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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 00:07

La première partie de la soirée consista en un tour de chauffe maîtrisé. La modération apéritive y fut impressionnante. Marcelline, la moitiée du patron du bar de la Marine, trimballait son quintal ensaché dans une robe noire de crêpe georgette au décolleté profond, avec la grâce d'une dinde de Noël et alimentait les tablées en cochonailles. On mangeait au couteau. Jean, qui me faisait face, disert, glosait sur la chape de plomb jetée par le pouvoir sur l'ORTF; un sujet qui, comme vous vous en doutez, passionnait nos interlocuteurs. Comme eux, je me contentais de manger, laissant le marchand de vermoulu soliloquer. Tout ce cinéma n'était qu'une mise en bouche concoctée par l'esprit fertile de Jean. Dans l'instant, même si ça me paraissait un peu surréaliste, je ne percevais pas le côté factice de cet arrière-fond. L'apparition des langoustes et des bars grillés, juste après les platées d'huîtres et de palourdes, me mettait la puce à l'oreille. On me conditionnait comme une viande nerveuse passée à l'attendrisseur. Le vieux Turbé, l'air de rien, m'observait. Jean, enfin silencieux, s'acharnait sur le fourneau de sa pipe. Lorsque Taraud, le patron, commençait de poser sur les tables des bouteilles de vin bouché étiquetées Meursault, nous atteignions la cote d'alerte. L'arrivée d'un tel nectar, importé d'une contrée aussi lointaine qu'inconnue pour ces marins que Terre-Neuve pour nous, représentait le summum du luxe en ce lieu dédié à la chopine de blanc sec d'origine indéterminée. Alors, fataliste, je me préparais au choc à venir.

Les gars y allaient de bon coeur car, aussi bizarre que ça puisse vous paraître, le bar et la langouste, même pour les fêtes, figuraient rarement au menu ; comme le rôti de boeuf ou le gigot pour les paysans, ces mets c'étaient beaucoup de sous. Ce grand pervers de Jean leur offrait une belle tranche de débauche. Impression confirmée lorsque je le vis se lever pour faire un commentaire de dégustation sur le Meursault. Mes bois sans soif l'écoutaient, dans un silence religieux, avec la même stupéfaction dans les yeux que Bernadette face à l'apparition de Massabiel. Jean, si je puis dire, buvait du petit lait. Pour compléter ce tableau digne d'un maître flamand, à notre table, nous mangions dans le service à poissons de Marcelline, celui de son mariage, avec les couverts en métal argenté de sa ménagère et, suprême luxe, nous étions dotés de serviettes Linvosges. Suite à la démonstration de Jean toute la salle claquait de la langue et se gargarisait avec le nectar de Bourgogne. Les plus audacieux se risquaient à lui trouver de la cuisse. Annette, la serveuse, devait zigzaguer pour éviter les mains lestes. En regardant Jean je lui trouvais des airs du divin marquis. Il tangentait l'extase. Le lendemain, comme pour s'excuser, il me confiait " comprends-moi, ces types ne se lachent jamais. Coincés, entre leurs bonnes femmes et le curé, ils se réfugient dans le bourrage de gueule. Grâce à toi je leur offert ce que jamais ils ne pouvaient espérer, même en rêve, un vrai festin, du vrai bonheur..."

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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 00:01

A l'instant où ce mois d'août pourri - du moins à Paris - va tomber dans la poubelle du temps, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les dernières bonnes feuilles de mon séjour insulaire. Tout d'abord un retour sur le jour de mon anniversaire, où j'eus le grand plaisir de recevoir de certains d'entre vous des messages bien agréables, pour vous conseiller, lors d'un séjour prochain - c'est ouvert été comme hiver - d'aller jusqu'à Péri, à l'auberge Chez Séraphin. C'est tout près d'Ajaccio. Le village est beau, l'environnement superbe. L'accueil corse, bonhommie goguenarde agrémentée d'un léger zeste, comment dire, d'on est ici chez nous prenez-nous comme nous sommes qui, moi, me va comme un gant. L'obséquiosité m'irrite. La distance Corse me comble. Bien sûr, ce 12 juillet, à midi, il faisait beau, avec une légère brise de mer. L'avantage du déjeuner chez Séraphin, en saison estivale, c'est que la clientèle y est corse. Le soir, la magnifique terrasse est le territoire quasi-exclusif, des touristes post-bain de soleil. Donc, en ce beau jour d'anniversaire, nous étions les seuls continentaux. Près de nous, une tablée familiale dans la plus pure tradition corse. Plus loin, des adorateurs de petits jaunes.

Chez Séraphin, c'est de la cuisine de femme, menu unique, copieux, fin, léger. La table est bien mise. A midi le service est assuré par un délicieux marocain, prévenant et heureux de vivre dans ce pays depuis longtemps. Dans l'assiette, entre autres délices, les aériens beignets de fleurs de courgettes, les incomparables cannellonis au brocciu et le succulent gigot d'agneau, on savoure. On se laisse vivre. On écoute les histoires d'un type qui pourrait se prénommer Ange ou Nonce. Et ça donne ça : " Pourquoi ai-je ma barbe plus blanche que mes cheveux ? Parce que j'ai plus travaillé avec ma bouche qu'avec ma tête..." A l'auberge de Péri on boit le vin du seul viticulteur de Péri. C'est sans prétention. On se laisse gagner par une douce béatitude et l'on a pas très envie de lever l'ancre. On se dit que ce pays est unique. On se dit qu'on y reviendra. Le menu est à 42 euros vin compris. Allez-y les amis vous serez, j'en suis sûr, ravis. Pour s'y rendre il faut prendre la N193 Ajaccio-Bastia et, à 12 km, sur la droite se rendre au village de Péri par la D229. Le téléphone : 04 95 25 68 94, pas de CB mais le chèque est accepté.

Enfin, pour clore ce chapitre Corse 2007 les photos ci-dessous sont les photos des deux faces d'une belle bouteille bue à l'Ancuna, sur le port de Sagone : Antoine Arena est, sans nul doute, un de ces hommes qui font avancer la cause de la viticulture insulaire...

 

 

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30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 00:01

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" Banc d'essai : bâti sur lequel on monte les moteurs pour les éprouver ; concours organisé pour les débutants, où ils s'essayent ; ce par quoi on éprouve une personne, une chose " telles sont les définitions données par le Robert. Alors dire, comme dans le numéro d'été de Régal, que l'on vient d'éprouver 7 Côtes-de-Provence pour en tirer un palmarès de rosés me semble, plus qu'un abus de langage, une façon de présenter, sous un vernis technico-scientifique, une simple dégustation de 7 vins pré-sélectionnés sur des critères que seuls le ou les sélectionneurs connaissent. Il serait plus honnête, comme le font certains critiques littéraires ou de cinéma, d'indiquer aux lecteurs que dans l'océan de la production, avec la liberté et même le parti-pris du signataire de la critique, c'est un choix arbitraire fondé sur le goût ou la volonté de privilégier une certaine catégorie de viticulteurs. Moi ça ne me gène pas. Ce qui m'irrite c'est cette forme d'hypocrisie à la française qui éprouve le besoin de se drapper dans une pseudo-objectivité. Appelons un chat un chat : les heureux élus, même la malheureuse Bastide des Bertrands qui ne semble être là que pour se faire étriller " On aime... pas grand chose..." et récolter le bonnet d'âne avec 9/20, sont sûrement d'excellents producteurs, y compris la la cave coop des Vignerons de Grimaud avec son 12,5/20 - c'est maintenant d'un chic d'inclure la bonne coop dans une dégustation - et les lecteurs seront satisfaits de leur achat si tant est qu'il puisse facilement trouver le produit.

Certains vont dire que je radote mais, que voulez-vous, je ne me ferai jamais à ces pratiques opaques, liées à l'entregent, aux carnets d'adresses de quelques-uns, ça me dérange. L'honnêté intellectuelle, de la part de gens qui passent par ailleurs leur temps à évoquer de grands principes, la vérité du terroir, les pratiques respectueuses de l'environnement et du produit, devrait conduire à un code de bonne conduite. Moi, je me mets à la place des exclus de ces bancs d'essai, palmarès et autres zin-zins à faire vendre du papier glacé. Certes, beaucoup s'en tamponnent la coquillette, d'autres s'essaient aux ronds de jambe, d'autres encore développent un marketing du discours enluminé : famille, élève de, bio et retour à la terre qui ne ment pas, d'autres enfin regardent passer les flamboyants critiques dans leurs belles autos et sont vénèrent.

Bref, puisque ces braves gens de Régal affichent en couverture : Vins et Terroirs : Bien acheter à la propriété, et que lecture aidant, je ne lis rien de tel, un petit poil d'exhautivité, d'humilité aussi, devraient permettre au malheureux consommateur urbain, qui n'a ni le temps, ni l'envie, d'acheter à la propriété, de se dépétrer dans le maquis des rayons vins. Pour la cause du vin, pour ceux qui abordent sa consommation, pour ceux que l'on terrorise en les stigmatisant d'être des non-connaisseurs, ce serait, j'ose l'écrire, une bonne action. En adoptant cette posture, ces troubadours du vin, pleins de mots du vin, accadémiciens du bon goût, se font les alliés objectifs des hygiénistes, de tous ceux qui veulent ne laisser au vin qu'une place marginale ou en faire un produit de luxe pour collectionneur. Alors, de grâce, au travail, battez la campagne, ratissez le vignoble, secouez le convenu, donnez-nous de l'info. A toute fins utiles, si par un hasard étrange, mes écrits venaient à tomber sous le regard des rédacteurs de Régal, je signale que j'y suis abonné. En conséquence, permettez-moi d'écrire ce que bon me semble. 
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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 00:02

Détrompez-vous, chers lecteurs, non je ne pense pas qu'à ça du matin au soir et du soir au matin. Je ne suis pas accro, ne fait parti d'aucune chapelle, d'aucun cénacle, d'aucun cercle d'initiés. Bien sûr, j'ai souvent été intronisé mais ça n'a jamais été pour mes compétences mais tout bêtement parce qu'on ne pouvait l'éviter. Ce qui me frappe toujours, lorsque je noue des liens avec des gens qui ignorent mon fond de commerce, c'est que, dès que je leur en fait part, 9 fois sur 10, ils se croient obligés de glisser dans la conversation : moi, je ne suis pas un spécialiste mais... Ils s'excusent, comme s'ils étaient honteux de leur inculture. Entrer chez un caviste, oser lui faire part d'une certaine forme d'ignorance, provoque chez beaucoup une réaction simple : ils s'abtiennent ou bien ils se rabattent sur l'anonymat de la muraille des grandes surfaces. Là, au moins, on ne leur prend pas la tête, en revanche ils sont paumés, désemparés. Nos amis les libraires, eux aussi en bute à la fois à la concurrence des grandes surfaces, de la télévision, ont remarquablement réagi. Tout d'abord, eux, ils ne pratiquent aucun ostracisme : Marc Levy est sur les présentoirs tout comme Baudrillard ou Modiano. On trouve chez eux des polars, des livres politiques, de la littérature étrangère, des livres de poche... Beaucoup, donnent leurs coups de coeur, avec ou sans petite fiche explicative, mais sans jamais vouloir peser sur le choix de leurs clients. Bref, on entre chez eux le coeur léger et on en ressort avec sa moisson de livres.

Sur mon petit espace de liberté je m'essaie à cette diversité, alternant légèreté et sujets plus sérieux. J'ouvre les fenêtres. Je cherche à attirer vers notre beau secteur ceux qui ne le connaissent pas. Le monde du vin est atteint du même syndrome que celui de la politique : il ne pense qu'à ça. Polarisé. Comme si le monde était en orbite autour de lui. Un tel enfermement provoque, bien évidemment, un sentiment de citadelle assiégée. Bien sûr, je ne nie pas, bien au contraire, la stratégie culpabilisatrice des hygiénistes et des "je vous barde de conseils", mais que diable le monde ne se réduit pas à notre hexagone plutôt tenté par le rétrécissement. Comme je l'ai écrit, le monde est plat : les nouveaux canaux de communication, dont celui où vous êtes en ce moment, peuvent nous permettre d'irriguer n'importe quel point du monde. Convaincre. Séduire. Montrer que la France est encore le pays de l'art de vivre, du bien manger et du bien boire. Alors ce n'est pas avec des mines sérieuses et chiantes de "je vais vous faire la leçon" ou des gémissements que nous allons y parvenir. Dans ces nouveaux tuyaus il nous faut mettre des contenus, des contenus adaptés à ces néophytes, ces nouveaux entrants. Cesser de penser que le Monde pense comme nous. Que nous sommes le nombril du monde. Nous renouveler. Notre patrimoine ne demande pas qu'à être défendu, entretenu, il faut de nouveau créer de l'imaginaire. Avec nos confréries, nos bannières, nos banquets ennuyeux, nous ne séduisons que nos adeptes, les convaincus, des vieux (un jour faites la moyenne d'âge d'un chapitre et vous serez édifiés). La nouvelle génération, d'ici et d'ailleurs, demande de la fête, de l'anti-stress. A nous la faire fête avec eux. Entendez-moi bien, je ne suis pas en train d'écrire qu'il faille renoncer à nos us et coutumes, bien au contraire, ce que je souhaite c'est que nous dépoussiérions ce folklore, que nous pensions au renouvellement de nos consommateurs ici et ailleurs.

Donc en bon petit soldat, cet été, je me suis essayé pendant ces mois où beaucoup font relâche, lèvent le pied, à élargir le champ de mes sujets. Le résultat est probant : au travers de mon kit d'administration je constate l'élargissement de mon lectorat. Des nouveaux venus passent, butinent sur les 620 chroniques, reviennent pour certains. En revanche, mais là ce n'est qu'une impression car je n'ai pas de statistiques, les purs et durs du vin ne goûtent pas forcément ces nouveaux sujets. Je peux le comprendre car mes centres d'intérêts ne sont pas forcément du goût de certains. L'avantage de l'internet, hormis l'encombrement de sa boîte e-mail (inconvénient facile à éviter en s'ouvrant gratuitement une boite hotmail.com ou fr ou yahoo pour réceptionner ma littérature) c'est la facilité de stockage, c'est la liberté de consulter ou non, d'imprimer ou non, de jeter à la corbeille, d'aller sur le site et de faire son marché en fonction de son temps et de ses envies. Pour ma part, si je continue d'occuper cet espace, en dehors de flatter un ego surdimensionné, c'est que j'estime que c'est une terre vierge qu'il faut investir. J'investis donc. Je suis têtu et patient. Au cours des mois qui viennent j'élargirai encore mon champ d'investigation pour toucher plus encore de gens hors de notre petit monde. Certes le temps est incompressible - bien que la physique quantique montre le contraire -, mais il existe une constante, vérifiée par l'expérience, celle qui fait la différence dans la vie, c'est que plus on est occupé plus on a du temps. Il suffit de le prendre. Un Antoine Riboud, grand stratège et homme de détails, était de ceux-là
 

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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 00:02
Le texte qui suit est de la plume de Marc Parcé de l'association Seve. Son titre officiel est : " Sans intégrer rapidement la segmentation la réforme des AOC sera un échec." Je le publie sur Vin&Cie pour verser une pièce au débat sur la réforme introuvable des AOC et j'ai pris la liberté du titre de la chronique. Bonne lecture et il n'est pas interdit de commenter.

Nous sommes obligés de le constater lors de cette rentrée, autant dans la note d'information du CAC n°1 que dans les deux notes de la CNAOC sur les cahiers des charges et les plans d'inspection/contrôle, les points positifs de la réforme sont menés à mal alors que les aspects les plus discutables en particulier ceux concernant un risque d'uniformisation, eux sont bien en route : il faut bien admettre aujourd'hui que dans bien des cas les ODG sont des copiés-collés des syndicats de cru et on a vu s'évanouir, au nom du calendrier dans de nombreuses appellations, la mise en place d'un vrai débat démocratique qui faisait partie de l'intérêt même de la réforme : au nom d'une représentativité majoritaire on a mis rapidement sous le boisseau les quelques lumières qui auraient pu nous parvenir des vignerons dits minoritaires ou marginaux et qui sont souvent le fer de lance sur le marché de leur appellation. Ils n'ont souvent même pas été conviés au débat !

Un point caricatural de cette situation, c'est le retour en force de la dégustation et de l'examen organoleptique. Les documents publiés récemment laissent entrevoir le pire et remettent en question tous nos espoirs de voir enfin un changement dans la vie des appellations : " La réforme ne modifie pas le principe selon lequel la dégustation est un élément fondamental du contrôle des produits, en particulier pour ce qui concerne les appellations d'origine." INAO

Seve, à travers le colloque de Banyuls et grâce aux travaux des professseurs Mac Leod en neuro-biologie et Marc Danzart en statistique, a montré et démontré les limites de l'analyse sensorielle dans son application concernant les agréments ; les propositions de Gérard Boesch pour la réforme de l'agrément allaient dans le bon sens puisqu'elles partaient du principe que la dégustation ne peut être un élément fondamental dans la reconnaissance et la validation d'une démarche de qualité d'un opérateur : l'analyse de l'amont semblait enfin être un point déterminant dans "l'agrément" d'une exploitation. Cette déclaration de l'INAO concernant les travaux du CAC est une régression catastrophique pour tous ceux qui imaginaient que de réels progrès avaient été fait sur ce sujet et voient à nouveau le spectre de la standardisation et de l'uniformisation réapparaître par la dégustation !

Quant à la CNAOC :

" Les AOC ont aujourd'hui un cahier des charges : c'est leur décret d'appellation. Si la réforme est l'occasion de compléter ou d'actualiser les décrets, il faut cependant tenir compte du calendrier très serré de la réforme.

Ce qui signifie que l'ODG doit être pragmatique. Le plan de contrôle peut être défini dès à présent à partir des conditions de production existantes. Dans le délai d'un an qui lui est imparti, l'ODG pourra envisager les demandes de modifications mineurs. Par contre, les modifications majeures feront appel à une procédure plus lourde et donc, nécessairement plus longue."

Là encore, alors que la réforme était l'occasion d'un vrai débat au sein des appellations et permettait de tout mettre à plat, l'immobilisme est préconisé !

A Seve nous avons soutenu cette réforme parce qu'elle nous semblait contenir les ferments d'une renaissance ancrée sur l'exigence, elle était une possibilité offerte afin de se recentrer sur ce qui avait fait la philosophie de Joseph Capus : cette méritocratie nous continuons de penser qu'elle mérite d'être défendu parce qu'elle a permis à de nombreux vignerons, à travers les appellations qui font partie de notre patrimoine France, d'élaborer les meilleurs vins du monde !

Par contre remettre à demain la nécessaire relecture des décrets à travers l'élaboration des cahiers des charges, se contenter de l'examen organoleptique alors qu'objectivement et scientifiquement ses limites et ses insuffisances ont été démontré, cette médiocratie qui nous est proposée, nous n'en voulons pas parce qu'elle est profondément injuste pour les vignerons qui travaillent à l'élaboration d'une viticulture de terroir.

La réforme mise en place aujourd'hui ne concerne en fait que ce qui devrait être le segment IGP des vins français, les vins de région, de pays, de volume et encore avec des erreurs fondamentales quant à la place de la dégustation.

Si rien n'est mis en place rapidement de façon volontaire pour définir et imposer un cahier des charges définissant les exigences des vins de terroir, les AOP, la réforme en cours va écraser ceux-ci et les contraindre d'une façon ou d'une autre à trouver leurs propres moyens de définition et de communication, pour continuer à exister.

Nous vous proposons aujourd'hui un document de réflexion * sur ce sujet afin d'alimenter le débat et en espérant que l'esprit de la réforme puisse être encore sauvegardé !

A Seve nous voulons travailler à une renaissance des appellations pas à leur enterrement.

Marc Parcé, Banyuls le 22 août 2007  clicquez sur ce lien pour lire le document de réflexion *
http://www.thewineblog.net/vin/
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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 00:02

La région du lac de Naivasha, à 3 heures de route de Nairobi, est la capitale kenyane de la culture des roses (le bouquet ci-dessus vendu par la chaîne au nom de la rose en fait un argument de vente puisqu'il est désigné sous le nom de roses africaines). Bel exemple de délocalisation à base de capitaux hollandais du produit phare du marché français et européen. Les berges cernées de 1200 ha de serres bâches plastiques produisent 2000 millions de fleurs par an. Sous le climat équatorial, chaque tige, produit une rose tous les 45 jours. Culture hyper-intensive sur une trentaine de plantations dédiées aux marchés européens. Tous les jours les bouquets, maintenus à 3°, partent de l'aéroport de Nairobi pour être 2 jours après la coupe sur les étals des fleuristes de Paris, Berlin ou de Zurich. Des millions de tonnes d'eau sont pompées du lac pour l'irrigation qui reçoit en retour des millions de litres de pesticides et se meurt doucement. Quant aux conditions de travail dans les plantations elles sont au niveau de ce que dénonçait le rapport Villermé au XIXe. Tout ça pour s'offrir un petit bouquet de roses pas chères.

Mais, comme la bonne conscience s'achète, un marché naissant de la fleur coupée équitable est né. Carrefour propose des "roses équitables" de Panda Flowers sous le logo Max Havelaar. En Suisse, pays pionnier en la matière, plus de 90% des roses sont estampillées équitables. La ferme de Panda Flowers c'est 50 ha, 70 millions de roses/an et 800 employés. Le cahier des charges oblige à une bonne gestion de la ressource en eau. Les pesticides dangeureux y sont bannis. Les employés, grâce au sur-prix payé par les acheteurs : 12 % au-dessus des prix du marché, se sont partagés un pactole de 120 000 euros en 2006. La prime a permis de financer des panneaux solaires, un moulin à farine de maïs, une école... Dans un océan de sur-exploitation, vous me direz, c'est mieux que rien. Cependant, les domaines équitables du Kenya et de Tanzanie restent dans une perspective de culture de rente intensive qui exige de lourds investissements. La délocalisation guette ces pays avec l'irruption de la Chine sur ce marché lucratif mondialisé.

Alors que faire ? Acheter intelligent comme je l'écrivais dans ma chronique " la meilleure façon de marcher ". Comme ose l'avouer, Gertrud Falk, responsable de la campagne fleurs pour l'ONG allemande Fian : " Notre message : avant de vous tourner vers les fleurs équitables du Sud, recherchez d'abord des fleurs cultivées dans votre région..." La fleur coupée, comme notre divin nectar, fait partie de ces produits non indispensables à notre survie physique mais si utiles à la vie que l'on vit, alors pourquoi s'interdire de promouvoir des démarches qui touchent le grand nombre et pas seulement les militants de causes perpétuellement minoritaires : rien ne m'énerve plus que la pub de biocoop pour les vins équitables d'Afrique du Sud. Entendez-moi bien, j'achète aussi équitable, mais en rester à ce degré de bonne conscience ne suffit pas, il faut oser dire et écrire que, dans notre beau pays, on produit aussi équitable puisque notre modèle de production est respectueux des hommes. Dans le débat sur la réforme de l'OCM vin, bien plus que les leurres environnementaux agités par la Commission, l'approche territoriale, celle des coopératives comme celle des vignerons indépendants doit être économiquement prise en compte. C'est un plus commercial, un argument de choix de consommation intelligente. C'est la meilleure arme contre les délocalisations. C'est notre avenir de pays développé. C'est aussi l'un des moyens efficace de peser sur le modèle de production dominant hyperproductiviste, non durable, en créant un vaste marché où celui-ci ne sera plus efficient. 

Ce n'est pas une vue de mon esprit. Pour preuve, les paludiers du sel de Guérande ont pu faire reculer les grosses salines qui dominaient le marché en leur piquant 15 à 20% de leur part de marché. Un marché rentable et surtout pas une de ces fameuses niches. Alors, sur les bords du lac Naivasha, les domaines, au lieu de se contenter d'être "équitables" pourront être acteurs sur ces marchés, créer leur propre richesse, créer un classe moyenne leur permettant aussi se tourner vers des cultures de proximité utiles aux populations autochtones. Ce n'est pas rêver que de promouvoir des solutions économiquement viables et socialement efficaces. Le Marché Commun, si critiqué, à juste raison dans ses dérives, a été aussi créateur d'un marché intérieur qui fait vivre nos territoires ruraux, viticulture y compris. Aux consommateurs occidentaux de choisir en citoyens du monde adultes plutôt que de se lamenter sur l'horreur de la mondialisation. Dites-moi savez-vous quel est le prix d'un petit bouton de rose africaine ? Au début du siècle nous étions les premiers producteurs de fleurs du monde. Alors ? 

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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 00:02

Jean, en adepte raffiné de la distorsion entre le dire et le faire, sport préféré des grands bourgeois progressistes, manipulait avec délectation le petit peuple des marins. Combien de fois l'avais-je raillé sur sa radicalité verbale qui s'accomodait fort bien de l'exercice classique de son buiseness de brocanteur où il ne se privait pas de sous-payer ses acquisitions, de rouler dans la farine des vieilles rombières en mal de cash, de régler avec un lance-pierres son ébéniste, de vendre au black, de ne pas me déclarer et de me payer en liquide, et bien sûr de considérer les mareyeurs, jouant la même partition que lui, comme les pires exploiteurs du peuple et de vilipender la bureaucratie de la SS responsable du blocage des honoraires de son excellent frère aîné, médecin spécialiste de son état, alors que lui concédait à l'URSSAF des cotisations équivalant à quelques journées d'ambulancier. Ce soir, ce cher Jean, au sommet de son art, campant dans la confortable posture de l'intellectuel guide de l'aile marchante du prolétariat, goûtait le vénéneux plaisir de manipuler ses compagnons de bouteille. Dieu qu'il est excitant de maintenir les braves gens dans les bras rassurants de l'ignorance. J'imaginais l'oeil de Jean s'allumer lorsque le vieux Turbé, après un nombre respectable de verres, lui avait confié son tourment.

Au bar de la Marine, lorsque je pénétrai dans la salle donnant sur le quai, vers neuf heurs du soir, les tablées fournies, bien ordonnées, peuplées de marins endimanchés, soudain silencieuses, évoquaient pour moi le temps où enfant, accompagnant mon père, je pénétrais, le jour du mariage de la fille aînée du maître, dans les communs du château où l'on avait parqué les métayers pour leur servir le repas de noces ; même respect gêné, même soumission têtue, même rage contenue, ces hommes ne se sentaient pas à leur aise. Simple impression bien sûr, car, en la circonstance, leur présence ici n'avait rien de protocolaire, même si certains ne faisaient que suivre, la majorité d'entre eux semblait là de son plein gré. Ce qui m'arrivait était si étrange que je décidais de ne plus me poser de questions. Le seul qui se tenait debout, accoudé au bar, tétant son éternelle pipe éteinte, c'était Jean. Dans cette affaire, en peu de temps, je compris que mon complice des jours heureux jouait, en quelque sorte, le rôle de consultant auprès de cette amicale de soiffards en repentance menée par le vieux Turbé. Comme ces biberonneurs chevronnés s'aventuraient loins de leurs deux lieux de prédilection : le bistrot et le bateau, les conseils de Jean leurs évitaient l'échouage ou le naufrage. Qu'ils aient eu l'idée de ce raout, je n'en doutais pas, mais il leur manquait l'ordonnateur, celui qui écrit paroles et musique. Sur cette île, plus encore que dans ma Vendée continentale emmurée, pour ces hommes censés porter la culotte, trimer, ramener l'argent à la maison, le laisser paraître, tout ce qui pourrait être perçu par le monde extérieur comme l'expression ostensible des sentiments, relevait de l'obscénité. Pour autant, leur pudeur naturelle s'effaçait lorsque l'océan rappelait aux terriens qu'il était plus dangereux qu'un champ de patates. J'étais ici l'un des leurs.

 

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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 00:02

Le bateau accosta en début d'après-midi. Anselme Turbé, le vieux, père entre autres, du rousineur et du cornard, m'attendait au pied de la passerelle. Court sur pattes, râblé, le cheveu blanc en brosse, l'oeil bleu, le toujours vert patron de la " Belle Héloïse" me présentait une main dont je connaissais la fermeté. Qu'il fusse là, droit comme un i minuscule, constituait, sur l'échelle du protocole non écrit de l'Île, l'équivalent de l'accueil par le Président de la République d'un chef d'Etat sur le tarmac d'Orly - en ce tempslà Roissy n'était encore qu'un morne champ de betteraves - donc un évènement rare. Sans même solliciter mon avis il m'embarquait dans son Ami 6 pour me conduire jusqu'à l'hôtel des voyageurs tout proche puisqu'il donnait sur le port de pêche. J'étais tellement éturbollé, comme on dit chez moi, que je trouvais naturel qu'une chambre m'y fut réservé. D'ailleurs, tout ce déploiement d'attentions, sur ce confeti où d'ordinaire le non-ilien fait l'objet d'un ostracisme ostensible, glissait sur moi comme un filet d'eau tiède. Le vieux Turbé, qui devait lire dans le vide de mes pensées, m'assurait : " que sur le port jamais il n'y avait de doute. On savait que t'étais un gars fidèle. On était sûr que tu reviendrais la voir..." Sans prendre la peine de lui répondre je hissais ma carcasse moulue jusqu'à l'étage. Ce qui m'arrivait me dépassait et je ne pensais qu'à dormir.

On frappait à ma porte, des petits coups secs. Tiré de mon sommeil plombé je grommelais un oui pâteux en me relevant sur mon céans. Au travers de la brume de mon éveil je distiguais, dans l'encadrement de la porte, la silhouette d'un monsieur d'un autre temps. Avec sa canne et son chapeau, son pantalon rayé et son veston noir lustré, le père de Jean me souriait. Confus, de mes vêtements froissés, de ma barbe de trois jours et de ma saleté, je bredouillais des phrases confuses pleines d'excuses et du plaisir que j'avais de le voir. Le bon docteur de l'ïle - je n'ai plus souvenir de vous avoir narré dans mes écrits confus que, le père de Jean, exerçait avant sa retraite, rue Guisthau, à Port-Joinville et, qu'aux beaux jours, il revenait sur son île - sans se soucier de mon trouble, allait se poser sur la seule chaise de la chambre. Il posait sa canne et son chapeau sur la petite table de bois blanc qui complétait le mobilier sommaire. Toujours souriant, il s'inquiétait de ma santé. Ma réponse peu convainquante m'attirait une réponse paternelle : " vous devriez rester sur l'île quelques jours pour vous requinquer..." Mon silence le convainquait qu'il s'adressait à un mur. Le brave homme changeait de terrain : " Turbé m'a prévenu de votre arrivée. Je me permets de vous rendre visite car ce soir je ne pourrai être des vôtre. A mon âge, on se couche tôt. Jean arrivera par le bateau du soir. Nous désespérions de vous revoir cher Benoît..." Ce nous, cette coalition compassionnelle commençait à m'irriter. Je n'en laissais rien paraître. Douché, rasé et changé, je descendais avec le bon docteur prendre une menthe à l'eau en terrasse. La conversion roulait sur les petits riens de la vie. Elle m'apaisait. J'acceptais de me laisser gagner par la chaleur de ce petit monde ilien.  

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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 01:08

La loubine fait partie intégrante de ma jeunesse : les adeptes de la pêche à la ligne, en mer, la plaçait tout en haut de leur hit-parade des prises et, les braconniers - d'où le titre étrange de ma rubrique, titre d'un livre de jeunesse -, ceux qui la nuit allaient senner au Marais Girard, se vantaient d'en ramener de pleins sacs de jute... Normal, la loubine est un petit bar et le bar, le loup en Méditerranée, est l'un des poissons les plus appréciés des amateurs. A la maison nous n'en mangions que très rarement, sauf lorsque mon frère Alain se laissait entraîner par la bande de malandrins pour tirer nuitamment la senne (ou seine, filet disposé en nappe et formant un demi-cercle, en l'occurence tirés à main d'homme qui s'immergeait jusqu'au cou dans l'océan à partir de la grève). Alors, nous les mangions fricassées au beurre salé. Par, je ne sais quel décret interne, chez nous, seule la sardine avait droit, et à la fricassée si elle était petite, et à la grillade si elle était grosse. Ce matin, en hommage à ce poisson mythique, je vous propose une recette de mon cru : des loubines fricassées à l'unilatéral&galettes de pomme de terre à la cannelle.
bar-fiche.gifBar4.jpg

Acheter chez votre poissonnier des petits bars de ligne de pêche locale. Faites-lui lever des filets avec la peau non écaillée.
Acheter chez votre marchand de quatre saisons des grosses Bintge.
Acheter chez votre fermière des oeufs frais et du beurre salé et chez votre épicier de la farine de froment et des batons de cannelle. 
Vous pouvez aussi aller chez les gros épiciers kifontoci lé poissonniers, avec votre carte de fidélité, remplir votre grand panier, payer en trois fois sans fré...

Faire cuire les pommes de terre dans leur peau.
Peler-les puis passer-les au moulin type Moulinex d'origine ou écrasez-les à la fourchette.
Incorporer délicatement un ou plusieurs jaunes d'oeufs. Réserver les blancs.  

Avec une spatule en bois incorporer, en se gardant de pétrir, de la farine jusqu'au moment où l'on peut se saisir de la pâte de pomme de terre sans qu'elle adhère aux mains.
Salez, poivrer et incorporer la canelle rapée.

Former alors des galettes, ni trop fines, ni trop épaisses et déposez-les sur un plat.

Au dernier moment, juste avant de servir, faites grésiller du beurre salé dans une grande poëlle. Déposez alors les filets de loubines face avec peau sur le fond de la poëlle. Feu doux pendant 5 à 6 minutes.

Dans une autre poëlle, toujours au beurre salé, faites dorer les galettes que vous aurez préalablement trempées dans le blanc d'oeuf légèrement battu à la fourchette.

Servez l'ensemble dans un grand plat, genre faïence de Marseille, avec d'un côté les galettes et de l'autre les filets de loubines. Vous pouvez proposer, à part, à vos invités : du persil, de la ciboulette hachés et, pourquoi pas, des quartiers de citron. Bon appétit.

Pour le nectar, traversons la France d'Ouest en Est, cap sur l'ami Marcel Deiss http://www.marceldeiss.com/ 

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23 août 2007 4 23 /08 /août /2007 00:02

Cette chronique expose l'analyse d'une politologue américaine du MIT, Suzanne Berger, dont j'ai extrait des arguments dans la conférence annuelle qu'elle a délivrée devant l'Ecole doctorale de sciences politiques, à Paris, le 29 janvier 2007 (avant le dénouement de l'échéance présidentielle, c'est important). Le titre de ma chronique est celui donné dans le journal Le Monde par l'auteur. L'acuité d'un regard extérieur sur la situation réelle ou phantasmée de notre pays me semble intéressant pour mieux identifier notre potentiel (que l'auteur qualifie de fort) et les ressorts pour sortir de cette crise larvée.

 

Bien évidemment, je pense que cette analyse colle bien à la situation qui prévaut depuis quelques années dans le secteur du vin. Notre potentiel est immense, nous avions sur la table l'ensemble des éléments pour faire des choix clairs et porteur d'une nouvelle dynamique et nous nous sommes rétractés sur nos oppositions traditionnelles pour mieux nous ressouder dans un front commun anti-réforme de l'OCM vin, donnant ainsi à la Commissaire et à ses services l'occasion de démanteler, sans contreparties, l'ensemble du dispositif (voir ma chronique : madame la Commissaire du 8 août) Le non choix est une forme de choix par omission : on s'en remet en fait à d'autres pour les faire à notre place, quite à pousser des cris d'orfraies face aux conséquences de ces choix. Si vous êtes sortis de la torpeur de vos vacances vous pouvez utiliser Vin&Cie, qui est un espace de liberté, pour exposer vos idées, arguments ou vos questions.


" J'ai découvert la France en 1957. C'était un pays figé socialement et politiquement. A la question " Les gens comme vous peuvent-ils avoir une influence sur les destinées de la France ou au contraire avez-vous le sentiment d'être entièrement à la merci des évènements ? ", 60% des personnes interrogées répondaient : aucune influence. Cela sentait si fort la fin de régime que même un étranger pouvait s'en rendre compte. Je suis frappée par les similitudes entre l'atmosphère politique d'alors et celle de la France d'aujourd'hui {...}


" Nous avons tendance à privilégier les forces qui reproduisent le statu quo. Comme nous sommes obsédés par la stabilité, nous pensons que seuls de violents chocs extérieurs peuvent changer le système. Le problème est que nos critères ne nous permettent pas de comprendre que l'équilibre social est une donnée temporaire et potentiellement fragile, qui repose sur un compromis entre des acteurs concurrents et les presions qu'ils reçoivent. ll devient difficile d'identifier dans les tensions en présence la faille qui pourrait dégénérer en rupture {...}


" Ce que je soutiens, c'est que la société française d'aujourd'hui n'est pas un système unitaire totalement encadré, mais un monde de pressions contradictoires, de tensions, de forces et de faiblesses, d'attentes concurrentes, de désir de statu quo chez les personnes qui aspirent par ailleurs au changement. C'est une situation de conflit qui traverse les groupes et exige de chacun qu'il choisisse entre des idées complexes de générosité et d'égoïsme, le désir de changement et la peur d'en souffrir, la loyauté et l'engagement, le cynisme et la désertion {...}


" Prenons par exemple, le rapport entre innovation industrielle, science et éducation. Il suffit d'imaginer ce que la France aurait à gagner en accueillant mieux les étrangers qui souhaitent y enseigner * ou y créer des entreprises. En mentionnant les universités, je pense bien sûr à celle d'où je viens, le MIT. Sa capacité à maintenir et à renouveler ses forces reflète sa forte dotation en professeurs internationaux de haut niveau : à peu près un tiers des professeurs du MIT sont nés en dehors des Etats-Unis {...}


" Selon moi, la France d'aujourd'hui est une société dotée de la plupart des ressources - matérielles, psychologiques, intellectuelles, morales - nécessaires pour lui permettre de résoudre par elle-même ses problèmes les plus graves. Les Français se doutent bien que l'impasse actuelle ne peut pas durer. Selon moi, ils sont partagés entre les désirs de changement et les désirs de sécurité, face à un nouveau monde, lointain, qui ne figure pas sur leurs cartes anciennes {...} "

* dans une prochaine chronique je vous narrerai mon expérience de professeur-associé à mi-temps de l'Université pour une durée de 3 ans. Le corps professoral en place n'aime pas ce type de concurrence d'éléments extérieurs à la communauté scientifique statutaire... 

   

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