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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 00:05
Elles sont là, à hauteur de mon regard, posées sur leur petit cul, toutes menues à côté de leurs grandes sœurs bordelaises, avec leurs mensurations * de nymphettes : taille fine, poids plume, tout de noir vêtues, ou presque, avec leur papillon doré posé sur leur frêle poitrine, minimalistes à la manière des minettes Agnès B premier âge. Certes chics mais un peu rase-moquette, j’eusse préféré leur voir atteindre la taille d’Adriana Karembeu plutôt que de plafonner au module d’Audrey Tautou. Qu’importe, ces jeunes filles en fleur, très Nouvelle Star, épousent la tendance Dev Dur, elles surfent sur le carbone neutral, elles économisent votre dos, elles sont faciles… les Chamarré girls !
* 22 cm de tour de taille contre 24 pour une bordelaise verre, taille 26 cm contre 30, poids 800 grammes contre 1,2 Kg pour une bordelaise légère et 1,6 Kg pour une lourde (à une queue de vache près).
Redevenons sérieux, nous sommes en pleine Semaine Sainte, pour vous parler de la nouvelle ligne Eco-responsable de la marque Chamarré www.chamarre.com . Je l’ai découverte, en début de semaine, à mon Monop en faisant quelques courses. Par pure curiosité je fais toujours un détour par le rayon vins (y z’ont du encore du changer de gérant à Monop Daviel car rien n’est plus à la même place). Bref, je jette un œil sur la petite muraille toujours aussi peu attrayante et, tout au bout, je tombe en arrêt devant une p’tite bouteille bien mise avec une collerette verte. Donc je ne vous refais pas le film depuis le début mais je vous donne les arguments des concepteurs de la nouvelle bouteille PET à bouchage à vis bien sûr.
« La qualité d’un grand vin dans une bouteille pratique et éco-responsable »
Une bouteille pratique
-          Poids léger et incassable, elle est facile à transporter.
-          La capsule à vis préserve les arômes et assure une ouverture facile.
Une bouteille éco-responsable
-          Matériau 100% recyclable.
-          Nécessite moins d’énergie pour sa fabrication que le verre.
-          Économe en carburant pour le transport.
-          Préserve autant la qualité du vin qu’une bouteille traditionnelle.
J’ai acquis pour la somme de 16 euros 45 : 1 bouteille Pinot Noir 12,5 % vol et 1 bouteille Cabernet-Sauvignon 2006 13% vol Vin de Pays des Vignobles de France 4,70 euros le flacon et 1 bouteille de Bordeaux 2005 12 ,5% vol à 4,95 euros la bouteille. Ces 3 flacons sont pourvus d’une DLUO : date de consommation optimale le 2/10. L’embouteilleur est Paul Sapin F-71 150 www.paul-sapin.com/  « Paul sapin le nouvel esprit du vin »

















Dans ma vie antérieure j’ai fait des bouteilles en PET. La fin des années 80 ne naviguait pas dans l’éco-responsabilité mais les arguments pratiques étaient les mêmes surtout qu’il s’agissait de remplacer des litres 6 étoiles (consignés). Ces bouteilles n’ont jamais vu de clients pour des raisons que je ne peux vous donner, seul Michel-Laurent sait que mon nez y est pour quelque chose. 20 ans après que dire de l’innovation de Chamarré ?
1° Elle se veut rassurante, hors le texte qui souligne que cette bouteille est « respectueuse de la qualité et du goût du vin », tous les codes traditionnels sont mis en avant sur l’étiquette : armoiries et texte en bandeau : « issu de raisins nobles, ce vin est une délicieuse symphonie d’aromes », le papier est très classe et le graphisme chic pour les 2 vins de pays des Vignobles de France. Pour le Bordeaux c’est encore plus marqué sur l’étiquette : Réserve, Tradition, armoiries toujours, texte en lettres dorées « soyeux et équilibré, ce vin exprime tout le prestige du terroir bordelais », pastille d’or « Tradition&Terroir France » La contre-étiquette est elle aussi pas avare de superlatifs : « ce vin est la rencontre des plus prestigieux vignobles français autour d’un cépage unique : le Pinot Noir » , pour le Bordeaux  « ce vin allie subtilement Merlot, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et petit Verdot , dans la plus grande tradition des vins de Bordeaux » Compréhensible pour un produit qui s’attaque à 2 tabous français : le verre et le bouchon.
2° Ma question, face à ce positionnement produit statutaire relifté, est simple : l’éco-responsabilité touche-t-elle le type de consommateur intéressé par ce type de vin ? Pour le consommateur quotidien j’en doute vu son profil plutôt 3ième âge mâle ; pour le consommateur occasionnel, seule une approche par CSP, âge, sexe, permettrait de cerner la sensibilité des consommateurs. On peut cependant estimer, étant donné l’air du temps, que les nouvelles générations urbaines peuvent être attirées par le côté pratique et l’éco-responsabilité.
3° Pour ces derniers cependant, l’éco-responsabilité va de pair avec une approche produit Bio alors question : le PET est-il un emballage écologique? « Des études scientifiques prouvent les avantages du PET en ce qui concerne la charge polluante. Les bilans écologiques démontrent que le recours au PET, associé à un recyclage matériel, est avantageux. Les bouteilles en PET seul usage et les bouteilles de circulation en verre sont équivalentes sur le plan du bilan écologique global. » Rien de déterminant, d’ailleurs dans les magasins Biocoop les eaux minérales sont en bouteilles plastiques. Alors un couplage Vin issus de raisins de culture biologique et bouteille PET ? J’en doute car le consommateur Bio de vin est plutôt sensible à la vision traditionnelle vigneronne, très small is beautiful, tonneau, bouteille verre et bouchon et petit patapon…
Dernier point ne concerne pas Chamarré mais ceux qui conçoivent la mise en rayon des vins dans ce qu’il est convenu d’appeler la GD : à quoi bon que les « têtes d’œufs » de Chamarré se décarcassent à inventer des lignes de produits si c’est pour disperser leurs petits flacons partout dans le rayon en fonction de leur classification juridique et leur région ? La pauvrette de Bordeaux était totalement perdue, paumée, écrabouillée dans le grand troupeau des Bordeaux. Vous devriez aller prendre des cours de facing au rayon cosmétiques les p’tits gars car l’Oréal le vaut bien ! Vous z’allez me rétorquer que c’est que veut le consommateur. Vous lui avez demandé ? De plus sans vouloir vous chambrer grave : à quoi bon que les « têtes d’œufs » de Monop se décarcassent à créer des lignes de produits, la dernière en date étant : «  une cave en ville » si vous continuez votre petit jeu à la con. J’y reviendrai dans une future chronique pour enfoncer le clou. Indécrottables les mecs !

En attendant consultez le
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 00:02

Mon titre vous intrigue. Suspens insoutenable ! J’ai tout bêtement parodié, Jean-Claude Berrouet, ex-maître de chais à Château Petrus qui, dans une récente interview, a dénoncé un système, celui des primeurs, qui encourage les spéculateurs. «Nous avons pris le vin en otage et il faut le libérer», a-t-il dénoncé. Ce point élucidé, je reprends ma chronique là où je l’avais interrompue hier.


















Pendant le week-end précédent mon périple au pays des châteaux, pour faire sérieux, en bon petit artisan que je suis, j’ai doté
Vin&Cie l’espace de liberté d’une enseigne que vous pourrez admirer sur les cartes ci-jointes. Pour les écolos, tendance dure, elles sont tirées sur papier recyclé. De plus, comme la maison ne recule devant aucun sacrifice j’ai ressorti mon costar Kennedy
http://www.berthomeau.com/article-3964995.html   bleu marine de la naphtaline. Sur ma chemise rose flashy – marque de fabrique à cultiver – col ouvert ça fait très parigot arrogant. Je passe sur mes Richelieu gold, et d’autres détails insignifiants, qui ne pourraient que conforter mon image de papy boomer ex-soixante-huitard non révisé. Avec mon chauffeur de luxe nous y sommes, nous pointons, sauf que mon nom n’est pas sur la liste – dans l’après-midi, une astucieuse, découvrira que je suis classé à Jacques ce qui est déjà mieux que rapport. La dégustation se déroule à l’étage en un lieu vaste et lumineux où les châteaux ne sont pas, si vous me permettez l’expression, les uns sur les autres. C’est très agréable, on se meut sans se cogner aux autres dégustateurs. Détail technique, comme nous ne sommes pourvus que de 2 mains l’exercice est complexe : tenir son verre d’une main et prendre des notes, sur le petit carnet de dégustation tenue par l’autre, tient pour moi de mission impossible. Sur un autre plan je constate que j’ai fait d’énormes progrès dans le jet buccal de vin (en 2 jours aucun dégât collatéral). Nous commençons par les blancs. J’avoue être très agréablement surpris mais, comme je n’ambitionne pas de marcher sur les plates-bandes du Bob je vous épargnerai mes notes sur les vins que j’ai dégusté. Sauf que, si vous êtes un lecteur fidèle, vous découvrirez sans doute des chroniques consacrées à des coups de cœur au pays des GCC.
Florence et Daniel Cathiard nos hôtes sont présents. Florence Cathiard assure même le service. Je dois avouer que je suis toujours sensible, quand je me rends dans un lieu où l’on me propose de déguster, au fait que, dans cet exercice ingrat, les propriétaires mettent les mains à la pâte. Bernard Magrez, lui aussi, est là. Nous échangeons. Il me donne son accord pour un 3 Questions sur Vin&Cie. C’est un euphémisme d’écrire que Bernard Magrez suscite dans le monde du vin des opinions très tranchées. Il ne laisse personne indifférent car il dérange et, bien sûr, il en joue. Moi ce que je retiens c’est qu’il a toujours su anticiper les évolutions du marché en s’impliquant, en mettant en avant une nouvelle image du propriétaire, en bousculant l’establishment, et même si c’est très personnel, son soutien, en des temps où certains me vilipendaient, ne m’a jamais fait défaut. Tout en me prêtant au rituel de l’exercice j’observe les pros, ou prétendus tels, négociants, courtiers, cavistes, acheteurs de la GD, importateurs, qui m’entourent et je m’interroge sur ce qu’ils recherchent. En effet, sur les tables, les vins présentés à leur sagacité, qui sont-ils ? Ceux que leurs clients trouveront dans la bouteille lorsqu’ils en feront l’acquisition ? J’en doute un peu. Ces jeunes pousses, à peine adultes, en devenir donc, sont, avec plus ou moins de bonheur ou de savoir-faire, préparées pour séduire lors de leur première sortie. C’est, me direz-vous la loi du genre, le principe même des primeurs. Je veux bien en convenir mais, en définitive, jusqu’ici, avant que l’éclatement de la bulle financière ne brise la spéculation, une fois passé le cérémonial de la dégustation par tous ces 5000 plus ou moins connus ou totalement anonymes, c’était le jugement, l’appréciation, la notation du ou des gourous – je m’abstiens de citer un ou des noms afin de ne froisser personne ou de m’attirer les foudres des pros ou des antis – qui calaient l’opinion commune et faisaient la cote.
En effet, sans vouloir être mauvaise langue, jusqu’à ces derniers mois, hormis les vrais amateurs ou les derniers esthètes cultivant leur quant à soi et qui en avaient encore les moyens, le gras du marché suivait la tendance donnée, par les nouveaux maîtres à penser en kit au travers de la médiatisation mondialisée. Le dégonflement de la bulle spéculative va sans doute redonner, au détriment des purs spéculateurs ou des nouveaux riches, de l’air à tout ceux qui vont, à nouveau, pouvoir acheter des grands crus parce qu’ils les apprécient, parce qu’ils veulent les déguster, les faire partager. Tout l’enjeu de la fixation de l’échelle des prix du présent millésime, d’une belle qualité au dire d’amateurs qui n’ont pas partie liée avec le buiseness, se situe donc dans la capacité qu’auront ceux qui donnent le la de comprendre que la thérapie d’un retour à des prix qui retrouveraient le niveau de 2004, ce qui n’aurait rien d’une catastrophe, permettrait de redonner confiance aux opérateurs – à leurs banquiers surtout – et de déclencher le mouvement des achats. Comme le dit l’adage populaire, à toute chose malheur est bon, ce réajustement des prix réintroduirait les icones des GCC, sans que leur aura en soit atteinte, dans l’univers du vin. Dans le langage actuel des médias : l’économie réelle retrouverait toute sa place et la place de Bordeaux, loin des folies spéculatives, des achats somptuaires, conforterait son image de référence mondiale du vin.
Comme d’habitude je glose à tort et à travers au risque de me voir clouer sur ma ligne par un passing shoot de revers. Et encore je vous épargne un couplet sur les taux de change, celui de la £ tout particulièrement. N’empêche que sur le terrain, comme aiment à le dire nos hommes politiques si proches de nos préoccupations quotidiennes, celui de la dégustation bien sûr, sans rouler des mécaniques, je me sentais à l’aise. Que voulez-vous, c’est si nouveau pour moi, en ce lieu béni des dieux, je vais et je viens, libre, verre à la main, au beau milieu de noms mythiques tel le Château Carbonnieux, ce grand blanc que j’ai découvert à l’Hôtel de Lassay. Plus personne ne me tombe sur le râble pour m’asticoter à propos de tout et de rien. Bien au contraire, je fais maintenant parti du paysage même si certains se demandent ce que je bricole. Mais non, mais non, je ne bricole pas, je travaille et je puis vous assurer que déguster c’est fatigant. Moins, bien sûr, que de repiquer des choux ou de biner des betteraves, mais la bouche fatigue. Par bonheur l’heure du déjeuner sonnait. Florence et Daniel Cathiard avaient bien fait les choses : des mets simples et roboratifs comme le sauté de veau tagliatelles qui m’a calé l’estomac. Quel plaisir que de se retrouver autour d’une table bien mise, assis, pour se redonner du cœur à l’ouvrage.
Nous prenons notre temps.













Rassurez-vous je ne vais pas vous infliger la relation de mes deux journées dans le pays des GCC, ça ne présenterait pour vous aucun intérêt. Pour mémoire le 31 après-midi nous fîmes après Haut Smith Haut Lafitte, le Château Chasse-Spleen où l’on pouvait déguster les Médoc, Haut-Médoc, Moulis&Listrac puis le Château Branaire-Ducru pour les St-Julien, Pauillac&St Estèphe pour terminer au Château Dauzac avec les Sauternes et Barsac. Le lendemain Château Figeac pour les Saint-Emilion Grand Cru et Château La Conseillante pour les Pomerol. Z’avons zappé les Margaux. Rudes journées pour les papilles mais satisfaction du devoir accompli et une envie folle de boire une bonne mousse : je suis un indécrottable mécréant. Que vous dire : les choses sont impeccablement organisées par l’Union des Grands Crus et dans ce genre de périple minuté j’apprécie. C’est sans doute un vieux reste de mes fonctions d’organisateur de voyage pour Ministre pressé. Le plus speed était Rocard qui, très souvent, sur les injonctions de l’intraitable Michèle, sa seconde épouse, devait être rentré pour l’heure du dîner afin de voir ses enfants. J’avais un chronomètre à la place du cœur. Je digresse.

Sur le chemin du retour ce qui me frappe, à chaque carrefour, c’est la multiplicité des sollicitations. Tout le monde y va de son évènement primeurs 2008, même les bio. Michel Rolland affiche sa collection, Stéphane Derenoncourt sa différence et ses vignerons à l’A breuvoir, le Cercle Rive Droite des Grands Vins de Bordeaux, l’Association des Grands Crus Classés, des associations aux noms imprononçables : c’est le syndrome du Festival d’Avignon avec son in et son off, de la Cour d’Honneur du Palais des Papes jusqu’à l’arrière-salle d’un bistro en passant par le plateau d’une fabrique désaffectée. Ici, au pays des « châteaux » la hiérarchie se décline depuis les dégustations privées sur rendez-vous dans le gotha des grands aux noms mythiques, à celles plus populaires sur le coin d’une barrique dans un chai vigneron en passant par celles où l’on promène les journalistes ou la mienne à mon bon gré. Foisonnement, diversité, vitalité, chacun se bat avec ses armes, le pays des « châteaux », ouvre ses portes, s’émancipe, force sa réserve, comble un peu son je ne sais quoi de distance, va au devant de ses clients. C’est heureux. Sur le quai de la gare je constate que j’ai l’index et le pouce de la main droite marqué de rouge. Comme le disait pépé Louis lorsque je me plaignais des ampoules qui tapissaient mes paumes suite au maniement intensif de la fourche pendant les foins « c’est le métier qui rentre mon garçon ».

Info de dernière minute : Château l'Angelus est sorti à 50 euros contre 80 euros... Le mouvement est-il lancé ?

Note du rédacteur en chef : si vous souhaitez lire des choses sérieuses sur la dégustation des primeurs 2008 je vous recommande :
1 - Un excellent papier de Véronique Raisin sur la dégustation des journalistes paru dan la newsletter Idealwine.
2 - le blog du Grand Jury.
3 - Les vins de Bordeaux testent la cote sur BFM radio.
Consulter la rubrique PAGES (en haut et à droite du blog) N°49.
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 00:06

« Aux yeux du monde, les vins de Bordeaux sont avant tout des vins de « châteaux ». L’existence de quelque cinq milliers d’exploitations utilisant aujourd’hui ce terme le confirme d’une façon éclatante. Le fait est là : près d’un viticulteur sur trois vend son vin sous le nom de « château ». Cette particularité bordelaise – il n’est pas ou peu de « châteaux » dans les autres vignobles du monde, sinon par imitation – mérite une analyse d’autant plus serrée que le terme est ambigu. » C’est ainsi que les auteurs de « Bordeaux vignoble millénaire » entament leur réflexion à propos du chapitre : Vins de Bordeaux vins de châteaux.

Profitant de la vague rose qui submergea le Palais Bourbon, en juin 1981, Catherine Lalumière, fut élue député de la Gironde et nommée, le 23 juin 1983, Ministre de la Consommation du second gouvernement Mauroy (elle finira sa carrière comme parlementaire européenne par la grâce de l’inénarrable Nanard qui, avec sa liste aux européennes de juin 1994 « Energie Radicale », où se trouvait aussi Noël Mamère, dézingua en plein vol celle de Michel Rocard où Rachida Dati se trouvait placée en 54e position et Bernard Kouchner en 3e : ambigüité vous avez dit ambigüité). Bref, la toute fraîche Ministre, sise au Louvre rue de Rivoli, avec un Jacques Delors Ministre de l’Économie et des Finances ne lui laissant guère d’espace, mais ayant les Fraudes mise à sa disposition – en ce temps-là elles étaient sous la tutelle du Ministre de l’Agriculture – et voulant imprimer sa marque jusque dans la 3ième circonscription de la Gironde, déclara vouloir mettre à plat l’épineux dossier des noms de châteaux. En 1981, les nouveaux arrivants avaient la mise à plat facile car c’était la version soft de « du passé faisons table rase ». Les hauts fonctionnaires des Finances, goguenards face à cette piétaille pépiante, eux, par leur silence hautain, jouaient « cause toujours tu m’intéresses. » Et moi dans tout ça je découvrais, pour parodier le nouveau slogan du CIVB : qu’on pouvait s’offrir un château de Bordeaux pour quelques euros. L’initiative de Lalumière fit long feu. Et moi, ayant la haute main sur la cave de la Présidence de l’Assemblée Nationale – fort bordelaise puisque nous succédions à Chaban-Delmas – je découvrais les « délices » des GCC avec Bruno Prats comme mentor.
Par la suite, hormis quelques passes d’armes avec les ténors bordelais de l’INAO, mes fonctions de soutier de cabinet ministériel m’amenèrent plutôt à fouler le terroir roturier voire prolétaire du Languedoc que celui plus castral du bordelais. La ponte de mon rapport provoqua de l’urticaire chez les tenants de l’indépendance girondine qui me qualifièrent du titre infâmant de « haut-fonctionnaire parisien » avec en sous-titre le coup qui tue « socialo » mais la crise aidant je devins abonné aux plateaux des colloques bordelais. Donc, tout ça pour vous dire qu’en ce dernier jour de mars lorsque je débarquais à la gare de Bordeaux Saint Jean avec dans ma poche le badge de l’Union des Grands Crus Classés pour la dégustation des Primeurs 2008 mon sentiment profond mêlait une forme saine de jubilation et une petite crainte de ne pas être à la hauteur dans l’exercice dégustatif. Cependant, comme je ne suis pas un perdreau de l’année, je m’étais flanqué d’un mentor fort expérimenté, pour avoir été l’un des poids lourds de la place de Bordeaux, qui me pilotait, me présentait, me rassurait. Dernière remarque dans le plus pur style Berthomeau : j’ai beaucoup de mal avec le mot « primeurs » car je l’associe à la pomme de terre primeur de Bretagne qui m’a pourri la vie lorsque j’opérais dans les soutes du cabinet. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’une purée de patates primeurs épandue sur la chaussée de Morlaix représente comme nuisance. Quand aux producteurs drivés par feu Alexis Gourvennec ils m’ont dégoûté à jamais de leurs patates primeurs. Maintenant je suis Bonnottes de Noirmoutier addict.  
Avant de m’attaquer au vif du sujet permettez-moi de tailler un costard à nos « génies » du Ministère de la Santé qui, jamais en reste d’une énormité, au nom de la lutte contre les open-bars, voulaient interdire dans le même mouvement l’exercice dégustatif auquel j’allais me livrer. C’est beau comme de la connerie en barres. Comment peut-on en arriver à ce degré de stupidité ? Je ne ferai pas l’injure aux « braves » scribes de l’avenue de Ségur de penser qu’ils ne sont pas profondément convaincus de la justesse et de la légitimité de leur « combat » mais ceux des étages élevés, ceux dont on nous dit qu’ils sont là pour penser, l’élite quoi, sont-ils vraiment sincères ? Ne sont-ils pas tout bêtement en train de surfer, de profiter des peurs de nos concitoyens pour se pousser du col afin d’occuper le devant de la scène, passer à la télé comme un « vulgaire » pékin venant déballer ses malheurs chez Jean-Luc Delarue. Dans une société de l’émotion tous les amalgames sont efficaces car ils permettent de ratisser large, de toucher des populations très diverses. La mise en avant systématique du vin participe aussi à ce dessein : primo ça parle à l’inconscient collectif des Français, deuxio ça suscite de violentes réactions du monde du vin qui « montre » alors à l’opinion publique qu’il est un lobby peu sensible aux questions de Santé Publique. Nous pataugeons dans l’absurde : imaginez un seul instant la haute opinion de notre santé mentale collective que se seraient fait nos amis étrangers si la mesure envisagée avait été gravé dans le marbre de notre législation ?
Nous roulons vers le Château Smith Haut-Lafitte où sont présentés les Graves et les Pessac-Léognan. Nous devisons. Cette présentation des Primeurs 2008 sur fond de crise mondiale est inédite. Chacun retient son souffle depuis que la voix rare de Jean-François Moueix ait répondu à la question : « Peut-on imaginer qu'au printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » par de sombres oracles : « On ne peut l'exclure. Les maisons de négoce qui ne peuvent pas s'autofinancer ou obtenir un crédit ne prendront pas leurs «allocations», les caisses qui leur sont réservées par les châteaux. Si trop d'acheteurs font défaut, il n'y aura pas de vente en primeur. Les propriétaires attendront que les vins soient élevés, mis en bouteilles pour les vendre. Or la vente en primeur est le cordon ombilical du négoce bordelais. Les châteaux vendent d'abord aux négociants bordelais, et seulement après au reste du monde. Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. » Pour ne rien vous cacher, au-delà de la pure découverte du millésime 2008, sonder les « reins et les cœurs » de tous les protagonistes de cette « fameuse place de Bordeaux » afin de savoir si une stratégie de la raison va s’élaborer et surtout se concrétiser, entre dans mes desseins. Lequel des grands aura le culot de sortir du bois, de donner le la. Des noms circulent, un surtout.

Mais n’anticipons pas.

 

 

Le Groupe de l'Alliance Radicale Européenne (ARE) était composé, entre 1994 et 1999, autour des radicaux français (liste Énergie Radicale conduite par Bernard Tapie), de radicaux italiens et de régionalistes de l'Alliance Libre Européenne (ALE) du 19/07/1994 au 19/07/1999 président : Catherine Lalumière PRG

Nous abordons la Semaine Sainte, le temps pour vous est venu de prendre votre baton de pélerin pour précher auprès de vos proches, vos amis, vos relations, la bonne parole de l'Amicale des Bons Vivants. Les adhésions arrivent à un bon rythme. Boostez les !

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 00:04

 

La terre remuée fumait dans l’air frais du matin et des achées rouge brun se tortillaient dans les raizes. Nous venions tout juste de terminer le bêchage sous un soleil naissant qui m’avait mis en nage. Pendant tout notre ouvrage nous n’avions pas échangé une seule parole. Perchés sur les branches des arbres fruitiers environnant les passereaux  guettaient notre départ pour aller se repaître dans le garde-manger dont nous venions d’extraire leur pitance favorite. J’avais soif. Raymond s’épongeait le front et le cou avec son grand mouchoir à carreaux. « Bonjour tonton ! » La voix était enfantine. Elle provenait d’une jeune et belle plante, aux joues rose tendre tachées de son, rousse flamboyante, juchée sur un vieux vélo rouge dans l’intervalle du barreau que j’avais laissé ouvert. « Bonjour petite fleur » lui répondait mon Raymond. Sa jupe corolle laissait voir des genoux harmonieux qui annonçaient des cuisses fines et fermes. « C’est Marie-Églantine, la fille de ma sœur Lucette… » Avant même que Raymond n’embraye sur ma présentation la mignonne, en plantant ses yeux verts dans les miens, lui demandait « et lui tonton qui c’est ? »

- Quelqu’un de pas très fréquentable petite fleur…

- Alors pourquoi tu le fréquentes tonton ?

- Parce que je suis vieux mon cœur…

- Et moi je suis jeune…

- T’as tout compris ma cocotte.

- Oui tonton mais il est beau.

- C’est bien ça le problème mon Églantine…

Appuyé sur mon manche de bêche je me gardais bien d’intervenir dans leur échange trop content que j’étais de laisser Raymond faire son petit numéro. Je contemplais Marie-Églantine. Elle avait une taille fine soulignée par une large ceinture et, lorsqu’elle descendit de sa bécane, en se penchant pour la poser tout contre l’un des piliers du barreau, la fente de sa poitrine me donnait le vertige. Raymond se marrait en douce. En quelques enjambées de cabri Marie- Églantine venait se planter face à moi. Je lui tendais la main. « Embrasse-là crétin ! » Je m’exécutais de bonne grâce en m’entêtant du parfum sucré de sa peau de rousse.

L’irruption de Marie- Églantine bouleversa nos plans. Elle nous fit du café. Raymond m’observait du coin de l’œil en trempant sa tartine beurrée. Pour ne rien vous cacher mon imagination galopait sur fond du babillage de la jeune effrontée. « Tonton Raymond me traite toujours comme une gamine mais je vais avoir dix-huit ans. Je passe mon bac en juin… Et toi, tu fais quoi ? » « Des affaires… » répondait goguenard Raymond. Elle s’en fichait. Enchainait « c’est quoi ton prénom ? »  « C’est un secret d’État petite fleur… »  pouffait le Raymond. « Tu es un espion ? » Je dodelinais de la tête en prenant un air de cocker triste. « Je t’ennuie avec toute mes questions stupides » enchaînait-elle en papillonnant des sourcils « quand tu en auras envie tu me diras… »  Raymond se gondolait « méfies-toi petite fleur, c’est un prédateur. Il te dira tout quand tu lui auras tout donné… » Je le coupai un peu furibard «  tu pousses le bouchon un peu loin papy. Tu me tailles un costar qui ne me va pas. Moi je ne m’attaque jamais aux jeunes filles en fleur… ». Marie- Églantine me fusillait du regard et se regimbait « te fais pas de mouron beau gosse c’est moi qui décide ! ». Ça coupait la chique au Raymond. Je tendais ma tasse pour que la rebelle me serve du café et j’enchainais sur un tout autre sujet : le couple infernal, formé par les deux poitevins, Marie-France Garaud et Pierre Juillet, qui sévissait auprès du président Pompe.

Le Tout Paris bruissait de leurs manœuvres et de leurs intrigues. La vieille garde gaulliste ronchonnait, elle renâclait face aux initiatives du sémillant Chaban pour desserrer l’étreinte du contrôle des médias, Desgraupes et sa clique les exaspéraient. Le père de Marie, lorsque nous avions passé notre soirée avec lui nous avait dit pique pendre sur ces réactionnaires. La Marie-France était redoutablement méchante. Telle une araignée elle tissait patiemment sa toile pour engluer le père de la Nouvelle Société et l’éliminer du jeu. Des amis de Chaban, inquiets de son influence néfaste auprès de Pompidou, m’avaient fait discrètement contacter, à mon retour de croisière, pour que je monte un coup tordu pour la discréditer. Avant de leur répondre j’avais fait procéder à une petite enquête par les fouilles-merdes de la grande maison. Conclusion : la plante était hautement vénéneuse, carnivore, perverse et suffisamment tordue pour déjouer une attaque par la bande. En dépit de ce diagnostic catastrophique j’avais donné mon accord mais, comme je ne souhaitais pas mouiller Chloé qui aurait pu m’introduire au Secrétariat Général, grâce à sa chère mère, je ne savais pas comment m’y prendre pour pénétrer dans l’entourage de l’éminence grise en jupon. En m’écoutant, Raymond se marrait en tétant sa roulée du matin. Marie-Églantine, qui s’était posée sur le coin de la table, prenait un air mutin et susurrait « on le lui dit tonton ? » Raymond opinait. « Maman pourrait vous aider, elle s’occupe du pool des secrétaires de l’Elysée… »

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 00:04

  

Cette chronique s’adresse à ceux qui, avec constance et ténacité, continuent de lire mon petit roman en ligne du dimanche (je rappelle qu’on peut toujours en obtenir la version intégrale en me la demandant sur jberthomeau@hotmail.com). Mon « héros », agent dormant infiltré dans la Gauche Prolétarienne par les services (RG et DST) du Ministre de l’Intérieur de l’époque : Raymond Marcellin, présente celui-ci comme un obsédé du complot international. Le hasard de mes pas m’a fait découvrir un samedi  après-midi, sur les quais, chez un bouquiniste, le numéro de Mai 1978 du magazine LIRE dont le rédacteur en chef était notre ami Bernard Pivot. Au sommaire, le livre de Raymond Marcellin : « L’importune vérité ». J’achète.

 

Du 31 mai 1968 jusqu’au 27 février 1974, date à laquelle il quitte la Place Beauvau pour faire un très bref séjour rue de Varenne au Ministère de l’Agriculture du 1er mars au 28 mai 197, Raymond Marcellin aura été le Ministre de l’Intérieur qui aura tenu ce poste-clé le plus longtemps sous la 5ième République. Membre des Indépendants et Paysans sous la IVe, il sera 6 fois Secrétaire ou Sous-secrétaire  d’État. Décoré de la francisque sous le régime de Vichy le député-maire de Vannes est, comme l’écrit LIRE  un « Homme de droite, homme d’ordre, il ne cache pas son irritation devant les lenteurs et les « faiblesses » de la justice. Il admire Cavaignac, qui réprima dans le sang la révolution de 1848 et proclame son horreur de la Commune. Il donne l’image de ce que l’on appelait sous la III ème République, un « bon Ministre de l’Intérieur ». Quand il succède à Christian Fouchet, les sources bien informées rapportèrent que le Général de Gaulle l’aurait accueilli, ce dont je doute très fort, d’un « Enfin Fouché, le vrai ». Il est sûr qu’il y avait du Fouché dans cet homme qui aimait se définir comme « premier flic, premier préfet et premier maire de France ».

 

Dans son livre : « L’importune vérité » il explique que : « rien n’a été tout à fait pareil depuis ce mois de mai 1968 où les pouvoirs publics ont flanchés ». Alors, après avoir contribué à faire élire la « Chambre introuvable » notre « nouveau Fouché va, toujours selon LIRE : « Persuadé que la subversion est partout. Que la moindre manifestation dissimule un vaste complot, Raymond Marcellin crée les brigades spéciales entraînées aux affrontements de la rue, dissout les organisations révolutionnaires et fiche trois mille dirigeants et militants, notamment gauchistes, quitte à féliciter les groupements d’extrême-droite qui, dans les universités, prêtent main-forte à la police par de « courageuses interventions ». Si les agitateurs français ne sont qu’une antenne des forces révolutionnaires mondiales manipulées par l’URSS, la Chine, Cuba ou la IV e Internationale, il faut s’attacher la collaboration des polices étrangères. »

 

Comme vous pouvez le constater mon cher « héros » patauge vraiment dans l’Histoire…

 

Pour terminer cette chronique je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait du livre dans lequel Marcellin parle du Général : « J’ai assisté, sous la IVe République et la Ve, à quelques cinq ou six cents conseils des Ministres, sous les présidences de Vincent Auriol, René Coty, Charles de Gaulle et Georges Pompidou.

Avec le Général, c’était autre chose. Pendant sept années, de 1962 à son départ en 1969, je fus subjugué par la vigueur de son intelligence et de son caractère. Le général Franco, en présence de notre ambassadeur à Madrid, me demandait un jour : « Mais comment gouverne-t-il ? » et, tout de go, je répondis : « À l’intelligence ! »

Lorsqu’il concluait un débat, après que chacun eu le loisir de s’exprimer avec la plus grande liberté, ses décisions s’imposaient dans nos esprits non pas à cause de son seul prestige mais parce qu’elles paraissaient évidentes. Il connaissait à fond ses dossiers. On l’a dit mal entouré. C’est faux. Le choix des membres de son cabinet, comme celui de Georges Pompidou, a toujours été excellent et s’est porté sur des hauts fonctionnaires de qualité et d’un grand savoir.

De Gaulle éprouvait une violente allergie pour les exposés qui tournaient autour du pot. Quand un ministre n’était pas clair dans une communication, il tapotait sur la table avec le bout de ses  doigts. Si le ministre ne comprenait pas, la tambourinade devenait de plus en plus forte et, tout à coup, c’était la remarque cinglante, ou, un « Ouais » assez insolent, ou, encore, la question embarrassante qui mettait fin à l’exposé diffus.

Le Général de Gaulle aura été le Français le plus français de son temps. »


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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 00:05

« Il s’est donc avéré que cette vie « divine » en France bénéficiait toujours d’un attrait magique » écrit Étienne Van Steenberghe. À propos de qui, ce magique attrait, s’exerçait-t-il ? De vignerons belges, mais c’est bien sûr, plus précisément des flamands, normal lorsqu’on est doté d’un patronyme qui sonne comme celui du mythique rouleur de ma jeunesse Rik Van Steenbergen. Dans un très bel album « Vignerons belges en France » éditions Lanoo www.lanoo.com Étienne Van Steenberghe constate dans sa préface qu’à l’aube du nouveau millénaire « pas moins de septante-cinq » de ses compatriotes « étaient actifs sur la scène viticole française ». Il ajoute que « les années nonante ont en effet constitué le cadre d’une véritable invasion des nouveaux dieux du vin. Ils sont apparus comme des dei ex machina. The Big Belgian Boom in France.» Et d’énumérer les Frère (Cheval Blanc), Bonnie (Malartic-Lagravière), Pauwels (domaine du Théron à Cahors), Onclin (Prieuré-Lichine), Fourcroy (Franc-Mayne), Vranken (champagne éponyme) et « de nombreux autres candidats vignerons disposant de moyens financiers importants ont vu généreusement pleuvoir la manne viticole. Un milliard de plus ou de moins ne représentait qu’une question de détail ». L’étendard noir jaune rouge flottait donc principalement sur le vignoble bordelais et « sur le front viticole international, la présence viticole belge est particulièrement bien illustrée par quelques valeurs établies, comme le Pin de Jacques Thienpont qui n’a fait qu’une bouchée du Pétrus aux prix prohibitifs. ». Mais il y a aussi des originaux tel « le prodige » Jean-Marie Guffen « aux créations parfaites ». Donc, comme l’écrit très justement Étienne Van Steenberghe « une chose est bien établie dans le panorama du vin français : la présence belge dans le paysage français n’est plus un « fait-divers » mais est devenu un fait bien enraciné. »

De toute cette belle brochette, dans ma vie, j’en ai croisé quelques-uns mais c’est avec l’un d’eux, Jean-Marie Guffens, « le prodige », que grâce à l’ami Jean-Louis Piton, par une belle soirée aptésienne, juste après la publication de mon rapport, j’ai pu discuter un très long moment autour d’un verre (réemplissable comme il se doit). C’était décapant car l’homme, comme le note Étienne Van Steenberghe a « son style bien à lui, parsemé d’humour, de sérieux, d’ironie et de sarcasme ». Comme le Piton du Lubéron n’est pas lui non plus dépourvu de répondant, ce fut chaud. Moi ça m’allait bien car JM Guffens avait tout compris de ce que j’essayais de dire à la France viticole. J’en garde un excellent souvenir. D’ailleurs, dans mes projets de chroniques futures, un « duel » : Guffens-Piton est programmé. Reste à coincer ces deux grands voyageurs pour les faire causer.
Sans reprendre toute la notice (page 45 à 49) de l’ouvrage, je me permets de vous proposer quelques extraits de ce qu’écrit Étienne Van Steenberghe sur Jean-Marie Guffens pour vous mettre « le vin » à la bouche. Pour plus de précisions sur les affaires de JM Guffens voir www.verget-sa.com/
« C’est dans une 2CV bancale que Mainke Heynen, Jean-Marie-Guffens et Martha, le berger malinois, ont pris la route de France en ce 5 septembre 1976. Ils comptaient y vivre d’amour, de fromage et de vin. Deux enfants amoureux à la recherche d’un avenir en rose […] Ils ont trouvé une petite maisonnette dans le village voisin de Vergisson, une bourgade viticole dominée par deux géants de pierre, La Roche de Solutré et La Roche Vergisson. Des raisins Chardonnay poussent aujourd’hui tranquillement autour du nid d’amour dans la bourgade « En France ».
« Un rencontre avec JM Guffens, le Flamand relativiste de Bourgogne, est toujours un évènement. Il n’est jamais à court de l’une ou l’autre affirmation téméraire. So sourire enjoué et ses yeux pétillants cachent toutefois un sens de la perfection quasi maniaque. Pour lui, la viticulture est une passion. Il maîtrise parfaitement tous les paramètres de la viticulture et n’hésite pas à prendre des risques calculés. Un seul objectif occupe son esprit : produire des vins passionnants et harmonieux. »
«  JM Guffens est un homme de défis. Il cerne très rapidement une situation et fait ensuite reculer ses limites sans le moindre problème. C’est dans ce contexte qu’a vu le jour son entreprise commerciale Verget à Soligny. Les maisons commerciales fournissaient trop peu d’efforts pour acquérir de bonnes matières de base. C’est convaincu de l’assertion «  le meilleur vin est fait à partir des meilleurs raisins » qu’il est allé à la rencontre des vignobles de la région de Bourgogne. Il a pu les convaincre – autrement dit, le prix était suffisamment élevé – de fournir des raisins de bonne qualité. Il a été l’un des pionniers dans ce domaine… »
« Son nouveau défi s’appelle le Château des Tourettes dans le Luberon (…) Les règles de l’AOC ne lui permettent pas la plantation de cépages modernes et ces vins sont donc vendus sous le label vin de pays. Le Château des Tourettes abrite donc des cépages liés à la région tels que marsanne, roussane, grenache et syrah. En tant qu’enfant de la Bourgogne, JM Guffens a toutefois fait planter des pieds de vigne de Chardonnay car il reste un amoureux inconditionnel de cette variété. Il connaît à fond les qualités de ce cépage. »
Voilà très chers lecteurs, le hasard des rencontres, des voisinages Aptésiens et de ce que la compagnie assidue du vin, de ceux qui le font, permet de nouer comme liens amicaux après des débats passionnés et arrosés puisque, comme chacun sait : la vérité est fond ses verres. Je vous assure, et vous ne serez pas difficiles à persuader, que Jean-Marie Guffens et Jean-Louis Piton sont d’un commerce bien plus agréable que le sieur Patrick Elineau, DG de l’ANPAA (j’en parle en connaissance de cause car, par des hasards familiaux, nos vies se sont croisées il y a fort longtemps chroniquedu 6 juillet 2006 Des mots plutôt que des maux
http://www.berthomeau.com/article-3202480.html  lettre au directeur de l'ANPAA

Voir  L'édito de mars de l'ANPAA : à quel jeu joue-t-on ? que j'ai publié hier http://www.berthomeau.com/article-29778661.html Encore une raison supplémentaire pour adhérer ou faire adhérer vos parents, amis, connaissances à l’Amicale des Bons Vivants.

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 12:10

Comme je suis adhérent de l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et et Addictologie (ANPAA) et abonné à leur magazine trimestriel Addictions je vous livre tout chaud l'édito de Patrick Elineau le DG de l'ANPAA " à quel jeu joue-t-on ?" et sous la rubrique décryptages : "Le vin, produit à risque " Sans commentaires à vous de les faire, à chaud. 

Si ça ne vous donne pas envie d'adhérez à l'Amicale des Bons Vivants je me fais moine. Voir la charte de l'ABV à la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) N°48. 

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 00:18

Samedi, avec ma petite auto, cap sur Montreuil-sous-Bois pour le salon du développement buvable, et bien évidemment dès que j’ai passé les limites du périphérique, en bon parigot, je me paume. Dans les villes, ex-bastions du PC, quand on cherche son chemin, on a le sentiment de réviser le Who’s who des hiérarques du Kremlin. Je trouve enfin. Je me gare et je me dirige pédestrement vers la maison de l’arbre, un vaste hangar clos qui abrite en tant ordinaire une expo à la dévotion des icones de la gauche extrême d’un mois de mai qui a engendré, dit-on, tous les maux et les dérives dont nous souffrons. Ce matin, foin des souvenirs d’ancien combattant, c’est tout pour le développement buvable. Petit tour de chauffe, bonjour par-ci, bonjour par-là, l’ami Raymond, le Patrick, papotage, c’est si bon de se retrouver en terrain de connaissance. Tout ça c’est bien joli mais si je veux pisser de la copie pour votre compte faut que je m’y colle.

 

Comme toujours j’y vais à l’instinct. Tout au fond, près des sandwiches, le stand d’un savoyard. Y’a un petit paquet de monde devant, dont Jean-Marc http://levertetlevin.com/ un lecteur qui vend des vins bio sur la Toile. Comme je suis tout, sauf un pro de la dégustation, j’ai toujours du mal à me jeter à l’eau si je puis m’exprimer ainsi. Je décrète, est-ce l’ambiance du lieu, que je serai rouge. En clair que je ne dégusterai que les rouges de Jacques Maillet. Les 4 millésimes 2005, 2006, 2007, 2008 sont signés Autrement  sur un fond d’un beau bleu nuit étoilée avec tout en haut à droite de l’étiquette un quartier de lune. Paradoxalement la dégustation commence par Chautagne, le seul vin signé Gérard Maillet, une signature fine et aérienne qui file comme une étoile filante, blanc de nacre sur un fond grey flannel doux et lumineux. J’aime ! Tous sont des Vins de Savoie, assemblage de Gamay, Pinot Noir, Mondeuse.  

Plus je progresse dans la dégustation plus je me dis que cet Autrement affiché par Jacques Maillet n’est pas une posture mais l’expression d’une vraie démarche personnelle qui s’exprime avec une simplicité réelle et désarmante lorsqu’on découvre ses vins. Ils sont à son image, pleins de vie, agréables, discrètement chaleureux, des compagnons amicaux avec qui l’on à très envie de faire un bon bout de chemin ensemble. Vraiment, n’en déplaise aux modérés, je n’ai nulle envie de les recracher les vins de Jacques Maillet. Vin de soif d’abord avec Chautagne, puis millésime après millésime la découverte de vins de plaisir simple qui égayent la bouche, l’enchantent tout en exprimant un charme persistant, j’ai une préférence pour le 2005 qui vraiment à un goût irrésistible de revenez-y. C’est fin, c’est droit sans raideur, c’est du fruit nature. Emballé ! Je ne suis pas le seul en cet état.

 

Restait à lever le voile sur ce vigneron lunaire, discret mais oh combien attachant. Gentiment il me confie que je saurai tout de lui et de son aventure en allant sur le site des vins étonnants www.vins-etonnants.com. J’ose lui demander de faire la photo en compagnie de son épouse. Étonnés, ils se plient de bonne grâce à mes envies de paparazzi amateur. Rentré at home je renoue les fils. En 1991 est coopérateur à Chautagne. Son inclinaison naturelle le porte vers la culture biologique mais les robinets de la finance en disposent autrement. Contre mauvaise fortune bon cœur mais la cohabitation avec les pesticides lui est de plus en plus insupportable. En 1999, c’est le point de rupture il s'intoxique avec les produits de traitement. Trois années lui sont ensuite nécessaire pour récupérer. Pour pouvoir assurer la charge du travail en bio il divise son domaine par 2 pour ne garder que 3 ha 70 sur les hauteurs et se voit contraint de quitter la coopérative pour mieux valoriser son raisin. Le voilà donc sans cuve ni chai et une expérience de la vinification rudimentaire. Il trouve un accord avec la Coopérative : celle-ci lui alloue une cuve et l’oenologue assurera la vinification. Solution a minima une cuve mais 3 cépages noir sur le domaine, le Pinot Noir, la Gamay et la Mondeuse... « Eh bien on assemblera le tout ! Inédit en Savoie mais qu'importe ! » De plus avec une unique cuve, l'élevage de son vin ne pourra dépasser juillet, il faut de la place pour la prochaine vendange. La nécessité fait loi mais le vin de Jacques Maillet n'était pas aussi iconoclaste qu’il n’y paraissait car, avant la création des AOC savoyardes, les vins rouges du pays étaient justement des assemblages. Le cépage roi en Savoie c’est  l’œuvre des syndicats d’AOC. 

 

Jacques Maillet SARL Venaize-dessus 73 310 Serrières en Chautagne tel 04 79 63 74 56 jacques-maillet@orange.fr

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 00:00

« Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts… » Ce slogan « célèbre », qui nous est resté en travers du gosier, ce matin est battu en brèche par un étrange réceptacle en provenance de la perfide Albion qui a eu le très mauvais goût  de nous infliger une déculottée mémorable à Twickenham mais qui a eu le très bon goût  de laisser à l’Irlande un grand chelem qu’elle attendait depuis 1948, grand millésime puisqu’il s’agit de celui de mon irruption en ce bas monde . Dans ma grande sagesse je l’ai élu objet du mois. Je vous livre, pour une fois avec une économie de mots – j’entends certains s’exclamer : merci Berthomeau ! – une série de photos qui vous permettront de vous classer sur l’échelle de Richter de la descente rapide et du lever de coude et de pouvoir interroger vos compagnons de boutanche : « T’es Pig ou t’es Big Pig ? » D’accord ce n’est pas un verre à vin mais un verre à Brandy comme disent les british mais, concédez-moi que c’est un chouette objet que j’ai acquis pour une bouchée de pain à la brocante de la rue des Martyrs.



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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 00:09

Mon nom est Michel Smith et j’ai la chance d’être journaliste spécialisé en vins. D’aucuns me qualifient de critique et je le suis assurément. La saison des dégustations marathons bat son plein. Après le Millésime Bio de Montpellier, après le salon des Vins de Loire à Angers et juste avant Vinitaly à Vérone, il me faut sacrifier au rite annuel et hivernal des dégustations en vue des « spéciaux vins » de fin d’année.

Naguère, lorsque les magazines s’en donnaient les moyens, on allait sur place. C’était génial. On avait le contact direct avec le vigneron, on mettait les pieds dans la vigne. Maintenant, il faut se démerder, faire appel soi-même aux échantillons, gérer les verres, la casse, les cartons, les retards des livreurs et prier Saint Vincent pour que l’on ne soit pas trop envahi de bouteilles. Est-ce mon âge avancé, mais je commence à avoir horreur de ce genre de situation qui dérègle ma petite vie pépère de Parisien exilé dans le Sud profond.

Rendez-vous compte : cela m’oblige à être présent toute la journée pendant une semaine au moins à faire le pied de grue pour recevoir les vins, déballer dans mon réduit du quartier de la gare, au deuxième étage, quantité de cartons blindés de scotch et bourrés de chips, trier les bouteilles et finir par déboucher beaucoup plus de flacons qu’un honnête homme ne saurait boire.

Puis, une fois la première tempête passée (j’en suis là, aujourd’hui), goûter un trop grand nombre de vins, en tout cas beaucoup plus que prévu, se concentrer sur chacun, lui accorder du temps, noter ses impressions de manière claire. Ce n’est pas tout : il faudra ensuite vider les bouteilles dans l’évier, les ranger dans les cartons, les mener à la déchetterie… On ne s’imagine pas la pagaille que cela représente. Sans compter qu’il y a quantité de vins qui agissent tel un marteau piqueur en bouche, de vins fades et sans âme, d’autres bouchonnés ou enrichis en faux goûts…

Mais je ne vais pas pleurer plus longuement. D’autant que j’ai accepté une mission supplémentaire confiée par notre mentor, le Secrétaire Perpétuel Jacques Berthomeau qui souhaite me faire chroniquer un vin. Il pense naïvement que j’ai plus de mots justes que lui pour décrire le jus de la treille alors qu’il le fait si bien depuis des mois. Le pauvre ne sait pas « qu’un vin », pour moi, cela veut dire « plusieurs ».

Bon, j’aurais pu vous sortir trois ou quatre Gaillac, aller du côté de Duras ou de Bergerac dont les flacons attendent sagement dans un coin du bureau, vous parler de mes Jurançon préférés que je viens de re-goûter pour une mission confiée par Cuisine & Vins de France.

J’aurais pu évoquer ce mois d’Avril qui me fait penser à un vin rouge ô combien printanier - vin de table si je me souviens bien - qu’il m’arrivait de goûter jadis au Clos des Papes, à Châteauneuf, dans la cave de Paul Avril. Il me semble qu’il s’appelait le Petit Poisson d’Avril ou quelque chose du même acabit.

Vous parler aussi de ce Vin de Pays d’Oc 2007 que le steward d’Air France m’a servi ce midi sur le vol Paris-Vérone. Il accompagnait un horrible sandwich de dinde et je vous jure qu’il était sacrément bon au point que je l’ai dit au type quand il est passé ramasser les cadavres. Comme pour me remercier du compliment, il m’a fort gentiment tendu une seconde mini-bouteille (187 ml) de ce vin fait par la maison Skalli, ce qui ne me surprend pas d’ailleurs. Content de cette redécouverte, je me suis même promis en mon for intérieur, une fois arrivé à l’Hôtel Leon d’Oro, d’illustrer mon propos avec cette délicieuse petite bouteille qui n’a pourtant rien à voir avec mon sujet.


Mais je m’égare. Revenons donc quelques jours en arrière. Pour toutes les raisons évoquées plus haut, histoire de mettre du baume au cœur, j’ai décidé que ma première série de dégustation serait dédiée à l’Amicale des Buveurs de Vins et qu’elle serait proche de l’idée d’une fête. J’ai donc convié un complice. Emmanuel Cazes, avec qui je partage quelques rangs de Carignan soixant’huitards du côté de Tresserre, lequel a accepté de jouer ce rôle. Fils de Bernard Cazes, lui-même fils de feu Aimé Cazes. Emmanuel est un ami, comme le sont tous les Cazes : ils furent les premiers à m’ouvrir leurs caves dès mon arrivée dans le Roussillon, il y a 20 ans. Des gens biens qui ne disent jamais de mal de leurs voisins et qui sont toujours prêts à rendre service. Emmanuel, qui pourrait être mon fils, participe souvent à mes dégustations m’apportant un éclairage différent, une approche plus moderne du vin. En gros, il est moins chiant que moi et beaucoup plus ouvert. Pour le remercier de son aide, j’avais mis en cocote deux pigeonneaux dodus et parfaitement bardés que j’avais ramené l’an dernier du marché de Libourne et mis en pension au congélateur. Avant cuisson, ils furent dûment truffés de rabasses provençales également congelées, puis posés sur de jeunes poireaux, navets et carottes bio.
Pour les besoins d’un article, le thème de ma dégustation était tout bête : les blancs secs avec un lot conséquent de blancs de Provence, vins dans lesquels le Rolle (ou Vermentino, ou même malvoisie dans certains endroits) avait son mot à dire. Il y avait aussi un petit lot de blancs de Duras pour démarrer. À cause de mes pigeons et des parfums de truffe qui envahissaient la pièce, ce furent les vins de Provence qui tirèrent leurs épingles du jeu. Cinq au total nous régalèrent sur le pigeon, même si nous fûmes d’accords pour convenir qu’un vin de Roussanne, marsanne, grenache blanc et clairette, du style de ceux de la vallée du Rhône, eut été plus approprié, surtout avec quelques années de bouteilles.

Mais passons. Pour rester sur cinq vins, inutile de dire que la sélection a été rude. Elle portait sur une quarantaine de cuvées. Il manquait d’autres domaines, assez réputés, comme le Domaine de Rimaurescq ou encore le Château de Bellet, qui n’ont pas répondu à mes appels à échantillons. Pas de commentaires non plus sur le Domaine Gavoty. En bon pingre, j’ai préféré oublier les quelques flacons que je possède au plus profond de ma cave pour un futur plat de petits rougets, qui sait peut-être un homard. Je considère en effet les blancs de Roselyne Gavoty comme « hors classes » tant ils m’ont prouvé à maintes reprises comme étant capables de tenir bien au-delà de dix ans. Trêve de blabla, je vous livre ici mes commentaires sur les heureux élus de cette amicale matinée de travail.

- Le premier est un quasi pur Rolle (90 %, le solde en clairette) vinifié par une fille, Sophie Cerciello, qui exploite avec son mari, Didier Simonini, le Château Barbanau (www.chateau-barbanau.com) un domaine de 23 ha en bio classé en Côtes de Provence, entre Marseille et Toulon. Leur Clos Val Bruyère, petit bijou hérité de la grand-mère de Sophie, figure déjà au panthéon des plus beaux blancs de Cassis, appellation voisine qui, dans ses décrets, refuse le rolle. J’en reviens donc au Côtes de Provence 2008, assez limpide, marqué au nez par des notes d’ananas et de poire. On le sent droit en bouche, bien décidé, mais fort peu pressé à se livrer, ce qui ne l’empêche pas d’être copieux, épais, frais et persistant. À mettre de côté pour un grand repas. Son prix ? 8 €, comme quoi les meilleurs ne sont pas toujours les plus chers…

- Le second est un Coteaux-d’Aix 2008 issu du décor grandiose des Alpilles. Il s’agit du Mas Sainte-Berthe (www.mas-sainte-berthe.com) où l’on fait aussi un simple mais délicieux Baux en rouge, sorte de provençal aux allures bourguignonnes. Belle attaque pure sur des notes d’agrumes, pamplemousse rose en particulier. Bien sec, un chouïa minéral, dense, ce blanc pas compliqué nous gratifie d’une belle petite longueur. C’est un rolle curieusement associé au sauvignon. Dommage que l’appellation Baux-de-Provence laisse filer son rolle en Coteaux d’Aix, mais cette sorte de « déclassement » nous permet de profiter d’un prix avantageux. À moins de 7 € départ, c’est ce que l’on peut appeler une bonne affaire.

- Vient ensuite La Courtade, joyau bio de l’île de Porquerolles (à visiter) vinifié par un géant Alsacien nommé Richard Auther (www.lacourtade.com) qui fait aussi une jolie huile d’olive pour son patron de propriétaire. L’Alycastre blanc 2008 est un Côtes-de-Provence 100 % rolle très sympathique, génial à boire en plein air, le soir, sur une grillade de poissons ou à l’apéritif. Du dynamisme et des accents de fruits exotiques (mangue) avec une gentille petite longueur. Compter 8 €. Il faut débourser deux fois plus pour une grande cuvée beaucoup plus austère pour le moment, vu qu’elle a bénéficié d’un élevage particulier.

- Du grand style aussi du côté de la famille Combard qui, après une première expérience à Chablis, a repris, depuis 20 ans maintenant, le Domaine Saint-André-de-Figuière qui, déjà dans les années 80, faisait figure de pionnier bio dans le secteur de La Londe-les-Maures (www.figuiere-provence.com). La cuvée « Vieilles Vignes », Côtes de Provence 2008 (8,60 €) aux trois quarts rolle, est la plus réjouissante en dépit de son style assez technique : belle structure minérale, douces notes d’agrumes (mandarine, kumquat) et longueur assurée. Sa grande sœur, « Réserve Delphine » 2007 (près de 10 € de plus) entièrement rolle, affiche quant à elle son élégance et sa fraîcheur rehaussée de citronnelle. On lui réservera les plus grands poissons de Méditerranée cuits au four. Un saint-pierre, par exemple.

- Sur le sol d’origine volcanique du Domaine de Curebéasse, aux portes de Fréjus et de l’Estérel, les Paquette, venus du Jura, ont planté du rolle dès leur arrivée dans les années 50 sans se poser d’autres questions que de faire un bon blanc. Aujourd’hui, leur petit-fils, l’œnologue Jérôme Paquette (www.curbeasse.com), peut faire goûter des bouteilles de pur rolle de plus de 10 ans d’âge sans craindre les critiques, comme ce 1995 au subtiles notes d’épices douces, de miel de fleurs d’oranger et de poire confite. Son « Forum Juli » (il reprend le nom romain de Fréjus), Côtes de Provence 2008 ne dépassant pas 9 € départ cave, est joliment marqué par la fraîcheur et il persiste longuement en bouche pour finir en beauté au fond du palais. Je le sens bien sur une poularde.

Voir la charte de l'Amicele des Bons Vivants à la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) N°48. 

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