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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 08:00
Gustave COURBET (1819 - 1877) © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Gustave COURBET (1819 - 1877) © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Tout fout le camp madame Michu comme Carl Puigdemont le Jean-Guy Talamoni catalan que vénère Vincent Pousson !

 

Il est bien loin le temps des coups de gueule du Senator-major le grand Jojo Frèche, des premiers pas du Grand Gégé en culottes courtes qui ne se prenait pas encore pour le Castel de l’Oc, du roulage de mécanique du grand Jacques connétable du Langue d’O heureux d’avoir fait la peau des kolkhozes, des accolades du sémillant Robert de Sète qui faisait aussi dans la nouille, des sourires de Miren la madone de Pennautier, des tirades du bougon des cépages qui entamait sa reconversion… C’était beau comme des damnés de la terre reprenant le pouvoir aux bourgeois de Bordeaux.

 

C’était bordélique, sympathique, de l’ambiance, quand venait l’heure de fermer les portes du salon le barde ariégeois Pousson montait sur la table pour célébrer la bonne chère et s’enfiler des canons bardés de glyphosate mais si près du précieux terroir du Sud.

 

Bref, comme je l’ai écrit hier place aujourd'hui aux marchands du temple approvisionneurs des pousses-caddies cher à Pousson.

 

Ce matin dans ma grande paresse et parce que le dit Pousson dans son style inimitable s’est inquiété de mon changement de cardan, je lui confie la plume puisqu’il vient de mettre Vinisud en bière et nous demande de tenir les cordons du poêle.

 

Note du Taulier pour les petites louves et les petits loups ignares du hub Digital :

 

  • Mise en bière : « La mise en bière correspond au moment où l’on place le défunt dans son cercueil. Elle marque le premier temps de la séparation physique. » signé PFG (ne pas confondre avec le PSG)

 

  • Cordons du poêle : « leur bonne patronne décédait. Ses obsèques furent magnifiques. Mme F..., en grand deuil, et trois autres matrones connues du Tout-Paris qui s'amuse, tenaient les cordons du poêle. » 1927.

 

Naguère, « les cordons du poêle » étaient les cordons attachés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil lors d'un enterrement. Ces cordons étaient tenus par les proches du défunt lors de la marche funèbre. C'était en quelque sorte un geste symbolique. »

 

 

 

RIP Vinisud.

 

 

« Ce n'est pas une découverte, je l'avais évoqué l'an dernier ici-même, le salon Vinisud a du plomb dans l'aide, à l'image d'une certaine viticulture, volontiers kolkhozienne, de la région qui l'héberge, le Languedoc. L'édition 2018, qui vient de fermer ses portes n'a convaincu que ceux qui n'avaient pas besoin de l'être, les enthousiastes professionnels, appointés, serviles. Même pour ceux (nombreux) qui n'y ont pas mis les pieds, des images ont filtrés, de halls déserts, d'un vide grandissant. Un vigneron héraultais, et non des moindres, Sylvain Fadat, résume la situation dans le faire-part de décès qu'il vient de publier. »

 

 

La suite ICI 

 

 

 

UN ENTERREMENT À ORNANS de Gustave Courbet

 

 

« Singulier destin que celui de cet enterrement de campagne ! Symbole de l’ordure moderne pour les  socialiste pour les uns, manifeste réaliste pour les autres, allégorie politique pour les historiens, Un enterrement à Ornans a déchaîné les passions et suscité de nombreux commentaires.

 

 

Malgré la médaille de deuxième classe qui l’a récompensé au Salon de 1851, sa vulgarité et sa laideur ont fortement déplu aux publics dijonnais et parisien de l’époque. Dupays, un critique, dénonça par exemple « un amour du laid endimanché ». Gustave Courbet, de son côté, professait que « le réalisme est par essence l’art démocratique » et que sa peinture visait à introduire « la démocratie dans l’art ». Qu’en dit-on aujourd’hui ? Mais, avant d’entrer dans le débat, tâchons d’abord de regarder cet Enterrement si controversé. »

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H, son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac il déclara à Benoît que « le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine... (24)

Ils étaient les seuls brocanteurs de l'île. Dès le premier jour, Jean le présenta comme son associé aux voisins et aux clients. Située en bordure de la route qui mène de Port-Joinville à St Sauveur, au lieu-dit Ker Chalon, la « Ferme des 3 Moulins », bâtisse pourvue d'un étage et de dépendances, n'usurpait pas sa dénomination : ça avait été, au début du siècle, une des rares fermes de l'île. Elle était entourée par trois Moulins transformés en résidence de vacances. Le magasin occupait tout le rez-de-chaussée, trois pièces, et Jean couchait dans l'une d'elle, dans un lit à colonnes partie intégrante du mobilier proposé à la vente. Ce lit, qu’ils déclaraient toujours en voie d'être vendu, intriguait les acheteurs. Un jour, las de cette réponse, Benoît improvisa une histoire qui ravit ses interlocuteurs. Il y était question d'une nuit de tempête, du père de Jean parti accoucher la femme du sacristain de Port-Joinville, de la mère de Jean, elle aussi enceinte, et qui, seule, la cuisinière étant au chevet de son père à St Sauveur, mit au monde ce même Jean, dans ce grand lit en noyer. Jean trouva ça très drôle mais il lui dit, sur un ton pour une fois très sérieux, « ne dis pas ça à mon père… » Bourgeois un jour, bourgeois toujours.

 

Benoît occupait le grenier qui servait tout à la fois de cuisine, de salle d'eau et de salle à manger. À la tête de mon lit un petit coffre-fort contenait la fortune du magasin. Foin des exigences comptables et fiscales ils y mélangeaient les recettes du magasin, leurs dépenses domestiques, les achats de meubles chinés, l'argent de poche de Jean et, bien sûr, le salaire de travailleur au black de Benoît. Chaque matin, le père de Jean venait à pied leur rendre visite. Achille, le chien, courrait à sa rencontre. Jean, tel un gamin, trouvait toujours le moyen de s'éclipser. Le vieil homme s'asseyait dans un fauteuil et Benoît lui rendait compte de leur activité, au début très honnêtement, puis, après l'incident des enchères à l'américaine, en maquillant la réalité tel un caissier de la mafia.

 

Ce cher Jean avait fait des siennes. Près de la ferme des 3 Moulins, une association restaurait une petite chapelle et, pour financer les travaux, son président, un officier de la Royale à la retraite, mettait aux enchères des tableaux offerts par la colonie des peintres en villégiature sur l'île. Ce soir-là Benoît avait envie de dormir. Marie lui manquait. Jean, de mauvaise grâce, se rendit seul à la vente. Dix fois, avant de partir, il lui répéta « Tu comprends, je suis obligé d'y aller pour faire plaisir aux notables, mais, je t'assure, je n'achèterai rien. La peinture ce n'est pas mon truc. D'ailleurs, rien que pour voir leurs têtes, tu devrais m'accompagner, nous rentrerons aussitôt... » Une telle insistance aurait dû lui mettre la puce à l'oreille mais, fatigué par sa journée de ponçage de meubles, il ne céda pas.

 

Autour de minuit, alors qu’il dormait comme un bienheureux, un flot de lumière, des grommellements sourds et un bruit de verre le tirait du sommeil. Jean, attablé face à une bouteille de Cognac bien entamée, semblait foudroyé. Redressé sur son céans Benoît l'interpella avec ménagement « Allez, ne fait pas l'enfant, montres-moi le tableau que tu as acheté ? » En guise de réponse il eut droit à des borborygmes renifleurs accompagnés d'une salve ininterrompue d'allumettes craquées et sitôt éteintes. Ce devait être grave alors Benoît se leva en se disant qu’il allait lui falloir jouer serré. Une petite faim le tenaillait. Il prépara des pâtes. Pendant qu'elles cuisaient, sans me soucier de Jean qui alternait apathie et excitation, Benoît  disposa les couverts et ouvrit une bouteille de vin rouge. Un premier signe de retour à la normale le conforta dans sa stratégie : Jean venait enfin d'allumer sa pipe, elle se mit à grésiller doucement. Après avoir servi les pâtes et empli leurs verres il s’assit face à lui. Ils mangèrent en silence. Jean le rompit. « C'est affreux ! Quand je pense que cette superbe petite marine, un bijou, va se retrouver au-dessus du buffet Henri II de Turbé le quincaillier... »

 

- Ce n'est que ça qui te met dans cet état ?

- Oui !

 

Benoît respira d'aise.

 

- Y'a pire que ça, non...

- Pourtant j'ai mis le paquet.

- Combien ?

- Dans les 8 à dix mille...

- Tu t'es arrêté à temps. C'est mieux comme ça.

- Non j'aurais dû aller au bout !

- Ce n'est pas vraiment dans nos moyens.

 

Un silence s'installa. La mèche de Jean flottait au-dessus de son regard vitreux. Il descendit son verre de rouge. Fit claquer sa langue. Renfourna son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac déclara à Benoît que « le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine...

 

- C'est quoi cette engeance ?

- Tu couvres en liquide à chaque surenchère...

 

L'étendue du désastre lui sauta à la gueule, dans un souffle Benoît murmura « Alors t'as claqué 8 à dix milles balles pour des nèfles... » Jean opina en affichant la tronche contrit d'un gosse pris les doigts dans le pot de confiture. 

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 08:05
Selon radio Hervé Bizeul les grandes allées de Vinisud c’était le désert de Gobi à l’heure de pointe

« De l’art de tuer un salon magnifique en deux ans... bravo ! Et on est lundi... »

 

Hervé Bizeul 19 février, 13:28 sur Face de Bouc…

 

Votre serviteur sur sa couche jetait de temps à autre un coup d’œil sur le fil des réseaux sociaux et constatait que toutes les photos étaient prises en plan serré.

 

Bref, y’avait pas foule sauf peut-être le jour de l’inauguration où les officiels eux se pressaient en rangs serrés environnés par ceux qui aiment être sur la photo.

 

On va me rétorquer que ce n’est pas le nombre qui compte mais la qualité des visiteurs, les vrais acheteurs. J’en conviens aisément mais alors pourquoi continuer tous ces grands stands en carton-pâte, ces allées genre boulevards extérieurs, qui me rappellent les foires expositions des années 50.

 

Un acheteur il vient acheter pas s’extasier par le nombre de m2. Certes mais les m2 c’est ce qui intéresse les organisateurs, c’est là qu’ils font leur blé surtout lorsqu’ils sont organisateurs de salons en tout genre.

 

Les seuls chiffres, les seules appréciations émanent d’eux et, bien sûr, le salon tartempion, qu’il vente, neige ou pleuve, c’est toujours un succès.

 

C’est un peu, toute proportion gardée, la même chanson que le nombre de manifestants comptés par la police ou les organisateurs.

 

Pour couronner le tout, les exposants sont toujours contents, déclarer qu’on a dépensé autant de blé pour pas grand-chose n’est pas très bon pour la communication.

 

J’ai donc décidé ce matin de vous offrir le communiqué de madame Bourguignon de Comexposium. C’est un monument de novlangue, c’est long comme un jour sans pain, touffu : trop de mots ne peuvent cacher la réalité.

 

Y'a un côté maréchal soviétique bardé de médailles dans ce communiqué où le moment SUCCÈS revient en leitmotiv. 

 

VINISUD 2018 ferme ses portes sur un nouveau succès

 

 La quatorzième édition du salon Vinisud, qui s’est tenue du 18 au 20 février 2018 au Parc des Expositions de Montpellier, a fermé ses portes sur un triple succès : succès en termes de qualité du visitorat, succès des animations et succès d’intégration dans une semaine complète dédiée aux professionnels du vin du monde entier, après VinoVision Paris et les Word Wine Meetings Global Paris. Les 25 500 professionnels qui ont fréquenté le salon, dont 28% d’acheteurs internationaux venant de 76 pays, et les 1 420 exposants de 16 pays, ont salué la qualité de cette édition renouvelée.

 

SUCCÈS DES ÉCHANGES À L’INTERNATIONAL

 

Le Mondial des Vins Méditerranéens a tenu ses promesses pour cette édition 2018. Les acheteurs internationaux ont pu déguster les nouveaux millésimes à une période idéale, et avoir accès à toute la richesse des vins méditerranéens : belle représentativité des vins du Sud de la France, participation pour la première fois de l’ICE avec des domaines du sud de l’Italie, présence d’importantes bodegas espagnoles en partie réunies sur l’espace Espagne par l’ICEX, mais aussi de Wines of Portugal, des vins d’Algérie, de Croatie, de Turquie, de Grèce, du Liban... Les exposants ont quant à eux rencontré un visitorat international particulièrement qualifié grâce au minutieux travail de recrutement réalisé par l’équipe des World Wine Meetings et celle du Forum International d’Affaires de Sud de France, organisé pour la seconde fois au sein même de Vinisud avec le soutien de la région Occitanie. Plus de 400 acheteurs VIP étaient ainsi réunis. Pour Raquel Fernandez, Export Area Manager au sein de la Bodega Cuatro Rayas, cette édition a été l’occasion de « rencontrer de nombreux importateurs internationaux, ce qui est capital. Ils sont très professionnels, et nous prenons le temps de parler avec eux, de leur faire déguster les vins et découvrir le domaine. »

 

Les différents espaces thématiques proposés par le salon pour découvrir les nouvelles tendances et leviers de croissance ont de nouveau été plébiscités : le Palais Méditerranéen animé par l’Union des Œnologues de France du Languedoc Roussillon pour les vins tranquilles, la Sparkling Zone pour les effervescents, avec 60% d’échantillons en plus par rapport à 2017, l’espace Wine Mosaic pour les cépages patrimoniaux, ou encore la Nouvelle Vague qui réunit les acteurs de demain et enregistre une hausse de 50% de ses participants par rapport à sa première édition en 2017. Jocelyn Raoux, propriétaire du Domaine éponyme et exposant au sein de l’espace Nouvelle Vague le confirme : «Grâce à la Nouvelle Vague de Vinisud, j’ai pu commencer à avoir des marchés, c’est donc vraiment intéressant. Pour le départ, ça nous permet de nous lancer le plus facilement possible.»

 

 SUCCÈS DES CONTENUS

 

Avec un programme d’animations diversifié et une thématique forte définie chaque année, Vinisud propose une offre complète, à la fois commerciale et informative, sur le monde du vin. Un positionnement salué notamment par Johan Larsson, acheteur suédois pour Systembolaget AB : «J’ai besoin d’être à Vinisud pour mieux suivre ce qu’il se passe en terme de tendances, de qualité et de volumes.»

 

En proposant cette année en fil rouge une réflexion sur les démarches durables et responsables, Vinisud a marqué les esprits et prouvé une fois de plus que le salon est au cœur des tendances de demain. Recensement des initiatives responsables des producteurs, exposition didactique des démarches durables, publication des résultats de deux études exclusives menées à l’international («État des lieux de la consommation de vin responsable en France et dans le monde», conduite avec Graines de Changement, et «Tendances de consommation à New York vs Paris», avec SOWINE, portant un focus particulier sur les choix des consommateurs en matière de consommation responsable) : autant d’initiatives qui ont alimenté les discussions, nourri les réflexions, et renforcé l’intérêt de venir sur le salon.

 

 SUCCÈS POUR L’AVENIR

 

L’édition 2018 de Vinisud fut la première édition du salon organisée sous l’égide de Comexposium, main dans la main avec VinoVision Paris, le salon dédié aux vins septentrionaux qui a ouvert le bal de cette « Wine Week » française. Une semaine complète d’échanges et de découvertes qui laisse augurer du succès de l’édition 2019 des salons qui sera organisée conjointement à Paris, et de la suivante en 2020 se tenant de nouveau à Montpellier.

 

En 2019, Vinisud + VinoVision Paris auront lieu ensemble du 10 au 12 février 2019 au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, à la suite des WWM Global Paris qui se tiendront du 6 au 9 février 2019. Un événement très attendu soutenu par l’ensemble des interprofessions françaises, avec des visiteurs internationaux de premier plan ainsi que les cavistes et les représentants du CHR parisien. Une mission claire : deux salons conservant leur identité propre tout en étant parfaitement complémentaires, qui représentent pour la première fois l'ensemble des vignobles français, organisés par et pour les producteurs, pour toujours plus d’opportunités commerciales, à l’échelle française et internationale. Efficacité, esprit collectif et convivialité : Vinisud + VinoVision Paris partagent un même état d’esprit. Rendez-vous donc en 2019 à Paris pour retrouver « le meilleur des vins septentrionaux et le meilleur des vins du Sud lors d’un événement totalement immanquable », comme le résume Fabrice Rieu, Président de Vinisud !

 

 

Vitisphère, via l’omniprésente  Marion Sepeau Ivaldi fait dans la statistique. Faut pas fâcher avec des commentaires ou des appréciations.

 

25 500 visiteurs sont venus rencontrer les 1420 exposants. Tel est le bilan chiffré de l’édition 2018. A noter également, la part de l’international. 28 % de visiteurs sont venus de l’étranger à Montpellier en provenance de 76 pays. Côté exposants, 16 pays étaient représentés.

 

Le ratio visiteur/exposant de 2018 est donc de 17.95, contre 22.5 l’an passé (2017 avait attiré 900 exposants). A titre de comparaison, à Prowein, le ratio est de 8.87.

 

La fréquentation est en hausse par rapport à l’an dernier. Selon les chiffres des organisateurs, 20 775 visiteurs avaient parcouru les allées du salon. Le taux de visiteurs étrangers était de 32 %, en provenance de 70 pays. En revanche, le nombre de visiteurs est en baisse par rapport à 2016 qui avait vu venir 31 500 visiteurs pour 1650 exposants.

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H, Les marins de l’appelait le « marchand de vermoulu » militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistait à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui (23)

Aussi bizarre que ça puisse paraître, Benoît qui était né à quelques kilomètres de la mer n'avait jamais quitté la terre ferme sur un quelconque bateau. L'avion, n'en parlons pas,  en ces années-là voyager était un luxe. À l'embarcadère de Fromentine, face à l'île de Noirmoutier, il découvrait un  bateau propret, tout blanc, « la Vendée ». Les marins y embarquaient victuailles et fournitures entassées sur des palettes. Ils chargeaient aussi quelques voitures. Sur la jetée de bois, tout un petit monde de vacanciers, d'îliens, de passagers d'un jour se pressaient. Tout était allé si vite, Benoît n'en revenais pas.

 

Au téléphone avec Marie il était resté évasif, lui faire la surprise, aller la cueillir à son arrivée à Port-Joinville serait un vrai bonheur. Pour l'heure il se laissait aller à imaginer l'accueil de celui qu’il devait assister. D'une manière très étrange ils n’avaient eu aucun contact. Au téléphone c'était son père, médecin de l'île, retraité, qui l'avait sondé. Plus exactement, l'homme, policé et courtois, expliqua à Benoît que Jean, son fils, avait besoin d'une sorte de tuteur. Quelqu'un qui tienne les comptes, fasse les courses, la cuisine, assure en gros l'intendance générale du magasin de brocante de la Ferme des 3 Moulins. De prime abord étonné c'est avec un réel enthousiasme qu’il avait accepté les conditions proposées.

 

Son arrivée à Port-Joinville, sous un ciel si bleu, un air tendre chargé de bouffées de senteurs fortes, resta pour lui l'un des moments forts de sa vie. Jean Neveu-Derotrie était le sosie de Jacques Tati sans l'imperméable. Sa garde-robe se résumait en trois pantalons de tergal gris, deux chemises nylon blanches et une paire de sandales de plastic blanc. Mèche sur les yeux, pipe éteinte au bec, flanqué de son chien, appuyé aux ridelles d'une camionnette C4 il tendit une main ferme et chaleureuse à Benoît. L'homme était merveilleusement loufoque, cultivé. Au bar de la marine il lui compta son histoire de rejeton d'une famille où l'on était médecin ou dentiste  de père en fils. Lui s'était fait visiteur médical. Il sillonna la France en fourgonnette J7 pour placer des matelas anti-escarts dans les hôpitaux tout en chinant toutes des vieilleries. Militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistait à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui. Un vieux Rouen, une commode Régence ou un homme debout marqueté, ça lui parlait, ça le faisait bander. Capable des pires manœuvres pour acquérir le meuble ou l'objet sur lequel il avait jeté son dévolu il se fichait ensuite pas mal de vendre. Jean n'aimait rien tant que de voir son magasin empli de belles choses. C'était un esthète, un pur esprit, notre accord fut instinctif, immédiat.

 

Les marins l'appelaient le « marchand de vermoulu » et se faisaient un devoir de lui faire prendre, à chacune de ses sorties, des mufflées d’anthologie. Le baptême du feu de Benoît se révéla redoutable. Après les bières ils étaient passés au pastis et, sans s’être mis une quelconque nourriture sous la dent, l'heure du Cognac sonna. Benoît pratiqua, autant qu’il le pu, la politique du verre plein sans toutefois pouvoir éviter d'en descendre quelques-uns. Jean semblait imperturbable. Droit, rallumant ostensiblement sa pipe toujours éteinte, dans le brouhaha, il lui narrait sa « guerre d'Algérie » comme infirmier. Achille, le chien, les fixait de ses yeux tendres. On les observait. Soumis au rite initiatique d'admission dans le cercle restreint des gus capables de marcher droit après une poignée d'heures passées à écluser sec Benoît se devait triompher. Aux alentours de minuit, avec la raideur hésitante de ceux qui sont pleins comme des huîtres mais qui veulent encore porter beau, Jean et lui, côte à côte, sans se porter secours mutuel, quittaient le bar en saluant les derniers piliers de bistrot. La C4 les mena sans encombre jusqu'à la Ferme des 3 Moulins.

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 07:00
Avis aux piapiapas du Digital Hub à Vinisud « On ne refuse pas le tracteur. Par contre, dans la musique, on déteste les ordinateurs. C’est comme mettre de la sauce sur le foie gras ». The Inspector Cluzo les rockers de la terre

Sur ma couche de convalescent du changement de cardan je jette de temps en temps un œil sur le fil Twitter et, avec l’ouverture du salon Vinisud je me régale du convenu des intervenants du Digital Hub. Ce sont de jeunes gens qui viennent donner des conseils à ces pauvres vignerons qui ne savent pas exploiter les trésors des réseaux sociaux. Ils sont des sachants de fraîche date mais peu importe ils dévident leur pelote de lieux communs copié-collé de leur savoir scolaire.

 

Ce qui me plaît aussi ce sont les clichés  en plan resserré du public, ça semble aussi maigre que le corpus de leurs interventions.

 

Mais ils sont où les vignerons ?

 

Le contenu, le contenu… nous disent-ils, mais lequel ? Soyez-vous-mêmes ? Sous-entendu avec nous ! 

 

Les bras m’en tombent, ce n’est que la resucée de vieilles recettes d’un marketing usé jusqu’à la corde.

 

C’est du béton, du lourd dans le pire sens du terme, c’est bien loin des chemins de traverse qui mènent à la conquête de nouveaux consommateurs.

 

Ces gens-là sont jeunes mais Dieu qu’ils sont déjà vieux, l’imagination n’est pas au pouvoir !

 

Qu’ils aillent glaner des idées du côtés des zigotos The Inspector Cluzo

 

The Inspector Cluzo, rock et rillettes faits maison Jean-Baptiste Roch  Publié le 01/07/2016

 

« L’espace d’un week-end, The Inspector Cluzo va devoir délaisser sa ferme et ses 200 oies. Le voisin, comme toujours en leur absence, sera chargé de prendre le relais, pendant que le duo blues rock fera danser le public des Eurockéennes. Pour le groupe, accueilli en chouchou, le programme est chargé : concert à la prison de Belfort ce vendredi 1er juillet, sur la scène de la plage le lendemain, ainsi qu’au camping du festival, avec projection du documentaire Rockfarmers qui leur est consacré, puis rencontre avec le public. Mais les planning overbookés, Inspector Cluzo connaît bien.

 

Depuis 2013 et l’acquisition de leur ferme à Eyres-Moncube dans les Landes, Laurent Lacrouts (chant, guitare) et Mathieu Jourdain (batterie), tous deux 40 ans au compteur, jonglent tout au long de l’année entre leur activité de fermier, et celle de rockeur. Le groupe, inconnu du grand public en France, effectue pourtant cent concerts par an, en grande partie à l’étranger et ce depuis ses débuts, il y a huit ans. Pour tenir le rythme, leur emploi du temps est cadré au millimètre. « On a réussi à installer un cycle annuel basé sur nos oies, que l’on nourrit au maïs bio et au blé, comme dans le temps », nous explique Laurent par téléphone il y a quelques jours, en plein tri de matériel agricole. D’octobre à janvier, le groupe refuse tous les concerts qu’on lui propose, et se consacre uniquement au gavage des oies, pour produire confit, foie gras et rillettes. Entre deux fournées de blé dans le gosier et le stand au marché de Mont-de-Marsan, les deux comparses trouvent le temps de composer dans le studio qu’ils se sont aménagé, au milieu des bocaux. « Fin janvier, pour le dernier album, on disposait d’environ 60 chansons ». Chez Inspector Cluzo, la musique, comme les rillettes, sont entièrement faites maison »

 

La suite ICI 

 

THE INSPECTOR CLUZO

 

La ferme célébrités

 

  • PLUTÔT QUE TOUT DILAPIDER DANS L’ALCOOL OU UN MONSTER TRUCK POUR LES TOURNÉES, POURQUOI AVOIR PRÉFÉRÉ UNE FERME ?

 

Nous avons la chance de beaucoup tourner à l’étranger, et ce, en complète autonomie. Nous sommes nos propres managers, notre propre label [avec FuckTheBassPlayer Records, NDR], notre propre éditeur. Bref, on contrôle tout… comme des fermiers d’ailleurs ! Lors de nos voyages, qui se sont faits durant la massive régularisation du monde de ces 10 dernières années – et que nos politiques appellent (de Gauche comme de Droite) « la croissance mondiale » –, nous avons vu et subi, dans certains pays, la mainmise de l’alimentation mondiale par de grandes multinationales. Que l’on soit à Manille, à Johannesburg, à New York ou à Paris, on mange les même merdes industrielles multi-pesticidées, voire « OGMisés » dans les pays où c’est autorisé. Le tout : rendu comestible par des façons de cuisiner de plus en plus sophistiquées (Maïté, notre grand-mère landaise, doit se retourner de voir autant de sophistication sur des produits de  merde). Nous sommes gascons-landais ! Une grosse partie de notre culture, c’est de manger de bons produits purs comme le canard, l’oie, les poulets, les ortolans, les palombes les petits oiseaux et tout le maraîcher tout au long de l’année. On a donc vu rouge et on a décidé de revenir à ce que nos aïeux faisaient : se faire à manger. Le tout lié à nos traditions historiques d’entraide (la fameuse « ayudère » des paysans locaux).

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H « Évitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. » (22)

L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. À la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les « Katangais » et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; y'avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes. Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'est un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale. À Nantes, forts du sérieux de l’organisation, face à des caciques revigorés, on sauvait les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc.

 

Le parcours d'avant-mai de Benoît lui valut d'être exempté de tout examen. C'est Hévin qui lui apprit. Son premier mouvement fut de refuser. « Évitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. Examen ou pas, quelle importance pour vous, ça n'est pas du favoritisme mais l'application pure et simple de l'accord conclu. Partez en vacances ! On aura besoin de vous l'année prochaine pour tenir le choc de l'onde en retour... » Marie, consultée, abonda dans le même sens. En quittant la Fac, Benoît se sentait vidé, sans ressort. Qu'allait-il faire de ces longues vacances ? Il était raide. Depuis plus d'un mois il n'avait pas mis les pieds ni chez ses curés, ni chez sa vieille logeuse, il lui fallait aller apurer ses comptes. Son arrivée à l'Institut Richelieu, alors que les élèves sortaient du réfectoire, déclencha un mouvement étrange. On fit cercle autour de lui, des jeunes et des profs : « alors raconte-nous ? » lui dit un grand boutonneux de Terminale. Le tutoiement, un silence attentif, du respect dans leurs regards, autant de marques de la reconnaissance de son nouveau statut d'ancien combattant de mai. À l'étage du Père Supérieur, l'accueil fut plus protocolaire, avec jusque ce qu'il faut d'ironie moqueuse, on lui régla son solde de tout compte sans discuter. Sa logeuse, elle, faillit avaler son dentier. Benoît fit mon balluchon en silence et la laissa en plan sans autre forme de procès.

 

Restait pour lui à faire un retour au pays. Voir ses parents. Au Conti, avant son départ, Marie le pressait « allez, soit pas fier, viens avec moi à l'Ile d'Yeu... » Il haussait les épaules sans répondre. «Alors on ne va pas se voir pendant deux mois ? » Elle tapait là où ça faisait mal. Benoît regimbait «T'en fais pas, je vais me débrouiller. Je t'appelle ce soir... » Aux Sorinières, le pouce aucune questions. Sa mère trouvait qu’il avait maigri. Le clan des femmes s'activait pour lui faire festin. Son père pour la première fois, me parla politique. Ce fut leur première proximité. Sa mémé Marie, qui elle avait tout compris, interrompant son rosaire, lui chuchotait « elle est doit être jolie cette petite...» En lui montrant une photo de Marie Benoît lui fis remarquer que maintenant il avait deux Marie dans sa vie. Dans l'après-midi, le docteur Lory vint délivrer l'ordonnance de calmants pour le dos de la tante Valentine. C'était un type froid, avare de mots. Pourtant, ce jour-là, aimable, il demandait à Benoît « tu fais quoi de tes vacances ? » Sa réponse évasive lui valait une proposition qui le laissait pantois « Mon cousin, Jean Neveu-Derotrie, brocanteur, cherche, disons un homme à tout faire, pour l'aider. Deux mois à l'Ile d'Yeu ça te dirais ? »

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 07:00
Dédié à un certain Wauquiez : 2 lectures pour sa culture À quoi servent les écoles de commerce ? Matthew Stewart J’ai fait HEC et je m’en excuse Florence Noiville

Inutile de faire les présentations « Le fou du Puy » a fait dans la pédagogie lors d’un cours (sic) d’une vague école de commerce de Lyon dont le directeur général Bernard Belletante s’indigne « Enregistrer une personnalité sans l’en informer n’est pas une valeur early maker (sic). Je note que cette absence d’éthique est par ailleurs un comportement illégal, contraire à notre règlement intérieur s’il s’agit d’un participant. La liberté exige une responsabilité collective. Si nos intervenants extérieurs ne sont plus sûrs de la confidentialité de leur propos, ils pourront ne plus venir ce qui se fera au détriment de la diversité des personnalités qui viennent sur le campus. »

 

 

  • J’ai fait HEC et je m’en excuse Florence Noiville chez Stock

 

 

« Pendant les sept années qu'a duré ma carrière de consultant en management, j'ai consacré l'essentiel de mon temps à m'efforcer de paraître plus vieux que je n'étais. J'étais devenu expert dans l'art de plisser le front et d'adopter une expression sombre et sérieuse. Mon public devait songer que bien que très jeune j'avais acquis une extraordinaire formation de manager. Il n'en était rien. Je ne suis titulaire d'aucun diplôme de gestion. J'ai juste un doctorat de philosophie allemande du XIXe siècle, pour être précis. Avant d'accepter un travail consistant à expliquer aux dirigeants des grandes entreprises des choses qu'ils sont censés savoir, mon expérience professionnelle se limitait à des petits boulots de précepteur à mi-temps enseignant Hegel et Nietzsche à des étudiants distraits, auxquels s'ajoutaient quelques emplois saisonniers encore moins reluisants, principalement dans l'industrie de la restauration rapide.

 

 

Le plus étrange est que ma carence de formation n'a jamais vraiment posé problème. En tant qu'associé fondateur d'une entreprise de conseil qui finit par employer six cents personnes, j'ai interviewé, embauché et côtoyé des centaines de diplômés d'écoles de gestion. L’impression que je me faisais des diplômés de MBA était qu'ils se résument à vous ôter deux ans de votre vie et à vous faire contracter de lourdes dettes et ce à seule fin de garder votre sérieux lorsque vous prononcez des phrases telles que « situation gagnant-gagnant », « compétences clés » ou buiseness process reengineering. Quand le moment venait de choisir un collaborateur, je penchais généralement pour ceux qui avaient consacré leurs années d'université à étudier autre chose que la gestion.

 

 

Lorsque j'ai quitté le métier, j'ai décidé, par une inversion de l'ordre naturel des choses, de me pencher de plus près sur la littérature spécialisée. D'un côté, je voulais mesurer ce que j'avais raté. De l'autre, j'avais du temps devant moi. En parcourant péniblement les volumes consacrés à la « stratégie compétitive », à la redéfinition du buiseness process. Et à d'autres douceurs de ce genre, pas une fois je ne me suis dit : « Bon sang ! Si seulement j'avais su ça plus tôt ! » Au lieu de quoi, je me suis surpris à penser des choses inavouables, comme : «  Je ferais mieux de lire Heidegger ! » Ce fut une expérience déroutante, qui ne fit qu'épaissir le mystère entourant la question qui ne cessait de me hanter depuis mes premiers pas dans le monde des affaires : à quoi servent les écoles de commerce ? »

 

 

J’ai fait HEC et je m’en excuse Florence Noiville chez Stock

 

Elle-même diplômée d’HEC Florence Noiville constate : « Il existe un malaise profond chez nombre de diplômés d’HEC de ma génération. Beaucoup sont désabusés. Ils font le constat que le modèle économique que nous avons été formés pour mettre en œuvre a cruellement montré ses limites. Que le marketing a produit des montagnes de faux besoins et de frustration. Que la finance a complètement déraillé en nous menant à la crise des subprimes et aux scandales des bonus. Les uns, les plus cyniques, continuent sans se poser de questions. Les autres cherchent à combattre la vacuité et même l’absurdité de ce qui fait l’essentiel de leur vie professionnelle. Souvent, ils mènent une double vie : avocat d’affaires le jour, psychanalyste le soir… Ils se bricolent du sens. Mais dans tous les cas, ce qui me frappe, c’est leur sentiment d’impuissance. Ils disent, « ça dysfonctionne, mais c’est le système, je n’y peux rien ». Or qui mieux qu’eux pourrait faire changer les choses ? Ils sont au faîte de leur carrière, ils ont les réseaux, l’intelligence, la connaissance du système de l’intérieur… Mais, souvent, ils n’osent pas les utiliser dans le sens d’une plus grande utilité sociale ou de l’intérêt général. La devise de l’école n’est-elle pas pourtant «apprendre à oser»

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille (21)

Ce soir-là Marie voulut qu’ils couchent chez sa mère. À peine rentré le téléphone sonnait. C'était le père de Marie. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. La maman dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls, dans le grand appartement, étendu sur le grand canapé du salon, ils écoutaient Frank Zappa en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un coureur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blottissant contre lui, murmurait « il est à nous ce mois, ça ils ne pourront pas nous l'enlever... »

 

Au lever du jour, investit par le frère de Marie – celui que nous avions croisé le premier jour – et quelques-uns de ses acolytes, l'appartement se transforma en repaire de conspirateurs. Ignorant notre présence, ces jeunes gens exaltés se préparaient à la grande manif commanditée par une étrange coalition de gaullistes, d'anciens pétainistes, de partisans de l'Algérie française et des fafs habituels de la Fac. La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

 

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcée sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif. Avec Marie, en cette fin de journée, assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais, Benoît se sentait désemparé. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter, match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. À la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, ils savaient que ce temps suspendu qu’ils venaient de vivre marquerait leur vie. Ils ne seraient plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le cœur serré Benoît s'accrochait à la taille de Marie comme à une bouée

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 07:00
Séparer de façon capitalistique le conseil de la vente, faut-il s’en tenir qu’aux produits phytosanitaires où les coopératives et le négoce agricole, assurent 60 % et 40 % des ventes.

En 2007, le Grenelle de l’environnement abordait déjà ce sujet :

 

« Le conseil séparé de la vente, une logique implacable : Un pharmacien n’est pas un médecin et réciproquement. Le pharmacien est tout aussi respectable que le médecin, mais ce sont bien deux personnes, deux métiers et deux organismes différents. Ainsi tous les élus, les dirigeants..., de syndicats, d’OPA, d’offices et de commissions de toutes sortes..., qui prétendent désirer la meilleure santé économique possible aux agriculteurs, associée à un respect de l’environnement, et une meilleure considération de l’agriculture par les consommateurs, devraient facilement le comprendre et faire leur possible pour que la fonction de chacun soit précisément définie et respectée, sans privilèges statutaires... C’est aussi cela la bonne image de l’agriculture : il ne s’agit pas de révolution mais simplement d’évolution. La crédibilité et l’avenir de l’agriculture passent par-là. A moins d’être directement ou indirectement lié à ces organismes..., à ce manque de transparence, il est facile de comprendre qu’il ne s’agit ici ni de polémique, ni d’attaque, mais tout simplement de bon sens, de logique.

 

Les freins à cette évolution, à cette logique, sont multiples et variés. Si le cumul des postes, n’est normalement plus d’actualité, il l’est encore hélas trop souvent en agriculture, aussi bien dans la quantité que dans la durée et avec des contradictions (certains sont à la fois juge et parti : syndicat + coopérative + chambre d’agriculture + ... + ... + ...). S’ajoute à cela, la surcharge et les chevauchements d’offices et de commissions de toutes sortes, avec les mêmes ou leurs exécutants... (nommer ou s’octroyer un poste..., sécurise les situations...). Leur premier critère de recrutement est la capacité à rentrer dans le moule, sans jamais chercher à en sortir.

 

De même, si les privilèges ne sont normalement plus d’actualité, là aussi, ce n’est pas encore le cas en agriculture et dans ses filières. Un conservatisme agricole (para-agricole) protégeant et garantissant l’avenir de carriéristes et d’opportunistes. C’est ainsi que l’on entend des dirigeants, des présidents de coopératives..., faire des déclarations comme : « On ne pourra pas accepter que les distributeurs ne puissent plus diffuser de conseil » Rien ne peut être crédible dans l’argumentation de tels propos (voire de telles pressions, menaces...) . C’est encore une fois la démonstration des dangers qu’entraîne le conservatisme, le protectionnisme de nombreux intérêts personnels d’une minorité... (Performants dans la tromperie, donc gênés par la transparence).

 

Lire  ICI 

 

 

À Rungis, le 11octobre 2017, le président de la République a réitéré son engagement de campagne: il veut séparer le conseil et la vente des produits phytosanitaires, via une loi.

 

 

Le gouvernement veut une nette séparation entre les vendeurs de pesticides aux agriculteurs et ceux qui les conseillent, pour réduire l'utilisation de ces produits, une mesure qui va obliger les professionnels à revoir leur modèle.

 

Cette séparation, prévue dans le projet de loi présenté mercredi au Conseil des ministres, doit permettre de diminuer drastiquement le recours aux produits phytosanitaires, selon l'exécutif.

 

Le 31/01/2018 une dépêche AFP synthétisait les réactions des principaux intéressés : 

   

Du côté des agriculteurs, la FNSEA, le syndicat majoritaire s'inquiète d'un éventuel surcoût pour les agriculteurs.

 

« On peut très bien aboutir à un scénario catastrophe qui conduise à une distorsion de concurrence », avec les autres pays européens qui ne seront pas soumis à la même loi, estime Eric Thirouin, secrétaire général adjoint du syndicat.

 

La Confédération paysanne juge pour sa part que cette mesure « tombe sous le sens », mais questionne « sa portée réelle », selon Emmanuel Aze, l'un de ses responsables.

 

Mais le projet va surtout contraindre coopératives et le négoce agricole, qui assurent respectivement 60 % et 40 % des ventes aux agriculteurs, à revoir leur modèle.

 

« Si les entreprises doivent faire un choix entre l'une ou l'autre des missions, elles seront fragilisées du point de vue économique, assure Damien Mathon, délégué général de la Fédération du négoce agricole (FNA).

 

Le négoce agricole comme les coopératives ont un double métier: ils conseillent et vendent tous types de solutions, dont les pesticides, en amont, et en aval, ils collectent les productions agricoles pour les vendre aux industriels ou les transformer eux même.

 

« L'accompagnement tout au long du cycle cultural permet de respecter au mieux les cahiers des charges vis à vis des acheteurs. Si on coupe le lien conseil/vente, le niveau de responsabilité de l'entreprise ou du négoce pour pouvoir tenir des engagements contractuels devient de plus en plus compliqué », souligne M. Mathon.

 

« Ce qui nous importe aujourd'hui c'est moins la question de la vente pour la vente mais la vente pour répondre à des marchés, d'où l'importance du lien avec le conseil », explique également Pascal Viné, le directeur général de Coop de France, qui représente 2.600 coopératives hexagonales de toutes tailles.

 

Ambiguïté

 

« Le rôle des coopératives c'est d'acheter de manière collective des produits pour leurs adhérents pour jouer sur les économies d'échelle », assure-t-il.

 

Il reconnait cependant que « pendant des années le conseil a été intégré à la vente des produits et il y a eu des situations de compensation qui ont conduit un certain nombre d'acteurs à critiquer le système ».

 

« Il faut faire évoluer cette organisation là pour qu'il n'y ait plus cette ambiguïté qui puisse laisser penser que les produits phytosanitaires sont une source de profit pour les coopératives », ajoute le responsable de Coop de France.

 

La FNA propose de son côté une facturation séparée pour que les choses soient plus claires.

 

 

« Le conseil a une valeur, mais le prix du conseil est inclus dans la vente de produits », reconnait M. Mathon.

 

 

Le gouvernement veut aller plus loin que la proposition de la FNA, en imposant une « séparation capitalistique » entre les deux activités, donc des sociétés différentes.

 

 

« On l'a dit de manière un peu caricaturale, si on a à choisir entre l'un et l'autre, on choisira le conseil », déclare M. Viné qui défend cependant l'idée « qu'il est possible d'articuler conseil et vente pour accompagner la baisse annoncée des phytosanitaires ».

 

 

C'était d'ailleurs l'idée qui sous-tendait la création en 2015 de certificats d'économie des produits phytosanitaires (CEPP), distribués aux vendeurs de pesticides quand ils réussissent à faire acheter aux agriculteurs une solution plus verte: produits de biocontrôle ou variétés de semences plus résistantes aux maladies.

 

 

Le gouvernement veut maintenir ce dispositif des CEPP tout en séparant le conseil et la vente des produits phytosanitaires.

 

 

« Nous avons besoin d'avoir le modus operandi, car le dispositif des CEPP n'a de sens que parce que les vendeurs de solutions sont aussi des préconisateurs et des conseils », selon M. Mathon.

 

 

Les coopératives estiment pour leur part « qu'on doit pouvoir trouver un équilibre, par exemple que le conseil annuel soit totalement indépendant des liens capitalistiques, mais après qu'il y ait au quotidien le conseil des cultures et l'achat pour le compte des adhérents de produits, c'est parfaitement articulable dans le contexte des CEPP », assure M. Viné.

 

 

SÉPARATION DE LA VENTE ET DU CONSEIL : CATACLYSME OU CATALYSEUR POUR LA DISTRIBUTION AGRICOLE ?

 

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. (20)

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors qu’ils redescendaient sur Nantes dans leur 2CV capotée, ils l’avaient entendu sur le transistor miniature. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme leur avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement – la saillie est de Bernard Tricot – se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

A Nantes, le front ouvrier était solide, la Faculté de Lettres un cloaque. En Droit, tout était figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruaient dans les brancards. Avec Marie ils participaient à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentaient à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. À leur retour de Paris ils furent traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, Benoît laissa la parole à Marie. « Ma chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé... » Le résultat dépassa ses espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de sa vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

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