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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Féroces les tigres de papier, adeptes de l’eugénisme « intellectuel », ils règnent sans partage sur « Base Grand ». (54)

Ceux qui n’ont pas vécu l’effervescence échevelée du mois de mai 68 ne peuvent pas comprendre l’étrange état, mélange de frustration, de manque, d’envie de repasser les plats, dans lequel se sont retrouvés certains lycéens qui avaient dû se contenter, dans leur bahut de province, du rôle de spectateur de la chienlit chère au vieux général. Beaucoup d’entre eux avaient bien sûr organisé des répliques, des poussées d’acné juvénile, de la contestation contre la machine à ingurgiter, mais ce n’était que des ersatz. Alors, ceux d’entre eux qui étaient monté à Paris pour entrer en Prépa, avaient élevé les évènements au rang d’un mythe fondateur. Ils ne touchaient plus terre. Ils ne voulaient pas descendre de leur petit nuage. Ce coitus interruptus, fin prématurée de la grande fête de printemps, les plongeaient dans une forme avancée de fouteurs de merde professionnels. L’ordre régnait à nouveau mais la sève vive de ces jeunes pousses, à la tête bien faite, ne demandait qu’à gicler. Et elle giclait : du règlement intérieur tatillon, avec ses contrôles, ses justifications d’absence, du cérémonial des mandarins, du folklore poussiéreux de Louis-le-Grand, ils font table rase. Le tout est possible est autoproclamé. C’est le règne du bon vouloir d’une poignée de trublions. La hiérarchie s’écrase. S’incline. Se couche. La spirale du bordel s’installait.

 

Armand et Benoît débarquèrent dans ce happening permanent, où ce pauvre Lagarde, le coéquipier de Michard, connu de tous les potaches de France et de Navarre pour ses manuels de littérature, tête de turc n°1, harcelé, bousculé lors d’un concours blanc, débordé, s’écroula victime d’une crise cardiaque dans l’indifférence générale. La Cause du Peuple, le grand organe révolutionnaire, osera écrire «Lagarde meurt mais ne se rend pas » ; en l’occurrence l’imbécile réactionnaire pique sa crise cardiaque. Et, alors que l’administration, les réformistes et les révisos s’empressent autour de la sommité académique à terre, le camp antiautoritaire continue son action ; pourquoi s’arrêter pour une autorité académique ? Peu nous importe le sort d’un pauvre type, du moment qu’il cesse de répandre ses insanités ! » Ce n’est pas du karcher mais du lance-flammes. Féroces les tigres de papier, adeptes de l’eugénisme « intellectuel », ils règnent sans partage sur « Base Grand ». Tout le monde s’écrase, le proviseur et le censeur sont aux abonnés absents, les surgés ne voient et n’entendent rien, alors les insurgés s’enhardissent, libèrent le « jardin privé » du proviseur, le portrait du Grand Timonier orne le monument aux morts.

 

Le soir du rendez-vous avec les chefs du groupe Action de la GP, la cellule « gépéiste » de « Base Grand  se réunissait. L’ambiance était électrique car la semaine précédente, à l’issue de la projection de l’Orient rouge, opéra socialiste-réaliste à la sauce aigre-douce chinoise du Grand Timonier, où, bien sûr, les larges masses paysannes triomphaient des affreux contre-révolutionnaires, les « nouveaux enragés » s’étaient payés le luxe d’envahir la salle voisine où se tenait une réunion d’une association de parents d’élèves « réac ». Bombages des visons de ces dames, croix gammées sur les murs, horions divers et variés : pourris, bourgeois décadent, crises de nerfs, en dépit de la position minoritaire des larges masses étudiantes les mâles bourgeois décadents laissaient les gardes rouges humilier leurs dignes épouses. En dépit du caractère minable, honteux, de cette action, les « partisans » de « Base Grand » sont donnés en modèle. Portés au pinacle de la Révolution prolétarienne. Benoît en entrant dans le hall du vénérable lycée, avec son jean et son perfecto, eut l’impression de pénétrer sur la scène d’un théâtre d’avant-garde où les acteurs singent le réalisme en se fagotant de guenilles et sur-jouent pour persuader le public de leur engagement extrême à la cause des masses opprimées. Les larges masses de la cellule « gépéiste » de « Base Grand », comme me l’avait dit cette ordure de Gustave, n’étaient qu’un ramassis de petits frelons : des impuissants dangereux.

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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 06:00
Manifestation étudiante dans les rues de Caen, lors des événements de Mai 1968. MAXPPP/PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Manifestation étudiante dans les rues de Caen, lors des événements de Mai 1968. MAXPPP/PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Je déclare La France d'hier de Jean-Pierre Le Goff d’utilité publique.

 

 

Le Goff est plus jeune que moi, j’avais quasiment 20 ans en mai 68, mais je mets facilement mes pas de petit Vendéen, fils d’un paysan et d’une couturière, dans ses pas. Je me retrouve dans son parcours d’enfant et d’adolescent.

 

En mai 1968, avec Marcel Gauchet, Paul Yonnet,  Jean-Pierre Le Goff ont régner la pagaille dans la faculté des lettres de Caen. La période marque durablement leur vie et leur œuvre. Mais le trio va évoluer du gauchisme à l'antitotalitarisme. Chacun d'entre eux va opérer une relecture critique des événements de Mai et de leurs conséquences.

 

Janvier 68 à Caen, précurseur des événements de mai 68 

 

« Les Caennais ont vécu trois périodes mouvementées en 1968 : au mois de janvier tout d'abord, à l'université, avec la visite du Ministre de l'éducation Alain Peyrefitte, venu à la faculté pour inaugurer le nouveau bâtiment des lettres et chahuté par les étudiants ; un peu plus tard, dans les usines et dans les rues de la ville avec les manifestations des ouvriers de la Saviem, Jaeger et Sonormel.

 

En mai ce sont les étudiants en sociologie qui lancent le mouvement à l'université. Les salariés s'engagent aussi dès le 13 mai, soutenant ainsi activement l'appel à manifester lancé par les organisations syndicales nationales. Ouvriers et étudiants sont très déterminés et combatifs durant tout le mois de mai. »

 

La suite ICI

 

Votre serviteur était lui à Nantes

 

La première usine en grève c'est Sud Aviation à Nantes, le 14 mai. Le soir même, des étudiants de l'université font 5 kilomètres pour rejoindre l'usine et certains passent une partie de la nuit à discuter avec les ouvriers.

 

C'est la première usine en mouvement. Le 13 mai, la fameuse nuit des barricades à Paris, une émeute éclate à Nantes. Dès le lendemain, l'usine Sud Aviation est occupée par les grévistes, et les patrons sont séquestrés. Ils le resteront jusqu'à la fin du mouvement !

 

Le 24 mai, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent dans le centre-ville. Étudiants, ouvriers et paysans occupent la place Royale, rebaptisée "Place du Peuple". Nantes est la seule ville en France où l'on peut voir des tracteurs défiler au côté des manifestants. La préfecture est attaquée avec des engins de chantiers et prise d'assaut. Un début d'incendie se déclare. Le préfet de Nantes appelle Paris pour demander l'autorisation d'ouvrir le feu sur les manifestants. Heureusement, le pouvoir central refuse. L'hôtel de ville envahi et occupé.

 

C'est le début d'un épisode unique en France : la Commune de Nantes

 

 

Un comité de grève composé d'ouvriers et de paysans décide de prendre en main l'approvisionnement de la ville depuis l'hôtel de ville occupé. Les jours qui suivent, le pouvoir s'est évaporé. La police ne quadrille plus les rues de Nantes. La CFDT du département appelle à poursuivre la remise en cause du capitalisme, du gaullisme, de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le 28 mai, des comités provisoires sont créés afin d'assurer la gestion populaire des caisses de sécurité sociale et d'allocations familiales. Les quotidiens Ouest-France et Presse-Océan publient désormais sous le contrôle des journalistes et des ouvriers du livre.

 

Revenons à La France d'hier

 

« Sensible comme un peintre normand, Le Goff peint ces évolutions par petites touches. Il alterne détails microscopiques mais toujours signifiants et réflexions plus générales. Son constat est clair: le moment 68 est l'instant visible, collectif d'un bouleversement profond qui avait depuis dix ans transformé la jeunesse. «Le “tout, tout de suite” de l'Antigone d'Anouilh, écrit Le Goff, débouchait sur la mort. Passant outre le tragique, la jeunesse révoltée des années 1960 allait faire son programme de vie et d'action dans les conditions nouvelles de la société de consommation et de loisirs.»

 

Jean-Pierre Le Goff ne voulait pas écrire ce livre. L'homme est modeste, pudique, et le sociologue sait trop où peuvent mener les vertiges de l'ego. Il a pourtant choisi de raconter une enfance et adolescence françaises entre 1950 et 1968, non pas pour contempler sa jeunesse et sa trajectoire, moins encore pour gratter de vieilles plaies, mais pour laisser en héritage un récit qui pourrait renseigner les jeunes générations sur le monde d'avant 1968. Il a bien fait. Son livre est précieux comme une correspondance cachée, évocateur comme une photo jaunie, plein de détours, d'atmosphères et de nuances comme le sont les souvenirs.

 

La suite ICI

 

 

Jean-Pierre Le Goff : «68 : Moi, je m’en suis sorti…» 

 

Pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, on confond l’événement lui-même avec les années qui suivront. Une confusion typique de la mythification du mouvement.

 

Dans la France d’hier (Stock), le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui a «fait» 68, remonte le temps, celui d’avant-Mai, pour tenter de comprendre un mouvement contestataire inédit. Et reprendre un récit confisqué selon lui par les soixante-huitards, comme par les contempteurs de la vague libertaire.

 

  • De Mai, vous parlez «d’héritage impossible», que voulez-vous alors transmettre ?

 

Mon but est d’essayer de renouer le fil rompu avec les nouvelles générations. J’ai souhaité revenir sur les faits, écrire un récit pour saisir les conditions sociales et historiques de Mai. Longtemps, l’histoire a été écrite par les vainqueurs, de Cohn-Bendit à Goupil. Une belle histoire qui ne souligne pas suffisamment l’ambivalence du mouvement. Dans «68», il y avait de tout : de l’hédonisme, du contestataire, du politique bien sûr, mais aussi une forme de nihilisme.

 

  • Pourquoi écrire cet essai alors que vous êtes très critique sur cette période ?

 

Le problème n’est pas «Mai». Ce moment historique a mis en question les finalités du progrès, a contesté le moralisme et le paternalisme, le pouvoir et les institutions sclérosés, on ne reviendra pas en arrière. Ce qui m’apparaît avant tout en question est ce que j’ai appelé son «héritage impossible» qui comporte une remise en cause radicale des symboles de l’autorité, une conception de l’autonomie érigée en absolu. Cet héritage a été transmis d’une génération à l’autre, passant par une contre-culture transgressive pour aboutir à un nouveau conformisme social. C’est ce gauchisme culturel, venu des années post-68, qui va servir de substitut à la crise que traverse la gauche en 1981 alors qu’elle arrive au pouvoir et que sa doctrine est déjà en morceaux. Au lieu de faire une révolution violente, les vainqueurs de 68 et de 81 vont mener une révolution culturelle pacifique, ici et maintenant, dans les têtes et dans les mentalités, par la pédagogie, le militantisme de SOS Racisme, par exemple. Ces vainqueurs disaient qu’ils étaient «démocrates», ils avaient, en fait, hérité d’une idéologie pacifiée par rapport à nous qui avons versé dans le militantisme dur des années 70. Ils ont hérité d’une idéologie pacifiée par le féminisme et l’écologie qui rompt avec l’extrême gauche néobolchévique du début des années 70. Ce n’est donc pas Mai ! Mai 68 était globalement machiste, les leaders du mouvement sont des hommes. Les femmes qui créeront le MLF en 1970 se révolteront précisément contre le militantisme sacrificiel et le machisme guerrier qui règnent dans les groupuscules.

 

  • Ce livre se veut aussi une réponse à la pensée anti-68 réactivée par Sarkozy et Wauquiez, aujourd’hui ?

 

Les revanchards ont fait de 68 l’origine de tous les maux de la société. On est passé de la mythification des vainqueurs à une logique de l’histoire très noire, sans faire la part des choses entre les acquis et les dérives. La version des revanchards pas plus que celle des vainqueurs ne permet de comprendre l’événement. On peut être critique sur les idées et les actions menées à cette époque, mais les étudiants contestataires et les gauchistes n’ont pas inventé la crise du christianisme, le discrédit du gaullisme dans ces années-là, la crise de l’université, le mécontentement social.

 

 

  • Vous faites de 68 une révolte de la modernité, de l’adolescence aussi ?

 

Etre adolescent entre la fin de la guerre d’Algérie et 68, c’est déjà vivre dans l’ère du vide. Après les grands récits historiques, il y avait un conformisme de masse autour de la consommation. Mai 68 est un événement multiforme, un moment de pause et de catharsis dans une société qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a été transformée en peu de temps par la modernisation des Trente Glorieuses. C’est dans ce moment historique que l’adolescence va devenir un nouvel acteur social, un modèle de comportement qui fait de l’intensification du présent un mode de vie qui a tous les traits d’une fuite existentielle et du divertissement pascalien.

 

  • Un autre Mai 68 est-il encore possible ?

 

Je n’en peux plus d’entendre dire «ça va revenir !». Nuit debout a poussé jusqu’à la caricature cet héritage impossible : refus de toute hiérarchie, utopie d’une société à l’horizontale en état de récréation permanente. Après 68, la revendication de l’autonomie était autre, elle avait un sens : il y avait un Etat fort, des interdits, on le contestait. C’est dans ce cadre qu’il faut resituer «l’Evénement». «68 était un 1789 socio-juvénile», dit Edgar Morin. Mais, politiquement, c’était une impasse. Il y avait une folie dans les mouvements gauchistes français, il faut le dire ! Moi, je m’en suis sorti, mais nombre de gens sont restés sur la touche. Tous ne se sont pas transformés en bons démocrates ! Il y a un énorme malentendu sur 68. En politique, on ne peut pas prendre ses désirs pour des réalités, c’est l’une des grandes leçons.

 

Cécile Daumas

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Elle n’avait pas le droit de parler dans ce Saint des saints des détenteurs de la vérité révolutionnaire. » (53)

« Avant de me rendre au rendez-vous à « Base Grand » je demandais à mes commanditaires de me faire parvenir un papier sur Robert. Je ressentais le besoin de le décoder, de mieux comprendre sa trajectoire afin d’éviter de me prendre les pieds dans le tapis avec ses petits camarades qui l’avaient « excommunié ». Ce type me glaçait. Je pressentais en lui tout le capital d’intransigeance des hommes d’appareil, sûr d’eux-mêmes, de leurs implacables analyses, imperméables à tout ce qui n’était pas la cause, insensibles aux petitesses de la réalité. Et pourtant, à l’atelier, sur les chaînes, dans le système Citroën, la vie de tous les jours ne collait pas avec les attentes de cet intellectuel en mal de contact avec les prolétaires. Loin d’être comme un poisson dans l’eau, mon Robert se retrouvait sur du sable sec, privé de son élément naturel, incapable d’agir selon ses schémas, soumis comme les autres à la chape du boulot, de la fatigue extrême, de la routine des gestes, de la connerie des petits chefs, de la suffisance des impeccables, de la soumission et parfois même du stakhanovisme de beaucoup de collègues, du temps qui file, des soucis familiaux, de la peur des nervis, de la débrouillardise et de la bonne humeur de ces damnés de la terre. Ici on survit. On s’économise. Parfois, comme une houle soudaine, la masse s’anime pour protester contre un temps de pause écourté. On court tout le temps après le temps. Tout n’est que parcelle, les conversations, les pauses, la cantine, l’embauche, la fin de la journée. On s’égaille. Les « larges masses » ne sont que des escarbilles, aussi grises que les poussières de l’atelier de soudure, qui flottent sans jamais vraiment prendre en masse. Je voyais bien que Robert était désemparé. »

 

« Le PQ des RG sur Robert au temps de sa gloire de grand timonier de l’UJC (ml) alors que les barricades s’érigeaient au Quartier Latin et que les « émeutiers » s’affrontaient avec les mobiles et les CRS et qu’il campait à Ulm dans son splendide et orgueilleux isolement, comme à l’habitude consistait en un ramassis de ragots de fond de chiottes et d’analyses foireuses. Il en ressortait tout de même que notre homme ne dormait plus, vivait dans une excitation extrême car, déjà, la réalité échappait à ses schémas théoriques. Lui qui rêvait debout de la jonction des étudiants avec le prolétariat assistait au dévoiement d’un puissant mouvement par des « petits bourgeois ». C’était infantile. Il enrageait. Voir des non-organisés confisquer le grand élan de la révolution populaire, la transformer en un happening violent, à coups de pavés, de manches de pioches, dans les quartiers bourgeois, le plongeait dans un abime d’incompréhension. Lui et ses amis prochinois avaient beau distribuer un tract « Et maintenant aux usines ! » pour exhorter les étudiants à migrer vers la banlieue, là où vivent et travaillent les larges masses, ils sont à côté de la plaque. Hors la vie, comme toujours. La garde rapprochée de Robert, même si certains sont ébranlés, comme Roland et Tiennot, par la spontanéité et la force de la rue, ne réfute en rien sa dialectique impeccable. La force des avant-gardes, ce noyau dur, d’acier trempé, est d’avoir raison contre tous. Personne n’ose l’interrompre, il est sur l’Olympe, sourd dans sa bulle d’exaltation. Sauf, et c’est le genre de détail qui fait bander le RG de base, qu'une voix discordante s’est élevée pour contester le n°1, l’interrompre, c’est Nicole, sa femme. Crime de lèse-majesté, cette femelle osait lui balancer que les choses ne se passaient plus ici, dans ce huis-clos surréaliste, mais dans la rue. Le maître l’avait viré sans ménagement, avec un argument d’autorité : « Elle n’avait pas le droit de parler dans ce Saint des saints des détenteurs de la vérité révolutionnaire. » Le reste, insinuations sur qui couche avec qui, ne présentait aucun intérêt, sauf bien sûr pour les gros cons de la Grande Maison que ça excitaient. »

 

« Pour Robert c’était le début de la chute aux enfers. Il souffrait. Ne mangeait plus. Divaguait. Il déraillait. Il décollait. Il fuyait le réel dans un discours de fou. Ses lâches compagnons de route, même s’ils s’inquiétaient de son état, soit se planquaient, soient le laissaient délirer au nom de je ne sais qu’elle soumission à la toute-puissance du guide. La dernière clé d’explication d’une situation qui lui échappait c’était bien sûr la théorie de la machination, d’un complot ourdi par une improbable alliance entre le pouvoir et les social-traîtres. Bouclé à double tour dans son hermétisme, il savait. Jamais il n’en démordrait. Mes petits camarades listaient alors un incroyable enchaînement de faits qui montraient que le brillant intellectuel passait la frontière de la raison. Ses actes étaient autant de degrés dévalés qui précédaient l’effondrement. Robert sortait de sa tour d'ivoire, de son réduit, pour se rendre rue le Peletier, au siège du PC, pour offrir son soutien à Waldeck Rochet, sauver la classe ouvrière contre elle-même. Refoulé par les sbires il rédigeait alors une lettre d’insulte à Mao qui s’est déclaré en faveur des barricades. Accompagné d’un ami, il  prenait un train, se sentant traqué il sautait en marche. Tout cela me paraît totalement fou, je doute. En définitive Robert est hospitalisé et se retrouvait en cure de sommeil. Tout ça et bel et beau et bien sûr sert mes plans : je vais cyniquement mettre le doigt où ça fait mal et exploiter le Dieu déchu. »

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 06:00
Nous boufferons tous les pissenlits par la racine mais pas obligés de boire des vins con-con de Dupont puisqu’on a les vins na-na.

Dans ma vieille Vendée crottée c’est sur les bords des chemins, des routins, que le bon peuple allait ramasser des pissenlits pour les manger ou les donner aux lapins comme le faisait ma mémé Marie.

 

Le sieur Bompas, le coéquipier du sieur Dupont, tous deux en partance pour les 2 Rives de la Gironde, communément nommées Bordeaux : « Demain matin, dès l'aube à l'heure où blanchit la campagne (c'est le cas ce matin en Bourgogne!), nous commençons nos dégustations des primeurs à Bordeaux. »  nous dit que :

 

Le printemps arrive, on se met au vert !

 

Pissenlit, doucette ou mâche sauvage, pourpier, roquette, cresson et chicorée, les salades sauvages annoncent les beaux jours.

 

« On dénombre plusieurs dizaines de salades sauvages, dont une bonne trentaine couramment ramassées. Même si l'essentiel des intoxications alimentaires imputables aux végétaux sauvages est dû aux champignons, il peut arriver que l'on confonde salades et plantes toxiques. Il n'est donc pas inutile de se munir d'un guide avant de se lancer dans la cueillette. Aussi pédagogique que pratique, le livre Les Salades sauvages : guide de cueillette*, édité par l'association les écologistes de l'Euzière basée à Prades-le-lez dans l'Hérault, présentent, sous forme de fiches techniques avec photos, les salades sauvages les plus courantes. »

 

*Les Salades sauvages : guide de cueillette

 192 pages illustrées

Prix : 18 € ICI 

 

 

Pour la suite c’est ICI 

 

 Pisse en lit, eh, oui, c’est le CNRTL qui le dit « Composé de pisse (forme du verbe pisser*), de la préposition. en* et de lit*. Cette plante est ainsi nommée en raison de ses propriétés diurétiques.

 

Le très sérieux Figaro titre lui : Le pissenlit, la fleur qui détrempe les lits.

 

« Il est la petite fleur dans la prairie. Celui qui dore de têtes jaunes nos prés verts et que «les petits de l'hirondelle mangent» chez un autre Prévert. Le pissenlit. Voilà le bonhomme rayonnant de nos contrées qui fait également l'éclat des fioles de phytothérapie dans nos pharmacies. La plante herbacée est en effet très utile pour ses propriétés diurétiques. Une vertu qui n'est pas d'ailleurs sans avoir influencé son nom... »

 

«Je sème à tout vent».

 

 

Pierre Larousse est Icaunais né le 23 octobre 1817 à Toucy dans l'Yonne. A l’époque, une grande majorité de la population est analphabète ; le souhait de Pierre Larousse est «d’instruire tout le monde sur toutes choses». Son vœu se concrétise en 1863, avec la parution du premier fascicule du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, qui atteint 20 700 pages en 1876

 

C’est aussi à cette date qu’Emile Reiber dessine le premier logo de la société. L’architecte et décorateur français choisit le pissenlit, pour ses graines qui se dispersent au vent, et ajoute à son illustration la devise «Je sème à tout vent».

 

En 1890, le peintre Eugène Grasset transforme le logo de Larousse. Sur une idée de George Moreau, un autre fondateur du Larousse, l’illustrateur réalise la première et bientôt célèbre «semeuse», qui souffle sur un brin de pissenlit. Au fil du temps, elle subira des évolutions stylistiques. «La semeuse représente la diffusion du savoir »

 

On me dit que le Jacques Dupont, lui aussi bas-bourguignon, est Audiard addict alors je verse à son dossier le film Des pissenlits par la racine de Georges Lautner, sorti en 1964, dans lequel j’extrais une des célèbres répliques de Michel Audiard, placée dans la bouche de Maurice Biraud : « Plus t'as de pognon, moins t'as de principes. L'oseille c'est la gangrène de l'âme. »

 

 

Manger, bouffer, les pissenlits par la racine est notre seule certitude.

« Eh, Brode, eh ! Ça va pas ? Tu parles si ça n'allait pas ! Il était parti bouffer les pissenlits par la racine, le vieux frère. Quand j'ai vu ça – le trou de rien du tout dans le cigare – le temps de la colère m'est monté. »

Faut pas rire avec les barbares Spaggiari Albert 1977

 

 

Nom scientifique : Taraxacum officinale

 

Noms communs : pissenlit, dent de lion, ou encore salade de taupe

 

Nom anglais : dandelion

 

 

« Le pissenlit est une plante à tige creuse, qui comporte un capitule solitaire plat et de couleur jaune : ce sont là ses fleurs, qui sont ligulées. Cette couleur toute particulière est visible de mai à novembre, lorsque le capitule est fleuri et donc prêt à être récolté. C'est une plante herbacée particulièrement vivace, avec une souche épaisse et une racine qui peut descendre jusqu'à 50 cm dans le sol. Ses feuilles, très appréciées pour les préparations, sont disposées en rosettes et réparties de façon inégale, en triangle. C'est une plante que l'on rencontre tout au long de l'année, notamment dans les champs et les prairies, mais aussi dans les endroits humides. »

 

 

« L'utilisation du pissenlit comme plante médicinale trouve ses origines dans l'Antiquité grecque, mais les premières véritables utilisations du pissenlit remontent au XVIe siècle où les médecins l'utilisaient pour soigner les maladies du rein. Le pissenlit a ensuite été employé pour soigner les troubles de la vésicule biliaire, pour faire baisser la fièvre, lutter contre la rétention d'eau, les rhumatismes ou les problèmes de peau. Le pissenlit a été introduit par le Dr Leclerc en ce qui concerne ses bienfaits sur le foie et les voies biliaires. »

 

Du côté cuisine, Olivier Bompas nous conseille le grand classique :

 

La salade de pissenlits

 

Le pissenlit, salade amère au goût un peu poivré, fait partie des salades sauvages les plus appréciées. La garniture est constituée de lardons, de petits croûtons aillés et d'œuf mollet, dont le jaune se mêle à la sauce vinaigrette qui peut être relevée d'un peu de moutarde. Les amateurs rajoutent les lardons juste au moment du service, avec la graisse qui s'est écoulée au fond de la poêle, encore chaude !

 

 

Salade de pissenlits aux lardons & œufs mollets

 

 

Que boire avec ma salade de pissenlits ?

 

Du côté jaja, en revanche, je ne suis pas Bompas qui fait dans les vins con-con, appellation de mon cru pour les vins conventionnels.

 

Le pissenlit est amer, j’aime l’amer !

 

J’adore la macération, l’oxydatif !

 

Je le marie donc avec des vins na-na, appellation  de mon cru pour les vins nature. La sélection est de Cécile la sommelière du restaurant Giovanni Passerini.

 

1- Sava Sol O8 vin de France blanc de Julien Courtois

 

2- Fricando 2016 IGP Emilia Aziendo di là del Fiume bianco

 

3- Gris de Florette Australie rosé de pinot noir

 

 

 

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 07:00
 La résistible ascension de Benoît H Si tous ses petits copains de la GP étaient de cet acabit je n’allais pas être à la fête tous les jours (52)

« Hors les murs de l’usine, Robert, se révélait de la race des intellos impérieux, sûr et dominateur, incapable d’écouter, de la pâte dont sont faits les chefs qui transforment les révolutions en machines infernales au service d’une minorité. Ce que j’avais cru être chez lui du découragement était en fait un orgueil incommensurable doublé d’un sentiment d’injustice : comment était-ce possible qu’un « maître » comme lui, au sens Althussérien du terme, puisse avoir chuté de son piédestal ? L’homme brûlait d’une flamme inquiétante. Je réfrénai mon envie de le contrer, de lui dire que la vraie vie était ailleurs, qu’on ne venait pas sur les chaînes de Citroën par choix de vie mais parce qu’il fallait, pour ces algériens, yougoslaves ou turcs, quitter l’extrême misère de leur pays pour becter. Que sa seule présence, doublée de son incurie manuelle, était en soi une insulte à ces pauvres bougres. Son statut « d’établi » même fondé sur les plus belles intentions du monde menait à une impasse : on ne singe pas la condition des autres quand on a la possibilité, à sa vraie place, d’influer sur le cours des choses. Ce dévoiement absolu me débectait mais il me fallait jouer mon jeu qui n’était guère plus reluisant. Je collaborais avec les flics pour ne pas bousiller ma vie, avec ce fêlé de Robert nous formions une belle paire de hors la vie.

 

Entre nous deux, très vite, une forme de gêne, mélange de défiance et d’agressivité contenue, s’instaura. Robert, en dépit de son peu de goût pour l’existence des autres, sauf s’ils collaient à ses schémas préconçus, me perçut comme un type dangereux : je ne correspondais à aucun de ses stéréotypes et, sous mon apparente passivité, il sentait poindre mon hostilité. Dans sa paranoïa il me classait dans la pire des catégories : celle des pragmatiques, ceux qui s’en sortent vaille que vaille en assumant leurs contradictions. Moi j’avais surmonté l’adversité. Je suivais la chaîne. D’ailleurs si Robert n’avait pas été enfermé dans son univers étriqué de révolutionnaire de pacotille il se serait posé des questions à mon sujet : comment un type qui prétendait avoir travaillé dans un garage pouvait-il ne pas maîtriser un geste aussi simple que celui de la soudure à l’étain ? Je suis certain que le doute ne l’avait même pas effleuré. Mon échec, au fond, le réconfortait. Ce type se complaisait dans son tunnel idéologique. Il avait raison seul contre tous. Si tous ses petits copains de la GP étaient de cet acabit je n’allais pas être à la fête tous les jours et les risques de dérapages en direction d’actions violentes, voire sanglantes, n’étaient peut-être pas que des fantasmes de haut-fonctionnaires de la place Beauvau. Le nid de frelons s’avérait peut-être bien plus dangereux que je ne le pressentais. Bien sûr, les chefs ne se saliraient pas les mains, mais ils allaient sans doute voir en moi l’exécuteur des basses œuvres idéal. »

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 06:00
Le journaliste Michel Droit interroge le Général de Gaulle, le 7 juin 1968 à l'Élysée. Rue des Archives/Credit ©Rue des Archives/AGIP

Le journaliste Michel Droit interroge le Général de Gaulle, le 7 juin 1968 à l'Élysée. Rue des Archives/Credit ©Rue des Archives/AGIP

Mon père, Arsène Berthomeau, vouvoyait son père Louis Berthomeau qui pour moi était le pépé Louis.

 

Je n’ai pas le tutoiement facile, le vous dans l’exercice de mes fonctions, enseignant un temps, ors de la République, m’ont fait pratiquer le vouvoiement pour maintenir la bonne distance avec mes élèves, étudiants et interlocuteurs.

 

Et pourtant, en 1981, lorsque je déboulai dans le marigot socialo, dont je n’étais pas, il me fallut pratiquer le tu des camarades. J’eus bien du mal à m’y faire mais je m’y suis soumis.

 

Je n’ai jamais tutoyé Michel Rocard.

 

Catherine Bernard était journaliste lors de notre première rencontre dans les années 2000 pour une interview à propos de mon rapport, bien sûr nous nous sommes vouvoyés et cela a duré 17 ans avant que, elle devenue vigneronne et moi vacancier permanent, nous nous tutoyons.

 

J’ai bien connu une comtesse vigneronne dans un département kolkhozien qui pratiquait le vouvoiement avec son mari.

 

J’ai été estomaqué lors d’une grand-messe au 78 rue de Varenne, lors d’une énième crise du lait, de voir Bruno Le Maire, alors Ministre de Sarkozy, tutoyer à qui mieux mieux les dirigeants agricoles, FNSEA comme Confédération Paysanne.

 

Je ne suis pas bégueule je ne confère pas au vouvoiement une aura marquant le respect mais je ne supporte pas, de la part de journalistes ou de ceux qui se disent journalistes le tutoiement de connivence.

 

J’entends par là un tutoiement qui marque une appartenance au même monde, du même tonneau que mon cher ami ponctué par l’utilisation du prénom de l’interviewé.

 

Je trouve cet entre soi à chier !

 

Les intéressés vont me rétorquer qu’ils pratiquent ce tutoiement dans leurs relations quotidiennes et que le vous serait une forme d’hypocrisie. J’en conviens mais ce que je conteste c’est justement cette connivence ordinaire entre journalistes et puissants ou supposés tels.

 

Pour le bon peuple, déjà très porté sur le tous pourris à propos des politiques, de l’élite, des journalistes, ce tutoiement de connivence, qui donne le sentiment que les deux interlocuteurs ont gardé les vaches ensemble, est ravageur. Il décrédibilise les propos échangés, le journaliste apparaît comme servant la soupe à l’interviewé.

 

L’indépendance affichée en bandeau c’est bien beau mais les invitations au château, l’air de contentement d’en être, ne permet pas de pousser l’interviewé dans ses derniers retranchements, ce dont il profite pour débiter un filet d’eau tiède.

 

Ce n’est pas avec ça que je vais m’abonner, donner mes petits sous pour soutenir un média indépendant, informatif, décapant, abordant les sujets de fond. Entendre répéter à l’envi, par un winemaker qui court le monde, qu’il passe son temps dans ses vignes au mieux me fait rire, au pire me fait chier.

 

Je suis grossier, désolé mais ce matin ça me fait du bien.

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. (51)

« À la pause alors que je m’apprêtais à me tirer je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables « larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaient dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain.

 

Mon coup de déprime fut de courte durée. Dès le lendemain, sans être un crack de la soudure à l’étain, je m’intégrai cahin-caha au circuit. La chaîne, en demi-cercle, avançait d’un mouvement continu comme une grosse horloge bruyante dont nous étions les engrenages. Toutes les trois ou quatre minutes, le pontonnier, posté en tête de chaîne, déposait, à l’aide d’un engin ressemblant à une pince à sucre, sur un plateau la carcasse assemblée des 2 CV pour que chaque poste effectue à son tour les opérations qui la transformerait en caisse : soudure, limage, ponçage, martelage. Le rythme d’enfournement dépendait du chef d’équipe, un gus en blouse bleue qui se tenait près du pontonnier : s’il décidait de bourrer pour faire du rendement c’était  à nous de suivre. Chacun avait son aire d’intervention dont les frontières étaient invisibles, alors on se démerdait en fonction de nos capacités ou de nos possibilités du moment : les plus habiles travaillaient vite, remontaient la chaîne, gagnaient du temps pour pouvoir souffler ou se griller une clope ; les besogneux se contentaient de suivre ; les branques dans mon genre accumulaient les retards au risque de foutre le bordel et de couler. Le premier jour, mon voisin de poste Rachid, sans que j’aie la peine de le lui demander, m’avait tiré d’affaire en venant, au lieu de se reposer sur son temps gagné, poser les points de soudure à ma place. Robert, lui, était déjà hors circuit. À ma différence, sa supériorité d’intellectuel le paralysait. Il ne savait pas se faire mal. Mon atavisme de fils de paysan me donnait la force de courber l’échine et de me mouler dans la routine des fourmis grises de la chaîne.

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 06:00
chez Dominique Derain

chez Dominique Derain

Comme je suis nul ce chez nul, incapable de m’élever au haut niveau des vendeurs de levures en boîte, ce texte m’interroge et je le soumets à votre appréciation :

 

 

 

 Entamons la fermentation d’un vin par une « méthode ancestrale », c’est-à-dire en laissant la cuve s’inoculer de levures spontanées, issues de la cave ou du raisin. La fermentation démarre plus ou moins vite… mais parfois elle s’éteint de façon inattendue. Elle reprend ensuite, au bout de quelques jours… entre-temps, hélas d’autres fermentations ou des oxydations peu souhaitables ont pu développer des goûts bizarres. L’industrie a dû très tôt s’emparer de ce problème et le comprendre. C’est d’ailleurs ainsi que Louis Pasteur fit ses premiers pas en microbiologie : sollicité quant à des problèmes de fermentation par un industriel du Nord, le père d’un de ses étudiants, il mit en évidence la nature microbienne des agents fermentaires.  Il découvrit l’activité productrice d’alcool des levures et le fait que les fermentations produisent des acides indésirables quand le sucre passe « aux mains » de bactéries, lorsque les levures peinent à s’installer. Ce n’est toutefois que plus tard que les problèmes d’installation des levures et l’interruption transitoire de la production d’alcool furent compris. Au chapitre II, nous avions brièvement mentionné que les microbes eux-mêmes sont parfois protégés par plus petits qu’eux : c’est ce qui se passe en ce cas, où les levures qui reprennent la fermentation sont celles qui ont attrapé un « bon virus », connu sous le nom inquiétant de « facteur killer ».

 

Les levures tueuses qui possèdent ce virus sont capables de produire des toxines qui tuent les autres levures. Dans la cuve, quelques levures infectées se sont introduites et ont tué les autres dont la population commençait à se développer ; puis lentement, après une pause pendant que les levures tueuses commencent à se multiplier, la fermentation se réamorce grâce à elles. Il existe en fait deux virus dans les levures tueuses : un grand virus sans effet direct, nommé L-A, et un plus petit virus toxique, M, qui ne peut vivre ni se multiplier dans les levures sans son compagnon L-A. Le virus M confère aussi la résistance aux toxines qu’il produit. On connaît au moins trois variantes de M qui diffèrent par la toxine produite : une des toxines forme un pore dans la membrane entourant les cellules sensibles, dont le contenu commence à fuir ; une autre entre dans la cellule puis dans le noyau où elle interfère avec la machinerie d’entretien de l’ADN induisant une destruction cellulaire. Aujourd’hui, l’industrie et les viticulteurs n’utilisent que des souches tueuses (aussi dites killer) pour éviter toute vulnérabilité. »

 

Marc-André Selosse est l’auteur de l’ouvrage dont est tiré cet extrait, qui parut chez Actes Sud : Jamais seul, ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations

 

 

« On est jamais seuls, Les microbes ne nous quittent jamais et cela pour notre plus grand bien. Ils sont bactéries, champignons, levures, tous ces organismes qui nous constituent, donnent du gout à nos vies, rendent mangeable l'immangeable et digeste l'indigeste.

 

De pain ni de vin sans microbe. Pénicillium roqueforti ou camenberti chaque amateur de fromage reconnaîtra ses microbes colonisateurs, La culture et la civilisation ont le goût du glutamate et de la fermentation.

 

Ce que nous apprend la fermentation c'est qu'un milieu sans microbe est un milieu dans dangereux car il peut être envahi.

 

En fait, ce qui rend le lait indigeste c'est le lactose… Historiquement on a rendu le lait digeste en faisant des yaourts, des fromages car ce sont les bactéries qui digèrent ce lactose et après l'aliment devient consommable.

 

Marc-André Selosse est professeur au Muséum d'histoire naturelle et enseigne dans plusieurs universités en France et à l'étranger. Ses recherches portent sur les associations à bénéfices mutuels (symbiose), et ses enseignements, sur la plante, les microbes, l'écologie et l'évolution. Il est éditeur de revues internationales et d'Espèces, une revue de vulgarisation dédiée aux sciences naturelles. Il est aussi très actif dans ce domaine par des conférences, vidéos, documentaires et articles.

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 07:00
Anselme Selosse et son fils Guillaume

Anselme Selosse et son fils Guillaume

Sont pas fous au Figaro pour recueillir les paroles d’Anselme Selosse ils n’ont pas dépêché les habituelles petites mains, celles qui ne savent poser que des questions à la con (je sais les mains ne posent pas de questions, sauf les petites mains), mais sollicité un poids lourd : Sébastien Lapaque.

 

Si ça vous dit lisez les réponses d’Anselme ICI 

 

C’est un bon client pour les journalistes l’Anselme, comme je lui ai fait remarquer un jour où, en compagnie de François des Ligneris, je participais à une dégustation au château Tour du Pas Saint-Georges (Pascal Delbeck, Marie-Amandine Delbeck, Cédric Berger) de l’Union des Gens de Métier, alors que ses admirateurs se pressaient autour de sa table : « Ils boivent tes paroles Anselme… »

 

Dans cette interview figaresque Lapaque lui pose la question : « Quels sont les grands défis à relever aujourd'hui pour les Champenois ? »

 

Sa réponse me va comme un gant et, si Anselme me le permet, elle reflète ce que je pense depuis longtemps pour l’ensemble des coopératives de France.

 

Lisez !

 

« Le plus grand défi que doit relever la Champagne est la rénovation du système des caves coopératives. À l'origine, il avait pour objet de permettre à des acteurs trop petits de s'assurer la possession de leur outil de travail, la compétence, le financement et la formation. Et non pas la production de masse et la fourniture de matière première aux grandes marques.

 

Si je ne conteste pas le deuxième point, très important, je pense que les coopératives champenoises pourraient devenir une « pépinière de pépites » ou le fait d'être ensemble ne serait pas synonyme de confusion. En complément de la fourniture à des grandes marques, elles devraient permettre de produire des cuvées cousues main où le vigneron choisirait librement l'itinéraire de vinification, de vieillissement et de commercialisation, assisté du matériel le plus approprié et des compétences les plus abouties.

 

Une coopérative pourrait alors proposer des champagnes d'auteur, ce qui lui assurerait une extraordinaire force à l'export pour vendre ces pépites et même proposer des cuvées d'assemblage, à l'instar des grandes marques. Le vigneron y gagnerait en responsabilité dans son travail à la vigne et en fierté dans la qualité de son vin. La Champagne prouverait son attachement paysan, qui n'est pas un vilain mot. »

 

 

Ce que dit Anselme Selosse pour les caves coopératives de Champagne vaut pour toutes les coopératives de France

Visite chez Anselme Selosse la Cave des Papilles

8 décembre 2015 par Florence

ICI http://www.lacavedespapilles.com/blog/visite-chez-anselme-selosse

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer (50)

Armand s’épanchait, Benoît fasciné l’écoutait. « À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires : la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras je la repoussai avec énergie : « Ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclatait d’un petit rire grasseyant qui agita sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule grand con, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

 

- Non…

 

- Fais gaffe, ici je pèse lourd…

 

- Le poids d’une grosse merde, lâches moi j’ai mieux à faire qu’à écouter les conneries d’un mec qui a du sang sur les mains…

 

- Là tu pousses le bouchon trop loin sale gauchiste. Ton compte est bon je vais t’en faire baver à mort. Tu vas ravaler tes paroles et tu regretteras même d’être né…

 

- La gégène, l’entonnoir ou le merlin… T’es bon à tous les étages ordure. T’as de la bouteille, surtout te prive pas de repasser les plats ça réveillera en toi de beaux et grands souvenirs…

 

« Nez de bœuf me laissait aller. Ses trous du cul fermaient les grilles. Je les bousculais. Ils voulaient me faire barrage mais dans mon dos l’ordre claquait : « laissez-le passer ! » Je hâtais le pas car il ne me restait tout juste cinq minutes pour pointer, enfiler mon bleu et aller rejoindre mon poste de travail. Deux heures plus tard, Dahan, le régulateur de la chaîne, m’apostrophait : « T’es attendu au bureau du planning… »

 

-         C’est où ?

 

-         Au fond de la cour.

 

-         Qu’est-ce qu’ils me veulent ?

 

-         Je n’en sais fichtre rien. Grouille-toi !

 

« Lorsque l’ingénieur en blouse grise jeta sans même me prêter attention : « Mettez-le au 86 ! », si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montrait le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que ma tête refusait d’entrer dans cette sinistre sarabande, je ne coordonnais pas mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement, je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de foutre ma main dans la gueule au chef d’équipe. »

 

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel. 

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