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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 07:00
La valse des logos bio. http://vidberg.blog.lemonde.fr/2009/03/03/la-valse-des-logos-bio/

La valse des logos bio. http://vidberg.blog.lemonde.fr/2009/03/03/la-valse-des-logos-bio/

Il est loin le temps où l’agriculture biologique était considérée comme le territoire de quelques illuminés en sandales, de néo-ruraux issus du retour à la terre de soixante-huitard, le vivier des confédérés paysans, objet de la risée conjointe de tout le gotha agricole.

 

Souvenir du temps où, pour payer mes études, je préparais ma thèse de doctorat, j’enseignais à l’école d’agriculture des Établières à la Roche-sur-Yon : j’avais organisé pour mes élèves une rencontre avec des agriculteurs pratiquant la méthode Lemaire-Bouchet pour le blé.

 

Que n’avais-je fait ?

 

Je fus convoqué par le Conseil  d’Administration de l’école, composé de la fine fleur de la profession agricole, pour me faire tirer les bretelles. Je frôlai l’exclusion. Ça avait un petit goût des pratiques du PCF, celles que revisitent les actionnaires du média révolutionnaire de Mélenchon, la fine fleur des petits bourgeois révolutionnaires type Miller et Lancelin.

 

C’était un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître,  le bio  a le vent en poupe, tout le monde au Salon de l’Agriculture chante sur tous les tons l’avènement d’une agriculture durable, c’est beau  comme la ruée des ouvriers de la 25e heure.

 

Paradoxalement, dans ce concert des nouveaux zélotes du bio, les plus rétifs sont les hauts dignitaires du monde vin qui, sans être aussi radicaux que les céréaliers, se tortillent du cul pour avancer à pas comptés vers le bio tout en nous bassinant sur leur foi en la défense de notre santé.

 

Bref, le tableau qui suit vaut mieux que tous les discours : le bio c’est une affaire de gros, notre GD nationale a trouvé là de quoi se refaire une virginité.

 

 

Quoi en penser ?

 

À mon sens peu de bien, je n’ai jamais eu beaucoup d’estime pour les pécheurs repentis qui viennent vous prêcher la bonne parole. Leur donner un chèque en blanc c’est, aussi bien pour les producteurs que les consommateurs, vite retomber dans les mêmes errements.

 

Face à l’offensive de la GD les gros loulous de l’alimentaire ne pouvaient rester inertes, subir, le sieur Faber de Danone a donc, profitant de la fenêtre médiatique du SIA, sonné la charge.

 

Salon de l’agriculture, le leader mondial des yaourts dévoile son plan pour passer de 4 % à 15 % de bio dans ses produits laitiers frais en France d’ici à 2022.

LE MONDE | 20.02.2018 à 22h15 | Par Laurence Girard

 

Danone veut être largement présent au rayon bio. D’abord avec une offre destinée aux enfants, mais aussi en déclinant la plupart de ses marques, de Blédina à Evian en passant par Volvic, Danonino et même l’emblématique Danone. Un projet dévoilé mardi 20 février, à quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture.

 

 

Pour l’heure, la marque Les 2 Vaches était la seule dans le portefeuille du leader mondial des yaourts à porter le label à la petite feuille verte. Elle pèse environ 4 % du chiffre d’affaires des produits laitiers frais de Danone en France, selon François Eyraud, directeur général du programme One Danone en France. La gamme Les 2 Vaches est fabriquée en Normandie dans l’usine de Molay-Littry (Calvados), en lien avec 35 éleveurs convertis au bio.

 

Accélérer l’offre à destination des enfants

 

Le « bio de Danone », une déclinaison du plus classique des yaourts, devrait arriver dans les magasins courant 2018. Tout un symbole. Il sera fabriqué dans l’usine de Bailleul dans le Nord et, pour ses débuts, dépendra du lait vendu par Biolait. Si les clients sont au rendez-vous, une centaine d’éleveurs pourraient être accompagnés dans une conversion au bio d’ici à 2022. Sachant que Danone collecte le lait de 2 000 éleveurs en France.

 

Sans attendre, le groupe d’agroalimentaire a déjà converti au bio sa gamme Evian fruits et plantes et Evian Kusmi Tea. Volvic devrait suivre, toujours dans le segment des eaux aromatisées, avec une version Infusion bio. Elle prépare aussi une boisson bio pour enfants, Juicy Kids,dont la teneur en sucre est allégée.

 

La volonté affichée est justement d’accélérer l’offre en bio à destination des enfants. Juicy Kids en fait partie. Mais la balle est tout particulièrement dans le camp de Blédina.

 

Une nouvelle gamme, Les Récoltes bio, sera lancée le 1er mars. Markus Sandmayr, directeur général de Blédina, explique que 50 % des ingrédients des recettes de ces produits sont aujourd’hui d’origine française avec l’ambition de faire passer ce taux à 80 % d’ici à 2020. Blédina, qui travaille avec 10 agriculteurs partenaires, se dit prêt à accompagner des conversions pour faire passer ce chiffre à une centaine à cet horizon. Et pour compléter le menu pour enfants avec un produit laitier, un Danonino bio sera proposé dès cette année.

 

Mieux valoriser ses produits

 

Danone s’est fixé des objectifs. Selon M. Sandmayr, Blédina doit atteindre une part de marché de 30 % dans l’alimentation infantile bio d’ici à 2020. M. Eyraud, a, lui, en ligne de mire, une part de 15 % de bio dans les produits laitiers frais d’ici à 2022.

 

Une manière de mieux valoriser les produits. Ainsi le Danone bio devrait être vendu 1,49 euro contre 0,99 euro le yaourt Danone standard. Mais aussi de répondre aux attentes des consommateurs.

 

En parallèle, Danone veut donner d’autres gages aux consommateurs de plus en plus soucieux de connaître la composition des produits industriels. Le groupe se dit prêt à simplifier ses recettes, s’est engagé à supprimer l’aspartame dans ses produits laitiers et devrait livrer des informations plus claires sur la composition des produits et l’origine des ingrédients sur les sites Internet de ses marques. En outre, Danone devrait commencer à déployer le système d’étiquetage Nutriscore prôné par le ministère de la santé sur ses produits laitiers frais à partir de 2018.

 

Bio : à qui va profiter le nouvel or vert?           

 

Par Jean-François Arnaud et Valérie Xandry le 03.03.2018 à 09h21 Challenges

 

Une déferlante.

 

Avec 8,2 milliards d'euros de ventes en 2017 en hausse de plus de 17 %, ce marché est l'un des plus prospères de l'économie.

 

La France devient bio !

 

Et la décision du gouvernement d'instaurer 50 % de menus bio dans les cantines scolaires, les hôpitaux et les maisons de retraite va accélérer la tendance. " Ce n'est plus une mode, indique Florent Guhl, le directeur de l'Agence Bio. Nos études montrent un niveau record de la confiance des Français dans les produits bio à 84 %. " Selon le cabinet d'études Xerfi Precepta, le marché bio pourrait peser une douzaine de milliards d'euros dans deux ans.

 

Cet irrépressible appétit est renforcé par la succession des scandales alimentaires souvent mal résolus. Œufs contaminés au fipronil qui se retrouvent dans les rayons, lait infantile de Lactalis contaminé à la salmonelle et vendu comme si de rien n'était par la quasi-totalité des enseignes… Acheter bio limiterait les risques. De même, les Français approuvent massivement l'interdiction prochaine du glyphosate. " Quels que soient nos convictions et nos arguments, nous devons tenir compte de l'opinion publique qui paraît s'être cristallisée ces derniers mois sur le sujet du glyphosate ", reconnaît Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Signe des temps, la patronne du puissant syndicat paysan, elle-même éleveuse de porcs en Mayenne, reste officiellement partisane du modèle agricole productiviste français, mais reconnaît qu'à titre personnel, elle " achète parfois des légumes bio au marché et les poulets bio élevés par l'un de mes neveux, mais je ne mange pas bio tous les jours ".

 

Pénurie pour le lait, les œufs, la viande...

 

Pour de nombreux agriculteurs, le bio apparaît comme une planche de salut les libérant des aléas des cours mondiaux des matières premières et leur permettant de bénéficier d'aides à la conversion. " Avec seulement 8 % des fermes françaises et 11 % des emplois agricoles, le bio est encore très minoritaire, indique Florent Guhl. Une montée en puissance rapide est nécessaire. " Pour l'heure, seules 5,6 % des surfaces agricoles ont été " converties " . Si le gouvernement espère arriver à 8 % dans les deux ans, cela ne suffira pas à éviter les pénuries déjà visibles dans plusieurs produits tels le lait, les œufs ou encore la viande. Bien malin qui peut se fournir en viande de porc bio française aujourd'hui. Soucieux de répondre aux attentes des consommateurs, des industriels comme Herta (groupe Nestlé) s'approvisionnent à l'étranger.

 

" Il ne faut pas exagérer le phénomène mais la France importe 30 % de son alimentation bio, signale Florent Guhl. C'est assez logique pour les fruits exotiques ou le sucre, mais l'offre doit se densifier dans presque toutes les régions françaises autres que l'Occitanie, la Nouvelle Aquitaine et Paca. " Il faudra aussi dépasser les inquiétudes de ceux qui s'étonnent que l'on veuille convertir notre agriculture à un modèle dont les rendements sont 20% inférieurs et dont les prix risquent de se faire rattraper à moyen terme par ceux de concurrents moins exigeants en termes de qualité et de main-d’œuvre.

 

Nouvelle bataille de la grande distribution

 

Les conséquences de ce phénomène sont spectaculaires et ne vont pas seulement redessiner le paysage agricole français. Les enseignes de la grande distribution ont décidé d'en faire leur nouveau champ de bataille, après s'être battues entre elles sur les prix bas pendant plusieurs années, pour capter les consommateurs. De quoi perturber des circuits de distribution spécialisés comme La Vie Claire, Biocoop et autre BioCBon, qui, jusque-là, bénéficiaient seuls de la folie bio. Ils risquent de devoir bientôt se contenter des restes.

 

 

Idem pour les transformateurs, qui forment une myriade de PME spécialisées réalisant 10 à 40 millions d'euros de chiffre d'affaires. Toutes vont devoir se professionnaliser pour résister à la montée en puissance d'une poignée d'acteurs historiques (Bjorg, Léa Nature, Triballat Noyal) qui chacun réalisent déjà plusieurs centaines de millions d'euros de ventes. Eux-mêmes sont sous le regard envieux des géants de l'agroalimentaire, les Nestlé, Pepsico, Mondelez qui, à l'image de Danone avec Whitewave, rêvent de mettre la main sur des marques vedettes, capables de leur offrir une croissance inespérée sur des marchés qu'ils croyaient mûrs.

 

UNE ACTIVITÉ EN PLEIN BOOM

 

Sept Français sur dix mangent bio une fois par mois et plus de neuf sur dix, au moins une fois par an.

 

Avec la hausse des volumes, les prix des œufs bio ont chuté dès 2011, avant de se stabiliser.

 

Le gouvernement veut porter la part des surfaces agricoles bio de 6,5 à 15 % en cinq ans.

 

Leclerc, Carrefour, Monoprix: qui gagnera la bataille du bio?

Par Claire Bouleau le 03.03.2018

 

Lire ICI 

Agrial confirme sa stratégie de développement du bio dans sa branche lait

 

Acteur historique de la collecte et de la transformation de lait de vache biologique en France depuis près de 25 ans, Eurial, branche lait d’Agrial, a constamment soutenu le développement de cette production. En France, d’après les projections, la collecte devrait passer de 500 ML à 900 ML d’ici 2 ans. Au niveau d’Agrial, avec 60 millions de litres collectés en 2017, un nouveau cap va être franchi, avec un objectif de collecte fixé à 100 millions de litres en 2020, pour atteindre les 140 millions de litres d’ici 2022.

 

Une aide à la conversion

 

Afin d’accompagner les adhérents qui souhaitent passer à la production de lait biologique, la Coopérative a mis en place un plan de conversion qui prévoit, dans la phase de transition, le versement d’une aide à la conversion de 30€/1 000 litres. En contrepartie, l’adhérent s’engage à livrer son lait durant 5 ans à la Coopérative. Celle-ci accompagne également l’éleveur sur le plan technico-économique et en apportant des conseils concernant les productions végétales, la nutrition animale, les bâtiments ainsi qu’une aide sur les démarches administratives spécifiques au bio (aides régionales, Etat, PAC…).

 

Un contexte très porteur

La Coopérative dispose aussi de deux atouts majeurs vis-à-vis des éleveurs. D’une part, le métier dispose d’un mode de gouvernance dédié au sein d’Agrial : un conseil de métier lait avec 9 administrateurs et un bureau métier, présidé par Bruno Martel, éleveur Bio, dont l’exploitation est basée près de Redon, lequel est par ailleurs membre du Conseil d’administration de la Coopérative. D’autre part, Agrial, présent en Bio également sur ses autres branches (Légumes, Pommes, Viandes, etc.) dispose d’une expertise forte en matière de conseil agronomique et d’agrofournitures biologiques. Forts de leur conviction, les producteurs de lait bio ont souhaité mettre en place une démarche didentification qui a abouti à la création d’une signature et d’un logo. Comme le souligne, Bruno Martel : « Agrial assume pleinement la diversité des modèles dexploitations biologiques et les accompagne du champ à lassiette ».

 

Une ambition : renforcer les positions d’Eurial sur le marché du Bio

 

En Bio, Eurial dispose d’une large gamme de produits et est présent sur de nombreux segments : beurre, crème fraîche, yaourts, fromage blanc, crème dessert, ainsi qu’en poudre de lait biologique. En GMS, sa marque Grand Fermage est n°2 en beurre Bio, et sa marque Bio’ Nat est n°3 sur le marché de l’ultra-frais Bio. La RHD (restauration hors domicile), notamment les grossistes, les chaînes de restauration et également les industriels de l’agroalimentaire, sont des clients de plus en plus demandeurs de produits biologiques. Pour répondre à cette demande croissante et aux ambitions du Groupe, une nouvelle stratégie d’innovation et de marketing est en cours de développement. Celle-ci s’inscrit pleinement dans la volonté de la branche de rechercher de la valeur pour les adhérents d’Agrial.

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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H De la terre remuée et ce ciel pur, cette boîte en chêne vernis à poignées argentées, un moment Benoît aurait voulu qu'on chantât le Dies Irae (34)

Ce lundi-là, le père de Marie, ce cher maître, annonçait par téléphone son arrivée sur l'île pour le lendemain. Branle-bas de combat pour Marie, il lui fallait mettre la villa en ordre de marche. Bien sûr, il ne venait pas seul, une cour de beaux jeunes gens l'accompagnait. Pendant toute la journée Marie vaqua. Le soir venu, Benoît allait la chercher pour que dîner à la Ferme des 3 Moulins. La pauvre était fourbue. Pour lui redonner des forces Benoît cuisina des spaghettis à la carbonara. Marie tombait de sommeil. Comme elle devait rentrer à la villa Benoît lui proposa de la raccompagner. « Non, non me répondait-elle, je prends le solex, ça m'oxygènera et toi tu dois attendre le coup de fil de Jean... » En effet, celui-ci, qui était toujours sur le continent l'appelait tous les soirs au téléphone aux alentours de minuit. Benoît bougonna que Jean pouvait attendre. Marie lui fit les grands bras « Je suis une grande fille mon amour, les loups garous ne vont pas me manger en chemin. Tu sais bien que si tu n'es pas au bout du fil quand il appellera, grand zig va paniquer... » De mauvaise grâce il céda. Avant qu'elle n'enfourche le mini-solex il la serra fort. La nuit était claire. Le lit grand et froid. Comme ce cher maître refusait d'installer le téléphone dans la villa, Benoît ne pouvait même pas appeler Marie. Le sommeil le précipitait dans une nuit agitée.

 

Achille tournait en rond, se grattait, lâchait des grognements, plusieurs fois Benoît s’éveilla en sursaut couvert de sueur. Lui qui d’ordinaire dormait comme un bébé alignait des cauchemars atroces. Vers trois heures il se leva, descendit pour aller pisser dans l’herbe de la prairie. L’air était doux. Achille qui l’accompagnait le contemplait d’un air qui lui parut chargé d’angoisse. Benoît balança de se rendre à pied jusqu’à la villa mais il se ravisa en se disant qu’il n’allait pas réveiller Marie au beau milieu de la nuit pour lui faire part de ses angoisses. Il sombra dans un sommeil lourd, avec Achille pelotonné à ses côtes, au petit matin. Marie courrait sur la grève, éclaboussant ses mollets de jets de perles d’eau salée, Achille jappait, sautait, elle riait.  On tambourinait à la porte d'entrée. Benoît s’éveillait en sursaut, se levait sur son céans, enfilait son jean et descendait. Il ouvrait, dans l'encadrement l’adjudant de gendarmerie Thouzeau se dandinait en se tordant les mains. « Entrez-donc, qu’est-ce qui vous amène ? » Le militaire lui fit signe de la tête que non. Benoît s’inquiétait. « Jean a fait des conneries ? » D'une voix enrouée l’adjudant lui répondait en baissant les yeux «  Il vaut mieux que je vous le dise tout de suite monsieur, elle est morte sur le coup. C'est encore un de ces fichus poivrots... »

 

Benoît lâcha prise, coupa tous les ponts sans fuir. Sonné, KO debout, il se laissait glisser, comme ça, sans réagir, doucement, les yeux grands ouverts. Ce fut une glissade un peu raide mais toujours contrôlée, bien maîtrisée. Il savait ce qu’il voulait, mourir, mais à petit feu. Son but, aller au bout de son chemin, sans contrarier la nature, en se contentant de contempler sa déchéance. Simple spectateur de sa vie. Emmuré dans le chagrin, ses yeux restaient secs. Pleurer c'était prendre le risque de fendre sa carapace, de s'exposer à la compassion. Pour tenir il devait faire bonne figure. Alors, il allait et venait, affrontant l'intendance qui suit la mort avec le courage ordinaire de ceux qui assument les accidents de la vie. Son masque de douleur muette, souriante même, lui permettait de cacher, qu'à l'intérieur il n'était plus que cendres.

 

La mort rassemble. Autour de la grande table de Jean, le soir, ils parlaient, parlaient même d'elle. Ils buvaient aussi, le vin délie les langues et allège le coeur. À aucun moment ils étaient tristes. Marie, couchée dans le grand lit de Jean, leur imposait son silence éternel. On prit l’emmurement serein de benoît pour du courage. Aux yeux des autres, ses proches, ses amis, ceux de Marie, ses parents, il était admirable. Non, il était déjà mort. Seul Jean pressentait son délitement intérieur. Il bougonnait, tournait en rond, maudissait le ciel et le pistait comme un vieux chien fidèle. Les mots des autres filaient sur Benoît sans y laisser de traces, On le laissait faire. Avec Jean, ils décidèrent de porter eux-mêmes Marie en terre au cimetière de Port-Joinville. Qu'elle restât sur notre île, sans fleurs ni couronnes, relevait pour nous de la pure évidence. Ça ne se discutait pas. Le maire obtempérait, et c'est dans la C4, au petit matin, avec Achille coincé entre eux deux, ils s’étaient rendus jusqu'au trou béant. De la terre remuée et ce ciel pur, cette boîte en chêne vernis à poignées argentées, un moment Benoît aurait voulu qu'on chantât le Dies Irae. Des mains serrées, quelques pelletées, des baisers, des étreintes, des sanglots étouffés, encore des mots échangés et ils étaient allés au café. Là, Benoît aurait bien voulu pleurer.

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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 11:15
«J'ai lu Entre deux mondes d’Olivier Norek avec rage et parfois des pleurs. C'est un roman magistral. Je suis à terre, je n'arrête pas d'y penser». Joann Sfar

J’ai lu hier Entre deux mondes d’Olivier Norek, je suis sous le choc et pas très matinal car je me suis couché tard.

 

Je ne vais pas faire des phrases mais vous proposer ce que j’ai trouvé sur la Toile à son propos.

 

 

« Il faut dire que l'on reçoit tel un puissant direct dans le bide le quatrième roman du policier et écrivain aubinois déjà auréolé de prix littéraires pour sa trilogie policière quasi sociologique braquant ses projecteurs sur les banlieues du 93 : Prix classé premier pour Code 93; Prix sang pour sang polar pour Territoires ; Grand Prix des lectrices de Elle policier 2017 et Prix Le Point du polar européen 2016 pour Surtensions. »

 

  • Comment est venue l'idée d'une intrigue policière dans la jungle de Calais ? Vos expériences dans l'humanitaire et de lieutenant de police ?

 

Si vous posez la question au flic, il y avait ce défi de raconter une enquête de police dans le seul endroit en France où, justement, on ne peut pas enquêter : un camp de réfugiés. Les témoins ne parlent pas à la police, les ADN et empreintes digitales ne sont pas répertoriés, pas de réseaux sociaux, et toutes les lignes de téléphones sont ouvertes sans identité... et comme tous ces points sont les piliers d'une enquête, cela s'annonçait acrobatique. Mais si vous posez la question au petit-fils de migrant, il y avait une histoire que j'avais envie de raconter parce que quelque part, c'est aussi la mienne.

 

Lire ICI

 

 

« Entre deux mondes est un roman noir, profond, terriblement inhumain mais faisant aussi preuve d’humanité. Car, finalement, quel que soit l’Enfer sur Terre, il y a toujours des hommes bons et généreux pour venir en aide aux autres. Il faut juste qu’ils aient le cran de regarder la réalité en face et de l’affronter. »

 

Extraits

 

– J’aimerais savoir ce qui s’est passé. Comment on peut crever dans un pays en paix sans que personne n’en ait rien à faire.

 

– Ce n’est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble près de dix mille hommes, venant des pays les plus dangereux de la Terre, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu’une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. Des morts il y en a toutes les semaines. Les No Border les trainent aux limites de la Jungle, devant les CRS, mais parfois ils sont simplement enterrés entre les dunes et la foret. Si un jour ils rasent la Jungle, il ne faudra pas creuser trop profond.

 

« A la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire. Et ce jour-là, je refuse d’avoir honte. »

 

 

Calais. La Jungle. « Un bidonville de toile, de tôles et de bâches plastiques. Des êtres humains coincés là pour de multiples raisons, entre un futur inaccessible et un passé qu'ils ont fui. Ils sont Soudanais, Afghans, Syriens, Français, réfugiés ou flics, bloqués sur ce bout de terre. Un espace entre ciel, mer et forêt, nauséabond, putride, une zone de non-droits si ce n’est celui du plus fort. Si la loi définit une nation, alors ce n’est pas un morceau de France, ni d’aucun autre pays, le droit ne s’y applique pas. On constat à l'extérieur, on n’y enquête pas. S’il y a assassinat, les No borders - activistes altermondialistes militant pour la liberté totale de circulation - traînent les corps dès l’aube à l’orée du camp, les services idoines les ramassent et l’affaire est entendue.

 

Ajoutez des humanitaires débordés faisant ce qu’ils peuvent pour organiser ce bordel infernal, quelques islamistes, des agences de renseignements, plus une population locale exaspérée par la baisse de la valeur de leurs biens immobiliers et la fermeture des commerces due à la fuite des touristes. Les Anglais sont toujours prompts à déléguer la gestion de la misère aux autres, mais pas à venir la contempler sur place. Depuis les accords du Touquet, ils font un gros chèque à la France pour déplacer la frontière de leur île de Douvres à Calais, le reste, ils s’en lavent les mains.

 

 

Le jour, tout se passe apparemment dans le calme, quelques petits commerces sont apparus, chacun vaque à ses trafics, prépare son passage clandestin et s’occupe de se nourrir. La nuit est un rituel bien huilé. Les réfugiés tentent de créer des barrages pour bloquer les camions, s’introduire dans les cargaisons et passer en Angleterre, les policiers, les douaniers et la DDE essaient de les en empêcher par tous les moyens. Pas d'interpellation, pas de mise en examen, l’administration a amputé sa police de toutes ses prérogatives. Seuls les CRS peuvent de temps en temps pénétrer en force, casser et gazer, pas chercher à savoir, surtout pas. Le cirque potentiellement mortel se termine avec l'aube, chacun rentre chez soi jusqu’au crépuscule suivant. Sans rancune. Suffit de ramasser encore une fois ceux qui n’ont pas su éviter les roues d’un poids lourds. Quelques corps de plus à la fosse commune. Show must go on. »

 

La suite ICI

 

 

La « jungle », point de non-retour

LE MONDE | 09.11.2017 à 08h00 | Par Macha Séry

 

Encore faut-il parvenir jusqu’à Calais. Encore faut-il y survivre. Démantelée il y a tout juste un an, la « jungle » de Calais fut à tout point de vue une zone de non-droit. Pénurie de toilettes, manque d’hygiène, infections (malaria, gale, teigne), arrêtés préfectoraux interdisant les échoppes et l’eau chaude, violences en tout genre, non-intervention de la police… « Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu’une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer, lit-on dans Entre deux mondes, d’Olivier Norek. Des morts, il y en a toutes les semaines. Les no border [collectif d’activistes antifrontières] les traînent aux limites de la Jungle, devant les CRS, mais parfois ils sont simplement enterrés entre les dunes et la forêt. Si un jour ils rasent la Jungle, il ne faudra pas creuser trop profond. »

 

Passer en « Yuké »

 

Lieutenant en Seine-Saint-Denis aujourd’hui en disponibilité, auteur d’une formidable trilogie policière située dans le « 9-3 », Olivier Norek a relevé cette gageure insensée : écrire un polar, mieux, un très bon polar, sur le camp de la Lande en s’inspirant de drames réels. Pour cela, il a séjourné à Calais auprès des migrants chassés sans trêve ni humanité, qui lui ont parlé de leur parcours et du kit indispensable pour passer outre-Manche : une lame de rasoir pour trancher une bâche, une couverture de survie destinée à déjouer les caméras thermiques, un sac-poubelle à enfiler sur la tête contre les détecteurs de gaz carbonique et un préservatif pour faire ses besoins.

 

 

Norek a également interrogé des humanitaires, des journalistes locaux et des collègues de la BAC (brigade anticriminalité) de manière à bâtir un récit à la fois réaliste et kaléidoscopique. Au-delà de sa dimension documentaire, Entre deux mondes tresse subtilement plusieurs odyssées personnelles jusqu’à un point de non-retour.

 

Echoué dans ce campement, comme tant d’autres réfugiés désireux de passer en « Yuké », Adam, un ex-policier syrien, y attend sa femme et leur fillette. Il ignore qu’elles ont été jetées par-dessus bord durant leur traversée… Pour avoir protégé un jeune Soudanais de la communauté qui l’asservissait et enquêté officieusement sur deux meurtres survenus dans la « jungle », il s’expose à des représailles. Bientôt, il fait la connaissance de Bastien, lui aussi nouvellement arrivé à Calais, côté forces de l’ordre cette fois. L’homme est curieux à double titre. Pour raisons familiales, il s’est porté candidat à un poste si ingrat qu’à Calais les policiers en place n’ont pas le droit d’être mutés. Ensuite, il n’a pas peur de se renseigner afin de saisir toutes les facettes de la situation : la mafia afghane contrôlant les aires de repos, les barrages montés par les passeurs, les agressions de chauffeurs de poids lourd toujours plus à cran. « Ajoutée au danger et à la violence des assauts, la pression financière mise sur ces routiers venait de tuer. Un homme qui, sans identité ni nationalité, finirait dans une fosse commune, là où les allées arborées des cimetières ne mènent pas. » Au commissariat de Calais, les bombes lacrymogènes arrivent par palettes chaque semaine, afin d’éloigner des hommes, des enfants, qui risqueront leur vie encore et encore.

 

Absurdité et désespoir.

 

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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H avec son allure de Pierrot lunaire, ses fringues pourries, ses sandales en plastoche, il était l'un des meilleurs de la place, il embobinait les vieilles dames en grommelant des tirades incompréhensibles en grignotant des gâteaux secs et en sirotant des petits verres de vin doux.(33)

Les affaires de Jean prenaient de l'ampleur, les clients affluaient, achetaient, Benoît lui disait « si nous n'y prenons garde nous allons manquer de marchandise. » L’originalité de la maison c’était la patte du patron farfelu, à la Ferme des 3 Moulins, voisinaient des meubles et des objets de brocanteur, à des prix raisonnables, et des pièces rares dignes des meilleurs antiquaires.

 

La bonne gestion des finances par Benoît avait permis de financer de belles acquisitions à des prix de marchands. La revente, coup sur coup, d'un compotier en vieux Rouen et d'une adorable petite commode signée d'André Charles Boulle – une merveille bien achetée à une vieille originale et très bien vendue à un industriel du Nord – leur donnait capacité à aller draguer sur le continent chez des confrères moins bien lotis qu’eux. Le stock de fin de saison est l'ennemi du brocanteur. Il lui faut de la fraîche pour se livrer à son plaisir favori : acheter. Jean pouvait repartir en chasse. Sans conteste, avec son allure de Pierrot lunaire, ses fringues pourries et ses sandales en plastoche, il était l'un des meilleurs de la place, surtout auprès des vieilles dames grosses pourvoyeuses de notre biseness. Il les embobinait, en grommelant des tirades incompréhensibles tout en grignotant des gâteaux secs et en sirotant des petits verres de vin doux. Le seul problème était de le laisser battre la campagne avec autant de liquide en poche. Marie, fine mouche, trouvait la solution : Button. « Il vous servira de chauffeur et de banquier... » et d'ajouter « c'est plus prudent » sans préciser s'il elle faisait allusion à sa conduite automobile approximative ou à son côté panier percé.

 

Avec Marie ils évoquaient, pour la rentrée, leur installation. Le pécule de Benoît gagné sur l'île, plus la petite rente que lui versait son père, leur permettraient de louer soit un studio, soit un petit deux pièces dans la partie populaire de Nantes. Pour vivre ensuite, les petits boulots ne manquaient pas. Ils aviseraient. La perspective d'entamer leur vie commune, rien que tous les deux, les rendaient plus amoureux encore. Marie le rendait simple. Benoît ne fabriquait plus de nœuds. Depuis leur premier jour, à aucun moment, ils ne s’étaient livré au ballet traditionnel du je me présente sous mon meilleur jour et je me garde bien de remarquer, les grandes et les petites choses, qui m'agacent chez l'autre. Pour ce qui concernait Benoît, ça tenait de l'exploit, avant elle c'était son mode fonctionnement exclusif. Quant à Marie, comment le dire sans paraître prétentieux, elle le dispensait, à doses quasi égales, ce qu'il lui fallait, et d'admiration, et de franchise. Avec son petit air pince sans rire, et sans jamais lui faire la morale, elle mettait le doigt sur ses si nombreuses contradictions. Elle le rendait léger. Ils aimaient être ensemble, se retrouver. Benoît ne lui cachait pas son soleil et elle lui donnait sa lumière.

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 07:00
Verticale et horizontale de livres : le mois d’un allongé.
Verticale et horizontale de livres : le mois d’un allongé.

30 jours après mon changement de cardan je marche sans cannes, lentement et sûrement. Je vais et je viens dans la ville, pas encore à vélo mais en auto avec chauffeur.

 

La question que l’on m’a le plus souvent posé au cours de ce mois : alors comment va ta rééducation ?

 

Désolé je ne me suis pas fait rééduquer, je me suis reposé.

 

J’ai vécu allongé me contentant de me déplacer avec mes cannes anglaises dans mon appartement.

 

 

Pour cicatriser vite j’ai dévoré de la viande rouge.

 

 

Petit à petit j’ai laissé de côté mes anglaises puis un jour je suis sorti en leur compagnie.

 

Bref, j’ai passé 90% de mon temps allongé et, tout en écoutant FIP, j’ai lu.

 

Dans le monde des grands amateurs de vin, à la LPV, au machin de la villa d’Este, il est de bon ton de pratiquer des verticales et des horizontales pour en mettre plein la vue au bas peuple qui se contente de boire.

 

Pour l’édification des jeunes pousses voici la compilation de mes lectures de mon mois d’allongé, sans respecter l’ordre chronologique de lecture.

 

  • Le Livre des Baltimore Joël Dicker éditions de Fallois  (29/09/2015) 476 pages

 

 

« Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.

 

Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.

 

Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d'une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.

 

Huit ans après le Drame, c'est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012 il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.

 

Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? »

 

  • Anthony Trollope Quelle époque ! fayard 06/01/2010 824 pages

 

 

 

« Dans cet ample roman victorien aux ramifications multiples, le centre de gravité est occupé par Augustus Melmotte, un financier véreux qui lance une vaste opération spéculative en Angleterre et en Amérique pour prendre au piège les investisseurs naïfs. Le procédé qu’il met en œuvre à Londres dans les années 1870 préfigure curieusement certaines affaires du vingt et unième siècle. Melmotte n’est pas le seul à tricher. Les jeunes gens de bonne famille désargentés n’hésitent pas à payer leurs dettes de jeu en monnaie de singe et à faire la cour à de riches héritières dans le seul but de reconstituer leur fortune. On triche aussi dans le monde littéraire, où une romancière sans talent veut s’assurer les bonnes grâces des critiques pour faire vendre ses livres. On triche enfin dans le monde du journalisme et de la politique. Quelle époque! Anthony Trollope nous en brosse un portrait sans concession dans ce roman satirique que connaisseurs et spécialistes saluent comme son chef-d’œuvre.

 

Roman traduit de l'anglais, préfacé et annoté par : Alain Jumeau.

 

Anthony Trollope est né à Londres en 1815 et mort en 1882. Fils d’un avocat raté et d’une femme de lettres qui eut une certaine notoriété, il fit carrière comme inspecteur des postes jusqu’en 1867. Entre 1847, date de parution de son premier livre, et sa mort, il publia près de cinquante romans ainsi que des nouvelles et connut une grande célébrité. »

 

  • Sebastian Barry Des jours sans fin [Days Without End] Trad. de l'anglais (Irlande) par Laetitia Devaux Collection Littérature étrangère/Joëlle Losfeld, Gallimard Parution : 11-01-2018

 

 

« Chassé de son pays d’origine par la Grande Famine, Thomas McNulty, un jeune émigré irlandais, vient tenter sa chance en Amérique. Sa destinée se liera à celle de John Cole, l’ami et amour de sa vie.

 

Dans le récit de Thomas, la violence de l’Histoire se fait profondément ressentir dans le corps humain, livré à la faim, au froid et parfois à une peur abjecte. Tour à tour Thomas et John combattent les Indiens des grandes plaines de l’Ouest, se travestissent en femmes pour des spectacles, et s’engagent du côté de l’Union dans la guerre de Sécession.

 

Malgré la violence de ces fresques se dessine cependant le portrait d’une famille aussi étrange que touchante, composée de ce couple inséparable, de Winona leur fille adoptive sioux bien-aimée et du vieux poète noir McSweny comme grand-père. Sebastian Barry offre dans ce roman une réflexion sur ce qui vaut la peine d’être vécu dans une existence souvent âpre et quelquefois entrecoupée d’un bonheur qui donne l’impression que le jour sera sans fin. »

 

  • Pierre Lemaitre Couleurs de l'incendie Albin Michel 259 pages 3 Janvier 2018

 

 

« Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

 

Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

 

Couleurs de l'incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l'on retrouve l'extraordinaire talent de Pierre Lemaitre. »

 

  • Jean-Paul Kauffmann 31, allées Damour. Raymond Guérin (1905-1955) Première parution en 2004 La Table Ronde Parution : 15-03-2007 317 pages

 

 

 

« Écrivain inclassable, victime d'une des plus grandes erreurs littéraires de l'après-guerre, Raymond Guérin est mort à cinquante ans. Romancier scandaleux, il reste incompris par son obsession de tout dire et de par uen écriture insaisissable qui le portait à changer délibérément de manière à chacun de ses livres.

 

Agent général d'assurances à Bordeaux, il avait commencé comme garçon d'étage au Crillon, à Paris. Prisonnier en Allemagne, sous-officier réfractaire, il rate le Goncourt en 1941. De cette captivité qui le brisa, il revint avec un livre d'une noirceur irrémédiable, Les Poulpes, chef-d'œuvre de dérision écrit dans une langue dont on n'a pas encore mesuré la profonde originalité. Découvert par Jean Grenier, admiré par Paulhan, Arland et Gide, ami de Henri Calet, Henry Miller, Cartier-Bresson et Malaparte, l'auteur de L'Apprenti a fait exploser les genres littéraires en forgeant une «mythologie de la réalité».

 

Cet ouvrage n'est pas une biographie littéraire au sens traditionnel. Après le succès de La Lutte avec l'Ange, Jean-Paul Kauffmann pousse la porte du 31, allées Damour, s'installe derrière le bureau de Guérin, s'imprègne de son univers et retrace le parcours d'un homme tendre et cassant, qui a voulu incarner de manière pathétique la figure de l'écrivain absolu. »

 

  • Mélancolie de gauche La force d’une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle) Enzo TRAVERSO éditions la découverte 222 pages

 

 

« Depuis le XIXe siècle, les révolutions ont toujours affiché une prescription mémorielle : conserver le souvenir des expériences passées pour les léguer au futur. C’était une mémoire « stratégique », nourrie d’espérance. En ce début de XXIe siècle, cette dialectique entre passé et futur s’est brisée et le monde s’est enfermé dans le présent. La chute du communisme n’a pas seulement enterré, une fois pour toutes, la téléologie naïve des « lendemains qui chantent », elle a aussi enseveli, pour un long moment, les promesses d’émancipation qu’il avait incarnées.

 

Mais ce nouveau rapport entre histoire et mémoire nous offre la possibilité de redécouvrir une « tradition cachée », celle de la mélancolie de gauche qui, comme un fil rouge, traverse l’histoire révolutionnaire, d’Auguste Blanqui à Walter Benjamin, en passant par Louise Michel ou Rosa Luxemburg. Elle n’est ni un frein ni une résignation, mais une voie d’accès à la mémoire des vaincus qui renoue avec les espérances du passé restées inachevées et en attente d’être réactivées.

 

Aux antipodes du manifeste nostalgique, ce livre – nourri d’une riche iconographie : des tableaux de Courbet aux affiches soviétiques des années 1920, des films d’Eisenstein à ceux de Théo Angelopoulos, Chris Marker ou Ken Loach – établit un dialogue fructueux avec les courants de la pensée critique et les mouvements politiques alternatifs actuels. Il révèle avec vigueur et de manière contre-intuitive toute la charge subversive et libératrice du deuil révolutionnaire. »

 

  • Parlez-moi encore de lui Lisa Vignoli Stock Collection La Bleue 03/05/2017 240 pages

 

 

« Jean-Michel Gravier n’était personne et il était tout. C’est le paradoxe de ce roi secret d’une époque, confident d’Isabelle Adjani, critique visionnaire du cinéma de Jean-Jacques Beineix, chroniqueur se rêvant écrivain, promeneur de célébrités, entremetteur de talents, fou de femmes et incapable de les aimer, éternel enfant grandi en province et étourdi de la gloire des autres.

 

Lisa Vignoli n’a pas connu ce journaliste et chroniqueur mort trop tôt, en 1994. Pas non plus son époque, les années 80. La nostalgie qui étreint son livre est celle d’une autre génération que la sienne. Décalée comme Jean-Michel Gravier, passeuse de lumières qui s’éteignent si vite et se rallument parfois, elle s’est plongée dans sa vie comme on le fait dans ce livre doux et fluide, émouvant comme une longue étreinte, pour un dernier feu. Ultime brasier des vanités. »

 

  • Robert Muchembled La Civilisation des odeurs (XVIe-début XIXe siècle) les Belles Lettres 272 pages

 

 

« Pourquoi l’odorat, ce sens primordial d’adaptation au danger comme de repérage du meilleur partenaire sexuel, demeure-t-il si méconnu ?

 

Son histoire paradoxale, pour peu qu’on s’y attache, est des plus captivantes.

 

Dans cette synthèse sans équivalent, Robert Muchembled mène l’enquête et présente les extraordinaires mutations de l’odorat en Occident, de la Renaissance au début du XIXe siècle.

 

Les sources utilisées sont multiples et riches : manuels de physiognonomie ; oeuvres de médecins, philosophes, poètes, conteurs, théologiens, polémistes, moralistes ; traités de civilité, traités de "Secrets pour dames" ; édits royaux ; règlements du métier de gantier parfumeur, inventaires après-décès (apothicaires, gantiers parfumeurs) ; iconographie du sens olfactif...

 

Muchembled s'empare de cet extraordinaire ensemble et dresse l'histoire du puissant refoulement qui, depuis un demi-millénaire, nous a fait considérer l'odorat comme le plus méprisable des sens avant que de le hisser récemment au rang du plus affûté.

 

Des miasmes exhalés par les concentrations humaines aux émanations intimes nauséabondes, des senteurs "excrémentielles" (musc, civette et ambre) prétendument protectrices de la peste aux condamnations des moralistes, de la révolution olfactive du XVIIIe siècle, qui transforme la goutte de parfum floral ou fruité en vecteur d'hédonisme jusqu'aux dernières découvertes scientifiques, c'est à un extraordinaire voyage olfactif dans la civilisation des mœurs que Muchembled convie son lecteur. »

 

  • 4 3 2 1 Paul Auster Actes Sud 1019 pages janvier 2018

 

 

« À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps. »

  •  La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert (poche) Joël Dicker de Fallois 864 pages 27/05/2014

 

 

“C’est rare, mais quand cela arrive, rien ne peut couper court à l’excitation. Jeune ou moins jeune, lecteur difficile ou facile, femme ou homme, on lira sans discontinuer jusqu’au bout le roman français de Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert. On n’en sortira qu’épuisé et ravi par le jet continu d’adrénaline littéraire que le narrateur n’a cessé d’injecter dans vos veines.” ( Marc Fumaroli, de l’Académie française, Le Figaro Littéraire)

 

“Si vous mettez le nez dans ce gros roman, vous êtes fichu. Vous ne pourrez pas vous empêcher de courir jusqu’à la six centième page. Vous serez manipulé, dérouté, sidéré, agacé, passionné par une histoire aux multiples rebondissements, fausses pistes et coups de théâtre.” (Bernard Pivot, de l’Académie Goncourt, Le Journal du Dimanche)

 

“Un bon livre, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé.” Joël Dicker

 

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est adaptée en  une série télévisée de 10 épisodes par le réalisateur Jean-Jacques Annaud, première diffusion 2018 »

 

  • Yannick Haenel Tiens ferme ta couronne Collection L'Infini, Gallimard 17-08-2017 352 pages

 

 

« Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit. 


S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l’île d’Ellis Island au large de New York, et un lac en Italie. 
On y croise Isabelle Huppert, la déesse Diane, un dalmatien nommé Sabbat, un voisin démoniaque et deux moustachus louches ; il y a aussi une jolie thésarde, une concierge retorse et un très agressif maître d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron. 



Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature?

 
La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche. »

 

  • Sylvain tesson Sur les chemins noirs Collection Blanche, Gallimard  13-10-2016 144 pages

 

 

«Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.

 

La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.

 

Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»

 

Sylvain Tesson.

 

  • Marie Ndiaye La Cheffe, roman d'une cuisinière Collection Blanche, Gallimard  03-10-2016 288 pages

 

 

«Elle trouvait excessives les louanges dont on s’est mis à couvrir sa cuisine.

 

Elle comprenait les sensations puisqu’elle s’appliquait à les faire naître, n’est-ce pas, et que leur manifestation sur la figure des convives l’enchantait, c’est tout de même bien ce à quoi elle s'évertuait jour après jour, depuis tant d’années, presque sans repos.

 

Mais les mots pour décrire tout cela lui paraissaient indécents.»

 

Le narrateur raconte la vie et la carrière de la Cheffe, une cuisinière qui a connu une période de gloire, dont il a longtemps été l’assistant – et l’amoureux sans retour. Au centre du récit, la cuisine est vécue comme une aventure spirituelle. Non que le plaisir et le corps en soient absents, au contraire : ils sont les instruments d’un voyage vers un au-delà – la Cheffe allant toujours plus loin dans sa quête d’épure.

 

Les phrases de Marie NDiaye se déploient lentement, comme pour envelopper le lecteur avec un charme constricteur. Les replis de l’âme de chaque personnage sont explorés avec une détermination calme dans la volonté de dissoudre la pénombre des êtres. Le récit dévoile une humanité violente, claire, à la fois mélancolique et enviable. »

 

 

  • Aurélien Bellanger Le Grand Paris Collection Blanche, Gallimard 12-01-2017 480 pages

 

 

« Enfant de l’Ouest parisien, Alexandre Belgrand a grandi à l’ombre des tours de la Défense, au bord de la voie royale qui conduit du Louvre à la Grande Arche et qui sert de frise chronologique à l’histoire de France. Héritier autoproclamé de ce majestueux récit, il rejoint une école de commerce, certain d’intégrer à sa sortie l’élite de la nation.

 

L’un de ses professeurs l’initiera alors à l’histoire secrète de la capitale, avant de le faire entrer au service de l’homme fort de la droite – «le Prince» – en passe de remporter la prochaine présidentielle. Il lui aura fallu, auparavant, parfaire sa formation d’urbaniste au milieu du désert algérien, d’où il assistera, impuissant, au soulèvement des quartiers de l’Est parisien à l’automne 2005.

 

Au soir du 6 mai 2007, il est au Fouquet’s, dans le tout premier cercle, prêt à intégrer le cabinet du Prince. Suivront, pour Alexandre, deux années d’alcoolisation heureuse, de travail acharné et d’amitiés nocturnes au cœur du triangle d’or parisien. Il écrira l’un des discours les plus remarqués du Prince, prélude au lancement d’une grande consultation architecturale sur l’avenir de Paris ; c’est lui encore qui imaginera de doter la nouvelle métropole d’un grand métro automatique, le Grand Paris Express. Il aura alors l’orgueil de se croire indestructible.

 

Sa disgrâce, imprévue et brutale, le conduira jusqu’à l’Est maudit de la grande métropole. C’est là que, dans sa quête de plus en plus mystique d’une ville réconciliée, il devra s’enfoncer, accomplissant son destin d’urbaniste jusqu’à son ultime conversion, ainsi qu’il le lui avait été prédit au milieu du désert : «Nous autres, urbanistes, nous parlons aux dieux plutôt qu’aux hommes.»

 

 

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H, Benoît haïssait le Monbazillac qui lui empâtait la langue (32)

Le « Tu peux monter vos affaires dans ta chambre... » fut le sésame de sa mère. Après le dîner ils prirent le frais dans le jardin. Comme Benoît l'avais prévu, son mendésiste de père, prenait un malin plaisir à mettre Marie sur le grill en la prenant à témoin de la légèreté et de l'inconsistance du mouvement de mai. Pratiquant à merveille le billard à bandes c'est Benoît qu'il visait. Pour lui, avec ce qu'il lui reconnaissait de talent, Benoît avait joué au révolutionnaire par pur plaisir esthétique et romantique. Lui et ses petits camarades gauchistes, avec le soutien objectif des communistes, en se contentant de psalmodier leur vulgate révolutionnaire, venaient de priver la gauche réformiste, celle de PMF, la seule capable de tenir ferme le gouvernail et de moderniser la France, d'une éclatante victoire dans les urnes. En ressoudant aux gaullistes, la droite rentière des Indépendants, et celle encore bien planquée, sans leader, mais toujours chevillée à une part de la France xénophobe, ils avaient fait le lit de Mitterrand. L'ambiguë de Jarnac saurait lui, le Florentin, s'asseoir sur le PCF pour mieux l'étouffer. Marie bichait. Elle approuvait pour le plus grand plaisir de son séducteur de père.

 

Avoir Marie à ses côtés dans son lit d'adolescent ravivait les souvenirs des soirées de Benoît passées, sous la tente de son drap, à ériger des cathédrales, à imaginer tout ce qu'allait lui apporter son bel avenir. Dans l'obscurité, Marie, lui chuchotait « Je suis bien mon Benoît. Ici je me sens toi. Toute à toi. Je t'aime... » Comme ils ne galvaudaient pas leurs je t'aime, ceux de ce soir-là, mêlés à leurs caresses, à leur osmose, les haussaient en des espaces qui donnent à l'amour un goût d'éternité. Amour sensuel, accord parfait. Ils s’endormirent qu’au creux de la nuit. La maisonnée s'était donné le mot pour que leur grasse matinée ne soit pas troublée par la préparation du déjeuner. À leur éveil, vers dix heures, ils étaient tous partis à la grand-messe. Dans la cuisine, où leur petit déjeuner les attendait, la logistique du repas de midi impressionnait Marie. Tout était en place, le clan des femmes, mobilisé et efficace, avait donné le meilleur de lui-même. La brioche de Jean-François était mousseuse à souhait. Sa maman avait préparé un cacao mousseux ; plus exactement le cacao qu'elle préparait chaque matin pour son écolier de fils.

 

Le service du déjeuner fut assuré par la femme du cousin Neau lui-même préposé aux vins. Alida, la laveuse de linge, assurait la plonge. La maman de Benoît, qui avait fait la cuisine, orchestrait l'ensemble avec autorité et doigté. À l'apéritif, Banyuls pour tout le monde, on disait vin cuit en cette Vendée ignare. Le menu : vol au vent financier, colin au beurre blanc, salade, de la chicorée – son père avait droit à une préparation personnelle avec croutons aïllés – fromages : du Brie de Meaux et du Gruyère, et en dessert : un savarin crème Chantilly, évitait à son cordon bleu de mère de passer trop de temps devant ses fourneaux. Le seul moment grave, bien sûr, avait consisté à monter le beurre blanc. En l'absence de son épouse, le facétieux père de Benoît informa Marie que sa Madeleine de femme avait des doigts de fée. Du côté des vins, du Muscadet sur lie, un Gevrey-Chambertin et du Monbazillac. Benoît haïssait le Monbazillac qui lui empâtait la langue. Tout atteignait l'excellence, même le café passé dans une cafetière à boule de verre que sa mère ne sortait que pour les grandes occasions. Son père les empesta avec ses affreux petits cigares de la Régie. Les yeux de Marie brillaient.

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 08:00
«Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.» 78% des français défendent l’héritage de mai 68, ça fait chier Zemmour : bilan critique.

Les 3 figures médiatiques de Mai 68 : Cohn-Bendit, Sauvageot et Geismar symbolisent bien l’extrême diversité du mouvement.

 

Je n’aime pas les célébrations mais je déteste tout autant que l’on réécrive l’histoire avec la plume de cet avorton de Zemmour qui proclame inlassablement que 68 fut un mouvement programmé pour « détruire la France traditionnelle »

 

50 ans déjà, j’avais 20 ans et on ne fera pas avaler que mai ne fut que le tremplin à des opportunistes qui tel, Serge July, et quelques autres, iront se vautrer dans les couches du grand capital.

 

Je verse au dossier l’éditorial de Joffrin dans Libé qui résume bien ce que fut le mouvement (il est classé dans la catégorie July mais peu importe) ; le sondage réalisé par Harris Interactive pour Le Nouveau Magazine littéraire, les Français sont 79 % à défendre l’héritage de Mai ; Benjamin Stora: «Heureusement que nous, à l’extrême gauche, n’avons pas pris le pouvoir après mai 1968»  Jean-Dominique Merchet pour l’Opinion

 

Mai réhabilité

 

C’est un pavé dans la mare nostalgico-réac : Mai 68, contre toute attente zemmourienne, est populaire. Dans un sondage publié par le Nouveau Magazine littéraire, qui défend courageusement la culture progressiste malmenée de toutes parts, on apprend que 79% des personnes interrogées pensent que Mai 68 a eu des conséquences positives. Après tant de philippiques, de dénonciations, de pseudo-démythifications, le chiffre apporte un démenti cinglant aux procureurs de la révolte. A bien y réfléchir, cette surprise s’explique. Il faut pour la comprendre, revenir à la réalité de la révolte et non aux interprétations cacophoniques qui ont fleuri depuis.

 

Mai fut une révolte culturelle à l’origine : la jeune génération, étudiante, d’abord, ouvrière ensuite, ne supportait plus les coutumes autoritaires et les préjugés surannés qui dominaient la société française. Comme personne ne souhaite, en fait, y revenir, en dehors que quelques éditorialistes passéistes, la libération des mœurs et le refus des hiérarchies autoritaires ont été massivement ratifiés par les Français.

 

Mai fut aussi, et c’est ce qui fait sa singularité parmi les mouvements contestataires de l’époque, une vaste révolte ouvrière, avec à la clé la plus grande grève de l’histoire de France. Plus lucides que bien des analystes, les Français s’en souviennent et approuvent tout aussi massivement les revendications présentées à l’époque : de meilleurs salaires, une plus grande liberté syndicale, des rapports patrons-salariés moins rigides, une réduction du temps de travail, une association des travailleurs à la marche de l’entreprise. Là encore, personne ne souhaite revenir en arrière.

 

Cette approbation ultra majoritaire des conquêtes de 68 fait passer au second plan les réserves que suscite l’événement : les errements d’un certain individualisme libertaire, qui donne involontairement la main à l’idéologie libérale, les schémas révolutionnaires plaqués par l’extrême gauche sur ce vaste mouvement qui réclamait surtout des réformes, un antigaullisme mécanique qui faisait bon marché du rôle historique de l’homme de la France libre, l’idée naïve et courte selon laquelle une société peut se passer de tout héritage. Ces excès, au vrai, n’étaient pas au cœur de la révolte. Ils en étaient les scories, les illusions, les outrances. L’essentiel n’était pas là : il s’agissait d’exiger une société plus juste et plus libre. Le reste n’était que palinodies transitoires complaisamment gonflées par une certaine pensée réactionnaire. Manifestement, les Français l’ont compris.

 

LAURENT JOFFRIN

 

MAI 68 : LE SONDAGE QUI DÉMENT LES CLICHÉS RÉACS

 

C’est une immense surprise tant Mai 68 fut critiqué, à gauche comme à droite : dans un sondage réalisé par Harris Interactive pour Le Nouveau Magazine littéraire, les Français sont 79 % à défendre l’héritage de Mai. Analyse d’une étude à contre-courant.

 

Quand on y pense, c’est fou le nombre de pavés acérés que le mythe de Mai 68 s'est pris dans la figure depuis cinquante ans ! Il y eut ceux, venus de la droite traditionnelle, qui visèrent dès l'origine ce mouvement trop spontané pour être honnête dont les germes freudo-marxistes et libertaires allaient assurément saper les fondements de la société, de l'État, de l'autorité et de la famille. Cette « pensée anti-68 » (Serge Audier) culmina en 2007 dans la volonté du candidat Nicolas Sarkozy de « liquider l'héritage » supposément toxique de 68. Puis elle devint un invariant médiatique, voire un running gag, dès lors que l'éditorialiste Éric Zemmour s'en empara pour dénoncer chaque semaine ou presque un mouvement programmé pour « détruire la France traditionnelle ». Puis, plus inattendues, mais lancinantes, il y eut ces nombreuses attaques venues du centre, de la gauche libérale ou de l'extrême gauche, critiquant tour à tour, et selon des mini-cycles historiques très variables, les travers « anti-humanistes » de la pensée 68 (Alain Renaut et Luc Ferry), ses dérives politiques « droits-de-l'hommistes » (Marcel Gauchet), ses traîtres à la cause « passés du col Mao au Rotary » (Guy Hocquenghem), l'héritage impossible du « gauchisme culturel » (Jean-Pierre Le Goff), etc. Sans oublier, last but not least, l'individualisme hédoniste de cette « génération lyrique » (François Ricard) qui – résumé au slogan « jouir sans entraves » – participa activement à l'avènement d'un capitalisme (sans entraves lui aussi).

 

Parmi ces dernières critiques, certaines furent évidemment salutaires, d'autres injustes, déplacées ou vite datées. Mais toutes démontrèrent l'incroyable passion générée par 1968 dans l'imaginaire et le débat français. Mais aujourd’hui quelle perception les Français en ont-ils ? Et, au fond, a-t-on seulement songé à demander son avis à ce « peuple », exalté par les révolutionnaires de l’époque, à qui l'on prête aujourd'hui une indifférence polie aux célébrations du cinquantenaire – au mieux – ou qui vouerait une haine éternelle à un mouvement responsable de l'anomie néolibérale – au pis ?

 

Et si l'enquête que vous allez lire ici démontrait l'inverse ? Et si justement, l'heure était venue de regarder, de critiquer, d’apprécier sereinement l’héritage de 68 ? Passer du droit d'inventaire, indispensable, légitime, au droit d'inventer (de nouveau), en défendant les acquis de 68 comme les Français semblent le faire sans complexes dans cette étude ? L'une des conclusions de l'enquête NML/Harris Interactive peut le laisser penser : ce sont en effet les plus de 65 ans, ainsi que les profils « soixante-huitards » les plus éduqués, et issus des classes sociales les plus aisées, qui jugent le plus durement Mai 68. C'est un immense paradoxe. Et peut-être la preuve statistique, avec les articles et les auteurs qui suivent, que les meilleurs avocats de Mai 68 sont ceux… qui ne l'ont pas vécu. Légataires universels du mythe. Avec ses forces et ses faiblesses.

 

Benjamin Stora: «Heureusement que nous, à l’extrême gauche, n’avons pas pris le pouvoir après mai 1968»

 

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie et de l’immigration, raconte ses années militantes, chez les trotskistes puis au PS, dans un livre très personnel et d’une grande lucidité, 68, et après. Les héritages égarés (Stock). Homme de gauche, il porte aujourd’hui un regard très critique sur sa famille politique, son sectarisme et ses compromissions. Il retrace aussi des aspects plus personnels, avec pudeur, comme la mort de sa fille, son infarctus ou les menaces de mort qui l’obligèrent à quitter la France pendant plusieurs années.

 

  • Revenant sur votre engagement dans l’extrême gauche trotskiste de 1968 à 1986, vous écrivez : « Heureusement que nous n’avons pas pris le pouvoir ». Un aveu assez rare. Comment l’expliquez-vous ?

 

Lorsqu’on évoque mai 1968 et les années d’après, on en retient aujourd’hui surtout l’aspect festif, libertaire, presque libertin avec la révolution sexuelle. Or cela ne correspond pas à mon vécu personnel. Certes, j’avais dix-sept ans à l’époque et ce mouvement m’a permis d’entrer dans la société française, de sortir de la logique communautaire d’une famille juive rapatriée d’Algérie. 68, c’est à peine six ans après la fin de la guerre d’Algérie : on est soudain passé d’une France en noir et blanc à une France en couleurs ! D’ailleurs, c’est en 1967 que la télé couleur apparaît. Pour moi, qui vivais dans un milieu ouvrier à Sartrouville, en banlieue parisienne, 68, c’est le soleil retrouvé de l’Algérie, la fraternité, la chaleur, la fin de la solitude. Mais il y a une autre dimension bien plus sombre. On ne veut toujours pas accepter le fait que les années de l’après-68 ont été celles de l’engagement de milliers de jeunes dans des organisations révolutionnaires d’un marxisme orthodoxe, pur et dur. Tout courants confondus, j’estime entre 10 000 et 20 000 le nombre de militants. C’est sans doute plus que le nombre de hippies ou de jeunes partis élevés des chèvres à la campagne… Rien qu’à la fac de Nanterre, il y avait au moins 300 militants organisés et je ne parle pas des sympathisants, beaucoup plus nombreux. C’était une jeunesse très dogmatique, très disciplinée qui inquiétait vraiment le pouvoir. Même si on critiquait vigoureusement le PC, on était très stalinien dans les formes d’organisation. L’extrême gauche était une sorte de petite armée en constitution, avec l’engouement pour des pratiques politiques autoritaires et une volonté assumée de diriger la société par le haut, avec l’attrait pour le secret, par exemple l’utilisation de pseudonymes, et le verticalisme d’organisation. Nous étions des négateurs, refusant le compromis et le réformisme. Une culture du refus sans accommodement. Et avec le vertige devant la séduction d’une violence extrême. La tentation de passage au terrorisme a existé.

 

  • Vous étiez membre de l’OCI – l’Organisation communiste internationaliste – la tendance dite « lambertiste » du trotskisme français. Pourquoi ce choix ?

 

Au départ, j’étais lycéen à Sartrouville et mon lycée était situé à côté de l’Ecole normale d’institutrices. Il y avait une dizaine de jolies filles à l’OCI, avec lesquelles je me suis retrouvé au café… J’ai adhéré dès 1968 et je suis resté. J’étais fils d’ouvrier, je travaillais à l’usine pendant les vacances et l’OCI était pour moi une organisation très sérieuse, avec de la rigueur et de la discipline. C’était des valeurs importantes pour moi. La Ligue (LCR, l’autre organisation trotskiste) m’apparaissait comme plus « petite bourgeoise », avec un côté mouvementiste qui s’éloignait des traditions ouvrières orthodoxes. Quant aux maos de la Gauche prolétarienne, je les trouvais trop « spontanéistes » et folkloriques ! L’OCI était un PC en miniature de l’ancien temps, une école de cadres. Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon et Jean-Christophe Cambadélis, pour ne citer que les trois plus célèbres, en sont d’ailleurs issus. Ils sont les produits de cette histoire.

 

  • Et ils ont fait de belles carrières…

 

Si, à la base, il y avait un langage de radicalité, en haut, les dirigeants pratiquaient les compromis et ses accords d’appareils, comme le dirigeant Pierre Lambert, responsable au sein du syndicat FO. Tout cela, je l’ai appris après coup, surtout au moment de mon départ. Si le discours radical s’inscrit dans une vieille tradition française, le guesdisme, le blanquisme, les pratiques d’appareils et de compromis renvoient plutôt au « molletisme ». Un discours orthodoxe, radical, et des pratiques de louvoiement, opportunistes.

 

  • Pourquoi l’extrême gauche française n’a-t-elle pas basculé dans le terrorisme, comme l’allemande (Fraction armée rouge) ou l’italienne (Brigades rouges), dans les années soixante-dix ?

 

Sur le non-basculement vers le terrorisme, on peut invoquer la puissance du Parti communiste. Il était encore le premier parti de France, 700 000 adhérents ; 1,5 million à la CGT, 21 % des voix pour Jacques Duclos à la présidentielle de 1969. Le PC a empêché l’extrême gauche d’accéder physiquement aux usines en établissant un « cordon sanitaire », une barrière quasi-infranchissable pour les étudiants les plus violents, les plus radicaux. Mais il faut également signaler que la France, à la différence de l’Allemagne et de l’Italie, n’a pas connu une longue expérience du fascisme, ce qui n’est pas sans incidence sur la culture politique violente de l’antifascisme et sur les représentations négatives de l’Etat. La légitimité du passage à la « lutte armée » comme poursuite d’un combat engagé par les parents était faible.

 

C’est cette incapacité de la gauche à faire le bilan critique de son histoire qui a conduit, entre autres, les socialistes au naufrage

 

  • Après l’OCI, vous rejoignez le PS en 1986 aux côtés de votre ami Cambadélis, avec le projet d’y créer un courant de gauche. Vous y retrouvez d’autres trotskistes, comme Lionel Jospin ou Julien Dray, ce dernier venant de la LCR. Là encore, vous allez connaître d’autres déceptions…

 

Même si j’ai été quelques années permanent de l’OCI, le cas de Lionel Jospin reste pour moi un mystère. Je ne sais pas quand il est vraiment sorti de l’organisation… Notre rencontre au PS en 1986, avec Cambadélis, était étrange : tout le monde était gêné. Avec Cambadélis, nous nous sommes séparés en 1988 quand il a choisi de faire carrière dans l’appareil du PS. Pour ma part, j’avais choisi la recherche universitaire sur l’Algérie, puis ma fille est tombée gravement malade et je l’ai accompagné pendant quatre ans, jusqu’à son décès en 1992. Je me suis éloigné de la politique.

 

  • Et Jean-Luc Mélenchon ?

 

Je l’avais côtoyé dans les années soixante-dix, quand il s’occupait de l’OCI à Besançon. Il était déjà un orateur cultivé, mais son amour pour Mitterrand m’a étonné… J’avais déjà beaucoup travaillé sur la guerre d’Algérie et je connaissais le rôle de François Mitterrand comme ministre de la Justice et de l’Intérieur durant cette période. Il a quand même refusé la grâce de plusieurs militants algériens condamnés à mort ! Mitterrand était parvenu à occulter aussi bien son passé vichyste que celui de la guerre d’Algérie. Plus généralement, c’est cette incapacité de la gauche à faire le bilan critique de son histoire qui a conduit, entre autres, les socialistes au naufrage.

 

  • Vous portez désormais un jugement positif sur Michel Rocard…

 

Je porte sur lui un tout autre regard qu’à l’époque. Dans l’imaginaire de mon milieu politique, Rocard c’était la droite du PS – on parlait de « gauche américaine » – alors que Mitterrand incarnait la gauche. Or, ceux qui avaient une conception morale de la gauche, c’étaient les rocardiens, avec, à leurs côtés, Pierre Mendès France. Durant la guerre d’Algérie, Rocard avait pris des positions courageuses alors que la SFIO et Mitterrand étaient pour la guerre. Puis, avec la CFDT, il s’est intéressé à la situation des femmes, des immigrés, à l’écologie. Le PS de Mitterrand, c’était en fait toujours les mêmes pratiques que celles de la SFIO d’avant le congrès d’Epinay (1971) : on prend d’abord le pouvoir et on voit ensuite.

 

  • Les années quatre-vingt, c’est aussi la création de SOS Racisme. Pourquoi portez-vous un regard critique sur cet épisode ?

 

J’avais une divergence d’appréciation avec Julien Dray, le principal créateur de ce mouvement. Il y avait le danger d’une politique hégémoniste qui pouvait marginaliser les mouvements « beurs » qui émergeaient alors. Ces mouvements étaient issus de l’immigration algérienne que je connaissais bien, parce que j’avais, comme historien, travaillé sur les parcours de leurs pères. Il fallait discuter avec eux et ne pas imposer une structure politique venue d’en haut. Parce que je venais de l’OCI, je savais que ces méthodes étaient, à terme, vouées à l’échec. Et on a vu ensuite des mouvements « beurs » mettre en accusation le PS, puis abandonner la politique, ou pour certains virer à l’islamisme.

 

  • Spécialiste de l’Algérie et de l’immigration, quel regard portez-vous sur les débats qui traversent la société française autour de l’Islam ?

 

Que ce n’est pas un problème franco-français et que nous devons penser tout cela dans un cadre plus large, avec le Maghreb et la Méditerranée. Par exemple, on ne pourra pas organiser l’islam en France tant que l’Algérie et le Maroc s’affronteront comme ils le font. Et je regrette que trop peu d’intellectuels français soient capables de regarder la France avec les yeux du Sud, de faire le va-et-vient entre les deux rives.

 

 

Cours, camarade, Mai 68 est derrière toi !

 

GASPARD KOENIG - LES ECHOS | LE 08/11/2017

 

Mes parents sont d'authentiques soixante-huitards. Issus de la bourgeoisie catholique de province, ils ont fui l'ennui gaulliste pour se lancer à Paris dans la révolution sexuelle et culturelle qui bousculait la France. Ils ont occupé l'Odéon, vécu dans des dômes géodésiques en Californie, fumé des joints dans les grottes de Turquie, marché nu-pieds en Inde et envahi les campagnes du Lubéron. Puis ils ont travaillé dans les journaux de la contre-culture des années 1970, d'« Actuel " au « Sauvage ». Dans l'appartement de mon enfance, on trouvait encore des portraits du Bouddha, des grappes de chanvre séché, des livres de Guy Debord et des affiches proclamant que « seules les bêtes à cornes ont peur du rouge ». Mes parents ont voté Mitterrand en 1981 puis n'ont jamais remis un bulletin dans l'urne, préférant une forme d'anarchisme discret au socialisme braillard. Le libéralisme que je défends aujourd'hui, même s'il prend une forme plus théorique, doit beaucoup à cette éducation. Nous partageons en famille la défiance face à toute autorité centrale et la tolérance vis-à-vis des modes de vie alternatifs.

 

Ce n'est pas parce que « le sang n'a pas coulé » en Mai 68 que « ce n'est pas une révolution », comme l'entendait Kojève. Ce fut une profonde rupture sociale et même métaphysique, traversant l'ensemble de la pensée occidentale. Dans leur livre critique « La Pensée 68 », Luc Ferry et Alain Renaut analysent avec brio cette forme particulière d'« anti-humanisme » caractérisée à la fois par l'avènement de l'individu roi et par la disparition du sujet en tant que cadre de référence d'une pensée universelle. D'un côté, l'individu devient la seule mesure des valeurs (« il est interdit d'interdire »); de l'autre, le sujet comme siège de la rationalité est contesté de toutes parts, devenant un épiphénomène traversé de désirs inconscients et de flux chtoniens. Voilà une belle ambition !

 

Certains ont évoqué récemment l'idée de « commémorer » Mai 68. Il n'en est évidemment pas question : l'Etat ne saurait se faire le porte-drapeau enfariné d'une révolte qui le contestait radicalement. En revanche, nous serions bien avisés de réactualiser des valeurs qui, loin d'avoir irrigué nos institutions, nous font cruellement défaut aujourd'hui. Nos comportements individuels sont réprimés par le retour en force de la morale, une dictature molle du vivre-ensemble aux antipodes de l'énergie iconoclastique des lanceurs de pavés. Le législateur moralise à tour de bras : la finance, bien sûr, mais aussi la politique (désormais réservée aux activistes de la vertu), l'entreprise (qui se doit d'être « socialement responsable »), la consommation (de la fiscalité comportementale à l'impôt sur les « signes extérieurs de richesse »).

 

Les insoumis du XXIe siècle préfèrent le fisc à l'amour. La valeur travail célébrée en choeur rend inaudible la peur de « perdre sa vie à la gagner ». L'obsession économique oublie qu'« on ne tombe pas amoureux d'un taux de croissance ». Le repli identitaire nous interdit de proclamer combien « les frontières on s'en fout ». Le présidentialisme à son apogée empêche de voir dans les élections un « piège à cons ». La phobie du harcèlement sexuel fait du projet de « jouir sans entraves » un anathème et nous transforme en statues de pierre : Nicolas Bedos exprime une opinion bien hétérodoxe lorsqu'il partage dans une tribune au HuffPost « ses craintes quant aux dérives liberticides que semblent autoriser les combats de société ». Le jeu des réseaux sociaux et de la délation - citoyenne, bien sûr - achève de renforcer le poids de la norme commune. Dans la course à la transparence, nous allons finir en méduses, échoués et gélatineux.

 

Quant au sujet universel, il réapparaît au galop dans les théodicées contemporaines. Les superstitieux de toutes obédiences le cherchent à nouveau dans le ciel des essences divines. Les fanatiques de l'Etat-nation en font un citoyen modèle, prêt à tout sacrifier sur l'autel du contrat social. Qui ose encore chanter « Ni Dieu ni maître » avec Léo Ferré ? Qui, hormis quelques libertariens isolés, entreprend de déconstruire le sujet de droit ? Surtout, Mai 68 reflétait une formidable confiance en l'avenir. « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi. " Aujourd'hui, alors même que les progrès scientifiques ouvrent de manière vertigineuse l'horizon des possibles, les enfants de ces camarades empruntent trop souvent le chemin inverse, se complaisant dans la nostalgie de temps révolus. Courons plus vite !

 

Gaspard Koenig

 

 

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H« Tu sais je n'ai pas l'intention de partager ton lit cette nuit. Je ne suis pas une Marie couches-toi là mon petit Benoît en sucre… » (31)

Au cours de la traversée ils découvrirent, blotti dans un rond de cordages, un Achille un peu penaud. Comment s'était-il faufilé sur le bateau sans éveiller l'attention de l'équipage, lui seul le savait ? Très, le chien d'Alexandre le Bienheureux, il se la jouait regard implorant et queue qui frétille. Marie ne cédait pas au chantage de l’astucieux bâtard, à l'arrivée elle le confiait à Antoine Turbé, le charcutier de Port-Joinville, qui rapatriait ses carcasses de cochons dans sa fourgonnette frigorifique. À Fromentine, Lucien Button, le menuisier qui rafistolait les meubles de la brocante, les attendait. C'est lui qui, à la demande expresse de Jean, faisait office de chauffeur. Benoît avait eu beau protester, Jean n'avait rien voulu savoir. Benoît comprit pourquoi lorsque ce tordu, juste avant le départ lui avait marmonné pipe éteinte au bec « Tu me diras au retour ce que tu penses de Button. Ce n’est pas une lumière mais il est sérieux. Tu comprends, ça me ferait un bon associé ». Benoît avait balancé de lui répondre « Vieux salaud de gauchiste, quand tu veux, tu sais où sont tes intérêts... » mais il s'était contenté d'un «Tu peux compter sur moi » très professionnel.

 

En traversant le bourg de St Julien-des-Landes un détail d'intendance s'installait dans la petite tête de Benoît : « Maman allait-elle leur proposer de faire chambre à part ? » Interrogation qui peut paraître saugrenue aujourd'hui, mais qui, en août 1968, aux confins du bocage vendéen, sentait le péché de chair. Pendant ce temps là le brave Lucien Button s'échinait à entretenir la conversation avec Marie sur des sujets aussi importants que le nombre de voitures d'estivants qui passaient devant chez lui depuis que son voisin avait ouvert un camping dans son pré ou le prix de l'essence qui avait augmenté à cause des évènements.

 

La maisonnée les attendait en faisant comme si de rien n'était. Sa mère cousait. La mémé Marie égrenait son rosaire pendant que la tante Valentine lisait Le Pèlerin sans lunettes. Son père, avec le cousin Neau et son frère, s'affairaient autour de la moissonneuse-batteuse. Sa soeur n'était pas là, bien sûr, puisqu'elle s'était mariée en 65. Entre la voiture de Button et la maison Benoît avait affranchi Marie de son interrogation. Très pince sans rire elle lui répondait du tac au tac « Tu sais je n'ai pas l'intention de partager ton lit cette nuit. Je ne suis pas une Marie couches-toi là mon petit Benoît en sucre… » Le dit Benoît, ne sachant si c’était du lard ou du cochon, se tut. Marie le rassura  « Ne t'inquiètes pas nous ferons comme ta maman voudra... » Au premier coup d'œil, Benoît sut que la partie était gagnée. Marie était digne de son fils chéri. Son père, l'oeil coquin, fut le premier à l'embrasser. Dans son coin, la mémé Marie, devait en direct adresser, à la Vierge du même nom, un Je vous Salue Marie de satisfaction. Même la tante Valentine, d'ordinaire avare de compliments, dodelinait de la tête pour marquer son assentiment. 

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 07:00
Le camembert est produit par monts et par vaux de Oulan-Bator jusqu’à Bamako : je demande le classement en Grand Cru par l’INAO du camembert au lait cru…

La nouvelle est tombé, sous la houlette du ci-devant Jean-Louis Piton, grand connétable de l’INAO, grand amateur de Banon petit fromage de chèvre tout juste vêtu d’une feuille brune de châtaignier, les normands p’tète bien oui, p’tète bien que non, se sont unis pour jeter aux orties le camembert fabriqué en Normandie.

 

Compromis !

 

Compromission !

 

Horreur malheur l’AOP camembert de Normandie ouvrait grand les bras au lait thermisé cher aux deux poids lourds de la contrée : Lactalis et Isigny.

 

Sitôt le grand-prêtre Périco et la madame, filloniste endiablée, laPérette au pot au lait du XVIe arrondissement, sortaient de leur pré-carré normand pour crier au scandale, à la fin de la France éternelle du calendos, de la baguette de pain et du black béret…

 

Macron démission !

 

Travers t’es un blair !

 

Hulot au poteau !

 

Piton démission !

 

Qu'en est-il donc ?

 

Normandie. La pasteurisation du camembert AOP a du mal à passer

 

Le 21 février, sous l’égide de l’institut national de l’origine et de la qualité (Inao), un accord entre tous les fabricants a ouvert la voie à la pasteurisation et plus seulement au lait cru dans le cahier des charges de l’AOP «Camembert de Normandie» (5500 tonnes par an).

 

En contrepartie, le «fabriqué en Normandie» des industriels (60000 tonnes par an), qui concurrençait depuis dix ans lappellation, sera abandonné. La victoire de Lactalis, leader du marché national du camembert avec près de 50% des volumes?

 

«Non, lors des discussions en comité, Lactalis a été le dernier à se rallier à cette solution, se défend Patrick Mercier, un des deux derniers producteurs fermiers de camembert de Normandie. Tout simplement parce que les industriels, qui vont rentrer dans l’AOP, vont devoir revoir leurs méthodes de production (par exemple, ne pas enlever l’eau du lait pour accélérer la fabrication du fromage, NDLR). On s’attend à une amélioration de la qualité gustative de leurs camemberts.»

 

Lire ICI 

 

Votre serviteur, pour reprendre une saillie chiraquienne – en ce temps de Salon de l’Agriculture ayons une pensée pour ce grand amateur de cul des vaches – qu’un insoumis dealer de vins étrangers, corrupteur de notre belle jeunesse, un certain Antoine Gruner,  un gars de l’Est, adore, cette histoire de camembert « cela m’en touche une sans faire bouger l’autre »

 

Le 29 janvier 2016 je commettais une chronique qui règle tout

 

 

Comme 1 vache normande n’y retrouverait plus son veau je demande à l’INAO de procéder à la louche au classement en Grand Cru des calendos au lait cru de Normandie

 

ICI

 

 

Ma conclusion était d’une limpidité qui permet de sortir de l’ambigüité.

 

Je fais requête express auprès du Ministre de l’Agriculture, tuteur de notre grande et belle patrie des fromages AOC, pour qu’il mette ses plus fins limiers de l’INAO au boulot afin qu’ils nous mijotassent, avec bien sûr le truchement de la plume de L'Association de Défense et de Gestion de l'AOC* Camembert de Normandie un beau cahier des charges de classement en Grand Cru des camemberts au lait cru… fait à cœur bien entendu !

 

Comme le disait la pub du Port Salut c’est écrit dessus, y’aurait  donc :

 

  • Camembert de Normandie grand cru au lait cru, bio et délimité.

 

  • Camembert de Normandie AOP au lait normand

 

  • Camembert tout court

 

Si vous souhaitez plus de détails allez lire ICI ma chronique du 14 avril 2015

 

« Pouet pouet Camembert Lanquetot ! » dis-nous donc qui tient la queue de ta louche ?

 

 

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 06:00
La Noce chez les petits bourgeois de BERTOLT BRECHT

La Noce chez les petits bourgeois de BERTOLT BRECHT

Pour sa mère Benoît était l'expression la plus aboutie de ce qu'une maman pouvait rêver, ses amies lui disaient « Madeleine comme vous en avez de la chance, votre Benoît a tout pour lui... » Ce statut d'enfant doué, à qui l'on donnait le bon dieu sans confession, il en avait joué tout au long de sa prime jeunesse pour préserver son petit jardin d'intérieur mais aujourd'hui, introduire entre sa mère et lui, une femme aimée, celle avec qui il voulait partager ses jours et ses nuits, n'était pas chose simple. Jusqu'à ce jour, même si son goût pour le butinage aurait pu lui causer quelques frayeurs, un accident était si vite arrivé en ces temps obscurs, sa chère maman s'accommodait fort bien de ne voir aucune fille s'installer dans son coeur d'artichaut. Lors de sa dernière visite Benoît s'était bien gardé de préparer le terrain, sa mère n'avait rien perçu, les mères aimantes sont aussi aveugles que les maris trompés, ou les épouses d'ailleurs. Pas un mot sur Marie, il s'en voulait de ce manque de courage et, chaque matin qui se levait, Benoît se disait qu’il allait lui écrire une belle lettre et, chaque soir, en se glissant au plus près du corps de Marie, la mauvaise conscience s'installait. Comment le lui dire ? Lui dire tout simplement.

 

Dans ses conversations avec Marie, parlant de son pays crotté, de son enfance de sauvageon, de ses ballades dominicales dans les métairies, avec son père, pour voir ses clients si peu pressés de lui régler son dû, Benoît ne cessait de dire à Marie « Tu vas lui plaire, il va t'adorer... » ce qui lui valait en retour de sa douce et tendre un beau sourire ponctué d'un regard rieur qu’il traduisait « et ta maman, elle, elle va me détester. Je suis une voleuse, la rivale absolue, celle par qui le cordon invisible se rompt définitivement... » À la veille du 15 août Benoît revint de Port-Joinville avec deux allers-retours pour le continent. « Je vais te présenter à maman Marie... » Son regard se voilait d'un léger nuage et, pour faire diversion, elle voltait pour que sa jupette tournoie « Je vais tout faire pour lui plaire mon Benoît… » Achille, lui aussi, esquissait une gigue pataude. Jean, de derrière son journal ouvert, en bon célibataire inoxydable commentait « Vous allez monter la première marche qui va vous mener à la salle à manger des petits bourgeois... »

 

À une heure de traversée et pourtant ils quittaient l'île d'Yeu accoudés au bastingage comme de grands voyageurs rompant les amarres avec leur vie d'avant. Jean, égal à lui-même, la veille au soir, leur avait sorti le grand jeu. Tournée des grands ducs chez leurs plus gros clients puis dîner chez Van Strappen un antiquaire très blonde oxygénée avec solitaire au petit doigt. Tout au Krug millésimé pour une conversation très langue de pute. Marie, halée pain d'épices, mangeait des boudoirs de Reims rose qu'elle trempait dans le champagne aux fines bulles. Barbaresco, un  grand noir homme à tout faire de Van Strappen, flambait des langoustes au Richard Hennessy en un rituel sauvage : sur un billot de bois d'un coup précis de hachoir il les tranchait vivantes en deux, sans s'émouvoir de leurs coups de queue violents et désespérés ; puis les grillaient sur de la braise vive. Les chairs exhalaient leur puissant parfum de roche iodée. La flambée, haute et incandescente, illuminait la terrasse et Jean, ludion, n'en finissait pas de lever sa coupe en marmonnant « Le problème avec la champagne c'est que ça pétille, les bulles mes amis sont des traîtresses, elles amusent la galerie, vous font des ronds de jambes, vous aguichent et pfutt, disparaissent... »

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