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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 07:00
N’en déplaise à un sombre crétin en mai 68 n’importe quel pékin pouvait avoir 1 laguiole dans sa poche

Dans la bonne tradition des délateurs anonymes ayant sévis sous l’Occupation depuis que je chronique un commentateur anonyme me poursuit de sa vindicte fielleuse.

 

D’ordinaire je tire la chasse d’eau sur ses étrons puants.

 

Ça l’énerve de vomir dans le vide ce qui ne l’empêche pas de temps à autre de récidiver.

 

Aujourd’hui je fais exception à la règle pour moucher ce morveux.

 

Sous ma chronique :

 

La résistible ascension de Benoît H Nous pratiquions une forme très primaire de langue de béton brut mal décoffré, grisâtre, granuleuse, du genre de celle qu'on utilise pour se lester avant de se jeter à la baille un jour de désespoir sans fond (13)

 

Il a posté ce commentaire :

 

« un laguiole en 1968, décidément vous nous prenez vraiment pour des cons, mais bon c'est comme tout le reste........ »

 

En oui gros crétin prétentieux le laguiole, le couteau, même s’il n’était plus fabriqué à Laguiole en 1968, était en vente dans les coutelleries de France et de Navarre sous ce nom et en toute légalité.

 

La dénomination laguiole pour un couteau n’est pas protégée, il peut être fabriqué en tout lieu et, en l’occurrence en mai 68 les laguioles étaient fabriqués à Thiers capitale mondiale de la coutellerie.

 

« Un produit manufacturé ne peut pas être protégé par une AOC. Le couteau de Laguiole n'est donc pas un produit de terroir au sens où le serait un produit alimentaire (vin, fromage...) et sa fabrication à Laguiole ou à Thiers ne préjuge donc en rien de sa qualité.

 

Ainsi les couteaux pliants poinçonnés « Laguiole Origine Garantie » excluent les fabricants thiernois. Cependant, il semble nécessaire de traiter l'Indication Géographique Laguiole en liaison avec le bassin de Thiers, car ce dernier assure à lui seul environ 80 % de la production nationale de Laguiole. Dans le cas contraire, la production nationale risquerait de s'effondrer car le bassin aveyronnais ne serait pas en mesure de satisfaire à lui seul la demande, entraînant certainement un risque accru de fraude à l'étranger. »

 

Couteau Laguiole artisanal

 

« Nos couteaux Laguiole artisanaux sont façonnés en France à l’ancienne par les meilleurs couteliers français de Laguiole ou de Thiers (berceau de la coutellerie française). Fabriqués en France et mondialement reconnus, nos couteaux Laguiole sont d’une rare qualité perfectible. Il faut pour chaque couteau pliant de très nombreuses étapes pour arriver à ce résultat, et ainsi en faire un modèle unique. Ils sont livrés avec un certificat d’authenticité numéroté. Découvrez notre large gamme de couteaux fabriqués en France. Choisissez parmi nos lames de couteau traditionnelles, guillochées (décors de la lame par ciselage réalisé à la main), Damas (dont les lames sont travaillées à chaud par couches successives d’acier et de carbone) ou encore nos modèles de lames noires pour un design plus contemporain. Les amateurs de vin pourront opter pour le couteau sommelier Laguiole fait en France. Découvrez aussi nos modèles de couteaux Laguiole NATURE à cran de sécurité : une ouverture facile et sécurisante avec un système de blocage de lame souple adapté à toutes les mains. Fabrication française garantie. Produits en stock. »

 

Donc mon Benoît mon héros et le doyen pouvaient sortir leur laguiole de leur poche sans encourir les lazzis du crétin de service.

 

Un conseil pour lui, qu’il prenne la peine de lire au moins la fiche Wikipédia du laguiole, si ce n’est pas trop demander à ses neurones racornis.

 

Non je ne prends pas mes lecteurs pour des cons mais je  renvoie l’ascenseur au délateur qui dans ce domaine occupe sans contestation une place éminente.

 

S’il est un pays que je connais bien c’est Laguiole grâce à mon ami André Valadier, l’homme grâce à qui le fromage Laguiole existe encore avec sa coopérative Jeune Montagne et auquel le retour de la fabrication des couteaux à Laguiole doit une fière chandelle.

 

Alors camembert !

 

Lire ICI  D'un côté, la capitale de la coutellerie française ; de l'autre, le berceau de la célèbre marque à l'abeille. Les deux villes entretiennent la passion de l'objet tranchant. Et une solide rivalité...

 

 

Pierre-Jean CALMELS inventeur du couteau Laguiole ICI

 

 

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  « à ne pas être des valets » (15)

Tout allait si vite, en une poignée de jours Benoît venait de basculer du statut de dandy dilettante, arpenteur de salons, à celui de meneur non encarté, sans base connue, d'un mouvement échevelé, dépourvu de cap et de stratégie. Et pourtant, ici, à Nantes, les spasmes des étudiants trouvaient un écho favorable chez les mecs qui se lèvent tôt le matin. Aux chantiers de Penhoët, à Nord-Aviation de Bouguenais, chez Say à la raffinerie de Chantenay, chez Saunier-Duval, et dans plein d'entreprises les salariés bougeaient. Ils se méfiaient des étudiants, de leur logorrhée, de leur extrémisme gratuit. Dans les appareils syndicaux, des figures s'affrontaient : Hébert l'anarcho-syndicaliste de FO, son collègue Rocton trotskyste de Nord-Aviation, Louis Morice de la CFDT des employés des chantiers de l'Atlantique, un catho de gauche, Andrieu le Cégétiste hors appareil, un PSU... Ce bouillonnement touchait aussi, hors la ville, les paysans. Autour de Bernard Lambert, le tribun aux gitanes maïs, tombeur d'André Morice le maire de Nantes aux législatives de 58, le jeune Bernard Thareau, au regard bleu, visage d'ascète, empli d'une volonté farouche, et des moins connus tel Joseph Potiron de la Chapelle-sur-Erdre. Eux travaillaient sur les deux fronts. Ils étaient unitaires pour deux. On se réunissait beaucoup et Benoît en était. Il en était par hasard, dans sa vie, le hasard, lui avait toujours ouvert des fenêtres sur des mondes inconnus où il s’était jeté rien que pour voir.

 

Sa sociologue de Pervenche, toujours en recherche d'une connexion avec le peuple, avait tâté du terrain en arpentant les fermes du canton de la Chapelle et elle avait commis un mémoire sur « le métayage ou la survivance du servage au profit des grands latifundiaires de la noblesse ». Cet opus touffu, gentiment orienté, avait bien évidemment comblé d'aise son comte de père qui comptait parmi les plus grands propriétaires foncier de la région et, à ce titre, présidait la section des bailleurs ruraux. Pour Pervenche, Joseph Potiron, qui l'avait guidé et conseillé pour ce travail, représentait l'image vivante de la pertinence de sa thèse. Depuis elle faisait partie de la famille Potiron. Comme le disait Joseph, avec un sourire, c'était une vraie famille, solide, où le patriarche, Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  « à ne pas être des valets ». Un dimanche, avant de se rendre au manoir familial, ils avaient fait un détour chez les Potiron pour trinquer. Ceux-ci rentraient de la messe, connexion immédiate, ils n’avaient pas vu le temps passer et, ce jour-là, ils étaient arrivé  pompettes et les Enguerrand de Tanguy du Coët avaient déjeuné froid.

 

Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de baiser des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre, petit verre après verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplies de Gros Plant ou de Muscadet. Ils picolaient. À la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. Ces peu diseux disaient ; ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Échappant à la chape qui pesait sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller à parler. Les maîtres et leurs régisseurs en prenaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, il ne faut pas blasphémer tout de même. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxiliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette.

 

Chez les Potiron, la JAC aidant, leur prosélytisme un peu naïf, ce tout est politique, avait bien du mal à briser la carapace de servitude affichée par beaucoup de ces hommes méfiants vis à vis de l'action collective. Alors le Joseph il donnait l'exemple, se surexposait, ne se contentant pas de récriminer dans le dos des maîtres. Syndicalement il leur tenait tête. Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes sœurs. Pour l'heure, avec les deux Bernard, nous dressions des plans de mobilisation pour la grande manif du 24 mai où les paysans, allant au-devant du mouvement populaire, investiraient la Centre-ville pour poser un acte symbolique, rebaptiser la place Royale : place du Peuple.

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 07:00
Ma révision des 70 000 km s’est bien passée : on m’a changé le cardan droit.

Souvenir du jour où, conduisant la 2 CV de mon père – nous disions la 2 pattes – le cardan droit se fit la malle provoquant un raffut infernal dans la petite caisse.

 

Le cardan, ou joint de cardan, inventé par Girolamo Cardan en 1545, permet de transmettre le couple et la puissance moteur aux roues par l'intermédiaire de deux arbres accouplés qui forment un angle variable en fonction des amortisseurs et du braquage des roues (pour les tractions avant).

 

 

Comme vous le savez après une année à tirer la jambe je me suis décidé à passer sur le billard.

 

Le 29 janvier après-midi je m’installe dans la chambre 214. Vérifications d’usage, dîner non gastronomique à 18 h30, je lis 31, allées Damour, Raymond Guérin de Jean-Paul Kauffmann, puis je m’endors comme un bienheureux.

 

 

Le 30 café à 8 h 30, je suis programmé pour 15 heures, douche à la Bétadine, je revêts la tenue ad hoc, très chic, j’attends pénardement en lisant.

 

Un brancardier m’embarque, je suis enveloppé comme une momie.

 

Salle d’attente, une vraie fourmilière, le Dr Schraub l’anesthésiste me visite : tout va bien. Il y a du retard, je rêvasse.

 

Direction la salle d’opération, dernier préparatifs, il fait chaud sous le scialytique, l’anesthésiste me pose le masque et je m’endors.

 

50 mn d’intervention du Dr Lefèvre, je m’éveille dans la salle d’éveil, j’ai l’esprit clair.

 

 

Le brancardier me ramène à la chambre aux environs de 18 heures. Je ne ressens aucune douleur.

 

Vers 18 h 30 le kinésithérapeute me rend visite « Partant pour un petit tour dans le couloir ? » J’acquiesce. J’empoigne mes cannes anglaises et je marche. « C’est bien revenez maintenant, vous avez fait 15 mètres c’est le record. »

 

Dîner non gastronomique, j’ai une perfusion et un drain donc je dois faire mes besoins dans un pistolet. Médicaments, prise de tension, électrocardiogramme, tout est nickel.

 

Nous sommes le mercredi 1er février, normalement je devrais sortir le vendredi, comme j’ai subi avec succès l’épreuve de la montée et descente d’escalier, genre festival de Cannes, je demande à préempter. On me dit oui. Jeudi à 13 heures je m’embarque dans un taxi et regagne le boulevard Saint-Jacques.

 

Je m’installe : musique et livres, le rythme des repas, patience et lenteur. Merci à Élisa. 

 

L’exercice le plus périlleux ce fut la douche mais j’avais installé un dispositif où je la prends assis. Chaque geste doit être réfléchi.

 

Une infirmière puis un infirmier viennent me changer tous les 3 jours mon pansement. Ma cicatrice est impeccable.

 

Lentement mais sûrement je me déplace dans l’appartement et, au bout d’une semaine nul besoin de cannes. Nulle douleur, je prends des antidouleurs, les même qu’avant l’opération. Je revis.

 

Et puis voilà que la neige tombe drue sur Paris me privant de sortie. Je reste patiemment au chaud. Musique, lecture, je commence à me sentir un peu emmuré mais je ne vais pas me plaindre, je pense à mes futurs voisins de la prison de la santé dont le chantier se termine.

 

Samedi 10 dernier soleil, la neige fond, les trottoirs sont encore glissants. Je reste au chaud.

 

Dimanche, après la pintade du dimanche, première sortie : je fais le tour du pâté de maison sans difficulté.

 

Remonté dans mon 9e étage je décide de renouer le fil avec vous.

 

Mercredi 14 on m’enlèvera les agrafes, ensuite doucement et sûrement j'élargirai mon cercle de promenade. Bien sûr pas de vélo mais le recours aux moyens de transports pour particuliers.

 

Mes prochaines chroniques auront trait à mes lectures et au fil d’actualité que j’ai suivi sur les réseaux sociaux.

 

Merci de votre fidélité, mon petit roman n’a pas fait baisser le lectorat, il continuera de se mettre en ligne en sus de mes chroniques.

 

À bientôt sur mes lignes…


 

 

 

 

 

 

 

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H « Benoît, j'aime les filles... » (14)

Ce soir-là, Pervenche et Benoît, pour mieux distiller leurs excédents avant d'aller dormir, rentrèrent à pied. Le ciel de mai était pur, l'air tendre, ils firent une longue pause sur les pelouses bordant l'hippodrome du Petit-Port. Couchés sur l'herbe, le nez dans les étoiles, Pervenche ayant posé sa tête sur le ventre de Benoît, ils étaient restés un long moment silencieux. Même si son alcoolémie voguait encore sur des sommets, la lucidité de Benoît restait intacte, vive, il pressentait que sa compagne, qui ne quémandait que des caresses tendres, attendait de lui autre chose que l'expression animale de sa virilité. Ayant grandi dans les jupons des femmes Benoît avait développé un sentiment, dont on dit qu'elles sont supérieurement dotée, l'intuition. Ce sont des ondes fines, un faisceau sensible, comme une petite musique intérieure qui vous rend réceptif, prêt à accueillir et comprendre même l'indicible. L'autre le sent, s'ouvre, se confie, Benoît entendait Pervenche lui dire « Benoît, j'aime les filles...

 

- Tu en aimes une en particulier ? 

 

- Oui.

 

- Elle le sait ?

 

- Non.

 

- Alors, dis-lui...

 

- Non !

 

- Tu crois que ce n'est pas réciproque ?

 

- Oui...

 

- Tu en es sûre ?

 

- Oui !

 

- D'où tires-tu cette certitude ?

 

- Parce que c'est Anne Sautejeau...

 

- Non !

 

- Si !

 

- Mais c'est la reine des fafs de la Corpo...

 

- Je sais Benoît mais je l'aime...

 

L'irruption brutale dans la petite tête bien pleine de Benoît, de l'absolue irrationalité de l'amour avec un grand A, le propulsait dans une abyssale attrition.

 

Son attrition fut de courte durée, Benoît savait si bien envelopper ses séismes intérieurs, même s’il ne voulait pas se l'avouer la révélation de Pervenche l'exonérait de rompre un lien qui, tôt ou tard, l'entraverait. Tout intuitif qu’il fut il n'en restait pas moins un mec, un peu lâche sur les bords. Devant le restau U un maraîcher les embarquait dans sa camionnette, où la verdeur entêtante des bottes de poireaux, donnait des envies de pot au feu à Benoît. Pervenche se tortillait. Il lui caressait la nuque en la rassurant «Te fais pas de souci, les lignes bougent, ça craque de partout, alors qui te dis que ta chérie, elle aussi, n'est pas prenable ? » Avec fougue elle lui donnait un baiser de feu. Leur chauffeur d'occasion souriait en laissant pendre sa gitane maïs au coin de sa bouche mal dentée. Cette nuit-là ils dormirent comme deux frères et sœurs dans le grand lit des parents de Pervenche. Fuyant la populace les Enguerrand de Tanguy du Coët s'étaient retirés dans leur manoir de Pontchâteau en confiant le soin aux domestiques de veiller tout à la fois sur leur extravagante fille unique et sur la sécurité de l'hôtel particulier de la place Mellinet.

 

Vers neuf heures du matin, enveloppé dans la robe de chambre à brandebourgs du comte, abandonnant Pervenche à ses rêves, Benoît se transportait à l'office. On l'y accueilli avec une déférence teintée d'une forme non dissimulée de curiosité, surtout de la part des deux petites bonnes : Clotilde et Suzie. Elles frétillaient. La veille, en bon révolutionnaire de salon, Benoît leur avait demandé de jeter au rebut leur tenue noire à col Claudine blanc. Suzie, dont les charmes profitaient au comte, le gratifiait, en lui versant son café, d'une vue panoramique sur son opulente poitrine qui tendait un chemisier largement entrouvert. Clotilde, plus sage, même si sa jupe s'était nettement raccourcie, se contentait de boire ses paroles en le mangeant des yeux. Le maître d'hôtel, Robert, un grand pleutre, prototype du cireur de pompes, se voyait déjà prendre le relais du comte. Son regard, d'ordinaire fuyant, n'avait de cesse d'aller et venir sur la Suzie lorsqu'elle prenait des poses de star de stand de foire. Face à ce désordre, ce relâchement des mœurs, Ernestine la gouvernante, toujours tirée à quatre épingles, chignon impeccable, lèvres pincées, affichait un silence méprisant. Benoît était le seul qui échappait à sa hautaine indifférence. L'intraitable attendait de savoir de quel côté le vent tournerait avant de s'embarquer sur un nouveau navire.

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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Nous pratiquions une forme très primaire de langue de béton brut mal décoffré, grisâtre, granuleuse, du genre de celle qu'on utilise pour se lester avant de se jeter à la baille un jour de désespoir sans fond (13)

Le lendemain, le Comité de grève se réunit dans la salle des professeurs en présence du Doyen, flanqué de quelques professeurs, ceux qui ne s'étaient pas tirés, d'un paquet de maîtres-assistants et d'assistants penchant plus ou moins du côté de la tendance Benoît. La convocation du Doyen, à vingt heures, avec la dose de grossièreté qui sied à une assemblée dont c'était le seul ciment, avait pour seul motif qu'il prenne acte des exigences du Comité. Pas question de négocier avec lui, même si les membres du dit Comité n’étaient d'accord sur rien, sauf de maintenir la mobilisation, il devait bouffer sa cravate. Sans protester, le Doyen et son dernier carré avait tout avalé. Tous arboraient le col ouvert, le tableau était pathétique. Tous à plat ventre, même Salin, l'un des futurs thuriféraires des papes de l'École de Chicago, Benoît confiera à son pote Boulineau : « Tous donnaient à la bande d’hurluberlus que nous étions du cher collègue. Mais, avec le recul, si eux étaient pathétiques nous, nous étions lamentables. Nous pratiquions une forme très primaire de langue de béton brut mal décoffré, grisâtre, granuleuse, du genre de celle qu'on utilise pour se lester avant de se jeter à la baille un jour de désespoir sans fond. « Sous les pavés, la plage... » Nous étions à cent lieues de la poésie de nos graffitis. »

 

Vers 22 heures, face à l'enlisement, Benoît prit deux initiatives majeures : ouvrir en grand les fenêtres – le nuage de la tabagie atteignant la cote d'alerte – et proposer une pause casse-croûte. Pervenche, avec son sens inné de l'organisation, à moins que ce fusse son atavisme de fille de chef, leur avait fait porter par le chauffeur de son père – sans doute était-ce là une application directe de l'indispensable liaison entre la bourgeoisie éclairée et le prolétariat qu'elle appelait de ses vœux –deux grands cabas emplis de charcuteries, de fromages, de pain et de beurre, de moutarde et de cornichons, de bouteilles poussiéreuses de GCC de Bordeaux prélevées dans la cave de l'hôtel particulier de la place Mellinet. Rien que de bons produits du terroir issus de la sueur des fermiers des Enguerrand de Tanguy du Coët, nom patronymique de l’indispensable Pervenche. Quant au Bordeaux, le prélèvement révolutionnaire s'était porté sur un échantillon représentatif de flacons issus de la classification de 1855. Face à cette abondance, la tranche la plus radicale du Comité hésitait sur la conduite à tenir : allait-elle se bâfrer de ces produits de luxe ? Et question subsidiaire : allait-elle laisser les profs au régime sec ? Ces rétrécis du bocal exigeaient un vote à bulletins secrets. À dessein Benoît les laissa s'enferrer dans leur sectarisme.

 

Sans attendre la fin de leur délire il sortait son Laguiole de sa poche, l’ouvrait pour trancher le pain. Face à ce geste symbolique le silence se fit. De nouveau Benoît venait de prendre l'avantage sur les verbeux, leur clouant le bec par la simple possession de cet instrument, un couteau que tout prolo ou péquenot, a dans sa poche. Eux, l'avant-garde de la classe ouvrière, à une ou deux exceptions près, en étaient dépourvus. Le Doyen étalait sur sa face suffisante un sourire réjoui : il exhibait lui aussi un Laguiole. Benoît goguenard lui lançait « Au boulot Doyen, le populo a faim ! » Spectacle ubuesque que de voir l’altier agrégé de Droit Public embeurrer des tartines, couper des rondelles de saucisson, fendre des cornichons, façonner des jambons beurre avant de les tendre aux coincés du PCMLR ou à des chtarbés situationnistes. Tout le monde mâchait. Restait le liquide et là, faute de la verroterie ad hoc, Benoît séchait. Se torchonner un Haut-Brion au goulot relevait de la pire hérésie transgressive dans laquelle, même les plus enragés, ne voulait pas tomber. Que faire ? Face à cette question éminemment léniniste, le Comité dû recourir à l'économie de guerre, réquisitionner les seuls récipients à disposition soit : trois tasses à café ébréchées, oubliées là depuis des lustres ; deux timbales en fer blanc propriété de deux communistes de stricte obédience qui les trimballaient dans leur cartable, un petit vase en verre soufflé et quelques gobelets en carton gisant dans une poubelle. 

 

Muni de cette vaisselle vinaire hétéroclite, après avoir donné un peu d'air aux grands crus, Benoît procédait d'autorité à une distribution équitable. Le Doyen, toujours aussi ramenard, délivrait de doctes appréciations, faisant étalage de sa science de la dégustation. À la grande stupéfaction de Benoît, un panel représentatif de l'orthodoxie prolétarienne, fit cercle autour de lui pour gober ses lieux communs. Magie du vin, la perfusion des nectars de haute extraction dans de jeunes veines révolutionnaires et, dans celles plus obstruées, des mandarins, déliait les langues, attisait l'esprit, donnait de la légèreté aux mots. Ils fusaient. L'euphorie montait. Le professeur Salin abandonnait Milton Friedmann en rase campagne pour raconter des histoires salaces. Pervenche, seule femme dans ce marigot de mâles enivrés, subissait les assauts conjugués de Dieulangard, le Spontex, et du doyen que Benoît avait surpris, quelques minutes auparavant, en train de siffler les fonds de bouteille. Tous étaient pétés. À la reprise de la séance, sur proposition de Jean-Claude Hévin, un assistant venu du bas, qui deviendrait un grand  spécialiste du droit Administratif, le principe du passage automatique en année supérieure fut voté à l'unanimité. À la suite de ce vote historique, le doyen se leva pesamment pour porter un toast, en dépit de son verre vide, «  Au succès du plus grand mouvement populaire du siècle... »

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Coupes ton magnéto petit Mao je connais par coeur tes sourates... (12)

Benoît fonça sur sa bécane à la Fac, sur l'estrade du grand amphi la foire d'empoigne, entre la nébuleuse, pileuse et hirsute, des multiples groupuscules politico-syndicaux, pour prendre la direction du mouvement faisait rage. Contraste étonnant entre le joyeux bordel de la base et la teigne des apparatchiks, image saisissante de ce que ce mouvement véhiculera d'images contradictoires. Les émeutes du Quartier Latin, relayées par les radios périphériques, l'ORTF étant muette, avaient électrisés tout le monde, la bonde était ouverte et plus rien ne semblait pouvoir arrêter le flot des délires. Pour sa part, même s’il restait encore en retrait, sous l'action conjuguée de Pervenche l'insurgée et du grand Boulineau, Benoît appréciait l'irruption, dans sa vie de coq en pâte, d'une forte dose d'extraordinaire. Sans qu’il puisse se l'expliquer, ce chaos naissant lui apparaissait comme une chance à saisir, un temps où tout devenait possible, un moment d'histoire dont il allait être acteur.

 

Tout était allé très vite, lors d'une brève accalmie sur l'estrade, Benoît se levait pour se saisir du micro et, face à l'amphi bruissant, au lieu de brailler comme mes prédécesseurs, de servir des tonnes de camarades, de proclamer sa foi en la révolution prolétarienne, de faire allégeance à une bannière, sur le ton de la confidence il s’entendait se présenter comme le porte-parole de ceux qui n'avaient jamais eu la parole. Très vite le silence se fit. Etonnés, pris de court, les chefs de meutes ne purent que le laisser faire. Alors, sans trémolo ni grosse caisse, Benoît parla des gens de peu de son pays crotté, de la servitude séculaire, de toutes ces années de génuflexion et de tête baissée. Des milliers de paires d'yeux le soutenaient. Il enchaînait, sans élever la voix, en déclarant que le temps du silence, de la frustration et de l'obéissance venait de prendre de fin. On l'applaudissait. Il levait la main, l'amphi refaisait silence. Il osait. « Oui, cette parole arrachée à ceux qui nous en privaient depuis toujours nous n'allions pas nous la faire confisquer par d'autres… » Les nouveaux chefs conscients du danger voulaient le jeter. L'amphi grondait. Ils reculaient. Alors, avec un aplomb qu’il ne soupçonnait pas, Benoît proposait l'élection d'un Comité de grève. L'amphi l'ovationnait. Immédiatement il se portait candidat. À mains levées il l'élisait. Tout étourdi par son audace il rendait le micro à Dieulangard, leader de la tendance dure des Maos Spontex, qui le toisait.

 

- T'es qui toi ?

 

- Un mec qui va te marquer à la culotte...

 

- Faudra d'abord ôter tes couches, branleur !

 

- Et toi compter sur les doigts d'une main tes clampins décervelés...

 

- Tu nous cherches ?

 

- Non camarade je t'explique que le rapport de force est en ma faveur et faudra que tu en tiennes compte...

 

- Que tu dis...

 

- Ce n’est pas ce que je dis bouffeur du petit Livre Rouge. C'est ! Regarde bien cet amphi. Ta Révolution, versus longue marche, ils s'en branlent. Ce qu'ils veulent c'est que ça change même s'ils ne savent pas ce qu'ils veulent changer...

 

- T'es qu'un petit bourgeois vérolé ! Tu n'as aucune perspective historique...

 

- Coupes ton magnéto petit Mao je connais par coeur tes sourates...

 

- On t'écrasera comme une punaise !

 

- Avec tes potes staliniens versus Budapest...

 

« Libérez nos camarades...Libérez nos camarades... »

 

L'amphi tonnait.

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Faut dire qu'y z'y vont de bon coeur les bourres. On les a tellement fait chier qu'y z'ont le tournis ces brutes épaisses. Y font la connerie de leur vie. Les bourgeois du quartier y sont horrifiés de voir pisser le sang de leurs mouflons. (11)

Après la folle nuit du 10 au 11 mai où la rue Gay Lussac donna aux évènements son vrai parfum de chienlit insurrectionnelle, le grand amphi de la Fac débordait. Au premier rang, très entouré, Benoît donnait des nouvelles fraîches du front. Son informateur, Armand Boulineau, avec qui il avait usé ses fonds de culotte à l'école Ste Marie, venait tout juste d'émigrer sur le Boul’mich pour faire le serveur. « Toi Benoît tu peux comprendre. Même si faire le larbin en terrasse n'est pas toujours très marrant, c'est tout de même mieux que de rester aux culs des vaches à crever la dalle, sans un radis, sous les horions du vieux Boulineau... » Depuis le début des évènements, il passait des coups de fils à Benoît chez sa vieille pour le tenir au courant. L'Armand ça lui donnait une pêche d'enfer que de voir ces petits bourges casqués, masqués de foulards, en baskets donner le tournis aux gendarmes mobiles. L'avant-veille de la fameuse nuit le grand Boulineau annonçait à Benoît son ralliement à la cause du peuple, enrôlé par Violette, une chouette nana de la Sorbonne, « Une tête mon Benoît...et je t'en dis pas plus...mais après la bataille le repos du guerrier ce n’est pas dans les livres qu'on le trouve... » Vu sa carrure, son double quintal et ses pognes larges comme des battoirs de lavandière, l'Armand Boulineau du Grand Douar en abattait comme dix petits enragés.

 

Le 10 mai Benoît était rentré tard rue Noire ; alors qu'en Lettres les anars tenaient le haut du pavé et commençaient à lupanariser leurs locaux flambants neufs, en Droit, le mouvement pataugeait, les chefs se marquant à la culotte. Lui frayait dans tous les cercles, se contentait de siffler des bières tièdes en écoutant les barbus ratiociner sur leurs obsessions programmatiques. Sa vieille baveuse ne goûtait que modérément ses horaires erratiques. Elle bougonnait en glaviotant du dentier sans oser le prendre de front. La télé officielle apeurait le bon peuple, elle se méfiait sous ma tronche de propre sur moi pouvait se planquer un suppôt de la révolution. Ce soir-là, vanné, il était tombé dans un sommeil lourd, dormait comme un sonneur de vèze. Vers 7 heures du matin, il fut réveillé en sursaut par la prise d’une main dure. Émergeant de son coaltar cotonneux Benoît eut une vision d'horreur : une bouche sans dent et la réplique hirsute d'un balai de fragonnette le surplombaient. La bouche chuinta :

 

  • Votre ami vous demande au téléphone...

 

Les yeux globuleux et irrigués de sang le fusillaient. Comme Benoît dormait à poils son lever intempestif extirpa de la bouche molle une bordée de flatulences fétides. D'un geste ample il s'emballa dans un grand pull, grommela un vague «Je suis désolé... » peu crédible.

 

Le Léon, à l'autre bout du fil, chuchotait. « T'étonnes pas mon Benoît on se planque, ça fait plus d'une heure qu'on s'est réfugié dans un hôtel. On est dans le noir. Moi je suis au standard. Le gardien est reparti pousser son roupillon. Les autres sont installés dans des chambres aux étages. Faut pas que les bourrins flairent notre présence. Pour l'instant y z'ont pas encore pointé leurs truffes. Tu comprends, vers 6 heures ça devenait difficile de continuer de les balader dans le quartier alors on a eu l'idée d'ouvrir la porte de cet hôtel. Comme les casqués entraient de force chez les particuliers pour ramasser du manifestant on s'est dit que, cons comme ils sont, y penseraient pas à venir nous chercher là. Les filles mouillaient de trouille de tomber entre leurs pognes. Faut dire qu'y z'y vont de bon coeur les bourres. On les a tellement fait chier qu'y z'ont le tournis ces brutes épaisses. Y font la connerie de leur vie. Les bourgeois du quartier y sont horrifiés de voir pisser le sang de leurs mouflons. Bon va falloir que je te laisse car y faut que nous sortions de cette souricière. Moi, avec ma gueule de péquenot, je peux pointer mon nez dehors sans qu’ils m'emballent. Tu sais Benoît je crois que la mayonnaise prend. Faut que vous vous bougiez le cul en province. Crois-moi si ça part de tous les côtés y sauront plus par quel bout la prendre cette affaire... »

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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. « Hier, ils réclamaient des maîtres ; maintenant, ils leurs faut des maîtresses… » (10)

Benoît vivait de peu, arrondissant son petit pécule comme pion à mi-temps dans une boîte de curés, mangeant des pâtes, d'œufs au plat et de riz au lait. Sapé comme un prince par sa très chère maman il était un privilégié car il logeait en ville ; un rez-de-jardin, rue Noire, dans le pavillon d'une vieille baveuse pour qui il assurait l'approvisionnement et la maintenance de sa chaudière à charbon. Certains soirs, lorsqu'elle s'ennuyait, Benoît devait se taper un petit sherry avec des gâteaux secs en sa compagnie. C'est dans sa salle à manger Henri III, sur la chaîne unique, qu’il avait vu Marcel Barbu, candidat à la première présidentielle au suffrage direct, en 1965, pleurer. Beaucoup de ses copains ou copines, fauchés, vivaient à la Cité U de la Jonelière, loin du centre, dans des piaules de neuf mètres carrés, meublées dans le style fonctionnel des prisons. Passé vingt-deux heures ils étaient coupés de tout, crevaient d'ennui et, pour couronner leur solitude, ils subissaient un règlement intérieur digne d'un internat de jésuites : interdiction de bouger les meubles, d'accrocher des photos aux murs, de manger dans sa piaule. La cerise sur ce gâteau déjà lourd était, bien sûr, l'interdiction faite aux jeunes mâles d'accéder au pavillon des filles.

 

La revendication de la mixité horrifiait beaucoup de mères dans les salons où Benoît traînait encore ses guêtres. En les écoutant décrire l'effondrement des valeurs morales qui s'ensuivraient, il balançait de leur rétorquer que leurs filles n'avaient de cesse de lui offrir, sous leurs jupes plissées, les mêmes avantages à domicile. Mais, à quoi bon s'offrir ce plaisir, il était déjà ailleurs, loin des appâts vénéneux de ces oies blanches des beaux quartiers. Lors d'un dîner, le recteur d'Académie, un gros au teint apoplectique, enserré dans un costume trois pièces à rayures tennis, qui le faisait ressembler à un parrain de la Cosa Nostra, en tirant sur son havane, et en sirotant son Armagnac hors d'âge, devant la basse-cour décatie, avait conclu sa brillante analyse de la situation, d'une remarque de haute portée morale « Hier, ils réclamaient des maîtres ; maintenant, ils leurs faut des maîtresses… » Tout le monde s'était esclaffé, sauf Pervenche, la fille de la maison, et lui. Elle lui avait chuchoté dans l'oreille « on monte dans ma chambre sinon je dis à ce vieux satyre qu'il parle en expert puisqu'il se fait maman... »

 

Sa sortie de table lui procura une satisfaction proche de l'extase. Pervenche le tirait à bout de bras. C'était une grande bringue, plate comme une limande, avec de grands yeux de cocker et un casque de cheveux coupés courts. Benoît souriait bêtement, sa serviette accrochée à sa ceinture flottait comme un drapeau blanc entre ses cuisses. Le silence s'était fait d'un coup. Anne-Françoise, la mère de Pervenche, pressentant le danger d'une remarque assassine de sa fille unique, fit front avec panache. Elle se leva, souriante, « et si nous laissions ces messieurs à leurs cigares et à leur envie de parler politique entre eux, sans que nos babillages féminins ne les importunent... » Proche de la sortie. Pervenche se retournait. Pour l'amour et les beaux yeux verts de sa mère, à son tour, Benoît la tirait vers le hall. Elle trébuchait. Lâchait un « merde alors » sonore. Il la rattrapait au vol. « Tu la boucles sinon je me casse ». Sa nuit avec Pervenche fut ardente et studieuse. Il découvrit les condoms. Sa partenaire insatiable pendant qu’il reprenait des forces, calée dans les oreillers, lui parlait de Dany le rouge, le révolutionnaire joyeux qui se méfiait des bolchevo-staliniens, des marxistes à la triste figure, des prophètes sentencieux portant sur leurs chétives épaules tous les malheurs de l'humanité. C'est donc dans un lit douillet d'un hôtel particulier de la place Mellinet que je fis mes premiers pas de révolutionnaire dans les bras d'une adepte du mouvement du 22 mars. 

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Benoît résistait à l'attrait de leur riche couche, se vautrer dans le luxe, la luxure lui paraissait prématuré (9)

Ses premières années d'Université furent insouciantes et légères. Loin de ses terres originelles, libéré de ses entraves, Benoît papillonnait. Ses amours duraient le temps que durent les fleurs coupées. Moisson facile, il lui suffisait de promener sa grande carcasse dans l'amphi 2 de la Fac de Droit pour cueillir, sur ce vaste parterre, les plus belles pousses de l'opulente bourgeoisie nantaise. Le premier rang, celui des beaux genoux pour ce vieux satyre de doyen Bouzat, celui du gros bouquin de droit pénal, exhalait les effluves lourds de parfums mythiques. Pure économie de cueillette, pour le seul plaisir de les sortir, de s'afficher à leur bras, de jouer le chevalier servant attentionné au bar Cintra de la place Graslin, de petit déjeuner au Molière, de les sentir s'abandonner sous ses effleurements dans le noir du Katorza.

 

Même si vous avez du mal à le croire Benoît résistait à l'attrait de leur riche couche. Son refus obstiné s'appuyait sur une froide analyse. Se vautrer dans le luxe, la luxure lui paraissait prématuré. C'était le privilège des grands prédateurs. Mais plus encore, il craignait la chaîne dorée, ces colliers de perle de culture sur chemisier immaculé, sac Hermès sur kilt épinglé chassaient le mari. La modestie de ses origines constituait, certes, un handicap largement compensé par mon fort potentiel. Benoît attirait les lucioles ambitieuses. Il était un beau parti. Afin de ne pas céder à la tentation ou aux guets-apens des fins de soirée arrosée il coupait court. Au lieu de rompre, il se tirait.

 

Immature et cultivé, sur la route de l'ENA, Benoît observait avec un sentiment mêlé d'étonnement et d'intérêt, les premiers plissements, sous l'impact d'une poignée de trublions, du vieil habit universitaire, trop étroit, empesé par les mandarins, si poussiéreux qu'on avait le sentiment d'être confiné, enfermé dans un monde mort. Né dans l'eau bénite Benoît exécrait les chapelles et, comme le petit monde des enragés vivait en vase clos, avec des codes ésotériques, rabâchant la vulgate marxiste, pire encore, pour lui, les rares filles présentes dans leurs cercles cultivaient le dépenaillement et les cheveux gras, alors il se tenait à l'écart. Dans le camp des officiels, les bourrins du PC et les fachos de la Corpo se foutaient sur la gueule, bourraient les urnes et inondaient de tracts lourdingues les amphis. Ses belles plantes, à de rares exceptions – les filles d'avocats et de pontes du CHU compagnons de route des rouges - l'attiraient en des salons où, même un socialiste – objet difficilement identifiable en ces temps par la faute de Guy Mollet – prenait des allures de buveur de sang des filles et des compagnes, de bouffeur de curé sournois capable de piquer l'argenterie. Dans ces lieux cossus Benoît affichait le détachement d'un dandy, courtois avec le petit personnel, caustique et arrogant en présence de monsieur le Procureur de la République. Les mères frissonnaient. Les pères haussaient le sourcil. Les filles en redemandaient. On le tolérait. Sous l'ennui apparent de la France vu par Viansson-Ponté la tempête se levait.

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Benoît occupait l'essentiel de son temps à l'observation des femmes mariées. Dans son bestiaire féminin, l'épouse, la jeune épousée surtout, présentait la supériorité d'être potentiellement pécheresse.  (8)

Lui, la belle gueule, grand ramier indifférent, il avait bonne mine avec ses conneries sur le potentiel d'amour des laids. Bourré de sommeil Benoît se sentait sale de l'intérieur, infect, rien qu'un pourri-gâté. Comme il détestait les petits matins blafards qui le glaçaient, lui donnaient envie d'un bol de café au lait à la cuisine, coude sur le formica, les pieds dans des charentaises, face à bobonne en robe de chambre ; s'enfouir dans la douce chaleur du foyer. S'offrir l'hôtel lui sembla le seul antidote à son état de minable lamentable. Pas n'importe lequel hôtel, la gamme au-dessus du bouge pour VRP en costume tergal, le genre un poil vieillot avec baignoire à gros robinets qui pissent drus. Le Terminus St Lazare lui allait bien. Vu sa dégaine crasseuse Benoît se l'offrit, en anglais, avec une poignée de dollars et juste ce qu'il faut de mépris. Le loufiat de la réception le traita avec les égards dû au duc de Windsor ; dans les taules de luxe ça marche à tout coup le coup du mépris.

 

Benoît s’éveilla sur les coups de cinq heures de l'après-midi. Revigoré, il se sentait prêt. Terminé la pente douce dans l'indifférence. Sans effort apparent, ni frustration, il décida d’adopter une abstinence sereine, rangeant les filles dans la catégorie des plantes d'ornements. Face à ce retrait, certains garçons de mon entourage en déduisirent, à tort, que leur heure était venu. Trop de poils, trop de muscles, trop facile, Benoît les éconduisaient en soupirant. De cette période de chasteté non contrainte il garda un souvenir de force contenue, forme la plus accomplie de la maîtrise de ce que ses frères de chaîne, les mecs, qualifiaient de besoins physiologiques. Chantal l'avait lavé des hantises sexuelles propres aux garçons de son âge. Sa réclusion n'avait pourtant rien de monacale, Benoît occupait l'essentiel de son temps à l'observation des femmes mariées. Dans son bestiaire féminin, l'épouse, la jeune épousée surtout, présentait la supériorité d'être potentiellement pécheresse. Son serment de fidélité, tel celui de chasteté des prêtres, la plaçait en première ligne de la tentation : la chair est si faible et le plaisir si fort.

 

Le clan des femmes, en chœur, avait toujours chanté ses louanges en avance, apprenait tout ce qu’il voulait... et lui de soupirer dans son for intérieur qu'il échangerait tous les prix d'excellence du monde pour le corps d'une de ces femmes mariées qui ne peuplaient que es rêves. Du haut de ses seize ans elles étaient inaccessibles. Pour une fois, son avance ne lui servait à rien, ces dames allaient chercher dans des bras plus puissants le plaisir défendu. Comment auraient-elles pu imaginer que ce grand gamin, même s'il était dépourvu d'acné, lorsqu'il pointait son regard noir sur elles, c'était pour les déshabiller avec une volupté dont les privaient leurs rustres amants ? Elles l'ignoraient. Ne pouvant pousser plus avant les feux de son désir, et comme il ne pouvait user de la puissance de sa plume, Benoît restait encalminé. Sur ses cahiers secrets il brocardait ces amantes s’abandonnant  entre des cuisses rustres. Quel manque d'imagination ! Benoît enrageait.

 

Tout près de la frontière, aux confins de son univers connu, Benoît attendait le jour où la vraie vie commencerait. Il était le clone de Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui « tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... » Aux yeux du clan des femmes il croissait, en âge et en sagesse, dans l'étroit périmètre du bocage cernée de hautes haies, alors qu’il ne poussait vraiment que dans l'obscurité du Rex et du Modern. Perfusé par les yeux verts et le nombril de Debra Paget dans le Tigre du Bengale, par les bas de soie glissant sur les cuisses diaphanes de Catherine Deneuve dans Belle de Jour. Benoît se lignifiait dans le silence  de sa futaie. Jour après jour il accumulait la chlorophylle de la canopée sur le papier glacé des magazines de mode de sa mère. Il thésaurisait de la beauté pour gagner les centimètres qui le placeraient au-dessus du commun. C'était le bonheur de jours passés à regarder filer les heures, hors des limites du réel, avec pour seule ligne d'horizon la belle destinée qu'allait lui offrir la vie, au plus haut, à l'étage des seigneurs. Quand parfois le doute l'effleurait  allait-il pouvoir s'extraire de ce monde contraint ? – se parant des oripeaux d'Edmond Dantès, le trahi, le paria surgi de nulle part accomplissant son implacable vengeance ; les yeux topaze d'Yvonne Furneau l'irisaient...

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