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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 00:09

 

 

En parodiant Tartuffe j’ose écrire « Cachez-moi ce cul que je ne saurais voir... » afin de souligner l’hypocrisie des défenseurs de la pudeur qui pourraient m’accuser de manier trop facilement la provocation. Et pourtant boire cul sec au cul de la barrique est une pratique – certes réprouvée par la gente dégustatrice bouche en cul de poule – encore fort usitée dans le fin fond de ma Vendée crottée. Et qui peux nier que les bouteilles ont un cul ? En son temps j’ai même écrit une chronique « Elles montrent leur cul » link Je suis donc un récidiviste et j’aggrave mon cas en soulignant que les chansons paillardes accompagnant les libations n’ont jamais été avares de cette association.

 

Paul-Emile Debraux (1776-1831) employé à la bibliothèque de l’Ecole de Médecine (les carabins sont des paillards), chansonnier populaire et prolifique, auteur du Cul de ma blonde écrivait dans son premier couplet :

J’ai tâté du vin d’Argenteuil

Et ce vin m’a foutu la foire*

J’ai voulu tâter de la gloire

Une balle m’a crevé l’œil

Des catins du grand monde

J’ai tâté la vertu

Des splendeurs, revenu,

Je veux tâter le cul

De ma blonde, de ma blonde...

 

* foire = ici foria

 

Ce préambule posé pourquoi ai-je abordé ce matin ce sujet d’apparence fort scabreux. Le hasard chers lecteurs, comme toujours avec moi un hasard malicieux et bien sûr au moment où je m’y attendais le moins. Le « coupable », ou plus exactement celui par qui ce hasard est tombé sur moi, se nomme Michel Issaly. Je sortais d’une conférence de presse, fort intéressante, en compagnie de deux confrères, et sur une table dans un petit pochon en papier kraft une bouteille nous était proposée pour la nouvelle année. Chacun de nous en prend une, et mon pochon à moi rend l’âme, le flacon chute sans se briser le cul. Je le recueille avec tendresse et que vois-je sur l’étiquette : Bourgogne en Montrecul

 photo Montrecul

Que dit le BIVB là-dessus ?

 

Les noms de CÔTE SAINTJACQUES, MONTRECUL (ou MONTRE-CUL ou EN MONTRE-CUL), LE CHAPITRE ou LA CHAPELLE NOTREDAME ne peuvent être adjoints à celui de BOURGOGNE que pour les vins rouges ou blancs et à celui de BOURGOGNE CLAIRET ou BOURGOGNE ROSÉ que pour les vins rosés produits à l'intérieur de l'aire délimitée de l'appellation BOURGOGNE et sur certaines parcelles du territoire de 1 commune du département de l'Yonne et de 3 communes du département de Côte d'Or.

Sur l’étiquette, les mentions CÔTE SAINT-JACQUES, MONTRECUL (ou MONTRECUL ou EN MONTRE-CUL), LE CHAPITRE ou LA CHAPELLE NOTRE-DAME doivent être inscrites immédiatement au-dessous du nom de BOURGOGNE, BOURGOGNE ROSÉ ou BOURGOGNE CLAIRET en caractères dont les dimensions ne dépassent pas la moitié de celles des caractères utilisés pour ce nom.

 

LE VIGNOBLE

 

Situation

Commune de production

- BOURGOGNE CÔTE SAINTJACQUES : Joigny (Yonne)

- BOURGOGNE MONTRECUL : Dijon (Côte d'Or)

- BOURGOGNE LE CHAPITRE : Chenôve (Côte d'Or)

- BOURGOGNE LA CHAPELLE NOTRE-DAME : Ladoix- Serrigny (Côte d'Or)

 

Encépagement

vins rouges et rosés, Pinot noir

vins blancs, Chardonnay

 

Production

Superficie en production délimitées :

- BOURGOGNE CÔTE SAINT-JACQUES: 13,43 ha

- BOURGOGNE MONTRECUL : 16,11 ha

- BOURGOGNE LE CHAPITRE : 5,24 ha

- BOURGOGNE LA CHAPELLE NOTRE-DAME : 4,53 ha

 

Rendement maximum à l'hectare

rouges et rosés 55 hl

blancs 60 hl

Récolte moyenne annuelle

 photo-cul-du-loup.jpg

Rentré chez moi je me suis souvenu d’avoir acheté au magasin de la cave coopérative de Lourmarin « Le Cul-du-Loup » un AOC Lubéron et une petite recherche sur la Toile m’a permis de débusquer un « Cul de Beaujeu » un Sancerre dont il est dit sur le blog www.fou-rgeot-de-vin.com « Autrefois on parlait du Clos de Beaujeu. Cette belle pente des vignobles sancerrois, 45% s'il vous plaît, exposée sud-est, sur la commune de Chavignol, est aussi connue que la côte des Monts Damnées. Nous sommes ici sur des terres blanches du Kimméridgien. Le vin de Franck et Christine Laloue provient d'une petite parcelle d'un peu plus d'un hectare que leur cousin, Bertrand Paillard, leur a proposée en métayage en 2008.« Un vrai challenge que nous avons été heureux de relever » ont-ils commenté au dernier Salon des vins de Loire d'Angers autour d'un échantillon, déjà prometteur, de ce Cul de Beaujeu dont le premier millésime n'a été commercialisé que début septembre, après huit mois d'élevage en cuve. Cette parcelle du Cul de Beaujeu, il a fallu la travailler, la remettre en état, reprofiler les rangs, la nourrir d'un apport d'amendement organique et de pâturin, avec l'objectif d'enherber les rangs de cette vigne très pentue, qu'il faut vendanger avec un chenillard sur lequel sont disposées les caisses de raisin ramassé à la main fin septembre 2009. » 

 

À ce petit jeu j’ai trouvé :

- Cristia Cul de Sac 1905 VdP d’Oc de Baptiste Grangeon

- Cuvée Cul Sec la Réaltière Coteaux d’Aix 2009 Bio...

- Gratte-cul KLIPFEL mais c'est une eau-de-vie blanche à l'églantine...

- apéritif à base de vin au Gratte-Cul (cynorhodon)...

 

Cependant afin d’épuiser cet important sujet je lance ce matin, auprès de vous chers lecteurs de tous pays, un appel pour le recensement exhaustif de l’association Vin&Cul... Question subsidiaire : qu'elle est la belle qui se dévoile aux côtés de notre Fabrice des Hospices de Beaune ?

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 00:09

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Du fin fond de notre Vendée, avec un nom et un prénom pareil, nous le croyions italien, ce qu’il était fils de mineur, mais la radio nous disait qu’il était belge puisqu’il vivait à Jemmapes, alors nous nous contentions de fredonner Tombe la Neige tout en essayant d’emballer la fille que nous venions d’inviter à danser. Ma mère, fan de Luis Mariano, le trouvait beau. Adamo né, en 1943, c’est comme l’a si bien dit le Grand Jacques, belge pur sucre, un « tendre jardinier de l’amour », de nos amours adolescentes. Alors, foin des lazzis des pourfendeurs de variétés ce dimanche un petit coup de projecteur sur ce gentil « roucouleur » équivaut à un beau bras d’honneur.

 

Pour en rajouter une couche, certes j’ai aimé l’Adamo de mes années de première volupté mais, la mâturité venue, j’ai même pleuré tellement j’étais bouleversifié en écoutant Arno chanter Les filles du bord de mer. Et puis, cerise sur le gâteau, en 2003 Adamo a sorti l'album Zanzibar avec la collaboration du même Arno, son poteau... (écoutez la vidéo du live d'Arno Les filles du bord de mer c'est 5 minutes 55 secondes de jouissance intégrale). En bonus et en audio, mon leitmotiv Je voudrais mourir dans tes bras... 

 

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 00:09

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L'histoire est narrée dans un bar par un cow-boy interprété par Sam Elliott. L'intrigue du film s'inspire de celle du roman noir Le Grand Sommeil, de Raymond Chandler The Big Sleep adapté au cinéma par Howard Hawks. Jeffrey Lebowski le héros du film The Big Lebowski, dit The Dude, contrairement à Marlowe (celui de Hawks autant que celui de Chandler), n'a aucun code moral : il se drogue, il est oisif, sans emploi et préfère le bowling à son «enquête». C’est l’anti-héros : ce qui l’intéresse c’est de se faire dédommager de la perte de son tapis. Il est confus, bafouilleur, se perdant dans des explications vaseuses, flanqué d’un ancien du Vietnam Walter Sobchak, son meilleur ami (interprété par l’énorme John Goodman) the Dude subit les évènements avec un fatalisme en or blanc massif.

 

Ma transition, pour répondre à la question-titre : Que boit le « Dude » dans The Big Lebowski ?, est cousue de fil blanc puisque la réponse est un White Russian, un Russe blanc dénommé aussi Caucasien (50% de vodka pour 20% de liqueur de café (la plupart du temps du Kahlua) et 30% de lait) Dans le film des frères Coen, le Dude carbure au Russe Blanc, c’est un rituel qui, dit-on, a contribué à la popularité de ce cocktail et a donné naissance à un jeu qui consiste à boire un Russe Blanc à chaque fois que le Dude s’en concocte un dans le film.

 

Si ça vous dit jouez-y, en adaptant la recette à votre terroir , comme l'ont fait les canadiens (White Canadian, avec du lait de chèvre à la place du lait de vache) par exemple le White Catalan* au lait d’ânesse, tout en visionnant mon film-culte où Julianne Moore, Steve Buscemi, David Huddleston, Philip Seymour Hoffman, Tara Reid et John Turturro, qui complètent la distribution, sont tout aussi déjantés que le Dude.

 

À consommer sans aucune modération.

 

* l'inventeur de cette adaptation serait un certain Michel au nom prédestiné mais les mauvaises langues catalanes on rebaptisé le cocktail le LDB (Lev Davidovitch Bronstein) à ne pas confondre avec le LSD...

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 08:00

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Ceci écrit le vin de Tahiti ça existe je l’ai même rencontré du côté d’une boutique de Saint Germain des Prés mais je ne l’ai pas acheté vu que le prix était proportionnel à la distance qui sépare Paris de Tahiti. Donc je ne l’avions point goûté. Alors pour vous dépayser je suis allé en chercher sur le site vin de tahiti link

Deux récoltes par an, du Carignan, et... je vous livre la page d’accueil et l’historique, pour la suite allez visiter le site du Domaine Dominique Auroy « L’Union parfaite entre un savoir-faire ancestral et la terre polynésienne... » Je suggère à mes 4 compères de notre crèmerie coopérative d’aller faire une dégustation in situ subventionnée par le Ministère des DOM-TOM. Les chemises de Jim Budd feraient un tabac, le chapeau de Michel des ravages, Hervé serait obligé de tomber la cravate, Marc ferait des photos et moi je ne vous dis pas. Bref, pour parfaire vos connaissances afin de briller auprès de vos connaissances voici ce qu’il vous faut savoir. Dernier point : il y a un bonus en fin de chronique notre complice Rémi Gaillard l’homme du faire n’importe quoi pour devenir n’importe qui développe le concept d’ascenseur Tahitien.

 

« Le vin de Tahiti est produit en Polynésie française dans le Pacifique Sud, sur l'atoll de Rangiroa, à 355 km de Tahiti. Ses plus proches concurrents sont situés en Nouvelle Zélande, au Chili, en Australie ou en Californie.

La Polynésie française, située au milieu du Pacifique sud, à plus de 5000 km du continent le plus proche, comprend plus d'une centaine d'îles ou atolls. La superficie des terres émergées est de 4 200 km2 répartis sur une surface équivalente à celle de l'Europe.

La température moyenne ambiante est de 27°C, tandis que l'eau des lagons se stabilise autour de 26°C. Nettement plus éloignés de l'Equateur, les archipels de l'extrême sud, Australes et Gambier, jouissent de températures plus fraîches.

Rangiroa est situé dans l'archipel des Tuamotu, un aérodrome met Rangiroa à 45 minutes d'avion de Tahiti avec plusieurs rotations par jour. C'est un des plus grands atolls du Pacifique. L'île entière de Tahiti tiendrait dans son lagon. Rangiroa est connu mondialement pour les magnifiques plongées que l'on peut faire dans les deux passes.

Le chai est situé en plein centre du village d'Avatoru à proximité du quai où accostent les goélettes.

Le domaine quant à lui est situé à l'ouest de la passe d'Avatoru, à 4 500 m à vol d'oiseau. Un bateau puis un véhicule tout terrain sont nécessaires pour arriver jusqu'à la vigne. »

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Historique

 

La création d'un vignoble en Polynésie a demandé de longues années de recherches préalables.

 

Si quelques pieds de vigne sont présents depuis longtemps dans certains jardins en Polynésie, aucune production en quantité n'avait été entreprise jusqu'à présent ni en Polynésie, ni de surcroît sur un atoll.

 

Les premiers cépages ont été importés en 1992 et subi les tests d'acclimatation et de sélection dans les principaux archipels de Polynésie.

 

Le vignoble de Rangiroa est le résultat d'un long travail qui a nécessité de nombreux efforts et beaucoup de patience de la part des promoteurs et de leur équipe. »

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 00:09

 

 

scotland 1921Ici « naturistes » s’entend au sens de ceux qui s’approprient en notre beau pays de vignes, à mon sens indument, l’état de nature. En effet, le terroir est, par essence, l’état d’une nature domestiquée par la main de l’Homme, une construction de l’homme. Et, comme toute construction humaine l’impact sur l’état de nature le transforme, le modèle, le domestique et donc ce qui est en jeu dans le débat actuel c’est bien sûr l’intensité de cet impact et non un impossible retour vers l’état de nature qui est bien évidemment une illusion. Pour illustrer mon propos j’ai choisi l’Écosse au travers d’un beau petit livre de Kenneth White « Écosse le pays derrière les noms » chez Terre de Brume.

 

Kenneth White, Écossais d’origine, Français d’adoption, a développé dans son œuvre le concept de géopoétique. Dans « Écosse le pays derrière les noms » il s’introduit au cœur d’une culture, ouvre un espace où « l’existence se refonde et où l’esprit respire. » Nous qui nous gargarisons avec la diversité de nos terroirs, la multiplicité de nos belles Appellations d’Origine Contrôlée, sans pour autant être en capacité d’aller explorer ces pays au-delà des noms, de relier par le langage les origines physiques de nos sols aux racines des hommes qui les ont défrichés, labourés, cultivés... Seul peut-être un André Valadier à Laguiole, homme de sa terre d’Aubrac, de ses burons, de l’aligot mais aussi de la relecture de la tradition dans sa coopérative Jeune Montagne, a su inscrire dans les mots ce fameux « lien au terroir » que certains minoritaires voudraient approfondir alors que d’autres, majoritaires, n’ont de cesse de diluer dans une normalisation réductrice.

 

Dernier point à souligner avant votre lecture : la vieille détestation de l’Angleterre par les Écossais trouve dans cet extrait une expression géologique des plus pertinentes. Je pense que David en appréciera tout le sel...

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« La géologie du territoire est extrêmement complexe.

Parlant des grands mouvements de l’écorce terrestre, Marcel Bertrand, professeur à l’écorce terrestre, Marcel Bertrand, professeur à l’École des mines de Paris, écrivait dans la Revue générale des sciences pures et appliquées (Paris, 1892) : « La chaîne calédonienne est une des plus anciennes, sinon la plus ancienne que nous puissions reconstituer. On se trouve là en face de mouvements qui datent du début des temps primaires. » Et, après avoir évoqué à la fin de son essai des problèmes de métamorphisme, il conclut : « Tous les géologues qui s’occupent de ces questions devraient faire un pèlerinage à la côte d’Écosse. »  Quelque huit décennies plus tard, dans ses Recherches de géomorphologie en Écosse du Nord-Ouest (Strasbourg, 1965), un énorme volume de sept cents pages, fruit d’années d’investigations tectoniques, lithologiques et pétrographiques. Alain Godard lui fait écho : « Je ne soupçonnais guère toute la richesse des combinaisons morphostructurales que pouvait receler le socle de l’Écosse du Nord. »

Il y a cinq cents millions d’années (pour les roches les plus anciennes, il faudrait remonter à trois mille millions d’années, mais soyons raisonnables), l’Écosse se situait au bord d’un continent qui reliait la Scandinavie, le Groënland et l’Amérique du Nord. Il y a quatre cent cinquante millions d’années (c’est l’étude des fossiles qui l’indique), le pays se trouvait au sud de l’Équateur, séparé de l’Angleterre (ah, époque bénie !) par une énorme étendue d’eau. Puis, il y a environ soixante millions d’années, l’Atlantique s’élargissant, l’Écosse s’installa dans la situation actuelle, mais sans oublier ses grands contacts.

Après tous ces chiffres qui, tout en donnant un peu le vertige, permettent de relativiser les choses et de rendre compte des immenses mouvements de la planète, regardons le sol de plus près.

Dans le Nord-Ouest, la terre est composée de vieux gneiss lewisien, émergé des grandes profondeurs de la planète, qui, dans les Hébrides Extérieures, donne ce paysage de rocher gris usé par la glace où terre et eau se confondent. Ailleurs, le gneiss originel est couvert d’une épaisse couche de grès rouge, résidu des systèmes fluviaux de l’ancien continent hyperboréen, du grès que la glace, encore une fois (la dernière période de glaciation date de dix mille ans), a érodé pour créer des formes fantastiques, laissant paraître parfois, sur le sommet des monts, un dôme de gneiss étincelant. Plus au centre, c’est le pays des roches ignées, métamorphiques – schiste, quartz, granite – plissées et replissées, comme sur le plateau du Cairngorm (« la roche bleue »). Au sud, c’est le charbon, né de l’époque où cette partie de l’Écosse ressemblait aux marécages de Floride. Et partout, des flots de lave figés.

Étant donné toute cette variété de forces et de formes, toutes ces variations sur un fond archaïque toujours présent, on ne s’étonnera guère de constater que « le père de la géologie moderne », dont la Théorie de la Terre parut à Édimbourg en 1788, fut un Écossais, James Hutton, que nous retrouverons tout à l’heure sous la pluie de l’île d’Arran.

Le climat est tributaire des perturbations atlantiques. Comme le dit Godard : « Plus que n’importe quelle autre région de l’Europe occidentale, plus que l’Irlande même, l’Écosse septentrionale est baignée par le flux zonal d’ouest. » La masse d’air polaire maritime, le vent né des grandes dépressions atlantiques, donne un ciel changeant, avec de fréquentes précipitations – c’est-à-dire, des symphonies en gris et noir, interrompues par des lumières étranges et parfois des clartés extraordinaires.

Malgré les menaces qui pèsent sur elle comme sur tout autre territoire de la planète à une époque adonnée aux projets à court terme et à une absence de vision comme de toute culture profonde, malgré les grandes transformations qu’a pu subir le paysage dans le passé, l’Écosse reste une des régions d’Europe le moins marqué par la présence humaine, avec de grandes étendues ouvertes de lande et de montagne, quantité de rivières aux eaux claires, et de côtes que fréquente une multitude d’oiseaux : oies descendues en hiver du Spitzberg, fous de Bassan sur cette masse volcanique blanche de fientes d’oiseaux qu’est le Bass Rock. Ajoutons à tout cela, dans cet aperçu préliminaire, des pins aux troncs couleur de vieux bronze tordus par le vent, des bouleaux au feuillage vert-pâle, le mauve des bruyères, le rouge des sorbiers, le blanc étincelant en hiver du lièvre des montagnes.

« Alba conahingantaib » - « Alba et ses merveilles » dit un vieux poème.

Les premiers habitants humains, des chasseurs cueilleurs, arrivèrent il y a peut-être quatorze mille ans. Ensuite sont venus les gens de l’âge de pierre. Les premiers Celtes (brythoniques), porteurs d’une poésie cosmologique, débarquent vers le premier siècle de notre ère. En ces temps-là les Pictes, obsédés de symboles, rôdent aussi dans les parages ; Au Ve siècle, venus d’Irlande, les Celtes scotiques (gaéliques), violents et visionnaires, abordent en Argyll, à l’ouest. Trois siècles plus tard, les Vikings, taciturnes, sévères, extravagants, commencent leurs descentes draconiennes, et se mêlent aux autres populations.

Avant d’explorer plus avant le plan humain et culturel, un dernier détail géologique. Soulagée du poids de la glace à la fin de la dernière époque glaciaire, il y a dix mille ans, la terre écossaise commença à  se soulever. Ce phénomène continue de nos jours. L’ouest de l’Écosse se lève à la vitesse, considérable étant donné la masse en jeu, de deux millimètres par an. Pendant ce temps, l’Angleterre s’affaisse. Il y a de l’espoir dans l’air. »

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 06:19

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Je soussigné Jacques Berthomeau, mandaté à cet effet, conscient de l’extrême difficulté pour certains néo-vignerons de poser leurs cuves en un lieu prévu à cet effet et afin de leur éviter une forme de nomadisme préjudiciable à l’exercice de leur art, propose sous la forme d’un bail emphytéotique une cave de vinification sise dans la Province arménienne de Vayots Dzor aux confins de l’Iran et de la Turquie.

 

Cette unité de production de 6100 ans, dotée d’un pressoir rudimentaire, d’une cuve en argile destinée à la vinification, de tessons de poteries qui, une fois assemblés par les archéologues pourront resservir au stockage du vin, répond parfaitement au désir justifié d’en revenir aux pratiques originelles. Prévoir un balai de sorgho pour le dépoussiérage, un âne pour le transport du raisin mais comme le souligne A de Candolle dans « Origines des plantes cultivées » : « c’est surtout dans le Pont, en Arménie, au midi du Caucase et de la mer Caspienne que la vigne présente l’aspect d’une liane sauvage, qui s’élève sur de grand arbres et donne beaucoup de fruit sans taille ni culture. » les travaux de la vigne seront ainsi réduits à leur plus simple expression et répondront au souci légitime de naturalité. Enfin, dans la mesure où à l’inventaire dressé par l’équipe d’archéologues figure des restes de pépins de raisin pressé et quelques sarments atrophiés, des équipes de Steven Spielberg s’engagent à produire un « Wine Arménic Park » où bien évidemment toute cette vie originelle vitrifiée repartira de plus belle.

 

Comme vous pouvez le constater tous les éléments sont réunis pour obtenir un vin dont la naturalité et l’origine ne pourront être contesté par qui que ce soit. Pour le commerce l’apport de Steven Spielberg permettra de vendre le vin comme produit dérivé de la superproduction Hollywoodienne : l’étiquette en 3D étant en cours de conception. Pour la distribution, dans la mesure où une grande maison d’origine française, le groupe Pernod-Ricard, est implantée en Arménie où elle commercialise un brandy dénommé Ararat, son réseau mondial assurera au néo-vigneron « nature » une diffusion des plus profitables.

 

Enfin, dans la mesure où les mêmes chercheurs avaient trouvé, dans le même réseau de cavernes, en juin 2010, un mocassin en cuir parfaitement préservé datant de 5 500 ans, ce qui en faisait la plus vieille chaussure connue, le domaine pourra prendre la marque commerciale de château de la Vieille Grolle si c’est un néo-vigneron bordelais, clos de la Vieille Grolle si c’est un Bourguignon, domaine de la Vieille Grolle si c’est un Ligérien, mas de la Vieille Grolle si c’est un Grand Sudiste... etc

 

Pour bien prouver la naturalité du couple vigneron-terroir les chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles qui ont pu confirmer la datation des installations et des autres objets soumettront le vigneron à une analyse au radiocarbone. Ils ont aussi utilisé cette nouvelle méthode scientifique pour vérifier le millésime d'un vin datant de 4 100 ans avant l'ère chrétienne.

 

Merci aux néo-vignerons nature de me transmettre en urgence leur acte de candidature à la reprise de cette unité de vinification unique au monde qui bien évidemment sera certifiée Ecocert. Le CAC de l’INOAQ a aussi prévu de se rendre en délégation à Vayots Dzor pour mettre en place le cahier des charges, l’ODG, l’OI et tout le saint frusquin...

  article du Monde link

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 00:09

Longtemps je me suis demandé en arpentant les allées des salons divers et variés ce que j’y faisais. Derrière leurs saintes tables emplies de beaux flacons alignés tels les biffins du 152e régiment d'infanterie de ligne (152e RI) – créé sous la Révolution française et surnommé régiment des Diables Rouges – Vigneronnes&Vignerons, hormis ceux qui me connaissaient, dès que je pointais ma tronche de cake, se demandaient avec un soupçon d’angoisse « avons-nous ferré un gros poisson ? »  Normal car, en dépit des étiquettes que l’on me colle « haut-fonctionnaire parisien », « petit rapporteur », « dragueur de câlines », j’ai la tête et la mise d’un acheteur doté d’un beau portefeuille. Espoir cruellement déçu lorsque je déclinais mon absence totale de profession, le vide sidéral de mes occupations. Comme je les comprenais, les salons ne sont pas faits pour drainer des « parasites » de mon espèce plus portés sur le bavardage que sur le colportage de flacons en direction de la consommation. Voilà donc une bonne raison de mon abstention.

 

Pour autant je ne suis pas en train d’écrire que les journalistes de profession n’ont rien à faire dans les salons. Bien au contraire, le rassemblement en un seul lieu des flacons et des vignerons leur permet d’exercer leur profession dans d’excellentes conditions. D’ailleurs, l’an passé j’ai eu le plaisir de croiser une petite poignée d’entre eux avec qui j’ai fait ensuite cause commune pour une aventure électronique dès plus sympathique dites les 5 du Vin. Eux iront sans nul doute et mon abstention aux salons de début de saison : Millésime Bio à Montpellier et le Salon des Vins de Loire à Angers ne troublera guère le petit monde du vin. Bref, ne croyez surtout pas que je joue le cabot qui veut se faire désirer et qui attend que le public vienne le supplier de remonter sur scène. Chez moi le mal est plus profond : comme une envie d’un temps sabbatique, hors le cercle, loin des petits clapots du marigot et de certains agités du clavier qui me gonflent passablement. Mon seul regret sera de ne pouvoir saluer mes amis vendéens et autres, mais je saurais trouver le temps d’aller leur dire un petit bonjour chez eux dès que l’occasion m’en sera donnée.

 

Ce souhait est une bonne transition vers mon incapacité notoire à faire de la dégustation de type « abattage ». Je fatigue, ça m’ennuie, et plus encore si de surcroît le vigneron m’assène un cours de géologie, d’ampélographie et de plein de science en i je coule car je ne sais pas tenir mon verre, prendre des notes, humer, déguster, gazouiller et donner le change. Moi j’aime le silence des bibliothèques et des librairies ou le bruit des cafés mais pas ce chemin de croix, à station multiples, où je souffre en silence sans qu’aucune Marie-Madeleine ne vienne à mon secours en me proposant les délices d’un ciboire annonciateur de plaisir. Vignerons&vigneronnes, vendeurs de vin de toute obédience, ne prenez pas à mal ce que j’écris car je suis un inadapté inguérissable qui ne sait que baguenauder, flirter avec les lignes, bavasser, chroniquer à tort et à travers. N’essayez pas de me convertir, de me tirer les vers du nez pour en savoir plus sur mon moi profond, faites tranquillement votre boulot sans vous soucier de moi. Que voulez-vous, contrairement à certains, je ne suis pas 100% vin, j’ai une autre vie, même une double vie, ce qui ne m’empêche pas pour autant d’en consacrer une belle part à l’extension du domaine du vin en ferraillant contre tous ceux qui veulent l’enfermer dans leur pré-carré ou carrément le transformer en friches pour nous défendre contre nous-mêmes.  

Bons salons à tous et à toutes, à bientôt... je pars de ce pas courir la peurtantaine http://gasdutsarollais.free.fr/textes/la_peurtentaine.htm  

 

Pouffe 4088

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 00:09

Je suis fou de Verdi ! C’est tripal ! Je vous propose donc en ce dimanche où certains vont tirer les rois à la fois le texte d’une vieille chronique : « Pépé aimait l’opéra» et la scène 1 du premier acte d’Ernani avec le célèbre chœur Evviva ! Beviam ! Beviam !

 

« Je m'appelle Léone Gémény. Mon grand-père était fou d'opéra. Il avait entendu la Callas, Tebaldi et tutti quanti. Pendant quarante ans il alla de Salzbourg à Vérone, de Bayreuth à Vienne et - surtout - à la Scala...

En septembre 1954, grand-père fêta ses quatre-vingts ans. Très affaibli : il marche difficilement, cherche querelle à sa gouvernante pour un rien et ne sort de cet état pitoyable que pour écouter des disques de bel canto. Le 6 décembre, coup de téléphone de sa gouvernante : il a disparu. La gendarmerie, prévenue, ne retrouve pas sa trace. Un avis de recherche est diffusé, avec sa photo, dans la Voix du Nord.

Le 10 décembre. Nouvel appel de Marthe. Il est réapparu cet après-midi extrêmement fatigué et s'est couché immédiatement. Il refuse de donner la moindre explication. Nous arrivons en hâte. Calé sur un oreiller brodé à son chiffre, grand-père raconte : « Je voulais m'offrir une escapade à Milan et je suis allé entendre le spectacle d'ouverture de la saison à la Scala. » Puis, il s'endort. Nous rentrons à la maison.

13 décembre. Mme Marthe en pleurs, au téléphone. Elle a trouvé grand-père mort dans son lit. »

 

Extrait de Opéra La diva et le souffleur Autrement juin 1985

 

J'aime bien ce petit texte. J'aime bien les gens capables de prendre le premier train pour... J'aime beaucoup les grains de folie. J'aime beaucoup ceux qui gardent leurs passions intactes. J'aime beaucoup l'opéra, surtout celui de Verdi. Mon tube : Ernani du génial Giuseppe dans la version enregistrée le 7 décembre 1982 à la Scala de Milan avec à la baguette Ricardo Mutti et Romano Gandolfi comme maître du choeur. Pour les interprètes : Placido Domingo, Mirella Freni, Renato Bruson, Nicolai Ghiaurov... Si le spleen vous gagne en ces temps mous et gris, chargez sur votre Ipod le choeur de la scène 1 du premier acte, ça vous redonnera goût à ma vie. En traduction libre ça donne : Hourra ! Buvons ! Buvons !

                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin !

                          Que reste-t-il d'autre au bandit,

                          évité par tous

                          S'il n'a pas un verre ?

                          Jouons, car l'or

                          est un trésor inutile,

                          qui vient et qui part.

                          Jouons, si la vie

                          n'est pas rendue plus agréable

                          par une beauté souriante.

                          Dans les bois et sur les collines

                          nous avons nos seuls amis,

                          le mousquet et le poignard.

                          Lorsque descend la nuit

                          dans la triste grotte

                          qui nous sert d'oreiller.

                          Soyons gais et buvons. Buvons !

                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin.

 

Bien sûr c'est mieux chanté par le choeur de la Scala en italien. C'est édité chez EMI. Le livret d'Ernani est de Francesco Maria Piave d'après Victor Hugo. La première d'Ernani eut lieu le 1er mars 1844 à la Fenice de Venise.

 

Je vous propose une version classique en audio et une version populaire en vidéo 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 00:09

Dans le petit monde confiné de ce que certains dénomme le Bloglouglou – dénomination qui sent la régression comme le note à juste raison notre consœur vigneronne-journaliste Catherine Bernard – la propension à qualifier de débat de fond une certaine forme d’agitation verbeuse me ravit. Les rôles sont bien distribués, chacun joue sa partition, délivre son message, le plus souvent avec des on tout rond, bien creux pour contenir tout et rien. C’est pratique, c’est même très commode, ça fourre ceux qui se reconnaîtraient dans le sac prévu à cet effet. Est-ce à dire pour autant que nommer c’est dénoncer, être un délateur. La réponse est bien évidemment non, dire ce que je considère – le moi ici s’impose – comme contraire soit à ce que j’estime être la vérité, soit inexact, soit outrancier, n'est en rien une dénonciation et pire une délation...Mettre en vis-à-vis de mon opinion le nom de celui dont je conteste les dires ou les écrits ou celui d’un groupe n’a rien d’une délation. Nommer est bien plus respectable et courageux que l’hypocrisie de la généralité. Pour autant dire ou écrire, même avec vivacité, n’est pas insulter. C’est se confronter, même s'affronter, sans se masquer. Bien plus méprisable sur le Net est l’anonymat de certains commentateurs vindicatifs. Là sont les délateurs, les pleutres, les méchants, ceux qui se complaisent dans l’anonymat couard. Je préfère ceux qui me disent en face que je suis un con ou tout le mal qu’ils pensent de moi à ceux qui se font patelin, gentil en façade pour cacher les aigreurs d’estomac à mon endroit. J’ai toujours pratiqué cette franchise directe, quoiqu’il m’en coûte, comme ce refus de serrer la main, lors d’un pince-fesses « glouglou » à un député – toujours député – car je ne supportais pas ses propos xénophobes dans son bulletin municipal d'une ville qui sonne comme un Grand Chateau de Bordeaux. J’eus droit à des menaces sur mon devenir. En toutes circonstances je préfère le dire à qui de droit à l’amalgame large et pâteux. De même lorsque j’estime que Michel Rolland profère des énormités – qu’il déclare ne pas avoir dites – je l’écris au risque de voir ses adorateurs claquer la porte de mon espace de liberté.

 

Bref, tout ça pour présenter une de mes dernières acquisitions chez un libraire à Apt Traité de la Délation par Romain Motier citoyen de Genève 1947 publié Aux dépens de Romain Motier. L’auteur, mort le 17 novembre 1946 dans sa modeste maison du Plan-des-Ouates, était né à Carouge en 1873, a suivi une carrière paisible à la Bibliothèque publique de l’Université. Pendant les deux grandes guerres il prodigua ses soins à l’Office Central de la Croix Rouge. Grand voyageur, érudit, s’adonnant à des travaux historiques et philosophiques, En France, connu d’une élite littéraire, il amassa lors de ses longs et fréquents séjours une importante documentation car « les vicissitudes de ce malheureux pays l’intéressaient beaucoup » Son opus le plus fameux fut son Traité de l’Intolérance achevé en 1945.

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« De la délation en général »

 

« Il est curieux que le mot délation s’applique tout ensemble, chez les auteurs qui savent les nuances de leur langue, à la dénonciation politique et à une démarche méprisable. Pourquoi ce sens péjoratif ? Parce que la délation est censée, en principe secrète, tortueuse et au surplus intéressée. »

 

ARTICLE 58 du Code Pénal Soviétique, paragraphe 12

 

« L’omission de la dénonciation, s’il s’agit de la préparation dûment connue ou de l’exécution d’un délit contre-révolutionnaire, comporte la peine de privation de la liberté pour une période de temps qui ne sera pas inférieure à six mois. »

 

Le « Vice National des Français »

 

«La délation est devenue le vice national des Français » écrivait récemment M. Lourenço Barretos, l’éminent journaliste d’Amérique du Sud. Cette assertion a paru étonnante à quelques personnes peu au courant de la psychologie des peuples. Comment l’esprit de délation pourrait-il fleurir dans une nation qui a pris pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité ?

Mais justement cette formule mérite d’être expliquée.

En matière de fraternité, il est bien connu que la vertu de ce nom représente un idéal inaccessible et non pas une pratique établie. Toutefois, il y a des peuples où le sens fraternel, communautaire, existe à quelque degré. On se plaît à le reconnaître chez les Russes, chez les Allemands (à l’intérieur de leur race, bien entendu) et chez des peuplades primitives où l’on se sent encore proche des origines, uni par le sang, par les préjugés de la tribu, par l’inceste, par la religion. Les Français ont, depuis longtemps, dépassé ce stade. Ils ne sont plus qu’une poussière d’individus et s’en vantent parfois. Il est naturel que nulle part plus que chez les Français on ne voit servir le férocité personnelle, le struggle-for-life, le système du débrouillage aux dépens de la société, bref l’égoïsme. Passons condamnation et n’en parlons plus. »

 

Et de citer le témoignage d’un magistrat d’une petite ville de province ayant instruit des affaires avant, sous et après Pétain « j’y ai observé tous (vous m’entendez bien : tous) les actes possibles contre l’amitié. Les amis s’y sont poursuivis, dénoncés, trahis, livrés, persécutés et parfois, je puis bien le dire : assassines. Et cela, non par politique ni par patriotisme, non par le commandement d’un idéal qui expliquerait le sycophante s’il ne l’excuserait pas. Non ; mais par la plus basse crainte, par une peur abjecte d’être confondu dans la même réprobation du bras séculier – quand quelque sordide intérêt de pécune ne poussait pas encore plus profond au terreau de la foule les racines de ces horreurs. »

 

En matière de liberté, la France n’a jamais marqué l’appétit sincère du libéralisme, qui est le respect des libertés réciproques ; son histoire offre une longue suite d’intolérances et d’oppressions. Elle s’accommode très bien de la tyrannie, comme tous les peuples dit démocratiques, pour qui il s’agit simplement d’établir un tyran collectif, l’hégémonie d’une classe et d’un parti.

Actuellement, nous voyons très bien les Français tolérer la suppression de toutes les libertés publiques, spécialement de la liberté de pensée et d’expression, et ne s’en porter guère plus mal. Chacun d’eux se moque de la liberté d’autrui, et ne proclame sa liberté propre que pour faire litière de celle-là. Ici, encore : n’insistons pas, il faudrait retracer la chronique de trois siècles pour démontrer une vérité si évidente. Nous n’aurons pas le ridicule de chercher tout un trousseau de clés pour ouvrir une porte déjà béante. »

 

« Mais en matière d’égalité, le peuple français est sans rival. Il nourrit la passion, la manie, l’obsession de l’égalitarisme. Il est chicanier, revendicateur, jaloux, inquisiteur. C’est lui qui, seul dans le monde, avait inventé des numéros d’ordre imprimés pour les gens qui attendent l’autobus : seul moyen, à Paris, par exemple de les empêcher de s’entretuer ! Seul moyen de créer un droit écrit, un titre palpable, un document pour la priorité, sans quoi chaque retardataire hurle contre celui qui a eu la chance d’arriver avant lui... Et encore, quiconque a vu les regards de haine que suscitait un porteur de carte spéciale (femme enceinte, mutilé, médecin) peut mesurer l’affront que cause à l’égalitarisme français la moindre exception, le moindre privilège fût-il réglementé et justifié... Haro sur le plus riche, sur le plus heureux, sur le moins bête ! De quel droit a-t-il ce que je n’ai point ?

La haine de l’ordre naturel découle justement chez les Français, de ce grief : la nature distribuant inégalement ses faveurs, la vengeance consistera à l’accuser d’injustice ; et en effet la nature n’est point du tout républicaine.

 

Or, quand on en vient à accuser ses favoris, nous voici à la dénonciation. Car la dénonciation consiste essentiellement à récriminer contre celui qui vous a fait tort, soit d’intention, soit de fait simplement. Si nous employons cette expression, c’est que dans le Midi de la France, elle est courante : M’en-fa-tort, le ils m’ont fait tort, ne sont autres que ces éternels envieux sans cesse prêts à se plaindre du voisin au maire, au garde-champêtre, au curé, au préfet, au Vénérable de la Loge au député, au bon Dieu ou à ses saints. Ils se sentent offensés, outragés, dépossédés par l’existence même de leurs rivaux. Ils ne peuvent supporter qu’ils soient gratte-culs quand il y a des roses, noisetiers quand il y a des chênes, caporaux d’infanterie quand il y a des lieutenants de hussards, cocus quand il y a des séducteurs, ni que le poison morde à la ligne du camarade, ni que la peinture soit plus chère que la photographie. Avec des dispositions pareilles il est évident que la délation germe naturellement dans un peuple si à cheval sur ses droits, ou plutôt sur ses notions du droit. »

 

Citation ne vaut pas approbation de tous les propos de l’auteur mais, même si ceux-ci peuvent paraître datés, il n’en reste pas moins vrai qu’ils recèlent un part de vérité qui est certes peu agréable à entendre mais que nous aurions tort d’ignorer. Apposer à qui que ce soit l’étiquette de délateur, même par dérision, sous-entend que l’on y fourre tout ce qui précède, c’est infamant. Les mots ont une valeur, un poids, les aligner sans aucun souci ou pire avec l’intention de blesser, participe bien à une volonté de nuire. C’est moche. C’est très petit. C’est très français. Mais que voulez-vous « Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas. » Paul. Rom., XV, 1. Quoiqu’il en soit je ne me sentirais pas à l’aise ni dans la peau d’un dénonciateur ni dans celle d’un délateur, je suis un attaqueur parce que j’aime l’attaque, au sens sportif, et que j’ai une bonne défense. Ayant pratiqué le basket de haut niveau, jeu ou l’on est tour à tour défenseur puis attaquant, j’aime l’homme à homme, le marquage à la culotte, la passe décisive ou le shoot à distance. Voilà c’est dit, après ce petit match en chambre, je m’en retourne à mes occupations domestiques... Comprenne qui pourra !

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 00:09

« T’es pas chiche ! » et nous n’étions point chiche pour aligner les conneries dans l’ennui de nos jeunes années à la campagne ; pas des grosses bien sûr, nos défis se cantonnaient à pisser dans les trous de cri-cri ou à tirer la sonnette du pharmacien. La Vendée pays des fayots, des mojettes, où nous passions nos veillées à trier les lingots ou à jouer aux haricots, ignorait bien sûr le pois chiche plus familier des terroirs méditerranéens. Prière de ne pas affirmer pour autant que nous ayons un pois chiche à la place du cerveau.

 

Je ne renie pas le haricot de mon enfance, il fait parti de l’Histoire de mon pays crotté ; rapportées d’Amérique du Sud au XVIème par des navigateurs, les graines de haricots blancs furent en effet confiées aux moines de Vendée qui, habilement, parvinrent à les acclimater et à les multiplier, pour en faire, durant de longues décennies, le quotidien des paysans. J’adore manger une tartine, légèrement dorée, embeurrée au beurre salée, graissée de mojettes froides, mais le pois chiche, que j’ai découvert avec le couscous, mais le pois chiche occupe une place à part dans ma culture culinaire.

 

Domestiqué, selon Candolle, dans « des pays entre la Grèce et l’Himalaya, appelés vaguement l’Orient », le Cicer arietinum a sans aucun doute une naissance méditerranéenne. Dans l’Hérault «  le site le plus ancien est la grotte de l’Abeurador et les paléosemences trouvées ont été datées de 6800 environ avant JC. » Aux temps homériques il jouait, grillé, un rôle dans les libations parmi les tragemata, pousse-la-soif que l’on offrait aux convives. Cicéron lui devrait son nom car sa famille se serait illustrée dans son commerce (les mauvaises langues affirment que ce patronyme fut forgé ironiquement par ses contemporains en raison de la verrue qu’il avait sur le nez).

 

Cependant dans sa Flore populaire Eugène Rolland recense « plus de 90 dénominations relevant aussi bien des dialectes d’oc que ceux d’oïl » du cigron catalan au txitxirio basque en passant dans le Midi du cèé niçois au ciouron roussillonnais, le tchyi provençal d’Aups, le ticché limousin ou le cézé békin gascon de Lectoure. Il remonte jusqu’en Wallonie avec le codriyò ou se niche dans les vallées alpines pézé golou dans le dialecte franco-provençal. Le cicer apporte partout sa « note ensoleillée ».

 

Mais, comme je suis lu par une tripotée de canaillous, la forme du pois chiche « arrondi, déprimé et aplati sur les côtés, le grain présente une sorte de bec formé par le relief de la radicelle, et son aspect d’ensemble est celui d’une tête de bélier flanquée de ses cornes enroulées. » Je suis sûr que ça va inspirer notre ami Charlier, d’autant plus que le sillon qui sépare ses deux cotylédons lui confère en Languedoc le surnom de petit-cul (Marie Rouanet dans son Petit Traité romanesque de la cuisine). Les espagnols lui donnent du « nez de veuve et derrière de couturière » Vision renforcée par sa réputation, en dehors de ses vertus curatives et toniques, d’aphrodisiaque.

 

« Le botaniste arabe Ibn al-Baytâr (1179-1248) rapporte qu’Oribase (qui, au Ive siècle, sous l’empereur Julien rassembla les écrits des anciens médecins) condensait ainsi la contribution du Cicer arietinum à la perpétuation de notre espèce : « Le coït, pour être complet, a besoin de trois choses. La première est un surcroît de chaleur qui se communique à la chaleur naturelle et qui excite l’appétit vénérien ; la seconde est un aliment nutritif doué en même temps d’une humidité qui humecte le corps et accroisse la somme du sperme ; la troisième est de développer des vents et de la tuméfaction qui se transmette aux veines de la verge. Toutes ces choses se rencontrent dans le pois chiche » (beau texte pour Flo qui doit acheter ses pois chiches chez Carrefour au prix du hard). Pino Correnti dans son livre Cinq Mille ans de cuisine aphrodisiaque recommande de goûter au pilaf de Palmyre ou au cocido castillan où le pois chiche est indispensable.

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Toute ma science du pois chiche est extraite du remarquable Traité du pois chiche de Robert Bistofi et Farouk Mardam-Bey L’Orient gourmand chez Sindbad Actes Sud qui nous offrent aussi cette belle phrase « Et comme la verve populaire refuse le désenchantement du monde qui accompagne les avancées de la science, comme elle se moque également de la bienséance, rappelons que dans certains coins de Provence le cese désigne argotiquement le clitoris... » Nous aussi, sur cet espace de liberté, nous refusons le désenchantement et nous nous moquons aussi de la bienséance.

 

Et nos auteurs de citer, entre autres, « un plat original, les ciceri e tria, ou massaciceri des Pouilles » qui « relient le pois chiche à une ancienne pratique charitable. » J’en salive car « elle mélange pois chiches et larges nouilles faites à la main, celles-ci étant pour partie cuites à l’eau, et pour partie frites. L’assaisonnement des trois ingrédients, mélangés au moment de servir, se fait simplement avec l’huile de friture des pâtes, dans laquelle on a fait blondir de l’ail coupé en fines lamelles. » Ces massaciceri étaient servies aux pauvres à la table familiale la veille de la saint-Joseph le 19 mars.

 

Alors dites-moi : quel Saint Joseph serviriez-vous avec les massaciceri de Lecce ?

Ce brave charpentier si discret a bien droit à un peu d’attention en ces périodes de bombance.

 

Comme vous connaissez aussi mon penchant pour la convivialité alors je ne résiste pas au plaisir de vous citer un texte du VIe siècle avant JC, Parodies, de Xénophane de Colophon, fondateur de l’école d’Elée, qui est montre la contribution du pois chiche au bien vivre ensemble. « Il fait bon en hiver, devant un grand feu sur un lit mollet, le ventre plein, en buvant un vin délicieux et s’amusant à picorer dans un plat de pois chiches, il fait bon dis-je, de demander : De quel pays êtes-vous, mon ami ? Quel âge avez-vous ? Quelle taille aviez-vous quand les Mèdes prirent la fuite ? »

 

Pour finir, une plongée dans l’Histoire, avec en 1282, Les Vêpres Siciliennes, le soulèvement des Palermitains révoltés contre les Angevins qui usèrent d’un subterfuge pour les identifier : « ils demandaient à chacun de dire le mot cicero (pois chiche en sicilien), mot difficile à prononcer correctement par les étrangers, fussent-ils depuis longtemps dans le pays. Un « pois chiche » prononcé de travers, et c’était la mort... »

 

Enfin je signale que « Le pays d’Orb, dans le nord de l’Hérault, présente une palette de roches colorées prisée des géologues : le blanc du calcaire des causses, le rouge de la bauxite et le noir du basalte, sur lequel pousse le pois chiche de Carlencas qui est vendu à la Maison de pays de Bédarieux, à La Rosée, et à la SICA du Caroux, à Villemagne-l’Argentière. »

 

Alors je pose la même question que boire avec un Cappuccino de pois chiches aux cèpes de Jean-Marc Bonnano à « l’Auberge de Combes », 34 240 Combes ? www.aubergedecombes.com 

 

 

 

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