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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 00:09

« Fille de la misère » suivant selon l'expression de Charles Gide, grand universitaire, oncle de l'écrivain et théoricien des coopératives de consommation, « filles de la misère et de la nécessité » : pour ceux qui sont dépourvus de moyens financiers, le regroupement et la solidarité sont les seules armes disponibles. La coopération vinicole le fut incontestablement dans les premières années de ce siècle. Face à la crise, face aux difficultés économiques accablantes, il fallait résister, se grouper pour être plus forts et la solution coopérative, avec ses immenses qualités, s’imposa.


Blas-Domerat-2.png

Les grandes idées ne meurent jamais  même si elles sont parfois estropiées par certains hommes qui disent les incarner. La coopération vinicole n’est devenue que ce que les hommes en ont fait mais elle ne porte pas en elle, toute l’indignité dont certains l’affublent au nom d’une idéologie ou de présupposés qu’ils n’ont jamais vérifiés. Le faire ensemble, si ce que fait la main est bien fait, vaut aussi bien que ce peut faire l’individu isolé. Bref. J’ai choisi de vous narrer, via une grande plume, celle de Daniel Halévy, ce qu’étaient les vignes et les vignerons de Domérat (ci-dessus le blason de Domérat) Nul passéisme en cette approche mais une piqure de rappel aux urbains oublieux qui cultivent dans le confort douillet de leurs petites chapelles ce que certains se permettent de qualifier de vin équitable link  


 « Domérat le village, Prunet le hameau, tout cela m’est familier. Voici la maison de Rougeron ; je frappe à la porte, sa fille m’ouvre. Elle est seule, son père est dans les vignes ; elle m’y conduira.


Domérat est plus haut que Montluçon, Prunet plus haut que Domérat, et les vignes de Rougeron au plus haut de Prunet. Nous montons ; nous causons ; tous vont bien, le père, la mère, l’aïeule ; la fille est venue pour les vacances, avec son fils, maintenant un grand garçon et qui ne rêve qu’aux vignes et à la terre.


Quel admirable lieu ! C’est ici la pente de l’Auvergne. Le pays change, la terre s’élève, forme un vaste seuil en avant des montagnes, et de ce seuil penché la vue découvre Berry et Bourbonnais, une France rurale immense, étale jusqu’à la Loire.

Or, regardant vers en haut, j’aperçois, parmi les vignes, une cabane à outils entourée d’une éclatante roseraie […]


Voici Rougeron tout près, qui me fait signe. Le corps vigoureux est un peu courbé, la moustache a blanchi. La marche est sûre, mais lente […] Il y a tant d’années que nous nous connaissons. J’ai vu Rougeron dans sa jeunesse encore, et puis dans la force de sa maturité. Le voici proche des grands âges. Du moins n’a-t-il pas perdu ses peines. Notre vieil ami, le rêveur, le réformateur, l’éducateur de Domérat, jadis inconnu hors de son village, est devenu un des premiers paysans de France. Il préside la Fédération de l’Allier et la tient dans la droite ligne, hors l’intrigue et la politique. On le réclame, l’acclame dans les congrès nationaux, où s chaude et plaisante parole est aimée. Cette bonne gloire, il a trop de cœur aussi pour en être vain. Toujours plus préoccupé de ce qui reste à faire que de ce qui est obtenu, il garde en lui le fécond tourment des grandes âmes […]


« Nous retenons tant que nous pouvons, fait-il. Ah ! si nous voulions brûler les sous-préfectures, comme à Saint-Brieuc, ce ne serait pas difficile. Il n’y aurait qu’à laisser faire… »


J’ai l’impression qu’il pourrait m’en dire davantage, que je suscite en lui des préoccupations. La Fédération de l’Allier, par le temps qui court, ne doit pas être commode à conduire. Mais je ne suis pas venu renouveler ses ennuis, et je ne le presse pas de questions.  

Il me ramène vers sa maison. Nous descendons ensemble, laissant en arrière le garçon et l’aïeule qui restent à ranger les fruits. Rougeron m’installe à sa table et me fait boire de son vin […]


« Que de choses restent à faire ici », murmure-t-il.


Ce n’est plus le militant qui parle, c’est le vieillard qui se souvient, regrettant de laisser après lui une tâche imparfaite.


« Le paysan devient furieux, poursuit-il. Mais s’il savait s’y prendre, il ne souffrirait pas tant. Cette question des prix, par exemple. Nous en souffrons à Domérat. Je dis qu’il y a de notre faute. Avant la guerre, nous avions nos clients d’habitude, qui nous revenaient chaque année, et ça allait tout seul. C’est incroyable, les habitudes qu’il y avait. Avant la Révolution, il y a cent cinquante ans, notre vignoble appartenait à  des moines de Combrailles. Ces moines avaient l’habitude de notre vin, et dans le pays, autour d’eux, on les imitait, on buvait le vin de Domérat. Eh bien, l’usage a duré et, il y a vingt ans, avant la guerre, nous avions encore nos meilleurs clients en Combrailles. On se connaissait, on s’écrivait, on se fournissait, c’était commode, bien sûr. Aujourd’hui, c’est fini, le commerce a changé. Les achats se font par grosses quantités. Le vigneron isolé ne peut pas défendre son prix. Eh bien, il faudrait faire comme ailleurs, en Languedoc : se grouper, installer une coopérative de vinification. Alors on aurait un vin mieux fait, une qualité égale. L’acheteur en gros saurait ce qu’il achète, il viendrait et trouverait à qui parler ; le syndicat serait vendeur. Ce que je dis là, c’est pour le vin, pour la vente […]


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C’était en 1934 sous la belle plume de Daniel Halévy qui, dès 1910, avait rendu visite à Rougeron à Domérat : « Nous continuons de gravir les côtes. Rougeron veut me montrer sa vigne […] la vigne communiste, le domaine de la Ruche. La voici, dominant les communaux arides, les cultures, toutes les autres vignes, saine à voir, en état de bel entretien. Rougeron la considère avec orgueil. Elle est sauvée croit-il.


Les envieux ne la menace plus. L’an passé, ils avaient arraché quatre-vingt-dix plants, et cette année seulement trois. Une vigne communiste ! La seule au monde. « Vous savez comme l’idée m’est venue ? dit Rougeron. J’ai lu un jour, dans un journal agricole, qu’un instituteur avait réussi à constituer, une bibliothèque scolaire avec le produit d’une culture de pommes de terre faite par ses élèves. J’ai pensé faisons de même. Et nous sommes sur le bon chemin. La caisse de crédit de Montluçon a fait l’avance des premiers fonds. Bientôt nous l’aurons remboursée, nos gains seront à nous. Nous construirons notre petite salle, nous rangerons nos livres, nous installerons notre champ d’expérience pour l’instruction des enfants et la nôtre aussi ; puis… »


RESPECT !


Il n’y a jamais eu de coopérative vinicole à Domérat et il n’y a plus de vignes mais rien qu’un MUSÉE de la VIGNE (voir la vidéo)


Le vin populaire, celui du peuple, a existé, il ne s’agit pas pour moi de le magnifier mais de rappeler à ceux pour qui le monde commence avec eux, qui pensent qu’ils sont le monde à eux seuls autour de leur petit nombril, que les leçons de l’Histoire ne peuvent être occultées.

  • Daniel Halévy qui « écoutait et observait » avait l’art de s’effacer derrière ses interlocuteurs, puis de les faire revivre sous sa plume : « la mère dispose sur la table le pain rond à côté du fromage de chèvre et les verres où luit bientôt ce clair et chaud vin blanc que les vignerons coopérateurs de MARAUSSAN vendent à bon compte aux syndiqués du Bourbonnais. » Ce vin blanc fort est « rouge », car il provient de la première cave coopérative de France qui, fondée en 1901 à Maraussan, au nord de Béziers, se dote en 1905 d’un nouveau bâtiment au fronton de laquelle sera gravée : « Les Vignerons libres, tous pour chacun, chacun pour tous » Comment ce vin parvient-il jusqu’à Bourbon-l’Archambault en 1907 ? 
  • Par le chemin de fer qui traverse le Massif Central indique Jean Jaurès dans un article de l’Humanité du 7 mai 1905 :« j’ai eu une grande joie à visiter, avec les vignerons qui chômaient le 1er Mai, le vaste terrain acquis par eux et où seront creusés les fondations du nouvel édifice. Il est tout voisin de la gare, et des conduites mèneront le vin aux wagons-réservoirs qui portent aux ouvriers parisiens le bon et loyal produit des vignerons maraussanais. »

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La Bellevilloise, à Paris, créée en janvier 1877 par vingt ouvriers, parmi lesquels dix-huit mécaniciens, fondent la troisième coopérative de Belleville, un petit dépôt d’épiceries qui ouvrent deux soirs par semaine et où, à tour de rôle, après leur journée de travail, ils assurent la vente. Le vin de Maraussan. À la veille de la Grande Guerre, forte de ses 9000 sociétaires, elle est la première coopérative parisienne, la première également du pays, à tel point qu’elle fait figure de modèle. Dans « La maison du Peuple de la Bellevilloise », tandis que Jean Jaurès tient des rassemblements politiques au 1er étage, on expérimente au rez-de-chaussée la première vision du « commerce équitable » suivant les principes de Joseph Proudhon, s’appuyant sur une devise qui allait marquer l’histoire des échanges : « du producteur au consommateur ».


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La boucle est bouclée, Maraussan, première cave coopérative de vente en France, créée le 23 décembre 1901 par 128 viticulteurs. « La construction décidée par l'assemblée générale du 19 février 1905 est confiée aux ingénieurs Paul et Carles (de Balaruc). Qualifié à l'époque de « gigantesque bâtisse », elle était conçue à l'origine pour une capacité de production de 20 000 hectolitres. En cours de construction, elle a reçu la visite de Jean Jaurès le 2 mai 1905 et a été inaugurée le 22 août à la veille des vendanges de la même année (en présence d'un ministre belge).


En même temps que la cave sort de terre, de part et d'autre du chantier principal sont bâties les 29 grandes cuves en ciment de 500 hectolitres chacune, qui seront disposées en fer à cheval à l'intérieur de la cave. »


Bref, aujourd’hui la cave est rattachée aux vignerons de L’Ensérune qui sont rattachés au groupe Fontcalieu cher à Michel Bataille.

 

J’ai donc choisi les vins AB de Laure B qui comme un fait exprès répond au patronyme de Berthomieu, C’est une vigneronne engagée, qui signe une gamme de vins de cépages du Languedoc en agriculture biologique. « Elle dorlote ses vignes sur des terroirs précieux. Elle travaille la terre et le ceps avec l’amour du geste exact. L’équilibre du sol vivant, le respect du terroir, de la plante et du vin donnent naissance à des vins soyeux, élégants et minéraux. »


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"Les Mots qui réveillent" au musée de la vigne... par BOUGEOTTE

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:00

gabelou_vin_bouteille.jpgLes bras m’en tombent ! Nous vivons dans un vieux pays fourbu, endetté, qui n’aime rien tant se compliquer la vie via une bureaucratie tatillonne qui adore perdre son temps, qui est de l’argent, à chercher des poux dans la tête à de braves gens. La loi c’est la loi me rétorqueront les gabelous des temps modernes dont se demande bien ce qu’ils fichent dans le secteur du vin. Moi je veux bien mais cette insignifiante affaire aurait dû se régler vite fait, bien fait car elle ne met en rien en péril l’économie viticole. Franchement ça me donne envie de jeter aux orties toute cette paperasserie qu’engendre les droits de plantation. Merci la CNAOC !

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 00:09

Lorsque je débarquai à l’Office des Vins de Table, en 1978, je découvris une terminologie nouvelle : la propriété et commerce, bloc contre bloc, hostilité affichée, réelle opposition de classes. Bien sûr, dans le fin fond de ma Vendée l’hostilité aux maquignons, marchands de bestiaux, aux négociants en grains, existait mais elle ne prenait pas la tournure d’un choc frontal entre deux groupes organisés car nous étions un petit peuple de métayers soumis la caste des propriétaires fonciers.


Au conseil de Direction de l’ONIVIT, du côté du commerce le négoce formait un bloc : la CNVS : la Confédération Nationale des Vins et Spiritueux présidée par un petit négociant régional, Hervé Belledin, qui avec le déclin inéluctable du négoce de place allait imploser dans les années 70 sous l’impulsion des négociants régionaux  commercialisant des AOC, Bourgogne et Bordeaux en tête qui créeront Entreprises des Grands vins de France. Du côté de la propriété la situation était plus confuse car la dualité INAO/ONIVIT, le poids politique de la coopération vinicole, le peu d’influence de la Confédération des Caves Particulières, laissait la place à des leaders régionaux tant à l’ONIVIT qu’à l’INAO. Il existait une réelle spécificité de la viticulture qui ne se trouvait pas placé sous le joug du grand syndicat majoritaire : le FNSEA. Celle-ci prendra la main grâce aux nouveaux leaders du Languedoc dont le plus connu est Jacques Gravegeal.


Négoce, on ne parle plus de commerce, fragmenté (à nouveau réuni en 2008, Entreprises des Grands Vins de France (EGVF) et l'Association Française des Embouteilleurs Distributeurs (AFED) se retrouvent au sein de l'Association générale des Entreprises Vinicoles (AGEV). Avec ce changement de nom, l'UMVIN finalise la mutation déjà entreprise en regroupant les 17 syndicats régionaux et de produits* couvrant toutes les régions viticoles et toute la segmentation du marché des vins : des appellations d'origine aux vins de France.)

Production dispersée, on ne parle plus de propriété, du moins à Paris sauf chez les bistrotiers, avec les syndicats horizontaux : FNSEA, CNJA, Confédération Paysanne, Coordination Rurale, les « frères ennemis » la CCVF qui pèse encore lourd mais dont le pouvoir d’influence s’est effrité, les VIF qui se sont affirmés sans pour autant occuper tout l’espace de la nouvelle génération de vignerons, et cerise sur le gâteau l’irruption du corporatisme pur sucre avec la CNAOC qui s’est servi du combat pour le maintien des droits de plantation pour se refaire une santé populaire.


À l’INAO, comme dans le grand gloubiboulga de FranceAgrimer la main du politique s’est affirmée dans les nominations : Bussereau Ministre de l’Agriculture a nommé un nombre incroyable de charentais au Comité National, l’actuel président du Comité National Vins et eaux-de-vie de l’INAO a été nommé par Bruno Le Maire sous d’amicales pressions, le jeune président du Comité spécialisé Vins de FranceAgrimer bénéficie de la haute protection de la FNSEA en tant qu’ancien président du CNJA, l’heure n’est plus guère à la compétence mais au pouvoir d’influence.


Du côté des Comités Interprofessionnels, sauf en Champagne et à Bordeaux d’une manière moins nette, en dépit de l’alternance Production/Négoce, le pouvoir reste entre les mains des producteurs via les maintenant toute puissante ODG et leur adhésion obligatoire. J’en reste là pour ne pas me créer une nouvelle tranche « d’amis » et pour aborder la genèse des interprofessions à la française qui se voulaient réconciliatrices de la propriété et du commerce.


Le régime de Vichy avec sa Corporation Paysanne, sa Terre qui ne ment pas, l’adhésion de beaucoup de paysans anciens combattants de 14-18 au vieux Maréchal, a marqué très profondément l’organisation économique de l’agriculture et bien sûr de la viticulture. Dans ce secteur, comme dans d’autres, l’hémorragie provoquée par les captations allemandes a complètement déstabilisé le marché du vin. En dépit des tutelles administratives le commerce des vins est pénétré par d’importants réseaux illégaux et clandestins. C’est le chaos général « on ne peut pas mettre un gendarme devant chaque cave » note du Syndicat des négociants en vins de Bourgogne 14 décembre 1942.


« En Bourgogne comme en Champagne, les autorités s’alarment très tôt de l’essor endémique de la fraude, de l’effondrement de la qualité, du manque complet de solidarité, des difficultés du ravitaillement et de l’asphyxie progressive du commerce.


C’est donc dans ce contexte tourmenté, entre 1940 et 1941, que les relations traditionnellement étroites entre la viticulture et le commerce en Champagne (un décret du 28 septembre 1935 avait déjà pour but une politique de commune de prix, une politique de qualité, la détermination des appellations ainsi qu’un prix minimum) aboutissent à la création d’un premier groupement interprofessionnel sous l’impulsion des directives adressées par Vichy. Conduit à maturité en quelques mois, le comité champenois s’impose très vite comme un modèle du genre pour tous les autres vignobles français. Placé sous le signe de la discipline et de la solidarité, il inspire inévitablement tous ceux qui, en Bourgogne, souhaitent rétablir de l’ordre dans un marché qui leur échappe et, au premier rang d’entre eux, les négociants en vins. »


Je ne vais pas entreprendre de vous raconter la courte vie du Comité interprofessionnel des vins de Bourgogne né par décret le 17 décembre 1942 et mort sitôt en 1943. Si vous souhaitez le faire il vous faut vous attaquer à la remarquable Somme (522 pages) de Christophe Lucand « les négociants en vins de Bourgogne de la fin du XIXe siècle à nos jours » chez Féret 54,90€.


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L’un des artisans de l’échec est Henri Gouges propriétaire à Nuits-Saint-Georges, représentant actif des propriétaires-récoltants « hérités », un privilégié qui s’appuie sur la très puissante Confédération Générale des Associations Viticoles de Bourgogne et sur le Syndicat général des producteurs de Grands vins de la Côte d’Or. La méthode Gouges mérite qu’on s’y arrête comme un cas d’école dont certains, à Bordeaux, font un usage intensif à leur profit personnel : autre temps mais même mœurs, tout change pour que rien ne change.


« Très minoritaire parmi les producteurs du vignoble, comme il l’était au moment de l’application des appellations d’origine, Henri Gouges sait par expérience que la mobilisation des réseaux nationaux prime sur toute autre forme de représentativité. En choisissant d’interpeler directement, à Paris et à Vichy, le Comité National des Appellations d’origine et la Corporation Paysanne, Gouges cherche à persuader quelques personnalités d’influence de la tragédie qui est en train de se jouer en Bourgogne ; Comme ce fut le cas durant les années 1920, il s’agit pour lui de revêtir pour un temps les habits de la petite propriété viticole opprimée.


Dans cet objectif, Henri Gouges ne manque pas d’atouts. Représentant de la Corporation Nationale Paysanne et membre omniprésent du comité directeur du CNAO, à partir de 1940, il côtoie régulièrement tous ceux qui comptent au sein de l’organisme d’intérêt public. Tutoyant dans sa correspondance le président Joseph Capus et témoignant de liens étroits avec les vice-présidents Edouard Barthe et le baron Le Roy, Henri Gouges mène de nombreuses expertises à travers tous es vignobles français, tissant des liens directs avec le secrétariat-général et les membres représentant le Gouvernement, dont M. Dubois, directeur du Service des Alcools, et Roger Descas, ancien président du Syndicat des vins de Bordeaux, président du Groupement National d’importation et de répartition des vins et spiritueux et du Comité Central du ravitaillement en boissons. À lire la correspondance qui s’établit entre Gouges et la direction du CNAO, il semble bien qu’aucune mesure d’importance touchant à la Bourgogne viticole ne puisse être prise sans son accord ou celui de son confrère de Saône-et-Loire, Edmond Laneyrie. »


Le Taulier prévient « Toute coïncidence ou ressemblance avec des personnages existants n'est ni fortuite ni involontaire… »

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 14:00

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Voilà ce que j’ai découvert en première page, au quatrième rang :

 

Domaine Sauveterre - A la rencontre des vins naturels

 

www.vinsnaturels.fr  › Les viticulteurs

 

« Domaine Sauveterre Jérôme Guichard vigneron en vin nature en Bourgogne. ... noire, noir de creuse noire, jus de chaussette) pétillant naturel (chardonnay) ... » link

Dans le tableau : Analyse des Vins j’ai en effet découvert la cuvée Jus de Chaussette 2011

Dans les vins :


-         vins blanc (chardonnay) plusieurs cuvées parcellaire (perrière, bouchat, vin de montbled)


-         vins rouge (gamay) cuvées (creuse noire, noir de creuse noire, jus de chaussette)

pétillant naturel (chardonnay)


Le vigneron c’est Jérôme Guichard   Mercey, 71260 Montbellet 07 86 96 00 37

jeghis.guichard@orange.fr


J’ai cherché plus avant mais je n’ai pas trouvé trace sur la Toile de cette cuvée. Comme je suis tenace :


1)     j’ai écrit à Jérôme Guichard pour lui demander une photo de la cuvée et si je pouvais la  dégoter chez les parigots têtes de veau.


2)   j’en appelle au Géo trouve tout de la Bourgogne François Desperriers  pour me la trouver…


Affaire à suivre donc…


NB. Jus de chaussette (Figuré) (Familier) Café fade et insipide, apparenté par le sens pisse d’âne

 

L'apéritif le pipi d'âne est un apéritif unique dans le marais poitevin.  C’est un apéritif à base de vin et de pêche de vigne la bouteille 12,50€

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:09

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« Empêtrés dans leur dignité, nombre de ces familles* n’ont pas su prévoir les évolutions et les changements. Un modeste fils d’émigré va bâtir un empire à leur porte et à leur barbe : Pierre Castel. » Gabriel Milési  commence ainsi dans son chapitre sur le Pouvoir Vert la saga de Pierre Castel. Les éditeurs sont des gens sympathiques mais ils ont un art du recyclage qui est parfois un peu limite. En effet, je possédais dans ma bibliothèque un bouquin du dit Milési titré « Les nouvelles 200 familles » les dynasties de l’argent, du pouvoir financier et économique chef Belfond 1990 140F acheté 5€ chez un bouquiniste. Intéressant, alors lorsque les éditions Michel de Maule ont publié en 2011 « Les dynasties du pouvoir de l’argent » L’État c’est nous 24€ du même Milési je me suis dit le gars en a rajouté une louche dix ans après. Un peu déçu, ce n’est qu’un peu de cosmétique qui n’apporte pas grand-chose. Mais revenons à Pierre Castel.


« En 1914, son père quitte l’Espagne sans le sou. Embauché d’abord comme ouvrier agricole en Gironde, il ouvre quelques années après un petit commerce de vin au détail à Bordeaux. En 1946, leur sixième enfant, Pierre, par pour le Cameroun avec 600 fûts et 25000 dames-jeannes que lui confient des viticulteurs. Il a vingt-ans. Quelques semaines plus tard, tout est vendu. En 1949, Pierre créé sa propre société de négoce, Castel frères. Son cheval de bataille, une bibine ! »


1ière étape : « Dans les années 60, grâce aux vins d’Algérie bon marché et des frais généraux écrasés, il s’impose face à ses concurrents les plus faibles. La chute progressive de la consommation du gros rouge met à genoux les plus importants négociants de la place. Castel rachète tout ce qui est à vendre. Radar lui cède Damoy et Cora la Générale des vins du Midi. Il réduit les effectifs, nettoie les bilans et grâce auxquels il fait tourner ses centres d’embouteillage. »


Note du Taulier : en 1986 lorsque j’officiais à Gennevilliers pour le compte de la SVF, celle-ci était la première société de négoce de France avec un portefeuille beaucoup plus diversifié de marques Vieux Papes, La Villageoise, Carré de Vigne, la société Cruse à Bordeaux donc un accès aux allocations de GCC, Bedhet-Vallette dans le CHR, des équipes de vente performantes. Ce n’était un secret pour personne Castelvin tirait la langue et si l’actionnaire quasi-majoritaire, Pernod-Ricard, l’avait voulu l’affaire aurait été vite pliée. L’Histoire s’écrira différemment et lorsque je quittai la SVF pour rejoindre à nouveau le cabinet du Ministre de l’Agriculture sous le gouvernement Rocard, en 1988, je pris le pari avec Thierry Jacquillat, le DG du groupe à l’époque, que la stratégie choisie par Axel Rückert, le DG de la SVF de l’époque, menait à une impasse et que la vente de la SVF à Castelvin était inéluctable. Ma proposition de passer une alliance stratégique avec le Val d’Orbieu d’Yves Barsalou se heurtait aux ego et je crois que l’absence de création de valeur dans les vins d’entrée de gamme ne pouvait qu’impliquer le retrait de Pernod-Ricard du secteur en France. Et ce sera l’Australie, Orlando Wyndham link , Jacob Creeks...


Thierry Jacquillat, dans son style lapidaire, expliquera dans son livre « Fais vite, ne traîne pas en route » la vente de la SVF ICI chronique du 30/09/2005 link . C’est très court et très édifiant. Ce livre Thierry Jacquillat me le fera parvenir avec une dédicace qui élégamment soulignait ma perspicacité.


2ième étape : « En 1967, le président Bongo, du Gabon, persuade la France de financer la construction de la première brasserie du pays. Paris donne son accord mais exige un industriel français. Bongo propose Castel. Ce dernier hésite. Il ne connaît rien à la bière. Il finit par accepter. « Cet épisode inaugure une longue et discrète coopération entre le gouvernement français, le président Bongo et Castel. Paris a trouvé un voyageur de commerce hors pair qui défend ses intérêts économiques et politiques en Afrique, le Président Bongo un industriel qui construit des brasseries mais aussi des routes et des stations d’épuration. Quant à Pierre Castel, le voici enfin reconnu. Quai des Chartrons, il n’est toujours qu’un intrus qui orne ses bureaux de tableaux  représentant ses châteaux médocains, mais à Libreville on salue « le président Castel ». Et pendant des années, les juteux bénéfices de la bière vont discrètement fiancer la guerre du vin. » L’Expansion 5 avril 1990.


Les étapes suivantes :


-        1988 : Il rachète la plus grande chaîne de cavistes spécialisée dans le vin : Nicolas au groupe Rémy-Cointreau


-        1990 : Il rachète les Brasseries et Glacières Internationales (BGI)


-        1992 : Il rachète au groupe Pernod Ricard la Société des Vins de France (SVF), principal concurrent du groupe Castel sur le marché du vin.


-        1995 : Il lance sa propre marque de bordeaux, baptisée Baron de Lestac, devenue premier bordeaux de France.


-        1999 : Il rachète les Domaines Virginie, en languedoc spécialistes des vins hauts de gamme destinés à l'international.


-        2003 : Il rachète la société Malesan à Bernard Magrez.


-        2007 : Il rachète les sociétés Friedrich, leader du Bag in Box français, et Sautejeau-Beauquin, numéro 1 du Muscadet.


-        2008 : Il rachète Œnoalliance, société de négoce bordelaise.


-        2010 : Il rachète Barton & Guestier, une maison de négoce dont les vins sont vendus dans plus de 130 pays.


-        2011 Achat du Château Beychevelle détenu à parts égales par Castel et le groupe japonais Suntory au sein de la société Grands Millésimes de France. En 2011 toujours, Castel s'installe en Bourgogne et se lance sur le marché du vin effervescent avec l'acquisition du groupe Patriarche propriétaire de Kriter.


Pierre Castel fut aussi présent dans les eaux minérales troisième groupe français en France (Cristaline, Vichy Célestins, Courmayeur, Saint-Yorre, Chateldon). J’ai traité cette affaire avec Pierre Castel et Antoine Riboud lorsque j’étais directeur de cabinet : la marque Volvic tombant dans l’escarcelle d’Antoine Riboud, Perrier dans celle de Nestlé et Pierre Castel récupérant les autres marques car ce qui était alors BSN-Gervais-Danone se trouvait en position dominante. Il a cédé sa participation de 60% dans le holding Alma, qui chapeaute, d'une part, la société Neptune et d'autre part, la société CGES, propriétaire de l'eau Cristaline et des différentes sources régionales qui fournissent cette marque.


Pierre Papillaud, associé historique de Castel, augmente sa participation de 40% à 51% dans Alma, alors que le groupe japonais Otsuka Beverage Co., qui commercialise les marques de Neptune au Japon, récupère 49% d'Alma, selon le magazine Challenges. Pierre Castel faisait savoir, qu'il ne prévoyait pas de prendre sa retraite, mais qu'il s'agissait d'un recentrage de son groupe sur ses trois activités historiques : le vin (Malesan, Baron de Lestac…), la bière en Afrique et les boissons gazeuses.


En 2010 il est classé 13ième dans le classement des 15 plus grandes fortunes professionnelles de France link 


En 2012 il est classé 7ième dans le top 20 des plus grosses fortunes de France link


Reste à écrire une vraie biographie de Pierre Castel, qui s’y colle dans la palette de nos brillants journalistes du vin ?

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 14:00

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Le texte des vignerons alsaciens du groupe Transversal Alsace a été beaucoup lu, mais peu commenté, ce qui est assez normal car la réflexion n’a plus vraiment la cote par les temps qui courent car elle demande un peu d’effort et de travail.Le flux plus que le contenu, l'instantanéité nous prive de tout recul.


En revanche j’ai reçu un courrier personnel d’un très bon vigneron bourguignon qui me dit avoir écrit à Jean-Michel Deiss mais sans avoir reçu de réponses. Amis alsaciens il faudrait que vous acceptiez aussi de discuter hors de votre belle région !


Hier au soir, un bon expert des marchés du vin m’a envoyé ce texte qui me paraît fort intéressant. Je le propose à votre lecture en espérant amorcer la pompe d’une bonne et vraie discussion sur un sujet qui en vaut la peine.


« Je suis surpris que le long texte des viticulteurs alsaciens ne déclenche pas de réaction. Trop de texte ?


Oui, l’Alsace va mal, elle a sans doute 1/3 de stock en trop, et la baisse de revenus des vignerons, même s’ils restent globalement bons en moyenne, ne s’arrangent pas.


Je trouve le diagnostic bon sur 2 points qui se rejoignent :


-              Le cépage plutôt que le terroir banalise les vins d’Alsace et les met dans un marché de prix,


-              Aller à la facilité commerciale en développant des MDD et produits à marques non reconnues par les consommateurs se paie par une baisse de la valeur au bout d’un délai long, L’Alsace c’est juste un prix pour des produits peu différenciés car le travail de différenciation, rôle de la presse et des prescripteurs (cavistes, CHR, et surtout vignerons qui vous reçoivent si bien !) n’est plus suffisamment fait, aussi l’Alsace sort de la mémoire collective et ce qu’il en reste est une image datée (choucroute et danses folkloriques pour faire court),


Mais ils se trompent sur les solutions,


-              « Faute de politique de protection ambitieuse et régulièrement défendue à l’Inao, le vin d’Alsace est devenu la proie des marchés massifiés », les règlements, notamment les seuils de rendements, n’intéressent pas les consommateurs, la quasi-totalité d’entre eux relèguent cela au blablabla entre spécialistes… et toute ces contraintes ont un coût soit donc un avantage prix pour les concurrents.


(Bis) Le poids de la GD est majoritaire dans tous les pays, ne travailler qu’avec les Monoprix du monde entier demande un travail d’entretien de réseau commercial qui n’est toujours pas dans les habitudes françaises. L’époque où un Kermit Lynch se déplaçait appartient au XXème siècle !

 

-              La communication du CIVA reste dépendante des choix des élus et des budgets, or les cotisations de l’Alsace sont basses, et de toute façon trop limitées pour des actions de masses.

-              Dans le segment de prix 3 à 12 €, la concurrence tant française (sud et Bourgogne) qu’étrangère (Italie notamment) se développe beaucoup plus vite que la demande, l’Alsace bénéficie certes d’un plus gros gâteau, mais elle doit surtout le partager avec d’avantage de monde !


Les solutions sont multiples, la plus évidente est de consacrer moins de temps à des questions réglementaires et plus à du relationnel commercial.


Repenser le message : qu’est ce qui fait qu’un Alsace est unique ?


Elargir la taille de la population de consommateur par des accords mets vins hors gastronomie alsacienne et augmenter la fréquence de conso est le pari de l’interprofession, cet axe ne doit pas être abandonné… »

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 00:09

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C’est Dallas in Burgundy : « Le clan des Leroy est aujourd’hui divisé en deux camps irréconciliables. « Lalou n’a pas pardonné à sa sœur Pauline Roch de l’avoir trahie », nous confie un courtier en vin. « Et lorsqu’il lui arrive de croiser son neveu Henry-Frédéric Roch dans un restaurant, elle sort précipitamment. »


Vous voyez ça sert à quelque chose un courtier mais rassurez-vous votre Taulier ne dispose d’aucune gorge profonde pour le tuyauter il se contente d’aller puiser dans le livre de JP de la Rocque et Corinne Tissier « Guerre&Paix dans la vignoble » chez Solar 2009 qui retrace les secrets de 12 dynasties du vin.


Lalou Bize-Leroy nul besoin de la présenter, c’est une institution, « une grande dame du vin », dotée d’un fichu caractère elle sait ce qu’elle veut et elle fait ce qu’elle veut. Je l’ai rencontré lors de l’affaire où « Henri Nallet arrête les Japonais en Bourgogne » link En quelques mots, la maison de négoce Leroy (Lalou et sa sœur Pauline Roch) pour financer des acquisitions importantes, dont le rachat du domaine Noëllat en 1988, avait choisi de s’appuyer sur le groupe de distribution japonais Takashimaya importateurs de vins de Bourgogne. Cette prise de participation minoritaire de 33,6%  ne concernait évidemment pas une future prise de contrôle de la DRC via la part tenue par les Leroy. Mais les communicants des Ministres sont comme des sauterelles et ils ne savent pas lire. Henri Nallet le 1 septembre 1988 aurait mieux fait de se taire mais, à toute chose malheur est bon, ça m’a donné l’occasion de connaître Lalou Bize-Leroy, Pauline Fenal sa fille et de faire mon éducation à la dégustation des grands vins de Bourgogne.


« Les Villaine et le Leroy pour le meilleur… »

 

Je n’entre pas dans les détails :


-        En 1942, Jacques Chambon, codétenteur de la DRC (la moitié) avec les de Villaine est vendeur et Henri Leroy fait une offre. Edmond Gaudin de Villaine ne peut suivre et le 31 juillet 1942, Leroy devient propriétaire de 50% de DRC.


-        Henri Leroy est l’un des plus puissants négociant de Bourgogne et JF Bazin souligne qu’il «  a eu l’intelligence de comprendre avant les autres le capital que pourrait représenter un jour le Domaine de la Romanée-Conti »


-        Aubert de Villaine, que l’on ne présente pas, fait remarquer qu’aussi étonnant que cela puisse paraître son grand-père faisait vivre le DRC « grâce aux revenus des fermes qu’il possédait dans l’Allier. Dans ma jeunesse, on considérait qu’on ne pouvait pas vivre en étant viticulteur. La Bourgogne était misérable. »


-        Les 2 familles « les Villaine, vieille noblesse normande, et les Leroy, une famille de négociants bourguignons, dont le fondateur François fut élevé par l’Assistance Publique » sont issus de « 2 mondes qui ne fréquentaient pas vraiment » mais  Edmond Gaudin de Villaine, père d’Aubert, et Henri Leroy, père de Lalou « vont former un duo efficace. » en partageant le pouvoir à travers « la cogérance d’une maison dont la forme juridique (société civile) et le mode de gouvernance (2 co-gérants et un conseil de surveillance) n’ont quasiment pas bougé depuis. »


-        C’est Edmond Gaudin de Villaine qui tient la barre mais c’est Henri Leroy qui « finance une bonne partie de la modernisation du domaine et, surtout, l’arrachage et la replantation des vignes de la Romanée-Conti et de Richebourg, abîmées par le phylloxéra entre 1945 et 1947. »


-        En 1954, « Henri Leroy décide de léguer ses parts en deux moitiés égales à ses deux files : Pauline, mère d’Henri-Frédéric Roch, et Marcelle dite « Lalou » Bize (nom de son ex-mari Marcel Bize) Leroy, mère de Perrine Fenal. »


-        18 ans après se partage Lalou reprend les rênes de la maison Leroy et en 1974, « elle est nommée cogérante de la Romanée-Conti aux côtés d’Aubert de Villaine, son cadet de sept ans. »


« Aubert de Villaine et Lalou Bize-Leroy pour le pire… « 


Là encore, après celle d’une association, la chronologie d’une rupture :


-        « D’un côté, Aubert, un homme austère et discret. De l’autre, Lalou, une femme de caractère au tempérament « solaire », obstinée. Au début, leur relation paraissait idyllique. Même passion pour le vin, même respect pour le terroir du DRC, même exigence de qualité. Cette union professionnelle de l’eau et du feu va durer 18 ans, jusqu’au départ fracassant de Lalou Bize-Leroy en janvier 1992. »


-        « À l’origine du clash, le monopole de la distribution des vins du DRC par la maison Leroy, à l’exception de la GB et des USA. Négocié par Henri Leroy en échange de son soutien financier au DRC, cet accord représentait, selon les Villaine et avant le conflit, une ponction trop importante sur les revenus du Domaine. »


-        Comme  chacun sait, « la romanée-conti n’est pas disponible par caisse de 12. Les bouteilles sont réparties dans les caisses avec les autres crus du DRC. »  Ce système de rationnement « soi-disant démocratique » : limiter la spéculation et éviter la concentration des achats a aussi des effets pervers.


-        Le grand millésime 1988, arrivé après un 86 et 87 considérés comme moyens, va provoquer le « faux-pas » de Lalou. « A-t-elle agit en connaissance de cause ou par négligence ? » elle fut à l’origine d’une spéculation sur le 1988 qui fâcha ses associés.


-        « Femme d’affaires avisée, la patronne de la maison Leroy […] avait trouvé preneur à 10 300F (1570€) la caisse de 1988, un prix supérieur au tarif officiel […] L’acheteur s’empressa de les dépecer pour vendre à part les bouteilles de romanée-conti 1988 au prix « exorbitant » à l’époque de 4500F (686€) le flacon aux Usa et jusqu’à 10 000F (1524€) au Japon. » Pui il brada les 11 autres bouteilles du domaine : la-tâche, richebourg, grand-échezeaux, échezeaux, romanée saint-vivant, sur le grey market au grand dam du distributeur exclusif américain des vins du DRC qui « s’était engagé à revendre ces bouteilles à prix supérieur. Il se retrouva alors mis au défi de vendre un la-tâche 1988 à 200$ (138€) alors que la bouteille s’échangeait à 125$ (138€) sur le marché gris. »


-        Le monsieur pas content réexpédie ses 3000 caisses au domaine et réclame, comme le prévoyait le contrat, le rachat des invendus : 2,7 millions de F (410 000€). « Les Villaine estimèrent alors que la maison Leroy portait la responsabilité de cette affaire. Ils exigèrent de Lalou Bize-Leroy une participation au dédommagement. Elle refusa net. »


-        « Chargé de trancher les conflits des cogérants, le conseil de surveillance – formé à l’époque d’Henri de Villaine, père d’Aubert, et de Pauline Roch, sœur de Lalou – décide, le 15 janvier 1992, de révoquer Lalou Bize Leroy. »


-        L’équilibre entre les 2 familles est rompu par le basculement des 25% de Pauline Roch du côté de la famille de Villaine. « Lalou est remplacée à la cogérance par Charles Roch, fils aîné de Pauline. Mais ce dernier se tue quelques semaines plus tard sur la route, et c’et finalement Henry-Frédéric Roch, le deuxième fils de Pauline et exploitant du domaine Prieuré Roch à Vosne-Romanée qui devient cogérant. »


-        « Les Villaine remportent plusieurs batailles devant les tribunaux, et la maison Leroy perd le contrat de distribution conclu avec le DRC.


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L’ensemble des informations de cette chronique sont donc tirées du livre « Guerre&Paix dans la vignoble » chez Solar 2009 22€ que je vous invite à acheter pour mieux connaître la saga de ces 12 dynasties dont Pol Roger, Lurton, Rothschild, Drouhin, Hugel, Roederer pour les Français ; Egon Muller Allemagne, Antinori Italie et Torrès Espagne.

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:00

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Pour ceux du fond, près du poêle, qui roupillent et ne suivent pas attentivement le Taulier, donc qui ignorent ce qu’est le 61 ils peuvent se rattraper en lisant  ICI link

 

En tant que Secrétaire autoproclamé de l’ABV je placarde, comme le garde-champêtre de la Mothe-Achard, l’AVIS aux populations :


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« Le 61 vous convie, jeudi 24 janvier à 19h, à une dégustation des vins du Domaine de l'Hortus (Languedoc).


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Discussion avec le vigneron, Yves Orliac.

 

Persuadés que l’on pouvait élaborer de grands vins en Languedoc, animés par une volonté farouche d’effectuer un retour à la terre, Jean et Marie-Thérèse Orliac s’installent dans la combe de Fambétou, située entre les montagnes du Pic Saint-Loup et de l’Hortus, au début des années 70. Vallée à la beauté sauvage, désertée depuis la fin de la guerre, tout y est à construire : défricher des terrains impossibles, pentes caillouteuses et terrasses abandonnées, il faut également bâtir chai et maison d’habitation. Et c’est avec une volonté de conquérant et pas un sou vaillant en poche que l’aventure commence... Aujourd’hui, avec sa production sur les trois couleurs (blanc, rouge et rosé), avec ses vins de propriété (Domaine de l’Hortus) et des vins soigneusement sélectionnés chez des vignerons voisins (Bergerie de l’Hortus), le nom de l’Hortus a acquis une renommée mondiale.

 

Vins proposés à la dégustation :


- Loup dans la bergerie (rouge)

- cuvées de la Bergerie du domaine de l’Hortus (blanc, rosé, rouge)

 

En partenariat avec le Chemin des Vignes. »

 

Et bien sûr en présence de votre serviteur le Taulier.

Venez nombreux

 

www.61paris.fr/yves-orliac-hortus

Le 61

3, rue de l'Oise - 75019 Paris

01.42.05.09.17

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 00:09

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C’était plus que prévisible, c’était gravé dans la conception même de la procédure adoptée des propriétaires château Croque-Michotte, château La Tour du Pin Figeac, château Corbin-Michotte, ont ou vont déposer un "recours en annulation de l'arrêté interministériel du 29 octobre 2012 portant homologation du classement des crus de l'appellation d'origine contrôlée Saint-Emilion grand cru" devant le tribunal administratif.


Le tout nouveau, et très prudent, Directeur de l’INAO, Jean-Luc Dairien « Mais nous sommes dans un Etat de droit et toute procédure peut être contestée » en ajoutant qu’il craignait qu'une procédure qui s'éterniserait trop ne « nuise à l'image » des vins de Saint-Emilion. Le mot est lâché : procédure ! Nous sommes dans le champ du Droit Public et donc exposé, ce qui bien sûr normal, à des recours devant la justice administrative.


Sans rouler des mécaniques, je vous propose de relire la chronique que j’avais pondue lors de l’annulation de 2006. Je me prononçais pour la privatisation du classement. Cette manière de procéder n’éviterait pas forcément les contestations mais permettrait leur règlement devant les juridictions civiles entre les deux parties. Exit l’INAO, qui dès le départ, sur les 96 candidats qui avaient déposé des dossiers pour figurer dans la liste des « grands crus classés » et « premiers grands crus classés » de Saint-Émilion, n’en avait retenu que 82. Et pourquoi diable, lorsque les carottes sont cuites, le Comité National de l’INAO vient-il approuver une procédure ? Tout ça tient de la confusion des genres,  ça a un petit parfum de mi-chèvre, mi-chou, une pincée de privé « avec les deux organismes de contrôle tiers et indépendants » soi-disant pour éviter toute contestation du nouveau classement publié en septembre 2012 et une pincée de public avec le bras tutélaire de l’INAO.


Voici donc ma chronique du 4/09/2008 Une histoire française : le classement des crus de Saint-Emilion telle quelle ICI : link


Je vous en livre la conclusion : « L’INAO n’a rien à faire dans cette galère. L’Institut doit être le garant des règles fondamentales de nos appellations non la caution d’une compétition dont le résultat pèse sur la valeur du vin. C’est donc au Conseil des Vins de Saint-Emilion de remettre l’ouvrage sur le métier, de proposer une nouvelle procédure se fondant sur un contrat privé auxquels les compétiteurs souscriront s’ils souhaitent participer à la compétition et surtout de prévoir en cas de conflits ou de contestations une procédure d’arbitrage, plus réactive et plus rapide, dont les décisions ne seront pas susceptibles de recours au contentieux. La puissance publique n’a pas à s’impliquer dans des procédures qui ont pour résultat d’influer sur le cours économique des choses. Sans doute va-t-on m’accuser d’être totalement iconoclaste et de m’occuper de ce qui ne me regarde pas mais ce n’est que mon point de vue, il n’engage que moi mais une véritable rénovation juridique de ce type de procédure s’impose. Nous qui donnons des leçons à la terre entière, avec un soupçon d’humilité et de pragmatisme, en nous engageant sur cette voie, nous nous épargnerions de nous faire taxer d’inventer des usines à gaz qui accouchent de situations aussi incompréhensibles qu’inextricables et de pénaliser les entreprises qui se retroussent les manches pour porter plus haut leur vin et ainsi l’appellation toute entière. »

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 07:00

Ce dimanche nous sommes en guerre et mon héros, dont beaucoup d’entre vous ne savent pas qu’il se prénomme Benoît, n’a nulle envie de digresser sur le mariage gay ou la tronche de Pécresse lors de ses retrouvailles avec son ex-grand ami le roquet de Meaux. Alors, je vais aujourd’hui faire un grand retour en arrière au tout début de ce petit roman dominical, en décembre 2006.  Mon héros, selon la formule consacré, tombe amoureux. Nous sommes en mai 68...


Moi je me souviens du 24 mai 68


Le patron du Conti, gagné par la grâce, nous faisait servir à volonté des demis de bière. Comme je n'avais rien dans le ventre depuis mon café du matin, mes yeux se brouillaient, je me sentais à la limite de l'évanouissement. Une belle main se posait sur mon bras. Une belle voix me disait « Vous devez avoir faim... » L'autre main me tendait un sandwich pendant que la voix ajoutait « c'est un sandwich au saucisson sec comme vous aimez... » Je me cabrais. La voix riait, un rire clair. Je la contemplais, ahuri. Elle était étonnante, non, bien plus rayonnante. Une légère coquetterie dans l'œil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, comme un halo de sérénité. Elle n'était pas belle. Elle était plus que belle, incomparable. En la remerciant je me disais que, sa robe boutonnée du haut jusqu'en bas, d'ordinaire, j'aurais eu envie de lui ôter. Je crois qu'elle le sentait. Moi si j'avais su rougir j'aurais rougi. Je pointais mes yeux vers le bout de mes pieds. Je rencontrais le bout des siens. Elle portait des ballerines noires. J'aimais.  « Mangez ! » J'obéissais. Le sandwich mariait le craquant d'une baguette fraîche avec l'onctuosité du beurre et le fondant d'un saucisson coupé gros. J'appréciais. La bouche pleine j'osais un compliment. Sa réponse me fit avaler de travers. « Je l'ai fait pour vous » Elle me tendait un demi de bière. «  Restez avec nous Benoît, ici, tout le monde vous adore... » Je fondais. Moi, c'était sûr, je l'adorais et par bonheur une chaise recueillait mes abattis.


A loisir je la contemplais. Elle avait l'air d’une jeune fille sage mêlant romantisme et pieds sur terre. Moi si disert, je restais sans voix. Comme un enfant face à son bol de soupe je faisais durer le plaisir de mon sandwich. Bien sûr, je me couvrais de reproches. Comment avais-je pu ne pas la remarquer ? Peu importait puisqu'elle était là. Qu'elle me donnait du Benoît. Me préparait un sandwich au saucisson sec. Qu'elle savait que j'aimais le sandwich au saucisson sec. C'était une apparition. Mon retrait du cercle n'avait en rien perturbé la discussion. Un autre de mes camarades avait naturellement pris le relais. C'était aussi ça la magie de mai. Elle et moi, comme isolé du monde, nous étions seuls au monde, sur une île, genoux contre genoux car elle venait de s'asseoir face à moi. Ce elle me crispait. L'échange était inégal. Insoucieuse de mon infériorité, elle se penchait vers moi pour me murmurer à l'oreille, en pouffant, « vous croyez que nous allons bâtir un monde meilleur... » Tout en m'extasiant sur ce nous, que je réduisais à deux, je réfrénais mon envie d'effleurer de mes lèvres la peau ambrée de son cou. Une trace de sel, d'embruns, je la sentais naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, je m'agrippai à cette intuition en lui posant cette question étrange : « aimez-vous la mer ? »  


Elle c'est Marie


Marie aimait l'océan. Dans son maillot de bain une pièce blanc nacré c'était une sirène. Elle glissait vers le large pour n'être plus qu'un petit point à l'horizon. Moi le terrien balourd je l'attendais sur le sable pour l'envelopper dans un grand drap de bain. La frictionner. La réchauffer. Lui dire que ne nous ne nous quitterions jamais. Elle répondait oui. La serrer fort pour entendre son cœur cogner contre ma poitrine. Ce premier jour d'elle, pendant tout le temps où elle n'était encore qu'elle, j'en garde bien plus qu'un souvenir, je le vis chaque jour. A ma question idiote « aimez-vous la mer ? » elle avait répondu, en empoignant son cabas de fille, un oui extatique, en ajoutant « c'est mon univers Benoît... » Nous nous levions. Naturellement elle passait son bras sous le mien. Les cercles s'ouvraient. Nous les fendions tout sourire. Certains des amis à elle, et des à moi, nous lançaient des petits signes de la main. Aucun ne s'étonnait. C'était cela aussi le charme de mai, ce doux parfum de folle liberté, cœur et corps, hors et haut. J'étais fier. Elle traçait un chemin droit. Nous laissâmes le fracas de la nouvelle place du Peuple derrière nous. Sur le cours des 50 otages nous croisions un groupe de blouses blanches remontées, bravaches comme s'ils allaient au front. Dans le lot, un grand type tweed anglais, nœud pape. et Weston, gesticulait plus que les autres, l'œil mauvais et le rictus aux lèvres. A hauteur, il vociférait « alors Marie on se mélange à la populace... »


Les doigts de Marie se faisaient fermes sur mon bras. Nous passions outre. Elle, devenue enfin Marie par le fiel de ce grand type hautain, d'une voix douce, me disait comme à regret, « ne vous inquiétez pas Benoît, ce n'est qu'un de mes frères... Il est plus bête que méchant... » Tout en elle me plaisait. Elle m'emballait. Je la suivais. Elle me montrait un vieux Vespa vert d'eau. Je la suivrais tout autour de la terre, au bout du monde, là où elle voudrait. Pour l'heure, sans casque, nous filions vers Pornic. Filer est une façon de parler car l'engin ronronnait comme un vieux chat mais nous laissait le loisir d'apprécier le paysage et de papoter. Tout un symbole, elle conduisait et moi, avec délicatesse j'enserrais sa taille et je l'écoutais. Quel bonheur de se taire. Marie parlait. De moi surtout et j'avais le sentiment d'être dans sa vie depuis toujours. Spectatrice de nos palabres interminables elle avait su pénétrer dans les brèches de mon petit jardin d'intérieur. Moi, le si soucieux de préserver l'intégrité de celui-ci, je ne prenais pas cet intérêt pour une intrusion. Marie la douce me disait tout ce que je voulais ne pas entendre de moi et je l'entendais.

 

Le beurre de sardines


Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que je savais d'elle et l'affaire était pliée. J'allais passer ma vie avec cette grande fille droite et simple. Nous étions allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle que Françoise Hardy. J'adorais Françoise Hardy. Je le dis à Marie. Elle rit : "et moi tu m'adores comment ? "


- comme le beurre de sardines...

- j'ai peur...

- quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

- alors je suis fichue Benoît. Tu vas me croquer...

- j'hésite...

- menteur !

- es-tu baptisée ?

- non !

- alors je peux car ce ne sera pas un péché...

- je suis juive !

- moi je suis goy et je t'aime !

- que tu dis.

- je ne l'ai jamais dit.

- menteur !

- et toi ?

- je ne veux que toi !

- alors c'est simple, puisque je t'aime plus que le beurre de sardines, je vends mon âme au diable des goys pour le prix d'une petite juive qui ne veut que moi. Tope là !


Nos mots, nos rires, nos silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, des draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonfle sous la brise, nos caresses, nos premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur mon cou, nos enlacements, nos maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de nos corps, notre désir, le café chaud dans de grands bols...  Pourquoi vous confierais-je la plus petite parcelle de cet espace de temps où chaque seconde était bonheur ? C'est trop simple le bonheur. Traduit en mots on le trouve mièvre. Qu'importe, peu importe, il était là, sans nuance, débordant, éclaboussant, Marie et moi on se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il nous était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était bien. Nul besoin de serments, d'arrangements, de tous ces atours, ces colifichets, le 24 mai 1968 était le jour d'elle, le seul jour, l'unique. 

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