Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 10:00

1 –

douro terrasses 570-1

« Elle qui connaissait par leur nom et leur saveur toutes les variétés du raisin portugais, depuis l'alvarelhào jusqu'à la malvoisie, depuis le moscatel jusqu'au « cul de brebis » et au « doigt de la dame », s'enfonça peu à peu dans la pauvreté sans jamais abandonner l'image de la grande quinta de bardeaux, avec, au fond, l'église, tel un calvaire perdu parmi les chênes d'Amérique (...)

 

 Elle-même faisait partie de ce Douro ténébreux, noble, regorgeant de quintas édifiées avec ténacité, arrachées aux entrailles de schiste et de terre sèche, de ce Douro soustrait au phylloxéra, planté de vergers et de cyprès; Mossul, Torre, Santa Ana, Frades, Rede et Esteveiro, tous ces lieux chargés d'histoire, de péchés, de souvenirs brefs et de vin, encore et toujours le vin, qui stagne en flaques sur le sol des chais, qui s'égoutte, s'infiltre, pénètre les murs et, certains jours, semble sourdre de l'au-delà comme pour annoncer une autre Cène du Christ, plus glorieuse et plus prometteuse (...) »

 

Extrait du roman d'Augustina Bessa-Luis Le Principe de l'incertitude éditions Métailié

 

2 –

chaissac

«  Ce n'est certes pas les gens de bonne foi qui manquent ici-bas. Dans Don Quichotte, Sancho est persuadé être le gouverneur d'une île quoique n'ayant pas passé sur de l'eau pour s'y rendre. A Vix, lorsqu'ils passent dans la rue, le curé et le directeur de l'école laïque ont cette même attitude de chevalier de la certitude. Mais c'est un fait que dans ses fonctions Sancho donna de réelles preuves de sagesse. On rigolait bien sûr dans les coulisses. Il y a toujours des rigoleurs par son chemin mais la belle affaire : il y en a certes des tas parmi les observateurs du présent concile. Il en a toujours été ainsi. Quand on n'est pas sûr de soi, on est perdu, la terre craque sous ses pas. On ne va pas loin. A la première averse on est ratiboisé... »

 

Lettre de Gaston Chaissac expédiée à l’abbé Renou curé de Vix en 1962.

 

3 –

2-905344-52-0

« Cher Monsieur,

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de l'indiscrétion qui consiste à vous écrire sans vous connaître et qui est d'autant plus coupable qu'il s'agit de renseignements à vous demander. J'ai été intéressé récemment par la lecture de l'œuvre d'Emmanuel Bove, qui a aujourd'hui complètement disparu, non seulement de la devanture mais de l'arrière-fond des librairies. J'imagine que vous avez eu l'occasion de le rencontrer, puisque l'essentiel de son œuvre se situe à une époque où vous animiez les mouvements littéraires contemporains. Ce serait pour moi un grand privilège si vous pouviez me donner quelques renseignements à son endroit. Qui était-il ? Quelle était sa manière d'être ? Quelles traces a-t-il laissées ? J'ai appris que madame Bove vivait encore à l'heure actuelle. Avez-vous eu l'occasion de savoir où on peut la joindre ?  Vous serez surpris de cette curiosité qui n'entre pas dans l'exercice normal de mes fonctions, mais s'il est interdit au ministre des Finances d'avoir un cœur, du moins selon la réputation, il ne lui est pas interdit de s'intéresser à la littérature. »

Lettre adressée au surréaliste Philippe Soupault Valéry Giscard d'Estaing en 1972

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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