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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 00:07

Dans sa préface au livre de Maurice Constantin-Weyer : « L’âme du vin » - écrit en 1932 - Jean-Paul Kauffmann se devait de poser cette question et, bien sûr, d’y répondre avec la pertinence et le talent qu’on lui connaît.

 

 

Mon premier mouvement, après avoir lu ce beau texte, fut de vous en livrer l’intégrale car, en soit, il est « une création » qui n’a ni à subir l’exercice scolaire du résumé, que je n’ai jamais goûté au temps de mes études, ni à supporter celui du découpage en extraits par un élagueur de mon espèce.

 

 

Pourtant, après réflexion, je me suis dit que si je me contentais de publier un simple copié-collé ce serait céder à la facilité, pour moi comme pour vous.

 

 

Alors que faire ?

 

 

Me glisser dans ce texte, le visiter, me l’approprier…

 

 

 

Mission impossible que j’ai décidé d’entamer sans trop savoir si, comme souvent chez moi, j’allais la mener à bon port.

 

 

Avant même de me lancer dans cette aventure le fait que l’opus de MCW fut dédié à Charles Maurras « qui mieux que tout autre porte en son clair génie l’âme des vins » aurait du me rebuter et sa dénonciation de « l’ère du socialisme fatale au vin » me dissuader définitivement.

 

 

Et bien non, avec mon côté ex-enfant de chœur qui a mal tourné, j’ai jugé qu’à tout pécheur amateur de vin miséricorde et j’ai passé outre car c’eut été, pratiquer la double peine à l’égard de ce Goncourt 1928, pour Un homme se penche sur son passé, aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli, que de l’ignorer.

 

 

Convenez aussi que cet homme, né en Haute-Marne, tout grand amateur qu’il fut, qui regrettait la quasi-disparition du vin de son pays, le Coiffy, ne saurait endosser pour l’éternité les oripeaux du banni.( Le vin de pays des Coteaux de Coiffy raconté aux cancres

 

 

Et puis, comme le souligne Jean-Paul Kauffmann, « il eut une vie si peu française », en effet les débuts de sa vie furent aventureux : après ses études à la Sorbonne il émigre au Canada en s’établissant comme fermier au Manitoba. C’est un fiasco, il fait faillite et survit « en devenant tour à tour cow-boy, bûcheron, trappeur, marchand de chevaux et de fourrures, arpenteur » Convenez que ça a plus de gueule que d’être un jeune trader à la Société Générale se gavant de bonus et que cette vie « n’est pas sans ressembler à l’existence d’écrivains anglo-saxons comme RL Stevenson, Jack London ou Joseph Conrad qui ont fait l’expérience de ce qu’ils ont écrit, engageant leur vie par jeu et non par goût de la réussite. »

 

 

Enfin absolution extrême, l’aveu : « […] Sans son séjour au Manitoba, où pendant onze ans il ne boira que de l’eau, Constantin-Weyer reconnaît qu’il n’aurait jamais écrit L’Âme du Vin (1932), témoignage très précieux sur la façon dont une époque envisage le vin comme produit d’une civilisation […]

 

 

Alors, sans aucune réticence, sauvons donc cet oublié du monde des lettres car son Âme du vin « n’est pas une ode rétrograde à la gloire du vin français […] Constantin-Weyer n’appartient pas à la catégorie de ces aimables auteurs d’écrits chics sur le vin. Il connaît bien son sujet. »

 

 

Qu’il nous gratifiât de quelques lieux communs par-ci par-là, bien ampoulés, « élixir divin ou divin nectar » ou qu’il avançât quelques allégations vénielles telles que le Sauternes « ne gagne pas à une longue vieillesse » ou doit être servi à quatre degrés n’a guère d’importance car, comme le note JPK « chaque génération a ses tics. La nôtre en possède beaucoup, faisant exploser le vocabulaire œnologique dans tous les sens sans que pour autant celui-ci y gagne en précision. » et « les générations qui viendront après la nôtre pourront se payer notre tête à la vue de nos âneries car le vin, produit issu de la terre mais métamorphosé par l’homme, garde par essence la marque de notre imperfection. Depuis des siècles, cette faiblesse originelle donne libre cours à bien des bévues et des pratiques douteuses. Dans ce domaine, il n’y a pas de vérités absolues et éternelles»

 

 

Le petit chroniqueur que je suis, sans être flagorneur, tout empli d’orgueil qu’il fut, affirme qu’il partage cette forme d’humilité salutaire.  

 

 

Et puis, j’ose l’écrire, il y a du MCW en moi car il « possède une vertu que nous avons perdue : une forme de gratuité qui le porte à s’enthousiasmer sur les vignobles qu’il arpente. C’est un flâneur ingénu. Il s’engoue facilement. Dans son texte, il y a peu de jugements personnels sur la dégustation. Il ne sait pas trop qualifier les vins. Son vocabulaire est assez limité »

 

 

Rappel aussi d’un temps heureux […] « Comme cette époque nous paraît lointaine, presque exotique. Heureux temps où l’on pouvait boire dans n’importe  quelle brasserie une bouteille de cos-d’estournel ou de léoville-lascazes au prix d’un muscadet ou d’un beaujolais […]

 

 

Temps béni « où le plaisir de boire était naïf. Le vin n’était pas saturé de sens comme aujourd’hui. Les œnologues n’existaient pas. Il n’y avait ni expert, ni consultant, ni journaliste du vin. L’on ne se demandait pas alors s’il fallait faire passer aussi les pédants par la phase de pressurage ou les refroidir par tubulure. Il n’y avait que des amateurs […] »

 

 

Pour autant, je ne verse pas dans la glorification du passé car « même si le vin est devenu prétexte à une fuite en avant dans la recherche de la prouesse, d’où ces produits trop riches, confiturés, écœurants et finalement sans relief. Ne regrettons pas toutefois l’époque de MCW, la plupart des vins y étaient maigres et l’on comptait à peu près deux bons millésimes par décennie – à part le 1937, les années 30 furent particulièrement médiocres. »

 

 

Suis-je alors une espèce en voie de disparition parce que je me conforme à mon propre plaisir, à ma propre intuition ? Parce que j’aime tout simplement sans révérer l’opinion admise, ni me conformer au politiquement correct. Péché d’orgueil d’un ex-technocrate qui ne veut pas qu’on lui confisque son incompétence.

 

 

Oui toujours en revenir « au premier plaisir du vin qui n’est pas d’en parler mais de le boire. »

 

 

Oui « trop de sens, tue le sens »

 

 

Oui « cette hypersymbolisation a fini par lui faire perdre son caractère sacré et une bonne partie de sa puissance secrète. »

 

 

Pour autant, en perdant son halo spirituel, le vin a-t-il perdu son âme ?

 

 

Assurément non, et moi le Vendéen à la jeunesse confite dans la religion je ne puis regretter la sécularisation du vin. Certes, l’irruption de l’économique, la folie spéculative, pourraient m’ébranler, me faire pencher du côté des « regrettants », dénier les « vertus » d’un temps où « l’on ne rate très peu de millésimes » où « la plupart des appellations ont accompli leur aggiornamento » où « la médiocrité se fait de plus en plus rare » où « une génération de jeunes viticulteurs remet en question l’ « œnoscientisme » de ses parents… »

 

 

Comme Jean-Paul Kauffmann  je ne regrette pas le « bon vieux temps » de Maurice Constantin-Weyer.

 

 

Reste, qu’en devenant profane, le vin est en passe de se banaliser, d’être un produit comme les autres qui, pour se distinguer, se voit, soit  happé par un storytelling de pacotille, œuvre de communicants qui plaquent sur lui des mots formatés, gonflés, survitaminés, clonés, soit porté au pinacle par des faiseurs de mode qui le place dans l’univers de l’art.

 

 

JPK apporte, sur ce dernier point, une réponse sur laquelle certains feraient bien de méditer. « Une œuvre d’art est un idéal esthétique dont l’expression défie. Il n’est pas certain que l’émotion que nous procurent les beaux crus entre dans une telle catégorie. Le terroir n’est pas un absolu, pas plus que le vinificateur, censé interpréter et serrer au plus près la singularité de ce terroir, n’est un thaumaturge ou un créateur. Aussi bien ce qu’il élabore ou traduit est détruit par son accomplissement, l’acte de dégustation. Il ne reste plus rien d’un grand vin qu’on a bu, que son souvenir et sa force d’imprégnation. Ce n’est pas rien. Plutôt qu’une œuvre d’art, disons que le vin est un art de vivre, c'est-à-dire une mémoire et une transmission. »

 

Toutes les citations « entre guillemets » sont extraites de la préface de Jean-Paul Kauffmann que vous pouvez lire dans son intégralité, ce que je vous recommande fortement – je la publie avec l’autorisation de l’auteur – à la rubrique PAGES N°51. Je vous rappelle que « L’âme du vin » de Maurice Constantin-Weill est publié à la Table Ronde collection la petite vermillon.
 


 

 

 

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 00:07

Le Gustave rhabillé congédiait sans ménagement, la grande morue et le bas du cul, en leur demandant rien moins que d’aller, pour la première, se faire mettre par le zouave du pont de l’Alma, et pour le second, se faire sucer par la concierge. Ces deux carpettes s’exécutaient en toute hâte sans moufter. Vautré sur le canapé Gustave, juste avant qu’elle ne sorte, hélait la fille « Ramène ton cul grande salope ! » Celle-ci, tout sourire denté dehors, revenait docilement, en ondulant des hanches, vers cette grosse outre de Gustave qui se grattait consciencieusement les couilles. « Et ma mousse bordel ! T’as pas vu que je recevais du beau monde. Qu’est-ce qu’elle t’a appris ta putain de mère ? Faut tout de dire. Arrête de zieuter sur le beau gosse il n’aime pas les morues de ton espèce. Bouge tes fesses et ramène-nous aussi des bocks pour que ces messieurs s’envoient une pinte d’une bonne bière de prolos… » Le boutonneux assistait à la scène en affichant une soumission béate. Tous ces enfants de la haute-bourgeoisie expiaient les fautes de leur classe avec une ténacité muette proche de la débilité. D’Espéruche accompagnait la grande sauterelle jusqu’à l’office alors que Raymond se laissait aller à une petite sieste dans un fauteuil.

La Gauche Prolétarienne programmait des « opérations militaires » contre la presse « fasciste ». Selon Gustave, ces jeunes cons avaient décidé que la première attaque porterait sur le Parisien Libéré  d’Emilien Amaury, un ancien résistant, alors que, s’ils avaient eu deux sous de sens politique, ils auraient du s’attaquer à Prouvost, ancien ministre de l’Information de Vichy, qui possédait Paris-Match, RTL et des parts dans le Figaro. Bien évidemment je me gardais bien de faire part de ces réflexions à Gustave qui, en dehors de la vente de l’Humanité dans un passé déjà lointain, ne touchait pas le moindre journal et estimait que leur papier était tout juste bon à torcher son gros cul. Ses admirateurs de la GP, en dépit de leur cursus universitaire d’exception, se plaçaient sur une ligne très proche de la sienne. Pour eux, l’Aurore de Marcel Boussac le roi du textile, comme Prouvost d’ailleurs qui faisait lui aussi son blé dans ce secteur surtout basé dans le Nord, Minute le baveux haineux de l’extrême-droite, se retrouvaient dans le même sac que le Monde, le Nouvel-Observateur, l’Express car ils étaient, selon eux, « des appareils idéologiques » comme les radios, la télévision, l’Université, l’école, la justice, l’Assemblée Nationale, au service de la bourgeoisie qu’ils voulaient détruire. Le socialisme "vrai" ne s’embarrassait pas de nuances. Table rase, tout péter sans discernement comme pour exorciser leur incapacité à vivre dans le réel. Le quotidien des « larges masses », si triste, si petit, si sale, si minable, ils n’en avaient jamais connu la réalité alors ils se grisaient de mots et se défoulaient comme des potaches avec des barres de fer ou des manches de pioches comme seuls outils idéologiques.

Le scénario de l’attaque avait été mis au point au cours de « réunions secrètes » de la poignée de durs composant la branche « action » de la GP : une dizaine de gugusses qui se réunissaient toujours dans la même salle de Normale Sup, rue d’Ulm, la salle Cavaillès dite « des Résistants ». Du pain béni pour mes confrères des RG qui suivaient le déroulement des préparatifs en quasi-direct grâce à leurs informateurs. Comme l’écrit Joseph Conrad «  le terroriste et le policier sortent du même panier… » Les chefs de la GP, ne sortant pas eux de l’école de guerre, s’en tenaient aux principes d’Attila : d’abord bloquer la rue des Petites-Ecuries, siège du Parisien, avec une poignée de militants recrutés chez Renault, dans les facs de Vincennes et de Nanterre, vivier des luttes prolétariennes et puis, la nasse ainsi fermée, le commando des casseurs pourrait alors tout péter à l’intérieur des locaux. Sauf qu’in situ, des bourres, casqués et bien entraînés, les attendaient et allaient les mettre en déroute sans beaucoup de difficulté. Ce gros con de Geismar, hagard, avec une barbe de trois jours, hirsute et désemparé, débarquait le lendemain dans le « palais » de Jean-Edern pour y trouver refuge. « Trahis… » Pour les maos, l’appartement du patron de l’Idiot International constituait une base arrière de repli qu’ils estimaient sûre. Ça faisait bien rigoler Marcellin et ses séides qui n’ignoraient rien des allées et venues de ce futur beau linge : Serge July, André Glucksmann, Jean-Claude Milner, Christian Jambet… dont le devenir marquerait du sceau de l’opportunisme le mouvement de mai 68. Gustave se gondolait en se vantant d’être celui par qui la « République du président Pompe » se sauvait des griffes des tigres de papier

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 00:07

Ce samedi je confie la plume et la photo à des membres de l'Amicale des Bons Vivants. Faites-moi confiance ils ont du talent. Bonne lecture....

Ce n'est pas le cochon qu'il faut prendre en grippe…

Mexicain mais malheureusement pas basané, il fait la une depuis quelques jours. Non, il n'est pas aussi basané mais tellement plus productif, plus rentable que le porc noir de nos montagnes, le large white des élevages industriels de l'état de Vera Cruz. C'est là, vers la petite ville de La Gloria que se portent désormais les soupçons, c'est là qu'aurait débuté la pandémie, là que se trouverait le «patient zéro», un garçonnet de quatre ans, Edgar Hernandez. À La Gloria, tout le monde ou presque travaille à l'usine à cochons Granja's Carrol, un «camp de concentration pour animaux» sur lequel désormais les langues se délient. À cet égard, lisez notamment le dernier article du site d'information américain Grist. N'hésitez pas non plus à aller sur www.smithfielfoods.com , le propriétaire de Granja's Carrol. Smithfield, la plupart d'entre vous ignoraient cette entreprise jusqu'à présent ; l'inventaire de leurs marques commerciales vous permettra de comprendre que l'on peut facilement manger du Smithfield sans le savoir.

 Enfin, sans le savoir… Moi, mon cochon, je sais d'où il vient ! Je sais aussi qu'on vote plus efficacement avec sa fourchette ou en faisant ses courses qu'avec un bulletin de vote…

Revenons à nos cochons. Pour ce qui est de la grippe, l'enquête progresse, ne tirons pas pour autant de conclusions hâtives, n'invoquons pas trop vite la justice immanente, la punition divine pour ceux qui ont péché et sali la Nature, positivons, je voulais juste vous faire lire ou relire un hommage au "Prince de janvier" que j'avais écrit en 96 dans un bouquin sur le cassoulet :

« Mais, outre le haricot, il reste des premiers rôles à distribuer. Une autre vedette partage, avec lui, le devant de la scène : le cochon, celui dont la tonitruante extrême onction carillonne mieux que la cloche de l’office. Sa mort nous fait vivre. Du coup, on rit au gras enterrement du Prince de Janvier. À pieds, l’oreille tendue, fronçant le museau, la queue frétillante, sa couenne offerte, se tenant les côtes, il arrive le premier pour enseigner au haricot, encore un peu sec, l’art de prendre du lard. Cette prééminence interdit la médiocrité. Laissez tomber le porc au mètre cube14 tel qu’on le fabrique de Bretagne en Hollande. On ne se nourrit bien que de bêtes bien nourries et bien élevées. Le cassoulet réclame du cochon libre et gourmand. L’idéal — mais ce n’est pas tous les jours dimanche : du porc noir de Gascogne dont le gras au parfum de noisette embaumera votre cuisine. Il s’en promène d’excellents dans le Gers, chez Alain Brumont, à Maumusson-Laguian et dans le Tarn, chez Bruno Anglade, à Beauvais sur Tescou. Sinon, un vieux cochon auquel la saveur du gland, celles de la lentille ou de la patate ne sont pas étrangères fera parfaitement l’affaire. Surtout s’il a connu la belle étoile et que, d’aventure, il a fraternellement tutoyé la gnôle.

Sous peine d’avoir l’appétit coupé, ne mettez jamais les pieds dans une usine à salaisons - normalisée, agréée, bruxellisée et tout le barda - où le cochon, celte ou batave, arrive sous forme de cubes enrobés de plastique. Un cube de gras, deux cubes de maigre, la saucisse devient un jeu de construction. Méfions nous qu’à ce jeu du plus fou le cochon ne dépasse pas un jour la vache...

Ah, j'oubliais, ce soir, au menu, ce sera un rôti de porc dans l'échine, avec un peu de miel de romarin millésime 2009 que m'a porté Pauc, mon happy apiculteur de Castelmaure…

Vincent POUSSON Traverseur de déserts

Agneau rosé ou vin rosé par coupage – les moutons protestent !

Ainsi, pour l’agneau rosé, pas besoin de recourir à la saignée, et ne parlons pas de coupage, il suffit de prendre un agnelet bien blanc et le laisser vieillir encore 2 mois, de préférence pas dans une cave.

 

Concernant l’Agneau de Pauillac, Patrick l’a dit, il ne serait qu’un fantôme. Pourtant, je l’ai bien vu, il a bien le label rouge et l’Appellation Contrôlée, il vient de Pauillac, et il se vend pour moins de 7€ la... bouteille ! C’est le cadet du Mouton Cadet, et il est produit par un Baron. Comme tout le monde sait, le baron ou bas-rond est le quart arrière du mouton, composé de deux gigots et d’une selle.

Pour l'intégralité lire sur :

http://www.fureurdesvivres.com/news/agneau-rose-ou-vin-rose-par-coupage-les-moutons-protestent

 En direct de Bandol signé JP A

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 00:03

Il est des jours où je me dis : tu leur prends vraiment trop le chou à tes fidèles lecteurs, trop de mots Berthomeau, soit zen et tais-toi ! Alors en ces temps où le suffixe -itude s’accole à tort et à travers, feu Maurice Druon ne déclarait-il pas à propos de la « bravitude » chère à la « madone du PC », Poitou-Charentes pour les non-initiés, « Cette « bravitude » n’a donc rien qui doive nous surprendre. Elle nous conduit à la « nullitude » je ne tomberai ni dans l’ « excusitude » elle aussi très en vogue ces temps-ci, ni dans la « bienvitude » qui friserait la « mochitude » linguistique. La période est à l’incertitude mais, pour autant, ne tombons pas dans une certaine forme d’ingratitude en jetant le bébé avec l’eau du bain. Amarrons-nous, autant que faire ce peu, « au bon côté de la vie » et, en ce 1ier Mai, où l’on célèbre le Travail, par une journée de repos quasi universelle, soyons les premiers à célébrer « la méridienne attitude ».

 

Qu’est-ce donc « la méridienne attitude » ?

 

En Anjou, dans l’Anjou cher à Patrick de la Chaudefonds sur Layon, c’est « le repos de midi, la sieste après le repas et avant la reprise du travail « à chaque fois qu’il faisait mérienne, c’était la même chose… […] il rêvait » Étienne Pérochon, Nène voir ma chronique de samedi dernier La dictée du samedi et ses questions.  http://www.berthomeau.com/article-28765134.html . Dans le Vendômois c’est la mérienne et dans ma Vendée profonde : la mariénée sans doute parce que dans l’Aunis tout proche mérienner se dit « des brebis qui, à midi, se serrent toutes ensemble, la tête de l’une sous le ventre de l’autre, pour sommeiller, un peu à couvert du soleil » (in les mots du passé de Marcel Larchiver).

 

Dans son opus « L’art difficile de ne presque rien faire » chez Denoël, Denis Grozdanovitch, qui vit entre Paris et la Nièvre, écrit à propos de la sieste méridienne : « Le moment préféré de mes journées d’été demeure celui où, après le repas de midi, je m’achemine tranquillement jusqu’à notre ponton au bord de la rivière, sous le grand marronnier où j’ai installé mon hamac. Je m’y installe alors confortablement, un gros livre de philosophie (de préférence bien abstrus) à la main, et la lecture distraite d’une dizaine de ligne suffit amplement, en général, à me faire glisser dans ce que j’appellerais un sommeil de surface – très différent en cela de la profonde et souvent angoissante plongée nocturne – au cours duquel ma conscience, engourdie par une sorte d’agréable hypnose, continue d’enregistrer avec une sourde volupté le bruissement de la brise dans les feuillages, les dialogues entrecroisés et compliqués des oiseaux , le doux ronronnement du nid de guêpes dans l’aulne voisin et même le subtil friselis du courant le long des berges.

Je goûte alors – plaisir de la vraie vacance – au luxe suprême du demi-sommeil et de la demi-conscience qui sont les meilleures voies pour rejoindre ce fameux « cours des choses » si cher aux taoïstes de l’ancienne Chine, lesquels aimaient précisément à répéter que pour bien vivre il valait mieux ne vivre qu’à demi.

L’auteur donne ensuite la définition par le Littré du mot « dormition » qui est un terme ecclésiastique, mais comme il a trait au 15 août vous attendrez sauf à ce que notre « madone du PC » lance la « dormitude » Si vous ne vous êtes déjà pas endormi dès la 10ième ligne de cette chronique, sachez que mon Pépé Louis « faisait ses pâques » mais ne portait pas son éthique paysanne et vigneronne à la boutonnière  mais qui ne connaissait rien d’autre que le travail, aux beaux jours, s’offrait tous les jours sa petite mariénée à l’ombre du pailler. Enfin, pour préparer votre mérienne je vous propose d’accompagner votre déjeuner d’Effusion, un  vin d’Anjou d’un grand taoïste : Patrick Beaudouin. Pour la beauté de votre mérienne je l’ai photographié devant : « Une BOIRE à Saint-Rémy-La Varenne en Anjou »in Loire Sauvage de Louis-Marie Préau et Philippe Huet éditions Hesse.


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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:09

« Jean-Marie Bouldy a été formé dans un lycée agricole, ses maîtres lui ont enseigné la viticulture et l’œnologie […] À la sortie de l’école, il rejoint la vigne familiale, Château Bellegrave, où il travaille avec son père. […] Quand il a repris la propriété en 1980, Jean-Marie gérait déjà 130 hectares de vignes pour 6 propriétaires différents. »

 

Quelques réflexions de Jean-Marie Bouldy qui traduisent son évolution :

 

« J’ai appris la plante, la vie de la plante, mais personne ne m’a appris à raisonner… »

« Nous étions suivis par des techniciens qui s’occupaient des sols, des maladies, etc. Le savoir évoluait à toute vitesse, nous leur faisions confiance, un peu comme à des médecins de famille. Il y avait un problème, ils apportaient une solution. »

« Tu vas participer avec ton vin à la nourriture humaine, or tu t’empoisonnes toi-même si tu ne te protèges pas, et tu empoisonnes tout le monde… »

« J’avais la tête dans le guidon, pas le temps de réfléchir, et puis il n’y avait pas d’informations sur des méthodes alternatives. À partir de l’an 2000, j’ai allégé ma charge de travail, ce qui me donne plus de temps pour raisonner. »

Donc à partir de là : « Il a remis en question tout ce qu’il a pu. Son père, bien que retraité, l’a accompagné dans cette aventure pratiquement jusqu’à son dernier souffle.
L’histoire du Château Bellegrave pourrait-être le journal d’une amitié entre un père et un fils, d’une confiance inébranlable l’un dans l’autre. Le résultat, c’est une façon d’envisager la culture qui rejoint par bien des points celle d’Anselme Selosse : le retour à la terre. »

Les belles histoires, emplies de pâte humaine, je les aime. Celle-ci est contée  dans un petit livre vert : « L’Intelligence du Jardinier » par Anne-France Dautheville chez Arthaud. Dans son essai, d’une plume fluide, dépourvue d’outrances, elle prône le respect des plantes. « En massacrant la plante, nous rongeons la vie. Et pourtant, nous savons comment agir autrement, sans y perdre notre bien-être. Il suffirait de considérer notre monde d’une autre façon ; de comprendre d’où il est né, qu’il est toujours en train de naître, jour après jour, non point de notre intelligence, mais du travail discret, obstiné de la plante. »

 

Le retour à la terre dont il est question est celui de Claude et Lydia Bourguignon « Le sol, la terre et les champs » aux éditions Le Sang de la Terre qui « détaille les très subtiles complémentarités entre les minéraux, l’air, l’eau, les bactéries et les animaux. Des mécanismes incroyablement astucieux relient les plantes à tout ce petit monde ; le paysan au fil des ans, au fil des millénaires, a su s’immiscer dans ce concert sans jamais l’interrompre… » écrit-elle. Tout l’esprit de l’auteur est résumé dans une note en bas de page « par principe, je ne démolis jamais un livre, et je ne parlent que de ceux qui m’enthousiasme… »

 

Je lui laisse la plume dans la continuité de son récit :

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 00:08

En ces temps difficiles, j’entends ici ou là des esprits chagrins distiller des doutes sur le bien-fondé d’une Amicale des Bons Vivants. Pour eux un Bon Vivant serait l’héritier en ligne directe du bombocheur, celui qui ne menait qu’une vie de plaisirs, désigné aussi dans le langage populaire sous le nom de noceur, de bringueur, celui qui fait la java, la foire, la bombe quoi ; et faire la bombe, bombocher, c’est bien sûr abuser de la bonne chère et du bon vin. « Je trouve ça drôle que mon conseil de famille, qui s’est toujours montré si sévère pour moi, soit composé précisément des parents qui ont le plus fait la bombe, à commencer par le plus noceur de tous, mon oncle Charlus […] » notait Proust, dans Sodome et Gomorrhe.

 

Ne leur en déplaise nous ne sommes pas des Charlus ! Pour autant nous ne sommes pas des bonnets de nuit : faire la fête entre parents, entre amis, autour d’une belle table avec de beaux vins, ou aux beaux jours sous la tonnelle avec un petit rosé bien frais et des grillades ou, pour clore la question : où nous le voulons, comme nous le voulons, avec qui nous le voulons, jusqu'à pas d'heure, avec de la musique, des bulles… Nous n’avons pas à nous excuser, à demander l’autorisation aux gardiens de notre santé de « prendre la vie du bon côté » qui est la définition du Bon Vivant donnée par le Robert. D’ailleurs, c’est bien ça qui embête ces chevaliers à la triste figure, car elle a tellement de mauvais côtés la vie que, prôner de la prendre du bon, c’est oser proposer une assurance au « tiers collisionnel » contre le mal-vivre qui est un peu leur fond de commerce. Essayer de vivre au mieux, avec les moyens du bord, comme prévention y’a pas mieux, nul besoin d’ordonnance et de carte vitale.

 

Nous ne sommes pas très prétentieux à l’Amicale des Bons Vivants, qui peut aussi se décliner en Amicale du Bien Vivre, nous n’exhibons aucune étude sophistiquée et à caractère universel, nous ne balançons pas des spots à la télé pour dire comment il faut manger ou bouger, nous ne vous conseillons rien, nous ne prétendons pas vous garantir la vie éternelle sur terre, ni ailleurs bien sûr, nous nous contentons de dire que notre vie est d’abord entre nos mains. Trop d’hygiène tue l’hygiène ! Trop d’interdits tuent l’esprit de responsabilité. Laissez-nous développer nos anticorps sociétaux ! Laissez-nous réapprendre à vivre ensemble, et si possible à bien-vivre ensemble. Pour ce faire, la maison Vin&Cie l’espace de liberté vous propose ce matin la figure n°1 du Bien Vivre mode d’emploi : un dîner à Fiesole.

 

La scène est paisible, une fenêtre ouverte sur la campagne nimbée d’un ciel cotonneux, deux couples qui viennent de finir leur repas comme en atteste la serviette posée sur la table, le morceau de pain, l’assiette de fruits et la carafe de vin bien entamée. L’un des convives tire quelques accords de guitare sous le regard de la femme assise, peut-être la maîtresse de maison, alors que l’autre homme fume une cigarette observé par un chien. Devant la fenêtre, debout, l’autre femme semble songeuse. Pas très gai comme tableau me direz-vous… En êtes-vous si sûr ? Ces quatre personnages figés par l’artiste, imaginez-les au cours du repas qui a précédé : tout d’abord ils se sont retrouvés, en dînant ils ont échangés, ri peut-être, parlé de la pluie et du beau temps, des nouvelles du moment, de leurs lectures, de tout et de rien, et maintenant dans la paix d’un milieu d’après-midi ils laissent le temps s’écouler. Ils n’ont pas la télé. Même dans une vie bien remplie, prendre du temps sur son temps, autour d’une table, simple, est une forme du bien vivre…

 

Petit détail : le tableau de Bacio Maria Bacci (1888-1974) est intitulé Dîner à Fiesole peinture sur toile (201x160) Galerie des Offices à Florence car le dîner était autrefois le premier repas de la journée. De nos jours l’appellation dîner s’est substituée à celle de souper qui est bien sûr le repas du soir. Fiesole est une charmante petite ville d’origine étrusque proche de Florence ; on y accède par une route toute en lacets…

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 00:02

Avec un tel titre, je sais le clan des blouses blanches et certitudes incorporées va m’accuser de tirer la couverture à notre juste et belle cause du bien-vivre. Faux, je ne fais que retranscrire avec honnêteté les propos d’Estelle Masson, maître de conférences en psychologie sociale à l’Université de Brest, dans le cadre de l'émission « « Ça ne mange pas de pain » de mars 2008. Le thème de l'interview : Les malheurs des mangeurs : consommateur ou citoyen, faut-il choisir ? »  

 

Comment les Français mais aussi les Américains, les Italiens, les Anglais, les Allemands ou les Suisses gèrent-ils leurs rapports à l’alimentation ?

Quelles sont leurs représentations de l’alimentation, du corps, de la santé ?

Pourquoi compte-t-on cinq fois moins d’obèses en France qu’aux Etats-Unis ?

Voici quelques unes des questions que Sylvie Berhier, de la Mission Agrobiosciences lui a posées.

 

Pour vous mettre l’eau à la bouche je vous propose quelques extraits de ses réponses, libre à vous de vous reporter au script original.

 

« […] D’autre part, depuis une vingtaine d’années, on nous prédit qu’en France il y aurait bientôt autant d’obèses qu’aux Etats-Unis. Effectivement, le taux d’obésité a augmenté en France, mais il reste l’un des plus bas des pays développés. Donc, nous nous sommes posé la question de savoir si on ne pourrait pas trouver, dans le rapport que chaque culture entretient à l’alimentation, des éléments de réponse à ce phénomène. Et n’y aurait-il pas dans certaines cultures, notamment la culture française, quelque chose qui opérerait un peu comme un facteur de préservation contre l’obésité […] »

 

« […] Alors comment se définit le bien manger chez les uns et les autres ?
C’est un des principaux résultats de notre enquête. Nous avons réussi à mettre en évidence l’existence de deux modèles du rapport à l’alimentation. En schématisant, d’un côté, on observe la prédominance d’une conception individualiste de l’alimentation ; de l’autre, une conception plus traditionnelle. Dans la conception individualiste, tout s’articule autour d’une approche nutritionnelle et se ramifie autour des questions de liberté individuelle, de choix et de responsabilité individuelle. Et, dans cette logique-là, pour bien manger, il appartient à chacun, individuellement, de faire les bons choix. Cette gestion individuelle de l’alimentation va souvent s’accompagner d’une culpabilité, parce que contrôler son alimentation au quotidien est perçu comme un travail relativement ardu, les dérives sont si faciles et rares sont les individus qui déclarent parvenir à toujours se contraindre à faire les bons choix. 

 

On est, là, sur le modèle anglo-saxon...

Oui et notamment celui des Américains. Pour eux, bien manger c’est se procurer les bons apports nutritionnels. L’approche est très diététique dans le sens où ils ne parlent pas de manger des plats mais d’incorporer des nutriments. Elle est aussi très individualiste dans le sens où il va falloir à chaque individu trouver ce qui lui convient personnellement et est adapté à son corps.

On a l’impression, qu’ils mangent sur ordonnance médicale...

Quasiment, oui ! Leur référent très fréquent est la fameuse pyramide alimentaire où il est indiqué les proportions de chaque famille d’aliments à consommer.

Du côté des Européens - on va dire des bons vivants- comment ça se passe ?
Les bons vivants, eux, vont accorder une importance beaucoup plus centrale à l’aspect collectif, convivial de l’alimentation. Et pour eux, bien manger, c’est avant tout manger avec d’autres, partager un repas donc, en quelque sorte, c’est aussi soumettre leur appétit à un certain nombre de règles collectives. Là, il n’est plus du tout question d’une approche diététique et nutritionnelle de l’alimentation, mais plutôt d’une approche culinaire. Ce qui compte, ce sont les plats, ce qui est mangé dans le cadre d’un repas. Bien manger, c’est manger de bons plats, bons à être partagés avec d’autres commensaux dans un espace-temps dévolu à cette activité. Un autre point sensible dans ce modèle traditionnel : le rapport à l’alimentation apparaît beaucoup plus serein. La notion de plaisir est très présente que ce soit le plaisir du partage ou encore le plaisir gustatif. […]»

«  […] Le principal enseignement que l’on peut tirer à notre étude, c’est que, sans doute, il n’y a rien à gagner à faire trop d’éducation nutritionnelle. L’éducation nutritionnelle - et la médicalisation de l’alimentation - est contre-productive car elle tend à individualiser le rapport à l’alimentation. Elle tend à obliger chaque individu, seul et souvent désemparé, à faire des choix. Elle l’oblige à se construire individuellement une alimentation qui lui soit personnellement adaptée, ce qui est pour ainsi dire impossible. A mon sens, il vaudrait mieux insister sur les dimensions conviviales de l’alimentation et l’importance du partage, de laisser à la culture jouer son rôle de guide des pratiques et de faire en sorte, aussi, que les aliments, la nourriture ne soient pas perçues comme des menaces, des dangers, mais de permettre aux individus de les ré-apprivoiser et d’être confiants […]»

Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’article veuillez vous reporter à la rubrique PAGES N°50  Comment les français résistent-ils à l’obésité ?

Si vous pensez encore qu’adhérer à l’Amicale des Bons Vivants est une plaisanterie de vieux potaches j’espère que cette lecture vous fera changer d’avis.

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 00:03

Ce matin je me lance dans une nouvelle engeance chroniquer sur le vin, bien sûr, mais en rebondissant sur l’évènement qui m’a donné l’occasion d’écrire cette chronique. Je m’explique.

 

Acte 1      « Je suis un grand-reporter baroudeur »

 

Scène 1: un beau matin je file rue Wurtz chez mon boulanger-pâtissier préféré Laurent Duchesne (« L’Avi * de Nicolas et de Carla » Grenache Noir Tuilé Rivesaltes Bacchus 2008 http://www.berthomeau.com/article-29240948.html ) pour acheter pain et croissants. Comme je suis un grand-reporter baroudeur aux sens toujours en éveil, à la caisse mon regard tombe sur une pile de petits magazines papier glacé. Titre : Cigale et en sous titre : Le magazine de l’art de vivre au parisien. C’est gratuit : je prends.


Scène 2: rentré chez moi j’ouvre et je feuillette Cigale. Page 8 Oser changer de vie alléchant – non que j’eusse envie de d’échanger la mienne si riche – très alléchant car la photo montre un homme le nez plongé dans un verre de vin rouge. Mes élytres s’animent. Qui est-ce ? Pascal Fulla qui est passé d’une compagnie aérienne à la vigne dit la légende. Very good me dis-je ! Je note aussi que ce gratuit est sponsorisé par la Confédération-Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie. À quand le gratuit sponsorisé par la Confédération Nationale du Vin (rires dans la salle) ?

Scène 3: je lis l’article bien sûr et je constate que Pascal Fulla est passé d’Air Littoral au Mas de l’Écriture (tient ça va rappeler des souvenirs à Catherine Bernard qu’est passé de Libé à la vigne). Je surfe sur le Net, tel un australien bronzé et musclé, pour voir de quoi il retourne de ce Mas de l’Écriture. J’y lis que le mas de « l'Ecriture était au prix Goncourt 2005 ! Le 3 novembre dernier un double magnum d'Ecriture 2000 a été servi au jury du prix Goncourt. Notre vin a été servi sur Un râble de lièvre rôti au poivre et paprika. Nous sommes très fiers d'avoir été associés à cet événement. ». J’écris à Pascal Fulla pour lui demander où, dans le Beau Paris, je pourrais me procurer un beau flacon de son nectar littéraire. S’ensuit un échange écrit et parlé. Je passe sur les questions d’intendance propres aux petites entreprises individuelles. Je suis en possession d’Emotion Occitane design by Stratos, un Coteaux du Languedoc 2005.
 

 

Acte 2  « Je suis en carafe : je décante »

 

En clair je cherche, sans savoir ce que je cherche vraiment, en me disant que je vais trouver. Me retrouver face à une nouvelle bouteille pour chroniquer me laisse sur ma faim. J’éprouve le besoin de me frotter aux vignes. Une soudaine fringale de mâchon me taraude et je m’imagine assis le cul sur l’herbe à l’ombre d’un pin parasol en train de savourer une tartine de sardines à l’huile millésimées (http://www.berthomeau.com/article-15658750.html ). Ça donne envie de donner un compagnon à ces sardines embeurrées de beurre salé de Noirmoutier : alliance de l’Atlantique et de la Méditerranée. Convoquer l’Emotion Occitane ! Pourquoi pas, mais boire en rêve un vin que je ne connais pas dépasse les limites de mon imagination… Celle-ci, tel le cave, se rebiffe et me susurre que si je suis un si piètre écrivain pour le temps de cette chronique sur le Mas de l’Écriture je devrais prêter ma plume, même si ne je ne suis pas Pierrot, à un pro de l’écriture. Et les connections se font, je ne suis pas encore Alzheimérien…

 

Acte 3  Mas de l’Écriture  : donc écrivain : donc Patrick Besson

- Why
Patrick Besson?

- Deux raisons… 
- Lesquelles ?
- La première et la seconde...

Scène 1 : La première c'est l'allergie pour les journaux gratuits que je partage avec Patrick Besson qui a commis une cronique sur Les Journaux gratuits  in Nouvelles Mythologies au Seuil

Ces Nouvelles Mythologies se veulent les héritières de Mythologies de Roland Barthes avec sa célèbre phrase « le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante fromage et sa culture. C’est une boisson-totem… »
Voilà donc la 1ere raison car, comme chacun sait, le vin n’est plus une boisson populaire et certains grands manitous de notre grand secteur devraient se demander pourquoi, analyser leur part de responsabilité, avant de foncer comme des taureaux de corrida sur les provocateurs d’en face. Mais c’est une autre histoire que je vous conte depuis fort longtemps : il faut toujours assumer l’intégralité de son héritage pour en être digne.

 
Je reviendrai, au titre de Secrétaire Perpétuel de l’Amicale des Bons Vivants sur les Journaux gratuits chers au cœur du féroce Besson (Patrick bien sûr, voir « Petit jeu d'été : les bessons et les Besson » http://www.berthomeau.com/article-19079972.html.

 

Scène 2 : La seconde c'est que Patrick Besson a écrit la plus belle chronique en réponse à Hervé Chabalier : Sot d’eau dans Le Point du 8 Décembre 2005. Je vous l'offre au nom de l'écriture et de son Mas

 

« Tout le monde critique Hervé Chabalier.

Mais moi je le comprends.

L'une des meilleures choses sur terre est le vin et Hervé n'a plus le droit d'en boire.
Ce serait supportable pour lui si personne n'en buvait.
Pour Hervé, tout verre de vin est mauvais car il le mènerait à la bouteille, puis à la caisse, puis à la cave, puis au cercueil. Il ne lui viendrait pas à l'esprit que nous n'avons pas ce problème-là avec l'alcool. Que lorsque nous buvons une slivovica le matin, nous sommes au thé le soir. Que le vin arrose nos meilleurs déjeuners de copains mais que l'eau ruisselle sur nos adorables dîners familiaux. Qu'un scotch chasse notre mélancolie mais que c'est le jus de pomme qui nous désaltère. Qu'une première bière est amusante mais qu'une seconde est rasoir. L'abstinence à laquelle, par exaspération, Hervé veut nous réduire est indispensable à sa survie, mais pas à la nôtre. S'il a eu la faiblesse de se laisser ligoter par l'alcool au point d'être aujourd'hui condamné à la sobriété pour le restant de ses jours, il n'y a aucune raison pour que nous, qui avons su conserver notre liberté face à la boisson, nous devions matin, midi et soir baigner notre bouche heureuse, notre langue délicate et notre palais sensible dans l'eau et uniquement dans l'eau.

Il a du pain sur la planche, Hervé. Mais les anciens alcooliques ont de l'énergie à revendre. Exemple : George Bush. C'est pour quand, alors, le bombardement de la Syrie ? Ce n'est pas qu'on s'ennuie, mais George était parti sur les chapeaux de roue et là, il y a comme un ralentissement dans ses expéditions guerrières. Une sorte de manque d'agressivité. Je me demande s'il ne se serait pas remis à boire. A la place de Barbara, j'inspecterais avec attention le Bureau ovale, au cas où le président des Etats-Unis y planquerait des bouteilles. Passons. Première tâche de Chabalier : caviarder sévèrement l'Evangile. Parce qu'à Cana Jésus, il ne multiplie pas les bouteilles de Badoit. Et le soir de son arrestation, qu'est-ce qu'il sert à ses disciples ? Pas du Fanta, que je sache. Buvez-en tous, car ceci est de la menthe à l'eau. C'est bon, la menthe à l'eau, mais ça n'a jamais eu la couleur du sang. Du sang du Christ.

Les gens qui boivent de l'eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l'eau. Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l'eau, il n'y a rien de mauvais, car il n'y a rien.»

 

Ne vous z'inquiétez pas nous l'ouvrirons cette belle bouteille, où et quand : Dieu seul le sait !

 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 00:05

Sous le président Pompe, en dépit de l’obsession de l’ordre et la parano des complots de son Ministre de l’Intérieur Marcellin, entrer dans un immeuble cossu des Invalides tenait du jeu d’enfant. Les digicodes n’existaient pas et il me suffit d’exhiber ma carte tricolore sous le nez de la pipelette pour que la voie qui conduisait au nid d’amour de Gustave soit ouverte. Dernier étage, un duplex avec terrasse, l’ascenseur embaumait le jasmin et nous étions gais comme des pinsons. D’Espéruche nous avait rejoint pour le dessert et il avait compensé son handicap alcoométrique par rapport à nous en s’enfilant, avec des mines de colonial luttant contre le palud, une ligne d’Armagnac d’un âge canonique. Allions-nous adopter la ligne dure du genre : « Ouvrez police ! » ou la méthode pépère d’employé du gaz : je sonne ? D’Espéruche, vicelard, nous vendit, sans grande difficulté, l’intrusion par surprise. « Rien ne vaut la prise sur le vif pour déstabiliser l’adversaire… » De sa petite trousse en cuir il tira ses instruments chirurgicaux et, avec des gestes d’une grande précision, il crocheta la serrure en moins d’une minute. Dans le hall d’entrée, plus grand qu’un F3 de la Courneuve, aux murs laqués de noir, une paisible vache normande naturalisée se contemplait dans un grand miroir alors que deux mannequins de vitrine asexués, nus, assis sur une bergère nous fixaient de leurs regards vides. D’Espéruche murmurait « c’est un lupanar…»

Notre intrusion laissa de marbre une grande sauterelle, pieds-nus, aux cheveux longs et sales, clope au bec, en salopette bleue constellée d’encre, qui tirait des tracts sur une vieille ronéo hoquetante. À ses côtés un jeune boutonneux, gras et bas du cul, boudiné dans un jeans, ne prit même pas la peine de se retourner pour nous lancer « si c’est pour Gustave vous feriez mieux d’attendre ici il n’aime pas qu’on le dérange quand il fait sa sieste… » Face à une telle décadence d’Espéruche n’en croyait pas ses yeux et il me put s’empêcher de rétorquer « Et il l’a fait où sa sieste ce gros con ! » Un tel qualificatif, inusité en ce lieu entièrement dédié au bien-être de l’unique représentant des couches exploitées par la bourgeoisie, fit sortir de ses gonds le morveux. Ses petits crocs, tout jaunis par la nicotine, dehors, il aboyait. « Vous êtes qui vous ? » Du tac au tac je le contrais avec la réponse-type « des ouvriers de chez Citroën camarade… » Tout en s’essuyant les mains avec un chiffon sale il nous examinait avec suspicion. « Dans cette tenue… » Raymond, piqué au vif, le retoquait « qu’est-ce qu’elle a notre tenue ? Faudrait peut-être qu’on soit crade petite tête pour coller à tes petites images du prolo. Désolé de te décevoir nous, quand on sort, on se nippe mon gars. Ce n’est pas parce que tu singes l’ouvrier avec tes paluches dans le cambouis que tu dois nous manquer de respect… » La tirade produisait son effet, l’apprenti révolutionnaire rendait les armes tout en maugréant « Gustave n’attendait pas de la visite… » Je le séchais durement « Normal nous venons lui apprendre une très mauvaise nouvelle… » Le jeune couillon n’eut même pas l’audace de me demander de quoi il s’agissait.

Gustave effectivement dormait. Il dormait sur le ventre, nu comme un ver. D’Espéruche le réveilla sans ménagement. Il se débattit, poussa des grognements, avant que sa face, boursouflée et molle, ne s’anime de soubresauts visqueux et que, dans un ultime sursaut, il ne se redresse sur son céans en jetant sur nous des regards effarés. Enfin, reprenant un peu ses esprits, il grommelait en me regardant : « Mais qu’est-ce que tu fous ici ? » Je ricanai « Je viens prendre de tes nouvelles. Tu te fais rare mon Gustave. La grande maison s’inquiète tu sais... » Il se regimbait « Et toi ça fait un bail qu’on ne t’a pas vu. Moi je fais mon boulot, honnêtement… » Comme l’heure n’étais pas aux explications j’envoyai Gustave balader en lui intimant l’ordre de se rhabiller. Il résistait « je n’ai pas d’ordres à recevoir de toi… » D’Espéruche intervenait « tu rempoches vite fait ta viande gros lard sinon je te passe les burnes au chalumeau… » Gustave braillait « c’est qui se nazi ? » En lui tapotant la couenne je le rassurai « Un pote de Bigeard gros fion ! » Raymond qui s’était tenu jusqu’ici en retrait le vannait en l’attaquant sur sa fierté de mâle « dis-donc la balance tu ne serais pas aussi un peu vantard sur les bords ? Elle est où la belle Sonia ? Celle que tu es censé calcer à l’heure qu’il est ? » Piqué au vif le Gustave reprenait du poil de la bête « C’te morue elle a p’tète un beau cul et des gros nichons pépère mais c’est une gouine. Moi j’n’aime pas les lécheuses de chatte… » Je le coupais sèchement « Ferme ta grande gueule et habille-toi, la récréation est terminée mon gros. Maintenant tu vas bosser pour moi et je n’aime pas les ramenards ». En enfilant son slip il me toisait d’un regard mauvais : « Bosser pour toi mais t’es louf… » J’opinais  en ajoutant « t’as tout juste Auguste, mais t’as pas le choix. La belle vie c’est fini. Tu montes en première ligne et avec nous c’est ta peau que tu va jouer… »

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:19

Ce n’est pas la dictée de Bernard Pivot, pleine de pièges, mais une comme celle que mademoiselle Bry, à l’école Ste Marie de la Mothe-Achard, nous faisait calligraphier à la plume sergent major trempée dans nos encriers emplis d’encre violette. Exercice de style suranné d’un de nos auteurs vedettes, car né dans ce confetti de la  Vendée militaire : « la Petite Église », donc protestant et instituteur de la laïque qui publiera en 1909 son premier roman Les creux de maisons sous forme de feuilleton dans l'Humanité le journal de Jean Jaurès.

 

« L’air était vif et jeune ; la terre fumait. Derrière le versoir, mille petites haleines fusaient, droites précises, subtiles ; elles semblaient vouloir monter très haut, comme si elles eussent été heureuses d’échapper enfin au poids des mottes et puis elles se rabattaient et finissaient par s’étendre en panaches dormants. Le souffle oblique des bœufs précédait l’attelage et remontait, couvrant les six bêtes d’une buée plus blanche qu’agitaient des tourbillons de mouches.

Des hochequeues voletaient d’un sillon à l’autre ; les plus proches avaient l’air de petites personnes maniérées et coquettes ; les autres n’étaient que des flocons de brume très instables ; on ne les voyait guère, mais on les devinait nombreuses et fort occupées à chasser les bestioles maladroites et lentes, effarées d’être au jour. Dans le haut du champ, une pie se détachait nettement, raide et sérieuse comme un beau gendarme.

Au-dessus de la brume, la lumière régnait, merveilleusement blonde. Le versoir supérieur de la brabant resplendissait et le coutre, dressé dans le soleil, semblait une épée massive, l’épée d’un cavalier nain, trapu et lent.

Ils étaient deux hommes à travailler là. Le plus jeune, un gars de dix-sept ou dix-huit ans, aux membres encore mal jointés et aux mains énormes, épandait du fumier ; il chantait ; sa voix douteuse d’adolescent détonait par éclats lourds qui s’envolaient quand même, tant l’air était sonore.

L’autre qui labourait ne chantait pas ; mais comme son compagnon, il sentait la joie de l’heure. Il venait de se reposer tout un dimanche et, en ce commencement de semaine, l’outil lui paraissait léger. Il était de taille haute et droite avec une tête fine et des jambes un peu longues. Son chapeau rond, posé très en arrière, laissait à découvert sa face brune, maigre, complètement rasée ; ses yeux noirs jouaient avec agilité.

Il conduisait ses bêtes par gestes mesurés, sans cris. Il avait pourtant deux bouvillons au dressage, mais il les avait placés au milieu de l’attelage et tout de suite enlevés en un si rude effort qu’il les tenait maintenant sans peine, éreintés et craintifs. Même au bout de la raize, les bouvillons suivaient docilement les bœufs en tête ; le laboureur n’avait qu’à soulever sa charrue et à la retourner tranquillement sans craindre d’être enlevé par son attelage. Il s’était imaginé la terre trop sèche et il avait lié trois jougs pour un labour profond. Et voilà que cette façon se trouvait excellente. Il avait mis son régulateur au dernier tour et le soc mordait franchement, très bas. Le « talon » laissait dans la raize une traînée fraîche et les mottes, en bonne trempe, s’émiettaient d’elles-mêmes en croulant au soleil ; un léger hersage et la terre serait prête, fine comme cendre.

Les yeux du laboureur riaient parce que toute sa pensée était à son travail et que ce travail était à son gré. »

 

Ernest Pérochon NÊNE

 

QUESTIONS :

1-      Dans quelle région se passe cette scène de labour ? Et pourquoi l’auteur la situe-t-il là ?

2-    Ce roman a obtenu un Prix littéraire en 1920 : lequel ?

3-     Vocabulaire :

a)    que désigne l’auteur sous l’appellation « la brabant » ?

b)   qu’est-ce qu’un coutre ?

c)    que signifie « lié trois jougs » ?

d)   définir ce qu’est la raize ?

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