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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 00:07


Merci Marc d'avoir conçue cette cuvée et de l'avoir prénommée Zoé. Marc, c'est Marc Parcé de la Préceptorie de Centernach et Zoé est le prénom de ma petite fille. Depuis l'irruption dans notre quotidien de cette histoire de fous de "razzeteurs" d'enfants bourrés de soi-disant bons sentiments, pointe avancée de notre bonne conscience d'homme blanc en "mal d'enfant", je bous d'entendre du soir au matin, accolé à l'Arche qui n'est ni d'alliance, ni de Noé, ce prénom dont peu de gens connaissent l'éthymologie. Grâce soit rendue à notre Banuylenc de Marc, saisi lui aussi d'une sainte colère, pour une autre raison que moi, même si je partage avec lui sur cet espace de liberté son combat, qui sur sa contre-étiquette éclaire la lanterne des incultes surmédiatisés.


" Nous vignerons de la Préceptorie, affligés de la guerre déclarée au vin par tous les puritains, hygiénistes et prohibitionnistes qui sévissent en France aujourd'hui, avons souhaité par le nom donné à cette cuvée, affirmer que le vin, comme le pain, était indissociable de notre culture et de notre amour de la vie, en grec Zoi, traduction de Eve "La Vivante", mère de l'Humanité." Que c'est bien dit ! Tu ne peux pas savoir comme ça m'a fait du bien lorsque traînant mes guêtres chez Lavinia je suis tombé en arrêt, et sur ta cuvée, et sur ton portrait que je n'ai pas pu m'empêcher de flasher.

Certes notre Zoé, qui aime tant les poupées, et que les féministes me pardonnent la dînette aussi, n'est pas encore en âge d'apprécier ce divin nectar des Côtes Catalanes cher Marc, mais moi qui suis pour elle une sorte de papy d'Amérique un peu lointain je puis t'assurer qu'un jour elle appréciera la beauté de ton geste et ton sens de l'opportunité. A ta manière je suis persuadé que tu auras contribué à faire d'elle une épicurienne qui saura apprécier à leur juste valeur le bon pain de campagne et le bon vin de terroir et, qu'un jour peut-être, tout au bout de la France du Sud, le vrai, chez toi, notre Zoé, face à la splendeur des vignes en terrasses, des murets de pierres sèches, de cet amphithéâtre grandiose cernant la mer, se découvrira une vocation de vigneronne. Je rêve mais, que voulez-vous chers lecteurs, ça fait du bien de rêver dans ce monde de brutes.   

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 00:09


Jérôme Quiot fait partie de ces hommes qui avancent, bâtissent, dérangent. A Chateauneuf-du-Pape, son terroir d'origine, j'ai pu le constater, lors de ma fameuse mission de réconciliation entre les deux syndicats, certains habillent leur ressentiment à l'égard de sa réussite économique d'un discours en défense de la tradition. Certes, notre homme va de l'avant, entrepreneur dans l'âme, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il jette aux orties les fondements de l'AOC. Porté à la présidence du Comité Vin de l'INAO, succédant à la statue du Commandeur, Jérôme Quiot pressent que la belle mécanique s'emballe, qu'elle va s'enrayer. Lui qui se frotte aux marchés d'exportation sait mieux que quinconque que l'accession à l'AOC n'est pas le gage de l'excellence et le sésame de la réussite. Sa volonté de voir les professionnels se prendre en main, gérer, moderniser leur outil, assumer leurs responsabilités se heurtera à la frilosité de la tutelle et à l'inertie pesante des organisations professionnelles. Débarqué sans beaucoup d'élégance il en tire l'énergie des hommes fiers pour rebondir et se consacrer totalement à cette entreprise de famille dont il parle avec passion.

Fidèle en amitié, et c'est pour moi dans le monde politico-professionnel, où le pouvoir va et vient, une qualité majeure, Jérôme Quiot à toujours cultivé à mon égard l'amitié franche. Il monte facilement en régime le Jérôme, un peu soupe au lait, et moi indécrottable ferrailleur je suis un provocateur, alors dans les semaines qui ont suivi la publication de mon rapport, alors qu'il préside le CNIV, nous avons éprouvé avec bonheur cette franche amitié. Alors, je n'ai aucune pudeur à l'écrire, dans ma petite traversée du désert placardisée Jérôme Quiot a toujours su être à mes cotés sans souci de mon odeur de soufre. Mon portrait de lui, de son entreprise de famille, n'est nullement un renvoi d'ascenseur mais l'expression la plus rigoureuse de ma volonté de combattre l'ostracisme dont fait l'objet une réussite comme la sienne ou plus exactement celle de sa famille avec une mention particulière pour son épouse Geneviève. Réussite qui a prix : savez-vous combien de jours Jérôme Quiot passe par an hors de nos frontières hexagonales pour vendre ses vins ? Entre 180 et 200 jours dont 70 à 80 hors d'Europe. Au four et au moulin, la vie d'une entreprise familiale qui avance n'est pas un long fleuve tranquille. Alors parlons d'elle !
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Comme toujours dans notre France des terroirs, les histoires familiales plongent leurs racines dans les siècles qui ornaient les couvertures des Lagarde et Michard de nos humanités. 1748, le grand-père de Jérôme, céréalier, acquiert des vignes et ce coin de bord du Rhône où se construira la maison familiale, près de la Tour de Lhers, c'est à Chateauneuf-du-Pape. Le socle sur lequel les Quiot vont construire. Le domaine du Vieux Lazaret tout d'abord avec ses 110 hectares, la maison-mère dans ce village au nom connu aux quatre coins du monde. Puis, par Geneviève son épouse s'y sont adjoint les 15 hectares des Côtes du Ventoux et, en Provence, au pied de la Sainte Victoire, le domaine Houchard qui atteint aujourd'hui plus de 90 hectares. Enfin, en décembre 2007, c'est l'acquisition du Château de Trignon, 80 ha, avec la splendeur des Dentelles de Montmirail en toile de fond. On ne grandit pas pour grandir mais pour atteindre une taille permettant de prendre et de tenir sa place dans la compétition mondiale. Quand on exporte 90% de son chiffre d'affaires, avec des vins qui se situent à l'intersection des grands et de ceux qui veulent le devenir, il faut savoir offrir à ses clients, souvent fidèles, une gamme diversifiée et des séries significatives. Le tout en famille, Geneviève un peu fourmi, les enfants, pour Jean-Baptiste, vignes et vins, la technique et la qualité, pour Florence règlementation et social, l'image de l'entreprise, avec en permanence un oeil sur les marchés, l'attention aux clients. Les ventes ont progressé de + de 60% en 3 ans. C'est un choix assumé d'indépendance par une stratégie patrimoniale donnant à l'entreprise les moyens de sa politique. Reste encore beaucoup à faire pour chercher et trouver des synergies avec des entreprises du même type. C'est le fond de commerce de "Sans Interdit" d'en discuter mais, je vais vous faire une confidence, avec Jérôme, nous pratiquons l'art de la conversation, et là, loin des ratios et de la compétitivité, nos échanges en surprendraient plus d'un.

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 00:06


Le monsieur Jourdain du storytelling : c'est un peu moi !

Depuis 2001, sans le savoir, je fabrique des histoires et on me lit. Rassurez-vous chers lecteurs, même si j'aperçois de mon balcon les hauts murs de l'hopital Ste Anne, je ne suis pas encore atteint par un délire de prétention aiguë. Pour tout vous dire, je suis le premier étonné et pourtant, le premier symptome de cet étrange manie, celle d'écrire, je l'ai constaté sitôt la publication de mon fichu rapport. L'ami Jean-Louis Piton, qui sait avoir la dent dure quand il le faut, me dit au téléphone : " Ton rapport il ne ressemble à rien de connu..."et moi de répondre, normal je l'ai écrit..." s'ensuivit un blanc au bout du fil - même si nous nous servions de portables - et moi d'enchaîner : "l'as-tu lu jusqu'au bout ?" la réponse fusait : "oui!" et de répondre : " c'était mon seul objectif, être lu ". 

 

Tout ça pour vous dire que, sans préjuger de la qualité ou de la pertinence de mes écrits, la forme adoptée : narrative, le vin raconté à un Ministre, mis sur le Net, a fait que ce document, bâti de bric et de broc, pas très conforme aux codes documents des chercheurs ou d'Ernest Young, a été lu, photocopié, traduit, diffusé et m'a assuré un référencement en béton sur Google. D'une certaine manière je suis devenu le rapport Berthomeau car celui-ci correspondait vraiment à ma manière d'être et, sa relative notoriété, bien plus qu'à la valeur du fond, est liée à ce qu'un jour de juin, en rentrant de Vinexpo, je me suis assis dans le petit bureau sur cour du 232 rue de Rivoli, devant mon écran, entouré de piles de documents, et je me suis lancé, comme ça, sans garde-fous, dans l'écriture d'une histoire. Bien sûr je savais où je voulais aller mais j'ignorais totalement comment j'allais y parvenir. Chaque jour je m'astreignais à l'écriture et, au bout d'un petit mois, les 80 pages étaient là. J'entends déjà des sarcasmes : voilà t'y pas qu'il se prend pour un écrivain maintenant ! Non, je me suis contenté de vous conter une histoire, j'ai fait du storytelling sans le savoir.



Mais me direz-vous, en quoi cette technique " apparue  aux Etats-Unis au milieu des années 1990, le "storytelling" ou l'"art de raconter des histoires" est-elle nouvelle ? C'est tout simplement parce qu' "elle a été déclinée partout depuis sous des modalités de plus en plus sophistiquées, dans le monde du management comme celui de la communication politique. Elle mobilise des usages du récit très différents, du récit oral tel que le pratiquaient les griots ou les conteurs jusqu'au digital strorytelling, qui pratique l'immersion virtuelle dans des univers multisensoriels et fortement scénarisés" in Storytelling de Christian Salmon éditions La Découverte www.editionsladecouverte.fr (à lire)


Certains d'entre vous vont sourire, le récit est aussi vieux que le monde, comme Roland Barthes l'écrivait " sous ses formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l'histoire même de l'humanité..." J'en conviens aisément mais c'est qui est nouveau, comme l'écrit Ch.Salmon c'est l'ampleur du phénomène et surtout par son utilisation comme "une technique  de communication, de contrôle et de pouvoir [...] Popularisé par le lobbying très efficace de nouveaux gourous, le storytelling management est désormais considéré comme indispensable aux décideurs, qu'ils exercent dans la politique, l'économie, les nouvelles technologies, l'université ou la diplomatie." Et d'ajouter : " Les grands récits qui jalonnent l'histoire humaine, d'Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare, racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations pssées, leçons de sagesse, fruit de l'expérience accumulée. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Loin de des "parcours de la connaissance" que Paul Ricoeur décryptait dans l'activité narrative, le storrytelling met en place des engrenages narratifs, suivants lequels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles". 


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Je sais, je vous prends le chou avec mes histoires mais, croyez-moi, sur mon petit blog de rien du tout - les blogs sont le nouvel espace de contagion écrit Salmon -, minable confetti perdu sur l'immensité de la toile, je fais de la résistance à ceux qui vendent la dream society, où le travail sera dirigé par des histoires et des émotions et où  nous achèterons plus seulement des marchandises mais les histoires qu'elles racontent.

 

Mes histoires, mon histoire, vos histoires, notre histoire commune, pour nous les gens du vin qui sommes si attachés à l'origine, à une forme d'authenticité, chantres de la convivialité, sont un contre-poison efficace à la prolifération du formatage des esprits. Vous allez me trouver bien prétentieux mais j'assume au niveau qui est le mien, individuel, ce combat qui n'est pas une bataille d'arrière-garde mais bien au contraire un outil puissant d'affirmation de notre identité, de notre pérennité car, loin d'être des ringards, nous sommes l'expression la plus affirmité de la modernité : le bien vivre...  

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 00:02

 

Dans une lettre du 2 juillet 2007 adressée à Hubert Védrine le président de la République lui " a demandé de réfléchir aux changements de positionnement de la France et de l'Union Européenne dans le monde globalisé, d'examiner si la France et l'UE ne devraient pas aujourd'hui défendre autrement leurs intérêts, promouvoir autrement leurs valeurs, et de faire, à partir de cette analyse, des propositions. " Ce rapport, publié chez Fayard, court et facile à lire, devrait fonder et nourrir nos débats. J'en propose un bref extrait à votre réflexion. Le vin est un produit global nous ne pouvons rester inerte ou camper sur des positions d'un autre âge. Vous pouvez le lire sur le site de l'Elysée : 

www.elysee.fr/.../2007/septembre/rapport_sur_la_france_et_la_mondialisation_par_m_hubert_vedrine.79348.html -

La France serait bien plus forte si les Français parvenaient à bâtir ensemble un concensus dynamique combinant étroitement adaptation, protection, régulation, solidarité et action européenne.
    Ce consensus souhaitable n'est atteignable que si cette policy mix est présentée et expliquée comme un ensemble cohérent et que chacun de ses volets est assumé comme indispensable et légitime, y compris les politiques de protection et de solidarité. Dans la pratique, c'est un peu ce qui se fait, mais dans le désordre et sans que cela soit revendiqué comme une stratégie d'ensemble.  Tous les pays comparables au nôtre pratiquent en réalité sans complexe une telle combinaison, pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas le dire clairement ? 
Il ne s'agit pas de geler artificiellement le débat droite/gauche, majorité/opposition, que rien n'empêchera de se poursuivre - et d'ailleurs le dosage exact "réforme/protection" varie partout en fonction du rapport de forces gauche/droite, mais de rassembler les Français sur une stratégie d'ensemble de longue haleine dans un domaine d'intérêt national. Regardons les Allemands : s'ils sont plus confiants que les Français en ce qui concerne leur position dans l'économie globale de marché, cela ne les empêche pas de débattre vivement de leur politique sociale : durée du travail, création ou non d'un smic, niveau de l'allocation chomage, etc., alors même qu'ils ont un accord de coalition ! Un concensus français ambitieux dans la mondialisation n'entraverait pas la poursuite du débat politique.

     Résumé du concensus à atteindre :

               A - les Français acceptent l'économie globale de marché comme un fait ;
               B - la France mène des politiques combinées pour tirer le meilleur parti de cette mondialisation. Elle s'adapte, elle se réforme et crée des emplois nouveaux en montant en gamme technologique tout en s'inscrivant dans la mutation écologique de l'économie ;
               C - elle préserve un coeur de compétences, de souveraineté et de responsabilités publiques ;
               D - elle amortit les chocs brutaux ; elle n'abandonne personne, aucune catégorie socioprofessionnelle. Elle met en oeuvre des politiques de solidarité et de reconversion nouvelles et ciblées. Cela concerne l'Etat, les collectivités locales, les organisations professionnelles ;
               E - elle mène et inspire au niveau européen une politique beaucoup plus offensive de protection, de solidarité et de régulation pour que l'Europe devienne la régulatrice du monde global.

Le but à atteindre est que les Français se convainquent que la France sait quoi faire et comment faire non plus face à la mondialisation, mais dans la mondialisation.
 Je sais que le terme de concensus va révulser les tenants du bloc contre bloc, les alters d'Attac et la gauche de la gauche, les souverainistes, pour ma part je ne l'apprécie guère lorsqu'il est mou, pure résultante d'un plus petit dénominateur commun inopérant, mais en l'espèce, ce que propose Védrine est un compromis au sens où nos voisins italiens, au temps de la DC et du PCI, le qualifiait de "compromis historique". Dans toute entreprise collective ce type d'accord permet d'avancer, de construire, de donner des perspectives à notre pays et à une UE à nouveau consciente de son rôle historique. Ce ne sont pas que des mots mais des principes d'actions clairs qui nous éviteraient de tempêter contre la mondialisation, les délocalisations, tout en emplissant nos caddies et nos armoires de produits chinois, indiens ou d'autres pays à coûts de production hors de notre atteinte et glisser imperturbablement dans une économie à la Wall Mart. Lisez Védrine et commentez ! Merci à vous.
      
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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 00:05

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Ce n'est pas un scoop mais comme j'adore la photo, très Edward Hooper de la couverture du dernier numéro de Télérama et que, dans l'interview que Francis Ford Coppola donne à ce magazine pour la sortie de son dernier film L'Homme sans âge, l'une de ses réponses me plaît beaucoup, je ne résiste pas au plaisir de vous les offrir chers lecteurs.

Question : Mais personne ne paye un film avec son argent personnel...

"Moi, je peux me le permettre. Pendant toutes ces années, parallèlement au cinéma, j'ai développé d'autres activités. Je me suis lancé dans le vin, un peu par accident, en achetant une maison dans le comté de Napa, en Californie, riche en vignobles. J'ai racheté l'un des plus vieux et plus importants vignobles américains, Inglewood. Tout était à faire : comme si j'avais acheté Mouton-Rothchild dans les années 20, avant que le baron Philippe ne le sauve de la ruine... J'avais aussi ce petit refuge au Belize, dans un parc naturel, dont j'ai fait un hôtel. J'ai eu de la chance, ces activités ont pris de l'ampleur, et m'ont mis, ma famille et moi, à l'abri du besoin."
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" A son retour au vignoble, Coppola engage de bons collaborateurs et affine son objectif : " ce que je veux dire par "grand vin", c'est un vin au goût contemporain, mais ayant un passé provenant de vignes ayant atteint leur apogée." Le progrès dans la vinification est immense et le rubicon, mélange de cabernet-sauvignon, cabernet franc et merlot, résiste à la comparaison avec les meilleurs vins du monde. Francis le visionnaire veut ensuite avoir un blanc digne du rubicon. Du mélange insolite de chardonnay, viognier, marsanne et roussanne provenant de ses vignes, sort un blanc de classe mondiale, à qui Francis donne le nom de blancaneaux. Il fait des essais dans plusieurs directions et se retrouve loin, très loin, de son objectif originel : "Avoir son propre vin, l'étiquette avec le nom de famille et la photo du grand-père." En février 1995, il achète le reste de la propriété, entame la restauration du château et remet à neuf les installations qui n'avaient pas tourné depuis 1966. A l'automne 2002, les raisins seront traités dans la nouvelle cuverie. Désormais, le vignoble de la propriété est à la base des Flagship Wines, rubicon et blancaneaux, qui sont marqués par le terroir de Rutheford. Coppola continue à rendre hommage à ses origines italiennes, en utilisant les mots bianco pour les vins blancs et rosso pour les rouges (...)"

in Vineland une histoire du vin aux Etats-Unis de Maurice Bensousan éditions l'Arganier

Je vous laisse le soin de commenter me contentant de formuler deux suggestions : 
     - Miren à quand la projection du Versailles de Sofia Coppola à Pennautier ?
     - Pierre pense à inviter Francis Ford à la prochaine édition de Toques et Clochers... 
 

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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 00:11


Le cambouis, chez moi, dans mon bocage crotté, les Boux de Casson et autres notables élus par le petit peuple, dans leurs discours de comices agricoles, adoraient en faire un usage ambigu auprès de leurs électeurs goguenards, paysans madrés, maquignons vicieux, bigotes au bras de leurs époux, journaliers endimanchés. Dans leur péroraison, au moment où il leur fallait marquer les esprits, mettre les rieurs de leur côté, mains sur les hanches, ils prenaient leur auditoire à témoin, l'air entendu de celui à qui on ne la fait pas : " Moi, mes chers amis, je ne suis pas comme ces beaux messieurs les scribouilleurs de feuilles de choux parisiennes qui nous donnent des leçons, nous traînent dans la boue, je ne crains pas de me mettre les mains dans le cambouis pour vous aider..." L'image leur parlait, elle tenait de l'évidence, se salir les mains pour ses électeurs quoi de plus respectable ! Les prébendes sont le juste prix du scrutin d'arrondissement. En descendant l'escalier métallique accolé à la guérite de Grabowski je ne savais pas encore que cette lèpre noirâtre, ce cambouis, le vrai bien gras, allait s'immiscer dans chaque pli de mon corps, me souiller, me pervertir bien plus que les discours de mes chefs. Imperceptiblement, dans cet atelier crasseux, je me glissais dans la peau de Marc Kranck, le petit juif illuminé prêt à sacrifier son avenir sur la chaîne de Javel, chez le pire des patrons, Citroën, pour y partager la galère d'un sous-prolétariat exploité, y porter la bonne parole révolutionnaire, faire se lever un nouveau vent de révolte contre les nervis de Bercot. Les trahir en fait, les infiltrer pour mieux les dénoncer, faire salement mon métier d'agent dormant.

Le vestiaire, avec ses armoires métalliques, son carrelage souillé, ses ampoules pendantes, son odeur de linge sale, me ramenait au grand bureau lambrissé de la place Beauvau où mon coup de gueule s'écrasa comme une fiente de pigeon sur l'indifférence de mes interlocuteurs. Leur silence assourdissant, en écho, me renvoyait un " jappe toujours mon garçon tu nous intéresses ! " qui me désarçonnait. Face à mes minables provocations, les deux molosses, et leur chef de circonstance, avec sa gueule de cocker triste, mains croisées posées sur l'enflure de leur petit gilet, me signifiaient qu'ils n'allaient pas lâcher pour si peu une aussi belle proie. La messe était dite. Fataliste, j'ironisais encore un peu, mais mollement, en lançant à la cantonade : " nous attendons Monsieur le Ministre, je suppose ! Plus on est de fous plus l'on rit..." Ce nouveau flop profond me plongeait dans une perplexité proche du ras-le-bol. Pourtant je me retenais de ruer dans les brancards. Leur petit jeu du chat et de la souris, même s'il commençait à me courir sur le haricot, devait cacher quelque chose. Au lieu de continuer à leur balancer des insanités je pris le parti de me taire. Ces messieurs, sous leur posture d'indifférence, transpiraient d'impatience. Manifestement tout ce petit monde constipé attendaient et, lorsque l'interministériel grelota, la tension monta d'un cran. Le directeur de cabinet me jeta un regard plein d'importance avant de décrocher le combiné blanc. Dans le mouvement il se levait et nous tournait le dos. Après un bonjour Pierre, il se tut, écoutant son interlocuteur en se dandinant d'un pied sur l'autre. Par moment il approuvait " très bien, très bien " puis, d'une voix obséquieuse il s'épandit en remerciements. Des mots : soutien, action déterminante, Matignon, intérêt supérieur, dégoulinaient de sa bouche pour le plus grand plaisir de mes deux voisins qui se rengorgeaient. Quand il reposa le combiné sur son socle, se tournant vers nous, il rayonnait. " Nous sommes couverts. L'opération double chevron peut commencer..."      

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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 00:08

Dindon-013.jpgJ'ai beaucoup aimé cette affiche accolée dans un bar de la rue Lepic - celui où l'on a tourné des scènes du film Amélie Poulain qui plaît tant aux américains qui nous prennent pour des nases -  qui, en détournant nos "célèbres" trois lettres : A.O.C, joue avec impertinence sur un registre border line les Apéros d'Origines Controlées... Suggestion iconoclaste : notre cher et chenu Institut pourrait peut-être en prendre de la graine pour populariser son cher logo auprès du bon peuple.


Rappellez-vous votre courroux à la suite de son rapport. Rappellez-vous aussi mes conseils de modération face à une opération médiatique destinée à vous énerver. Et puis, depuis ce temps-là, tout ce battage n'a fait que pchitt ! Disparu notre Chabadabada, évaporé, liquéfié... Moi je vous l'ai retrouvé, rue de Bercy, l'ancienne Mecque du gros rouge, où se jettent des affluents prestigieux, telles les rues de Chablis et de Pommard, et qui m'amène, lorsque je vais faire ma gym, jusqu'à la rue du Baron Le Roy. Un concentré d'Histoire, quoi ! Manque plus que Joseph Capus pour faire plaisir à mes amis de Sève. Reconverti en bistrotier le bougre de Chabadabada ! Et en plus, il a baptisé son pti commerce - normal pour un converti en buveur d'eau - Le rendez-vous des Vignerons. Y vont z'être contents les vignerons ! Mais au pécheur repenti miséricorde, ils lui accorderont le pardon ! Désolé mais il faut bien se marrer de temps en temps même si ce n'est pas le jour après tous ces chrysanthèmes.

Dindon.jpgPour finir, détournement de morceaux de verre flottés recueillis sur les plages de Nouvelle-Calédonie et recyclés joliment pour donner de la substance à un flacon original en grillage. Bel objet que l'on m'a offert. En arrière-plan une nature morte de Lemaître, un excellent peintre normand (1909-1995). A quand dans nos produits dérivés autre chose que des tire-bouchons ou des tabliers ?

 
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 00:06


Mondovino avec son côté manipulateur, son parti-pris, agaçait les dents de ceux qui connaissaient le dessous des cartes, c'était la mondialisation du vin, sa "standardisation" racontée aux bobos par un Jonathan Nossiter plus roublard que naïf. Dans Paris Ob's, Gurvan Le Guellec - le porte-plume de la branchitude vinique parisienne - nous appâte : " pamphlétaire, il n'aime pas que l'on dise cela. Après "Mondovino", récit drolatique sur la standardisation du vin, le cinéaste est devenu - malgré lui - un icône altermondialiste. Une sorte de Michael Moore, en moins rond et mieux nourri. Cela ne lui plaît pas. On peut le comprendre (...) "Tiens, tiens, mais pourquoi diable notre gringo répugne-t-il à faire cause commune avec José et ses ouailles ? Je crois avoir la réponse, mais je la garde pour moi car tel n'est pas l'objet de ma chronique de ce matin. Ce qui m'amène à vous parler de Nossiter c'est que notre homme vient de publier un livre chez Grasset, " le Goût et le Pouvoir".

A nouveau je cite mon Gégé de l'Ob's de Paname : " Nossiter a voulu prendre le contre-pied de Mondovino. Ne pas faire une géopolitique du vin, avec ses têtes couronnées et ses grands vizirs, mais une anthropologie des buveurs. "Je m'étais intéressé au point de vue des faiseurs de vin, là j'ai adopté celui de ceux qui le reçoivent."  Un "anti-guide", donc, dont les avis sont naturellement "faits pour être contestés". En lisant ça je me suis dit " ce gars de Nouillorc, élevé au grain chez nous, et qui vit'au Brésil, va sans doute nous mettre le nez dans nos franchouilleries. Et le Gurvan de me faire saliver plus encore quand il écrit que Nossiter à propos des belles bouteilles "constate que ce qui devrait être source de plaisir devient trop souvent un objet fétiche, propice à tous les excès de pouvoir". J'atteins alors une quasi-extase qui vire à l'épectase, type cardinal Danielou en final, lorsque notre plumitif en remet une couche sur notre Jonathan qui affirme : " Que le vin derrière le décorum bon vivant génère des attitudes souvent peu conviviales. Que les professionnels parisiens ne brillent pas toujours par leur humilité(...) Je me suis rendu récemment dans une cave. Il y avait trois amateurs qui parlaient pinard. Ca m'a donné envie de boire de la bière. Chacun n'avait qu'une opbsession : montrer la longueur de son zizi."  Stop pour mon vieux coeur n'en rajoutez plus ! Allez je vous livre quelques bonnes feuilles nossithériennes.

chez Legrand (il s'agit de Legrand filles et fils rue de la Banque dans le 2d arr. de Paris)

dans les années 80 :
" Les gars du magasin me faisaient toujours un peu peur (comme, hélas, dans la plupart des caves à vin). Inévitable, la touche d'arrogance, surtout devant un jeune étranger. Mais mon amour des bouteilles venait à bout de mon angoisse face à l'intimidation sociale et je trouvais les grands (mes grands) à des prix abordables. "

en octobre 96 alors qu'il cherchait un producteur et un distributeur pour son deuxième film Sunday :
" Je me souviens d'avoir pris la décision de ne pas passer dans le quartier de Legrand, par peur de dépenser de l'argent que je n'avais pas à l'époque. Je pense aussi que, me sentant un peu abattu, je n'avais pas le sang-froid d'affronter les "connaisseurs" de la cave. Parfois, il faut du courage pour acheter une bouteille. Autant que pour demander le financement d'un film."

à propos du ghetto bio du boboland :

"Cette ghettoïsation bio est-elle dangereuse ? Le plaisir du vin, pour moi, c'est qu'il exprime la relation la plus sophistiquée possible entre la nature et l'homme. C'est une qualité essentielle, surtout pour des gens qui vivent en ville, coupés de la nature. Donc, en principe, je trouve très belle l'idée des vins bio, parce qu'elle nous ramène vers un échange plus juste avec la nature, avec nos natures. Et pourtant, comme dans les marchés bio à Paris, on voit trop souvent des étiquettes collées simplement comme ça pour vendre. Ca devient de l'alter-marketing, de l'alter-escroquerie. Quand on voit une étiquette "vin bio", c'est comme si j'entendais quelqu'un revendiquer d'entrée son intégrité : c'est louche !"

Comme moi je vois les choses par le petit bout de la lorgnette je vous conseille de lire le papier de l'ami Jacques Dupont qui prend un peu de hauteur lui...

"Nossiter lance la guerre du goût"
Jacques Dupont, Le Point, n° 1832, p. 116-118, 25/10/07.

"[...] Jonathan Nossiter nous invite à pousser un peu plus loin la réflexion sur un thème brûlant: le goût et le terroir. Réflexion à haut risque: vouloir définir le terroir et le défendre en tant que valeur fondatrice d'une civilisation, c'est s'exposer aux sarcasmes. Terroir, ringard, franchouillard, etc. L'insulte peut même aller jusqu'à Pétain et sa terre qui, elle, ne ment pas...
"La défense du terroir n'est pas synonyme d'un attachement réactionnaire et obstiné à la tradition. Au contraire. C'est plutôt une volonté d'avancer vers l'avenir en demeurant solidement enraciné dans un passé collectif", répond l'auteur. Une défense qui rappelle curieusement un texte bien connu des historiens, le discours prononcé à la Sorbonne par Ernest Renan en 1882 et qui répondait à la question: "Qu'estce qu'une nation?" "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentementactuel, le désirde vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis."
Renan, le grand intellectuel du XIXe siècle, philologue, historien des religions, en complicité avec Nossiter, "le juif américain, un peu français, vrai citoyen du monde", qui vit au Brésil et habite cinq langues, cela peut surprendre. Et pourtant: "Le terroir n'est pas une chose fixe, en termes de goût ou de perception. C'est une forme d'expression culturelle qui n'a jamais cessé d'évoluer", dit Nossiter.
Renan avait eu cette formule: "L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie." Nation, terroir, quel est le lien?
"Je n'ai jamais lu ce texte, mais je suis d'accord avec ton ami Renan. Un peuple à qui on vole son histoire, son goût, ce que moi j'appelle son terroir, renonce à sa liberté."
Le danger qui menace le terroir, et donc la liberté, aujourd'hui, serait d'assister à la victoire d'un goût "homogénéisé", universel. Un goût sucré, vanillé, simple, qui l'emporterait sur celui de la complexité qui englobe l'amertume et l'acidité. En clair, de ne disposer dans quelques années que de chablis édulcorés dont l'acidité aura été corrigée grâce à un apport de sucre, ou de bordeaux parfumés comme des sodas ou des bonbons roses. "C'est ce que j'appelle le goût biberon, qui nous infantilise et nous coupe de notre mémoire collective." C'est le vin standard, destiné à plaire au plus grand nombre, que l'on produit dans le Nouveau Monde, notamment en Argentine, une boisson qui répond aux demandes des "metteurs en marché", ennemie de la diversité et de l'effort. "Témoigner, préserver la mémoire est au fondement de toute civilisation. Le vin, c'est la mémoire sous sa forme la plus fluide et la plus dynamique. [...] Les hommes de pouvoir craignent le goût, parce que l'expression du goût replace le pouvoir entre les mains de l'individu, l'éloignant des voix de l'autorité, de la corporation, de l'institution, de 1 Etat. [...] Le politiquement correct n'est rien d'autre qu'une suppression délibérée des goûts qui nous sont propres."

 

 

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 00:03


Jeudi 27 novembre je suis aller écouter Mikhaïl Gorbatchev au pavillon Gabriel. L'ancien 1er Secrétaire du PCUS qui avec sa perestroïka et la glasnost a ébranlé et fait s'effondrer l'empire des Soviets, anime une fondation Green Cross International www.greencrossinternational.net promouvant le développement durable. Passionnante conférence donnée pour le 15ième anniversaire du magazine Capital. Après avoir goûté les nourritures spirituelles, nous avons apprécié les terrestres : du caviar français en particulier, et bien bu : de la Vve Clicquot et une excellent Médoc, le 2d vin du Château la Lagune servi en magnum. Bref une bonne soirée qui m'a permis de retrouver un Michel Rocard frais comme un gardon. Alors je profite de l'occasion pour vous servir cette petite chronique.Morvan-2007-075.jpg  

 

Le chauffeur du Ministre - en bas à droite sur la photo du cabinet encadré par deux femmes voir chronique : Interro écrite du 17 août http://www.berthomeau.com/article-6895221.html à laquelle vous pouvez toujours répondre (ce fut un flop total mais comme je suis bon prince je vous donne les réponses ci-dessous) - était un homme empressé et savoureux. Il écrivait sur un petit carnet ce qui pourrait s'apparenter à des mémoires. De sa longue expérience ministérielle - un chauffeur, dans l'intimité de l'habitacle d'une voiture, voit et entend beaucoup de choses - il tirait une forme de philosophie très personnelle qu'il entendait transmettre à son nouveau Ministre. Nous étions en 1983 et l'expérience du pouvoir des socialos encore mince. Ayant exercé ses talents pendant de longues années sous l'ancienne majorité la personnalité de Michel Rocard, son aura auprès d'une large majorité des français, son côté Tintin mal fagoté, toujours en mouvement, le fascinait. La vie d'un Ministre de l'Agriculture n'est jamais de tout repos, et celle de Rocard : quotas laitiers et réforme de la viticulture pour permettre l'élargissement à l'Espagne et au Portugal entre autres, fut particulièrement agitée. En butte aux lazzis du grand François, le lorrain pas l'enfant de Jarnac, Michel Rocard ne se départissait jamais d'une courtoisie et d'une volonté de convaincre inoxydables. Bref, son chauffeur ne tarrissait pas d'éloges sur lui. Mais, il y avait un mais qui avait trait aux meetings électoraux.

En effet, Rocard, l'éternel minoritaire, raillé par le premier cercle du Président et ses alliés de circonstances - n'oublions pas le Rocardestaing du Cérès du Che - était une denrée très recherchée lorsqu'il s'agissait de tenir meeting électoral. Bonne tête d'affiche, il attirait du monde même si ses talents d'orateur, eut égard à son débit de mitraillette, n'enflammaient pas les foules. Ce qui plaisait aux gens venus l'entendre c'est qu'il faisait appel à leur intelligence et, même s'ils ne le suivaient pas toujours dans la complexité de sa pensée, ils sortaient en estimant qu'il les avait rendu plus intelligents. Après le virage de la rigueur notre Michel avait, bien évidemment, une cote d'enfer. Il volait donc au secours des candidats d'une gauche assez mal en point. Son cher chauffeur l'accompagnait lorsque les meetings se déroulaient dans un rayon où le trajet pouvait se faire en voiture.

L'anecdote se passe, je crois, mais je n'en suis pas sûr, dans une ville moyenne de Normandie. Une réunion électorale traditionnelle, avec des militants bougons et des électeurs déboussolés, ceux qu'on baptisait à cette époque "les déçus du socialisme". Rocard fait du Rocard, rappelant que ce qui était arrivé était prévisible, que l'on ne l'avait guère écouté, du pur jus de deuxième gauche - l'américaine toujours selon les caciques - un peu de vinaigre sur les grandes illusions de 1981. Le public encaisse avec stoïcisme la leçon d'économie. Applaudit lorsque, en vieux routier du militantisme qu'il est, Rocard en appelle aux mannes de Jaurès. Ce n'est pas chaud-chaud mais les organisateurs sont contents. Après la réunion ceux-ci offrent un verre au camarade Rocard avant le retour sur Paris. On discute. Notre cher chauffeur, discret, couve son Ministre. L'heure est venue de prendre congé. On chemine dans un couloir et Monsieur Normand - j'ai retrouvé son nom - congratule son Ministre mais lui fait une petite confidence : "au temps où j'étais le chauffeur de Toto *, pendant ses meetings je me tenais au fond de la salle et je distribuais quelques billets aux plus grandes gueules pour qu'ils aillent boire un verre aux frais de Toto. Je vous assure, monsieur le Ministre, qu'après ça, ils chauffaient la salle. La claque était assurée. Vous devriez essayer..." Le conseil, je vous l'assure, plongea Michel Rocard dans un abime de perplexité mais il n'en laissa rien paraître à ce cher monsieur Normand.

* Toto était le diminutif du SG du grand parti majoritaire de l'époque, un parti qui adore changer d'appellation...

Réponses aux 10 questions de l'Interro Ecrite du 6 août :

1- Hôtel de Villeroy

2- Michel Rocard

3- Ministre de l'Agriculture et de la Forêt (les DDAF et les DRAF ont gardé le sigle)

4- 1983-1985

5- des lieutenants  http://www.berthomeau.com/article-6861599.html

6- les deux officiers de police et le chauffeur du Ministre

7- ces deux personnes fument, l'une la pipe, l'autre une cigarette

8- oui

9- sur la photo aggrandie il est à ma droite (à ma gauche en regardant la photo)

10- le chef de cabinet Yves Colmou, l'inventeur des DDAF et des DRAF que je salue

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 00:01

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Même Nicolas s'y colle ! Parsemés sur ses vitrines de pulpeux rouges baisers, nous entrons de plain pied dans l'univers des cosmétiques, territoire privilégié de la  femme -  même si sous l'impulsion de JP Gaultier les mâles accèdent aux onguents, fards et masques - voilà que la dive bouteille, symbole des mecs en goguette, se fait bâton de rouge à lèvres, tentatrice, objet de séduction... Pour ajouter au chic l'opération est baptisée "COLLECTION femmes"  Existe en rouge, rosé et pailleté et le catalogue en ligne indique " Nicolas dédie cette animation aux femmes avec une sélection de vins légers, de vins du monde, de bulles et de bouteilles branchées." Bon, j'avoue que l'accroche ne me convainquait guère, les femmes pour le rouge baiser vont plutôt chez Sephora que chez Nicolas et ce sont plutôt les mecs qui phantasment sur les empreintes de rouge à lèvres, sauf sur leurs cols de chemise lorsqu'ils rentrent at home. Normal me direz-vous l'opération s'adresse aux filles. D'accord, mais je voulais en avoir le coeur net et sur mon vélo je suis allé choper le catalogue papier de Nicolas spécial femmes du 20 octobre au 14 novembre. Et là, avec plus ou moins de bonheur, les gens de chez Nicolas s'essaient au storytelling ou en français de terroir "l'art de raconter des histoires" (une chronique sur ce sujet suit dans les jours prochains), des histoires de filles bien sûr. Morceaux choisis. C'est un peu long mais ça vaut la lecture je vous l'assure...

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" Il n'est pas fréquent de se retrouver dans ma situation. Je m'explique. La semaine dernière, ma meilleure amie sonne chez moi. Elle venait de rompre avec son ami. Jouer la meilleure copine qui trouve les bons mots, c'est vraiment pas mon fort. Et comme si la situation n'était déjà pas assez délicate à gérer, deux minutes plus tard, le petit ami en question sonnait à son tour.
Je ne sais pas ce que quelqu'un d'autre aurait fait à ma place, mais il m'a paru judicieux de m'éclipser et de les laisser se dire ce qu'ils avaient à  se dire. Un petit tour chez mon caviste Nicolas, et je rentrais 30 minutes plus tard avec un bon vin léger que j'affectionne tant et pour son prix et pour la convivialité qu'il installe dans une soirée ! Et dieu sait que nous en avions besoin. Bruno et Stéphanie étaient assis face à face, muets. Et je suppose qu'il en avait été de même depuis mon départ.
Et là miracle : Un petit verre de ce vin subtil et gouleyant, une petite dose de bonne humeur, et de l'enthousiasme ajoutés à la rétrospective de nos années d'université et voilà la tension envolée !

MORALE DE L'HISTOIRE : Facile à aborder, rond avec des tanins souples, à servir à l'apéritif comme pour accompagner un repas, un vin léger détendra l'atmosphère. Alors, à bon entendeur les filles, pour une réconciliation rondement menée, mieux vaut passer du temps à choisir une bonne bouteille chez son caviste qu'à élaborer des combines à l'issue incertaine.

NOTE de l'AUTEUR : Comme la Colombelle Primeur 2007 chère à André Dubosc et le Merlot 2007 cher à Denis Roume font partis de la classe des vins légers rabibocheurs de couples c'est bon pour le club "Sans Interdit". Nous contribuons à la paix des ménages c'est déjà ça !

Ainsi, chaque catégorie est déclinée sur ce mode :
    - TOUS LES VINS mènent-ils à Rome ? pour la classe étrangère ;
    - Dites-le avec DES BULLES. Pour les effervescents, à noter que le cidre Ecusson "Intense" se glisse dans la classe et que bizarrement 3 vins tranquilles y figurent.
    - OBJET : Bouteilles branchées pour briller en société ce sont les bouteilles (flacons) dites tendance pour bluffer les invités. Bof !
    - MERCI MON CAVISTE !

" La semaine dernière, mon tendre et cher mari a décidé d'inviter son patron à dîner avec sa femme ! Comme dans les films, les parfaites épouses ont toutes une cuisinière à domicile qui leur concocte de quoi faire pâlir de jalousie la femme du grand chef. Et dans la vraie vie, moi, je n'ai ni cuisinière, ni talent particulier pour réaliser de petits plats raffinés. J'avais donc prévu de jouer la sobriété avec un joli rôti de veau, une purée en flocons et des haricots verts et de me rattraper en servant un de ces petits vins d'exception que mon caviste sait si bien me conseiller... Jusqu'à ce que j'arrive chez Nicolas, le caviste en question. Et c'est là que je le remercie. A l'évocation de mon menu, il m'a proposé la fiche d'une recette simple à réaliser et qui se marierait à merveille avec la bouteille de Saint-Amour que je tenais entre les mains : Un sauté de curry de poulet aux cacahuètes. La recette suivie à la ligne et mon Saint-Amour servi à température idéale et mes invités échappaient de justesse à mes dérives culinaires pour assister à un véritable festin. le tout bouclé par une petite bafouille sur l'histoire de la cuvée : Propriétaire, arômes, cépage et me voilà revêtant le costume d'une femme subtile et cultivée, comme dans les films !

MORALE DE L'HISTOIRE : Il est fréquent d'attribuer la connaissance de vins aux hommes et pourtant, ce sont les femmes qui par la finesse de leur palais, perçoivent le mieux toutes les subtilités d'une grande cuvée. Alors mesdames, si vous n'êtes pas encore de celles qui maîtrisent le choix du vin et si vous aussi vous voulez impressionner le chef de votre mari et vous faire plaisir par la même occasion, faites appel à votre caviste Nicolas. Il saura vous remettre les bouteilles de circonstances... Et si l'inspiration vous manque pour cuisiner, Nicolas met à votre disposition des fiches recettes pour desmets aussi originaux que variés."

NOTE DE L'AUTEUR : Nicolas c'est SOS femmes modernes en perdition ! Plus sérieusement, rappelez-vous ma chronique d'hier : le vin est un produit statutaire, alors allons-y gaiement avec la gente féminine : briller en société, épater la galerie, impressionner le chef de votre mari, transformer une cruche en femme subtile et cultivée... C'est beau comme une démonstration dans la vraie vie que l'on vit ! Mais mordrez-vous à tels appâts Vous les femmes, comme le roucoulait le beau Julio Iglesias ? 

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