Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...

Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Ce matin je soumets à mes commentaires Robert Parker, le juge, le notateur, le craint, le vilipendé, celui que le Figaro qualifie de gourou dont les appréciations régulent le marché mondial du vin, rien que cela même si, dans le même mouvement, le journaliste réduit l’ampleur du phénomène à l’univers des prix de certains vins aussi rares que chers : « Une note supérieure à 95 et le prix de la bouteille atteint des niveaux stratosphériques. Une mauvaise évaluation ? C’est la chute brutale. »
Qui suis-je pour oser me permettre ce genre d’incongruité ?
Rien !
Rien qu’un ignorant, un ensemble vide, le mètre-étalon déposé au Pavillon de Sèvres de l’ignorance gustative.
Adepte de la diagonale du ouf je présente tout de même une caractéristique rare dans le panorama bordelais : une totale indifférence – au sens de la physique, indifférence magnétique, équilibre, neutralité – au phénomène Parker. En effet, j’éprouve une forme de sympathie malicieuse pour l’homme, amoureux revendiqué de la France et de sa culture, qui parle notre langue ; je tire mon chapeau au personnage qui a bousculé l’establishment bordelais et le réduit à un état de révérence proche de celui de la noblesse d’empire vis à vis de Badinguet. Pour moi, Robert Parker n’est ni ange, ni démon, c’est un excellent homme d’affaires qui a su imposer sa marque, sa signature et qui l’entretient avec les armes habituelles du marketing et de la communication. Sa notoriété, la positive, comme la négative suite aux « accusations » de connivence de son ancienne collaboratrice, est indéniable.
Alors, jugeons sur pièces.
Le jugement de Parker sur le millésime 2007
« Il se présente bien mieux que je ne le pensais. Il a dû endurer un été désastreux. Heureusement, le temps sec, chaud et ensoleillé de septembre semble l’avoir sauvé. Les meilleurs châteaux, dont les ressources financières ont permis d’effectuer un travail rigoureux dans le vignoble et une sélection stricte, ont produits des vins fruités, doux, très charmeurs, qui seront plaisants à boire dans les prochaines années. Ils n’ont pas la densité, la structure et la puissance des grands millésimes, mais ils seront sur la finesse, l’élégance et d’une manière générale bien équilibrés.
En revanche, les vins de qualité inférieure, qui constituent la majorité de la production, sont sans relief, avec un goût herbacé, voire végétal. Globalement, ils sont décevants. »
Commentaire : Le premier paragraphe est un peu convenu Robert, imaginez que ce fusse moi qui l’eut écrit je suis persuadé que la plupart d’entre vous penserait que je l’eusse pompé. Sur le climat c’est du copié-collé. Pour le reste, c’est un peu hypocrite, car en dehors des « meilleurs châteaux »– qui par construction ont les moyens de travailler et de sélectionner – qui vont nous offrir un charmant millésime, c’est quoi au juste la qualité du millésime des autres ?
Ceux qui sont entre le gotha et la plèbe des « vins de qualité inférieure » majoritaire, qui sont exécutés sans autre forme de procès : j’adore la formule « avec un goût herbacé, voire végétal » comme si l’herbe n’entrait pas dans le monde végétal. Pourquoi ne pas introduire des nuances du genre : goût de fétuque des prés ou d’oseille des jardins, ce serait plus poétique et je suis sûr que ça plairait aux consommateurs « bio ».
De plus, en dépit des performances gustatives reconnues du grand Robert, du genre marathonien du goûté-craché : « je travaille en trois étapes. Il y a des journées où il y a douze ou treize rendez-vous dans les châteaux. D’autres jours je travaille avec des professionnels comme l’Union des Grands Crus ou le Cercle de la rive droite, qui centralisent un grand nombre d’échantillons. Et enfin, je vois des négociants qui ont une sélection spécifique de vins, à tous les prix, que je goûte. Au final, une grande partie des vins sont testés sur une période de dix à onze jours, deux à quatre fois dans des conditions différentes. » je le trouve un peu gonflé de porter un jugement définitif sur des vins qu’il n’a pas pu, ou voulu goûter. Je n’imagine tout de même pas que les sélectionneurs soient assez « stupides » pour lui présenter des « vins épinards ».
Le Parker « brosse à reluire » sur l’évolution du Bordelais
« Il est facile de critiquer cette région tant elle possède de châteaux de réputation mondiale. Mais il y a des raisons à cette notoriété : ils sont les plus constants dans la production des plus grands vins du monde, et ce, dans la longévité. Une véritable révolution qualitative a été réalisée lors des dix-quinze dernières années. En fait, Bordeaux est souvent critiqué car ses vins les plus célèbres sont devenus aussi chers que des œuvres d’art. Mais heureusement, il ya encore un océan de vins de grande qualité à des prix raisonnables… »
Commentaire : Je signe vos propos cher maître mais puis-je me permettre de pointer une étrange contradiction entre l’océan de vins de grande qualité et la mer des Sargasses de la banalité de la grande majorité des vins du Bordelais telle que décrite ci-dessus ? Je ne conteste pas la part de vérité de vos appréciations mais, puisque vous nous dites ne pas avoir voulu devenir ce que vous êtes, c’est-à-dire, le baromètre des vins de Bordeaux, faites nous la grâce de ne pas vous ériger en grand maître de tout et de rien. L’omniscience à l’échelle d’un individu n’est que vanité.
Robert Parker et la mondialisation du marché du vin
« C’est très bénéfique aux producteurs. Ils ont aujourd’hui la possibilité de vendre dans tous les pays où l’intérêt pour les bons vins prédomine. Et puis la consommation de vin devient de plus en plus populaire. D’un point de vue stratégique, je porte une attention particulière à l’évolution du goût et à l’intérêt grandissant pour le vin dans les contrées asiatiques. On constate une attention remarquable pour le vin, comparable à ce que nous avons connu aux USA dans les dix dernières années. »
Commentaire : saint Robert Parker vous parler d’or, puissiez-vous être entendu par la masse des vignerons et de leurs dirigeants : le modèle de consommation du vin se redessine hors des vieux pays consommateurs et gageons que, selon une tendance constatée, il se réimposera chez nous au sein des nouvelles générations. Puisque le vin devient de plus en plus populaire cela signifie que le plus grand nombre, les non initiés, l’abordent sans nos codes, nos préjugés. Tout est possible pour le vin français, à la seule condition, surtout pour les vins populaires, de sortir de notre conception « artisanalo-bricoleuse » de ces vins. En clair : sortir du modèle tout AOC y compris pour certains vins de pays de grandes zones. Merci Bob d'aller porter votre bonne parole in South of France.
Coup de chapeau de Robert au vin français
« Le vin français reste la référence pour tous les pays qui produisent des grands vins. Sa grandeur et sa qualité intrinsèque sont devenues des indicateurs influençant les vignerons des autres pays dans l’évaluation de leur production. Les vins français, aujourd’hui, ont considérablement progressé dans la qualité même dans les années difficiles. »
Commentaire : le passage du singulier au pluriel voile un manque évident : en dépit de nos considérables progrès qualitatifs nous ne sommes pas la référence des vins qui plaisent aux néo-consommateurs de la toujours plus vaste planète du vin. Merci Robert de mettre le doigt où ça fait mal.
Le style dominant selon le Parker
« Nous avons une plus grande diversité. Bien sûr les médias préfèrent quand c’est blanc ou noir et affirment qu’il s’agit d’un style international. Mais en fait, il y a plusieurs styles. Les vins sont de plus en plus qualitatifs et ils se distinguent par leur personnalité, leurs qualités et non plus par leurs défauts. »
Commentaire : eu égard à la qualité du récipiendaire, peut mieux faire. C’est flou. Les modeux sont plus diserts.
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Le rédacteur en chef de Vin&Cie l'espace de liberté , un peu gonflé...
Comme la grande maison, dans sa grande bonté, ne me payait pas pour fraterniser avec l’avant-garde de la classe ouvrière, mais pour aller fourrer mon pif dans les petites affaires des adorateurs du grand Timonier, je donnais rendez-vous, pour le samedi suivant, par téléphone, au buffet de la gare du Nord, à Gustave la balance, l’infiltré. La perspective de rencontrer cette raclure ne m’enchantait guère mais, comme sans lui, je ne pouvais m’introduire, sans éveiller de soupçons, dans les petits papiers des éminences de la GP, je devais en passer par là. Tout ce passa au mieux. Gustave se révéla pire que prévu, immonde et faux-derche. En l’écoutant je ne pouvais m’empêcher de penser que vraiment les têtes d’œufs de la rue d’Ulm devaient être encore plus déconnectées de la vie réelle que je ne pouvais l’imaginer pour accorder du crédit à ce type. Retord le Gustave chercha d’abord à m’amadouer puis, l’alcool aidant, il se fit un peu menaçant. « Pour eux, un gars comme toi, celui qu’on va dire que tu es, c’est une putain de recrue. Méfies-toi de ne pas te prendre à leur petit jeu et de ce que veulent entendre les chefs. C’est tentant tu sais de chier dans les bottes de tout le monde. Moi, depuis que j’ai commencé à balancer je peux plus m’arrêter, ça me soulage comme quand je dégueule le lendemain d’une sale biture. Alors je raconte des craques à tout le monde. Je n’ai pas envie que tu tues la poule aux œufs d’or mec ! Alors déconne pas, ne m’enlève pas le pain de la bouche sinon je cafte le morceau à mes potes révolutionnaires et je suis certain que tu passeras un sale quart d’heure… » Je le rassurai. Il crut bon de se justifier. Je laissai dire en acquiesçant et pour sceller notre collaboration je le fis carburer au Cognac.
Nous devions nous retrouver en fin de matinée, le lendemain, au même endroit. Le programme du Gustave, réglé comme du papier à musique, se résumait à la séquence : rencontre dans un bar des Champs avec son contact des RG – celui-ci ignorait mon existence – puis, selon ses propres déclarations, dégorgeage de ses burnes dans le fion d’une vieille morue de la rue de Ponthieu, enfin nuit du côté de la Porte d’Orléans avec ses enculeurs de mouches. « Putain, ces branleurs ne carburent qu’au Nescafé, c’est dégueu, et ils fument comme des pompiers, j’en ai ma claque tu sais de leurs parlottes interminables. Y m’arrive de m’endormir. Ça ne les dérange pas, y’me demandent jamais mon avis. L’autre soir, celui qu’a une gueule de merlan, j’sais plus son nom de guerre, y ce sont tous affublés de prénoms Antoine pour Rolin, Pierre pour le chef Benny, y’a que moi qui suis toujours Gustave, c’est bien la preuve que je compte pour du beurre, donc le merlan, Serge de son vrai prénom, nous a sorti sérieux comme un pape : « que la nuit pour dormir ça n’existait pas. C’était une invention de bourgeois… » Personne n’a rigolé. Ils se sont ensuite empaillés pour savoir s’ils allaient écrire dans leur torche-cul de trac, à propos des mobiles qui gardaient l’ambassade des fantoches du Vietnam du Sud : les cognes, les bourres, les poulets, ou les flics… Moi j’avais envie d’écluser une bière alors j’ai largué une caisse crasseuse et j’ai dit, qu’après tout, nous dans le Nord, on appelait les flics des flics. Ça les a convaincu et j’en ai envoyé un m’acheter de la Valstar à l’épicerie du bas. Ce brave con m’en a ramené un casier. Je les ai sifflées, en bouffant du saucisson sur un bout de pain sec, pendant qu’y continuaient à dégoiser sur les supplétifs des impérialistes américains. Tu ne vas pas te marrer tous les jours avec eux. D’ailleurs, je ne comprends pas bien pourquoi tes chefs font tout ce tintouin pour ces va-de-la gueule, y savent que causer… des révolutionnaires en peaux de lapin c’te bande d’illuminés. La plupart du temps j’entrave que dalle à ce qui disent…»
Sur ces fortes paroles le grand Gustave Porcheron rotait, se levait, se tripatouillait l’entrecuisse, me tendait sa paluche molle et partait de son pas lourd de sac à bière. Il fallait que je respire, que je parle à un type normal, sinon l’envie de tout plaquer, de fuir cette merde grasse, prendrait le dessus. J’enfourchais ma mobylette et je filais chez mon vieux complice Raymond Dubosc qui devait préparer son matériel de pêche pour dimanche dans son pavillon de Nogent. Raymond allait me requinquer. Me raconter ses histoires de jeunettes autour d’une bonne fricassée de lapin. Dans la cave de Raymond des bocaux, bien alignés, étiquetés : année, produit, formaient un mur de victuailles permettant de soutenir un siège de plusieurs mois. Avant même que je me pointe devant le portillon il aurait reconnu le bruit de ma pétrolette et je savais que sous sa casquette il composait déjà le menu de nos réjouissances. La bouteille d’aligoté m’attendait au frais. Ce jour-là, lorsque je lui tendis la main pour le saluer, il la garda dans la sienne en grommelant : « tu devrais arrêter ces conneries mon garçon. Tu n’as pas des mains faites pour ce boulot de cons. Mais bon comme tu es têtu comme un âne je sais que je parle dans le vide alors on va s’en jeter un et tu vas me raconter comment ça se passe chez Citroën… » Le bras de Raymond sur mon épaule pesait son poids de sécurité et d’amitié, ça suffisait à mon bonheur.

" La mention apparaît vers le milieu du XIXe siècle et se développe jusqu'à la période phylloxérique, notamment dans des livres de négociants et sur des étiquettes. Avec quelques variantes dans l'intitulé (retour des Indes, retour de Calcutta, retour de Chine...), elle s'accompagne souvent d'une image représentant un navire au long cours, de préférence un voilier.
Aux dires de Féret, dans son dictionnaire-manuel de 1896, il s'agissait bien là d' "un vin auquel on a fait faire un long voyage pour le vieillir, le bonifier". Depuis que l'on avait pris goût aux vins vieux, on avait remarqué que le transport par mer - en raison des mouvements de roulis et de tangage - accélérait le vieillissement. La question reste de savoir quand et pourquoi le procédé s'est développé. De fortes présomptions inclinent à croire que des Médocains l'auraient inventé, singulièrement le sieur Louis Gaspard d'Estournel, lequel était en relations commerciales avec les Indes dès avnt 1840.Autant que la mise au point d'une technique, fort coûteuse au demeurant, il faut peut-être y voir une ruse pour commercialiser au mieux des invendus, en fait des vins qui n'avaient pas trouvé preneur aux Indes. Les volumes concernés - le plus souvent des vins vieux en bouteilles - semblent d'ailleurs peu importants. L'opération n'a pas survécu à la Première Guerre mondiale."
extrait de Bordeaux, vignoble millénaire de G.Aubin,S.Lavaud&Ph.Roudier aux éditions L'Horizon Chimérique 1996
" Autrefois, on parlait beaucoup des vins "retour des Indes". Qu'elle est, au juste, la valeur de cette expression ?
La question nous a été posée.
Certains imaginent qu'il suffisait d'embarquer du vin sur un navire et de le faire naviguer pour accroître singulièrement sa qualité.
Il y a là une exagération.
Certains vins, très alcooliques, chargés d'éléments qu'ils ont besoin de dépouiller pour vieillir, les Porto, les Xérès, parfois même des Bordeaux ou des Bourgognes très corsés, mûrissent plus rapidement si on les soumet pendant un certain temps à un brassage, particulièrement à celui d'un voyage en mer.
La navigation à voiles, qui seule existait alors, prolongeait le traitement. Les différences de température, les chaleurs de la Mer Rouge et de l'Océan Indien le renforçaient. Ainsi le vin revenait ayant devancé le temps où, laissé à lui-même, iol eût paru en bonne forme sur la table : le voyage, qui forme la jeunesse de l'homme, avait aussi formé la sienne.
Mais c'est là tout.
Notez que des vins légers et fragiles pourraient se trouver fort mal d'une telle épreuve, et même ne s'en jamais guérir.
La méthode, qu'on ne saurait recommander, n'a plus qu'un intérêt documentaire. La vapeur, en abrégeant la durée des voyages, et l'augmentation du prix des transports font, comme on dit, que le jeu n'en vaut plus la chandelle. "
Paul Cassagnac Les Vins de France Hachette 1927![]()
« Les tendances sont tendance. Nous voilà intrigués par ces focalisations du désir, par lesquelles des individus différents les uns des autres, sans s’être concertés, se découvrent les mêmes envies. Ces convergences du goût collectif ont par exemple plébiscité le moelleux au chocolat puis les macaronis, le tennis puis le golf, les voitures hybrides après les « 4x4 ». Les médias accordent une grande attention à ce phénomène, consacrant un large espace à ce que nos contemporains aiment ou… devraient aimer » Guillaume Erner, sociologue des tendances, qui parle gravement des sujets légers, petit-fils de tailleurs, fils de confectionneurs, travaillant depuis 12 ans dans l’épicentre des tendances : la mode sait « parler chiffons » en s’intéressant aux entreprises qui les font et les griffent. Je vous invite à lire sont Que sais-je ? « Sociologie des tendances », c’est très agréable à lire et très profitable. À lire aussi, c'est un peu plus dense, mais passionnant, "Victimes de la mode" du même auteur aux éditions La Découverte/Poche.
« L’objet de l’étude de la sociologie des tendances ce sont les objets et les pratiques révélant les goûts collectifs soudains et convergents. En somme, la sociologie des tendances consiste à discuter des goûts et des couleurs. » écrit-il. Alors, entre nous, quoi de plus cœur de cible de cette discussion que notre cher nectar ? La mondialisation des modes de consommations du vin offre bien des similitudes avec celle de la mode vestimentaire : tout en gardant les fondamentaux elle fait aussi exploser les codes, surtout auprès des nouvelles générations. Notre homme, dans l’analyse de la complexité des tendances, bien évidemment, consacre deux paragraphes au vin : « Le vin, mélange de tendances ». Le regard porté par ce spécialiste de la « futilité », des « fashion victims », explorateur de l’étonnant destin des tongs, de la résurrection de la Birkenstock pur produit de l’ex-RDA, de la saga des Tod’s de Diego Della Valle ou de Mohamed Dia le jeune styliste de Sarcelles devenu superstar aux USA, doit nous intéresser. D’ailleurs, même si ma voix tombe dans le désert habituel, j’invite nos belles organisations interprofessionnelles à lever leur nez des seuls panels ou des études copié-collé des vendeurs de prévisions, pour consacrer quelques sous à une toute petite cellule d’observations des tendances de la consommation du vin de par le monde, où Guillaume Erner pourrait jouer le rôle du « diable qui s’habille en Prada ».
Revenons à son regard sur le vin : « Une boisson aussi traditionnelle que le vin est désormais en proie à des tendances. Dans le rapport au vin se mêle tendances fonctionnelles et non fonctionnelles, mais aussi mode pour initiés et engouement du grand nombre. La consommation des Français dans ce domaine a diminué : en l’espace de trente ans elle est passée de 100l à 55l par personne. Cette diminution de la consommation s’explique par un rapport différent à l’alcool imposé par les nouvelles lois en vigueur. Mais elle reflète aussi une modification des tendances non fonctionnelles ; le goût des individus a changé, ils se désaltèrent désormais autrement.
En outre, les goûts du public ont évolué. Le vin est de plus en plus souvent désalcoolisé ; dans le cas contraire, il dépasserait souvent les 13°, ce qui rendrait sa consommation plus délicate. Les consommateurs préfèrent le vin vinifié sur le fruit, légèrement sucré en fin de bouche avec peu de tanin. Parallèlement, les recherches des « initiés » ont changé. Dans le petit cercle des amateurs de grand vin, la mode n’est plus au Château d’Yquem ou au Petrus. L’attention des connaisseurs s’est déplacée vers des crus rares, naguère délaissés. Désormais, les vignobles les plus en vue sont bien souvent minuscules. C’est par exemple ce qui est arrivé à un pomerol nommé « Château le Pin », petit domaine de 1,95 ha. En 1981, il est remarqué par un œnologue réputé lors d’une dégustation. Depuis, les bouteilles de cette origine se négocient à plusieurs milliers d’euros, ce qui en réserve la dégustation à quelques privilégiés. »
Bien sûr, il y a dans ces propos la part de naïveté et d’approximation du non-spécialiste, Guillaume Erner est plus à l’aise avec le décodage de Galliano, d’Elbaz ou de Li Edelkoort (la tendancières qui crèche en bas de chez moi) mais il est précieux pour nous aider à prévoir et utiliser les tendances. Comme il l’écrit : « Les tendances constituent un processus sans sujet ; personne ne règne sur elles, aucun pouvoir d’influence n’est assuré de les gouverner, seules les décisions souveraines et non concertées des individus les façonnent. À cet égard, elles symbolisent la modernité. » On comprend mieux que toutes les tentatives de modélisation quantitative des tendances sont vouées à l’échec. Cependant, les contributions de Georg Simmel et de JM. Keynes apportent un éclairage intéressant à ce processus complexe. Pour le premier (1858-1918) la tendance délivre « l’individu des affres du choix, de le signaler comme un être isolé mais comme la créature d’un groupe ». Les tendances permettent donc de concilier deux sentiments contradictoires : le besoin de distinction et le désir d’appartenance : l’appropriation des marques sportives : Nike, Reebok, Adidas ou Puma ou le détournement de vieilles marques : Lacoste, Burberry’s par les jeunes, de banlieues ou des beaux quartiers est la preuve de la permanence de l’imitation et de la démarcation.
Pour sa part, la parabole du « concours de beauté » de Keynes me semble aller comme un gant à la bonne évaluation de l’évolution des tendances du vin « loisir », du vin « futile », du vins des zappeurs, du vin des « néo-consommateurs ». Pour faire court le principe du jeu consiste non pas à agir selon ses goûts, mais à anticiper les goûts majoritaires. Le concours de beauté exige à raisonner « au troisième degré » c’est-à-dire employer « ses facultés à découvrir l’idée que l’opinion moyenne se fera à l’avance de son propre jugement » John Maynard s’adressait aux spéculateurs contraints de prendre position sur le marché boursier, et, comme l’homme adulé par la gauche sociale-démocrate fut un brillant spéculateur on peut prêter du crédit à son enseignement qu’il vaut « mieux pour sa réputation échouer avec les conventions que réussir contre elles… » et comme le souligne Guillaume Erner « en règle générale, l’imitation est perçue comme un comportement irrationnel. Ici, ce n’est pas le cas. Cette attitude est même complètement rationnelle ; elle est parfaitement adaptée à l’exercice d’anticipation requis. »
Mon Dieu, pardonnez-moi, je sens que je vais encore me faire des amis dans la cohorte des Pharisiens, vont-ils me faire lapider ou exiger que j'aille faire un tour du côté du Mont des Oliviers, je plaisante bien sûr, car je ne suis qu'un mec futile qui aime "le beau linge", ce fut le titre d'une chronique du 26 septembre 2005...
http://www.berthomeau.com/article-908074.html
Être éveillé au cœur de la nuit par la sonnerie du téléphone – à l’ancienne, l’unique, celle du temps du fixe en bakélite – stresse. Le 4 avril 1985, vers trois heures du matin, mon directeur de cabinet, laconique me transmettait la nouvelle : « Michel a démissionné… » Le Michel en question, c’était Michel Rocard qui, au retour d’un dîner chez Marc Riboud – le photographe - sur la proportionnelle, quittait le gouvernement Fabius. Imaginez la tête du permanencier de l’Elysée : devait-il troubler le sommeil du Président ? Bref, en résumé, le scrutin proportionnel intégral me privait du chouchou des sondages pour me refiler Henri Nallet, le conseiller de François, qui allait profiter de l’aubaine pour se faire élire député de la 2ième circonscription de l’Yonne : Avallon-Tonnerre-La Roche Migennes. Le Chablis entrait dans ma vie. Bien sûr, par la grâce d’une finale de la Coupe de France, le 16 juin 1979, entre le FC Nantes et Auxerre, alors en D2, j’avais découvert celui qui allait devenir l’emblématique ambassadeur du Chablis, Guy Roux, mais c’est une autre histoire.
Le grand Max, qui a été mon élève au lycée agricole de la Roche/yon, deux passes décisives (des centres) pour Éric Pécout. Désolé Guy Roux...
Guy Roux : "D'habitude je suis plutôt un mauvais perdant mais, cette fois, j'oublie volontiers la petite déception de la prolongation pour ne penser qu'aux merveilleux moments que nous ont donné nos joueurs durant les 90 minutes réglementaires. Les garçons ont apposé une magnifique signature à une saison d'exception. Nantes était plus fort que nous mais il a dû longtemps s'employer pour le prouver. Les joueurs auxerrois ont effectué un match formidable."
Mon histoire d’aujourd’hui est celle de la Chablisienne, une vieille dame qui, tout en roulant allègrement sur ses 85 ans, garde un teint de jeune fille en fleur, aérienne et vive, une belle plante séduisante : la coopérative de Chablis. Dans le landerneau des adorateurs de vins de propriétés, la Chablisienne est de celle qui leur reste en travers du gosier : pensez-donc, la mâtine, toute coopérative qu’elle fût, elle aligne, comme les stars leurs oscars, des noms mythiques pour des vins uniques, des 1er crus : la Montée de Tonnerre, L’Homme mort, La Singulière… des grands crus : Bougros, Blanchot… et, cerise sur le gâteau, château Grenouilles. Verts qui sont les commissaires aux élégances, que des vignerons, dont les pères se sont unis dans les temps de crises pour s’en sortir collectivement, le restent alors que le succès est au rendez-vous. Mes amis de la RVF, en 1996, ont nommé la Chablisienne : coopérative de l’année. C’est good mais ce qui serait very good c’est qu’en notre douce France nous cessions d’apposer des étiquettes et de gloser sur des à-priori qui n’ont rien à voir avec la réalité.
En chantant les louanges de la Chablisienne je ne vole pas au secours d’un succès évident et facile. En effet, lorsqu’on pèse, depuis l’origine, 30% des surfaces et des exploitations, que l’on est partie prenante d’une énorme extension des plantations : 600 ha en 1960, 919 ha en 1972, 1332 ha en 1978, 2430 ha en 1988, un peu plus de 4000 ha en 1998, que l’on fait face à une très forte demande de Chablis sur les marchés d’exportation, céder à la facilité aurait pu être dans l’ordre des choses. Mais, comme ils l’écrivent, la Chablisienne c’est « leur maison », celle de 300 vignerons, qui « au fil du temps, pas à pas » ont inventé un mode « développement unique et original», où l’élaboration des grands vins blancs reflète le « soin extrême » qu’ils apportent à leurs vignes et « la passion » des vinificateurs. « Accord subtil » reflets des valeurs communes qui rythment le quotidien : « mettre l’homme au centre des stratégies…Toujours anticiper et proposer des projets fédérateurs d’énergie et créateurs de dynamique, partager les responsabilités, respecter l’homme et son ancrage au territoire, aider les jeunes à s’installer au pays, partager la conviction que l’organisation collective est un facteur clé de visibilité et d’accessibilité aux marchés » Et oui, messieurs les grands-prêtres du small is beautiful, on peut : « s’adapter aux différents marchés sans perdre son âme, l’investissement dans des équipements de très haut niveau ou les prises de participation dans des structures de distribution dans les pays stratégiques (UK, Allemagne…) ne sont que quelques exemples qui traduisent notre force et notre ambition : faire de la marque La Chablisienne une référence unique dans le secteur traditionnel, en France comme à l’international »
Rassurez-vous, chers lecteurs, je ne vais pas entonner mon énième couplet sur mes thèmes favoris car j’ai conscience que vous pourriez me taxer de radoter, ce matin, moi qui suis un adorateur des mots et de leur assemblage, je me laisse envoûter par ceux de notre belle et éternelle Chablisienne : « C’est bel et bien le raisin et la nature qui impriment leur rythme aux vendanges » nous dit-elle à propos des sites de pressurage proche des vignes… et, un peu muse de l’esprit du vin, la voilà qui nous enjôle : « Les vins de la Chablisienne puisent une grande part de leur âme dans les vertus de l’élevage (certainement l’un des plus beaux mots du champ sémantique du vin…) puis la voilà qui nous entraîne aux extrêmes confins du royaume du vin : « Le fût ne doit bien entendu pas dominer le vin, mais il ne doit pas non plus le supporter. À la Chablisienne, on emploie plus exactement les verbes “révéler” ou “éclater”. La nuance est fine, mais elle prend toute sa dimension dans nos assemblages. “Eclater” la matière, “révéler” le potentiel du raisin, “révéler” des facettes d’un terroir que l’inox n’aurait pas suffit à exprimer… » enfin, elle se fait pianiste pour finir de nous séduire « Nous avons su, millésime après millésime, sélectionner des tonnelleries, des chauffes et des provenances de chêne qui correspondent au mariage recherché. Derrière chaque assemblage, l’âge des fûts, le pourcentage, la durée d’élevage, constituent alors autant de touches sur lesquelles La Chablisienne ne se prive pas de pianoter. » C’est joliment dit et, comme les vins sont à la hauteur des mots, bravo la Chablisienne. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette belle maison, alors j'y reviendrai un de ces quatre matins pour chroniquer sur elle. À bientôt donc du côté de Chablis et en attendant, allez mon cher Guy, comme faut pas gâcher, avec le grand Gérard de Chailley, tu me l'offres ce verre de Petis Chablis, de la Chablisienne bien sûr !
Les chiffres clés
Chiffre d’Affaires HT 2006/2007 (en euros) 17 mois 66,351 millions - année civile 2007 : 46,345 millions
dont 2,044 Détail - 5,840 Traditionnel - 5,115 GD - 5,156 Négoce - 28,189 Export Le Royaume-Uni 34,45% du CA, l'UE 49,74% du CA.
Récolte 2007 (en hectolitres) 73.726
Nombre de bouteilles commercialisées en 2007 (équiv. 75 cl) 7.407.867 cols
Associés coopérateurs 254, dont 190 exploitants
Associés non coopérateurs 54
1255 hectares en production dont : 11 hectares de Chablis Grand Cru (6 climats)
107 hectares de Chablis Premier Cru (18 climats)
771 hectares de Chablis,
244 hectares de Petit Chablis,
122 hectares d’appellations régionales
La Chablisienne représente 25 % de l’ensemble du vignoble Chablisien
(16 % des Chablis Grand Cru, 18 % des Chablis Premier Cru, 28 % des Chablis et 38 % des Petit Chablis).
Chablis Grand Cru, 6 climats, âge moyen du vignoble 33 ans
Blanchot 1,13 hectares
Bougros 0,44 hectare
Les Clos 0,51 hectare
Les Preuses 1,76 hectares
Vaudésir 0,30 hectare
Grenouilles 4,69 hectares
Château Grenouilles 2,50 hectares
Les documents d'archives sont redoutables. Celui que je vous propose ce jour de fin d'avril venteux est extrait des archives de l'INA : il date du 14 avril 1968, c'est l'ORTF, c'est Dim Dam Dom, c'est Jean Ferniot, grande voix politique de RTL, avec son éternel noeud papillon, qui signe des chroniques gastronomiques dans l'Express du sobriquet l'Oncle, qui, avec 4 compères :
- Henri Gault alors à Paris-Presse,
- Henri Philippon de Valeurs Actuelles,
- La Reynière (Robert Courtine) du Monde,
- et un chef d'un restaurant de la rue Faidherbe, va discuter d'un sujet de taille : le coq - le coq au vin s'entend - doit-il être puceau ?
Je plaisante à peine.
Présenté par Ferniot comme : 5 personnages en quête de saveur, le débat en son mitan nous offre, pour la partie vin, un de ces morceaux de connerie à la française sur le thème y'a plus de vin de Cahors, du régional de l'étape Philippon - natif du Lot selon Gault - c'est à écouter sans modération. On croirait entendre certains plumitifs contemporains sur l'inépuisable lamento : " dans notre pays, ma bonne dame, tout fout le camp..."
Ça dure presque 9 mn, pour les impatients vous pouvez avancer le curseur pour aller au morceau choisi sur le vin.
Sans vouloir vous poussez à la consommation je vous assure que l'audition vaut la peine, on y retrouve un chapelet de lieux communs, des assertions toujours d'actualité, pour moi c'est une perle, un joyau rare, tout ce qui fait de nous français, de vrais franchouillards inexportables. Le pauvre Ferniot on le sent gêné aux entournures...
Bonne dégustation !
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« Jean FERNIOT déguste un coq au vin »
alain vous envoie un média sélectionné sur ina.fr. Sous forme de boutade je dirais : " nous avons les meilleurs experts reconnus par nos collègues du monde entier et nous ne le savons pas". Patrick Aigrain de Viniflhor, fait parti du cercle très fermé de ceux qui savent mettre les grandes données économiques en perspectives, les interpréter, leur donner sens. Comme son oncle Pierre - grand physicien, homme de science, certes, mais aussi homme d'action, qui va après la guerre, de la DGRST au secrétariat d'Etat à la Recherche dans le gouvernement Barre, faire connaître à la recherche fondamentale française une période faste, où l'enthousiasme et l'imagination ne sont pas bridés par la bureaucratie.Personnage atypique, Pierre Aigrain est l'un de ceux qui ont fait renaître la science française après la guerre. Son rayonnement sur la physique française est considérable - notre Patrick est lui aussi atypique, iconoclaste, curieux et dérangeant, conditions nécessaires et suffisantes pour nourrir le débat et faire que nous tenions notre rang de grand pays du vin dans le concert mondial. L'intelligence économique, notre capacité à innover, à influer sur les grandes tendances, à anticiper, participe au rayonnement de nos vins tout autant qu'une littérature célébrant nos terroirs et notre histoire. Gardons-nous de nous retirer de cette scène. Soyons soucieux, qu'à l'OIV, dans les Universités, partout où l'opinion se forme ou se déforme, des Patrick Aigrain puissent exercer un magistère intellectuel. Patrick le fait avec une modestie toute naturelle et un art consommé du maniement des chiffres et des opinions qui décoiffent. Je le remercie de m'avoir donné un peu de son temps.
La filière vitivinicole mondiale, notamment sa composante européenne si l’on examine l’évolution des cours des Vins de Table, aura finalement mis 2 ans et demi en vins rouges et rosés (un peu moins en vins blancs) pour « digérer » la forte production 2004 (plus de 300 Miohl hors jus et moûts). Cet excédent est apparu sous les influences combinées d’une rentrée en production, sans aléas climatique défavorable, des plantations accumulées notamment dans l’hémisphère sud depuis le début de la décennie 1990 et d’une régulation communautaire inadéquate (la Distillation « Alcool de Bouche » ayant servi, comme l’on pouvait s’y attendre, à approvisionner le marché des brandies mais pas à réguler un marché communautaire du vin représentant plus de 60% de la production mondiale).
Plusieurs facteurs ont contribué a résorbé cet excédent conjoncturel mondial :
- et principalement la modeste production 2007 : 162 à 165 Miohl pour l’UE à 27, et moins de 10 Miohl en Australie, pour une prévision mondiale comprise entre 263 et 270 Miohl (-7% et – 20 Miohl / 2006 en milieu de fourchette d’estimation)
- mais aussi, au plan hexagonal, une reprise de l’abandon définitif primé en France qui en 2 campagnes a atteint 36 mha (20 mha entre 2006 et 2007, soit 55% de la régression annuel de l’UE à 27)…
Preuve, s’il en était besoin, qu’avec un produit miscible et stockable et un appareil de production rigide, en absence de régulation, un excédent conjoncturel a toutes les chances de se pérenniser en attendant que la nature fasse son œuvre.
Pourtant, le marché mondial est marqué, malgré une pause en 2007 (à un peu plus de 240 Miohl), par un redémarrage lent mais avéré de la consommation mondiale de vin depuis le milieu de la décennie 1990, à un rythme de croissance d’un peu plus de 1,5 Miohl / an.
Si l’érosion tendancielle du niveau de consommation intérieure des pays traditionnellement producteurs se poursuit, les marchés en développement se situent principalement en Amérique du nord, dans le nord de l’Europe et en Russie.
La consommation de vin en Chine est, selon toute vraisemblance, croissante mais son niveau précis actuel et son rythme de croissance réel sont difficilement connaissables. En tout état de cause, si l’on s’écarte d’une approche de ce niveau de consommation par bilan – seule approche possible sur le long terme- (qui conduit à un chiffrage d’une consommation apparente incluant l’ensemble des boissons fermentées incorporant du raisin ainsi que les distillats vitivinicoles) et que l’on vise une définition du vin proche de celle de l’UE, ce niveau est de l’ordre de 5 Miohl (à plus ou moins 1 Miohl), inférieur donc à celui par exemple de la Russie de près de moitié.
En grande masse, le marché mondial du vin reste donc concentré géographiquement (FR, IT, USA, ALL, ESP, UK et ARG, soit 7 pays représentant en 2006 60% de la consommation mondiale), et compte tenu des politiques de santé, il est clair qu’à l’avenir la croissance de la consommation mondiale de vin sera davantage portée par une extension du nombre de consommateurs que par un accroissement de la consommation individuelle des actuels consommateurs, et donc en partie par une extension géographique du marché.
L’internationalisation du marché du vin se poursuit à un rythme rapide (+ de 91 Miohl échangés en 2007 : +8,4% /2006), même si pour des raisons logistiques, voire techniques (assemblage de vins de diverses provenances), la part de vins importés dans un pays puis réexportés vers le pays de destination finale croît, dopant ainsi le niveau du marché mondial (calculé comme la somme des exportations de tous les pays du monde). Ce phénomène suit en cela la poursuite de la concentration à l’échelon international de groupes vitivinicoles (souvent multi boissons), ainsi que le fonctionnement en réseau (notamment à l’égard de la distribution, qui partout dans le monde tend à se concentrer) de certaines entreprises à l’échelon de la planète.
On peut remarquer que le mode de croissance du marché mondial du vin repose encore très largement sur le transport des vins finis (conditionnés ou non), davantage que sur le développement de vignobles locaux censés approvisionnés des marchés en développement. Tout d’abord le vin reste un produit très majoritairement destiné encore aujourd’hui aux pays développés et, récemment, et pour ne retenir que les évolutions significatives, les nouvelles implantations ou croissances notables du vignoble de cuve, (après celles réalisées massivement dans les pays dits du « nouveau monde viticole » jusqu’au tout début de la décennie 2000 mais qui se poursuivent à un rythme global plus réduit et qui avaient pour vocation essentielle d’accroître la capacité à exporter de ces pays), n’ont vraiment vu le jour qu’en Chine et au Brésil.
Les pays de l’hémisphère sud et les USA continuent de prendre des parts de marché mondial en atteignant 28% des échanges mondiaux en 2007, aidé en cela par une parité euro / dollar favorable, et ce malgré le fait que l’Italie, qui n’a pas été handicapée ces 2 dernières années par un niveau faible de disponibilité, a retrouvé ses niveaux d’exportations antérieurs à plus de 18 Miohl et que dorénavant l’Espagne exporte autant en volume que la France.
L’histoire est belle et, comme vous le savez, j’adore les belles histoires alors ce matin j’ai décidé de vous la conter, je n’ose écrire vous l’écrire car il s’agit d’une partition à quatre mains et, comme je ne sais ni concevoir de la musique, en jetant des notes sur une portée, ni faire le vin, en tirant la quintessence du raisin, alors je vais me contenter de vous conter une belle aventure humaine née d’une rencontre de 2 Mondes, 2 Hémisphères dont on dit qu’ils n’ont rien en commun. Et pourtant, de toutes ces différences, réelles ou fantasmées, la même passion pour la Syrah va engendrer cette partition à 4 mains.
Tout commence en janvier 2007, à la cave de Tain, par l’intermédiaire d’un ami commun, Nathan Waks, président d’une Winerie, dans la ClareValley (Australie du Sud), Kilikanoon, adossée à un domaine de 500 ha, accompagné de son épouse, rencontre Julie Campos. Voyage d’agrément, envie de découvrir le berceau historique de la Syrah, curiosité intellectuelle, communauté de métier, et sans doute d’autres ondes imperceptibles, font que, très vite, l’alchimie humaine produit ses effets, les deux interlocuteurs s’apprécient. De cette confiance mutuelle, balayant les idées reçues sans pour autant abandonner leurs spécificités, leur histoire, va naître l’idée d’un échange : créer des cuvées communes. Pour Nathan Waks c’est un rêve qui devient réalité : « En tant que spécialiste de la Syrah pour les pays du Nouveau Monde, Kilikanoon a eu, depuis longtemps, ce rêve de produire une Syrah là où le cépage est né. Nous avons eu la chance de trouver un partenaire, la cave de Tain, avec à la fois les ressources, notamment le terroir, et la volonté de travailler ensemble pour réaliser ce rêve » Julie Campos, qui connaît bien son monde viticole, pressent les objections des autoproclamés gardiens de la tradition, les soi-disant grand-prêtres du vin à la française, alors avec sa pugnacité légendaire elle met en avant : « le même amour pour la Syrah, le même respect du terroir, l’intérêt réciproque d’un partage du savoir-faire des hommes, l’enrichissement mutuel que procure l’observation des différences nées de la nature, échanger, comprendre les attitudes de tous ces nouveaux consommateurs séduits par ces vins venus d'ailleurs… »
Sur la photo, autour de Julie Campos, de gauche à droite :
Daniel Brissot, Responsable Vignoble Cave de Tain
Kevin Mitchell, Senior Winemaker et Directeur de Kilikannon
Xavier Frouin, Œnologue Maître de Chais Cave de Tain
Alain Bourgeois, Œnologue Responsable Qualité Cave de Tain.
Jeter des ponts entre les hommes, leur culture, leur savoir-faire, leur tradition ; faire bouger les lignes ; s’enrichir des différences ; accepter de regarder les autres tels qu’ils sont et non tels qu’on imagine qu’ils sont ; sortir des sentiers battus en gardant le cap ; ouvrir des voies nouvelles ; c’est toute la beauté et la richesse de l’aventure humaine, celle des conquérants, celle des défricheurs du possible et, rassurez-vous, chère Julie Campos, l’osmose créée par vos 3 petites cuvées issues de parcelles sélectionnées sur les 2 AOC, Hermitage et Crozes-Hermitage, vinifiées sous la baguette de Kevin Mitchell, le winemaker de Kilikanoon, seront le symbole d’une mondialisation humaine, réussie, des vins tout ce qu’il y a de plus français, étiquetés et signés par la cave « élevé et mis en bouteille à la Cave de Tain-l’Hermitage » L’image de l’orchestre symphonique – même si pour vous, au regard des dimensions des entreprises et des équipes, je devrais évoquer plutôt un quatuor ou un sextuor à cordes – rend bien l’esprit du projet. En effet, les grands orchestres nationaux sont souvent dirigés par des chefs étrangers, à demeure ou invités, Kurt Masur est le directeur musical de l’Orchestre National de France tout en étant le chef principal de celui de Londres, Georges Prêtre a été le premier chef français, depuis 50 ans, à diriger l’orchestre philarmonique de Vienne à l'occasion du fameux concert du Nouvel An en 2008. Clin d’œil supplémentaire, Nathan Waks est violoncelliste au sein de l’Orchestre National de Sidney.
La musique adoucit les mœurs dit-on, c’est vrai ; le vin aussi « un peu de douceur dans ce monde de brutes ». Que voulez-vous, moi qui ne suis qu’un amateur, de musique et de vin, de toutes les musiques et de tous les vins – c’est selon le lieu, le jour, l’heure, les gens avec ou autour, la solitude aussi, mais c’est toujours la convivialité, le partage, communion païenne même lorsque je suis seul à la terrasse d’un café ou avec mon IPod – je trouve que cette partition à 4 mains, celles des vignerons de Tain et celles de ceux qui font le vin, écrite et exécutée à Tain l’Hermitage valait bien une petite chronique du matin. Reste l’essentiel : boire cette Syrah si française dans toute sa nouveauté soucieuse de la tradition. Il faut toujours savoir réinventer sinon c’est déjà mourir un peu…
Le grand Ferdinand, bravant son chef de rang, s’est assis face à moi et m’a dit « allez mon garçon, raconte-moi ce qui te met dans cet état. Dégorger ça fait du bien, ça essore… » Alors, tout en pensant, que le Ferdinand, avec ses kilos de préjugés, n’allait pas vraiment approuver les ébats de Gabrielle Russier, je me suis quand même laissé aller. À ma grande surprise, plus j’avançais dans mon histoire, plus le Ferdinand devenait blanc, ses grands battoirs trituraient le pan de son tablier et, un moment, je me suis dit que c’est lui qui allait se mettre à chialer. Pour ne pas rajouter à son trouble j’ai fait celui qui n’avait rien remarqué et, quand je me suis tu, d’une voix enrouée, en chuchotant, le Ferdinand a lâché « pourquoi faut-il toujours se cacher. On ne fait de mal à personne. Putain, ce n’est pas un crime de s’aimer. Même entre garçons… » Il l’avait dit, ce devait être la première fois. Je ne sais quel était le plus surpris de nous deux mais je crois que c’était lui. Tant d’audace le stupéfiait : cracher le morceau à un inconnu ça il n’y aurait jamais pensé. Comme pour se rassurer, avec un petit sourire, il ajoutait « Be oui, j’en suis… » Alors je lui ai souris. Ça lui a suffit. Il s’est levé. J’ai réglé et, en sortant, j’ai lui ai lancé un « à demain Ferdinand… » qui a achevé de le rasséréner. En écho, j’ai eu droit à mon « au revoir monsieur Benoît », ce qui, au Sélect, équivalait à une admission dans le cercle très fermé des habitués.
À l’usine de Levallois, mon premier contact avec le noyau dur des syndiqués, je l’avais eu avec les vendeurs du journal « l’Étincelle », des trotskystes marginaux, avec qui j’entamais des discussions animées dans les cafés environnant. C’étaient de braves mecs, englués dans leurs querelles intestines, en butte avec les membres du « parti ouvrier stalinien » qui tenaient, au travers de la cellule du PCF, les adhérents de la CGT de l’usine. Leur feuille de choux avait un certain succès auprès des ouvriers ce qui emmerdait les plus sectaires des communistes. Ils la bricolaient avec les moyens du bord, achetaient les stencils, le papier et l’encre, et avec le pognon récolté lors de l’organisation d’une tombola, qui eut un franc succès, ils purent acquérir la bécane pour tirer leur bulletin. De cette tombola, ils aimaient raconter l’anecdote des lots. Ceux-ci avaient été fournis par des copains du PSU : du vin, des conserves mais aussi des livres. Certains ouvriers, qui ne lisaient guère, leur dirent que c’était une bonne idée de placer des livres dans les lots, alors que les paniers garnis du PCF, eux, ne contenaient que de la bouffe. Lors du tirage de la tombola, autour d’un verre, les oreilles des alignés sur Moscou sifflèrent ce qui, bien sûr, mis un peu plus d’huile dans les rapports cordiaux entre la maigre poignée de militants syndicaux de l’usine.
Moi, ce que j’aimais par-dessus tout c’était d’entendre les histoires des anciens. Lucien, un vieux tourneur, racontait qu’à la Libération, le Parti Communiste était si puissant qu’il lui suffisait de convoquer une réunion de section pour que l’usine s’arrête. Mais, comme c’était, avec Marcel Paul Ministre de la Production Industrielle, l’époque du « produire d’abord ! » et que « la grève était l’arme des trusts », l’heure n’était pas aux débrayages, pire lorsque le directeur organisait une réunion à la cantine pour demander : « Mes amis, il serait bon qu’on puisse produire 17 tours le mois prochain ! » le responsable syndical prenait alors la parole pour surenchérir : « Camarades, nous pouvons en sortir 20 ! ». Et Lucien d’ajouter, en se marrant, « et, bien sûr, on les sortait ces putains de tours. Pour la France… ». Nous éclusions nos godets en claquant de la langue, comme si nous célébrions encore la performance. Lucien était un accro de l’Aligoté. « Ça me fluidifie le sang… » disait-il « avec toute la merde qu’on respire dans ce trou à rats c’est comme si je m’essorais l’intérieur d’un coup de bon air de Bouzeron, mon village natal… » Entre deux tournées, il se roulait des clopes au gris Scaferlati et, le jour où il m’avait raconté l’histoire du délégué syndical productiviste, un peu cabot, le Lucien avait attendu que je sois bien enveloppé des brumes de l’Aligoté, pour me livrer le plus drôle de l’histoire : « Tu sais, le gars qui joue du piano dans les fêtes syndicales, un foulard rouge autour du cou, c’est notre chef d’atelier. Celui qui nous fait suer le burnous. Be oui, l’a bien changé, mais c’est le même qui léchait le cul des copains de Thorez… »
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