Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 00:03


" J'ai étudié tant d'autres choses. Ainsi, ce problème jamais réellement solutionné, je veux dire d'une manière générale, applicable à tous les camps : Quel est l'état le plus approprié à la vie du camp, celui qui concilie au mieux les exigences de la productivité du travail et les impératifs de sécurité ? Malades, trop affaiblis, ils ne foutent rien, ils gâchent le bien du Reich, en bon état ils sont dangeureux, ils réfléchissent, se révoltent, fomentent des mutineries, organisent des évasions, sabotent des installations, trompent les kapos, des brutes trop épaisses pour se méfier de ce qu'elles ne voient pas, sapent le moral des jeunes soldats qui ne sont pas rodés au vice. Simple à poser et difficile à résoudre, le problème a fait l'objet d'inombrables études et de très nombreuses expérimentations. D'abord les malades ne sont pas tous de vrais malades. On l'a assez vérifié, ceux qui se disaient à l'article de la mort ont vu mourir beaucoup de leurs coreligionnaires avant de tomber à leur tour ; et nombre de ceux qui se prétendaient au mieux de la forme étaient en vérité dans une démarche suicidaire, ils voulaient littéralement se tuer au travail ; c'est les plus dangereux, le désespoir les rend rusés, âpres, vicieux, ils sont capables de tout, s'emparer d'une mitrailleuse et arroser dans toutes les directions jusqu'à la dernière balle, mettre le feu aux baraquements, se ruer sur un garde et l'égorger ou le plaquer contre la clôture électrifiée jusqu'à ce que leurs chairs brûlées se soudent dans la mort. La consigne sans cesse rappelée est de les débusquer à temps et de les éliminer pour l'exemple ou, si cela est possible, c'est quand même de la force se travail, les remettre en position d'espérer ; les recettes ne manquent pas, parfois un geste d'amitié suffit à faire tomber la fièvre suicidaire, souvent la manière forte est la solution.
    Avec les mots d'aujourd'hui, on dirait que c'est un problème de recherche opérationnelle, un cas effroyablement complexe qui prend en compte des paramètres quantifiables, mesurés par les médecins, et d'autres qui ne le sont pas, comme l'influence des longs hivers sur le comportement, la pestilence qui horrifie l'âme et la déglingue, la terrible et infinie solitude de l'individu, les bisbilles entre internés, le poids des rumeurs, l'arrivée de nouveaux déportés qui enflamme l'attention ou au contraire la désespère, la brise, que sais-je, le moral d'un homme est comme la fumée, un rien l'emporte d'un côté ou de l'autre et au bout du compte il s'étiole et se perd dans la folie. Seul le flair et l'expérience des vieux routiers des stalags ont pu permettre de les surmonter. Les solutions ont toutes été trouvées dans les camps, de manière empirique, jamais dans les laboratoires de la capitale où on se plaisait dans les élucubrations intellectuelles et les expérimentations en vase clos. Comme pour tout, le terrain est plus à même de suggérer des solutions que les reconstitutions théâtrales aseptisées qui visent à impressionner les autorités, les Bonzen, et obtenir d'eux des crédits, des galons, des promesses. Foin des modèles réduits, ils sont la négation de la réalité, l'horreur n'est pas un paramètre marginal de l'expérience mais le coeur de l'affaire." (...)

"... N'oublions pas que la finalité des camps est l'extermination et que si tous le savent personne ne le dit, ne le pense vraiment, ni le condamné par besoin d'espoir, ni le bourreau par souci de productivité, on fait comme si la mort était une simple sanction lourde parmi d'autres sanctions lourde, et cela fait que leurs relations de travail sont extraordinairement complexes.
     La conduite de tels camps est tout sauf facile. Quand je me mets dans la peau de papa et que je me pénètre des incroyables difficultés qui étaient les siennes et que je les compare à celles que peut connaître une multinationale comme la nôtre, même au plus bas de la conjoncture économique, sous le pilonnage des échotiers, le bombardement des agioteurs, la fronde des clients, les ukases des fonctionnaires et le terrorisme des syndicats, je ricane. Les exploits de la formidable organisation militaro-industrielle nazie sont inégalés, inégalables."

Extraits du magnifique roman de Boualem Sansal paru dans la collection blanche de Gallimard : Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller.

À lire absolument.
 

 

Partager cet article
Repost0
7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 00:09

 

Les beaux jours arrivent. Voici venu le temps des terrasses, des tonnelles et des pique-nique et de ce qui va avec : une petite bouteille de rosé toute embuée pour se rafraîchir le gosier et donner de l'animation à la conversation. Pour tenir la dite bouteille dans son état de fraîcheur on peut bien sûr avoir recours au seau à glace ; c'est encombrant et, parfois, les belles laissent leurs atours dans l'eau du bain et cette soudaine nudité leur ôte une part de leur identité. Plus esthétique est mon "Porta bottiglia of wine by Toscane" qui sur une table en jette, donne un côté "je vous reçois avec attention" au plus petit pince-fesses autour de quelques rondelles de saucisson. Pour le pique-nique c'est plus chic que la glacière démocratique. Matière naturelle l'ocre rouge en sa grande simplicité s'allie avec élégance avec nos frêles bouteilles. Bien sûr, les grincheux - mais je donne que cette engeance fasse partie de mon lectorat - m'objecteront que mon bel objet n'est pas français. Oui, il vient d'Italie, de Toscane plus précisément, et, cerise sur le gâteau, il est orné de l'emblème du Chianti : le Gallo Nero. Moi je l'ai trouvé beau et ça a suffi à mon bonheur. D'ailleurs, rien n'interdit, par exemple, à mes amis de Chateauneuf-du-Pape - que je salue -de nous en concocter un avec la belle terre de Roussillon et de le frapper de la tiare papale. Ça ferait, comme diraient les merchandiseurs, un bel objet dérivé pour garder un Château Mont-Redon blanc à la bonne température ou un Lirac rosé du Clos de Sixte ou encore un Côtes de Provence du domaine Houchart…

 


Pour les novices le mode opératoire est le suivant :

-         bien humidifier le Porta bottiglia ;

-         le placer une heure au réfrigérateur ;

-         ensuite il pourra maintenir la fraîcheur de nos précieux flacons de 4 à 5 heures, tout dépend de la température extérieure bien évidemment.

Vous pouvez vous rendre sur le site www.maisonentoscane.fr pour consulter le catalogue de vente.

Buvez bien, buvez bon, buvez avec émotion… désolé je ne serai jamais un modéré...

Partager cet article
Repost0
6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 00:04

Du pur jus vendéen, à lire avec attention pour comprendre l'idéologie de la terre qui elle ne ment pas, des principes fondateurs de la Corporation paysanne et de l'opposition entretenue entre la France rurale berceau des valeurs du pays et la France urbaine creuset de toutes les dérives et de tous les débordements...

 

Pareille à toutes les autres, c'est un petit royaume que la ferme du Breuil *. Une fois l'an, le maître, qui habite Nantes, vient la visiter, et on l'y reçoit comme un prince.
  Il a annoncé son arrivée pour ce jour même.
  Le fermier Pierre est allé le chercher à la gare, avec sa jument poulinière, lourde ventrue, dont les flancs débordent les brancards, un peu poussive, mais à laquelle on fait les crins pour la circonstance. Pendant ce temps ses fils étrilllent les bêtes, refont les litières, raclent la boue autour des toits *. La fermière, dans la belle chambre, a déplié trois nappes et choisi la plus fine. Elle ne dresse que deux couverts : celui du maître et celui du fermier. Les autres mangeront à la cuisine.

  Le roi et son ministre sont à table. Au rois seul on a donné une serviette. Le fermier s'excuse à propos de chaque plat que les ménagères apportent. " On voudrait faire mieux... mais on ne sait pas... Ce n'est pas la bonne volonté qui manque..." Il invite, à petits coups d'arguments nets, incisifs, le maître à se servir "convenablement", à boire davantage. Il veille que son verre soit toujours rempli jusqu'au bord. Il a l'oeil attentif d'un échanson au dossier d'une chaise haute. Le maître, qui connaît les usages, n'a pas voulu être en reste avec son fermier. Il se lève, ouvre son sac qu'il a déposé sur le lit des filles, et en retire deux bouteilles aux cachets piqués.
  - Pierre, c'est celui que tu préfères, quand tu viens me voir.
  L'homme se récrie : c'est trop de bonté.

  Avant de le prendre, sa main dessine autour du verre rempli des gestes flatteurs. Puis il le saisit comme une petite chose fragile et précieuse que l'on caresse, et boit avec recueillement. Quand il a bu, son admiration se traduit par une mimique expressive, des mots d'une telle saveur paysanne qu'on déboucherait une bouteille rien que pour le plaisir de les entendre.

  Qu'on ne s'y trompe pas, d'ailleurs, ni l'un ni l'autre n'a perdu de vue son intérêt. Mais nous sommes dans un royaume et tout débat est précédé de gestes de courtoisie, de vieilles formules de politesse. On a bien, entre deux bouchées, fait quelques allusions qui trahissent les pensées secrètes, mais sans appuyer, discrètement, - simple touche pour prendre le ton.

  Mais voilà que le repas s'achève. Le maître a allumé une cigarette. C'est l'heure du placet. Le fermier s'est tassé sur sa chaise, le dos rond, les coudes sur la table. Ses appuis sont fermes. On sent qu'il peut tenir là, une soirée durant, à soutenir son point de vue. Il a plusieurs demandes à formuler. Il voudrait, d'abord, qu'on remplaçât les deux petits portails de l'étable et le râtelier des génisses. Il voudrait aussi qu'on lui permît d'arracher un buisson inutile, là-bas, à mi-côteau, pour faciliter la culture dans les deux champs limitrophes. Un nouveau puits rendrait de grands services - l'ancien est presque inutilisable. Il sait bien qu'il ne l'obtiendra pas - le prix du fermage ne suffirait pas à toutes les dépenses - mais peut-être en amorcera-t-il l'idée pour l'année prochaine, et le refus du maître sur ce point le rendra plus conciliant sur le reste.

 Cela commence de loin, comme la plaidoirie de l'Intimé, mais sans drôlerie, sans excès. La harangue coule de phrase en phrase avec un naturel, une bonhommie où la ruse a caché tous ses ongles. Il parle de l'ancien maître et de son père à lui, qui n'ont "jamais eu ça ensemble" ; des bonnes et des mauvaises récoltes ; du bois qui n'est pas cher cette année ;  des ouvriers du pays, avantageux à l'ouvrage. Il va d'un sujet à l'autre sans jamais perdre le fil qui le dirige, abandonne celui-ci pour revenir à celui-là, et tour à tour conte avec aisance ou simule de l'embarras, pour aboutir enfin à la demande de ses portails et de son râtelier.
  - Allons les voir.
  Le maître s'est levé sans rien promettre. On entre dans l'étable murmurante du doux bruit des mâchoires. On s'arrête devant chaque animal. Un coup de pied sur la fesse et la bête se lève, s'étire, remontant son dos en bosse de dromadaire.
  - Attention, le maître ! ils sont peu polis à leur réveillée.
  La bouse tombe et éclabousse (...)

Jean Yole - Le Malaise Paysan La Nef 1929 réédité en 1943

* " nous sommes en Vendée, sur le versant sud-ouest de la Gâtine, pays aux ondulations molles, au charme humble et discret, mais auquel son histoire donne de l'accent."

* des toits au sens de toit à cochon ou tout autre animal...

* cachets de cire 

Jean Yole
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Léopold Robert, dit Jean Yole, écrivain et homme politique français.

Né à Soullans (Vendée) le 7 septembre 1878, mort à Vendrennes (Vendée) le 2 novembre 1956.

Médecin, se revendiquant comme catholique et traditionnaliste, il a été maire de Vendrennes de 1933 à 1945 et sénateur (conservateur) de la Vendée en 1936.

Il vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Nommé membre du Conseil National institué en 1941 par le Maréchal Pétain pour remplacer le Parlement et pour le conseiller, et membre du Conseil départemental remplaçant le Conseil général, il adhère pleinement à l'idéologie de la Révolution nationale. Il est déclaré inéligible par un jury d'honneur après la Libération.

Écrivain de la terre et chantre de l'éternel paysan, il a surtout traité dans ses romans, ses pièces de théâtre et ses essais, de la Vendée et des problèmes sociaux d'un monde rural affecté par des mutations venant bouleverser l'ordre ancien de la société traditionnelle. Originaire du marais breton, il a utilisé comme nom de plume un emblème de ce pays, la yole, qui est une petite embarcation.

Léopold Robert Jean-Yole fut élu membre de l'Académie d'agriculture en 1948



 

 

Devinez lequel des deux est Jean Yole ?

Partager cet article
Repost0
5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 00:04

 

Du moins c'est ce qu'écrivait le doyen de l'époque : Yvan Audouard, dans le numéro spécial : "L'archipel du goulot" : L'alcool à tous les degrés, en avril 1991, en répondant à une question provocatrice en diable : " Et, au "Canard", on boit de la limonade, peut-être ? " Dans ces années là j'étais DirCab et, invité par mon correspondant au "Canard", Hervé Liffran, une fois l'an, pour partager avec lui le pain et le sel, j'ai pu constater que notre divin nectar était à l'honneur. Quand est-il aujourd'hui ? C'est la question que je me pose depuis que je chronique sur Vin&Cie. La nouvelle génération est-elle plutôt tendance "dionysiaque" ou plutôt tendance "apollinienne" ? Je ne sais. Pour le savoir j'ai lancé il y a quelques semaines une bouteille dans la mare au "Canard" pour leur demander de répondre à mes questions dans mon petit espace de liberté. Sans résultat, pour l'heure le volatile ne répond pas. Serait-il atteint par la vague des interdits ? J'en doute, mais comme je ne vais pas poser, comme au temps de Ponia, des micros dans leurs locaux - aujourd'hui se serait plutôt de la vidéo - dans l'attente d'une hypothétique réponse il ne me reste plus qu'à m'en tenir à la jurisprudence Audouard : "Au Canard, on ne boit, on se désaltère..." et, comme dit l'adage qui ne dit mot consent, sauf à ce que je reçoive un pan sur le bec je n'en démordrai pas. En conséquence de quoi je vous offre ce matin des morceaux choisis de la prose d'Yvan Audouard. 

    

 

 


" Nous habitions à l'époque rue des Petits-Pères, "Nous", c'est-à-dire "Le Canard". Je me trouvai exceptionnellement seul dans la salle à manger qui nous tenait lieu de salle de rédaction. Treno, le directeur d'alors, entre et s'étonne de ma solitude :

-         Où sont les copains ? …

C’est mon tour de me sentir étonné :

-         Au bistro, bien sûr

Alors j’ai vu dans son regard une lueur de désespoir et même une certaine détresse :

-         Tous… !

Bien que tout petit buveur lui-même, il pratiquait à notre égard une méritoire tolérance et son inquiétude d’ailleurs se dissipa aussitôt. Il savait, après trente ans d’exercice, que le journal continuait de se faire à « l’annexe », c’est-à-dire au comptoir du Vieux Saumur. Il lui arrivait même de trinquer avec nous.

Car il faut qu’on le sache et qu’on le répète « urbi et orbi » : au « Canard » on ne BOIT pas, on TRINQUE.

Importante distinction, qui fit dire un jour à Prévert :

-         Il y a des gens qui me prennent pour un ivrogne. Pourtant ils ne m’ont jamais vu boire seul ! …

Pour ramasser ma pensée en une formule lapidaire, je dirai simplement : « Les bons comptoirs font les bons amis. »

Nos lecteurs ne s’y trompent pas : ils lisent « le Canard » comme on boit un coup avec un ami. Et quand la cuvée n’est pas réussie, ils n’hésitent pas à nous engueuler et à nous dire avec un franc-parler sans indulgence :

-         Tu n’étais pas dans ton état normal quand tu as écrit cette connerie…

 

«  Il y a quelques années notre confrère Jean Egen avait écrit un livre intitulé « Messieurs du « Canard ». Je passe sur les éloges dont il nous avait accablés (simplement parce que je les trouve amplement mérités), mais je retiens de son remarquable ouvrage la distinction essentielle qu’il a établie entre les « apolliniens » et les « dionysiaques ». Ou, pour dire les choses plus simplement, entre les buveurs d’eau et les autres. Ou encore, pour employer le vocabulaire de la profession, entre les journalistes d’investigation et les « chroniqueurs ».

 

Et, Audouard d’écrire que le premier se doit d’être « pur comme le cristal » aussi bien pendant qu’il fait son enquête qu’au moment où il la rédige, alors que le chroniqueur, homme d’humeur, peu bien évidemment le faire à jeun, mais comme il se dévoile en même temps qu’il révèle ce que la vérité brute dissimule, rien ne lui interdit d’aller aussi la chercher au fond des verres. Autre temps, autres mœurs, au « Canard » de ce temps-là  on trempait sa plume dans le Juliénas pour lui donner de la fantaisie et de l’espièglerie, comme l’écrit Audouard « ce fragile dosage entre la raison et le désir contrôlé, cette acrobatie permanente où les cabrioles des uns soulignent la solidité de l’ensemble, qui font du « Canard » le plus sérieux des journaux ».  Certains esprits bien pensants vont m’accuser, et peut-être me faire condamner, pour incitation à une consommation excessive. Peu me chaut, je me refuse à l’apposition hypocrite du sacro-saint conseil de modération et comme le disait le très sérieux Paul Valéry « Ô récompense après une pensée qu’un bon canon à la gloire des dieux ! »

En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril  : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .    

Partager cet article
Repost0
4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 00:06

Le Gustave, l’œil vitreux, teint cireux, barbe de deux jours, s’affalait sur la banquette de skaï en baillant. Son haleine fétide m’environnait, tel le fumet s’exhalant d’une lunette de chiottes à l’ancienne. Avachi, il se grattait les roustons avec un plaisir non dissimulé puis, sortant son canif, il curait ses ongles avec des mimiques satisfaites. Ça devait lui tenir lieu de toilette matinale car, sans se soucier de ma présence, il se grattait ensuite les oreilles avec une allumette pour terminer enfin par un ramonage de ses crottes de nez qu’il enfournait avec délice dans sa bouche après les avoir contemplé d’un air extatique. Face à ce spectacle peu ragoûtant, le garçon, restait de marbre ; il faut dire qu’il se posait en concurrent sérieux du Gustave pour ce qui est de la craderie matinale : ses effluves de pisse rance, sa gueule de vieux rapace déplumé couvert d’une neige de pellicules, ses pognes incrustées d’une crasse néolithique, dénotaient un sujet plein d’avenir en ce domaine. Bien évidemment, Gustave se commandait un bock de bière agrémenté d’une Francfort frites. Minimaliste, je me contentais d’un simple petit noir. Nous restâmes silencieux jusqu’à l’arrivée de sa pitance. D’un trait, le Gustave se sifflait la moitié du bock, claquait de la langue, rotait, puis tout en plongeant ses gros doigts dans la bouffe huileuse, il embrayait.

 

« Les frelons sont d’accord. Faut dire que je pétais le feu pour leur vendre ma soupe pas fraîche. Tu ne peux pas t’imaginer ce qu’une petite salope de négresse peut te soulager les glandes. Pompeuse à t’assécher en une passe. Goulue, avec des nibards pires que des obus de 75, elle m’a fait brailler pire qu’un goret. Quand on dit que les nègres sont des feignasses, c’est vrai, ce sont leurs gonzesses qui s’tapent le boulot. Ça m’a changé de la grosse Denise avec sa bidoche molle et ses outres pendouillantes. Bref, quand je suis sorti, essoré, je me sentais gai comme un jeune homme alors les têtes d’œufs avec leurs bites en rideau ils ont eu droit à ce que je sais faire de mieux : raconter des craques… » Satisfait, l’enflure se torchait la bouche du revers de sa main souillée, en quêtant des yeux mon approbation. Mon indifférence ostensible refroidissait son enthousiasme : « si je te fais chier faut me le dire ?

       Tu pues, t’es con et tu m’emmerdes…

       Vas-y mollo pti con sinon...

       Sinon quoi la balance, ici c’est boulot-boulot, tes histoires de cul j’en ai rien à traire, compris. Tu me dis comment je dois prendre contact avec les fêlés de la GP et tu me débarrasses de ta sale tronche. Elle me donne envie de gerber.

       Tu me le paieras…

       Je ne te paierai rien Gustave. Je suis flic et je peux t’écraser comme la mouche à merde que tu es, alors rengaine tes menaces et accouches…

 

Gustave, en bon faux-derche, virait brutalement à 180°, se faisait tout miel. M’assurait que ce n’était pas ce qu’il voulait dire, qu’il comprenait qu’un beau mec comme moi se foute de ses cochonneries avec des putes, qu’il ferait tout pour me faciliter le sale boulot. Loin d’attraper la perche qu’il me tendait je lui enfonçais plus encore la tête dans sa merde : « Porcheron, je sais que tu palpes des RG pour te payer un bistro alors fais gaffe que tes potes de Denain n’apprennent pas d’où te viens l’oseille. Ça ne serait pas bon pour ta clientèle qu’on sache que t’es une balance. À partir de maintenant tu m’évites le spectacle que je contemple et tu te cantonnes à parler de ce que pourquoi tu es payé. Compris ! » Il acquiesçait tout en raclant jusqu’à la dernière frite et en se commandant un nouveau bock. « T’as rendez-vous mardi soir, disons à neuf heures, à « Base-Grand » avec Antoine et Tarzan : c’est leur nom de code tout comme « Base-Grand » qu’est celui du lycée Louis-le-Grand rue St Jacques. Je n’ai pas eu grand mal à vendre ta candidature vu que t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. Bien sûr, ils ont référé au guide, le leader suprême qui vit dans son camp retranché, Pierre-Victor, qui a du comme c’est son habitude les traiter en petites larves et leur dire que ça leur ferait du bien de se frotter à la réalité d’un vrai prolétaire. Tu te pointes là-bas, tout sera prévu pour t’accueillir avec les honneurs du à ton rang. Y sont cons à manger du foin faudra pas que t’es peur de les humilier : ils adorent ça se la faire mettre jusqu’au trognon… »  

En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .
    

Partager cet article
Repost0
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 00:03


Dans son Essai des merveilles de Nature, et des plus nobles artifices (1627), le jésuite Etienne Binet * dresse cet inventaire hétéroclite des "façons de vin" :

- Vin aigre pour éveiller et ouvrir l'appétit ;

- Vin dur et âpre pour étancher son altération et piquer la langue en passant ;

- Vin rebelle ou revêche, et qui donne en tête jetant de grosses fumées, et des nuées au cerveau ;

- Vin de garde pour l'arrière-saison ;

- Vin aussitôt fait, se veut boire, et toujours est en sa boîte ;

- Vin qui se passe, et s'enfuit ;

- Muscat qui est du musc liquide ;

- Hypocras, c'est-à-dire, vin sucré et cannellé, miellé, myrrhé, qui sent le fenouil, le myrte ;

- Le Nectar fait de moût et de miel ;

- [Vin] doux, piquant, rude, qui a sa sève (car chaque Vin a sa sève, et son goût à part), blanc, clairet, paillé, rouge, chargé de couleur, jaunâtre et à goutte d'or, d'Arbois, de couleur d'eau ;

- Vin fait sous le pied ou mère-goutte, c'est-à-dire, qui coule de soi et se fait du pur dégoût de raisins non foulés, c'est la crème du Vin.

- Merra gutta fait de marc, des premiers raisins foulés, sans fouler, qui est le vin forcé ou enragé ;

- Vin brûlé et ardent ;

- Vin bouilli, non bouilli, cuit, moisi, tourné, retourné, trépassé, ressucité en le jetant sur la grappe ;

- Vin de dépense, des clercs, des valets ;

- Vinot et demi Vin, Vin de pressurage ;

- Vin bourru (c'est-à-dire, louche,et trouble et obscur)

- [Vin] mixtionné, renouvelé, fleuri, de collines, qui est plein d'esprit et de vigueur, de plaine, qui est plus grossier ;

- Vin de grave et de sable, de pierres et de rochers, de treilles et d'arbres, choisi à la main et fait de raisins d'élite et d'achoison ;

- Malvoisie de Grèce, douce piquante ;

- Vin bien rassi et reposé.

* Les Goncourt dans la préface du 1er tome des Portraits Intimes du XVIIIe siècle datée du 30 octobre 1856 écrivent : " quelle résurection - la lettre autographe - ce silence qui dit tout ! "
Ils avaient emprunté la formule "ce silence qui dit tout" au révérend Père Etienne Binet, un Jésuite né en 1569, mort en 1639, et l'avait trouvé dans Essay des merveilles de Nature, et des plus nobles artifices. Eux-mêmes avaient noté référence et citation dans leur Journal avant d'écrire cette préface.
Ce livre publié pour la première fois en 1621, fut réédité neuf fois(jusqu'en 1632) du vivant de l'auteur, puis encore après sa mort. Il paraît avec pour nom d'auteur un pseudonyme : rené François. René comme re-né, qui serait la traduction française de Bi-net, en latin : Bis-natus. François, autant dire Français, qui pourrait être une mise envaleur de la nationalité (comme on ne le disait pas encore) française d'un jésuite, dont il fallait souligner qu'il n'était ni espagnol, ni surtout italien.

Si vous êtes bibliophile allez sur ce site pour y découvrir un exemplaire original de cette oeuvre de François Binet :  
http://www.ilab.org/db/detail.php?booknr=334757162


Partager cet article
Repost0
2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 00:03


Le principe de cette nouvelle rubrique de Vin&Cie l'espace de liberté Bistro philo est connu : un soir, autour d'un verre dans un bistro du quartier des gens se rassemblent pour philosopher, échanger, converser...se retouver... Nous qui sommes sur la Toile, isolés, avons bien du mal à engager le dialogue : pas le temps, pas envie, je ne sais... Alors, ici, avant de jeter en pâture quelques pensées, des philippiques ou des aphorismes, des faits glanés, je poserai sur notre table virtuelle la bouteille du jour, celle en rapport avec le thème du jour. Ensuite, ce sera à vous de vous jeter à l'eau, si je puis m'exprimer ainsi, de rebondir, ... Bien évidemment, les citations ci-dessous n'engagent que leurs auteurs et ne préjugent en rien des opinions du rédacteur des chroniques.

Aujourd'hui, puisque nos sources sont hispaniques, je vous propose d'ouvrir une bouteille d'un vin de La Mancha, une dénomination d'origine 100% Tempranillo, un 2006 baptisé MANO A MANO

 

 
Ronde-des-vins-014.jpgRonde-des-vins-013.jpg

La classe moyenne : cette merde universelle

« … Nos Sancho Pança sont notaires, curés, marchands, ducs. Il n’y a pas d’artistes parmi eux, ni de paysans. Ils feront en sorte que la beauté devienne une insulte, l’intelligence un crime, l’amour un péché. Dans dix ans au plus tard, nous serons submergés par les classes moyennes, cette merde universelle. Chez nous, ce sera la fin du peuple et des chefs coutumiers. Le temps des bêtes à double face qui mordent la main de leur maître. La fin de toute grandeur. L’agonie des dernières espérances. »
 
José-Luis de Villalonga, Fiesta (1971)

Les privilégiés de l'esprit...

“ Les réalités les plus substantielles, seul un petit nombre d’hommes réussit à les entrevoir. Si cela vous irrite, pendez publiquement ces privilégiés, mais ne dites pas que la réalité vraie est la vôtre et que nous sommes tous égaux. Pendez-les loyalement après avoir déclaré que vous le faites parce qu’ils sont meilleurs que vous. »
 
José Ortega y Gasset

Les copains d'abord...

«  La légende raconte (j’ignore si c’est vrai) qu’après avoir couché avec la plus belle femme du monde, la pulpeuse et sculpturale Ava Gardner, il s’est précité hors de la couche pour se rhabiller au plus vite. Pendant qu’il arrangeait son nœud de cravate, la comtesse aux pieds nus lui demanda, perplexe : « Peut-on savoir où tu vas ? » Question à laquelle le matador répondit avec un sans-gêne désarmant : « Où je vais ? Mais tout raconter aux copains. »
 
Juan Manuel de Prada, ABC, Madrid à propos de Luis Miguel Dominguin

Ronde-des-vins-012.jpg
Partager cet article
Repost0
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:04

 

Mon père Arsène Berthomeau, entrepreneur de travaux agricoles et de battages au Bourg Pailler de la Mothe-Achard, à ses débuts était associé pour le battage avec Marius Boucard de St Georges de Pointindoux. Parfois j'accompagnais mon père chez les Boucard.

 

Ils habitaient une grande bâtisse dans le bourg. La salle à manger, où l'on nous recevait, était sombre et, occupant presque tout un pan de mur trônait un imposant buffet Henri II. Aller chez les Boucard me plongeait dans des sentiments mêlés : on me faisait boire du thé et je détestais le goût apre de ce breuvage ; le père Jules, le père de Marius, qui chiquait, ce qui donnait à sa moustache une allure de ballet de chiotte, ressemblait à une vieille chouette et me faisait peur ; Marius, lui, me faisait penser à Judas Iscariote et il me mettait mal à l'aise ; enfin, mon imagination, déjà débridée par mes lectures romanesques, me voyait bâtir des récits où, derrière les mystérieuses portes du buffet Henri II se cachaient de lourds secrets.

 

Je me la jouais maison hantée ce qui me valait au retour - étant un grand somnambule - des sommeils agités qui étonnaient toujours la maisonnée. Pourtant, à chaque fois que mon père me le proposait, sans hésiter je le suivais. La raison, outre que j'adorais et que j'adore toujours les lieux incertains, c'est que chez les Boucard, du ventre du fameux buffet Henri II, au lieu de la traditionnelle bouteille de goutte, la femme du père Jules, dont j'ai oublié le prénom, retirait un flacon à liqueurs qui me fascinait. Comme je devais avoir 7 ou 8 ans je carburais à l'orangeade ou à la limonade, pour moi les liqueurs avaient les couleurs du péché.

 

 '

 

Comme vous le voyez sur la photo, le flacon avait une forme de pompe à essence de luxe avec son piétement et ses bouchons dorés - pour faire genre cultivé je pourrais écrire qu'il avait des allures Hoppériennes (d'Edward Hopper le peintre) - et il contenait 4 sortes de liqueurs aux couleurs pétantes : jaune orangé ce devait être de l'abricotine, vert menthe pour la liqueur du même nom, bleu de lagon pour celle à base de Curaçao et enfin le gris argenté du Triple Sec. www.garnier-liqueurs.com

 

Dans mon souvenir cette dernière appellation devait cingler les gosiers comme la cravache d'un cavalier et elle équivalait en force  à l'un des breuvages favoris de l'inénarrable Capitaine Haddock qui serait, de nos jours hygiénistes, censuré dans une publication destinée à la jeunesse pour apologie de l'ivrognerie, mille millions de mille sabords. Dans sa définition la plus courante le Triple Sec est  une liqueur blanche à base d'orange, d'eau-de-vie et de sucre. Le triple sec et le Curaçao sont synonymes. A noter cependant qu'au Canada, les triples secs sont toujours transparents et les curaçaos colorés (ambrés, oranges, bleus, verts, etc.)

                                         

 

                                               

 

Le buffet Henri II


" Il fut pourtant, jusqu'aux années 1950, l'orgueil des modestes. En chêne ou en noyer, il était au-dessus de vos moyens pour un prix raisonnable. On pouvait le payer à tempérament et, pour qui ne disposait pas de moulures à la maison, de corniches ni d'atlantes pour soutenir son balcon, ni même de balcon, il était une façon d'avoir chez soi un morceau d'architecture. avec ses étages, ses pilastres et ses ornements, c'était un plus-que-buffet. Un château d'intérieur. Qui surplombait tout et sur quoi on avait de partout un point de vue.


Les enfants l'amadouaient en promenant leurs doigts sur des reliefs encaustiqués à la cire Abeille et finis au chamois. Les plus belles pièces arboraient des dragons, des lévriers et, le jackpot, des femmes nues. Une haleine rance s'échappait des tiroirs quand on sortait, pas souvent, les ménagères. Les portes avaient des clés. Elles crissaient en s'ouvrant comme à la tour de Londres. Elles abritaient le service de pas tous les jours. Celui qu'on avait reçu à son mariage, et qui ferait l'ornement de celui des enfants. Noces, communions, anniversaires, le Henri II les présidait, grand seigneur. Lui-même était une sorte de pièce montée.


C'est le meuble des familles comme on dit du colin ou du vol-au-vent (...)
Puis les gens ne se retinrent plus d'être modernes. Ils allèrent vers le lisse. Le scandinave. Aidés de quelques travailleurs de force triés sur le volet, ils se débarassèrent du Henri II. Celui-ci ne laissa pas seulemnet une tache claire sur le mur, il fit en partant entrer le jour dans la pièce. Le soleil était une idée neuve dans les appartements."



Extraits de l'excellent livre d'Alain Schifres INVENTAIRE CURIEUX DES CHOSES DE LA FRANCE édité chez PLON
             
                                                                                               

                                                                               
Partager cet article
Repost0
30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 00:00

La lecture de la presse sur l’explosion du prix des denrées alimentaires fait penser à cette blague d’avant la chute du communisme. On est à Moscou, il neige, il fait froid. Devant le magasin d’Etat une longue queue patiente depuis des heures dans l’espoir d’acheter des pommes de terre. La porte s’ouvre et une voix annonce, « aujourd’hui pas de pommes de terre pour les juifs ». Quelques silhouettes d’éloignent. Des heures et des heures passent, la nuit tombe, glaciale. La porte s’ouvre à nouveau, et la même voix annonce : « aujourd’hui pas de pommes de terre ». Alors Dimitri se penche vers son fils et lui dit : « tu vois, Yvan, les juifs sont toujours favorisés ».

 

Quel rapport avec le schmilblick?

 

Ces dernières semaines, la presse a longuement évoqué les problèmes et les crises provoquées aux quatre coins de la planète par le renchérissement du coût des matières premières. Nous avons été gâtés : retour de l’inflation, émeutes de la faim dans les pays du sud, rôle de la démographie, du niveau de vie dans les habitudes alimentaires,  incidence des agro carburants et de la spéculation sur les cours… Les analyses, les éditoriaux, les commentaires ont  gravement annoncé le retour de l’agriculture dans les priorités stratégiques. Nourrir le peuple est de nouveau d’actualité dans les pays riches. L’envolée du cours des céréales du riz et des produits de base frappe de plein fouet dans les pays pauvres les populations qui, en temps normal, connaissent déjà conditions d’existences difficiles. Ceux là, pour la plupart habitants les quartiers défavorisés des grandes villes d’Afrique, d’Asie, mais aussi d’Amérique Latine, sont descendus dans la rue pour manifester leur colère.

 

N’en déplaise à nos amis des médias, les manifestants sont les russes de la blague. Alors qui en sont les juifs ? Ceux qui vivent avec moins d’un euro par jour. Leur nombre est estimé par la FAO entre 1,2 et 1,5 milliard. Ils sont en sous alimentation chronique. Pas de quoi descendre dans la rue et courir devant les policiers ou les militaires. Manque de protéines. Pauvres des pauvres, ils ne sont pas concernés par l’évolution des cours des matières premières. Même quand ils sont au plus bas, leur revenu ne leur permet pas d’en acheter. Autant dire que le retour de l’inflation les chagrine moins que ne le souhaiteraient nos éminents économistes. 

 

Avant de poursuivre, et afin de profiter pleinement de la suite, rappelons que, jusqu’au printemps 2007, les cours des céréales étaient bas. Cette tendance à la baisse durait depuis une bonne dizaine d’années. La situation était donc éminemment favorable au recul de la faim dans le monde. Or, depuis le premier sommet mondial de l’alimentation, loin d’avoir diminué, le nombre de ceux qui ont faim a augmenté de 37 millions. Ils sont 852 millions. Il faut ajouter à ce chiffre, les neuf millions qui meurent de faim tous les ans, soit 90 millions pour les dix dernières années. Les morts ont l’élégance de faire baisser les statistiques de la sous nutrition. Donc, en faisant une addition à la portée d’un économiste international, on arrive à 127 millions de crève la faim en plus. C’est moins grave que le retour de l’inflation, mais quand même. Soixante quinze pour cent de ceux qui ont faim sont des ruraux, paysans, ouvriers agricoles misérablement payés et leurs familles.  « Nous fabriquons tous les ans dans cette époque qui est la notre, où les prix agricoles sont particulièrement bas, des paysans pauvres et affamés à la vitesse de 10, 20, 30 , 40 , 50, millions tous les ans » résumait Marcel Mazoyer, professeur à l’Inra et ancien président du comité des programmes de la FAO, dans une communication prononcée en 2006 et dont on ne saurait trop conseiller la lecture. (1)

 

Curieusement, le traitement médiatique de cette crise a ignoré pour l’essentiel ce continent de la faim et ne l’a pas intégré dans la perspective générale de la question de l’alimentation. Notons au passage l’ironie de la situation des pauvres parmi les pauvres.  En temps normal, c’est à dire quand les cours sont bas, ils ne font pas la une. La faim, coco, ce n’est pas un sujet vendeur.  Quand  la remontée des cours réveille les consciences, le milliard d’estomacs vides est tout aussi absent des écrans et des couvertures. La machine médiatique fonctionne comme si, seules les bouches solvables, étaient concernées par la nécessité de se nourrir. Pas les autres. Nos grandes indignations, nos profondes inquiétudes quant à la possibilité de nourrir ou pas 9 milliards d’estomacs en 2050, font litière de la faim d’un milliard d’être humains en 2008. On vit une époque moderne.

Paul Bats

 

 (1) http://www.gabrielperi.fr : Marcel Mazoyer : la situation agricole et alimentaire mondiale et ses conséquences pour l’Afrique


NOTE de la Rédaction 

 



Une enquête nutritionnelle dans le Grand Monrovia en février 2008. Les résultats de cette enquête sont extrêmement inquiétants et montrent l’émergence d’une véritable crise nutritionnelle dans la capitale : sur près de 800 enfants pesés, mesurés et examinés, 17.6% sont atteints de malnutrition aiguë globale, ce qui signifie qu’ils pèsent moins de 80% du poids normal pour leur taille. Ces chiffres sont au-dessus des seuils d’urgence mondiaux fixés à 15%. A l’échelle de la ville, cela correspond environ à 12 500 enfants de moins de 5 ans en danger vital.

 

 

Partager cet article
Repost0
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 00:04

 

Ceux qui font et vendent le vin, boisson mâle par excellence, même si l’irruption des femmes dans sa consommation bouscule les codes, ont-ils pris pleine conscience de l’évolution des mœurs ? J’en doute. Alors que, tout en haut de la pyramide, les grands crus et les champagnes se lovent avec délectation sur la vague du luxe, du bling-bling des nouveaux riches, dans le cœur du marché le seul terrain labouré, il est certes riche mais pas extensible à souhait, est celui de la tradition, du vin d’esthète, alors que les récentes études de consommation montrent qu’ « en se retranchant dans le contexte de repas convivial, qui pèse actuellement 15%, le vin rouge est amené à décliner. Le blanc se consomme de plus en plus en dehors des repas. Quand au rosé, il se situe un peu partout. » En effet, le vin dans notre beau pays, c’est à la fois l’ordinaire majoritaire, certes déclinant : 46% consommés au cours de « repas ordinaire à domicile » et 29,5%, en progression, le petit verre hors de chez soi ou hors du repas. Le vin des spécialistes c’est 15%. Bref, en soulignant que nous restons le premier marché mondial de consommation – en volume et par tête d’habitant – ce qui, n’en déplaise aux hygiénistes, n’est pas une tare, mais le reflet d’une évolution historique de longue période : le passage du vin boisson au vin plaisir, l’observation fine de l’évolution de la couche majoritaire de nos consommateurs : les mâles relève du pur buiseness et non d’élucubrations d’intellos en mal de copie.

 

« Un tiers viril, un tiers largué, un tiers féminisé, et tout ça dans le désordre. » écrit Nicolas Riou, patron de Brain Value, société spécialisée dans le comportement des consommateurs. Le « Marlboro Man » est en voie d’extinction, le modèle masculin, héritier de Gabin et de Ventura s’efface et, comme toujours, chez les gourous des socio-types, le Nicolas il dégaine sa typologie de remplacement : le métrosexuel, l’homme en crise, le gay et le néo-macho. Je sais, je sens, je vois monter chez certains d’entre vous des ricanements, des « c’est encore des fantasmes de publicitaires qui ne voient midi qu’à la porte des bobos ». En partie d’accord, mais comme, sous l’écume des tendances frivoles, se cachent les mouvements profonds de nos sociétés postmodernes, balayer d’un revers méprisant de la main ces approches constitue, pour des gens qui font la danse du ventre pour séduire des néo-consommateurs, une forme de légèreté inexcusable. Même si ça vous choque le vin entre lui aussi, pour certains, dans la sphère de l’inutile et du futile, produit de différenciation dans un univers globalisé où renaissent les tribus.

 

Sur le métrosexuel on a beaucoup écrit ces derniers temps, alors quelques touches de rimmel pour mémoire : « Aujourd’hui, en parfumerie, une femme sur trois est un homme. Un homme sur cinq utilise des soins, alors qu’il y a dix ans, ils étaient seulement un sur vingt… » affirme Vincent Boinay, DG de Biotherm France. Ces jeunes hommes, moins de 35 ans, qui « absorbent des crèmes antirides au goulot et achètent autant de fringues que leurs copines… » dixit Dorane Vignando, comme par scissiparité se scindent en « übersexuels » : les virils qui s’épilent le torse, en « himbos » : bimbos au masculins qui, toujours selon la Dorane « revendiquent le droit de passer plus de temps au Club Med Gym que devant Téléfoot… »

 

Les « hommes en crise », eux, plutôt des quadras et des quinquas, sont, selon le Nicolas, de « grands perdants de la guerre des sexes… de grands brûlés… Leur désarroi est particulièrement fort en période postdivorce, lorsqu’ils sont séparés de leurs enfants alors qu’ils se sont évertués à devenir des pères irréprochables… Ils vivent les femmes comme des rivales et ont du mal à décoder leurs attentes. De plus, les attributs de leur virilité, cigarette, alcool, vitesse, sont aujourd’hui associés à des valeurs négatives. » Déboussolés les mecs, échaudés par les amazones du sexe et les marathoniennes de l’orgasme, me dit-on, perdus face aux exigences contradictoires des super-nanas qui « veulent un soutien, une épaule, qui va les aider à faire face aux épreuves de la vie mais aussi les faire rêver… » Un poète qui roule en Cayenne quoi… vivent les contradictions !

 

 

Pour les gays, rien à déclarer, sauf que selon Florence Müller, professeur à l’Institut de la Mode et historienne de la mode : « Nous assistons à une féminisation des looks masculins, dues à une nouvelle permissivité, un nouveau raffinement. Dans ce sens les gays ont préparé le terrain. Ce sont ceux que le New York Times qualifie de « gays vagues », des hétéros pilleurs de la culture homo. Androgynie des jeunes « tecktonics » qui peaufinent leur look pour plaire à tous les sexes. Sodome et Gomorrhe, mais non, comme le disait, en ce temps de célébration soixante-huitarde, Daniel Cohn-Bendit devant les étudiants  de l’Université du Bosphore : « Je vous donne un exemple : capitale de la France, Paris : le maire de Paris, homosexuel. Capitale de l’Allemagne, Berlin, le maire de Berlin : homosexuel. L’entrée de la Turquie, cela veut dire, dans quinze ou vingt ans, un maire d’Istanbul qui pourrait être homosexuel ! Oui ou non ? »

 

Les néo-machos enfin, les ex-beaufs de Cabu recyclés, expriment leur différence par l’achat statutaire à outrance : « grosses montres, gros 4x4, costars Hugo Boss, des longs puros,  des flacons ultraprémiumisés, des packs voyages au bout du monde, des marques… des marques… rien que des marques, des poules oeufs d'or pour le co-branding… » Afin de raviver la virilité bafouée par les mecs du dessus ils endossent l’idéologie des « News Warriors ». Comme la profession de foi de la New Warrior Training Aventure l’affirme : «  Les hommes sont des guerriers depuis la nuit des temps. Mais la société bride le guerrier qui est en nous (…) Êtes-vous prêts à découvrir le bonheur et la terreur d’être un homme ? » Alors, une seule question se pose : « Pourquoi certaines femmes se sentent-elles mieux au bras d’un macho ? »

André Rauch : Il y a deux générations, un homme brillant, d’un haut rang social, pouvait épouser une femme qui n’avait pas fait d’études. Aujourd’hui, il ne pourrait plus sortir en société. De la même façon, il y a des femmes qui ont besoin d’un certain nombre de signes extérieurs de masculinité. Elles ont besoin d’être au bras d’un homme qui les valorise, qui affiche une confiance en lui, un peu hors norme.

Il faut aussi comprendre que pour certaines femmes, l’homme qui les déçoit est celui qui se limite au bonheur familial, un modèle qui ne les fait pas rêver. Certaines autres sont dans le processus de l’ascension sociale, le couple obéit pour elles à un contrat tacite. En contrepartie de leur disponibilité ou de tout ce qu’elles consacrent à leur homme, elles attendent en contrepartie un confort, une aisance matérielle, une réussite sociale.

Enfin, certaines autres femmes attendent de leur compagnon qu’il fasse mec en société, mais à la maison, elles souhaitent le faire marcher comme une marionnette dont on peut tirer les ficelles. Aujourd’hui, grâce au féminisme, on trouve de moins en moins femmes totalement soumises. Une femme qui accepte les défauts d’un macho, le fait avec une petite idée derrière la tête.

Histoire du premier sexe : André Rauch Ed. Hachette, 2006

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents