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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 00:00

    

Mon coup de déprime fut de courte durée. Dès le lendemain, sans être un crack de la soudure à l’étain, je m’intégrai cahin-caha au circuit. La chaîne, en demi-cercle, avançait d’un mouvement continu comme une grosse horloge bruyante dont nous étions les engrenages. Toutes les trois ou quatre minutes, le pontonnier, posté en tête de chaîne, déposait, à l’aide d’un engin ressemblant à une pince à sucre, sur un plateau la carcasse assemblée des 2 CV pour que chaque poste effectue à son tour les opérations qui la transformerait en caisse : soudure, limage, ponçage, martelage. Le rythme d’enfournement dépendait du chef d’équipe, un gus en blouse bleue qui se tenait près du pontonnier : s’il décidait de bourrer pour faire du rendement c’était  à nous de suivre. Chacun avait son aire d’intervention dont les frontières étaient invisibles, alors on se démerdait en fonction de nos capacités ou de nos possibilités du moment : les plus habiles travaillaient vite, remontaient la chaîne, gagnaient du temps pour pouvoir souffler ou se griller une clope ; les besogneux se contentaient de suivre ; les branques dans mon genre accumulaient les retards au risque de foutre le bordel et de couler. Le premier jour, mon voisin de poste Rachid, sans que j’aie la peine de le lui demander, m’avait tiré d’affaire en venant, au lieu de se reposer sur son temps gagné, poser les points de soudure à ma place. Robert, lui, était déjà hors circuit. À ma différence, sa supériorité d’intellectuel le paralysait. Il ne savait pas se faire mal. Mon atavisme de fils de paysan me donnait la force de courber l’échine et de me mouler dans la routine des fourmis grises de la chaîne.

 

Hors les murs de l’usine, Robert, se révélait de la race des intellos impérieux, sûr et dominateur, incapable d’écouter, de la pâte dont sont fait les chefs qui transforment les révolutions en machines infernales au service d’une minorité. Ce que j’avais cru être chez lui du découragement était en fait un orgueil incommensurable doublé d’un sentiment d’injustice : comment était-ce possible qu’un « maître » comme lui, au sens Althussérien du terme, puisse avoir chuté de son piédestal ? L’homme brûlait d’une flamme inquiétante. Je réfrénai mon envie de le contrer, de lui dire que la vraie vie était ailleurs, qu’on ne venait pas sur les chaînes de Citroën par choix de vie mais parce qu’il fallait, pour ces algériens, yougoslaves ou turcs, quitter l’extrême misère de leur pays pour becter. Que sa seule présence, doublée de son incurie manuelle, était en soi une insulte à ces pauvres bougres. Son statut « d’établi » même fondé sur les plus belles intentions du monde menait à une impasse : on ne singe pas la condition des autres quand on a la possibilité, à sa vraie place, d’influer sur le cours des choses. Ce dévoiement absolu me débectait mais il me fallait jouer mon jeu qui n’était guère plus reluisant. Moi, faute d’avoir le courage de surmonter le manque de Marie, je bousillais ma vie pour ne pas avoir à la vivre. Avec ce fêlé de Robert nous formions une belle paire de hors la vie.

 

Entre nous deux, très vite, une forme de gêne, mélange de défiance et d’agressivité contenue, s’instaura. Robert, en dépit de son peu de goût pour l’existence des autres, sauf s’ils collaient à ses schémas préconçus, me perçut comme un type dangereux : je ne correspondais à aucun de ses stéréotypes et, sous mon apparente passivité, il sentait poindre mon hostilité. Dans sa paranoïa il me classait dans la pire des catégories : celle des pragmatiques, ceux qui s’en sortent vaille que vaille en assumant leurs contradictions. Moi j’avais surmonté l’adversité. Je suivais la chaîne. D’ailleurs si Robert n’avait pas été enfermé dans son univers étriqué de révolutionnaire de pacotille il se serait posé des questions à mon sujet : comment un type qui prétendait avoir travaillé dans un garage pouvait-il ne pas maîtriser un geste aussi simple que celui de la soudure à l’étain ? Je suis certain que le doute ne l’avait même pas effleuré. Mon échec, au fond, le réconfortait. Ce type se complaisait dans son tunnel idéologique. Il avait raison seul contre tous. Si tous ces petits copains de la GP étaient de cet acabit je n’allais pas être à la fête tous les jours et les risques de dérapages en direction d’actions violentes, voire sanglantes, n’étaient peut-être pas que des fantasmes de haut-fonctionnaires de la place Bauveau. Le nid de frelons s’avérait bien plus dangereux que je ne le pressentais. Bien sûr, les chefs ne se saliraient pas les mains, mais ils allaient sans doute voir en moi l’exécuteur des basses œuvres idéal.    

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 00:02


" Comprenons-nous bien : j'ai horreur des partouzes organisées. Je n'ai rien contre les élans librement consentis qui peuvent parfois précipiter les uns dans les autres les sacripants bronzés d'un déjeuner sur l'herbe de juin, où l'ivresse mêlée des senteurs d'herbe et de rosé frais peut pousser une secrétaire bilingue à se mélanger les langues, et l'ingénieur des ponts déchaussé à trousser à peine sa cousine assoupie contre le ventre offert et demi-nu que sa camarade de promotion du collège Sainte-Thérèse laisse frémir à la brise. Il est monnaie courante, et gentiment accidentel, que la caresse infime d'une boucle mutine de cheveux fous vienne faire bander un peu la molle pointe brune auréolant le sein au bois dormant de n'importe quelle camarade de promotion du collège Sainte-Thérèse. La faute en incombe au bon Dieu qui inventa le vent du sud pour affoler les entrejambes honnêtes des Hétéro-sapiens. On ne saurait en l'occurence parler de partouze..." 

Extrait de Vivons heureux en attendant la mort de Pierre Desproges aux éditions du Seuil

La suite du texte - un instant j'ai hésité à écrire : du sexe - est polisson en diable et politiquement incorrect. Ce n'est pas pour cette raison que je ne le reproduit pas mais tout simplement parce que je ne dispose pas des droits et qu'il m'est difficile de les négocier avec ce lâcheur de Desproges qui a eu la mauvaise idée de nous quitter.

Pour le rosé frais je vous propose :

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 00:04

 

Est-ce mon passé de précoce buveur de la limonade du père Morisset de la Mothe-Achard - l'équivalent au physique du célèbre Nectar dessiné par Dransy pour Nicolas - les bulles m'ont toujours fasciné. Tout d'abord, le rituel de l'ouverture du flacon : nul besoin de tire-bouchon, sous le muselet le bouchon-champignon coiffé de sa capsule métallique, fardée ou non, attend sa libération. Selon l'humeur du moment celle-ci peut se jouer sur le mode discret : un simple pfutt ou se laisser-aller à claquer comme un chassepot ou encore, au comble de l'excitation, se sabrer à la méthode boyard. Ensuite, comme toujours dans notre beau pays, avant que la mousse ne s'épande, le choix du receptacle fait polémique : coupe ou flûte ? La coupe a le privilège de l'ancienneté mais la flûte a, dit-on, la préférence des connaisseurs. Pour ne pas me mouiller je me contenterai de citer Barbey d'Aurevilly : "Et il leva son verre de champagne, qui n'était pas la coupe bête et païenne par laquelle on l'a remplacé, mais le verre élancé et svelte, qui est le vrai verre de champagne - celui-là qu'on appelle une flûte, peut-être à cause des célestes mélodies qu'il nous verse souvent au coeur !" Comme vous l'avez sans doute immédiatement remarqué, pour ce cher dandy catholique, la bulle c'est le champagne ; toute autre bulle est roturière dans notre doulce France où les rois allaient en la cathédrale de Reims se faire sacrer.

 

Et pourtant ce matin, par pur esprit de contradiction, mon chemin m'amène chez un gars de la marine, pardon des Causses Marines, un drôle d'oiseau qui fait aussi des bulles du côté de Gaillac. Comme il a langue bien pendue je lui laisse la soin de se présenter : "Certaines mauvaises langues l’appellent domaine de Grosses Narines. D’autres prétendent que le nom viendrait de sa fille Marine. Que nenni ! Causse Marines fut baptisé ainsi lors de son rachat, en 1993, eut égard au nom du ruisseau, Marines, délimitant le bas de la propriété. L’ensemble du vignoble s’étendant sur un Causse calcaire fort maigre, l’ambiguïté du nom était toute trouvée.
Le Lescarret ne but que du Bordeaux jusqu’à l’âge de 16 ans. Ça n’aide pas. Et quand on sait que peu après, il passa par l’Institut d’oenologie de Bordeaux, on comprendra les préjugés et le manque d’objectivité du garçon. Heureusement, un accident salvateur le frappa d’amnésie. D’abord salarié comme brandouilleur de burette à Sancerre et ensuite régisseur en Provence, il fit naïvement ses classes avant de se jeter à l’eau inconsciemment en 1993 à Gaillac Au départ sur 8 ha, aujourd’hui sur 15, nous nous efforçons de mettre à l’honneur les cépages autochtones ancestralement cultivés sur la région. Les décrets d’appellation miteux et poussiéreux (tentant d’éviter le pire, mais assurément empêchant le meilleur) ont eu raison de notre pugnacité. La plupart des vins produits aujourd’hui par le domaine sont élevés au rang de vin de table."

 

  Ses bulles à lui le Lescarret se dénomment Préambulles, belle bouteille au beau cul, étiquette mauderne viaulette, c'est djeun avec de la gueule quoi ! Faut le servir très frappé le Préambulles car il est d'une nature éruptive le bougre : un petit côté geyser. La bête est en effet nature, pas dégorgée, elle pète le fruit : un nez de pomme surprenant. Le jour où j'ai laché le muselet de la première bouteille devant un jeune public ce fut la cataracte assurée, le tapis et la table basse furent aspergés mais par la suite nos palais et nos gôsiers furent enchantés. Good, très good, le Préambulles. Bien sûr, évitez de le servir le jour de la venue de votre belle-mère où lors du dîner chic où vous avez convié votre patron, car c'est vraiment un mauvais garçon, pas gêné pour deux sous, et même si le Lescarret affirme "qu'on on peut faire bio "sans avoir le cheveu long et fumer la moquette" ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache" son Préambulles à un petit fond de soixante-huitard, il est le fils naturel de Dany le Rouge et de Joan Baëz. À boire en ce temps de haute commémoration sans aucune espèce de modération rien que pour faire un bras d'honneur aux nouveaux censeurs...

Pour le reste allez sur www.causse-marine.com

Francis Boulard est un sage. J'ai du respect et une grande affection pour les sages lorsque leur sagesse ébranle les idées reçues sans emboucher les trompettes de la renommée chères aux grands gourous qui encombrent les pages des magazines spécialisés. Discret et chaleureux, tranquille, Francis Boulard, dès notre première rencontre à Montreuil, m'a captivé. Pour faire simple, et sans vouloir le compromettre avec un affreux Jojo comme moi, il n'a pas eu besoin de traducteur pour comprendre Cap 2010. On ne réforme pas les sociétés par décret et ce n'est pas en stigmatisant les pratiques des autres que l'on fait avancer ses idées mais en les appliquant au quotidien tout simplement. 

Francis  Boulard c'est le champagne Raymond Boulard situé au coeur du vignoble, entre Reims et Epernay ; c'est une exploitation familiale de 10 ha 25 cultivé par les 2 frères Boulard et les 2 fils de Raymond ; c'est 7 Crus et 1 Grand Cru répartis sur 8 villages; c'est un savoir-faire qui s'appuie sur l'expérience de 5 générations ; c'est la mosaïque et la diversité des 21 terroirs : la vallée de la Marne et ses sols argilo-calcaires et silex, la Vallée de la Vesle et ses sols silico-calcaires, la Montagne de Reims et ses sols calcaires ; c'est les 3 cépages traditionnels cultivés à flanc de coteaux ; ce sont des méthodes culturales respectueuses de l'environnement et c'est depuis janvier 2001, sur 1 ha 20 en 2004 une conversion non certfiée du vignoble en bio-dynamie ; ce sont des vins élaborés en cuves de petits volumes, barriques et fûts de chêne qui permettent des assemblages respectant la diversité d'expression des différents terroirs ; c'est un champagne au plus près de la nature et des spécificités de l'année de sa production.

 

La cuvée dégustée : Les Rachais est un Blanc de Blancs Extra-Brut, Chardonnay des vendanges 2002 issu des raisins de la partie du vignoble cultivé en bio-dynamie. Pour moi ce champagne est, dans sa structure et son élégance dépouillée, le fils naturel d'une toile de Nicolas de Staël, il allie le trait pur, sous tension, la finesse, à l'allure de  ces hommes qui traversent leur époque avec hauteur et détachement. Je sais que certains vont me reprocher cette métaphore mais qui puis-je, bien plus que le vocabulaire coutumier de la dégustation, elle traduit la même émotion que celle ressentie face aux compositions du grand Nicolas peintes dans les années 50 dans son atelier de Montparnasse aux hauts murs blancs illuminés par une verrière verticale comme suspendue dans le vif argent du ciel. Dans son flacon de belle facture, cette superbe cuvée est de celle que l'on réserve à des moments dont on veut souligner l'intensité et la rareté. Pour moi, les Rachais sont la touche invisible, le raffinement extrême, la note des hommes élégants qui plaisent aux femmes éternelles : l'Ingrid Bergmann de Casablanca, l'Audrey Hepburn de Vacances Romaines, la Catherine Deneuve de Belle de Jour, la Eva Marie-Saint de Mort aux trousses, l'Alida Valli de Senso, la Carole Bouquet de Trop belle pour moi...Pour plus de précisions allez sur www.champagne-boulard.com



 

 

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 00:04

* En hommage à la chanson de Salvatore Adamo " Z'étaient chouettes les filles du bord de mer Z'étaient chouettes pour qui savait y faire" elle date de 1964  je vous l'offre par le déjanté Arno :

http://www.dailymotion.com/video/x2qjc0_arno-les-filles-du-bord-de-mer_music
ou
http://www.youtube.com/watch?v=OwzWDuK1Hfk

1-   
Les prémices : le 18 janvier 1968


« Votre fameux livre blanc sur la jeunesse ne contient même pas une seule ligne sur la sexualité. »

Apostrophe de Cohn-Bendit à François Missoffe, Ministre de la Jeunesse lors de sa visite officielle à l’Université de Nanterre où il vient inaugurer la piscine.


« Si vous avez des problèmes de cet ordre, personne ne vous empêche de plonger dans la piscine. »

c'est la réponse du Ministre.


2-  
Le diagnostic : le 22 mars 1968


« Le seul problème des étudiants français est de coucher avec les filles. »

Réflexion de Georges Gorse, Ministre de l’Information. – selon Le Canard Enchaîné du 22 mai 1968.


3-  
Presque dix ans après : 2ième Trimestre 1977


« Vous, chez Mao !... » Apparemment ils en sont restés aux années 30 ; à cette époque, dit-on, il n’y avait pas à s’en faire, un fils succédait à son père dans la foulée, les jeunes filles « comme il faut » allaient au couvent des Oiseaux, les autres à Tanger ou à Bobo-Dioulasso. À ce compte-là, parce que nous sommes ce que nous sommes, nous pourrions aller n’importe où – sauf à Pékin."


Extrait de la Vie en Jaune Sept jeunes giscardiens* en Chine populaire
chez Stock 1977

* Dominique Bussereau, Jean-Pierre Raffarin, Henri et Nicolas Giscard d’Estaing, Benoît Roger-Vasselin, Pierre Simonet et Marc-Philippe Daubresse.

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 00:03

J’ai découvert Aline debout sur son canapé, un verre de rouge à la main. J’étais dans le TGV. Là, je sens poindre une touche d’agacement : « que  ne va-t-il pas encore inventer pour se rendre intéressant ? » Et, pourtant c’est pure vérité. C’est dans la revue de la SNCF de Pepy – un ancien collègue qui à réussi dans le chemin de fer – que la dite Aline Goldschmidt, et Paul son mari, proposent des « petits verres entre amis », sorte de vente Tupperware, pour faire découvrir et aimer les vins de leurs belles propriétés sises autour du château de Siaurac : le pays des merveilles aux confins de Pomerol et de Saint-Émilion. Qu’à cela ne tienne, dès le lendemain, j’envoie, par la voie de la toile, un message à la dame pour lui proposer de causer dans mon « Espace de Liberté ». En retour je reçois un petit mot m’indiquant que la dame souhaite que nous causions au téléphone. Alors nous causons. Nous causons beaucoup. Et me voilà invité à Siaurac par Aline. Une première pour Vin&Cie : me voilà reporter sur le terrain.

 

Le TER de fin de journée, empli de lectrices de Gala ou de Choc, me porte sous une pointe de soleil vers la gare de Libourne. Paul m’y attend. Mon écharpe rouge et mon manteau noir sont mes signes de ralliement. Des vignes, des vignes, mais quelles vignes, que des noms prestigieux qui font rêver : Pétrus, La Conseillante, l’Évangile, Lafleur, Trotanoy, Petit-Village, Gazin, Vieux-Château-Certan, Nénin, le Gay, Clinet, Vray-Croix de-Gay… J’écoute Paul religieusement. Passionné le Paul, j’adore lorsqu’il me parle de ses petits bébés à propos de ses nouvelles plantations. Ici enherbement, là labour, plus loin parcelles où ondulent des graminées en l’attente des bébés de Paul. Sous les mots de Paul s’exprime une tranquille passion, dans sa bouche le mot terroir à des accents de vérité. Nous empruntons le long chemin de terre menant au travers des vignes au château de Siaurac. C’est le chemin des noces me dira plus tard Aline. Le parc est somptueux, reposant et étrange dans cet océan de vignes. Sitôt entré le fumet de la cuisine d’Aline – c’est elle qui est aux fourneaux – m’enchante. Là voici qui surgit, primesautière, ses yeux sont du bleu de mon gilet bleu et nous voici face au majestueux chêne, de près de six-cent ans, qui se meurt rongé de l’intérieur. Aline, sans façon, avec une simplicité rafraîchissante me parle de sa grand-mère, celle qui épouse un Amiral écrivain, la Baronne Guichard emblème du domaine ; de son père Olivier Guichard baron gaulliste qui se laisse convaincre par Paul de prendre le virage de la modernisation en profondeur du vignoble et des installations ; de la saga familiale aux couleurs mauriaciennes ; d’elle, la parisienne qui travaillait à Bayard-jeunesse, qui s’est prise d’amour pour cette terre, ce lieu magique. «  Élever nos vignes comme nos enfants » Les mots sont justes. Les mots sont vrais. Belle fin de journée au pays des merveilles.

 Nous dînons dans la vaste cuisine : asperges, hachis Parmentier, salade, fraises des bois en dégustant le millésime 2005 des trois propriétés : Château Vray Croix de Gay – le Pomerol – Château Siaurac – le Lalande de Pomerol – Château Le Prieuré – le Saint-Émilion Grand Cru Classé. La conversation va bon train. Chacun dans son registre : Aline sur le mode passionné, Paul sur celui de l’équilibre, mes deux hôtes me font partager leur belle aventure. C’en est une, une aventure moderne qui, en ce triangle d’or, plus habitué aux grands investisseurs, lointains et anonymes, garde toute son épaisseur humaine, son poids affectif, et une dimension familiale forte. Ils se retroussent les manches, mettent les mains à l’œuvre : les plantations nouvelles, la rénovation du chais, l’arrivée de Yannick Reyrel – l’adjoint de JC Berrouet à Petrus – en 2001, pour faire le vin, le développement des ventes directes : quel plaisir d’entendre Aline parler de l’ambiance du salon des caves particulières de la Porte Champerret à Paris, de la biodynamie, la création de deux nouvelles gammes de vins : les vins Faciles et les Vins des Beaux Jours, les relations partenariales avec le négoce à l’exportation… Montée des marches avec son lot de succès, d’attente, de challenges à relever : la vraie vie, celle que l’on vit pour, comme le dit Aline « pour élever le monde vers son meilleur ». Conjugaisons des talents, richesse sans limite d’une conversation qui roule dans la tranquille paix d’un lieu magique. Tant de choses à écrire, à traduire sur l’éternelle alchimie entre la main de l’homme, le raisin et le vin. Il se fait tard.

Je couche dans la chambre Papillon. Demain nous irons à Saint-Émilion sur le site du Château Le Prieuré. Avant de m’endormir je me dis que je n’ai même pas pris le temps de donner mon sentiment sur les vins. Normal, tout était si chaleureux, si simple et de bon goût, que tout naturellement les vins, ces grands enfants, à l’image de ceux qui les ont enfantés, étaient à la hauteur. Discrets mais élégants, de belles pousses en devenir dignes de gravir les marches pour rejoindre les plus grands. Il y a tant à écrire que l’invitation d’Aline et de Paul de revenir pour les vendanges me permettra de mieux pénétrer les secrets de la maison. Laisser le temps au temps, prendre son temps, marcher, sentir, découvrir… Pour les plus impatients, ils peuvent aller de suite sur le site  www.baronneguichard.com pour en savoir plus. Pour ma part, chers lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, la maison vaut le détour. Si vous passez aux pays des Merveilles faites un petit tour au Château de Siaurac vous y serez bien reçu, par Aline et Paul, ou par quelqu’un de leur équipe, même sans indiquer que vous venez de ma part. Je m’endort ravi. Le lendemain un vent glacial nous transperce les os sur le site magnifique du Château Le Prieuré. C’est l’heure du retour en TGV pour Paris. Difficile, mais comme je sais que je ne pose pas un point final à ma petite histoire d’Aline au Pays des Merveilles c’est avec légèreté que je dis au revoir et, à bientôt pour de nouvelles aventures dans ce superbe confetti de nature préservée au cœur d’un bel océan de vignes aux noms enchanteurs…

 

À suivre…   

 

 

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 00:07

 

Comme l’aurait dit, dans mon beau pays de la Mothe-Achard, à propos du père Troussicot qui remuait beaucoup d’air,  madame Ginette, la coiffeuse de maman, qui n’avait pas sa langue dans sa poche : « Y’en a que pour lui… » Pour le vin c’est tout comme : en tout lieu ou presque, en tout temps, y’en a que pour lui, il occupe le haut du pavé, il est même par la transmutation le sang du Christ, en un mot comme en cent le roi du monde c’est lui. Le seul qui ose, depuis une période récente, s’aventurer à contester sa suprématie, et qui dans le gotha des critiques est une star incontestée, j’ai nommé le terroir.

 

 Si j’osais j’écrirais : « Terroir combien de discours insanes écrits et prononcés en ton nom… » Je l’ai écrit et, comme je suis un ignare, je laisse la plume sur ce sujet à un philosophe, Michel Le Gris : « Mise au jour par l’histoire de la culture de la vigne et de l’élaboration des vins, exploitée et, dans une large mesure, pervertie par le commerce, cette notion de terroir est, faut-il le dire, tout à fait étrangère à une quelconque idéologie du sol, de la race et du sang. Sous son aspect géologique, le terroir désigne les éléments du règne minéral que les racines vont puiser et transmettre aux raisins, dans la mesure où cette action de la plante ne se trouve pas entravée par une alimentation abusive répandue à la surface du sol et perturbant le métabolisme entre le minéral et le végétal. Cette logique du vivant, dans laquelle les crus puisent leurs spécificités, est en effet susceptible d’être gravement détériorée lorsque le végétal ne prélève plus aucune nourriture par lui-même, se contentant de celle apportée sous forme d’engrais. On sait aussi, grâce aux précieux travaux de Claude Bourguignon, que ce métabolisme naturel de la vigne est d’autant plus perturbé que la vie microbienne du sol, indispensable à l’assimilation des minéraux, se trouve elle aussi détruite à la suite des agressions chimiques dont les plantations sont fréquemment l’objet. Là se trouve très probablement l’une des causes de la perte de spécificité de nombre de vins actuels. »

 

 

Fermer le ban ! Moi ce qui m’intéresse ce matin ce sont les petits bourgeons qui, lorsque le sommeil hivernal se termine et que la sève boute, gonflent le long des sarments et déchirent la mince pellicule ligneuse qui les protégeait des rigueurs de l’hiver. Tout au début nos petits bourgeons sont ténus – chétifs – laineux, duveteux comme des chatons de coudrier. La vigne débourre, mais on ne la dresse pas, elle, comme on le pratique avec les yearlings de pur sang. Elle va recommencer à croître et à embellir sous les rayons du Dieu Soleil, conjuguant son fameux terroir. Mais c’est aussi pour elle la période de tous les dangers : en une nuit blanche de gel les frêles bourgeons peuvent être rayés de la carte à tout jamais réduisant ainsi à néant tous les espoirs du vigneron. Oui, même si on ne parle pas souvent de lui dans les gazettes, le petit bourgeon, comme tous les nouveau-nés, est une promesse. À l’intérieur de ce minuscule réceptacle, les inflorescences sont déjà marquées par leur environnement singulier et attendent le moment opportun pour s’épanouir. La vie, le cycle de la vie, renouvelé par la taille, où les bourgeons sont des « yeux », sculpture vivante, recherche de l’équilibre et de l’harmonie, prémice de l'éternelle renaissance. Regardez-le, contemplez-le, ce frêle réceptacle de vie et, lorsque vous porterez à vos lèvres le verre empli du nectar exhalant ses subtiles fragrances, ayez une petite pensée émue pour mon petit bourgeon encore tout nimbé de perles de rosée par qui le miracle est arrivé…

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 00:07


La symbolique des couleurs, celles qui nous apaisent, celles qui nous agressent, le bleu marine la couleur vestimentaire la plus portée, le rouge dont le code de la route fait un usage immodéré, le vert des pharmacie devenu couleur des bennes à ordures... La place de la couleur est immense dans nos sociétés contemporaines. Le vin qui se décline principalement que sous trois couleurs, dont l'une le rosé n'en est pas une, n'échappe pas à la difficulté à mettre une signification sous ces dénominations. Michel Pastoureau, directeur à l'Ecole pratique des hautes études, s'y essaie dans un dictionnaire des couleurs de notre temps " aux éditions Bonneton. 

Vin

" Nous appelons vin blanc un vin qui est jaune et rouge un vin qui n'a presque rien de rouge. De même nous qualifions de noir un raisin qui est violet, et de blanc un raisin qui est soit vert, soit jaune. C'est dans la plupart des langues et depuis la nuit des temps (ou presque).

Ces écarts entre la couleur réelle et la couleur nommée à propos de produits à fortes dimensions symboliques et anthropologiques, comme le vin et le raisin, nous rappellent combien les couleurs sont avant tout des codes sociaux, des conventions, des étiquettes. Leur fonction première est de distinguer, de classer, d'associer, d'opposer, de hiérarchiser. Le vin et le raisin ont reçu leurs étiquettes colorées à une époque très ancienne, lorsque seules trois couleurs - le blanc, le rouge, le noir : les trois couleurs "de base" dans la civilisation occidentale comme dans la plupart des autres civilisations - étaient sollicitées pour organiser de tels codes. Les autres couleurs, qui existaient matériellement mais qui jouaient un faible rôle dans l'univers idéologique et dans les systèmes symboliques, ne pouvaient pas encore remplir de telles fonctions. Dire qu'un vin était jaune ou un raisin violet n'aurait alors guère eu de sens. Les qualifier de blanc, de rouge, de noir leur conférait en revanche une authentique fonction sociale, permettait de les inclure dans toutes sortes de systèmes et de rituels, et leur donnait une véritable dimension poétique et mythologique. Toutes carctéristiques que le vin et le raisin ont conservé jusqu'à aujourd'hui.

En langage oenologique, on ne parle pas de la couleur d'un vin mais de sa robe. Comme pour les chevaux, celle-ci peut revêtir des nuances variées, qui se qualifient par un vocabulaire aussi pédant qu'imprécis."

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 00:00

À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires : la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras je la repoussai avec énergie :  « ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclata d’un petit rire grasseyant qui agita sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

- Non…

- Fais gaffe, ici je pèse lourd…

- Le poids d’une grosse merde, lâches moi j’ai mieux à faire qu’à écouter les conneries d’un mec qui a du sang sur les mains…

- Là tu pousses le bouchon trop loin sale gauchiste. Ton compte est bon je vais t’en faire baver à mort. Tu vas ravaler tes paroles et tu regretteras même d’être né…

- La gégène, l’entonnoir ou le merlin… T’es bon à tous les étages ordure. T’as de la bouteille, surtout te prive pas de repasser les plats ça réveillera en toi de beaux et grands souvenirs…

 

Nez de bœuf me laissait aller. Ses trous du cul fermaient les grilles. Je les bousculais. Ils voulaient me faire barrage mais dans mon dos l’ordre claquait : « laissez-le passer ! » Je hâtais le pas car il ne me restait tout juste cinq minutes pour pointer, enfiler mon bleu et aller rejoindre mon poste de travail. Deux heures plus tard, Dahan, le régulateur de la chaîne, m’apostrophait :  « t’es attendu au bureau du planning… »

-         C’est où ?

-         Au fond de la cour.

-         Qu’est-ce qu’ils me veulent ?

-         Je n’en sais fichtre rien. Grouille-toi !

Lorsque l’ingénieur en blouse grise jeta sans même me prêter attention : « Mettez-le au 86 ! », si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montrait le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables « larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaientt dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain.

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.       

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 00:06

Les beaux jours toujours avec des envies de choses simples, sans façon, préparées en trois coups de cuillère à pot, servies dans la poêle ou la casserole, alliance de la fraîcheur et des saveurs préservées. Le bord de mer présente l'avantage de pouvoir aller s'acheter au débotté, en rentrant, sur le port, un litre ou deux - pas de vin les amis - mais de beaux coquillages juste sortis de la mer, vivants et luisants. À l'Ile d'Yeu, dans mes vertes années turbulentes de l'année 68, alors que je m'étais temporairement reconverti en marchand de vermoulu * et que j'assurais aussi l'ordinaire de la maison, j'allais comme ça acheter à Port-Joinville des patagos.

Le patagos ou vénus, est un petit bivalve, lisse, qui cache sa coque blanc d'ivoire sous les sables fins et dorés des plages de l'Ile. Au temps préhistoire dont je vous parle il pullulait. On le glanait, armé d'une petite pelle et muni d'un seau de plage, sans grand effort. Sa notoriété estivale a failli lui coûter la vie. Aujourd'hui, les pêcheurs professionnels le trouvent au large de Noirmoutier ou dans la baie de Bourgneuf. Dans mon 14 ième, rue Daguerre, mon poissonnier le propose régulièrement à sa clientèle. La recette est, comme je l'ai écrit, simple. Le mets est succulent : un goût de mer à l'état pur. En plus, comme on le mange avec les doigts, le plaisir est plus grand encore lorsque, bravant les convenances, on se les lèche en fermant les yeux pour garder en soi le souvenir de la pointe iodée soulignée par la douceur de la crème fraîche.

Vous achetez des patagos dans la quantité correspondant à votre appétit et de celui de votre entourage ou de vos invités.
Vous les lavez à grande eau sans les laisser séjourner afin de les débarasser du sable qu'ils peuvent encore contenir.
Vous tranchez en fines lamelles des oignons.
Dans un faitout ou une poêle munie d'un couvercle, que vous chauffez à feu vif, vous jetez les patagos et  les lamelles d'oignons puis vous couvrez.
Les coquillages s'ouvrent et rendent leur eau.
Versez la crème fraîche sur les coquillages chauds et servez.

 

Dans D'Yeu que c'est bon ! les éditions de l'épure www.epure.editions.com vous donne sa version des Patagos à la crème.

Pour accompagner ce festin maritime je vous recommande une Colombelle
www.plaimont.com

* marchand de vermoulu : brocanteur dans le langage islais...


  

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 00:00

Je verse deux pièces au dossier pour votre réflexion personnelle. Elles sont tirées de monographies et enquêtes du Lycée Robert Garnier de La Ferté-Bernard, dirigées par Hubert Néant, Raymond Cadiou et leur équipe. Il s’agit d’authentiques documents d’ethnologies de la région du Perche sarthois.

 

EXTRAIT de la Délibération du conseil municipal de Coudrecieux (14 août 1866)

 

« Quelques membres font observer qu’il est malheureux que la loi du 22 mars  1841, sur le travail des enfants dans les Manufactures, ne soit pas suivie plus rigoureusement, et qu’il serait très utile que les nombreux enfants qui travaillent à la verrerie, et qui sont presque tous sans instruction, y entrant vers l’âge de 7 à 9 ans, pussent suivre une école. Le cours des adultes ne pourra leur servir puisqu’ils commencent leur travail vers 2 heures du matin pour finir à une heure du soir. Ces mêmes membres, dans l’intérêt de ces pauvres enfants, verraient avec plaisir rétablir le cours qui a été supprimé il y a une dizaine d’années par le locataire actuel de la verrerie. »

 

RECHERCHE de MAIN D’ŒUVRE (lettre à un curé breton)

 

 

Verrerie de la Pierre

Par Coudrecieux (Sarthe)

 

Le 17 novembre 1926

 

 

Monsieur l’Abbé,

 

 

Je vous ai parlé, l’autre jour, de petits gamins dont nous avons toujours besoin, dans notre industrie. Nos environs n’arrivent que trop difficilement à nous alimenter, et si nous désirons intensifier notre production, nous sommes obligés d’aller chercher plus loin ce qui est trop rare ici.

 

On nous a dit qu’en Bretagne, notamment dans le Morbihan, où se rencontrent beaucoup de familles nombreuses, on peut trouver de bonnes petites recrues. Seulement, il faudrait y connaître quelqu’un d’assez indiqué pour s’en occuper, et je ne vois guère que le bon curé de campagne pour emplir cette mission.

 

C’est pourquoi je viens vous demander de sonder un peu le terrain et tâcher de recueillir d’utiles indications.

 

Nous sommes disposés à offrir les encouragements nécessaires sous forme d’allocations par chaque recrue que nous recevrons. Il est évident que ces gamins pourront venir d’ailleurs que de la Bretagne.

 

C’est intéressant pour les bonnes volontés qui désirent s’employer.

 

Veuillez donc, dans la mesure du possible, nous prêter votre concours dans la circonstance.

 

Je vous remercie à l’avance de ce que vous ferez dans ce sens et vous prie de recevoir, Monsieur l’Abbé, mes respectueuses salutations.

 

Signé : Marthe

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