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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 16:13



Ce matin je suis triste. Un de nos amis vient de nous quitter. Je n’aime pas les départs. Amateur de vin, de bonne chère et d’art, inconditionnel de la France et de l'Italie, Sidney Pollack vient de prendre le dernier train : bon voyage monsieur Pollack, merci pour tout, mais surtout pour ces 3 Jours du Condor http://www.berthomeau.com/article-3508162.html avec votre acteur fétiche Robert Redford que je revois toujours avec le même plaisir. De tous les hommages rendus c’est celui de Georges Clooney que je préfère : « «Sydney rendait le monde un peu meilleur, les films un peu meilleurs et même le dîner un peu meilleur»


À un de ces jours monsieur Pollack...

Un de vos très nombreux admirateurs.  

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 00:02

Nos amis américains champions du monde du gaspillage, de la malbouffe bovétienne, de l’obésité, des sectes et des églises, jamais en reste de percées conceptuelles, aussi fulgurantes qu’inattendues, viennent de faire émerger après les carnivores et les omnivores une nouvelle espèce : les « locavores ». http://www.locavores.com/ Comme l’écrit Corinne Lesnes dans le Monde : « les membres de cette tribu ont fait vœu de ne manger que des produits locaux. Adieu café, riz, chocolat et huile d’olive : tout ce ni pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 Km est interdit dans les assiettes… »  http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/05/21/le-regime-locavore-delices-et-delires-par-corinne-lesnes_1047775_3232.html

 


On relocalise donc tout achat de nourriture sur la base des fameux miles always : 1 mile = 1,6 km. C’est d’une simplicité désarmante, je n’ose écrire affligeante. Si l’égotisme absolu de nos sociétés dites postmodernes, gavées, globalisées, provoque ou accouche de telles réponses c’est que certains d’entre nous sont vraiment déboussolés, ou plus précisément n’ont plus qu’une seule boussole leur nombril. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Le plus grand chic fut d’être « carbon neutral »  (mot de l’année 2006 pour le New Oxford American Dictionary, « locavore » étant celui de 2007), en gros compenser toute émission indue de CO2 en plantant des arbres, peut apparaître séduisant, déculpabilisant pour l’urbain isolé, stressé par la tyrannie technologique, mais c’est scientifiquement hasardeux car personne n’est capable de prédire quand les dits arbres vont le relâcher ce foutu C02. Voilà aujourd’hui l’irruption du localisme alimentaire forme nouvelle, à front renversé, car les locavores ne produisent rien, ou presque (on signale un apiculteur qui a 15 ruches sur les toits de Manhattan), de l’autarcie des sociétés primitives, forme dévoyée du luxe de nantis, même si la compote de rutabagas ou la glace aux haricots ne sont pas à proprement parlé des produits de luxe.



Que nous nous interrogions sur l’utilité de faire voyager en cargo la crevette pêchée et congelée par les bateaux écossais de Young’s Seafood dans la mer du Nord pour qu’elle aille se faire décortiquer à moindre frais en Thaïlande puis revenir en Écosse pour se faire conditionner en barquettes me semble relever du bon sens. 27000 km parcourus soit 900 tonnes de CO2 pour 600 tonnes de crevettes trimballées, c’est aberrant. Comme par ailleurs, ces braves crevettes décortiquées vont, dans de gros camions isothermes, gagner les plates-formes de distribution de Carrefour, Leclerc&Cie, pour être rééclatées vers les hypers où pleins de petits urbains ou de petits ruraux avec leurs petites autos iront les acheter pour les entasser dans leurs congélos, la plaisanterie coûte encore plus cher. Pour autant je ne demande pas de ressusciter les chasse-marées et leurs boulonnais (les boulonnais flatulent, donc CO2) pour ramener sur nos étals de poissonniers des belles crevettes bien fraîches, sitôt pêchées, sitôt achetées, sitôt consommées, mais convenez-en, tout ce gâchis, pour « économiser » le geste épuisant de décortiquer ces foutues crevettes à deux balles et pour pouvoir en bouffer en toute saison, confine à l’absurde. Le voyage des tomates produites à Almeria et errant dans la vaste Europe participent elles aussi, comme bien d’autres produits frais, à l’absurdité des modes de distribution, dits modernes.


Tout aussi absurde est l’isolationnisme alimentaire des locavores car il ne peut constituer une alternative crédible aux dérives actuelles liées à des modes de distribution qui déconnectent la majorité des consommateurs du rythme des saisons et les amènent à acheter des produits de plus en plus préparés : par exemple des pommes pelées, prédécoupées en barquettes operculées. Ce type de comportement extrémiste de repus décrédibilise des actions de relocalisations des productions, de circuits courts, de réintroduction de gestes simples dans les cuisines, qui responsabilisent les consommateurs. De plus, il faudra m'expliquer comment le modèle est applicable aux habitants des mégapoles urbaines et comment cet "égoïsme" alimentaire prend en compte les produits solidaires et les producteurs de vanille, de bananes, ou autres denrées exotiques ? Exit ? Le simplisme des locavores fait dire à un journaliste « qu’il est plus écologique pour un New-Yorkais de boire du vin français qui arrive par bateau que du vin californien qui a traversé le pays en camion. »  À ce propos je me permets de rappeler que nos voisins britanniques avec le programme d’action déchets et ressources (WRAP) qui finance depuis 2006 un projet encourageant les producteurs internationaux et les metteurs en marchés britannique à importer du vin en vrac pour l'embouteiller au Royaume-Uni, afin de doper la production de verre britannique, en particulier de verre recyclé devrait nous faire réfléchir.

On va m’objecter que les locavores on s’en tamponne la coquillette et que ce ne sont pas eux qui changeront la face d’un monde alimentaire en  pleine crise. J’en conviens sans problème mais je me permets de signaler que notre charmant nectar, produit de luxe ou de pure festivité, donc n’entrant pas dans la ration alimentaire de base, ne peut continuer dans notre beau pays de tradition d’ignorer ce type d’attitudes qui sont le terreau de phénomènes « répulsifs ». Les attaques contre nos « vignes sales », nos vins « bourrés de pesticides », nos vins à quelques euros qui se baladent en bouteilles, forment le terreau de base pour ceux qui appellent au boycott de Vinexpo. La guerre économique que j’évoquais dans ma chronique sur les pesticides http://www.berthomeau.com/article-18312616.html ne relève pas de la paranoïa mais d’un strict constat. L’ignorer, faire comme-ci ça n’arrive qu’aux autres, relève de l’inconscience. Nos débats actuels sur la gouvernance de la filière : interprofession nationale or not interprofession nationale, en se concentrant sur les structures, les « pompes à finances », passent à côté de l’essentiel : les questions d’intérêt général communes à l’ensemble des régions et des métiers.

 

Je n’ai pas planté de tomates sur mon balcon cette année… Bonne journée à tous avec mention particulière à ceux qui ont des potagers…

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 00:00

Avant de me rendre au rendez-vous à « Base Grand » je demandais à mes commanditaires de me faire parvenir un papier sur Robert. Je ressentais le besoin de le décoder, de mieux comprendre sa trajectoire afin d’éviter de me prendre les pieds dans le tapis avec ses petits camarades qui l’avaient « excommunié ». Ce type me glaçait. Je pressentais en lui tout le capital d’intransigeance des hommes d’appareil, sûr d’eux-mêmes, de leurs implacables analyses, imperméables à tout ce qui n’était pas la cause, insensibles aux petitesses de la réalité. Et pourtant, à l’atelier, sur les chaînes, dans le système Citroën, la vie de tous les jours ne collait pas avec les attentes de cet intellectuel en mal de contact avec les prolétaires. Loin d’être comme un poisson dans l’eau, mon Robert se retrouvait sur du sable sec, privé de son élément naturel, incapable d’agir selon ses schémas, soumis comme les autres à la chape du boulot, de la fatigue extrême, de la routine des gestes, de la connerie des petits chefs, de la suffisance des impeccables, de la soumission et parfois même du stakhanovisme de beaucoup de collègues, du temps qui file, des soucis familiaux, de la peur des nervis, de la débrouillardise et de la bonne humeur de ces damnés de la terre. Ici on survit. On s’économise. Parfois, comme une houle soudaine, la masse s’anime pour protester contre un temps de pause écourté. On court tout le temps après le temps. Tout n’est que parcelle, les conversations, les pauses, la cantine, l’embauche, la fin de la journée. On s’égaille. Les « larges masses » ne sont que des escarbilles, aussi grises que les poussières de l’atelier de soudure, qui flottent sans jamais vraiment prendre en masse. Je voyais bien que Robert était désemparé.

 

Le PQ des RG sur Robert au temps de sa gloire de grand timonier de l’UJC (ml) alors que les barricades s’érigeaient au Quartier Latin et que les « émeutiers » s’affrontaient avec les mobiles et les CRS et qu’il campait à Ulm dans son splendide et orgueilleux isolement, comme à l’habitude consistait en un ramassis de ragots de fond de chiottes et d’analyses foireuses. Il en ressortait tout de même que notre homme ne dormait plus, vivait dans une excitation extrême car, déjà, la réalité échappait à ses schémas théoriques. Lui qui rêvait debout de la jonction des étudiants avec le prolétariat assistait au dévoiement d’un puissant mouvement par des « petits bourgeois ». C’était infantile. Il enrageait. Voir des non-organisés confisquer le grand élan de la révolution populaire, la transformer en un happening violent, à coups de pavés, de manches de pioches, dans les quartiers bourgeois, le plongeait dans un abime d’incompréhension. Lui et ses amis prochinois avaient beau distribuer un tract « Et maintenant aux usines ! » pour exhorter les étudiants à migrer vers la banlieue, la où vivent et travaillent les larges masses, ils sont à côté de la plaque. Hors la vie, comme toujours. La garde rapprochée de Robert, même si certains sont ébranlés, comme Roland et Tiennot, par la spontanéité et la force de la rue, ne réfute en rien sa dialectique impeccable. La force des avant-gardes, ce noyau dur, d’acier trempé, est d’avoir raison contre tous. Personne n’ose l’interrompre, il sur l’Olympe, sourd dans sa bulle d’exaltation. Sauf, et c’est le genre de détail qui fait bander le RG de base, qu'une voix discordante s’est élevée pour contester le n°1, l’interrompre, c’est Nicole, sa femme. Crime de lèse-majesté, cette femelle osait lui balancer que les choses ne se passaient plus ici, dans ce huis-clos surréaliste, mais dans la rue. Le maître l’avait viré sans ménagement, avec un argument d’autorité : " elle n’avait pas le droit de parler dans ce Saint des saints des détenteurs de la vérité révolutionnaire." Le reste, insinuations sur qui couche avec qui, ne présentait aucun intérêt, sauf bien sur pour les gros cons de la Grande Maison que ça excitaient.

 

Pour Robert c’était le début de la chute aux enfers. Il souffrait. Ne mangeait plus. Divaguait. Il déraillait. Il décollait. Il fuyait le réel dans un discours de fou. Ses lâches compagnons de route, même s’ils s’inquiètaient de son état, soit se planquaient, soient le laissaient délirer au nom de je ne sais qu’elle soumission à la toute puissance du guide. La dernière clé d’explication d’une situation qui lui échappait c’était bien sûr la théorie de la machination, d’un complot ourdi par une improbable alliance entre le pouvoir et les social-traîtres. Bouclé à double tour dans son hermétisme, il savait. Jamais il n’en démordrait. Mes petits camarades listaient alors un incroyable enchaînement de faits qui montraient que le brillant intellectuel passait la frontière de la raison. Ses actes étaient autant de degrés dévalés qui précèdaient l’effondrement. Robert soraitt de sa tour d'ivoire, de son réduit, pour se rendre rue le Peletier, au siège du PC, pour offrir son soutien à Waldeck Rochet, sauver la classe ouvrière contre elle-même. Refoulé par les sbires il rédigeait alors une lettre d’insulte à Mao qui s’est déclaré en faveur des barricades. Accompagné d’un ami, il  prenait un train, se sentant traqué il sautai en marche. Tout cela me paraît totalement fou, je doute. En définitive Robert est hospitalisé et se retrouvait en cure de sommeil. Tout ça et bel et beau et bien sûr sert mes plans : je vais cyniquement mettre le doigt où ça fait mal et exploiter le Dieu déchu.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 00:08
Des trains entiers en provenance de Sète....
Des casiers par milliers sur le site de Gennevilliers...
Il fut VCC : de consommation courante...
Il fut VDT : de Table...
Il fut, hélas, VDPCE : de provenance de la CEE et même MVDPCE mélange de...
Il va être sans IG : Indiquation Géographique...
Espérons qu'il ne sera pas sans idée mais du Vin tout bêtement...
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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 13:51

Lorsque j’écris, à propos de la décision de Microsoft : «   Faut-il pour autant s’alarmer de ce coup de semonce ? La réponse est clairement non… » Je suis un tantinet provocateur et je vais vous expliquer pourquoi en quelques phrases.

 

Un vide juridique ça se comble.

 

Encore faut-il avoir la volonté de le combler.

 

Pour moi la peur, la crainte, ne peuvent tenir lieu à tout propos de principe d’action sinon on n‘agit plus que sous leur emprise, dans l’urgence, en prenant de plein fouet les oppositions, en provoquant l’exacerbation des rapports de force, pour déboucher le plus souvent sur des compromis boiteux tendant à ménager les parties en présence.

 

Le secteur du vin, de part ses origines agricoles, rurales, pense que seule une action de type parlementaire, en ordre dispersé d’ailleurs, est efficace. La loi Evin a été promulguée le 10 janvier 1991, soit il y a plus de 17 ans. Au cours de cette période les majorités parlementaires les plus favorables à sa modification, ou déclarées telles, ont été en mesure de refondre la loi Evin puisqu’elles ont disposé de la majorité requise pendant 10 ans et au cours des 6 dernières années.

 

Le secteur du vin néglige absolument un ressort très important dans son face à face avec les « défenseurs de la Santé Publique » : le poids de l’opinion publique (cf. la stratégie du go du Dr Got

http://www.berthomeau.com/article-18021256.html ).

Nous nous agitons entre nous, sûrs de notre bon droit, de la justesse et de la pertinence de nos argumentaires sur vin et santé, le vin culturel, l’environnement, le territoire, etc. mais, et je le regrette, l’opinion publique sur les thèmes de l’alcool ne nous est pas majoritairement favorable. Que faisons-nous pour la travailler ? Pas grand-chose et, mes petites propositions de fête de la convivialité, pour aller au devant des urbains, les rassurer, tombent dans l’indifférence des grandes organisations. Nous ne prêchons qu’auprès des convaincus. C’est facile. Inefficace. Comme lors d’un conflit on ne fait la paix qu’avec son «ennemi» et, pour ce faire, dans une démocratie, si on veut avoir une chance de contrer ses opposants il faut les mettre en minorité.

 

Quand aux ogres : Microsoft, Google, Yahoo et autres, que notre anti-américanisme viscéral et primaire nous font classer dans ceux qui nous veulent du mal… je le répète, pour le premier en l’occurrence, ne font qu’appliquer pour la France, un principe de précaution juridique. En bonnes multinationales, elles ne vont pas se priver de la manne publicitaire d’un secteur aussi important que celui des Vins&Spiritueux dans le monde. Il nous faut ramener l’affaire à sa dimension française sans pour autant négliger le travail de fond au plan de l’UE (Dg santé), de l’OMS pour suivre de très prêt l’ensemble des questions de Santé Publique…

 

Ce dernier point m’amène à ce qui était le fond de ma chronique : quand le secteur du vin français va-t-il se doter des moyens pour suivre en permanence ces questions ? On va me rétorquer qu’ils existent ces moyens et que je veux rajouter une structure supplémentaire à la pièce-montée. Faux ! Je constate simplement que tout le monde agit en ordre dispersé, chacun dans son coin, sa profession, sa région, sans grande lisibilité et surtout avec un impact sur l’opinion publique, via les grands médias, proche de zéro.

 

Ma ligne n’a pas varié d’un centimètre. Mes chroniques sur l’ANPAA en témoignent. Savez-vous que les CVO sur l’ensemble de nos beaux vignobles représentent une manne de plus de 150 millions d’euros, de quoi alimenter un travail de fond auprès de l’opinion publique pour nous permettre de sortir de notre grand et si touchant lamento…

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 00:06


La nouvelle est tombée sur le bureau du rédac chef de Vin&Cie :
«  des annonceurs du commerce du vin ont reçu un email signé “Microsoft adCenter Advertiser Support”. Le texte qui suit se fonde et reprend dans ses 2 premiers paragraphes le texte du site www.findawine.com

www.findawine.com/blog/2008/05/21/la-fin-du-vin-sur-internet-laffaire-microsoft/  

Ces entreprises, sites de vente de vin en ligne, distributeurs ou encore simples producteurs ont tous en commun d’être clients de la régie publicitaire de Microsoft. Si Microsoft est l’éditeur de logiciel le plus connu au monde le géant de Seattle s’est mué ces dernières années en vendeur d’espace publicitaires à travers ses différents sites tels que MSN, Xbox Live, Office Online ou encore Live Search. » Le mail annonçait la modification par Microsoft de sa “règle éditoriale concernant la vente d´alcool“. En effet Microsoft se refuse à partir du 1er juillet 2008 à relayer les “publicités promouvant et/ou facilitant la vente d’alcool” et désactivera donc les “mots-clés et annonces promouvant la vente de vins en ligne“. Concrètement les vignerons et plus généralement les vendeurs de vin ne pourront plus faire de publicité sur les sites contrôlés par Microsoft.

Pour justifier sa décision Microsoft s’appuie sur le vide juridique de la loi française : “la législation souligne qu’Internet ne fait pas partie des supports d’information autorisés à diffuser des messages publicitaires ayant trait à l’alcool (Article L3323-2) “ faisant  sienne l’analyse de la Cour d’Appel de Paris qui, on s’en souvient, avait dans son arrêt du 13 février 2008 fondée ainsi l’interdiction de faire de la publicité relative à l’alcool sur Internet. Attitude très américaine, constante, conforme au principe de précaution juridique préconisé par les conseils de Microsoft afin de se prémunir contre des recours type ANPAA. Faut-il pour autant s’alarmer de ce coup de semonce ? La réponse est clairement non. En effet, manifestement l’arrêt des magistrats de la Cour d’Appel relevait plus d’une volonté de sanctionner les agissements de la société Heineken que de la volonté de faire émerger une nouvelle jurisprudence en s’appuyant sur le silence de la loi, puisque celle-ci ne pouvait, en son temps, faire référence à un support qui n’existait pas. Ainsi  ils invitaient dans leurs conclusions le législateur à mettre la loi Evin en conformité avec l’apparition d’Internet. Si le législateur se refusait à combler ce vide il laisserait perdurer une rupture au principe d’égalité puisqu’il privilégierait les supports papier ou l’affichage par rapport à l’Internet. Sauf à penser que le législateur profiterait de l’occasion pour poser un principe d’interdiction du même type que celui qui prévaut à la télévision, pour des raisons de protection des mineurs très friands du Net, crier trop fort à la « fin du vin sur le Net » me semble la meilleure façon de donner des arguments à ceux qui ne manqueront pas de le demander lors des débats parlementaires.

Un lobby efficace est un lobby qui agit pas un lobby qui gémit.


Mon rédac chef furax face à ce lamento me dit : « Allez coco faut arrêter de crier au loup. Efficacité ! Ponds-moi un papier sur le sujet ! Quand est-ce que ce secteur va se comporter en grand secteur… C’est vraiment l’armée mexicaine… Faut que ça saigne coco ! »

Alors moi, bon petit soldat, j’ai mis l’ouvrage sur le métier. De fil en aiguille, mon goût pour les contes de Perrault et la référence évidente à Walt Disney le loup est devenu l’ogre et le petit poucet s’est cloné en une multitude de nains de jardin. En quatre coup de cuillère à pot ma chronique fut torchée et j’allais d’un pas guilleret la mettre sous le nez de mon rédac chef. Et là, oh surprise ! Sitôt lue, sitôt censurée, avec pour seul commentaire : « T’es louf, ils vont nous étriper… Il en sera fini de l’espace de liberté… » Je n’ai pas discuté. Mon rédac-chef à juste accepté la photo et le l’entame de mon conte : « Il était une fois dans un beau pays plein de vallons et de prairies, de coteaux ensoleillés, de bassins et de bassines, de machins et de zinzins, toute une bande de nains *… » Pour le reste, comme au temps de la censure, ce pamplhet circulera peut-être un jour sous le manteau ou on s’en fera une petite lecture un soir à la veillée entre adhérents à l’ABV… Bonne journée chers lecteurs frustrés de la lecture d'un si beau torchonnet (que ça ne vous empêche pas de réagir...)


* appellation qui ne vise pas, bien évidemment, mes collègues journalistes qui sont les seuls à tenter de faire le boulot...

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 00:03

Le Viognier cépage unique de l’incomparable Condrieu et du très confidentiel Château-Grillet qui est, je crois, avec ses 2 ha 70, la plus petite appellation française par la taille, fait partie de mon imaginaire comme une sorte de mythe initiatique par lequel, moi l’ignare vendéen ne connaissant que le noa, l'othello ou l'oberlin, je suis entré dans le Saint des saints des grands vins rares. Au temps où, à l’Hôtel de Lassay, siège de la présidence de l’Assemblée Nationale, avec Louis Mermaz, maire de Vienne et Président de la Chambre rose, je couvais de tous mes égards la cave de ce palais de la République, je les ai découvert, eux pour qui la Vve Point, du restaurant la Pyramide à Vienne, avait tant fait. Bien sûr la cave de Lassay, au départ totalement bordelaise, Chaban-Delmassienne, s'est enrichie de ces nectars rares. Bref, comme à l’accoutumée je ne vais pas vous saouler avec les aromes floraux tirant sur la violette et l'iris, ou fruités : pêche et abricot, l’explosion des notes de bouquets champêtres, sa bouche souple, onctueuse et capiteuse alliant fraîcheur et belle longueur… Pour moi il est beau ce vin d’or pâle aux reflets blonds de blé, il est rare et il a le goût exquis de la madeleine de Proust : le doux impact des souvenirs du temps de mes lointains trente ans sous les combles de l'Hôtel de Lassay…

 

Doubler la mise des ans et se retrouver, un samedi après-midi, sous la verrière de la Bourse de Paris, face au Secreto de Viu Manent, un Viognier de la Colchaga Valley au Chili, c’est faire un fulgurant retour sur le passé, un flash back puis un fondu enchaîné de souvenirs heureux… Je goûte bien sûr. C’est facile le flacon est pourvu d’une capsule à vis. Tout de fraîcheur et de légèreté, de vivacité, en dépit de ses 14,5%, il est séduisant ce Manent 2007. J’ose écrire : séduisante car ce Secreto avec sa parure surprenante, juste un soupçon provocante, d’une naïveté pleine de jeunesse et de spontanéité, semble signé d’une main féminine. « I’ love… » Le message est clair, sans ambigüité. J’en rougirais presque. Merveilleuse et lointaine alchimie que ce viognier ponctué de trois points de suspension rouges comme dans la vie que l’on vit où y’a souvent des points de suspension. Bon, pour une fois, je ne vais pas faire long, pour en savoir plus sur Viu Manent vous pouvez aller sur son site www.viumanent.cl/ où vous pourrez constater que Secreto a des petites sœurs tout à fait charmantes et pimpantes…

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 00:03

À l’heure où, sur la Croisette, le 7ième Art fait son cinéma sous la houlette de Sean Penn, que le tapis rouge des célèbres marches est foulé par les stars américaines : Harrison Ford, Clint Eastwood, Woody Allen, Steven Spielberg, Angelina Jolly, Dustin Hoffmann… j’en profite pour pointer la focale de mon téléobjectif sur l’image du français de France telle qu’elle s’inscrit dans l’imaginaire de nos voisins du Nouveau Monde. Plus que des mots, l’étiquette de la marque de vin français – d’Oc plus précisément –
Red Bicycle de Gallo, nous donne une première réponse : le black béret et la baguette de pain. Fort bien me direz-vous mais encore, où veux-je en venir ? Deuxième image extraite du site de la marque SVP : qui vois-je ? Une scène bistrotière où le cycliste sert à sa charmante invitée un verre de vin. Fort bien mais sur la table, hormis la baguette, que voyez-vous dans une assiette : un camembert ! Par ailleurs, si vous êtes connaisseur et observateur, notre homme au black béret à un look plus normand que nature : blouse courte et foulard, un peu père Magloire, un peu affineur de fromage. Bref, j’espère que vous pressentez où je veux vous mener. Tout simplement au mariage naturel d’un vrai camembert au lait cru étendu sur une tranche de baguette croustillante avec son ami de toujours : un kil de rouge…

Comment se fait-il que mes très chers amis de South of France ne profitent-ils pas d’un autre festival, certes moins prestigieux, mais dont on cause dans le poste et dans les lucarnes piège à conso, celui du film américain de Deauville – c’est du 5 au 14 septembre – pour se faire un petit pince-fesses sympathique, genre casse-graine du terroir : camembert et fontaine de vin guilleret ? Un petit truc sans chichi ni paille dans les sabots en partenariat avec les fabricants de camembert au lait cru, sur les planches, ça changerait des petits fours et du champagne nos chers étasuniens. Je vous assure ce serait très tendance. Très évènementiel en diable comme dirait nos communicants patentés. Bon, je sais, les objections vont me tomber dessus comme les shrapnels à Gravelotte mais, que voulez-vous, je suis un indécrottable optimiste et comme le dit le titre de ma chronique :
supplique pour être écouté à la plage de Sète – en référence à l’une des plus belles chansons du Georges Brassens
http://www.youtube.com/watch?v=hNwBo9bl7-g – j’espère être entendu par les plus entreprenants de cette belle région : pourquoi pas Gérard Bertrand. Ainsi, nous pourrions – je dis nous car la Normandie je connais ayant présidé l’interprofession des AOC cidricoles pendant 5 ans – allez de concert voir le maire de Deauville : mon ami Philippe Augier, grand amateur de vin, pour voir comment notre petit raout pourrait s’organiser. Je me tiens sur mon 31 prêt à mettre le cap sur la Normandie où les vaches ébahies nous regarderons passer nous les gars de la Méditerranée…
Je pourrais en rester là, mais comme je suis un flambeur je surenchéris, je double la mise sur le tapis :
« Qu’est-ce donc que cet objet ?
-         Un objet dont Karambolage a parlé…
-         Carambo quoi ?
-         Lage une émission d’Arte y’a pas mieux pour épater le bobo coco !
-         Y disent quoi tes intellos coco ?
-         Je cite : « Aujourd’hui, Karambolage innove : car si ce Monsieur que vous reconnaissez est bien sûr un monsieur français, figurez-vous que ce monsieur-ci, mais oui, que vous connaissez bien lui aussi est également un monsieur français. Je vous l’avais dit : Karambolage innove.
Tous deux sont dans leurs cuisines françaises et tous deux ont une petite faim.
Ils s’apprêtent à déguster un délicieux en-cas : voici donc une baguette bien croustillante, un bon camembert normand et, bien sûr, un petit ballon de vin rouge. »
-         D’accord coco mais ça tu l’as déjà écrit…
-         Soit ! Ne soit pas impatient, écoutes la suite.
« Regardez, d’un côté comme de l’autre, le camembert a l’air juste à point : souple sous le doigt, tendre, parfait.
Chacun s’en découpe un joli morceau, voilà… Miam. Allez, encore un petit bout…On aimerait être à leur place. Bon, il faut maintenant remballer le camembert. Et c’est là que les choses diffèrent, nous découvrant deux types de Français bien distincts.
A gauche ce monsieur français referme bien le papier autour du camembert… voilà, il le replace dans sa boîte en bois et repose le couvercle sur le dessus. Impeccable. Il le ressortira demain. »
- Passionnant, elle est haletante ton histoire coco.
- Attends la chute mon ami.
« A droite, il n’en va pas de même. Regardez, voilà que ce monsieur français, lui, nous présente une boîte en plastique ronde, une boîte bien particulière munie d’une paroi en plastique  sur le couvercle et d’une autre dans la boîte, vous voyez ? Notre ami cale son camembert dans la boîte le long de la paroi fixe, comme ceci, puis il case tant bien que mal son camembert dans la boîte, sous le regard étonné de son compatriote.

Bon, il fait maintenant tourner le couvercle jusqu’à ce que l’autre paroi vienne se caler sur le camembert entamé. Voilà ! »
-         L’objet que je t’ai mis sous le nez coco c’est donc une boîte à camembert qui scinde la France en deux celle du camembert coulant, avachi, à gauche, et à droite celle du camembert contenu, impeccable…
Bien sûr beaucoup vont se gondoler de me voir faire tout un fromage de ma boîte à camembert et de ma France coupée en deux (la gauche et la droite n'ont dans mon exemple aucune connotation politique). Ils ont tort ! Pourquoi ? Tout bêtement parce que de par notre vaste monde mondialisé le produit dérivé fait les délices des consommateurs. Ils en raffolent. Alors pourquoi lors de notre escapade normande, pour sceller le mariage heureux de du camembert et du ballon de rouge, ne tirerions nous pas une série limitée de cette objet insolite. À titre d’exemple je joins une petite photo d'une boîte à camembert rigolote : créatifs laissez libre court à votre imagination. Face aux culs pincés et aux hygiénistes opposons nos rires et le bien vivre ! 
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 00:00

Michel Laroche a du caractère, il n'envoie pas dire ce qu'il a envie de dire et, comme vous vous en doutez chers lecteurs, ça me plaît. Nous nous sommes rencontrés dans le cadre des travaux du groupe stratégique Cap 2010 et, si je puis dire, il faisait parti de ceux qui pour moi avait tout compris. De Chablis au grand Sud, l'entrepreneur qu'il est, anticipait. Loin des débats fumeux et des batailles d'arrière-garde, il taillait sa route. C'est donc tout naturellement que je lui ai tendu le micro de Vin&Cie pour le soumettre à mes trois questions. Michel Laroche y a répondu avec son sens acéré de la formule. Je l'en remercie chaleureusement.

1ière Question
 : Dans une interview, en avril 2007, vous déclariez, à propos de vos investissements dans les vignobles du Nouveau Monde, Chili et Afrique du Sud, qu’à un horizon de quatre ou cinq ans, votre objectif serait de parvenir à réaliser 20 à 25% de votre chiffre d’affaires. Le cap est-il tenu ou y-a-t-il une inflexion ? Pensez-vous que seuls les vins du Nouveau Monde permettent une croissance à deux chiffres en gagnant de l’argent ?

 

Réponse de Michel Laroche : Nous réalisions 7% du CA dans le nouveau monde sur le dernier exercice, nous pensons atteindre 12% cette année, je pense toujours que nous pouvons doubler cette activité au cours des 2 à 3 prochaines années. Ces deux filiales seront rentables dès cette année… je ne crois pas que nous puissions réaliser ces performances en France !

 

2ième Question : À Denis Saverot de la RVF vous avez déclaré, en juin 2007, à propos du surplace français : « Je suis un libéral et je souffre de vivre dans un système où tout est règlementé, écrit, dicté. On doit nous laisser faire ! » Pour avoir tenu la plume d’un document, où dès 2002 l’on proposait d’instaurer un espace de liberté, de me revendiquer comme un social-libéral, de commettre sur mon blog des chroniques pour aller vers une nouvelle dynamique, je me pose la question du comment faire ? Ne trouvez-vous pas que l’Industrie du vin en France manque surtout d’entreprises leaders, mondialisées, capables de faire sauter ces verrous ?

 

Réponse de Michel Laroche : Il y a différentes strates dans cette question… Les politiques doivent cesser de faire n’importe quoi, en particulier de subventionner des productions qui ne trouvent pas de débouché, ensuite les producteurs doivent s’affranchir de cette mentalité « d’assistés » qui a prévalu pendant de trop nombreuses années et enfin les entreprises doivent avoir une mentalité d’entrepreneurs avec une vision stratégique à long terme au lieu de pratiquer bien souvent la spéculation à court terme. C’est à mon avis en supprimant l’assistanat et en laissant aux entrepreneurs la liberté d’agir que tout le système peut progresser.

 

3ième Question : Et maintenant Chablis, votre berceau, pensez-vous qu’avec la récolte 2007, le yoyo des prix que vous dénonciez dans la RVF s’ajoutant au ralentissement de la croissance occidentale, l’euro fort, va mettre à mal les efforts de pédagogie entrepris auprès des producteurs avec le modèle prospectif et faire baisser les ventes ? Enfin, puisque vous êtes aussi Languedocien depuis 86, pouvez-vous nous donner votre sentiment sur ce qui s’y passe, ou ne se passe pas d’ailleurs, dans le South of France ? Cette région a-t-elle laissée passer sa chance ?

 

Réponse de Michel Laroche : Bien entendu les hausses de prix non justifiées à Chablis vont faire baisser les volumes de vente et donc faire baisser les prix… quel dommage de gâcher un aussi beau non ! J’ai été président pendant deux ans du Chablisien et n’ai pas été capable de modifier les états d’esprit… c’est toujours la spéculation à court terme qui prévôt … « tu m’as eu cette année, je t’aurai l’an prochain » !

 

Dans le South of France tout semble aller pour le moment, les prix de vente sont en hausse à court terme alors on en oublie momentanément les véritables enjeux.

 

Je pense être un affreux jojo et comme je ne fais pas de politique, je peux dire ce que je pense ! je suis opposé à toute forme d’assistanat, il faut laisser le marché se réguler par lui-même… et bien entendu mettre en place la politique sociale de solidarité pour venir en aide à ceux qui doivent se reconvertir.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 00:08

Samedi matin le baromètre piquait du nez sur variable : vélo or not vélo m’interrogeais-je à l’heure de partir rejoindre l’ex-antre des boursicoteurs : le palais Brongniart, la Bourse de Paris, où la RVF tenait salon ce week-end. Allons, allons, ne riez pas sous cape, chers lecteurs, je sais bien ce que beaucoup d’entre vous pensent : mais que va-t-il faire ce gougnafier ignare qui ne sait ni déguster, ni tirer les accords parfaits entre vin et patacouffins, en ce périmètre sacré, quasi Saint des saints des grands vins, paradis des grands domaines&châteaux, nirvana des vignerons stars, jardin d’Éden des belles signatures, conservatoire de la fine fleur des nectars de la doulce France, j’en passe et des meilleures ? Souriez, souriez, vous allez en plus vous esclaffer lorsque je vais vous avouez : Outting de bobo bien sûr, qu’avec le retour des beaux jours je m’allège. Comme les bathyscaphes pour remonter à la surface j’ouvre les ballasts. J’évacue mes poignées d’amour. Je m’épure. Coquetterie diront les tenants de la virilité mâle, non pure hygiène de vie que ce temps de carburation à l’eau fraîche avec, bien sûr, son complément naturel : l’amour. Bref, c’est chez moi un rituel annuel, simple et naturel, pour cultiver avec encore plus de plaisir tous les plaisirs. Vélo donc à petites pédalées, passer la Seine au Pont Royal, filer vers l’Opéra et virer à bâbord pour rejoindre mon ponton d’amarrage.  

 

J’enchainais mon fier destrier aux grilles de la Bourse sous le regard émerveillé de Murielle Nicolas. Bernard Burtschy me confiait un sésame pour entrer verre à la main, carnet de dégustation sous le bras et stylo sur l’oreille – ne vous gondolez pas – sous la verrière où sont dressées les saintes tables. Croyez-moi, j’avais fière allure : très dégustateur en diable. Warm up : tour de chauffe en notre belle langue, ce qui consiste à repérer mes proies, ceux qui m’intéressent. Bien sûr, les amis d’abord ; ensuite au feeling : je jette mon dévolu sur les avenants, les souriants, les causants ; enfin, je l’avoue, dans ma quête matinale, je drague « les stars », des matériaux pour mes chroniques, faut bien faire tourner la boutique coco ! À ce propos, sans faire le ramenard, y’en a des qui manquent de chaleur, y’en a des aussi qui sont là en service commandé, pas trop mais moi j’adore mettre un visage sur un vin, et si possible celui qui met son nom sur la bouteille. Bon, passons, après le serrage de louches, les effusions, il me faut passer à l’action. Fais un peu moite et les allées sont un peu étroites, genre brocante sur les trottoirs sans les poussettes. Les saintes tables ne sont pas toujours atteignables, surtout celles des stars. Mais je ne suis pas là pour ronchonner mais pour bosser. Je dois avouer que je suis bluffé par les vins d’abord : l’affèterie n’est plus de mise, on revient aux choses simples, à une forme de netteté, de réelle authenticité, le retour du plaisir ; par les discours ensuite : des petites musiques plaisantes à mes oreilles, loin des chapelles, des prés carrés fermés, dans le respect de la diversité. Bien sûr, je n’ai pas la prétention de refléter l’opinion moyenne puisque mon mode de sélection très subjectif m’amène sans aucun doute vers ceux avec qui je me sens en osmose. Cependant, comme j’ai la prétention de savoir humer l’air du temps, sous la coupole du palais Brongniart, flottait un parfum de légèreté, de convivialité, de retour à un vin moins prout prout ma chère, d’un voisinage plus harmonieux, d’une approche plus ludique, un peu dépoussiérée. Certains vont m’objecter que je prends mes désirs pour des réalités mais je persiste et je signe. La RVF est une vieille dame qui vieillit bien, sans lifting, avec le charme discret de l'aristocratie.

Sans vouloir me faire reluire je constate que ma petite entreprise Vin&Cie l’espace de liberté jouit d’une bonne notoriété. J’engrange. Déguste. Ose même des commentaires. Un peu las j’ai envie de me poser et là je me permets de déposer auprès des organisateurs une petite supplique : SVP aménagez-nous donc un petit lieu sympa, confortable, où l’on pourrait poser ses fesses un instant, pour papoter, se refaire une petite santé en mangeant autre chose que des sandwiches, un espace de convivialité simple et attirant. Merci à Paul qui m’offre une délicieuse madeleine pour me tirer de mon début de déréliction : la madeleine de Paul vaut celle de Proust en cette fin de matinée studieuse. Fatigué mais heureux : pensez-donc en quelques heures mon cerveau éruptif a collationné, au bas mot, plus d’une dizaine de futures chroniques. C’est Byzance ! Je me surprends à devenir de plus en plus fourmi les amis. Les allées sont de plus en plus encombrées et comme l’après-midi est bien entamé pour moi l’heure du retour sonne. Alors je me mets en quête d’un sac pour enfourner ma doc et la flopée de cartes de visites que j’ai engrangé. Pas de sacs officiels alors, gentiment, un des exposants dont je tairais le nom pour ne pas le compromettre m’en confie un avec deux bouteilles dedans. Le sac est très élégant. À nouveau à l’air libre, un peu flapi, je constate que de grosses gouttes s’égouttent. Je pédale gaiement lorsqu’à la lisière de la place des Victoires où sous l’effet conjugué de l’eau du ciel et des trépidations mon beau sac cède. Patatras, au beau milieu de la chaussée, l’une des deux bouteilles explose, l’autre roule sur le flanc à même le macadam luisant. Stoïque face à ce coup du sort je récupère le flacon indemne et ma doc imbibée de rosé. Sur le trottoir, un peu empoté, la bouteille orpheline à la main, je me triture la tête pour savoir comment je vais la transporter. C’est alors que le miracle est arrivé : un jeune japonais souriant me tend deux pochons en plastique et, avec gentillesse, il y enfourne mon flacon. Je me confonds en remerciements. Du pas de la porte de leur boutique de produits japonais, une jeune femme – que je suppose être celle du jeune homme – me fait un petit signe de la main. Je m’incline en lui souriant. Belle leçon de solidarité urbaine mes chers amis, si rare, qu’elle valait bien la peine d’être contée. La légendaire courtoisie japonaise reste bien vivace, nous devrions en prendre un peu de la graine pour conjurer l’indifférence généralisée qui devient la règle en soi disant accueillant pays.

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