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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 00:02

Ma ballade ensoleillée au pays des Grands Crus Classés de Bordeaux, pour les primeurs 2008, a fait dire à certains de vous « qu’est-il allé faire ce Berthomeau au pays des châteaux ? » Sous entendu tout ce tam-tam autour des primeurs n’intéresse qu’une poignée d’happy few, d’initiés, les gens des étages élevés – ceux dont l’étoile a singulièrement faibli ces derniers temps – c’est du cinéma. Et alors moi j’adore le cinéma et, dans les salles obscures comme dans notre beau pays du vin, je ne me refuse rien. Je suis éclectique, curieux et paradoxal. Bordeaux m’intéresse, à tous les étages. Vous étiez prévenus d’ailleurs : « Pour ne rien vous cacher, au-delà de la pure découverte du millésime 2008, sonder les « reins et les cœurs » de tous les protagonistes de cette « fameuse place de Bordeaux » afin de savoir si une stratégie de la raison va s’élaborer et surtout se concrétiser, entre dans mes desseins… » Bref, même si l’establishment bordelais vous donne de l’urticaire, prêter de l’attention au jeu des différents acteurs fait partie du champ d’investigation du chroniqueur que je suis. « Intéresse-toi à tout sinon tu ne t’intéresseras à rien… » me disait le frère Gabriel mon professeur de français.

Interroger François Lévêque, président des courtiers de la place de Bordeaux, entrait donc dans le champ de mon intérêt pour tout ce qui touche à l’étrange alchimie de la notoriété. Bordeaux tient une place éminente dans l’image du vin français à l’étranger et le retour des grands crus classés dans l’économie réelle me semblerait être un signe important donné aux vrais amateurs de vin. De plus, une image moins contrastée, plus unifiée de la galaxie du vin, ne peut qu’améliorer la perception qu’en ont les Français, leurs dirigeants surtout. Si nous voulons gagner à notre cause, sur les sujets qui fâchent, l’opinion publique il est de la première importance d’apparaître comme un secteur à la fois stratégique et surtout porteur de valeurs communes. Donc, ayant croisé François Lévêque au Château Haut Smith Lafitte j’ai pu donner corps à mon projet.

Chez les Lévêque on est courtier depuis 4 générations. François l’est, lui, depuis 1983. Assermenté en 1994 il va développer le secteur des Grands Crus jusqu’à y réaliser 80% de son chiffre d’affaires. C’est donc un homme d’influence, écouté de la propriété et reconnu par ses pairs puisqu’il est président régional des courtiers en vins et vice-président national depuis 2004. Enfin, François Lévêque est copropriétaire du Château Chantegrive dans les Graves. Je le remercie d’avoir bien voulu répondre à mes questions.


1ière Question
 : L’origine de votre métier se perd dans la nuit des temps puisqu’il en est question en Bordelais avec le grand commerce des vins de Gascogne vers l’Angleterre. Les « couretiers » sont alors chargés de prospecter les campagnes, d’approvisionner les marchands et de faciliter les transactions. Nous sommes à la fin de la première décennie du XXIe siècle, dans un monde numérique, dématérialisé, où les transactions peuvent se nouer sans intermédiaire, alors François Lévêque à quoi ça sert un courtier en vins ? Quel est son rôle ? Son influence ?

 

 

Réponse de François Lévêque : En effet, les Courtiers en vins existent depuis le 12 Mars 1321, leur fonction d’intermédiaire du commerce se justifie par la prospection et la connaissance parfaite d’une région viticole en vue de procurer au négoce de Place le type de produits qu’il recherche. Bordeaux est une des plus importante et prestigieuse place de Courtage en France. C’est ici même qu’en 1855 le Duc de Morny sous l’égide de la Chambre de Commerce nous a missionné pour établir le fameux classement des grands vins de Bordeaux qui reste toujours d’actualité. Aujourd’hui le rôle du Courtier en vins consiste à rapprocher le vendeur (le viticulteur) de l’acheteur (le négociant), de constater l’accord entre les parties et à leur notifier. Au-delà de cette mission, le courtier est le garant moral de la bonne fin de toutes les opérations où il intervient. Son rôle est de renseigner au mieux de ses connaissances, Acheteurs et Vendeurs et de faire en sorte qu’aucun litige entre eux ne se manifeste.

Aujourd’hui plus que jamais, dans un monde « chahuté » notre métier trouve toute sa pertinence. La meilleure preuve c’est qu’en 2008, 85% des transactions enregistrées au CIVB (Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) sont réalisées par notre intermédiaire. Ce pourcentage montant à 98 % pour les grands vins

 

 

2ième Question : Dès le XVIe siècle, nommé par le maire et les jurats de la ville, votre profession était protégée par un statut particulier celui de « courtier gourmet piqueur de vins ». En droite ligne de cette grande tradition de goûteur, François Lévêque, vous venez de déguster les vins du millésime 2008, quel est votre appréciatiation ? Comment situez vous ce millésime ?

 

Réponse de François Lévêque : Après cette semaine de dégustations nous avons un avis plus précis sur la qualité du millésime 2008.Je pense que le millésime se situe comme un bon voire un très bon millésime, il y a cependant une certaine hétérogénéité d’une propriété à l’autre. Il conviendra donc d’être attentif au jugement des dégustateurs professionnels.2008 pourrait être un subtil mariage des millésimes 2001 et 2006.


3ième Question
 : Il y a quelques temps, Jean-François Moueix, répondait à la question : « Peut-on imaginer qu'au printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » par un laconique : « On ne peut l'exclure » et concluait son analyse par un sombre pronostic : « Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. » L’enjeu de la fixation de l’échelle des prix du présent millésime est donc capital. François Lévêque, vous qui vous situez à la jonction entre la propriété et le négoce, et qui êtes un fin connaisseur des hommes, qu’est-ce qui peut déjouer ce pronostic ? Qui doit donner le la pour redonner confiance aux opérateurs – à leurs banquiers surtout – et déclencher le mouvement des achats ?

 

Réponse de François Lévêque : Nous sommes à un moment clé à la veille de cette campagne primeur. Depuis l’exceptionnel millésime 2005, vendu très cher, les millésimes 2006 et 2007 ont été vendus dans la plupart des cas au-dessus de leur valeur. Encouragé en cela par un mouvement spéculatif sur les plus grandes étiquettes du vignoble Bordelais. Le contexte économique mondial nous oblige à des réajustements nécessaires. Les grands vins de Bordeaux sont et doivent restés des produits de consommation accessibles aux vrais amateurs. Les Bordelais sont des gens pragmatiques et je reste optimiste pour l’avenir.

Note du rédacteur : dans le journal Le Monde du 11 avril sous le titre "Après des années de spéculation, le prix des grands crus classés va baisser" la correspondante à Bordeaux de ce "grand journal de référence" Claudia Courtois - un peu fâchée avec les chiffres : 43,6 millions d'Hl de production à Bordeaux en 2008 - cite François Lévêque : " Soit on fait une campagne primeur à un prix acceptable pour de vrais amateurs qui von faire une bonne affaire au bon prix, soit la propriété garde sa récolte".

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:08

Dans ma chronique du 27/03: « On ne nous dit pas tout… », une source bien informée me dit des choses inavouées sur le « mesclun » des rosés http://www.berthomeau.com/article-29489156.html je m’efforçais de mettre sur la table des éléments objectifs d’information. Depuis, l’affaire suit son cours normal à la française : On pétitionne pour sauver la pureté du rosé ; On sonde les Français : vive l’opinion publique ! ; On tente d’informer : Bernard Burtschy courageusement s’y colle dans le Figaro ; On tonne : Perico Légasse s’y colle avec sa finesse coutumière…

Moi je ne pétitionne jamais ; j’adore les sondages qui ne veulent rien dire sauf ce que les commanditaires veulent leur faire dire ; j’aime les gens courageux qui font leur métier même à contre-courant ; j’ai un « faible » pour la grosse mauvaise foi en béton armé de Perico Légasse qui, lorsqu’on tape son nom sur Google, voit placer en tête l’une de mes chroniques datée du Vendredi 11 juillet 2008  Tailler un costard : Perico Légasse habillé pour l'hiver par Lapaque  www.berthomeau.com/article-20980217.html.  Horreur absolue elle bat tous les records d’audience. Enfin, parce que j’adore mettre mon grain de sel dans le potage : tout à la fin je fais une suggestion de valorisation des vrais rosés.

 

1) On pétitionne : j’ai reçu via Yvan Drapeau Rédacteur en chef adjoint de la Charente Libre, le libelle suivant :


Madame, Monsieur,

Le vin rosé est en danger (informations détaillées sur le site ci-dessous),
pour le sauver merci de signer la pétition en ligne. Cliquez ici :
www.coupernestpasrose.com

Sincères salutations.

Le Président de l'Association,

Olivier SUMEIRE


2) On sonde :

 12-04-2009 du blog Chroniques Vineuses Le carnet de route d'Hervé LALAU, journaliste viticole

 

Rosés de coupage: les experts se prononcent

 

« Une écrasante majorité de Français (87%) est opposée au projet d'autorisation dans l'Union européenne de la fabrication de vin rosé en mélangeant du vin rouge et du vin blanc », selon un sondage IFOP paru ce dimanche dans Sud Ouest Dimanche et Midi Libre.

 

« Conséquence, même si ce vin est moins cher qu'un rosé traditionnel, seuls 14% des Français se déclarent prêts à l'acheter », ajoute l'IFOP.

 

Une question tout bête:

 

Les Français interrogés (dont on ignore s'ils boivent ou non du vin) savent-ils que le Champagne rosé est un rosé de coupage? Et si oui:

 

a) pourquoi en achètent-ils actuellement?

 

b) continueront-ils à en acheter?

 

Question subsidiaire: les Français savent-ils que le projet laisse aux IGT, AOC/AOP la liberté de conserver les règles d'élaboration actuelles du rosé?

 

Moralité: la réponse à ces deux questions étant plus que probablement négative, quelle valeur peut-on dès lors accorder à ce sondage?

 

Tiens, j'aurais bien aimé que l'IFOP demande aux Français ce qu'ils pensent de l'osmose inverse. De la chaptalisation (au dessus et en dessous des plafonds préfectoraux). Ou encore de la réacidification.

 

En tant qu'experts de la vinification des rosés, je suis sûr que les Français ont un avis autorisé.

 

PS. Et comme le dit notre ami gastronome Patrick Chazallet: « Si on avait interrogé le même échantillonnage il y a 2 mois en demandant comment était fait le vin rosé, on aurait eu 80 % de vin blanc dans du vin rouge ».

 

3) On tente d’informer :

 

Extrait de la Revue de Presse de Catherine Bernard dans Vitisphère : Je vous livre l’analyse la plus sans pitié. Elle est signée de Bernard Burtschy dans le Figaro : « Maintenant que l'affaire est dans le sac, les producteurs provençaux font mine de découvrir l'affaire. Mais alors, à quoi sert l'observatoire des rosés qu'ils ont lancé il y a quelques années ? ». Et de poursuivre : « même en Provence, bien des producteurs ajoutent un peu de vin blanc à leur rosé pour l'affiner et caler la couleur. D'ailleurs, si cette pratique est meilleure et moins chère, pourquoi le consommateur n'en bénéficie-t-il pas ? (...) Quant à la mention « rosé traditionnel » que les Français viennent d'arracher aux instances européennes, elle risque d'être pire que le mal qu'elle est censée soigner. On ne voit pas très bien ce qui interdirait aux producteurs étrangers de demander aux Français de rajouter « vin chaptalisé », pratique autrement plus importante que l'assemblage des deux couleurs. Mais là, pas touche. Un kilo de sucre étant nettement moins cher qu'un kilo de vin, l'affaire est éminemment rentable. En toute non-transparence. ». Dans son blog, Laurent Bazin, journaliste politique à i-télé, confirme, in fine, l’analyse en nous livrant les propos « hors antenne » du ministre de l’agriculture Michel Barnier : « A vrai dire, même les producteurs français sont divisés sur la question. La plupart de mes interlocuteurs me disent finalement que si les autres le font, il serait dommage de s'en priver... ».

 

4) On tonne :

Un vent très odorant de Perico Légasse : www.librevent.over-blog.com/article-29197769.html

Perico et Chiquelin même combat ! Ça me rappelle le ton de libelles d’un autre temps et au devenir de ceux qui les signaient…

 
5) Je suggère :

La mention, à l’instar des « blanc de blancs » champenois, « rosé de noirs » ou « rosé de grains noirs » ou « rosé de grains de couleur» selon le degré du politiquement correct admissible  « rosé de rouge» étant à proscrire car à connotation trop « socialo-communiste » très Programme Commun même si M&M : Mitterrand-Marchais ça ferait très rétro mais le risque étant que les Radicaux de Gauche revendique l'ajonction de Fabre, Robert le pharmacien de Villefranche de Rouerge...  
Ce ne serait que justice pour tous ceux qui respectent la tradition des rosés, comme l'ami Philippe Pouchin (cf ci-dessous). C’est valorisant et élégant, ça laisse aux autres vignerons le libre choix et aux consommateurs la capacité de comprendre toute la palette des rosés...

 

« Voilà plus de trente ans que Philippe Pouchin élabore son rosé à partir de grains de raisins noirs, conformément à la tradition provençale. Des caves du domaine de Château Bas, sur les coteaux d'Aix-en-Provence, sortent chaque année des milliers de bouteilles d'un vin délicat, aux arômes vifs de fleurs blanches, d'agrumes et de poires. « Ici, on ne bidouille pas en mélangeant des vins rouges avec des blancs, s'insurge ce viticulteur. On va chercher la couleur et les arômes sur la peau, après une macération de quelques minutes à quelques heures. C'est la manière la plus noble et la plus élégante de faire du rosé.» Le Figaro.fr Vins du 16/03.

 

Et pendant ce temps-là le Professeur-Président de l’INCA  Dominique Maraninchi, en remet une couche dans l’indifférence générale. Quand est-ce qu’on pétitionne avec l’Amicale des Bons Vivants pour défendre le bien vivre ?  

Vous attendez quoi les amis : le prochain uppercut !
consultez le N°48 à la rubrique PAGES (en haut et à droite du blog) car il est temps pour vous d'adhérer à l'Amicale des Bons Vivants.

RENSEIGNEMENTS
auprès de Jacques Berthomeau

www.berthomeau.com et jberthomeau@hotmail.com

Secrétaire Perpétuel de l’ABV 06 80 17 78 25

BULLETIN D'ADHESIONà L'ABV

J’adhère à l’Amicale des Bons Vivants :

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-        Raison sociale, adresse et téléphone 

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:08

Selon la technique bien éprouvée de la piqure de rappel, face à notre émoi, notre colère aussi, dans le JO des bien-pensants,  Le Monde du 9/04, le Pr Dominique Maraninchi, président de l’INCA défend la recommandation adressée aux professionnels de santé et inscrite dans le document « Nutrition et prévention des cancers », selon laquelle  « les risques de cancer augmentent dès le premier verre de vin. »

« Ces recommandations ont été mal comprises par certains… » déclare-t-il d’emblée. Comme de bien entendu, le bon peuple vigneron, les « certains » du grand mandarin de médecine, ne sait ni lire, ni entendre. Comme le disait un bon buveur de talent, Michel Audiard, « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » Je vous cite Houssin, le Professeur-Président, et  l’éminente dame de l’agronomie, Directrice de recherche de l’INRA Paule Martel : « Pas de dose protectrice» pour le premier. « Les petites doses, avec leurs effets invisibles, sont les plus nocives » pour le second. « Toute consommation quotidienne de vin est déconseillée » pour la dernière (Laboratoire de Nutrition et Sécurité Alimentaire INRA CRJJ, 78 352 Jouy-en-Josas cedex e-mail : martel@jouy.inra.fr ). Vous pouvez écouter ses déclarations sur Paule Martel. Alimentation et cancers : le lien est bien établi ... 

 

Et le professeur-président de gloser sur la dose admissible par l’OMS, de faire référence aux affreux « responsables de la filière alcool » qui recommandent des doses, qui affirment que « l'alcool est mauvais, mais le vin est bon », et d’envoyer le coup de pied de l’âne à cette bande de gros cons que nous sommes « La mauvaise nouvelle, c'est qu'il y a de l'éthanol dans le vin ! ». Pour faire bon poids, comme tous les marchands de mauvaise foi, dans le meilleur style « totalitaire » : l’arme suprême de la disqualification de ceux qui, dans la Communauté scientifique, ont l’outrecuidance de ne pas penser comme lui : « de manière caricaturale, les « scientistes » débattent sur des choses totalement à la marge ». C’est un avis d’expert en caricature alors bon peuple « confiez-lui vos intérêts ». Ce cher homme a aussi le doute à sens unique « On ne peut pas définir un seuil minimum en deçà duquel on pourrait dire qu'il n'y a pas de risque pour les cancers ». Pauvre Descartes, mais que voulez-vous, même si le doute doit toujours profiter à l’accusé, nous en l’occurrence, chez ces « gens-là, on ne pense pas monsieur, on prie… Sacré Brel !


« D'abord il y a l`aîné / Lui qui est comme un melon / Lui qui a un gros nez / Lui qui sait plus son nom / Monsieur tellement qui boit / Ou tellement qu`il a bu / Qui fait rien de ses dix doigts / Mais lui qui n`en peut plus / Lui qui est complètement cuit / Et qui se prend pour le roi / Qui se saoule toutes les nuits / Avec du mauvais vin / Mais qu`on retrouve matin/ Dans l`église qui roupille / Raide comme une saillie/ Blanc comme un cierge de Pâques / Et puis qui balbutie / Et qui a l`oeil qui divague / Faut vous dire Monsieur / Que chez ces gens-là /On ne pense pas Monsieur / On ne pense pas on prie »


La chanson de Brel assure la transition avec l’argument éculé des « scientistes prohibitionnistes» qui osent encore s’appuyer sur la pseudo-loi de Ledermann (voir chronique http://www.berthomeau.com/article-3863227.html ) pour prôner un prohibitionnisme qui dit de plus en plus son nom : « En France, le vin est la première boisson alcoolisée consommée et environ 4 millions d'adultes dépassent largement les repères de l'OMS. ». Désolé, Professeur-Président, taper sur la masse des buveurs, maintenant occasionnels, de vin ne fera ni reculer l’alcoolisme ni progresser votre approche préventive. Vous vous trompez d’époque.


Autre point qui me fascine c’est la piètre opinion des Professeurs d’en haut pour leurs collègues d’en bas, les généralistes. En effet, ces « ducons » qui ont fait 8 à 10 ans d’études, et qui vivent au milieu des ploucs ou des bouffeurs de médicaments psychotropes, ne sont pas capables de poser la question à leurs patients « Combien de verres consommez-vous par jour ? » sans l’aide des « éminents »
 qui doivent tout dire et presque tout faire : « Le document de l'Inca permet aux professionnels de poser les bonnes questions ». Merci pour eux, ils ne seront jamais président d’un zinzin public, eux.


Viens ensuite la patte douce de l’expert qui ne nous veut que du bien: « Le principe de prévention est de lutter contre tous les facteurs de risque en les diminuant. Ce n'est ni de l'hygiénisme répressif ni de l'abolitionnisme. C'est fait pour vivre bien. Equilibrer son alimentation, ce n'est pas de l'interdiction. Le plus fort pourcentage d'augmentation du risque, c'est malheureusement avec les boissons alcoolisées. Notre rôle est d'informer, d'avertir. A chacun ensuite de se déterminer et de gérer son mode de vie. Ce que nous avons dans notre assiette ou dans notre verre a un impact sur notre santé. »

Fort bien Professeur-Président mais, que je sache, vos recommandations, elles s’adressaient aux professionnels de santé, alors pourquoi les balancer du haut d’une conférence de presse qui, au travers de journalistes convaincus, pas des journalistes mais des « militants »,  si ce n’est pour déboucher sur des slogans. De la communication réductrice qui cherche à faire peur. Vous n’en faites pas mystère d’ailleurs : « ces recommandations sur la nutrition ont un fort retentissement parce que c'est la première fois que les gens reçoivent une information globale sur l'importance de l'équilibre alimentaire. » mais quand à affirmer que «  C'est perçu, à tort, comme : "Arrêtez de nous dire comment on doit vivre !" Les réactions sont mordantes parce qu'avant il y avait de la confusion et, maintenant, il y en a moins. » là vous vous foutez carrément de notre poire.


La nutrition étant tout, sauf une science exacte. Je veux bien tout de même convenir avec vous qu’une « une meilleure alimentation peut diminuer le nombre de cancers et le nombre de rechutes » mais quant à affirmer droit dans ses bottes que « des données scientifiques nouvelles ont permis d'affûter les niveaux de preuve ou de probabilité. On ne peut plus dire : "Je ne savais pas." Des faits sont raisonnablement avérés comme l'importance de faire de l'exercice physique ou de limiter la consommation de viande rouge. » c’est balancer des généralités pas très scientifiques. Là encore vous jouez sur la sensibilité, l’émotion, le people, vous vous calez dans la tendance : « 
La prévention intéresse de plus en plus le grand public, le succès du livre Anticancer, de David Servan-Schreiber, le prouve. Nos recommandations ont le tort d'être trop généralistes, elles ne s'appliquent pas à toutes les formes de cancers, mais donnent des conseils importants pour beaucoup de cancers. »


Enfin nous vous sommes reconnaissant,
Professeur-Président, de nous rappeler, ce que nous savons tous, aussi bien que vous, que « le cancer est une maladie grave, qui tue. » Nous avons tous perdus des parents, des amis, des collègues qui ont été emportés par cette « longue et douloureuse maladie » et demain chacun de nous sait qu’il peut allonger la liste. Que vous fassiez de la prévention c’est normal, c’est votre mission. Mais de grâce cessez de faire de « l’information-spectacle » en nous stigmatisant, en utilisant des arguments qui jouent des peurs, légitime ou fantasmés, car c’est une forme de mépris pour la travail d’hommes et de femmes qui exercent, aussi bien que vous, leur métier.

Pourquoi n’êtes-vous pas aussi dur et virulent contre un lobby puissant et argenté : l’industrie pharmaceutique – celui du vin contrairement à ce que vous suggérer dépense bien peu pour la prescription de son produit – car comme le soulignais
Edouard Zafiran, auteur d’un rapport sur l’utilisation des médicaments psychotropes, « la société française marche vers le tout médicalisé ». Troquant la baguette de pain et le ballon de rouge, les Français sont en passe d’en faire notre dernière spécificité. La France est le pays du monde occidental où la consommation d’antidépresseurs par habitant est la plus élevée. Nous consommons 2 fois plus que les Espagnols, 5 fois plus que les Allemands, 8 fois plus que les Anglais ; seuls nos amis Belges, dont une partie est de cousinage, sans doute lassés de nos vannes à deux balles, font presqu’aussi « bien » que nous. Triste record ! Sans commentaires car ils risqueraient d’être fort désagréables sur les Congrès, les notes de frais et autres croisières…


Pour ne pas terminer sur une chose qui fâche, moi qui ai eu la chance dans ma vie d’être soigné et guérit de mon syndrome de Kent, par un grand professeur mondialement reconnu et malheureusement disparu, le Dr Coumel exerçant à l’Hôpital Lariboisière, je partage avec vous, contrairement à certains de mes collègues, que « personne ne boit du vin pour avoir des apports complémentaires d'antioxydants. Il faut arrêter les bêtises ! On boit du vin parce que c'est agréable. » Oui, en tant que secrétaire perpétuel de
l’Amicale des Bons Vivants, j’affirme que nous buvons du vin parce que c’est agréable et parce que le bien vivre ensemble vaut tous les antidépresseurs de la Terre.


Votre chance c’est que vous présentez un front uni, compact, bien préparé, presque sans faille, sûr que le temps joue pour lui, alors que nous, gens du vin, nous vous répondons au coup par coup, en gesticulant beaucoup, sans grande préparation ni moyen, en vous offrant souvent par des arguments de pure réaction une voie royale pour nous présenter comme des opposants à la politique de Santé Publique. Mais, méfiez-vous tout de même, l’opinion est versatile, elle surtout ébranlée par les incertitudes des temps. Nos concitoyens face à la crise ont surtout besoin de « médecins de l’âme » ce que vous n’êtes manifestement pas. J’en veux pour preuve l’impuissance avouée d’un de vos éminents confrère, le chirurgien parisien Jérôme Cahuzac, député de Villeneuve-sur-Lot, conseiller de Claude Evin pour sa fameuse loi, qui, dans le dernier Journal du Dimanche, répond à l’un de ses collègues, maire, qui promets aux salariés touchés par la crise qu’il sera « toujours à leurs côtés » : qu’« il ne faut pas se moquer d’eux, quand ils seront au chomdu, nous, on ne le sera pas ».

Votre prétention de nous protégez de nous même risque d’apparaître bien dérisoire, une forme de luxe de nantis, à ceux de nos concitoyens en butte aux dures réalités de leur vie. Tout ça pour vous dire que la médicalisation de la vie est un leurre dangereux car elle laisse accroire à une forme de réponse, automatique et quasiment infaillible, à tout ce qui frappe nos corps. Principe de prévention dites-vous, principe de précaution disent d’autres, à quand la garantie de la vie éternelle remboursé par la Sécurité Sociale ? Le problème c’est que vivre tue.

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 00:09

Beaucoup d'entre vous sont de nouveaux lecteurs : depuis le début de l'année plus de 150 abonnés nous ont rejoint. Comme j'ai pondu plus de 1250 chroniques depuis l'origine de Vin&Cie l'espace de liberté, les lire toutes serait un véritable pensum. Alors, les jours de pont, je vous offrirai un petit retour en arrière comme celui d'aujourd'hui. La chronique la  gâche de Pâques date du 6 avril 2007, je vous la propose en ce lundi de Pâques. Bonne lecture ou relecture chers amis.

Au temps où, dans ma Vendée profonde, les pires mécréants acceptaient sous la pression de leurs pieuses femmes de faire leurs Pâques, chez nous on s'affairait pour préparer les douceurs d'après Carême : la gâche - en patois la fouace - et les fions. Dans cette entreprise tout le monde était sur le pont, y compris les hommes, plus particulièrement le pépé Louis, l'homme de la cuisson.  Le rituel était bien réglé et le processus de fabrication, comme la recette, étaient entourés de secret. Dans le pays, notre gâche était unanimement considérée comme la meilleure. Le clan des femmes en tirait une légitime fierté et moi, tel un jeune Proust - ne vous gondolez pas - savourant sa madeleine dans son thé  http://www.cherry.net/plus/madeleines_proust.html j'en garde un souvenir extraordinaire que le temps passé n'a jamais effacé. Dans cette chronique je ne vais pas vous donner la recette des femmes, je l'ignore. Tout ce que je puis vous dire c'est que celles que vous trouverez sur l'internet ne vous permettront pas d'atteindre la perfection de notre gâche. Je magnifie. J'exagère. Je vous assure que non et je vais m'efforcer de vous faire partager mon point de vue.

Tout commençait le vendredi saint par l'acquisition d'un pâton de pâte à pain levé chez Louis Remaud notre boulanger puis, le soir venu, autour d'une immense bassine, tel un pétrin, nos femmes s'affairaient. La gâche est un pain de Pâques qui n'a ni goût de pain, ni goût de brioche. C'est là toute l'alchimie de ce pain qui n'en n'est pas un et de ce gâteau qui n'est pas une friandise. Outre la qualité des ingrédients, le temps de pétrissage était essentiel. La pâte était lourde et nos femmes lui transmettaient ce qui la rendrait ferme, onctueuse et légère. Lorsque le temps était venu, en des panières de joncs tressés, les gros pâtons recouverts d'un linge étaient mis au levage dans une pièce ni trop chaude, ni trop froide. Là encore, toute approximation était interdite. Nos femmes se chamaillaient parfois sur la température idéale. Tout ça se passait la nuit et au matin, le pépé Louis entrait en jeu.

Notre maison familiale, ancienne auberge, était dotée d'un four à pain. Le porter à bonne température et surtout la maintenir constante pendant la cuisson était un art que notre orgueilleux Louis maitrîsait assez bien. Comme dirait nos djeuns il se la jouait un peu, dans le genre soliste qu'il faut enscencer. Y'avait de l'électrité dans l'air avec les jupons. Il chauffait son four avec des sarments de ses vignes. Par la gueule du four le rougeoiement me fascinait. Lorsque les tisons viraient de l'incandescence au gris, avec une grande raclette en bois, le pépé Louis, façonnait deux tas qu'il plaçait de chaque côté de la bouche du four. Venait alors l'opération la plus redoutable : la détermination de la bonne température pour enfourner. Trop chaud serait la cata : la gâche serait saisie et son coeur resterait mou car il faudrait éviter qu'elle crame ; trop froid ce serait l'affaissement lamentable. Tout se jouait autour de l'état d'un morceau de papier que le pépé plaçait sur la pelle au centre du four. Bref, là encore ça chicorait sec entre les protagonistes. La cérémonie d'enfournage me plaisait aussi beaucoup. Les pâtons levés, badigeonnés au jaune d'oeuf - qui ferait la belle couleur brun doré - posés sur des feuilles de papier kraft, faisaient 50 à 60 cm de diamètre (une brassée). A l'aide d'une grande pelle en bois le pépé Louis alliait force et doigté. Jamais l'opération n'a tourné au désastre. Les 7 ou 8 pâtons, tels des grosses corolles de champignons, allaient se transmuer en gâche onctueuse derrière la porte de fer. Le temps de cuisson était aussi une question de feeling. On discutait toujours beaucoup. Seule la tante Valentine en imposait au Louis. L'un des moments que je préférais c'était celui où les gâches cuites étaient posées à même le carrelage frais d'une pièce plongée dans la pénombre. Exhalaison extrême de sucs chauds, je m'y plongeais en salivant déjà du bonheur d'une belle tranche de gâche plongée dans mon cacao du matin. A cet instant une grave question, jamais tranchée, se posait : pouvait-on manger de la gâche chaude ? Le clan des femmes y était hostile avançant des raisons médicales : possible indigestion. Mon père passait outre, et moi aussi.

Ci-dessus : mémé Marie et la tante Valentine...

Dès le lundi de Pâques on se pressait chez nous pour goûter la gâche. Les amis repartaient avec de belles tranches enveloppées dans du papier beurre. Le clan des femmes croulait sous les compliments. La gâche, comme les grands crus, avaient ses grands millésimes mais jamais ne décevait. Question de temps (climat), d'humeur du temps et d'ancestral savoir-faire. Le clan des femmes s'est éteint avec maman. Elle a emporté avec elle le secret de la gâche mais j'espère vous avoir fait partager cet instant d'enfance, ce plaisir léger qui vous fait aimer la vie. Pour ceux qui voudraient se lancer dans l'expérience - moi je n'oserai jamais - ce que je puis vous dire c'est que jamais au grand jamais vous ne devez mettre de la fleur d'oranger dans votre gâche sinon au paradis mon clan des femmes vous vouerait aux gémonies. Le seul parfum admis dans notre gâche était le verre de goutte distillée par mon père. C'était là sa seule contribution mais il estimait qu'elle était de taille car elle donnait à la gâche sa touche finale. Voilà, c'est écrit. Pour les fions vous devrez attendre l'année prochaine si Dieu me prête vie et si ce blog est encore en vie. Joyeuses Pâques !

Ci-dessous une fouace achetée chez Moisan dans le 14 ème. Elle est sur le plan gustatif la plus approchante de la gâche de mon enfance, en moins moelleuse, le sucre et les fruits confits en plus. L'aspect visuel est très différent ma gâche était ronde et ventrue...  

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 08:13
chimulus@gmail.com journaliste (dessinateur de presse) http://www.lepost.fr/perso/chimulus/

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 00:03

M’aider, c’était vite dit car Yvette, la génitrice de cette belle plante, aux dires de Raymond son frère, n’était pas une femme facile. L’aborder par la face des sentiments, ou pire par celle du sexe, s’avérait mission impossible puisque, depuis qu’elle avait congédié le père de Marie-Églantine, elle vivait à la colle avec un ombrageux corse, commissaire divisionnaire à la PJ, de dix ans son aîné. M’aventurer sur ce terrain mouvant, surtout pour une affaire qui n’entrait pas vraiment dans mes plans, ne m’enchantait guère. En mots choisis, après avoir remercié Marie-Églantine de ses bonnes intentions, je lui fis part de mon souhait de ne pas mouiller sa mère dans une affaire qui risquait de la compromettre. Je me dépensais en pure perte car je faisais face à une étrange coalition. Raymond et sa nièce m’écoutèrent avec un semblant d’intérêt mais je dus me rendre très vite à l’évidence : ils ne lâcheraient pas le morceau. Leur silence amusé fut rompu par Marie-Églantine qui, en se laissant glisser du plateau de la table, lançait à la cantonade « de toute façon j’étais venu pour t’inviter à dîner tonton. Comme d’hab t’as oublié que c’est aujourd’hui l’anniversaire de ta petite sœur. En plus de ton beau copain tu lui amènes des fleurs et un mahous cadeau. Yvette elle adore les cadeaux… »

Bien avant sa popularité télévisée, due au commissaire Colombo, j’ai connu les délices de la 403 grise décapotable avec ce vieux dragueur de Raymond. Armé de sa nénette il la bichonnait comme un yearling de haute lignée. Roues à rayons, il avait bricolé des jantes de la nouvelle 404 cabriolet, sièges en cuir gold, autoradio, sa Peugeot était le seul vrai luxe de Raymond. Cap sur la rue du Faubourg Saint Honoré, direction Hermès, sapé comme un vieux milord, leggings et chapeau mou chocolat, au volant de son cabriolet, sommes toute très pépère, Raymond avait fière allure. Le carré Hermès, selon mon compère, allait ouvrir une belle brèche dans la muraille de son Yvette de sœur qui avait des goûts de luxe que son commissaire n’arrivait pas à satisfaire. Afin de ne pas provoquer l’ombrageux corse, officiellement, le présent d’anniversaire émanerait de Raymond qui, pour justifier cette folie, ferait état d’un pactole gagné aux courses. Même si à cette époque il était facile de se garer dans le quartier du Faubourg Saint Honoré, le voiturier de chez Hermès, de bonne grâce, nous déchargea du souci de trouver une place. Le look de Raymond ne passa pas inaperçu dans le petit monde, assez âgé, des vendeuses du célèbre sellier. L’une d’elles, port altier, chignon sévère, maquillage impeccable, ongles parfaitement faits, pris ses collègues de vitesse. Elle nous précéda et son popotin, encore haut et ferme, ondulait au rythme de ses pas précautionneux.

Raymond fit durer le plaisir du choix, ce qui semblait combler d’aise la dame bien conservée. Pour ne pas casser l’ambiance je m’esbignai sur la pointe des pieds pour aller prendre un petit noir à un bistro proche de la grande crèmerie de la rue des Saussaies où j’étais à peu près sûr de retrouver quelques vieux chevaux de retour carburant au petit blanc. Le bord de bar en était, en effet, infesté mais, surtout, je tombais nez à nez avec le traitant de la vieille roulure de Gustave. Gustave Porcheron. Gustave la balance, électricien au service d’entretien chez Wendel, que ces petits cons de la GP considéraient comme un vrai révolutionnaire, alors que les RG le tenaient pour une poignée de biftons, et un peu de cul dans une boîte des Champs. Pour amadouer mon collègue je le détournais de son blanc ordinaire en lui offrant une ligne de Muscadet Sèvre et Maine sur lie. L’effet ne fut pas immédiat car le vieux se méfiait. Bien évidemment je bavassais de tout autre chose, lui laissant entendre que j’étais dans les petits papiers de l’étoile montante des RG, l’ambitieux Bertrand. Le tarin bourgeonnant de mon collègue captait les doux effluves d’un avancement qui mettrait un peu de beurre dans ses épinards et il se déballonnait sans aucune réticence. Le Gustave se prenait pour un quasi dieu vivant de la GP. Il devenait incontrôlable depuis qu’il se tapait des filles de grands bourgeois qui cherchaient l’extase sous sa bedaine prolétarienne. Depuis quelques temps il vivait quasiment à temps plein, avec l’une d’elle, dans un duplex donnant sur les Invalides. Je griffonnai l’adresse sur le ticket de caisse. Notre après-midi, à Raymond et moi, allait être très sportif. J’en salivais d’avance en saluant mon collègue d’un généreux « je n’oublierai pas ton coup de main. J’ai le bras long… »


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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:18

 Chez moi, dans ma Vendée sous le joug du clergé, le clan des femmes pieuses de la maison exigeait des hommes qu’ils fassent leurs « pâques ». Ils s’exécutaient sans barguigner. Pour les mécréants, qui n’ont pas reçu comme moi une éducation chrétienne, je leur signale que depuis le décret du 4ème concile de Latran (1215), il était ordonné à tous les fidèles ayant atteint l’âge de communier, de « faire ses pâques », c’est-à-dire de communier au moins une fois chaque année, au temps de Pâques. J’ai toujours trouvé ce service minimal hautement pragmatique de la part de l’Église. Le nombre d’ouailles comptait plus que la qualité de leur pratique. Les séminaires étaient plein de fils de paysans. Ils seront siphonnés par mai 68.

 

Pâques, sauf pour les pratiquants, se résume de nos jours mercantis à  une bonne aubaine, pour les artisans chocolatiers et autres vendeurs de plus grande surface. Toujours pour les mécréants totaux, autrefois dans les campagnes, les cloches qui sonnaient chaque jour de l'année, pour inviter les fidèles à assister à la messe, restaient silencieuses du Jeudi au Samedi Saint. Ce silence s’étendait à la clochette que nous agitions en tant qu’enfant de chœur lors des célébrations pour marquer certains rituels, la Consécration par exemple. Elle était remplacée par une crécelle. Nous nous en donnions à cœur joie en la faisant pétarader ce qui nous valait les gros yeux du curé. D'après la légende, de retour de Rome pour annoncer la résurrection de Jésus, où elles étaient allées se charger en œufs de chocolat, les cloches sonnaient à toutes volées le jour de Pâques…Le matin de Pâques, en pyjama, nous allions dénicher les œufs dans le jardin.

 

Où veux-je en venir chers lecteurs ? À pas grand-chose comme à l’accoutumé. Je vais tenter de vous guider sans encombre sur mon chemin tortueux. Tout d’abord ma référence à mon pépé Louis n’a rien d’innocente. En effet, Louis Berthomeau, moustache à la Foch, était un paysan, un vrai, pas pour deux sous mercanti. Il professait un profond mépris pour les marchands de tout poils, avec au tout premier rang les maquignons. Vigneron totalement bio, il nous concoctait avec ses hybrides un vin nature qui flirtait très vite avec les fleurettes. Fort bien, il pratiquait sans le savoir une agriculture que l’on qualifierait aujourd’hui de durable. C’était un homme orgueilleux, fier plutôt, mais jamais au grand jamais il ne se serait permis de dénigrer ses voisins ou de se mettre en avant. Il faisait bien sûr ses Pâques sans se confesser ; qu’aurait-il eu à raconter au curé ?

 

Et alors ? Alors je vais vous expliquer.

 

L’autre jour j’ai reçu une invitation pour une dégustation de vins. Très chicos. Très branchée. Très fouillée. Très textes profonds. De la belle ouvrage de communicante pour séduire. Normal quand on se déplace à Paris, même si le vin n’est pas une marchandise, c’est pour attirer le client. Vendre son vin quoi ! Et c’est là que mon sang s’est mis à bouillir. Que lis-je sur le carton chic : que cette poignée d’hommes et de femmes sont unis « par une même philosophie, fruit d’une éthique de leur métier de vigneron-paysan. » Ce n’était plus une dégustation mais une adhésion. Pourquoi pas, mais j’ai toujours eu du mal à participer à une messe basse sans curé. Bien évidemment loin de moi de contester leur choix, il est respectable, et tout le monde sait que je le respecte, que je le défends même, mais cette mise en avant ostensible d’une philosophie sur une invitation à un exercice, somme toute, à finalité mercantile, ce port de l’éthique à la boutonnière comme un ruban d’honneur, cette référence lancinante au métier de paysan comme une référence, me choquent. Je les perçois comme une indécence à l’égard de mon pépé Louis qui faisait ses Pâques sans se confesser et qui n’avait nul besoin d’exhiber son éthique pour vendre ses bœufs à Mougard la vieille crapule de  marchand de bestiaux du coin. Ce merchandising du mieux disant éthique, chic et choc, est puéril et très représentatif de notre société où cultiver sa bonne conscience tient lieu de passeport pour la tribu ou la chapelle. Attention, bien que les intéressés s’en défendent, ça fleure bon le fond de commerce.

 

Joyeuses Pâques !

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 20:51
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 00:03
J’ai toujours fait les courses, même lorsque j’occupais des fonctions aux étages élevés, car c’est pour moi le premier poste d’observation de l’économie domestique. Nous n’avons pas en France de mouvement consumériste digne de ce nom c’est donc en consommateur lambda que je m’exprime ici face au discours des nouveaux épiciers qui parfois ont oublié la finalité de leur métier. Dans le cas d’espèce, « Une cave en ville » de la chaîne Monoprix, après vous avoir donné à lire les intentions de ses concepteurs, je vous livre les observations du consommateur que je suis. Celles-ci n’ont aucune vocation à la généralisation. Simplement je souhaiterais que les gens du siège central aillent un peu plus souvent se frotter à la réalité des magasins pour valider la pertinence de leurs beaux discours.

L’OPÉRATION « UNE CAVE EN VILLE » EN 3 ACTES
ACTE 1 :« En octobre 2008, sous la plume d’Yves Denjean de Rayon Boissons j’avais lu que L'enseigne de centre-ville rénove de fond en comble ses assortiments vins MDD. Début novembre, Monoprix lancera une nouvelle gamme en remplacement de la signature Landrillat et des références « élues par le jury Gault & Millau ». Elle se composera de 22 références issues des principales appellations génériques du vignoble (bordeaux, côtes du Rhône, etc.) Pour réaliser ce nouvel assortiment, Monoprix a fait appel au consultant Olivier Dauga. « Un grand professionnel qui vinifie des cuvées gourmandes et très fruitées, explique en avant-première pour Rayon Boissons Jean-François Rovire, responsable des achats vins de l’enseigne. Un profil de produits qui correspond à ce que nous voulions pour nos MDD. » Le consultant intervient donc au nom de l’enseigne dans tous les vignobles sur l'ensemble des sélections. Côté produit, cette gamme est cautionnée par la marque La Cave en Ville de Monoprix. Laquelle signe aujourd'hui l’offre MDD de vins de cépage « Une note de... » lancée en 2006. A l’image du positionnement de Monoprix, le packaging adopte des codes modernes : étiquette noire sur laquelle est inscrit verticalement le nom de l’appellation, une photo illustrant le vignoble… A noter également le travail pédagogique réalisé sur la contre-étiquette. Le distributeur renseigne le client sur le profil du vin grâce une échelle graduée de 1 à 5. Elle indique pour les rouges si le produit est souple (1) ou corsé (5). Pour les blancs, cet indicateur se focalise sur la teneur en sucres. Après ce lancement, Monoprix ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et devrait présenter début 2009 une gamme premium de vins de terroir. »

ACTE 2 : Je lis encore sous le titre et sous la plume de Sylvie Leboulanger « Les vins signés Monoprix Gourmet sont choisis par les consommateurs » que depuis le mois de novembre, le distributeur invite des consommateurs à des séances de dégustation en vue de créer sa gamme de vins signés Monoprix Gourmet. Une initiative originale pour une nouvelle MDD qui complète son portefeuille de marques propres. Des amateurs ? Oui, mais avec un palais fiable. Pour cela, Jean-François Rovire, responsable des achats vins de l'enseigne, a confié aux dégustateurs professionnels, Michel Bettane et Thierry Desseauve, la tache de débusquer quelques amoureux du vin, prêts à se plier à ce petit cérémonial. Un panel qui vient d'être complété par des clients de Monoprix, préalablement testés à la dégustation. Ainsi, depuis début novembre, une quinzaine d'anonymes - deux femmes seulement - se retrouvent, chaque mercredi matin à l'école de dégustation Grains Nobles (Paris Ve). Ils goûtent une quinzaine d'élixirs dont ils ne savent que le prix de vente et la région d'origine. 


Présent, Jean-François Rovire se garde bien de tout commentaire. Il note, enregistre les commentaires sur des vins qu'il a pourtant sélectionnés en amont : « Le niveau de qualité équivaut à celui des foires aux vins. Mais, à l'arrivée, ce sera meilleur, car le jury d'amateurs est intraitable. » De fait, sur 100 vins goûtés depuis novembre, seuls 28 sont validés. L'enjeu est de taille car, depuis 2004, Monoprix reconstruit méthodiquement la pyramide de ses marques propres. Ce fut, cette année-là, le lancement d'« Une Note de », dont les étiquettes colorées sont principalement apposées sur des vins de cépage. Puis, à l'automne 2008, est apparue la signature « Une Cave en ville », des vins d'appellations et de terroirs sélectionnés par l'oenologue Olivier Dauga. Signe de reconnaissance ? Une étiquette dentelée comme un timbre. Puis, dernier étage de la fusée, Monoprix Gourmet, indentifiable par une collerette et des prix oscillant entre 5 et 25 E. Chez Monoprix comme chez ses concurrents, les MDD du rayon vin ne sont plus les dernières roues du carrosse. Et les distributeurs n'hésitent plus à engager leur nom d'enseigne. »


ACTE 3 : Enfin, cerise sur le gâteau, l’agence Sowine qui bosse pour Monop s’enthousiasme : « En l'espèce, la maison continue donc d'innover sous l'impulsion de Jean-François Rovire, son responsable des achats vins, et l'enseigne annonce cette semaine dans le magazine LSA le lancement d'une gamme de vins MDD sélectionnés par les consommateurs. En effet, depuis le mois de novembre, le distributeur invite - sous le haut patronage des dégustateurs Michel Bettane et Thierry Desseauve - des consommateurs et clients à des séances de dégustation en vue de créer cette gamme de vins signée Monoprix Gourmet (avec une sélectivité importante et un jury d'amateurs qualifiés d'intraitables).

Et là, je dis C-H-A-P-E-A-U. C'est bougrement malin et parfaitement dans la tendance. Nous avions déjà parlé ici d'initiatives connexes, orientées 'transfert de pouvoir vers le consommateur' en mode tryvertising ou vin 2.0 .Cette démarche, initiée en précurseur par la marque label French Addiction en mode entonnoir à travers son club de dégustation Ze Addicted Club (voir aussi notre papier compte-rendu sur le SIAL présentant leurs nouvelles étiquettes didactiques) trouve ici un écho particulier au sein de l'enseigne Monoprix.


Je trouve cela formidable à double-titre. Du point de vue marketing, le bénéfice communication pour le distributeur est clair avec ce message : "des vins sélectionnés par des gens comme vous", qui est, pour moi, beaucoup plus fort qu'un tampon Produit de l'année . Du point de vue du consommateur, le bénéfice tient dans cette démarche consistant à considérer les clients comme des êtres intelligents et en capacité de faire un choix sur le vin à l'aide d'outils didactiques permettant de progresser et d'apprendre à décoder les cuvées.


Côté chiffres, les MDD représentent- en 2008 - 18% du chiffre d'affaires vin de l'enseigne (100 millions d'euros) avec la répartition suivante attendue en 2010 : 40% sur Gourmet (50 références), 45% sur Une Cave en Ville (40 références en 2009) et 15% sur Une note de (20 références).

Reste maintenant à évaluer la proposition packaging pour ces 3 segments. Nous n'en resterons pas là mais, je vous laisse, je file chez Monop. »


N’en jetez plus moi je rentre de mon Monop, celui de la rue Daviel, et je dis : « tout ça et bel et beau mais le rayon vins est toujours un rayon sinistré »


Je passe sur le bordel général régnant dans le magasin : caddies débordant de produits de lessives (j’ai même récupéré le planogramme Lessives 2008 – RY 06 – UG 88 Module 30 5 mètres, je pourrais même vous donner le nom du merchandiseur. Impec le mur lessivier), palettes un peu partout, cartons à l’abandon, on zigzague.

Bref, revenons à mes boutanches. C’est bien joli de faire bosser tout ce petit monde pour sélectionner de beaux vins, de mettre sur les bouteilles des étiquettes chiadées, pédagogiques, mais le pékin moyen se retrouve toujours face à un mur de vins sans aucune innovation ou ligne directrice sauf couleurs et AOC non AOC. Quand on affiche une « cave en ville » on a l’intelligence d’organiser visuellement une cave rassemblant toutes les références pour que le consommateur, qui fait confiance à l’expertise Monop, à sa fameuse signature confortée par Bettane&Desseauve et les « joyeux consommateurs amateurs », d’un seul coup d’œil puisse faire son choix, comparer les prix…

Rien de tout cela, par exemple le malheureux Cotes du Rhône de la « cave en ville » est paumé tout en bas, le Sylvaner se sent très seul et le consommateur lambda, n’en déplaise au « chanteur de youkoulélé » de Sowine, qui ne sait pas ce que c’est qu’un produit Monop signé Monop et puisqu’il n’y a pas la moindre personne dans le magasin qui puisse répondre à une quelconque de ses questions faut qu’il se démerde tout seul. Le seul petit effet de facing existe pour les poids lourds : Bordeaux surtout qui peut aligner 5 à 6 bouteilles côte à côte.     


Rocamadour Lot c'est pas tout à fait la zone de l'AOC Madiran... C'est beau mais faudra réviser la géo mes cocos de Monop. (merci Gus)

Qu’on ne vienne pas me dire que la place est rare puisqu’à Daviel, face à la poissonnerie, vient de naître un rayon vins blancs où, étrangement, on retrouve à côté des blancs secs, des moelleux et des vins étrangers de toute les couleurs. De l’autre côté, face aux produits bio, des vins bios pas très bien rangés avec on ne sait pas pourquoi, en bout de ligne, des châteaux de Bordeaux qui n’ont rien de bio. Honnêtement c’est le souk. Aide toi le ciel t’aidera ! On se la joue caviste sans se donner les moyens humains de l’être.

C’est du même tonneau que la caisse « verte » de Monop, celle où ne peuvent passer que les clients pourvus de cabas ou de machins à deux roues, elle est soit fermée ou encombrée par les abonnés aux sacs plastiques. Lorsqu’on pose la question au gérant du pourquoi de cette promesse non tenue la réponse est simple : ça choquerait les autres clients d’accorder la priorité aux clients qui font des efforts et que, de toute façon, il n’a pas assez de personnel pour ouvrir une caisse rien que pour des « gens comme moi ».
Promesse non tenue comme pour le vin où la « cave en ville » semble être le nouveau joujou du nouveau responsable vins Jean-François Rovire qui ferait bien de venir traîner ses godasses dans les magasins et nous proposer les services ad hoc. C’est bien joli de faire des effets d’annonces, comme ceux qu’on reproche tant aux politiques, mais justement il faut avoir les moyens de sa politique. Je suis client de Monop. Je ne conteste pas la progression de la qualité de l’offre produits mais je suis désolé de constater que la gestion de la ressource humaine dans les magasins ne suit pas et que la qualité de service s’en ressent. Mes deux épiciers tunisiens  sont, au total, bien plus performants : une belle gamme, des prix acceptables et le service. Voir ma chronique : du 04/04/2007 « Vin de l'épicerie du coin » http://www.berthomeau.com/article-6114021.html .

Dans le cas, fort improbable, où ce billet d’humeur serait lu par les intéressés, je leur signale que je suis un très vieux et très fidèle client de leur enseigne, comme en atteste ma carte, et que j’ai, de ce fait autant et même bien plus de droit à donner mon avis que le premier « grelu » venu supposé exprimer mes goûts. Quant à Jean-François Rovire je l’invite à un tour de chauffe au Monop rue Daviel, ensuite nous irons prendre un verre du côté de la Butte aux Cailles. Ainsi il pourra adhérer à l'Amicale des Bons Vivants.

Consultez le N°48 à la rubrique PAGES (en haut et à droite du blog) car il est temps pour vous d'adhérer à l'Amicale des Bons Vivants.

RENSEIGNEMENTS
auprès de Jacques Berthomeau

www.berthomeau.com et jberthomeau@hotmail.com

Secrétaire Perpétuel de l’ABV 06 80 17 78 25

BULLETIN D'ADHESIONà L'ABV

J’adhère à l’Amicale des Bons Vivants :

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 00:00

Cher vous qui avez du faire HEC ou un machin assimilé,

 

Je ne sais à quel étage – on me dit qu’il y en a beaucoup chez vous à Levallois – vous êtes au siège de ce grand bazar moderne à l’enseigne Carrefour mais je me risque tout de même à vous écrire pour vous dire que je suis scotché par votre inventivité pour ce qui concerne votre nouvelle MDD vin de pays : Augustin Florent. Vraiment vous êtes forts les gars, z’avez du salement cogiter, z’avez du drôlement potasser les z’annuaires des marchands de vins du département de la Seine et de la Seine-et-Oise de 1920 à 1936, z’avez du vous z’abimer méchamment les yeux sur le bottin des maisons de Bercy, pour exhumer ce brave Augustin Florent de sa naphtaline. Vous m’direz que les prénoms de nos pépés reviennent en force chez les moutards poussés dans leurs poussettes Mac Laren par leurs bobos de parents : Jules par ci, Léon par là, des Robert, des Raoul, des Ernest et sans doute dans quelques temps des Eugène, des Mathurin, des Armand, des Norbert ou des Arsène… Bref vous avez flashé pour Augustin classé au 271em rang avec 8087 individus répertoriés dans l’hexagone. Moi j’aurais préféré Auguste car je dois vous avouer que votre Augustin Florent me fait penser au prototype des caciques SFIO du Nord : Augustin Laurent, celui qu’a adoubé Pierre Mauroy à la mairie de Lille qui lui même a mis le pied à l’étrier à Martine Aubry, la dame des 35 heures, auriez-vous subliminalement virés « socialos » les gars et les filles de chez Carrefour ?

 

 

Je plaisante bien sûr, mais tout de même, vous nous prenez – même si je ne suis pas client de la boutique, je m’assimile  aux pékins qui vous fréquentent – pour des demeurés avec vos signatures à deux balles. Augustin Florent, ça pose, ça rassure, ça fait très bedaine sous petit gilet avec montre à gousset, pantalon de velours et écrase-merde à semelles de crêpe, qui va acheter son vin aux braves vignerons des Coteaux de l’Ensérune ou des Cotes de Briant avec sa Juva 4, son portefeuille à élastique gonflé de grosses coupures, « tope là », cochon qui s’en dédit, à mon avis vous auriez du ajouter pour faire plus encore plus couleur locale : Augustin Florent père&fils.

 

Pour votre édification de jeunes as du marketing tous justes sortis de vos couches-culottes je vous propose un bel exemple du notre glorieux passé du vin quotidien : « La vinée du Bon Vieux temps » Jérôme Rollet. Admirez le travail ! C’est t’y pas beau ça ? Dans la plus pure tradition du marchand de vins, y’a pas de qui pro quo avec le Jérôme Rollet alors qu’avec vous l’étiquette est très copié-collé des petites récoltes de Nicolas. Vous êtes un peu fégniasses mes cocos, le genre coucous qui s’la pètent grave : « Le distributeur a retenu un packaging épuré sur le mode "tableau noir" avec un fond ardoise et une typographie à la craie pour un rendu aussi ludique que lisible » Et pis quoi encore, vous n'allez pas nous faire accroire que vous avez trouvé ça tout seuls.

 

 

 

Je m’emporte ! Mais ne me dites pas que vous êtes payés pour nous pondre des trucs pareils ? Si c’est le cas, un bon conseil à vos chefs des étages élevés : il vaudrait mieux que vous alliez exercer vos talents ailleurs ça allègerait les frais généraux ce qui ferait plaisir à Bernard Arnault. Bon, je redeviens hyper-sérieux : votre bousin c’est, me dit-on, une MDD et que la définition de ce genre de marques c’est de coller au cul des marques nationales en un peu moins cher. Pourriez-vous me dire à quelle marque nationale vous sucez la roue ? Si c’est à Petites Récoltes de Nicolas j’y perds mon latin de cuisine car je ne crois pas que vous détournerez un seul client de ce généraliste de quartier avec votre  Augustin Florent.

 

En fait, tout bêtement, j’ai le sentiment que vous faites de l’habillage de bouteilles pour votre entrée de gamme et que, lorsque vous écrivez sur votre catalogue que vous proposez « en exclusivité une gamme de vins authentiques pour se faire plaisir au quotidien. Des petits vins sympathiques et faciles à boire… » vous prenez le train avec un quart d’heure de retard. Disons que ce n’est qu’un banal relifting d’un sourcing existant de longue date. J’espère au moins que vos chefs de rayon auront à cœur de présenter un superbe facing de ces « 13 saveurs à découvrir » et non de les disperser dans le mur de vins en fonction des critères traditionnels. Rassurez-vous je ne vais pas sauter au-dessus du périphérique pour vérifier. Dormez tranquilles jeunes gens et jeunes filles  qui avez du faire HEC ou un machin assimilé, ce n’est pas avec le père Augustin Florent que vous allez décrocher la timbale de l’innovation. Il est vrai que les MDD adorent copier par-dessus l’épaule des grands.

 

 

Entendez-moi bien, ce que je raille c’est votre prétention à vous parer des plumes de créateurs avec votre approche ringardo-minimaliste de votre « collection de vins de terroir à petits prix ». Ils méritent mieux que votre pseudo-marketing ces vins sans prétention. En les personnalisant, par un patronyme à la con, vous dévalorisez le travail des vignerons des caves où vous achetez vos vins. Pour votre défense vous allez me rétorquer que le patronyme de fantaisie est un grand classique du négoce français. Je sais. En effet, je n’ai jamais croisé à Vinexpo ni le baron de Lestac, ni Jean-Pierre Chenet. En revanche, j’ai salué souvent Marcel Guigal et Gérard Bertrand qui signent des vins achetés chez d’autres vignerons. Ce goût très prononcé des marchands de vie pour des noms fleurant bon le terroir leur a toujours été reproché par les vignerons authentiques. Ça accrédite le soupçon de maquillage qui a produit en France la notion que je ne goûte guère : vins de propriétaires.

Bref, vous les gars d’une soi-disant grande maison, cotée à la Bourse, au CAC 40, qui s’est illustrée bien avant les autres en dotant son ex-patron d’un parachute doré, pourquoi vous z’osez pas baptiser vos vins dit de Distributeurs, les vôtres donc, de votre nom. Auriez-vous honte ? Ne serait-il pas de confiance ? Moi j’ai la nostalgie de Félix Potin et j’ai toujours détesté Justin Bridou (question à mes fidèles lecteurs : qui était-ce et quel est son rapport actuel avec le vin ?) alors pour vos vins de pays à petits prix j’aurais aimé, en souvenir d’un de vos patrons bien aimé, que vous la baptisiez cuvée Daniel Bernard. C’est du même tonneau, deux prénoms assemblés, que votre Augustin Florent, mais en plus rutilant.

 

Comme vous êtes jeunes dans la boutique, sans doute, il faut que vous sachiez que ce n’est pas la première fois que je souffle dans les bronches du Mammouth (lire ou relire ma chronique : « Ferme ta grande gueule CARREFOUR ! »link
 

Cette fois-ci c’est sur un sujet bien plus mineur mais, étant donné que vous dépotez avec vos « potes de la GD », surtout celui qui vous adore : le Michel-Edouard de Landerneau, beaucoup d’hecto de nos belles provinces de France, le moins qu’on puisse vous demander c’est de faire correctement votre métier. Sans vouloir vous vexer plus encore : vous le faites mal. Vous n’êtes pas à la hauteur des enjeux. L’imagination n’est pas au pouvoir : tristes rayons que les vôtres ! Comme je suis bien en jambes en ce moment sur le sujet GD, j’y reviendrai dans ma prochaine chronique à propos de « ma cave en ville » de votre collègue Monoprix.

 

Allez, vous qui avez du faire HEC ou un machin assimilé, autour de la machine à café de Levallois-Perret, positivez ! Saluez Augustin Florent de ma part lorsque vous le croiserez. Y doit s’ennuyer en votre compagnie le pauvre. Je vous salue très positivement.

 

Jacques Berthomeau

  

Secrétaire Perpétuel de l’ABV

 

D’ailleurs, les gars et les filles de Carrefour qui avez du faire HEC ou un machin assimilé vous devriez adhérer à l’Amicale des Bons Vivants, ça vous ferait du bien.

 

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