Pour avoir des réponses, avec Anne Sarraute, il va le voir.

 

Il lui tend un livre : Combattant du Vercors, Fayard, 1972 et, en le lisant, il apprend :

 

« Que Gilbert Joseph s’est engagé à 16 ans, alors qu’il était lycéen, dans le maquis du Vercors et qu’il en a vécu jusqu’aux massacres de la fin. Un livre sans concession, également féroce (pas seulement à l’égard des militaires) et amer. »

 

Nadeau conclue « ce chasseur de mythes a la parole lente, monocorde et douce, un beau regard, profond et triste. Un homme désespéré. Sereinement désespéré. »

 

 

Les années gauchistes

 

Tous les commentateurs s’accordent à voir dans la guerre du Vietnam une des causes profondes des mouvements d’étudiants qui débouchèrent sur « 68 », aussi bien aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, au Japon, et en France. Sartre était toujours «dans le coup ». En 1967, il préside le tribunal Russel, auto-institué pour juger des crimes de guerre des Américains au Vietnam.

 

Il est vrai qu’à cette époque Sartre a perdu de son rayonnement. La mode n’est plus en France à l’existentialisme ni au marxisme : Lévi-Strauss, Foucault, Lacan, les linguistes, ont assuré le succès du structuralisme. L’impératif de scientificité l’emporte sur celui de l’engagement. Sartre, qui s’emploie à défendre l’histoire contre cette nouvelle culture, n’a plus la ferveur de la jeune génération. Mais l’explosion de Mai lui offre sa revanche. Il n’en a pas été l’inspirateur ; il en sera le militant, en se faisant l’écho de la révolte, sur les estrades, dans les journaux, et jusqu’aux portes des usines.

 

Une fois encore le voilà porté aux extrémités. Il fustige dans Le Nouvel Observateur son ancien « petit camarade » Raymond Aron, qui « ne s’est jamais contesté et c’est pour cela qu’il est, à mes yeux, indigne d’être professeur » ; il foudroie les communistes qui « ont peur de la révolution » ; il dénonce avec les gauchistes les élections « pièges à cons ». La réforme d’Edgar Faure votée, il s’indigne contre la « participation » : « réforme bidon », « mystification pure et simple ».

 

Son programme pour les étudiants ? Il le donne dans une interview au Nouvel Observateur, le 17 mars 1969, où, plutôt que de « se pendre » ou de « se vendre », il leur préconise de « s’unir » : « conserver leur pouvoir négatif, mener une guerre d’escarmouches contre les vieux qui les gouvernent, rallier, dès qu’ils pourront, le gros des travailleurs, force principale de la révolution, et foutre le régime en l’air. » À soixante-trois ans, Sartre garde toutes ses dents.

 

Années gauchistes : soutien aux mots d’ordre extrémistes, solidarité avec les maoïstes de la Gauche prolétarienne, vente publique de La Cause du peuple, dont les éditeurs ont été arrêtés, parrainage et direction du quotidien Libération, visite à Baader (chef de la Fraction armée rouge), dont il dénonce les conditions d’enfermement dans la prison de Stammheim, Sartre va même jusqu’à justifier l’attentat perpétré par un groupe terroriste palestinien contre les athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich, en 1972.

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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 06:00
1946. Les ministres communistes Charles Tillon (à gauche) et Marcel Paul, à la sortie de l’Élysée. Photo : Rue des archives/Taillandier

1946. Les ministres communistes Charles Tillon (à gauche) et Marcel Paul, à la sortie de l’Élysée. Photo : Rue des archives/Taillandier

À l’usine de Levallois, le premier contact avec le noyau dur des syndiqués, Armand l’avait eu avec les vendeurs du journal « l’Étincelle », des trotskystes marginaux, avec qui il entama des discussions animées dans les cafés environnant. C’étaient de braves mecs, englués dans leurs querelles intestines, en butte avec les membres du « parti ouvrier stalinien » qui tenaient, au travers de la cellule du PCF, les adhérents de la CGT de l’usine. Leur feuille de choux avait un certain succès auprès des ouvriers ce qui emmerdait les plus sectaires des communistes. Ils la bricolaient avec les moyens du bord, achetaient les stencils, le papier et l’encre, et avec le pognon récolté lors de l’organisation d’une tombola, qui eut un franc succès, ils purent acquérir la bécane pour tirer leur bulletin. De cette tombola, ils aimaient raconter l’anecdote des lots. Ceux-ci avaient été fournis par des copains du PSU : du vin, des conserves mais aussi des livres. Certains ouvriers, qui ne lisaient guère, leur dirent que c’était une bonne idée de placer des livres dans les lots, alors que les paniers garnis du PCF, eux, ne contenaient que de la bouffe. Lors du tirage de la tombola, autour d’un verre, les oreilles des alignés sur Moscou sifflèrent ce qui, bien sûr, mis un peu plus d’huile dans les rapports cordiaux entre la maigre poignée de militants syndicaux de l’usine.

 

Armand ce qu’il aimait par-dessus tout c’était d’entendre les histoires des anciens. Lucien, un vieux tourneur, racontait qu’à la Libération, le Parti Communiste était si puissant qu’il lui suffisait de convoquer une réunion de section pour que l’usine s’arrête. Mais, comme c’était, avec Marcel Paul Ministre de la Production Industrielle, l’époque du « produire d’abord ! » et que « la grève était l’arme des trusts », l’heure n’était pas aux débrayages, pire lorsque le directeur organisait une réunion à la cantine pour demander : « Mes amis, il serait bon qu’on puisse produire 17 tours le mois prochain ! » le responsable syndical prenait alors la parole pour surenchérir : « Camarades, nous pouvons en sortir 20 ! ». Et Lucien d’ajouter, en se marrant, « Et, bien sûr, on les sortait ces putains de tours. Pour la France… ». Ils éclusaient leurs godets en claquant de la langue, comme s’ils célébraient encore la performance. Lucien était un accro de l’Aligoté. « Ça me fluidifie le sang… » disait-il « avec toute la merde qu’on respire dans ce trou à rats c’est comme si je m’essorais l’intérieur d’un coup de bon air de Bouzeron, mon village natal… » Entre deux tournées, il se roulait des clopes au gris Scaferlati et, le jour où il avait raconté à Armand l’histoire du délégué syndical productiviste, un peu cabot, le Lucien avait attendu que celui-ci soit bien enveloppé des brumes de l’Aligoté, pour se livrer le plus drôle de l’histoire : « Tu sais, le gars qui joue du piano dans les fêtes syndicales, un foulard rouge autour du cou, c’est notre chef d’atelier. Celui qui nous fait suer le burnous. Be oui, l’a bien changé, mais c’est le même qui léchait le cul des copains de Thorez… »

 

Comme la grande maison, dans sa grande bonté, ne payait pas Armand pour fraterniser avec l’avant-garde de la classe ouvrière, mais pour aller fourrer son pif dans les petites affaires des adorateurs du grand Timonier, il donna rendez-vous à Gustave la balance, l’infiltré, pour le samedi suivant, par téléphone, à nouveau au buffet de la gare du Nord. La perspective de rencontrer cette raclure ne l’enchantait guère mais, comme sans lui, il ne pouvait s’introduire, sans éveiller de soupçons, dans les petits papiers des éminences de la GP, il devait en passer par là. Tout ce passa au mieux. Gustave se révéla pire que prévu, immonde et faux-derche. En l’écoutant Armand ne pouvait s’empêcher de penser que vraiment les têtes d’œufs de la rue d’Ulm devaient être encore plus déconnectées de la vie réelle qu’il ne pouvait l’imaginer pour accorder du crédit à ce type. Retord le Gustave chercha encore à l’amadouer puis, l’alcool aidant, il se fit un peu menaçant. Armand le laissa s’échauffer, le laissa dire en sans répondre, en le poussant à la consommation de Cognac. Quand il fut plein, Armand, régla l’addition, et le quitta en le rassurant « Te fais pas des trous dans l’estomac Gustave, moi je suis réglo… », ce qui ne manquait pas de sel s’adressant à une balance.

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 07:00
Lorsqu’un plat quasi-oublié est 1 concentré d’Histoire : brouillamini, pot-pourri, Macédoine et macédoine…

Je venais d’avoir 15 ans lorsque survint le 25 juillet 1963 le tremblement de terre de Skopje.

 

« Après plusieurs secousses de moindre ampleur, une plus forte a été ressentie en milieu d'après-midi, vers 15H10 locales (13H10 GMT), d'une amplitude de 5,3 sur l'échelle ouverte de Richter, selon l'institut de sismologie macédonien. L'épicentre a été relevé à sept kilomètres à l'est de Skopje.

 

Une dizaine d'autres ont encore été ressenties jusqu'à la fin de l'après-midi.

 

Des habitants sont descendus dans les rues, se regroupant dans les espaces verts de la capitale. Certains restaient dehors en début de soirée, refusant de rentrer chez eux.

 

Le tremblement de terre de 1963 avait fait 1.100 morts et détruit une grande partie de la ville. »

 

Je découvris que Skopje était la capitale et la plus grande ville de la République de Macédoine, faisant partie de la Yougoslavie de Tito. À l’époque du séisme de 1963, c'était une ville moyenne d'environ 166 000 habitants et elle se trouvait à la tête d'une vaste municipalité comptant 312 000 habitants ainsi que de nombreux villages. Elle compte aujourd'hui un peu moins de 700 000 habitants.

 

Impact du séisme

 

1 070 morts, plus de 3000 blessés et près de 150 000 sans-abris, destruction de 80 % de la ville, ruine de nombreux établissements recevant du public sensibles et stratégiques : plusieurs hôpitaux, 8 écoles primaires et 11 établissements secondaires, 32 infrastructures sportives, 9 polycliniques, et un grand nombre d'autres institutions, comme l'université et la bibliothèque nationale, perte de la majorité du patrimoine historique et culturel de la ville un milliard de dollars de dégâts équivalent au budget annuel de la Yougoslavie à l’époque.

 

La mobilisation internationale pour venir en aide à la ville sera forte et la reconstruction rapide.

 

Ça m’avait beaucoup marqué et ce qui m’avait en plus beaucoup étonné c’est qu’à la maison nous mangions de la macédoine de légumes.

 

Pourquoi diable un plat bien ordinaire portait-il le nom d’une République des Balkans ?

 

Les Balkans c’était pour moi l’assassinat le 28 juin 1914, à Sarajevo, de l'héritier de l'empire austro-hongrois et son épouse par un terroriste serbe, Gavrilo Princip (19 ans).

 

Imputé non sans raison à la Serbie par le gouvernement autrichien, l'assassinat va servir de prétexte au déclenchement de ce qui deviendra la Première Guerre mondiale. »

 

« Les Balkans témoignent de contradictions géographiques et politiques, perceptibles dans le changement d’appellation des lieux au cours de l’Histoire : de la péninsule illyrienne, grecque, byzantine à la « Turquie d’Europe » plus récente. Il est resté une dénomination venue des Turcs, les « Balkans ».

 

Cette presqu’île n’offre pas de frontières naturelles difficiles à franchir. Les délimitations des géographes et historiens sont relatives et souvent arbitraires, et donc contestées. Sa définition est difficile, car, étant associée à la progression des troupes ottomanes, cette « zone de turbulences » garde aux yeux de certains un caractère négatif. Marqués par les bouleversements telluriques et historiques, les Balkans témoignent d’une pluralité et d’une variété démographiques, ce qui pose un grand nombre de questions en termes de rapports ethniques, de constructions identitaires et territoriales. Les revendications s’appuient aussi bien sur le mythe que sur l’Histoire.

 

L’apparition de l’État-nation a constitué dans ces régions de multiples fractures à l’image du schisme chrétien de 1054, divisant Églises et croyances, empires et pouvoirs, styles et écritures. L’islam a engendré de nouvelles oppositions ou intolérances. Les puissances étrangères sont intervenues dans ce jeu pour tenter de le stabiliser tout en déterminant leurs sphères d’influence, figeant par le jeu des traités une multitude de questions irrésolues ou conflictuelles, sans apporter de réponse durable. Cet inachevé, dans une histoire faite de partages, suscite des frustrations, et nécessite une réécriture qui tarde à se faire jour, faute d’apaisement entre les différentes sensibilités.

 

« Cet espace qui produit plus d’histoire qu’il n’en peut consommer » W. Churchill

 

Dans Balkans-transit François Maspero écrit :

 

 

« Je marchais dans le quartier turc de Veliko Tirnovo la bulgare, je parlais à des Serbes de Kumanovo la macédonienne, à des Albanais du Kosovo yougoslave, et l'interrogation était là, lancinante : est-il possible que « ça » arrive aussi ici ? Et dans ce cas, croyez-moi : « ça » arrivera bien aussi un jour chez nous... »

 

Cinq ans de périples dans les Balkans : Albanie, Macédoine, Grèce, Bulgarie, Roumanie... Et la Bosnie. Parce que, dès les premières rencontres, on lui a dit : « Nous sommes ici au coeur de l'Europe. »

 

 

Depuis 26 ans, la Grèce et l'ancienne république yougoslave s'écharpent sur l'utilisation du nom « Macédoine », qu'ils revendiquent tous les deux. Le premier pour sa région, le deuxième pour son pays.

 

Les deux territoires se disputent donc le terme. En Grèce, près de 90.000 manifestants ont ainsi protesté, dimanche, contre le maintien du mot « Macédoine », dans le nom définitif et officiel de son voisin.

 

La Macédoine est l'un des pays les plus pauvres d'Europe et régler cette histoire lui permettrait de se  rapprocher de l'Union européenne et de l'Otan. Pour l'instant, face aux pressions des Grecs, la Macédoine a été admise à l'ONU, mais sous le nom d'Ancienne république yougoslave de Macédoine.

 

Le gouvernement grec est favorable à un règlement du différend avec son voisin, qui remonte à 1991, en acceptant a priori « un nom composé » comme Macédoine du Nord ou Nouvelle Macédoine pour nommer l'ex-République yougoslave, tout en la distinguant de la province frontalière homonyme du nord de la Grèce.

 

François Marin, dans une édition parue en 1758 de ses Dons de Comus ou l’Art de la cuisine (tome 2), mentionne page 116 le terme macédoine au sein de sa recette de la Poularde à toutes sortes de légumes : « Aux pois. Aux petits haricots. Aux fèves de marais, à l’ordinaire, ou en macédoine. ». Si ce terme de macédoine est né près des fourneaux, comme on peut fortement le croire, il faut que le fait se soit passé entre 1755, date où fut publié les Soupers de la Cour, et 1758 où le mot figure dans les Dons de Comus.

 

On est ainsi évidemment fondé à croire que c’est par l’art culinaire que macédoine est entré dans la langue, quand on considère :

 

1° Qu’en qualité de terme de jeu de cartes, ce mot apparaît treize ans après le 32e volume des Mémoires secrets de Bachaumont, où il ne se dit pas encore sans épithète en parlant d’un mélange littéraire ;

 

2° Que le Dictionnaire de De Wailly, qui semble avoir été le premier à l’enregistrer, le signale comme signifiant uniquement une « sorte de ragoût » ;

 

3° Enfin, que François Raymond, qui donne les trois significations actuelles de ce mot, commence par celle de « mets composé de plusieurs sortes de légumes ».

 

Quant au mot macédoine lui-même, ce n’est probablement qu’une allusion à la variété incroyable de peuples auxquels Philippe et Alexandre imposèrent les lois de la Macédoine, et dont on remarquait les vêtements divers et confus dans les armées de ce dernier. Rien ne permet toutefois de changer cette conjecture en certitude.

 

Conclusion : de nos jours la conserve de macédoine est habituellement composée de cubes de carottes, de petits pois et de morceaux de maïs, elle est en quasi voie de disparition… Elle se consomme en général avec une mayonnaise.

 

Sources : Macédoine

(D’après « Le Courrier de Vaugelas », paru en 1878)

 

Les cahiers balkaniques ICI 

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H « Allez mon garçon, raconte-moi ce qui te met dans cet état. Dégorger ça fait du bien, ça essore… » (46)

À peine moins d’un an après le raz-de-marée des élections de juin 68, la France honteuse de ses faiblesses au temps de Vichy venait, en abondant les voix de la gauche rancie et celles des collabos de Moscou, de foutre de Gaulle dehors. Le grand trublion, avec ses histoires de grandeur de la France, son indépendance nationale et ses velléités de participation, laissait la place et les manettes à ceux qui allaient s’employer à dilapider son héritage pour mieux s’enrichir. Pourtant, lorsque le 22 septembre, notre normalien de Président, questionné par Jean-Michel Royer, sur ce qu’il était maintenant de bon ton d’appeler « l’affaire Russier », allait convoquer Paul Eluard pour jeter un étrange voile sur Gabrielle, délivrer, une brève et ambiguë, oraison funèbre : «  Comprenne qui voudra… » lança-t-il. En exergue de son poème, Eluard a écrit : «  En ce temps-là pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait jusqu’à les tondre. » Pompidou était prévenu, du poème d’Eluard filtre une émotion poignante :

 

 Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont des morts pour être aimés                 

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

 

Pompidou, bien sûr ne le cita qu’en partie, et avec quelques approximations, mais sa compassion me parut étrange et théâtrale, car Gabrielle n’était pas une « fille galante » mais une femme sacrifiée sur l’hôtel des bien-pensants.

 

Le grand Ferdinand, bravant son chef de rang, s’asseyait face à Armand « Allez mon garçon, raconte-moi ce qui te met dans cet état. Dégorger ça fait du bien, ça essore… » Alors, tout en pensant, que le Ferdinand, avec ses kilos de préjugés, n’allait pas vraiment approuver les ébats de Gabrielle Russier, il se laissa quand même laissé aller. À sa grande surprise, plus il avançait dans son histoire, plus le Ferdinand devenait blanc, ses grands battoirs trituraient le pan de son tablier et, à un moment, Armand se disait que c’est lui qui allait se mettre à chialer. Pour ne pas rajouter à son trouble il fit celui qui n’avait rien remarqué et, quand il se tut, d’une voix enrouée, en chuchotant, le Ferdinand a lâché « Pourquoi faut-il toujours se cacher. On ne fait de mal à personne. Putain, ce n’est pas un crime de s’aimer. Même entre garçons… » Il l’avait dit, ce devait être la première fois. Armand ne savait quel était le plus surpris des deux, mais sans contestation le grand Ferdinand. Tant d’audace le stupéfiait : cracher le morceau à un inconnu ça il n’y aurait jamais pensé. Comme pour se rassurer, avec un petit sourire, il ajoutait « Be oui, j’en suis… » Alors Armand lui sourit. Ça lui a suffi au grand Ferdinand. Il s’est levé. Armand a réglé et, en sortant, il a lancé un « à demain Ferdinand… » ce qui a achevé de rasséréner ce dernier. En écho, Armand eu droit à mon « au revoir monsieur Boulineau», ce qui, au Sélect, équivalait à une admission dans le cercle très fermé des habitués.

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 07:00
La France, Paris vu par 2 new-yorkais, Amy et Ferguson, 18 ans, juillet 1965, ils dînaient dans des restaurants bons et pas chers comme la crèmerie Polidor un des endroits où, dit-on, mangeait James Joyce.

Message de santé publique : l’abus de lecture de mes chroniques nuit à la santé des GC.

 

« Amoureux transi de la capitale française, Paul Auster raconte qu'il aurait bien aimé passer un an à Paris avec sa femme, avant de se raviser. « On a décidé tous les deux que ce n'était pas possible. Il faut que l'on reste à New York, aux Etats-Unis, pour lutter contre ce qui se passe là-bas » à propos de la présidence américaine actuelle.

 

Comment lutter ?

 

« Parler, écrire, voter, et puis toutes les autres choses que l'on peut faire, comme donner de l'argent aux causes dans lesquelles on croit. »

 

« C'est un véritable pavé. 4 3 2 1, le nouveau roman de Paul Auster et ses 1.020 pages s'invitent dans cette rentrée littéraire de janvier. Plus d'un millier de pages pour raconter quatre vies différentes, mais d'un même personnage : Archie Ferguson.

 

« Je pensais que ce livre allait me prendre 6 ou 7 ans à écrire", confie Paul Auster. Il n'en a finalement rien été. Trois ans et demi « auront suffi » pour 4 3 2 1. « J'ai travaillé sept jours sur sept, plus ou moins huit heures par jour », détaille l'écrivain. « Je n'ai fait rien d'autres pendant ce temps : pas de voyages, pas de lectures, pas d'entretiens. Avec ma femme, on est très peu sorti. »

 

« Je n'étais jamais confus ».

 

« Et il faut dire que je n'avais pas de plan. C'était totalement improvisé, du premier mot jusqu'à la fin. Chaque jour, je rentrais dans ma chambre de travail et je ne savais pas ce que j'allais écrire ce jour-là », raconte Paul Auster.

 

 

 

« Le choix de la France était inévitable puisqu’ils étudiaient tous les deux le français et avaient envie de le parler plus couramment mais aussi parce que la France était le centre de tout ce qui n’était pas américain, avec les plus grands poètes, les plus grands romanciers, les plus grands réalisateurs, les plus grands philosophes, les plus beaux musées et la meilleure nourriture, et, sans autre bagage que leur sac à dos, ils quittèrent le sol américain à Kennedy Airport à huit heures du soir du 15 juillet, le lendemain de la célébration annuelle de la prise de la Bastille en France. »

 

[…]

 

« L’hôtel parisien où ils étaient descendus était si obscur qu’il n’avait même pas de nom. L’enseigne au-dessus de la porte d’entrée indiquait simplement HÔTEL et la chambre rudimentaire qu’ils partageaient rue Clément dans le 6e arrondissement faisait directement face au marché Saint-Germain, cette chambre dix-huit, petite, mais suffisamment grande, qui n’avait ni téléphone, ni la télévision, ni la radio, qui était équipée d’un lavabo à l’eau froide mais pas de toilettes, coûtait dix francs la nuit, l’équivalent de deux dollars, ce qui revenait à un dollar chacun et quelle importance si les toilettes au fond du couloir n’étaient pas toujours libres quand on voulait y aller, et si la douche, une cabine exigüe de métal coincée dans le mur en haut de l’escalier n’était pas toujours libre quand on voulait s’en servir, l’essentiel était que la chambre soit propre et claire et que le lit soit assez grand pour qu’on puisse y dormir confortablement à deux et encore plus important, que le propriétaire de l’hôtel, un homme corpulent et moustachu nommé Antoine, se fiche complètement que Ferguson et Amy partagent ledit lit si manifestement ils n’étaient pas mariés et étaient assez jeunes pour être ses propres enfants.

Ce fut la première chose qui leur fit aimer la France (cette indifférence bénie pour la vie privée d’autrui)… »

 

[…]

 

« … et bien sûr il y avait la cuisine, la cuisine française qu’ils dégustaient avec enthousiasme lors du seul repas au restaurant qu’ils prenaient tous les soirs après un petit-déjeuner de pain beurré et de café (tartine beurrée et café crème)  un déjeuner de sandwiches faits maison (jambon de Paris) ou au fromage (gruyère, camembert, emmental) et les dîners le soir dans les restaurants bons et pas chers signalés dans L’Europe pour cinq dollars par jour, comme le restaurant des Beaux-Arts et Wajda à Montparnasse, la crèmerie Polidor (un des endroits où, dit-on, mangeait James Joyce), ils dégustaient des mets et des plats qu’ils n’avaient jamais goûtés à New-York ni nulle part ailleurs, poireaux vinaigrette, rillettes, escargots, céleri rémoulade, coq au vin, pot-au-feu, quenelles, bavette, cassoulet, fraises à la Chantilly et cette délicieuse bombe sucrée connue sous le nom de baba au rhum »

 

4321 Paul Auster pages 477-478-479

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Published by JACQUES BERTHOMEAU
16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Quel crime avait commis Gabrielle Russier pour être jetée, pour 8 semaines, à la fin du printemps 69, dans une cellule sordide de la prison des Baumettes ? Aimer un grand jeune homme (45)

Requinqué, Armand commandait alors un croque-monsieur avec un verre de Brouilly et se plongeait dans la lecture du Monde l’austère qu’il achetait à un vendeur à la criée. Dans les cafés parisiens, surtout les plus chics, seul le statut d’habitué vous donne droit à un traitement chaleureux, qui parfois confine au statut de larbin, surtout lorsque, comme lui, on arrose le personnel de pourboires généreux. Sans rouler sur l’or, Armand, comme la grande maison lui assurait de quoi vivre, qu’elle prenait en charge le loyer de son gourbi de la Butte aux Cailles, avec que la maison Citroën lui assurait, le maigre salaire d’un OS – toujours assez mince même si les accords de Grenelle avaient rallongé un peu la sauce – il s’en servait pour claquer un peu de blé. Ferdinand, qui était de service le matin, après l’avoir battu froid les premiers jours, face à sa munificence et sa lecture du Monde, le prit très vite sous sa protection. Archétype du vieux titi parisien il alternait des réparties désopilantes et des propos de la France un peu rance qui râle à tout propos sur tout et rien. Armand était bon public, se gondolait à la plus petite plaisanterie, approuvait ses pires insanités. Le Fernand appréciait. Le seul nuage obscurcissant un peu  leur lune de miel provenait du flou de mes réponses lorsqu’il tentait de le pousser aux confidences sur ses activités. Armand ne craignait pas son indiscrétion, d’ailleurs il aurait pu s’inventer une troisième vie, simplement il voulait le tenir un peu à distance avec juste ce qu’il faut de mystère.

 

Un matin Armand découvrit un entrefilet annonçant la fin tragique de Gabrielle Russier. Bouleversé, il devint blanc comme le tablier de Ferdinand qui, planté face à lui, tel un ange exterminateur enveloppé, le contemplait avec un étonnement mêlé de commisération. Armand se mit à pleurer en silence, des larmes tièdes et dodues qui s’accumulaient en une petite mare gluante sous son nez avant de s’égoutter sur la page grisée de son journal. Gabrielle Russier, la suicidée par le gaz, avait trente-deux ans, Christian Strossi son élève en seconde au lycée Saint-Exupéry de Marseille, juste la moitié. Dans l’effervescence du mois de mai 68, ils se sont aimés et, les imprudents, devenus amants. Gabrielle est divorcée, mère de deux enfants, promise à un bel avenir à l’université d’Aix, où la mère de Christian est titulaire d’une chaire, elle a craqué pour ce beau jeune homme bien plus mûr que les autres. En ces temps obscurs, que tout le monde a oublié, pour être majeur il fallait passer le cap des 21 ans, les parents de Christian, de « gôche », libéraux, ont porté plainte pour détournement de mineur. Qu’était-ce pays qui pouvait le faire conscrit à 18 ans, l’envoyer à la guerre – lui avait échappé au djebel, son frère aîné non – et lui interdire d’aimer, de faire l’amour avec qui bon lui semble ? Quel crime avait commis Gabrielle pour être jetée, pour 8 semaines, à la fin du printemps 69, dans une cellule sordide de la prison des Baumettes ? Aimer un grand jeune homme, qui aurait pu être lui. C’était tout, alors qu’en ces temps gris, Papon fut, lui, le préfet de police de Paris, le Ministre du Budget du madré de Montboudif, avec du sang sur ses belles mains d’administrateur impitoyable. Crime suprême, leurs corps s’étaient mêlés, enflammés, Christian avait empli cette vieille femme de sa jeune sève. Ils avaient jouis. Condamnée, le 12 juillet – son jour anniversaire – à 12 mois de prison avec sursis et 500 francs d’amende, le Parquet jugeait la condamnation trop faible et faisait appel a minima, et Gabrielle ouvrait le 1er septembre le robinet du gaz. Exit la femme de mauvaise vie, celle qui avait détourné l’innocence vers les infâmes plaisirs de la chair. Bouclé dans une maison de repos par les psychiatres de service, Christian, lui, grâce à la protection de ses parents, allait enfin voir s’ouvrir une sacré belle vie.

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