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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 07:00
Le lièvre à la royale de Jean-Marie Amat chef du Saint James à Bioulac vu par Jean-Paul Kauffmann, celle du sénateur Couteaux vue par Jean-Claude Ribaut.

Le journal Sud-Ouest du vendredi  9 mars, publie l’hommage de Jean-Paul Kauffmann à l’emblématique chef du Saint-James, Jean-Marie Amat, décédé lundi à l’âge de 72 ans.

 

« Le journaliste et écrivain Jean-Paul Kauffmann, avait connu le chef Jean-Marie Amat au tout début des années quatre-vingt. Jean-Paul Kauffmann, qui venait de créer la revue « L’Amateur de Bordeaux », était également un fin gastronome. C’est ainsi que débuta une amitié qui déborda du cadre du restaurant pour continuer le long des chemins que ces marcheurs découvraient ensemble.

 

 

« Je me souviens un soir de novembre dans les Landes. Il nous avait préparé un lièvre à la royale. Cette façon qu’il avait eue de chambouler cette recette, gloire écrasante de la gastronomie française! Un retournement magistral, un de ces bonds acrobatiques à la Amat. Pourtant tout y était : le foie gras, le sang, les abats, la sauce d’un noir d’enfer. Tout y était, mais réévalué, transmuté, extrapolé par lui. Un lièvre délesté des impedimenta de la tradition, subtil, presque aérien. Furieusement royal pourtant : fastueux même, opulent, sauvage. »

 

L’hommage de Jean-Paul Kauffmann à Jean-Marie Amat, « Un seigneur nous a quittés »

ICI 

 

Gironde : dernier hommage au chef étoilé Jean-Marie Amat

 

ICI 

 

09 décembre 2012

 

LIÈVRE À LA ROYALE, VOUS AIMEZ CELA ?! ATTENTION, ÇA VA CANARDER…

 

Carême ou Couteaux, à quelle sauce manger le lièvre à la royale ?

 

« C’est l’un des plus beaux plats de la gastronomie française. Une sorte d’hallali magnifique joué dans les méandres sombres d’une sauce légendaire. Petite question, faut-il exécuter la bestiole façon Couteaux ou façon Carême?

 

PLAT CULTE.

 

Lorsqu’on n’est pas averti, le lièvre à la royale, c’est quelque chose. Lorsqu’elle arrive au restaurant, l’assiette est comme un linceul fumant. Il y a là un lièvre qui gît dans une flaque chocolatée. Le lièvre à la royale? On imagine un trône, un sceptre, des laquais, des joueurs de clavecin. On glisse alors la cuillère dans le vif du sujet. Cest comme se lover sous une tente. Il y fait chaud. On distingue des ombres, des formes. »

 

François Simon

 

Lièvre à royale, selon Carême ou « Jacquillou »?

 

La guerre picrocholine entre partisans du lièvre à la royale façon Antonin Carême et tenants de la recette du Sénateur Couteaux laisse le chef de Lasserre impavide.

 

Pour les 70 ans du restaurant Lasserre, son chef, Christophe Moret et Claire Heitzler, chef pâtissière, ont créé un menu anniversaire, proposé depuis le 13 novembre, dont le plat emblématique est un lièvre de Picardie, le filet juste pané poivre/genièvre, la panoufle à la Périgourdine. Soit une variation sur la recette du lièvre à la royale dite d’Antonin Carême (1784 – 1833), encore qu’une telle façon  figure en 1775, dans Les soupers de cour du cuisinier Menon.

 

La réussite de ce plat tient à l’élégance de la sauce issue de la marinade. Reconnaissons que cette élégance est rarement atteinte – hélas ! – par les nombreux chefs qui s’obligent à cet exercice de haute voltige culinaire. Mais chez Lasserre, ce jeudi 6 décembre 2012, stupeur, la sauce est abondante et colorée, mais fluide ! L’œil est intrigué, aussitôt le palais rectifie : les saveurs complexes sont respectées, l’onctuosité n’altère en rien la légèreté. S’impose, seule, la gourmandise ! Le chef s’explique : « Oui, j’utilise la marinade ; la consistance tient à la présence discrète du foie gras, employé avec parcimonie ; la liaison finale est obtenue avec le sang. » En cela, Christophe Moret est un grand chef classique pour qui les sauces distinguent la cuisine française de toutes les autres.

 

Mais comment expliquer alors, la touche délicate de ce lièvre et la finesse de sa sauce, ailleurs souvent indigeste?

 

« Le lièvre vient d’une chasse de Picardie avec laquelle je travaille exclusivement, dit le chef. La légèreté de la sauce ? C’est l’emploi parcimonieux des ingrédients et des réductions et l’ajout, au moment de servir, d’un trait de vinaigre de Xérès. » Voilà le détail qui change tout !

 

Relevons, outre la modestie du propos, le qualificatif de « à la Périgourdine » pour qualifier la panoufle. Le chef ne revendique pas la façon « royale » de Carême, ni celle, bien entendu, remise à la mode par Joël Robuchon, du Sénateur Couteaux. En cela, il se range à l’avis d’Escoffier qui s’est toujours tenu, en bon républicain, derrière la tradition périgourdine. La querelle qui faillit bien tourner au vinaigre, dure depuis plus de cent ans. Paradoxe, c’est avec le vinaigre de xérès que Christophe Moret clôt – provisoirement – le débat.

 

En cette fin de siècle – ouvert avec Carême, qui s’achevait avec Escoffier – une polémique culinaire agita le milieu après qu’Aristide Couteaux, sénateur de la Vienne (1835 – 1906) eut publié, en 1898 dans sa chronique du journal Le Temps, une recette de lièvre à la royale qu’il disait tenir de ses parents poitevins. « Il l’exécuta lui-même chez Spuller, rue de Richelieu, après avoir emprunté une daubière chez un restaurateur voisin, la Taverne de Londres, et on  raconte que le quartier tout entier de l’Opéra-Comique fut mis en émoi par le fumet de ce plat fameux, précisent Jean Vitaux et Benoît France dans le Dictionnaire du Gastronome (PUF. 2008).

 

 La recette du sénateur Couteaux, homme de gauche proche de Gambetta, de Jules Ferry et ami d’Eugène Spuller, suscita les ricanements de ceux pour qui seule la recette de Carême, inspirée de la tradition périgourdine, méritait le qualificatif de « royale. » Selon ce dernier, en effet, le lièvre entièrement désossé et reconstitué autour d’une farce de foie gras et de truffes, devait être accompagné d’une sauce à base de réduction de gibier et d’un vin rouge puissant, soigneusement lissée avec un peu de foie gras avant d’être liée au sang.

 

C’est la recette qu’Alain Senderens poussait à la perfection au Lucas-Carton et qu’il réalise encore de temps à autre dans son établissement, place de la Madeleine.

 

La recette poitevine, au contraire, relevait d’une façon paysanne, dans laquelle le gibier, cuisiné avec force échalotes et gousses d’ail,  était dilacéré et mêlé d’une purée de foie gras afin d’être dégusté « à la cuillère. ». Ali Bab (alias Henri Babinski) estimait en 1907 que lièvre royal de Carême « laisse loin derrière lui les préparations sans finesse dites « à la royale », tombant en purée, dans lesquelles il est fait une véritable débauche d’échalotes, d’oignons et d’ail. » Escoffier s’était bien gardé, dans son Guide culinaire (1903) de trancher la querelle, ignorant la recette du sénateur Couteaux, ne retenant que celle du lièvre farci à la périgourdine. Plus tard, en 1938, Prosper Montagné ira même jusqu’à qualifier de « pseudo gastronomes » ceux qui faisaient grand cas de ce qui n’était à ses yeux qu’une « médiocre capilotade de lièvre.»

 

Aristide Couteaux fut assurément meilleur sénateur que cuisinier puisque au Sénat, le Président Antoine Dubost, prononçant son éloge funèbre à la séance du 29 juin 1906, déclara : « Ecrivain original et pittoresque, dit-il, plein d’humour, longtemps connu sous le pseudonyme de « Jacquillou », il a exercé une influence heureuse et souvent décisive, sur l’âme populaire », et, reconnaissons-le, sur l’art de préparer le lièvre !

 

Jean – Claude Ribaut

 

Le lièvre à la royale du sénateur Couteaux

 

Un lièvre, du courage et beaucoup d'humour ...

 

 

Mode d'emploi :

 

Se procurer un lièvre mâle, à poils roux, de fine race française (caractérisée par la légèreté et la nerveuse élégance de la tête et des membres), tué autant que possible en pays de montagne ou de brandes, pesant de cinq à six livres, c'est à dire ayant passé l'âge du levraut, mais cependant encore adolescent. Caractère particulier pour le choix : tué assez proprement pour n'avoir pas perdu une goutte de sang.

 

Condiments gras : 3 ou 4 cuillerées de graisse d'oie ; 125 grammes de bardes de lard ; 125 grammes de lard ordinaire.

 

Autres condiments et légumes : 1 carotte de taille ordinaire ; 4 oignons de grosseur moyenne, tenant le milieu entre un oeuf de poule et un oeuf de pigeon ; 30 gousses d'ail ; 60 gousses d'échalote ; 4 clous de girofle ; 1 feuille de laurier ; 1 brindille de thym ; quelques feuilles de persil ; sel ; poivre.

 

Liquides : 1/4 de litre de bon vinaigre de vin rouge ; 2 bouteille de vin Chambertin, ayant 5 ans de bouteille ou plus.

Matériel : 1 daubière de forme oblongue en cuivre bien étamé, hauteur 20 centimètres, longueur 35 centimètres, largeur 20 centimètres, avec couvercle fermant hermétiquement ; petit saladier pour tenir en réserve le sang du lièvre, et ensuite pour l'y fouetter au moment de l'incorporer à la sauce ; hachoir ; grand plat creux ; passoire ; petit pilon en buis.

 

Méthode : Dépouiller et vider le lièvre. Mettre à part le coeur, le foie et les poumons. Réserver aussi, à part et avec grand soin, le sang (facultativement : on peut y ajouter, d'après la tradition, deux ou trois petits verres de vieux et fin cognac des Charentes). Préparer : 1 carotte de taille ordinaire, coupée en quatre ; 4 oignons de moyenne grosseur, dans chacun desquels est piqué un clou de girofle ; 20 gousses d'ail ; 40 gousses d'échalotes ; 1 bouquet garni, composé d'une demi-feuille de laurier fraîche, une brindille de thym, quelques feuilles de persil.

 

Première opération (durée : de 13 heures 30 à 17 heures)

À 13 heures 30. -Enduire de bonne graisse d'oie le fond et les parois de la daubière ; puis, au fond de la daubière, étendre un lit de bardes de lard. Couper l'avant-train du lièvre au ras des épaules ; supprimer ainsi le cou et la tête et il ne reste que le râble très allongé et les pattes. Placer alors, sur le lit de bardes, l'animal dans toute sa longueur et couché sur le dos. Le recouvrir ensuite de nouvelles bardes de lard. Toutes les bardes sont employées. Ajouter alors : la carottes en quatre morceaux ; les 4 oignons au girofle ; les 20 gousses d'ail ; les 40 gousses d'échalote ; le bouquet garni. Verser sur le lièvre un quart de litre de bon vinaigre de vin rouge, une bouteille et demi de bon vin de Bourgogne, ayant 4 à 5 ans de bouteille. Assaisonner de sel et de poivre, en quantité suffisante.

 

À 14 heures. -La daubière étant ainsi garnie, la recouvrir de son couvercle et la mettre sur le feu. Régler le feu, de façon que le lièvre cuise pendant trois heures à un feu doux et régulier, continu. Deuxième opération (à faire pendant la première cuisson du lièvre). Hacher d'abord très menu, et en prenant successivement chacun des quatre articles suivant, en hachant chacun à part : 125 grammes de lard ; le coeur, le foie et les poumons du lièvre ; 10 gousses d'ail ; 20 gousses d'échalote. Le hachis de l'ail et celui de l'échalote doivent être extrêmement fins. C'est une des conditions premières de la réussite de ce plat. Le lard, les viscères du lièvre, l'ail et l'échalote ayant été ainsi hachés très menu et séparément, réunir le tout dans un hachis général de façon à obtenir un mélange absolument parfait.

Réserver ce hachis.

Troisième opération (durée : de 17 heures à 19 heures 45).

 

À 17 heures. -Retirer du feu la daubière. Enlever délicatement le lièvre ; le déposer sur un plat. Là, le débarrasser de tous les débris des bardes, carottes, oignons, ails, échalotes, qui pourraient le souiller ; remettre ces débris dans la daubière.

 

Coulis. -Prendre maintenant un grand plat creux et une passoire. Vider alors le contenu de la daubière dans la passoire placée au-dessus du grand plat ; avec un petit pilon de bois, piler tout ce qui a été versé dans la passoire, de façon à extraire tout le suc, lequel constitue un coulis dans le grand plat.

 

Mélange du coulis et du hachis. -Voici le moment d'employer le hachis qui a fait l'objet de la deuxième opération. Mêler ce hachis au coulis. Faire chauffer une demi-bouteille de vin de la même origine que celui dans lequel a déjà cuit le lièvre. Verser ce vin chaud dans le mélange de coulis et de hachis, et délayer bien le tout.

 

À 17 heures 30. -Remettre dans la daubière le mélange ainsi délayé du coulis et du hachis et le lièvre, avec tous les os des cuisses et autres qui auraient pu se détacher pendant l'opération. Replacer la daubière sur le fourneau, avec feu doux et continu dessous et dessus, pour une seconde cuisson d'une heure et demie.

 

À 19 heures. -Etant donné que l'excès de graisse, provenant de l'abondance (nécessaire) de lard, empêche de juger de l'état d'avancement de la sauce, procéder à présent à un premier dégraissage. L'oeuvre ne sera, en effet, achevée que lorsque la sauce sera suffisamment liée pour offrir une consistance approchant de celle d'une purée de pommes de terre ; pas tout à fait cependant, attendu que, si on la voulait trop consistante, on finirait par tellement la réduire qu'il n'en resterait plus suffisamment pour humecter la chair (naturellement très sèche) du lièvre. Le lièvre dégraissé pourra donc continuer à cuire ainsi, toujours à feu très doux, jusqu'au moment où sera ajouté le sang réservé avec le plus grand soin, comme il a été dit plus haut.

 

Quatrième opération (un quart d'heure avant de servir).

 

À 19 heures 45. -La liaison de la sauce étant en bonne voie, une quatrième et dernière opération la mettra définitivement et très rapidement au point.

Addition du sang du lièvre. -En ajoutant maintenant le sang, non seulement la liaison de la sauce est activée, mais encore elle acquiert une belle coloration brune, d'autant plus appétissante qu'elle sera plus foncée. Cette addition du sang ne doit pas se faire plus d'un quart d'heure avant de servir ; en outre, elle doit être précédée d'un second dégraissage.

 

Donc dégraisser d'abord convenablement ; après quoi, sans perdre une minute, il faut s'occuper du sang du lièvre.

 

1° Fouetter avec une fourchette le sang, de manière que, si quelques parties sont caillées, elles deviennent de nouveau tout à fait liquides. (Nota : le cognac facultatif, qui a été indiqué au début de la recette, contribue à empêcher le sang de cailler.)

 

2° Verser le sang sur la sauce, en ayant soin d'imprimer à la daubière, de bas en haut et de droite à gauche, un mouvement de va-et-vient qui le fera pénétrer uniformément dans tous les coins et recoins du récipient. Goûter alors ; ajouter sel et poivre, s'il y a lieu. Peu après (un quart d'heure au maximum), préparer à servir.

 

Dispositions pour servir.

À 20 heures. -Sortir de la daubière le lièvre dont la forme se trouve forcément plus ou moins altérée. Dans tous les cas, placer, au milieu du plat de service, tout ce qui est encore à l'état de chair - les os complétement dénudés, désormais inutiles, étant jetés - et alors, finalement, autour de cette chair de lièvre en compote, mettre pour toute garniture l'admirable sauce si attentivement confectionnée.

 

On n'a pas besoin de le dire, pour servir ce lièvre, l'emploi du couteau serait un sacrilège, et la cuiller y suffit amplement.

 

La boisson :

 

Si vous avez réussi cette recette, et dans les temps impartis, vous êtes assez grand pour trouver un vin tout seul, démerdez-vous !

 

Le truc :

 

Appeler le Samu vers 20 heures 30 (faites le 15).

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Montparnasse, le terminus, la vieille gare de l'Ouest, sentait le sapin. Elle vivait ses derniers jours car bientôt les promoteurs et les bétonneurs allaient l'araser, l'enfouir, damer son empreinte pour couler le socle du plus haut phallus pompidolien, la Tour. (39)

Le dimanche soir le train de Paris, bourré de bidasses remontant vers l'est, empestait la chaussette sale, le tabac froid et la pisse rance. Tout me semblait laid. Immonde. Le train s'ébranla avec une exaspérante lenteur. Aux aiguillages les roues claquaient. Les départs, dans ses rêves d'enfant, revêtaient des allures princières, bagages en cuir patiné convoyés par des porteurs en blouses, uniformes impeccables des hommes de la Compagnie des Wagons-Lits, voyageurs empressés, grappes de ceux qui resteraient à quai, à son bras une femme mariée qu’il venait d'enlever aux rets de son sinistre époux, visage caché sous une voilette, des nappes bleutées de vapeur enveloppaient la locomotive, le compartiment du sleeping en partance pour l'Orient, avec ses parures en loupe d'orme, allait abriter leurs amours clandestins. Ce soir, dans l'inconfort de ce train de nuit ordinaire, à vingt ans, Benoît prenais pleine conscience qu’il s’enfonçait dans une vie ordinaire où le tous les jours n’apporteraient qu'ennui, tristesse et chagrin. Sa belle vie, son bel avenir, tout ce bel édifice il l'abandonnait sans regret, sa famille, son pays, ses amis, Marie, Benoît les enfouissaient tel un magot désormais inutile. Sa mémé Marie disait de lui qu’il était un garçon délicat. Pour elle c'était un compliment. Benoît savait bien que c'était mon tendon d'Achille. Il allait lui falloir forcer sa nature, se rendre insensible au regard des autres, n'être qu'un gris parmi la cohorte des gris.

 

Montparnasse, le terminus, la vieille gare de l'Ouest, sentait le sapin. Elle vivait ses derniers jours car bientôt les promoteurs et les bétonneurs allaient l'araser, l'enfouir, damer son empreinte pour couler le socle du plus haut phallus pompidolien, la Tour, bite d'amarrage plantée loin des effluves de l'Atlantique, totem des ambitions pharaoniques des nouveaux friqués, doigt d'honneur pointé au flux de bagnoles craché par la future pénétrante Vercingétorix. Tout devenait possible, les vannes s'ouvraient, le fric dégoulinait, on jetait un tablier de bitume sur les quais de la Rive droite, on charcutait le futur Chinatown, on excavait le ventre de Paris, on décidait d'édifier Beaubourg, les derniers feux des années dites Glorieuses rougeoyaient. Qui aujourd'hui se souvient de Christian de la Malène, de la Garantie Foncière, du Patrimoine Foncier, de Gabriel Aranda, de Robert Boulin, des petits et gros aigrefins, des prête-noms, des stipendiés, des corrupteurs et des corrompus, des fortunes météoriques, de cette cohorte de personnages troubles dont on aurait cru qu'ils sortaient d'un film de Claude Sautet ?

 

Les cafés du bord des gares, même au petit matin, puent la sueur des voyageurs en transit. Ils sont crasseux de trop servir. Les garçons douteux. Les sandwiches mous. La bière tiède et les cafés amers. Dans celui où Benoît s’était assis, les croissants rassis, le lait aigre, allaient bien aux ongles noirs et aux cheveux gras du serveur ; les effluves froides et graillonneuses de croque-monsieur rehaussaient le charme gaulois du patron : bedaine sur ceinture et moustache balai de chiottes. Depuis l'instant où Benoît avait posé le pied sur le quai il distillait un coaltar épais. Tout ce gris, ce sale, cette laideur incrustée, loin de l'agresser, l'enrobaient d'un cocon protecteur. Sa bogue se refermait, il appréciait.

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 07:00
L’agriculture française pas assez productive pour 1 expert, trop pour Éric Fottorino.

Le salon de l’agriculture, bac à sable des politiques, soi-disant vitrine de la France agricole, se déroule au-dehors du parc des expositions de la Porte de Versailles par le truchement des réseaux sociaux. La dernière édition fut en terme de communication un déluge de bonnes intentions pour se pencher sur le mal être de nos agriculteurs. Ils sont tout à la fois plaint par les urbains et montré du doigt par les mêmes.

 

Tout le monde monte au créneau, même le PDG de Danone se met au vert, celui de l’INRA sentant le sens du vent ne jure que par l’agriculture durable et responsable, madame Lambert de la FNSEA cherche de la commisération tout en restant droite dans ses bottes, et bien sûr les experts de tous poils dégainent leurs savantes analyses qui, selon leur bord, n’apportent pas grand-chose au débat.

 

J’ai choisi ce matin de verser au dossier, le point-de-vue d’un urbain pur sucre, plein de bonnes intentions, Éric Fottorino, ancien boss du Monde, fondateur d’une feuille originale le 1 (sans publicité) et celui d’un expert dont j’ignorais jusqu’à ce jour l’existence un certain Claude SICARD, Ingénieur agronome, docteur en économie, ancien Président de OCS Consultants.

 

Si j’étais encore dans le paysage, mais je suis retiré des voitures, j’apporterais ma contribution au débat. À vous de vous forger une opinion, pour ma part je n’ai qu’une seule certitude c’est que les outils d’analyse des deux bords extrêmes sont inefficients pour donner aux agriculteurs comme aux pouvoirs publics les bases  d’une nouvelle révolution verte.

 

 

Emmanuel Macron au chevet d’une agriculture française déclinante

 

Emmanuel  Macron vient d’effectuer une longue visite au salon de l’agriculture, une visite aux acteurs de l’un des secteurs  de notre économie qui est certainement le plus mal en point dans le contexte actuel, qui est celui d’une  compétition mondiale implacable.
Ce secteur de notre économie vit sous perfusion, les aides de la PAC jouant le rôle d’un analgésique qui, certes, calme les douleurs, mais n’a aucun effet curatif. Avec l’ouverture des frontières exigée par les doctrines libérales, on découvre avec stupéfaction que, hormis le secteur de la viticulture qui tire encore bien son épingle du jeu,  aucun  secteur de notre agriculture n’est en mesure de soutenir la concurrence étrangère.



Avec l’abaissement extraordinaire des coûts de transport, notre agriculture ne vit plus, en effet, en vase clos. Elle a, certes, évolué dans le temps, mais sans aucune vision stratégique, et elle se trouve actuellement  engagée dans une totale impasse. On est resté, en effet,  très longtemps sur l’idée que la France est un grand pays agricole,  un pays qui  dispose de terres fertiles et de terroirs très divers ayant chacun leur spécificité, sans avoir conscience que des problèmes stratégiques pouvaient se poser à  ce secteur dont on estimait qu’il est, par nature, indétrônable. Tout s’est  passé comme si les responsables de notre agriculture, et tout spécialement  la FNSEA, qui a très longtemps tenu la main de nos ministres de l’Agriculture, n’avait pas vu qu’il fallait complètement réviser le logiciel français. Les  activités agricoles dans le monde se sont développées  selon une bipolarisation :


 

  • d’un côté, des productions qui se réalisent d’une manière très extensive, ce qui implique  des exploitations ayant de très grandes surfaces, comme c’est le cas pour les productions céréalières : ce sont, là, des activités où  les effets de volume impactent fortement les coûts de production.  

 

  • de l’autre, des systèmes de production à caractère très intensif, généralement sous serres, où l’on parvient à maîtriser parfaitement les paramètres d’environnement, des systèmes qui nécessitent beaucoup d’investissements et une haute technicité.

 
 

Face à cette bipolarisation, la France  est demeurée dans la voie médiane, vantant les vertus d’une agriculture familiale où le rôle de l’agriculteur est tout autant de produire que d’entretenir les paysages. Nos dirigeants ont  installé la France dans la compétition mondiale en s’imaginant que notre agriculture était forte : bon nombre de nos compétiteurs, en relativement peu de temps,  sont passés devant nous, dans différents secteurs. En somme, avec l’abaissement des coûts de transport dans le monde moderne, le train de la compétition mondiale est passé, mais l’agriculture française ne l’a pas vu venir : et elle le voit, aujourd’hui, s’éloigner devant elle, sans savoir quoi faire.

 

Des constats affligeants

 

la suite ICI 

 

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H La culpabilité, ce calice voluptueux et masochiste des catholiques romains, le recouvrait de honte. (38)

L'alcool glissait. Indifférent à sa morsure Benoît l'entassait. Plus rien autour de lui n'existait. Il sombrait. La terre s'ouvrait. Ses entrailles s'épandaient. Son phallus le crucifiait. Plus rien que le ressac de la poche initiale, la tiédeur de sa bulle amniotique, la dissolution définitive. Partout des pointes acérées, le lit tanguait. Allongé sur une planche à clous. Goût de punaises écrasées, langue et palais liés par une fiente visqueuse, Benoît ne pouvait soulever ses paupières. Crâne bardé de plomb, tempes enserrées dans les rets implacables d'un étau, les premiers spasmes se levaient. Monstrueux, ils nouaient ses tripes. Il dégueulait dans une bassine à grands lampées. Et puis ce fut du fiel, amer. On lui tamponnait le front avec des serviettes fraîches. Plein de frelons son crâne grésillait. De la sueur glacée marbrait son dos. Ses hoquets exhalaient de la pestilence. On le guidait jusqu'à la selle. Il se vidait. On le recouchait. Allongé en chien de fusil, à nouveau fœtus, Benoît se dissolvait.

 

Quand il s’éveilla, de la fenêtre grande ouverte, la lumière de fin du jour, tendre, portée par des caresses d'air marin venues du fleuve tout proche, l'emplissait d'images de Marie. Entortillé dans le drap Benoît se sentait tout petit. Sali. Pourri. Son corps pesait cent tonnes de bois mort. Assise à mon côté, vêtue d'un seul tee-shirt blanc, la petite strip-teaseuse lisait un magazine de filles. Se relever paraissait à Benoît une tâche insurmontable ; les mots aussi semblaient le fuir. Restaient ses mains, mandibules arythmiques qui tapotaient le drap froissé. Dans un effort monstrueux il tentait de relier le temps présent à ce que je venais de vivre. Tout s'embrouillait. Sa tête concassait des tronçons d'images, des bouts de phrases. Ange exterminateur au sourire ironique, Marie, l'immaculée le rejetait dans ses ténèbres extérieurs. La culpabilité, ce calice voluptueux et masochiste des catholiques romains, le recouvrait de honte. La petite, elle, souriait. C'est alors que Benoît compris qu’il n'était pas dans sa chambre d’hôtel, celle-ci donnait sur le quai. Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, il se hissait sur ses coudes. La petite lui calait le dos. Il grognait, « Je morfle, c'est comme si on m'avait passé à la moulinette, j'ai du mal à recoller les morceaux... »

 

La petite lui caressait la nuque : « normal vous étiez ivre-mort. On t'a ramené ici dans un état pitoyable, tu râlais, tu délirais et tu semblais, par instant, vouloir cesser de respirer. Heureusement que je connais du monde. J'ai fait venir le docteur Hébert, un ancien client. Il t'a fait une piqure, nous a rassurés en nous disant que tu étais solide. Après, ton sommeil s'est apaisé. Sur le matin tu t'es mis à parler. Vous avez l'alcool mélancolique. C'était beau. C'était plein d'amour. Des mots comme je n'en ai jamais entendu. J'en ai même pleuré. Pour vous rassurer je me suis allongé près de vous. Vous dormiez comme un bébé.

 

Son corps, baudruche vide, sa tête, outre gonflée, replongeaient dans une torpeur molle. Les paroles de la petite glissaient sur lui sans laisser de trace. Tout lui était égal. Le sommeil l'envahissait. Il dormait. L'anse des Soux, elle partait si loin en une nage fluide, simple petit point perdu tout près de l'horizon, un nœud d'angoisse l'oppressait. Elle était aussi régulière qu'une horloge. Il l'enveloppait dans le drap de bain, la frictionnait. Toute sa peur se muait dans ce rituel en une allégresse monstrueuse. Partir, revenir, se retrouver... Là, dans ce rêve en cercle, il la voyait, si près, mais jamais elle ne l'atteignait. Benoît luttait de toutes ses forces pour inverser le cours du rêve, plein d'espoir. La brisure ne pouvait être définitive. Au cœur de la bataille, le rêve devenait réalité. Pas de doute possible, c'était elle, à portée de ses bras. Il fallait qu’il tienne bon. Tout redevenait possible. Tout dépendait de lui. Leur destin il le tenait entre mes mains. Lutter ! Rester dans cette marge ! Surtout ne pas ouvrir les yeux. La rupture s'opérait, brutale. Benoît dégoulinait d'une sueur âcre. Marie avait disparue. Tout était en place, avec une régularité implacable.

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 07:00
Poireauter, poiroter, poireautage, j’adore les mots verts, crus, balancés sur ceux qui ne me lâchent pas la grappe.

Vous souvenez-vous du sparadrap du capitaine Haddock  dans l’affaire Tournesol ?

 

« À la suite de l'explosion de la maison du professeur Topolino, le capitaine Haddock, blessé, se retrouve affublé de plusieurs sparadraps, dont un sur l'arête du nez. C'est l'amorce du plus long running gag (plaisanterie récurrente, en français) de l'œuvre d'Hergé. Non seulement, en page 45, le «petit sparadrap» voyage dans pas moins de 17 cases (au total, la page en compte 24 !), mais il réapparaît à la page 46 (8 cases). Après son épopée suisse, le vaillant bout de tissu collant est transféré en Bordurie, à la page 47 (4 cases), avant de ressurgir une dernière fois, en page 49. »

 

Sur mon blog j’ai mon sparadrap, il me colle tel Guy Bedos dans la drague avec Sophie Daumier, impossible de s’en débarrasser alors j’ai décidé, en désespoir de cause, de le faire poireauter, poiroter…

 

Jouissance extrême de le voir faire le poireau !

 

Le voir planté comme un poireau c’est beau…

 

Je peux aussi être trivial avec le poireau : « Tête blanche et queue verte » ou même vulgaire « se chatouiller le poireau… »

 

J’adore les mots verts, crus, balancés sur ceux qui ne me lâchent pas la grappe.

 

Laissons-le sparadrap poiroter et revenons au  légume d’hiver, le poireau, originaire du Moyen-Orient et du Sud-Ouest asiatique, bulbe proche de l'ail, de l'oignon et également de la ciboulette, était déjà apprécié des Égyptiens. « D'ailleurs, l'histoire dit que le pharaon Kheops récompensait ses meilleurs guerriers avec des bottes de poireaux. Mais c'est l'empereur Néron qui fut l'un de ses inconditionnels les plus célèbres, utilisant très régulièrement ses vertus pour s'éclaircir la voix. »

 

C’est un légume de la grande famille des alliacées, le poireau est l’emblème protecteur du pays de Galles après que ses habitants eurent gagné une bataille célèbre en affichant un poireau comme signe de reconnaissance sur leur chapeau. « L'idée en reviendrait à l'évêque de l'Église celtique, devenu depuis saint David, patron du pays. »

 

« La tige du poireau doit être droite, charnue, ferme, d'un blanc brillant, sans tache et les feuilles doivent être bien vertes. Ce légume peut se conserver deux à trois mois à une température proche de zéro si l'humidité relative est élevée.

 

Pour laisser échapper les composés soufrés, responsables de son odeur caractéristique et qui rebute les enfants, il faut le cuire à découvert. »

 

Je propose aux naturistes d'adopter ça sent le poireau lorsqu'ils veulent vanner un grand cru classé plein de sulfites ajoutés.

 

Selon Hippocrate, le poireau était capable de « favoriser la diurèse, relâcher le ventre, arrêter les éructations... »

 

Ça me fait penser à Poirot !

 

C’est un vrai légume d'hiver

 

Bon dans la soupe avec patates, carottes, navets, il est aussi dans les bistrots qui se respectent la base d’un grand classique : le poireau-vinaigrette.

 

 

Pour les picards le poireau c’est la flamiche.

 

Il est aussi, comme le disent les présentateurs de télé, incontournable dans le pot-au-feu.

 

 

Copié-collé juin 28, 2016 Critique 4 G

 

juin 28, 2016 Critique 4 G

 

« Retour à Paris, chez Table, toujours le meilleur choix de la capitale au déjeuner, selon moi : entrée, plat, dessert et verre de vin (pinot noir de Binner en magnum, fabuleux) et terrasse calme pour 35 euros. Berthomeau, habitué, perché au comptoir, dans un camaïeux de bleu, n’en finit pas de rocardiser et nous recommande Les climats, un établissement de luxe. »

 

Camaïeu avec un x ben voilà le pompon, quel irrespect pour la langue française ! Retour à l'envoyeur... Je suis outré par tant de légèreté. L'arroseur arrosé...

 

NB. Le dit Berthomeau s’en fut mardi dernier à Table nouvel étoilé et, Ô malheur Critique 4 G va devoir manger son black béret le Bruno il a supprimé le menu déjeuner à 35 euros. Aux Climats, plus anciennement étoilé, il est toujours à 45 euros.

 

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Des filles fatiguées, en bas résilles et bustiers noirs, tentaient d'activer la consommation (37)

À Nantes, à la bascule des années 60, le quai de la Fosse avec ses anciens beuglants pour marins en mal d'amour de passage, comme le quartier de Pigalle à Paris, sentait le stupre. L'imagerie populaire mêlait  les bas résilles des filles de joie, les ombres de types louches, les lumières tamisées de bars enfumés, toute une faune interlope en marge du corset des biens pensants. Pour le provincial en goguette et le bourgeois nantais c'était le quai de la Fesse. Les étudiants y venaient parfois finir leurs soirées. Benoît n'avait jamais pratiqué l'amour tarifé mais il aimait bien tailler une bavette avec les filles, surtout lorsque il était pompette. Dans la lumière jaune des lampadaires, les grues du port ressemblaient à des squelettes noircis. L'air marin remontant le fleuve le revigorait, ses idées noires se teintaient de sang, du rouge, de l'incandescent, une sale envie de se laisser-aller, d'être un enfant de salaud.

 

La boîte affichait « strip-tease permanent » et, en effet, une fois la porte poussée, sur un fond musical sirupeux, Benoît découvrait sur la scène une gamine malingre avec des seins œufs aux plats, des canes de serin, des hanches en porte-manteaux, qui se trémoussait en asticotant son entrecuisse avec son soutien-gorge. Le public clairsemé, quelques voyageurs de commerce en costume-cravate, une poignée de messieurs propres sur eux, des petits maquereaux caricatures de petits maquereaux et un petit vieux tout racorni, s'ennuyait ferme sur des banquettes recouvertes d'un tissu pelucheux orange. Des filles fatiguées, en bas résilles et bustiers noirs, tentaient d'activer la consommation. Posées sur les tables, des lampes chapeautées de crinolines diffusaient une lumière rougeâtre. La barmaid, qui semblait être la patronne, une poufiasse grasse et blondasse, le toisait de ses yeux globuleux tout charbonneux. Tout était à chier, surtout la musique, Benoît alla s’installer dans une sorte de niche demi-circulaire éclairée par une lampe sur pied, une Betty Boop rousse et sensuelle. Derrière son bar la patronne s'affairait mais manifestement Benoît l'intriguait, il n’était pas raccord avec la chalandise habituelle. N'y tenant plus la taulière, perchée sur des talons aiguilles vertigineux, fondait sur lui en ballotant du cul. «Mon bichon je te sers quoi ?»

 

  • Une vraie bière d’abbaye avec un shot de gin !

 

  • Je n’ai pas ça en magasin mon gars !

 

  • D’abord je ne suis pas votre gars, nous n’avons pas gardé les vaches ensemble. Qu’est-ce  que vous avez  de convenable à boire dans votre bouiboui ?

 

  • Soyez poli, la maison est convenable…

 

  • Arrêtez votre char, en dehors des mauvais roteux que vos filles fourguent à votre respectable clientèle, vous avez quoi comme bon champagne ?

 

  • Du Cordon Rouge…

 

  • Alors va pour le Mumm…

 

  • Une bouteille ?

 

  • Oui et une brosse à dents, j’ai l’haleine chargée…

 

La matrone le fusillait du regard et voltait avec une rage qui lui faisait frémir son arrière-train de vache limousine.

 

Sur la scène de poche, la petite, qui en avait fini avec son effeuillage, se dandinait en croisant les bras sur sa maigre poitrine. Elle quémandait des applaudissements qui ne venaient pas. Benoît la trouvait pathétique. Debout il claqua des mains au-dessus de sa tête en gueulant « Bravo ». D'abord surpris les VRP en goguette se mirent à frapper du plat des mains sur les tables. Ravie la petite envoyait des baisers à la cantonade. Le vieux tout sec braillait d'une voix de fausset « Enlève ta culotte ! » et le reste de l'assistance, émoustillé, se mettait à scander «La culotte, la culotte, la culotte... » Tambourinant sur le bois des tables leurs grosses chevalières crépitaient. Décontenancée, la petite quêtait l'approbation de la taulière. Benoît enjambait la table, en quelques enjambées il se hissait prestement sur l'estrade. La petite, déjà mal assurée sur ses hauts talons, eut un mouvement de recul qui faillit l'envoyer à la renverse. Benoît la retint par le poignet. Ses faux-cils, lourds et charbonneux, papillotaient. Dans la salle, les braillards interloqués se taisaient. La petite frissonnait. Lui arracher son bout de culotte eut été une ignominie. Pour la rassurer, très paternel, Benoît posait son bras gauche sur ses épaules glacées et, tel un bateleur de foire, il imposait le silence. Dans la salle les mecs n'en pouvaient plus. Il s’attendait à ce que Benoît passe à l’acte. « Vous n’êtes que des porcs ! ». Il tirait la petite vers la coulisse. Une bronca les salua. La mère maquerelle vint les rejoindre. Elle posait son gros cul sur une banquette en soupirant « Vous me manquez pas d'air mon garçon... »

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 07:00
La Sardaigne, l’Aga Khan, le prix de l’Arc Triomphe, le Meurice, Milena Agus, Terres promises, le pecorino…

Brasser ses souvenirs c’est souvent pour les vieux radoter un peu mais ce matin je le fais sans honte puisque c’est pour l’édification des jeunes pousses acculturées.

 

La Sardaigne d’abord, une île au cul de la Corse, des corses qui prennent les sardes pour des péquenots, que j’ai découvert par ma bouche lorsqu’au bon vieux temps où, avec le Michel Rocard, devenu sur ses vieux jours corse d’honneur au point d’y séjourner pour l’éternité, nous passions nos nuits à négocier la fin du gros rouge qui tache du Midi, enfermé à Bruxelles, nous allions nous restaurer dans un petit resto sarde.

 

 

L’Aga Khan ensuite, son Altesse l’Aga Khan est devenu Imam (chef spirituel) des musulmans Shi’a Imami Ismaili le 11 Juillet 1957 à l’âge de 20 ans, succédant à son grand-père, Sir Sultan Mahomed Shah Aga Khan. Il est le 49ème Imam héréditaire des musulmans Shi’a Imami Ismaili et le descendant direct du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui et sa descendance) par son cousin et gendre , Ali, le premier Imam, et son épouse Fatima, la fille du Prophète. Lire ICI 

 

 

« Passionné de chevaux comme ses aïeux, l’Aga Khan a gagné plusieurs fois les prix de Diane, il a financé en partie la rénovation de l’hippodrome et celle de l’Institut de France à Chantilly. Mais il a surtout créé l’Aga Khan Development Network (AKDN), qui emploie 80.000 personnes et développe des zones d’activités pour l’éducation, la santé, la culture dans de nombreux pays. Basée auparavant à Genève, la fondation doit siéger au palais Henrique de Mendonça, à Lisbonne, une construction qui date du début du XXe siècle. L’Aga Khan IV explique: « Nous nous sommes inspirés du concordat qui lie le Vatican et le Portugal. »

 

La suite ICI 

 

L’Aga Khan je l’ai connu par les chevaux, lorsque garçon dévoué et serviable j’allais représenter mon Ministre au dîner précédent le grand prix de l’Arc de Triomphe au Meurice. Au Meurice car le dit Aga Khan en était à cette époque le propriétaire.

 

À ce dîner je ne me contentais pas de faire tapisserie en vague doublure de mon Ministre, je prononçais le discours de clôture, exercice que j’adorais. L’Aga Khan, homme fort civil était à cette époque marié depuis le 28 octobre 1969 avec Sarah Croker-Poole, qui était devenue la bégum Salimah. Avant de divorcer en 1995, ils ont eu trois enfants, Zahra en 1970, Rahim en 1971 et Hussain en 1974. Son second mariage avec Gabriele Thyssen Homey ne durera que cinq ans, le temps d’un quatrième enfant, le petit Ali, né en juin 2000.

 

Mais quel lien entre l’Aga Khan et la Sardaigne me direz-vous ?

 

« La Sardaigne et sa « côte d’émeraude » est le joyau du littoral italien. Grandes plages désertes, criques sauvages, fonds marins cristallins, falaises de granit plongeant dans des eaux limpides. C’est le décor de conte de fées d’une des îles les plus pauvres et isolées d’Italie il y a encore quelques décennies et qui survivait essentiellement grâce à l’activité de ses bergers. Le prince qui a réveillé cette Belle au bois dormant s’appelle Karim Aga Khan Ismaili.

 

Tombé sous le charme de ses paysages, il fonde en 1962 avec un groupe d’industriels et de financiers internationaux, dont le propriétaire de San Pellegrino et le magnat de la bière Patrick Guiness, le consortium Costa Smeralda. Son but est la transformation de 55 km de côtes splendides mais presque inhabitées et sans aucune infrastructure moderne en un lieu de villégiature renommé. 

 

«Le prince Aga Khan a carrément fait décoller le tourisme. Avant lui, les chèvres des bergers broutaient sur les collines et les habitants vivaient de l’agriculture»

 

Je résume, par deux fois je me suis rendu au dîner de l’Arc de Triomphe au Meurice, bien sûr j’étais placé à la droite du Président de la Société d’Encouragement à la Table d’Honneur et j’étais entouré des vieux barbons du Jockey Club alors que tout à côté l’Aga Khan présidait une table où se pressaient des beautés sardes.

 

Reste Milena Agus, et Terres Promises,  « La terre promise, tout le monde la cherche. Pour Raffaele, de retour en Sardaigne juste après la guerre, elle se situe sur le Continent. Mais une fois là-bas, Ester, sa jeune épouse, a le mal du pays, elle qui était pourtant si pressée d’en partir… Alors la famille y retourne. Leur fille, Felicita, s’adapte aux humeurs locales et s’initie avec la même conviction au communisme et au sexe. De ses amours naîtra Gregorio, drôle de petit bonhomme qui trouvera sa voie dans la musique. Au fil des ans et des rencontres, ils avanceront dans leurs vies imparfaites, croisant la route d’autres êtres en quête de bonheur. Pour tous, Felicita est l’indispensable pivot. Car à ses yeux les gentils ne sont pas des perdants et la terre promise est au coin de la rue. Une saga familiale décalée, portée par une héroïne qui ressemble comme une soeur à Milena Agus. »

 

 

« C’est un roman magnifique. Il y a beaucoup d’amour, beaucoup de gentillesse, ce n’est pas la gentillesse mièvre et les gens idiots… C’est la bienveillance. C’est fait avec beaucoup d’intelligence et vraiment il y a quelque chose qui se dégage de ce roman. Elle nous parle de la Sarde avec des mots magnifiques. »

 

« Milena Agus, cet(te) auteur(e) sarde, a commencé à être traduite en français il y a une dizaine d’années, à l’occasion de son roman « Mal de pierres«. (Et si vous ne l’avez pas encore lu, lisez-le, c’est absolument magnifique). ICI  »

 

Illustration de mon histoire matinale :

 

 

« Les jours passaient et Felicita attendait celui où ils iraient enfin à la mer, mais personne ne semblait s’en soucier de la mer. Sauf son père qui, à ce sujet, se disputait avec ses beaux-frères, lesquels considéraient que les foules de touristes envahissant les plages étaient une aubaine pour les Sardes. Il disait qu’il préférait l’époque où la Sardaigne n’était que monts, ravins sauvages, chênes courbés par le vent, ânes et brebis, et où la mer n’existait pas. Dans la génération de leurs pères, nombre de ceux qui habitaient l’intérieur des terres étaient morts sans l’avoir vue et puis hop, voilà que l’Aga Khan, surgi d’un conte oriental, avait inventé la Côte d’Émeraude… Et soudain, sur cette terre bénie, il n’était plus resté que la mer, et ses plages à vendre et à détruire. »

 

 « Une terre promise, allons donc ! On construisait partout des villages touristiques et on bitumait les routes menant aux plages. Sans répit, sans l’ombre d’un regard amoureux et respectueux pour la nature. Ça déracinait, ça incendiait, réduisant en cendres des hectares et de maquis méditerranéen pour pouvoir bâtir.

 

Ses beaux-frères se moquaient de lui. Il voulait retourner dans la montagne avec les brebis ? Il préférait les besaces aux sacs, les habits d’orbace aux vêtements confortables, les ânes aux automobiles, l’odeur du pecorino aux parfums ? »

 

« Le dernier jour, ils s’embrassèrent, émus, mais ils rirent un peu aussi. Les beaux-frères allaient regretter les étonnantes gamelles à la continentale mitonnées par Ester, que Raffaele, naturellement, partageait avec eux : escalope et risotto à la milanaise, tourte  de blettes, pâtes au pistou, osso bucco aux petits pois, poulet rôti et purée de pommes de terre. Désormais, ils devraient se contenter des robustes gamelles de malloreddus, les petites pâtes de blé cuites la veille, et du sempiternel morceau de pecorino. »

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Benoît l’avait convaincu d'élargir son offre au hot-dog. « Mais c'est du cochon mon frère lui avait-il objecté ? C'est péché... » (36)

La moutarde lui piquait le nez, des larmes fluides dégoulinaient jusqu'à ses lèvres. Pour éteindre le feu Benoît sifflait au goulot une grande lampée de bière. Dans sa camionnette un peu pourrie, empestant l'huile de friture, juché derrière son comptoir graisseux, Ali Berkane, préposé à la graille ambulante, se gondolait. « C'est de la vraie mon frère. C'est comme les lacrymos de tes potos CRS ça chatouille le pif... » Benoît opinait en enfournant une nouvelle bouchée de brûlot. « Un enragé que t'es mon frère. On te dit fais gaffe c'est de la nitro et paf ! Tu remets ça... » Ali lui offrait le spectacle de ses dents capotées d'acier inoxydable. Ali, ses frites molles, sa harissa et ses merguez, Benoît l'avait convaincu d'élargir son offre au hot-dog. « Mais c'est du cochon mon frère lui avait-il objecté ? C'est péché... » Avec ses copains, très férus de dialectique, il lui avait démontré qu'en tant qu'Infidèle, commerçant de surcroît, qui ne crachait pas sur le jaja par ailleurs, dans une Terre de Vieille Chrétienté l'absence de hot-dog à sa carte serait perçu comme une forme insidieuse de racisme anti-français. Depuis, Ali les bénissait. Son chiffre d'affaires montait en flèche. « Même des anciens bidasses d'AFN viennent maintenant se fournir ici... » ajoutait-il pour se rassurer.

 

 Le plaisir du hot-dog  Benoît l'avait découvert grâce à l'une de ses voisines de son pays crotté et ignare, une alsacienne émigrée là par le hasard d'un mariage avec un Parisien qui lui ne savait pas trop pourquoi il était resté là à faire le garagiste après la Libération. Ce fut par le truchement de la choucroute qu’il arriva à la saucisse, la Strasbourg ou la Francfort, il ne savait plus très bien, mais ce qu’il savait c'est que le jour où, la mère Raymonde – la femme du pompiste donc – glissa dans une baguette de pain, transformée en une sorte de tuyau tiède, une saucisse qu'elle venait d'oindre de moutarde, Benoît tomba sous le charme du hot-dog, un sandwiche qui porte bien son nom. Cette histoire il l'avait bien sûr raconté à Marie en s'extasiant sur l'étrange alliance sous la dent du mou et du fort. Elle avait beaucoup ri, elle aussi s'était convertie. Leurs envies soudaines et irrépressibles de hot-dog les voyaient se précipiter, sitôt la séance de ciné terminée, au comptoir de leur pote Ali. Aujourd'hui, Benoît n'a rien dit Ali. À voir sa gueule de déterré il avait dû se dire : elle est partie. Alors il a faisait comme son pote Ali. Marre des souvenirs, Benoît allait mal. Et puis merde, voilà que c'était le saucisson-beurre de leur premier jour au Conti qui lui prenait la tête. Ali lui dit « C'est moi qui t'offre aujourd'hui. Benoît répondait « Merci l’ami ». Ils se tapèrent dans les mains, Benoît s’éloignait. Face à lui le bitume de la Place du Commerce lui apparaissait comme un lac gris, hostile. Traverser, gagner la Place Royale, affronter la serre vitrée du Conti. Que des souvenirs heureux... Fuir ? Y aller ! Il y allait d'un pas décidé, le rire de Marie l'y accompagnait.

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 07:00
Chez les jeunes pousses conseillères du vin il est plus facile d’enfoncer des portes ouvertes que d’ouvrir des perspectives…

« Le numérique est l’origine, la conséquence et peut être la solution de la volatilité / incertitude des marchés du XXI eme siècle »

 

Phrase  d'anthologie, le genre à provoquer un AVS chez un économiste atterré, à mettre Thomas Guénolé en état d'attrition, à donner des frissons aux têtes d’œufs du FMI, à mettre en érection les passionnés du vin...   

 

 

Je l'ai goûté, savouré, et comme suis un vieux con et que je ne me soigne pas… bien au contraire... je m'octroie le droit de me payer la fiole de celles et ceux, tout juste sortis d’écoles dont je tairais le nom, qui, sur les petites estrades financées par le bel argent pompé sur les vignerons, viennent doctement dispenser des oracles, des conseils à un parterre d’apprentis communicants ou commerçants rêvant jour et nuit de créer leur start-up qui crachera du pognon.

 

L’imagination n’est guère au rendez-vous sur ces petites estrades, c'est le genre nez dans le guidon, PowerPoint a l’appui, les jeunes pousses conseillères, enfoncent joyeusement des portes ouvertes pour le plus grand bonheur des ravis. C’est du convenu pur sucre, du mal digéré, une vision du monde du vin idyllique, un mélange mal digéré d’idées reçues et de vieilles recettes.

 

Même si ça les fâche je persiste à croire que la capacité à donner des conseils repose sur l’expérience et non sur un savoir académique plus ou moins bien assimilé. Le jeunisme du bac à sable est tout aussi redoutable que le gâtisme des vieux revenus  de tout.

 

Ce qui me chagrine vraiment c’est que tout ce petit monde se berce d’illusions, il rêve de vivre sur la bête mais la bête n’a pas besoin d’eux, très vite les fameuses start-up passent à la trappe, seuls survivent les organisateurs événements.

 

Depuis que je chalute sur le Net, tel sœur Anne, je ne vois rien venir, les grands intervenants de la vente de vin sur la  Toile sont des grosses machines, Ventes Privées et Cdiscount, qui servent à écouler les invendus des négociants, des châteaux ou domaines, et non les géniaux innovateurs qui soit se font bouffer comme le Petit Ballon ou disparaissent sans fleurs ni couronnes.

 

Comme le proclamait le Grand Charles, à propos de l’Europe, il ne suffit pas de faire des sauts de cabri en criant : « le digital, le digital… » pour emporter l’adhésion des vignerons qui n’ont pas forcément beaucoup de pognon à jeter par les fenêtres.

 

Attention je ne suis pas en train d’écrire que le digital est un miroir aux alouettes, bien au contraire, ça un bail que je crois que c’est une révolution pour les vignerons.

 

18 mai 2009

 

Urgence : défendons le seul chemin vicinal qui relie Embres&Castelmaure à New-York : l'Internet  !

 

C’était à propos de la volonté de Bachelot de verrouiller l’internet du vin sous la pression du « Mobilisons-nous face à une risque sanitaire et social majeur » des prohibitionnistes masqués emmenés comme à l’ordinaire par l’ANPAA

 

« La Toile n’est pas une télévision-bis, elle maille toutes les voies de communication possibles sur  lesquelles la circulation est à double sens. Alors traiter le vide juridique, en ce qui concerne la publicité pour les boissons alcoolisées sur l’Internet, par un simple principe d’interdiction relève soit de la mauvaise foi, soit de la politique de l’autruche. »

 

Ce que je conteste aux jeunes pousses conseillères c’est tout d’abord de se contempler le nombril entre elles, et surtout de vouloir se substituer aux vignerons, de leur tenir la main parce que bien sûr ils n’y connaissent rien.

 

Ces dernières années toutes les innovations du vin sont venues des vignerons de vin nature et d’une poignée de restaurateurs, cavistes ou buveurs, mais pas de petites louves et de petits loups dispensant besogneusement, régurgitant leurs cours.

 

Même si certains m’accusent d’être immodeste, ce que je ne conteste pas, je conseille à tous ces apprenti (e) s de bien vouloir passer par la case terrain avant de nous bassiner avec leurs lieux communs qui ne valent pas deux balles.

 

J’ai vendu du vin, beaucoup, dans ma vie ; j’ai été un conseiller gris de décideurs privés et publics ; j’ai beaucoup appris plus de mes gamelles que de mes faits d’armes ; lorsque j’ai pris la plume pour pondre un rapport j’ai écrit :

 

« … je pose avec clarté les limites de mon travail, j’affirme que ces choix relèvent de la seule décision des principaux intéressés au devenir de nos grands ensembles viticoles. On peut attendre mon diagnostic, me demander les éléments de base de l’ordonnance mais seul un travail collectif, où les intérêts forcément contradictoires de la filière se confronteront au réel peut permettre de définir le champ du possible, de formuler des propositions opérationnelles, de chiffrer les moyens à mettre en œuvre, de rechercher comment on va financer les actions.

 

Le passé nous montre avec clarté qu’à recourir systématiquement à des points de vue extérieurs on débouche sur des études qui restent au fond des armoires, on n’anticipe pas, on subit et alors, le seul recours qui fédère, le seul bouc émissaire qu’on exhibe, qu’on rudoie c’est l’Etat. L’impérieuse conjoncture fait de lui l’urgentiste en chef, il faut parer au plus pressé, engloutir des moyens considérables dans des mesures de sauvegarde, et bien entendu, lorsqu’on sera de nouveau sur pied, juré, on se mettra sérieusement au travail.

 

[…]

 

Je propose donc qu’un noyau dur de quatre personnes : 2 pour la production, 2 pour le négoce pilote cette réflexion stratégique avec un groupe de travail pour aboutir, courant du dernier trimestre 2001, à la rédaction du « nouvel élan des vins de France 2010 »

 

Je persiste et je signe, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, les nouveaux outils digitaux permettent aux vignerons, avec des moyens raisonnables, de retrouver leur liberté…

 

La liberté n’est pas la tasse de thé des sponsors des évènements où les jeunes pousses conseillères viennent s’exprimer, faut pas les fâcher… le CIVB, Terra Vitis et…

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H De la terre remuée et ce ciel pur, cette boîte en chêne vernis à poignées argentées, un moment Benoît aurait voulu qu'on chantât le Dies Irae (35)

La mort rassemble. Autour de la grande table de Jean, le soir, ils parlaient, parlaient même d'elle. Ils buvaient aussi, le vin délie les langues et allège le coeur. À aucun moment ils étaient tristes. Marie, couchée dans le grand lit de Jean, leur imposait son silence éternel. On prit l’emmurement serein de benoît pour du courage. Aux yeux des autres, ses proches, ses amis, ceux de Marie, ses parents, il était admirable. Non, il était déjà mort. Seul Jean pressentait son délitement intérieur. Il bougonnait, tournait en rond, maudissait le ciel et le pistait comme un vieux chien fidèle. Les mots des autres filaient sur Benoît sans y laisser de traces, On le laissait faire. Avec Jean, ils décidèrent de porter eux-mêmes Marie en terre au cimetière de Port-Joinville. Qu'elle restât sur notre île, sans fleurs ni couronnes, relevait pour nous de la pure évidence. Ça ne se discutait pas. Le maire obtempérait, et c'est dans la C4, au petit matin, avec Achille coincé entre eux deux, ils s’étaient rendus jusqu'au trou béant. De la terre remuée et ce ciel pur, cette boîte en chêne vernis à poignées argentées, un moment Benoît aurait voulu qu'on chantât le Dies Irae. Des mains serrées, quelques pelletées, des baisers, des étreintes, des sanglots étouffés, encore des mots échangés et ils étaient allés au café. Là, Benoît aurait bien voulu pleurer.

 

À son arrivée à Nantes, avec l'argent de Jean, son dû, une poignée de billets fripés – s’il l'avait écouté il lui aurait donné tout le liquide du coffre – Benoît louait une chambre, pour une semaine, dans un hôtel miteux du quai de la Fosse. La patronne, déjà intriguée par sa dégaine de mal rasé et son étrange balluchon, le regardait d'un drôle d'air quand il insista pour payer d'avance en petites coupures. Pour l'amadouer Benoît esquissa un sourire, sa tronche de chien battu devait la rassurer, elle lui tendait une fiche de police qu’il remplissait avec soin. Le parfum de pacotille de la taulière, mêlé au suif de sa peau, épandait des remugles fades, elle lui tendait une grosse clé pendue à une étoile de bronze « la 18 est au premier gauche... » L'escalier recouvert d'un tapis élimé grimpait sec. Les immeubles du quai, étroits et de guingois, empilaient des pièces hautes de plafond, la chambre, qui donnait sur une cour intérieure, n'échappait pas à la règle. Benoît tirait les doubles rideaux jaune pisseux, la lumière les traversait sans peine tant ils étaient élimés. Il s'allongea tout habillé sur le lit recouvert d'un dessus de lit d'un blanc douteux. Le plâtre du plafond, bouffé par le salpêtre, partait par larges plaques en lambeaux. Il pleurait, pleurait doucement, en silence, les yeux rivés sur un petit tableau aux couleurs défraîchies.

 

Sur la dalle de ciment, avec Jean, ils avaient fixé une petite plaque émaillée – c'est un de leurs amis potier qui  l’avait confectionné – sur laquelle était écrit Marie fleur de mai. Quand ils furent tous repartis, au bateau du soir, même le regard implorant de sa maman n'avait pu ébranler la détermination de Benoît. Partir ! Sa survie en dépendait, il voulait vivre dans sa plaie ouverte. Jamais elle ne devait cicatriser. Ne croyez pas que c'était pour se complaire dans le malheur, Benoît n'était pas malheureux, il n'était plus rien. Reprendre le cours d'une vraie vie sans Marie était au-dessus de ses forces. Il ne lui restait plus qu’à vivre une vie de merde, y patauger, s'y souiller, s'y perdre pour faire comme si, le temps ce grand laminoir impitoyable ferait son œuvre sans qu’il n’oppose la moindre résistance. Avant de partir Benoît était allé sur la lande cueillir une brassée de fleurs. Jean l'attendait devant le portail du cimetière avec un grand vase rouge sang. Ils offrirent à Marie ce bouquet puis ils descendirent se bourrer la gueule au port. Les marins piquaient le nez dans leurs verres. Pas fiers, c'était l'un des leurs qui avait écrasé Marie.

 

Benoît dormi pendant une semaine sans rien avaler sauf un peu d’eau du robinet. La taulière s’inquiétait, elle lui portait des plateaux-repas qu’il ne touchait pas. Enfin, ayant perdu toute notion du temps il se leva, se déshabilla, il puait. Sous la douche, l'eau, tiédasse et jaunasse, se déversait en une alternance de trombes et de pluie fine. Benoît se récura au savon de Marseille, la mousse lui piquait les yeux. Son estomac criait famine, ses jambes molles flageolaient. La serviette était rêche, Benoît se frictionna jusqu'au sang. Face au miroir piqué sa gueule flétrie bouffée par la barbe le laissa indifférent. Il se brossa les dents pour tenter de se défaire d'une haleine fétide. Dans la chambre d'à côté, un client limait une fille en gueulant « T'es qu'une pute ma salope... » ce, qu'à l'évidence, elle semblait être. De la brume dans les yeux... la peau de Marie... de la rage... il fourrageait dans ses cheveux humides pour domestiquer sa tignasse frisée... jamais plus... alors des filles comme ça... pourquoi pas... Une envie monstrueuse de hot-dog l'emplissait.

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