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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 09:00

Nouveauté de la rentrée, la rubrique « Vignette » se caractérisera par sa brièveté : flashs, brèves, infos... Vite lue ou parcourue, elle interviendra en fonction de l’actualité sans aucune périodicité.

 

Ce matin c’est Gérard Bertrand qui fait la première. Il s’affiche à Paris, comme vous allez le découvrir sur mes photos, glanées sur mes trajets de vélos, dans des endroits stratégiques : les panonceaux qui surplombent les Bouches du Métro. Visibilité maximale aussi bien par le flux des passants de la rue que par les usagers qui prennent le Métro. Bon format. Bon visuel. Bons lieux. Bonne période. Bonne pioche ! Beau travail. Bravo.

 

Découverte spontanée, même si j'ai l'oeil exercé et aux aguets...et bien évidemment, même si les services de Com de Gérard Bertrand sont très affutés, je n'étais en rien prévenu de cette campagne de publicité...  

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 00:09

J’ai osé « déjeunatoire », entre guillemets quand même, rien que pour faire « marronner », « bisquer» aurait dit ma mémé Marie, l’un des rares chroniqueurs du Figaro qui garde une belle plume acérée : Michel Schiffres qui écrivait récemment : « À défaut de le savoir, on l’imagine : le métier de journaliste est celui de toutes les aventures. Elles ne sont pas toujours, hélas, celles que les vaillants reporters espèrent. Mais le péril peut surgir à tout instant et pas toujours comme on l’attend. Témoin cette invitation reçue il y a peu. Elle convie fort gentiment à un «cocktail déjeunatoire». Vu l’heure de l’agape, il est évident qu’il s’agit d’un déjeuner inspiré de la formule du «cocktail dînatoire» très en vogue depuis une dizaine d’années. Pour cette rencontre, le pire est à craindre, question nourriture, compte tenu de la manière dont les hôtes maltraitent déjà la langue française : il fallait oser ce «déjeunatoire». Encore peut-on tout craindre des cuistres. Aussi je guette avec impatience le jour où je serais prié de venir à un festin «soupatoire».

 

J'adore est les mots en oire : boire, ciboire, dérisoire, foire, mémoire, poire et le très fameux désultoire cher à Gaston Chaissac...

 

Vélo ! Fait beau, je branche mon GPS Iphone : le Sénat, l’église de Saint-Germain-des-Prés, les guichets du Louvre, la Pyramide de Pei... je pédale comme un tout juste rentré qui a gardé ses Veja Blanche aux pieds. Avant de partir j’ai déjeuné frugalement pour bien aborder cette première dégustation de la rentrée.

J’ «antivolise» mon vélo mais je n’ai point à ôter mes pinces à vélo. J’arrive. Je pointe au guichet journaliste (imposteur-bloggeur je suis) Y’en a aussi des pour les cavistes, restaurateurs...mais moi j’échappe à l’identification portée en sautoir tel un bovin corse paissant au bord des routes mais qui touche la Prime à la vache allaitante en euros de Bruxelles et qui ne veut pas voir contrôler sa surface toujours en herbe (je vous expliquerai).

Je pénètre dans le saint des Saints et là, ô surprise, tout autour de moi je ne vois que des empiffrés : des gens qui s’empiffrent quoi ! Vous me direz, puisqu’il était dans les 1h30 d’apm, c’était l’heure de tortorer. Ouais mais là ça tenait de l’excitation papillaires maximales, une forme aboutie du « je m’en mets un max derrière la cravate ». Faut dire que ce n’était pas un buffet saucisson-rillettes et camembert Président. Non, non, que du raffiné, du beau, du top-moumoute pour becs fins.

Caillou-9093.JPG

Je n’ironise pas. Nos hôtes avaient bien fait les choses dans un circuit pédagogique intéressant sous le focus accords mets-vins. Fort bien, et la moindre des politesses de ma part est de les en féliciter et de les en remercier. Donc voici les stations de ce qui ne fut pas un chemin de croix, loin de là, pour les gars qu’étaient là béats (peu de femmes en ces lieux) :

 

1ier station : Apéritifs/Crémants

2ième station (à l’étage) : Légumes du potager et œufs/ flacons qui vont avec.

3ième station (toujours à l’étage) : Produits de la mer/ flacons qui vont avec.

4ième station (après un ½ tour) Charcuterie à gauche/ flacons qui vont avec.

5ième station (en face) Produits Tripiers et Foie Gras/ flacons qui vont avec.

6ième station (à droite) Fromages/ flacons qui vont avec.

7ième et dernière station (au fond) Desserts/ flacons qui vont avec.

 

Donc pour mes étiquetés, dont certains devaient aussi être des retraités, c’étaient Byzance, bombance, il régnait une ferveur peu commune : pensez-donc les huîtres à profusion c’étaient rien que des Prat-Ar-Coum, les Rolls du parc (ostréiculteur depuis 1898) et tout à l’avenant dans le raffinement : le plateau de fromages (affinés par Eric Lefèvre) digne d’un étoilé, les desserts aux fruits d’automne : sorbet et brunoise de pomme au romarin et Poire au miel et sa glace au fromage blanc stupéfiants ! Tous ces petits plats dans les grands étaient l’œuvre d’un chef David Van Laer qui vient d’ouvrir un restaurant à Senlis « La Maison » www.davidvanlaer.com  Bravo l’artiste !

 

Alors vous allez me dire, de quoi te plains-tu Berthomeau, pourquoi ramène-tu ta fraise qui n’est pas de veau ? T’avais qu’à t’en mettre plein la lampe et nous épargner tes épanchements ironiques. Oui, certes, c’est une façon de voir mais quand y’a une chose qui me chiffonne, qui me reste sur l’estomac, faut que je vous mette dans la confidence. Je n’étais pas à mon aise, gêné aux entournures, un peu tout ça pour ça, un peu de tout de trop. Fallait-il placer la barre aussi haute pour une simple dégustation ?

  

Ce n’est pas mon argent mais c’est celui des cotisants et je n’ai pas à juger de l’adéquation des moyens avec les objectifs recherchés. Cependant ces délices de Capoue pour un parterre somme toute, moi y compris, très rase-moquette, ça me défrise. Célébrer la cuisine du terroir avec une haute tenue je ne vais m’en plaindre mais est-ce bien en ce type de circonstances, pour un tel public qu’il faille le faire ?

 

Permettez-moi d’en douter. Les prescripteurs présents ne m’ont pas semblé, mais peut-être me trompai-je, nécessiter un tel traitement. En écrivant ceci je ne vais pas me faire beaucoup d’amis et je ne suis pas sûr que l’on m’invitera au prochain exercice « déjeunatoire » mais qu’importe je l’écris car n’ayant pu résister à la tentation j’ai absorbé, dans le plus grand désordre, par pure gourmandise : la Poire au miel et sa glace au fromage blanc, une micro-cassolette de moules de bouchot en marinière, 4 Prat-Ar-Coum et des lichettes de fromage : dont une boulette d’Avesnes goûteuse à souhait mais y’avait plus de Munster les morfalous avaient tout ratiboisé... Donc j’en ai été et il faut que j’expie ma faute jusqu’à la lie (je n’ai pas osé l’hallali).

 

Un peu tourneboulé, chiffonné, j’ai dégusté à minima mais du très bon :

-         1 Riesling 2005 Cuvée Frédéric Emile AOC Alsace de F.E Trimbach à Ribeauvillé : d’une pureté extraordinaire, minéral vous avez dit minéral, servi par un ami de François le Débonnaire, un autre François mais Wilhelm lui. www.maison-trimbach.fr

-         1 très beau Pinot Noir 2008 Cote de Rouffach du domaine Rieffle servi par la jeunesse Rieffle, nous avons beaucoup échangé sur les vertus de la Toile. Si on veut encore de moi en Alsace un de ces 4 je prendrai le TGV pour aller voir Jean-Claude Rieffle et la nouvelle génération de vignerons et faire une dégustation dans la plus simple simplicité si vous me permettez cette expression. www.rieffle.com

-         1 Pinot Gris 2008 Lieu-dit Weingarten AOC Alsace de Bernhard-Reibel servi par Pierre Bernhard que j’avais croisé lors du sympathique déjeuner de Montpellier-Bio. Un vin d’une belle franchise, plein, droit, un vin à manger, un vin qui donne envie d’aller au fond du verre. www.domaine-bernhard-reibel.fr

 

Vous voyez, à la question : « Comment ça va ? » j’aurais pu répondre « Comme un lundi » et ainsi je me serais évité un max d’ennuis. Pour tout vous dire j’ai même bavassé avec Pierre Guigui sur les OGM de Colmar et, là aussi, j’aurais du en faire un compte-rendu plutôt que cette chronique qui va me valoir le pain sec à l’eau du côté du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Mais que voulez-vous je suis ainsi fait et je ne suis pas sûr que de réciter « le Renard et la Cigogne » me vaudra l’absolution. Mais tentons !

Compère  le Renard se mit un jour en frais,

Et retint à dîner commère la Cigogne.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:

            Le galant, pour toute besogne,

Avait un brouet clair (il vivait chichement).

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:

La cigogne au long bec n'en put attraper miette...

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 09:00

Je vous trouve un peu mou du mulot.

Vous êtes blasés ?

Vous n’aimez pas le vin ?

Vous n’aimez pas mes vins ?

Je n’ai pas écrit Evin.  

Ils sont pourtant beaux mes vins du Grand Concours de l’été.

Elles étaient joyeuses mes questions du Grand Concours de l’été.

Vous avez dit convivialité !

Vous avez dit bien vivre !

Paroles, paroles, chantait Dalida.

Vous n’avez pas de temps à perdre !

Allons bon à d’autres que moi, pour répondre aux 20+1 questions une petite heure chrono suffit, ni plus, ni moins !

Qu’est-ce donc qu’une heure dans la vie d’un homme ?

Rien !

Que dalle !

Pour l’heure j’ai 35 réponses c’est peu par rapport à la fréquentation des Questions tout au cours de l’été.

Suis-je déçu ?

Non, jamais mon blog n’a été aussi visité et ça dure.

Étonné, oui par cette absence de répondant.

Bien sûr la date limite des réponses est fixée au 30 septembre minuit, il vous reste encore du temps mais une piqure de rappel n’est jamais inutile pour éveiller le désir sur la Toile : voici 2 liens pour jouer en toute connaissance de cause :

 

1 – l’ensemble des Questions : http://www.berthomeau.com/article-le-grand-concours-de-l-ete-a-epuise-ses-20-questions-1-place-a-vos-reponses-du-1ier-au-15-septembre-minuit-56187591.html

 

2 – le podium des lots en jeu : http://www.berthomeau.com/article-le-podium-du-grand-concours-de-l-ete-tous-ceux-qui-ont-gagne-ont-joue-56521555.html

  

 

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul la maison Berthomeau a ramené dans ses bagages un beau souvenir de Corse pour doter le concours : 1 magnum Alzeto Prestige 2007 – Albertini – allez-donc voir ce qu’en disent mes amis les « marchands de vin » de la Contre-Etiquette http://la-contre-etiquette.com/producteur/Clos-d-Alzeto-Corse_156.html

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Voilà, après cela ne venez pas me dire que je ne mouille pas le maillot pour la cause du vin. Le buzz ne vient pas du ciel, il faut le créer. Alors à vous, plongez dans les profondeurs de mon blog avec le petit moteur de recherche. C’est simple comme un jeu d’enfant. Bref, à quoi bon que le père Berthomeau il se décarcasse si vous qui dites aimer le vin ne prenez pas un peu de temps de votre précieux temps pour jouer.

 

à bientôt sur mes lignes...

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 00:09

Sur la lancée de ma précédente chronique tirée du roman de Bernard Ginestet Les Chartrons Édouard Minton  courtier bordelais  link je ne résiste pas au plaisir de vous proposer ce déjeuner de courtiers à Mouton.

17mondavi2_pop.jpg

 

Portrait de Philippe de Rothschild : « L’originalité intellectuelle du maître de Mouton était parfois déroutante. Il jouait l’enfant gâté avec un brio incomparable. Sa culture et sa finesse d’esprit parvenaient à lui faire pardonner ses caprices. Il ne tenait guère le juste milieu entre la distance et la familiarité. C’était un homme de théâtre, capable d’incarner tour à tour Richard II et Falstaff, Don Diègue et Scapin, Figaro et Faust... selon la scène qu’il avait décidé de créer ou, plutôt, dont il avait l’inspiration subite. Ses colères pouvaient être fameuses. Il entretenait avec machiavélisme et ténacité son ambition majeure de faire classer Mouton Premier cru, ne négligeant aucune influence susceptible d’apporter un progrès à cette cause, tâchant de domestiquer ou de séduire ceux qui semblaient ne pas s’y rallier mais qui étaient censés avoir leur mot à dire. (Quand je veux, j’épouvante et quand je veux, je charme, disait Matamore dans L’Illusion Comique.) Il sortait très peu à Bordeaux mais recevait beaucoup à Mouton. »

 

Les pantoufles de Philippe de Rothschild : Édouard Minton et son collègue Hubert de Vérines, qui avaient un bon quart d’heure à perdre avant l’heure du rendez-vous à Mouton, prennent un verre sur les quais de Pauillac, « dans le seul bistro acceptable ». le premier carbure au « vichy-fraise » en prévision des prochaines libations chez le baron, le second s’envoie une Suze. Dialogue ! C’est de Vérines qui attaque :

-         Nous nous rendons à la même auberge...

-         Et nous avons les mêmes horaires !

-         Le spectacle commence à midi et demi.

-         Monsieur Purgon sera-t-il en pantoufles ?

Ils rirent tous les deux avec complicité. Philippe de Rothschild aimait porter des sandales brodées de tapisserie au petit point. »

 

L’arrivée à Mouton : « Entrer à Mouton était fermer derrière soi la porte du commun. Dans les salons aux baies en demi-cercle donnant sur les vignes, les meubles, les tableaux, les objets, réunis comme par hasard, créaient une atmosphère jamais vue ailleurs. Un génie artistique, composite mais évident, habitait la pièce. »

« Il portait une veste d’intérieur en velours bordeaux et ses habituelles mules brodées. »

 

Le but du déjeuner : « Édouard Minton reprit l’initiative pour demander les conditions de l’offre. Le baron Philippe désigna d’un doigt mou Marjary (son bras droit) qui dit en baissant les yeux :

« Ce sera vingt-cinq pour cent au-dessus de Lafite.

-         Fichtre ! Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère !

-         Nous estimons que Mouton doit se démarquer et que ce prix est normal dans la tendance actuelle du marché... » tranche le baron Philippe.

 

Le menu du déjeuner : « Sur les filets de sole frits, sauce tartare, on servit un Montrachet du marquis de Laguiche 1952 ; un vin merveilleux à la robe jaune pâle, nuancée de flammes vertes. Sa dégustation captiva le tour de table qui trouva un consensus de louanges.

« Vous nous gâtez, cher ami Philippe, déclara Édouard Minton, il n’y a guère que chez vous, de tout le Bordelais, où l’on puisse goûter d’aussi grands bourgognes blancs. Celui-ci est une splendeur. Nous n’avons pas de vins semblables. »

« Le déjeuner se voulant rapide et léger, on servit des ris de veau aux champignons, avec un Ducru-Beaucaillou 1958. Encore jeune, le vin était exquis de délicatesse. La discussion s’orienta aussitôt sur les petits millésimes, dont certains sont si délicieux et qui se vendent si mal... sur le malheureux rôle de la presse qui faisait et défaisait sans vergogne leur réputation... sur la réussite particulière de ce Ducru-Beaucaillou. »

Le Mouton 1945, sur le fromage, était un vin d’anthologie. Sa réputation était depuis longtemps établie comme le meilleur du millésime. »

 

Le dessert était une tarte aux pommes maison, légèrement caramélisée. Le maître d’hôtel servit des petits verres emplis d’un liquide topaze. On aurait dit une liqueur. Édouard Minton connaissait la marotte de son hôte pour l’avoir expérimentée. Le baron affectionnait de faire mettre une bouteille d’Yquem, débouchée er placée debout, dans le compartiment à congélation du réfrigérateur. En trois heures de temps, le vin se dissociait, son eau devenant glace tandis que l’alcool et l’essentiel des autres principes restaient à l’état liquide. Cette concentration par le froid produisait un extrait qui était versé à chacun en faible quantité, pour une qualité très particulière. Lorsqu’il avait appris le traitement infligé à son cru, le marquis Bertrand de Lur Saluces était entré dans une colère monstre. Les deux seigneurs des vignes se détestaient de tout cœur. Mis à part l’originalité du sous-produit d’Yquem ainsi obtenu, Philippe de Rothschild jubilait à l’idée que le marquis eût immanquablement vent de cette pratique et qu’il en éprouvât quelque furie. »

 

Le retour à l’envoyeur de Bertrand de Lur Saluces : apprenant le prochain voyage en Inde de son ennemi intime Bertrand de Lur Saluces 

Déclara sur un ton calme et féroce : « Ah ! En Inde ? Eh bien, je souhaite qu’il soit étouffé par les serpents, piétiné par les éléphants et dévoré par les tigres ! »

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 00:09

Dans l’économie agricole insulaire le seul secteur qui tire vraiment son épingle du jeu, créé de la valeur et de l’image est la viticulture. De belles réussites, des vignerons emblématiques, de beaux vins, un bon niveau de prix sur le marché intérieur de l’île porté par la saison touristique explique en partie le renouveau d’une activité qui a su rebondir en restructurant son vignoble et en jouant intelligemment la carte identitaire. Les fromages et la charcuterie pourraient eux aussi apporter de la valeur ajoutée à une économie qui valoriserait ainsi ses handicaps. Mais ces choix ne relèvent que des Corses eux-mêmes qui, dans leur désir justifié de prendre leur destin en main, se doivent de les faire, de les assumer pour s’intégrer et vivre pleinement dans leur environnement méditerranéen arrimé à l’UE.

 

En Corse je lis le mensuel Corsica. Il est « Corsiste », bien fait, avec parfois des circonvolutions de langage et un art d’enrober ses analyses qui peuvent surprendre mais le ton et le fond sont de qualité. Il accueille les signatures de Jean-Claude Casanova et de François Léotard. Bref, je propose à votre lecture attentive cette analyse, faite dans le n° de septembre, à propos de la santé florissante du marché foncier viticole en Corse.

 

Je ne suis pas sûr que le rédacteur ait bien compris le film trop obnubilé qu’il est par sa vision corso-centrée des choses. Sans vouloir ironiser sur les « non-agriculteurs » qui achètent aux viticulteurs des vignes en Corse – pour les cultiver sans doute pas pour les mettre en jachère ou construire des maisons à leurs risques et périls – je me permets de rappeler au rédacteur du papier que Paul Giacobbi, président de l’exécutif de la Corse vient de rendre au Président de la République un rapport sur « L’attrait de la France pour les investisseurs étrangers »

 

Et oui si les prix des vignes flambent en Corse c’est tout bêtement parce que la viticulture corse est attractive. Qui pourrait s’en plaindre ? Ceux qui veulent s’installer. Faudrait peut-être alors desserrer le carcan des droits de plantation pour calmer la surchauffe ? Mais ce n’est pas à moi de donner des conseils d’autres plus qualifiés que moi s’en chargent. Bonne lecture !

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« Ah, le délicieux discours des vignerons corses attachés à leurs terres et défenseurs ardents d’un terroir revigoré ! Vedette incontestée et incontournable du secteur de l’agro-alimentaire local, la viticulture rebat les oreilles du consommateur – et des pouvoirs publics, subventions* obligent – avec un propos pour le moins rodé sur le combat pour la préservation des traditions et de la terre. Léger problème : les dernières statistiques nationales établies par la Safer* montrent pourtant une réalité un tantinet plus contrastée.

Que disent les chiffres ?

D’abord, qu’ « après plusieurs années d’évolution positive, le marché foncier de l’espace rural est rattrapé par la crise » et que « sur l’année 2009, avec la baisse des revenus agricoles, le prix moyen des terres et prés s’est contracté », accusant pour la première fois depuis 1995, une baisse de 1,6% par rapport à 2008. Les vignes, symbole d’une certaine identité française en la matière, n’échappent pas au phénomène.

Ainsi, « après trois années de croissance soutenue, le marché s’est fermé en 2009. Il a porté sur 8700 transactions pour une surface de 14000 hectares (en baisse de 16% par rapport à 2008) et une valeur totale de 580 millions d’euros (en baisse de 19%) ». Diantre ! La nouvelle est d’autant plus inquiétante que, note la Safer, « tous les bassins viticoles sont touchés par cette fermeture du marché (baisse des transactions en nombre et en surface)... » Tous ? Non !

Une petite parcelle de terre résiste à cette morosité. La Corse bien sûr. Ici, au contraire, tout semble aller plutôt dans le meilleur des mondes, si l’on peut dire. Car le nombre des transactions y a carrément explosé. Plus de 57% ! La terre est-elle bradée à vil prix par de miséreux vignerons étranglés par la crise ? Fort heureusement, non. Car, remarque la Safer, « en Corse, les prix marquent une progression de 12,5% sur un marché en forte croissance »... En clair : on vend beaucoup plus de terres agricoles et pour beaucoup plus cher. En beaucoup plus clair : le buiseness explose. Et ce n’est pas le moindre enseignement de cette étude que d’apporter une dernière touche au tableau en faisant observer que ce marché aussi florissant que feuilles de vigne «écloses est aujourd’hui « dominé par les acquisitions des non-agriculteurs. » Les organisations professionnelles et les syndicats agricoles ont beau claironner que tout ça, c’est la faute à la spéculation, on se demande bien qui en tire le plus avantage : les « spéculateurs » non-agriculteurs prêts à payer au prix fort des vignes dont ils n’ont que faire ou les « non-spéculateurs » agriculteurs qui les vendent ?

  • * il s’agit de la FNSAFER
  • * la viticulture corse ne consomme pas plus de subventions que son homologue continentale et le ratio subventions/valeur ajoutée est sur l’île le plus faible de tout le secteur agricole.
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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 13:49

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Je laisse les hommages officiels, qui vont tomber comme à Gravelotte, aux communiqués officiels, pour vous confier ma tristesse de voir partir l'un des nôtres.

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Bon vivant Claude Chabrol l’était je peux en témoigner pour avoir eu la chance de dîner avec lui en petit comité lors d’un Festival d’Avoriaz. Gérard Brémond, avec sa malice habituelle, avait composé un tour de table très peu conventionnel. La discussion fut animée, j’en prenais pour mon grade puisque j’étais « la gauche au pouvoir » et Claude Chabrol, bon coup de fourchette, ne crachant pas sur le jaja, prenait un malin plaisir à prendre ma défense face à mes contradicteurs virulents. Nous avons passés une merveilleuse soirée, Chabrol ne se prenait pas au sérieux, ses yeux pétillaient derrière ses grosses lunettes, il savait attendre le bon moment pour placer ses traits plein de saveur et d’à propos. Il ne se prenait pas pour un génie, il avait encore une âme d’enfant un peu polisson. Comme le dit si bien Depardieu « Il avait cet amour de la nourriture, du partage, cet esprit drôle, il avait tout, il avait l'histoire du cinéma, la passion, il avait aussi l'enfance, il avait le rire, il avait aussi le plaisir »

 

Pour goûter du Chabrol à l’état pur lisez ce texte de lui datant du 3 mars 2003, mis en forme par Alain AUFFRAY et de BAECQUE Antoine et Vanessa SCHNEIDER, où il décortique – les jeunes diraient décalque – JP Raffarin le 1ier Ministre de l’époque puis la classe politique en général.

C’est féroce !

C’est du Chabrol !

C’est décapant !

Moi j’aime.

Allez Claude, bon voyage, à la revoyure, en attendant avec les bons vivants nous allons nous offrir un « Poulet au Vinaigre » en buvant de bons coups à ton repos que l’on dit éternel...  

 

Le personnage Raffarin décortiqué par Claude Chabrol:

 

«Il a une gueule, mais on ne sait pas de quoi»

 

Pour Claude Chabrol, la vie politique est un spectacle, animé par des acteurs plus ou moins convaincants.

 

Il apprécie particulièrement Jean-Pierre Raffarin, notable de province et personnage chabrolien.

 

Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de la France d'en bas, vous le trouvez comment ?

 

Il me ravit, c'est celui qui me plaît le plus parmi les nouveaux. Ce qui m'intéresse dans un cas comme Raffarin, c'est de voir à quel point il a dépassé son niveau de compétence. On se demande quand la vérité va éclater.

 

Finalement, je constate qu'il peut tenir quelque temps. Je lui donne un an. Ces raffarinades sont de moins en moins bonnes, c'est de plus en plus Monsieur Prudhomme.

 

Certaines ne veulent rien dire, j'espère qu'il va y avoir un recueil ! «La pente est forte, la route est droite...», c'est tellement con !

 

Après un certain temps, on se dit : «Ça va comme ça, tu as fait tes trois tours de piste, maintenant, au boulot !»

 

Là, il fait un tour de piste supplémentaire. Mais on va arriver au moment où le clown ne fera plus rire. Bientôt, il sera prié de sortir.

 

Aurait-il pu être un personnage de vos films ?

 

Oui, car il a un côté rusé. La seule chose qui me fait penser qu'il n'est pas si rusé que ça c'est qu'il veut faire très matois, mais quand on l'est vraiment, on a tendance à le cacher.

 

Il n'est pas mal comme acteur. Il a de la tchatche.

 

En même temps, il a un côté très soumis, il caresse le Medef dans le sens du poil, il cède sur la réforme de l'ISF.

 

Il a une adresse dans l'expression mais une maladresse dans l'action. Il a très astucieusement cultivé le type provincial.

  

Pourtant il a, lui aussi, tenté la conquête de Paris quand il avait 25-26 ans. Il a essayé mais a échoué, il n'a pas été le meilleur élève, alors il s'est contenté de la province et il est retourné en Poitou-Charentes.

 

Je lui conseillerais, s'il veut vraiment raffiner dans le côté notable de province, de trousser une ou deux bonnes vite fait bien fait et éventuellement de trouver une maîtresse dans une ville voisine, à La Rochelle, par exemple.

 

Si j'avais un matois à mettre dans un film, je choisirais un type dans son genre. Ou peut-être lui-même, quand il ne sera plus président du Conseil.

 

Vous dites président du Conseil !

 

C'est sans doute parce qu'il cultive ce côté bon temps de la IVe. Il me rappelle le petit père Queuille (Henri Queuille, président du Conseil entre 1948 et 1951, ndlr), ça fait un bout de temps !

 

Il avait un peu le même physique, et ce côté «laissons du temps au temps», «le bon sens près de chez vous».

 

Le physique de Raffarin est formidable, il a un côté maquignon, la tête coincée dans les épaules. Il a une bonne tête de face, mais il est inquiétant de profil.

 

Il a intérêt à ne pas trop se montrer de profil. Il a une vraie gueule, mais on ne sait pas une gueule de quoi.

 

Moi, j'ai une tête d'oiseau, lui, c'est difficile à dire : un peu taureau, mais pas tout à fait.

 

Vous faites de la morphopsychologie...

 

Je crois assez à la gueule des gens. Ça m'a rarement trompé. Jacques Crozemarie, par exemple, je ne lui ai jamais donné un rond parce que je trouvais qu'il avait une sale gueule.

 

 

Les politiques sont à peu près évidents. Quand on les voit, on voit ce qu'ils sont. Jospin le psychorigide, ça se voyait sur son visage.

 

Pareil pour Chirac, la grande gidouille qui tourne au vent.

 

Les élus qui sont proches du FN, les Millon, Soisson, Blanc et consorts, on les reconnaît à leur visage. On ne leur achèterait pas de voiture d'occasion.

  

Sarkozy est intéressant, mais, c'est comme à Michel Jobert, il lui manque 15 centimètres. Mitterrand c'était la taille minimum, en dessous, c'est pas possible.

 

Dans votre film, Nathalie Baye incarne une candidate à une élection municipale. Vous avez un modèle ?

 

La coiffure de Nathalie Baye est une imitation de celle de Michèle Alliot-Marie quand elle se présentait à la tête du RPR.

 

On a fait très attention, on a beaucoup travaillé sur la manière de s'habiller, les tailleurs très stricts et les corsages qui font très légèrement ressortir les nichons pour montrer qu'on est femme malgré tout, malgré un look pas très dans le vent.

 

Pourquoi constitue-t-elle votre héroïne de la politique ?

 

Parce qu'elle veut sortir de chez elle, c'est souvent comme ça chez les notables de province.

 

Le vrai ambitieux c'est son adjoint. J'avais suggéré Jean-François Copé (porte-parole du gouvernement, ndlr) comme modèle. Mon fils Thomas, qui joue le rôle, a préféré Renaud Dutreil (secrétaire d'Etat aux PME, ndlr).

 

Il m'a signalé qu'il mettait quarante-cinq minutes pour se faire faire son brushing, ça veut dire que les politiques y passent aussi beaucoup de temps.

 

Quel temps perdu pour la France ! C'est du travail de comédien.

 

Les politiques sont fous d'embêter les intermittents du spectacle, car eux-mêmes en font partie sans le savoir !

 

Et le Pen, c'est aussi du spectacle ?

 

Ah, Le Pen ! Sur Le Pen, je ne peux pas être totalement objectif.

 

Je l'ai vu faire tellement de conneries (Le Pen et Chabrol se sont côtoyés à la faculté de droit, ndlr) que je ne peux pas croire qu'il représente un danger.

 

Fallait voir sa tête le 21 avril, on voyait qu'il se disait : «Mon Dieu, combien ça va encore me coûter cette connerie ?»

 

Je n'ai pas voté au second tour de la présidentielle car je ne voyais pas de véritable risque et je pensais qu'un 80 % à Chirac serait plus gênant qu'autre chose.

 

La politique serait devenue une affaire de casting ?

 

Oui, car les véritables questions politiques sont indéchiffrables et incompréhensibles pour la plupart des gens.

 

Il n'y a plus de lutte des classes, il n'y a plus d'ennemis, plus de vrais combats idéologiques, alors c'est l'apparence qui compte.

 

Nous, les votants, on ne peut pas faire autre chose que de choisir sur la gueule des gens.

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 02:09

« Vous devriez prononcer un toast... » le patron de l’hôtel me prenait de court. Je balbutiais pour m’esquiver « Je suis désolé mais je ne parle pas un mot d’espagnol... » Son sourire se fendait plus encore et il se rengorgeait « Je me ferai un plaisir de vous traduire señor... » Chloé pouffait « Mieux qu’un toast mon beau, torche nous un beau discours à la française, ça ne peut que faciliter tes ambitions d’obtenir les faveurs de ceux qui tremblent dans leur falzar... » Résigné je me levais, plus exactement je me redressais avec solennité, m’écartais légèrement de la table puis, d’un geste large et lent, j’élevais ma coupe à hauteur de mon visage et, en un lent mouvement demi-circulaire, je balayais l’espace qui me faisait face. Tout le personnel de la salle me contemplait avec dévotion. Chloé mutine vint se placer à mon côté. Je paniquais et un fin liseré de sueur glacée me labourait le flanc. Face à moi, deux pas en avant, le patron de l’hôtel semblait en lévitation. Je me lançais en contemplant le maigre plateau à fromages recouvert d’une cloche qui trônait sur un guéridon :

 « Chers amis chiliens,

Pendant la seconde guerre mondiale Winston Churchill affirmait, à propos de la  France, avec son humour britannique, qu’«Un pays capable de donner au monde trois cents fromages ne peut pas mourir», ce à quoi le Général de Gaulle rétorquait : «On ne peut pas gouverner un pays qui possède 365 variétés de fromages». Les français sont des gaulois, querelleurs, hâbleurs, mais aussi dès qu’il s’agit de passer à table de bons vivants... »

Le patron agitait sa main droite frénétiquement pour que je m’arrêtasse pour qu’il puisse traduire ma première envolée. En l’écoutant, sans comprendre, je me disais que j’allais devoir raccourcir mes phrases. Chloé vint à son secours sur le nombre des fromages.

Je repris. « La France se glorifie aussi d’être le pays du vin et comme celui-ci est le frère du fromage permettez-moi de chanter leurs louanges. Comme l’amour ils sont capricieux, changeant suivant le jour, l’heure, la saison ; comme pour les femmes il faut savoir les savourer dans leur plénitude, accepter leurs fragrances capiteuses ou fortes, les humer, j’oserais même dire les caresser... »

La traduction tira tout d’abord un léger murmure puis des applaudissements jusque du côté des tables les plus éloignées. Chloé me contemplait avec un réel étonnement.

« Reste, chers amis chiliens, à accorder leur forte personnalité, tout mariage précipité serait gage de bien des déboires futurs, un fromage de haut goût pourra servir de héraut d’armes au grand seigneur qui arrive mais si vous servez un vin délicat comme une jeune fille en fleurs gardez-vous bien de l’étouffer sous des parfums boucanés ou des senteurs viriles de corps de garde... »

Mon traducteur en traduisait s’enrouait et ses yeux s’embuaient. Des murmures approbateurs m’incitaient à conclure vite afin de garder l’avantage.

« Talleyrand disait que les larmes du Gruyère plaisaient au Pommard comme au Corton, et moi qui suis un jeune turc, je puis sans sourciller affirmer qu’un grand Brie de Meaux, en souvenir du grand Bossuet l’aigle de Meaux, ne peut affronter qu’un grand Margaux ou un sublime Latour... »

Mon traducteur appréciait mais l’attention du public faiblissait face à mes références bien trop savantes.

Conclure donc, vite « Alors chers amis chiliens en levant cette coupe de ce merveilleux vin de Champagne venu jusqu’en votre beau pays pour clore un très bon repas je n’ai qu’un seul mot à célébrer : liberté ! »

Applaudissements nourris. J’étais en nage. On m’entourait. Le Krug me ravigotait et je me laissais aller à serrer des mains flanqué de mon traducteur qui me recouvrait de brassées de fleurs cueillies sur les bouches de ses subordonnés. Un peu las je cherchais Chloé dans la masse et, ne la voyant pas je me mis à sa recherche en m’extirpant de la bienveillance collante de mes admirateurs qui avait surtout retenu le mot liberté dans mon adresse que je trouvais le temps passant d’une prétention absolue. Chloé était assise à une table et conversait avec deux types affichant les trente ans et un port de buste militaire, engoncé et maniéré. Quand elle m’aperçut son regard tenait de l’ordre auquel je devais me soumettre. D’une démarche que je voulais assurée mais qui se révélait hésitante je me portais à la hauteur de la table. Chloé me présenta ses deux interlocuteurs : un lieutenant-colonel de l’armée de terre aide de camp d’un général de l’état-major dont j’ai oublié le nom, et un colonel proche collaborateur du général Augusto Pinochet. Je m’inclinais légèrement sans leur serrer la main. Précision d’importance, Chloé me présenta à eux comme le fils d’un important hiérarque proche du président Pompe, en l’occurrence mon ancien Ministre le bel Albin Chalandon. La fête commençait fort et bien plus vite que prévue. Mon discours sur les vins et les fromages se révélaient être un leurre d’une grande efficacité, comme quoi verser dans la grandiloquence passait aux yeux des étrangers comme le sceau le plus marquant des Français.     

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 00:09

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Avec Georges Pompidou c’est un gourmet qui entre à l’Elysée et, très vite, sa table va être considérée comme « l’une des trois bonnes tables officielles de Paris, avec celles de l’ambassade britannique – au temps où y régnait le bon vivant de Soames, gendre de Churchill – et e l’ambassade de Chine » Aux commandes : Marcel Le Servot dont Pompidou a apprécié le savoir-faire à Matignon et qui va le suivre à l’Elysée. Il sera de tous les grands déplacements, en particulier à Moscou et à Pékin, où il préparait de somptueux dîner à l’ambassade de France. Le président traitait Le Servot comme un véritable collaborateur et il examinait huit jours à l’avance, avec Claude, son épouse les menus proposés par son chef et il barrait les plats qui ne lui plaisaient pas.

Pompidou était certes gourmand mais aussi gourmet. Friand de cuisine régionale, dans l’intimité le pot-au-feu, la potée nivernaise, le baron d’agneau avec sa jardinière de légumes figuraient à sa table. L’Auvergnat ne reniait pas ses origines. Il rêvait, dit-on, de révéler à ses hôtes nos grands plats de province : cassoulet, choucroute, blanquette de veau, haricot de mouton mais son audace, contrairement au mobilier et au décor art moderne de ses appartements, il s’en tint à la cuisine traditionnelle : suprême de turbot à la béarnaise, selle d’agneau, poularde farcie, foie gras des Landes, soufflé glacé ou nougatine. Seule innovation, à la demande des sénateurs de la Martinique, l’introduction du punch antillais au buffet des réceptions de l’Elysée.

« Mais, comme le Général de Gaulle, Pompidou ne s’attarde pas à table. Et seul, ou avec quelques collaborateurs, il déjeune souvent d’une grillade sur le coin du bureau au milieu des dossiers. » Les Pompidou ne se plaisent guère à l’Elysée et dès qu’ils le peuvent ils s’en échappent pour gagner leur appartement du quai de Béthune, leur villa d’Orvilliers aux week-ends, et ils font de fréquents séjours à Cajarc.

Comme pour le Général je compléter ce petit tableau par quelques anecdotes sur Georges Pompidou et le vin tirées du livre de Corinne Lefort et Karine Valentin Grand Palais : « Après avoir été professeur de lettres au lycée Henri IV à Paris, puis chargé de mission au cabinet du Général de Gaulle, il entre en 1953 à la banque Rothschild. Il fréquenta alors les grands restaurants de la capitale et déguste en connaisseur les plus grands vins des propriétés bordelaises que possèdent les célèbres banquiers et leurs cousins : Lafite-Rothschild, Duhart-Milon, Mouton-Baronne-Philippe, Clarke etc. Mais au fur et à mesure des opportunités gastronomiques, Georges Pompidou accorde sa préférence à un Cru Bourgeois de Moulis, et plus précisément au vin du Château Poujeaux qui ne figure pas dans le patrimoine viticole de ses employeurs. C'est là tout le mérite de Georges Pompidou, que de se fier à ses propres goûts sans idées préconçues.

Que lui soit servi dans l'au-delà un festin semblable à celui qu'il fit composer pour le dîner en l'honneur fr la reine des Pays-Bas au palais du Grand Trianon le 19 juin 1972 : foie gras du Quercy, homard à l'armoricaine, selle d'agneau aux girolles, jardinière de légumes, coeurs de laitue, fromages, fraises glacées Trianon. Il en choisit personnellement les vins : Château La Tour Blanche 1955, Puligny-Montrachet 1969, Château Haut-Brion 1964, Laurent Perrier Grand Siècle.»

 

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 00:09

Mon titre sous des dessous forts légers et une apparence par trop volatile est pourtant le chapeau d’une chronique on ne peut plus sérieuse. Vous n’en doutiez pas je l’espère. La mine où je suis allé puiser ce minerai c’est bien évidemment Le spécial Vins du Point qui est le bébé dodu que Jacques Dupont porte chaque année sur les fonds baptismaux de la cause du vin depuis je ne sais combien d’années. Cette année 2010 le parrain du bébé est feu Roger Dion, géographe et historien, professeur au Collège de France, qui a lu, lors du baptême, quelques beaux passages de sa Somme « Histoire de la Vigne et du Vin en France, des origines au XIXe siècle », accompagné de feu Pierre Desproges qui lui tenait la burette d’huile pour l’onction du poupon en répétant à l’envi « On peut boire de tout mais pas avec n’importe qui ».

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C’est allongé sur la plage pour me sécher après ma visite matinale aux poissons de la baie – j’adore les bancs de barracudas, je les suis, je me fonds dans leur sillage, j’en suis un – que le bébé « Duponnien » me fut porté alors que le soleil montait dans un ciel encombré de nuages. Sur la couverture du Point Christophe Curtat, un verre de Saint-joseph à la main, me contemplait d’un air avenant. Alors, vous commencez à me connaître, bien évidemment je me suis sitôt jeté sur la page 168 consacrée au Saint-joseph et je tombai à nouveau sur le souriant Christophe Curtat, toujours un verre à la main, mais juché entre les branches d’un arbre. Étrange face à face que ce jeune vigneron en pantacourt dans un arbre et moi en calcif de bain sur le sable. Pour en savoir plus sur la tête d’affiche de mon Dupont Merveilleux du Vignoble je me plonge dans la bio du susdit et qui lis-je ?

« J’ai travaillé avec mon père, paysan céréalier dans le nord de l’Isère, puis je suis parti dans l’industrie. J’ai été responsable d’une agence de travail temporaire, et encore avant d’une boîte qui fabrique des bornes d’incendie. En dernier, je vendais des bijoux et des ornements pour la lingerie féminine ! »

Tiens, tiens, mon sonar reniflait un bon filon et je repartais vers la page 157, qui est le point de départ de la présentation des 13 appellations au top, pour parcourir les CV des emblèmes de vigneronnes &vignerons choisis par notre Dupont (sur la couverture c’est un mec, Christophe Curtat, au-dedans c’est une femme à chapeau Annick Pérolari dans ses vignes de Berlou, le Jacques y sait y faire dans le bon dosage, la parité comme on dit aujourd’hui).

Que lis-je sur la première bio ?

Haut-Médoc Sophie et David Faure Château Mille-Roses : que dit David qui a perdu ses parents très jeune, dont le père était vigneron et céréalier. « J’ai fait mes études à Beaune. J’avais vingt ans, un BTS viti-oeno en poche, du bien, mais pas de transition familiale affective. Je voulais un projet de vie. Alors je suis devenu éducateur sportif, moniteur de parapente, ça m’a permis de gagner de la confiance en moi et de rencontrer Sophie... »

Je tenais mon titre mais pas encore ma chronique. Retour à Christophe Curtat « J’ai commencé en 2005, un petit bout de vigne en location, on a tout bu avec les copains. En 2006, j’ai trouvé 1 hectare à louer et j’ai commencé à vendre. J’ai tout le temps squatté chez les autres, c’est pour cela que mon vin s’appelle Nomade [...] Aujourd’hui j’ai 4 hectares, et enfin je vais être chez moi. » Puis de nouveau David Faure « Le projet, je l’ai monté à 29 ans. Premier millésime en 1999, avec 0,50 hectare. Maintenant j’ai ici 9,50 hectares, les autres terres de mes parents sont en location. Elles m’ont permis de réhabiliter les bâtiments. »

Je tenais déjà un beau bout de ma chronique sur l’installation de nouveaux vignerons venus d’ailleurs. Comment faire pour s’installer lorsqu’on n’a pas de terre ? Christophe Curtat répond sans prendre de gants « On peut s’installer, mais sans rien au départ ce n’est pas évident. Il y a deux mondes du vin : ceux qui sont installés, qui font des belles choses et qui sont ouverts. Transparents sur leur compétence, ils ont envie de faire passer le message. Les autres, très protecteurs, très paysans, ne sont pas les plus compétents, mais ils ont les terres. Aller voir les anciens et attendre qu’ils aillent plus mal pour récupérer leurs vignes, je ne sais pas faire. Et puis les prix grimpent. De 40 000 à 120 000 euros l’hectare en dix ans. » Beau sujet que celui-ci où la libération des droits de plantation pourrait peut-être faire bouger la situation, mais ça c’est une autre histoire que Florence Kennel (Bruxelles dérégule Paris pleure) dans le même numéro préfère occulter en entonnant les couplets qui plaisent tant aux gens en place.

Revenons à nos néo-vignerons, ma quête s’avérait plus que fructueuse puisque se rajoutèrent à mes deux initiaux 4 autres petits nouveaux ce qui portait mon score à 6 au moins sur 13 ce qui validait ma fulgurante intuition initiale :

Santenay Domaine Bachey-Legros, Christiane Bal « J’étais psychologue clinicienne, les vignes étaient en fermage. J’ai commencé à revenir quand mes fils ont montré qu’ils voulaient reprendre. J’ai fait avec 0,5 hectare, en douceur. J’étais en libéral, il fallait que progressivement je dise à mes patients que j’arrêtais. J’ai véritablement cessé mon activité en 1997 »

 

Beaujolais Château les Bachelards Sophie et Lilian Bauchet « Durant dix ans, j’ai été à mon compte à la tête d’une société d’informatique de gestion dans l’Oise. On a acheté en juillet 2007. On voulait changer de vie, et je suis vraiment amateur de gamay, mon père avait une bonne cave, avec un goût particulier pour les crus du Beaujolais. On a choisi la région. On a flashé sur le lieu, l’environnement et les vignes, où on passe facilement avec les tracteurs pour le bio. Les gens râlent un peu en voyant de l’herbe dans les vignes, mais ils viennent voir, ils acceptent. On a 5 hectares en fleurie, 1,2 ha en moulin-à-vent et un peu moins de 1 hectare en beaujolais-villages. L’époque où je gagnais de l’argent est révolue, mais j’ai gagné autre chose. Ma légitimité démarre, je veux la construire. »

Bergerac Château Jonc-Blanc Isabelle Carles et Franck Pascal « Franck vient de Madagascar, moi de Paris. On a travaillé dans l’ingénierie alimentaire, la boulangerie industrielle, les abattoirs de poulets, une entreprise rachetée par un groupe allemand qui a fermé le secteur agro-alimentaire, et on est parti à la Réunion. Franck bossait pour une boîte d’importation de produits phyto et de bitume. Je suis revenue fin 1998, j’avais un peu de mal à accrocher. Franck a suivi. Il a sacrifié sa carrière et ma rejointe. Ici, on a trouvé par la Safer, on avait le statut de jeunes agriculteurs. En 2000, le foncier était très haut, on pouvait préempter, mais il fallait la plus grande discrétion, on n’a donc rien visité, on est resté au bout de l’allée. Les premiers temps, quand on revenait des vignes, on ne pouvait même plus descendre de voiture tellement on était perclus de douleurs. On a eut de la chance que ce soit le millésime 2000. »

Saint-Chinian Domaine de Cambris Annick Pérolari « J’ai vécu en Afrique avec mes parents, je suis rentrée à 17 ans, un peu perturbée car je ne comprenais pas la mentalité d’ici. Je me suis installée en  J’étais l’assistante dentaire de mon mari. C’est lui qui était attiré par le vin. En fait, je réalise son rêve, mais c’est sans regret. La formation m’a permis de comprendre le métier, mais c’est avec la première vinification que j’ai vraiment eu de l’émotion. Toute cette évolution dans les cuves... J’ai alors ressenti ce qu’un homme pouvait ressentir. Nous les femmes, on connaît la maternité ; pas les hommes qui, avec le vin, se conduisent comme avec un bébé : il faut le surveiller, prendre la température, etc. C’est ce qui a déclenché mon affection pour le métier. »

Voilà mon travail de mineur, d’extracteur de pépites, terminé. Même si certains trouveront que tout cela est bien anecdotique, rien qu’une simple mise en avant journalistique de trajectoires individuelles bien particulières, microscopiques, peu représentatives de la grande masse des vignerons, moi je trouve dans ces portraits matière à réflexion sur la forte attractivité de la vigne et du vin sur des hommes et des femmes venus d’horizon très divers. Tel n’est pas le cas pour d’autres activités agricoles. Reste pour moi une grande interrogation : la pérennité de ces démarches individuelles dans la jungle, le maquis de la vente de ces vins de micro-producteurs. Certes notre Dupont Merveilleux du Vignoble en mets une petite poignée en avant, les promeut, mais combien d’entre eux restent dans l’ombre, sur le bord du chemin, cherchant des clients dans des salons, passant beaucoup de leur temps pour parfois des résultats bien minces. Je ne sais mais ça me pose vraiment question.

Bon il ne vous reste plus qu'à lire la Bible, pardon  Le spécial Vins du Point moi je redécolle, non non je ne vais pas faire du parapente mais je retourne sur le continent comme on le dit ici, quand on ne dit pas « en France». J'espère que mon commentateur-fleuve (ce n'est pas une critique mais un simple constat) Luc Charlier qu'est dans la lignée des gens d'au-dessus - je n'ai pas écrit d'en haut pour ne pas froisser ses attaches au père Léon - va nous dire comment il a atterri au fin fond de la ptite Catalogne française...  

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 07:55

Désolé de vous importuner pour vous parler encore de moi comme me le reproche Showviniste, alias Olivier Le Baron de Vitisphère,  qui chronique dans Terre de Vins http://terredevins.com/blogs/showviniste/ , je propose à votre lecture un papier qui m’a été transmis par un ami vigneron lecteur. Il émane de Politis. Je rappelle, à tous ceux qui estimeraient que la parole n’est donnée qu’aux anti-OGM, que j’ai sollicité l’INRA Colmar, pour qu’il nous donne son point de vue mais il n’a pas daigné me répondre. J’attends d’être à Paris la semaine prochaine pour m’adresser à sa présidente. À défaut de voir Terre de Vins ouvrir ses colonnes au débat (mais dites-moi qui vous finance et je vous dirai qui vous êtes), les miennes bien petites le sont à toutes celles et ceux qui ont un point de vue, une analyse ou une transmission d’informations...

 

Politis, jeudi 2 septembre 2010, par Noëlle Guillon

 

Des pieds de vigne transgéniques ont été arrachés le 15 août dans un champ expérimental de l’Inra à Colmar. Au-delà du débat sur la sécurité des OGM, l’affaire révèle une politique tournée vers les agro-industries. D’autres façons d’innover existent pourtant, soulignent des chercheurs.

 

Les vignes OGM déterrées le 15 août dans un champ expérimental de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Colmar exhument une réalité souterraine complexe et ramifiée. Celle de la privatisation d’un institut de recherche public. L’organisme de recherche appliquée a de plus en plus de mal à développer des approches suffisamment plurielles pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum d’histoire naturelle, généticien et détracteur des OGM, exprime le fond du problème : « Avec cette vigne, c’est une perte de temps d’évoquer les risques, qui sont ici minimes. L’enjeu, c’est le lobbying qui sous-tend cette affaire. Cette vigne est un cheval de Troie. » Selon lui, et pour des syndicats comme SUD, la Confédération paysanne ou encore Greenpeace, cette vigne résistante au court-noué, une maladie virale courante, servirait d’instrument de passage en force des OGM. Olivier Le Gall, chef du département Santé des plantes et environnement à l’Inra, qui coordonne l’étude, reconnaît que « cette vigne était un bon support de discussion ». L’étude a d’ailleurs fait l’objet d’une mise en place concertée, avec un comité de suivi local incluant des ONG environnementales. Pour Guy Kastler, de la Confédération paysanne, associée à la concertation, le dialogue était biaisé pour des raisons politiques dès le départ  : « Les seules informations données au comité de suivi provenaient de l’organisme consulteur ! » À la suite de la visite de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et de Bruno Le Maire, ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, le 24 août, sur le site de Colmar, la Confédération paysanne dénonce « un objectif politique et non une question scientifique pour résoudre le problème du court-noué ». Un pas de plus dans la rupture du moratoire sur les OGM, après l’autorisation de commercialisation et de culture le 25 juillet de deux variétés de maïs transgéniques du groupe Maïsadour.

 

Pour comprendre cet empressement de la France à revenir en force sur la scène OGM, il faut s’intéresser à la politique de l’Inra sur les biotechnologies au cours des dix dernières années. En 1999, les ministères de la Recherche et de l’Agriculture lancent le programme Génoplante de financement de la recherche moléculaire pour l’amélioration des plantes. Un budget de 391 millions d’euros qui a profondément modifié le visage de la recherche dans ce domaine, crucial par ses enjeux alimentaires. Christophe Bonneuil, historien des sciences au CNRS, a été consulté par l’Inra en 2001 pour la production d’un rapport sur la pertinence des recherches en biotechnologie. Il a depuis sorti un livre sur le sujet en octobre 2009, Gènes, pouvoirs et profits. Et a été désavoué par l’organisme qui l’avait sollicité. « Génoplante est conçu, par le ministère, comme un appui aux champions économiques nationaux », écrit-il dans son ouvrage. Car derrière Génoplante il y a entre autres Limagrain, numéro quatre mondial des semences, et Rhône-Poulenc, qui espère récupérer de nouvelles molécules valorisables.

 

Le fonctionnement même de Génoplante est sournois. « Pour être accepté, un projet devait comporter une collaboration avec une entreprise privée. Or, les fonds étaient majoritairement publics [à hauteur de près de 75 %, NDLR]. C’est du détournement d’argent public à destination d’intérêts privés ! », dénonce Isabelle Goldringer, généticienne à l’Inra, syndiquée à SUD. Historiquement, l’une des vocations de l’Inra était de répondre aux besoins de création de nouvelles variétés. Une prérogative perdue depuis quelques années. « Avant, l’Inra travaillait en lien avec les agriculteurs ; ceux-ci sont remplacés par les industries semencières », déplore Christophe Bonneuil. Alors que dans les années 1970 l’Inra disposait d’environ 70 programmes de création de nouvelles espèces, il n’en poursuit que 7 ou 8 actuellement. Une réalité dommageable surtout pour les espèces rustiques ou présentant des résistances naturelles aux agresseurs, qui n’intéressent pas le privé. « Maintenant, l’Inra s’est transformé en service de recherche en génomique, pourvoyeur de gènes intéressants pour les firmes », souligne le chercheur.

 

Cette tendance s’intensifie via de nouvelles entités, la filiale Inra Transfert, spécialisée dans le dépôt de brevet sur le vivant, ou encore Agro Biotech Accélérateur, une joint venture (coentreprise) entre Inra Transfert et le fonds d’investissement Seventure Partners, de Natixis. Leur objectif ? Soutenir l’émergence de start-up à valoriser en Bourse. « Le partenariat avec le privé n’est pas une mauvaise chose en soi, explique Jean-Louis Durand, de la CGT-Inra, ce qui est dommageable, c’est de voir que sont engagés des choix stratégiques qui ne relèvent plus de la science. Avec la combinaison d’approches, l’Inra répondait à des questions agronomiques, elles sont remplacées par des objectifs posés dès le départ. »

 

La compromission menace les chercheurs. Le nouveau point de crispation entre pouvoirs publics et syndicats, ce sont des primes d’excellence et, plus récemment, des primes d’intéressement. L’idée est de récompenser les chercheurs les plus méritants par des gratifications personnelles. En pratique, les exposer à la tentation de recherches à court terme et directement valorisables. « Ces rémunérations vont casser l’esprit d’équipe. Il est même prévu de les rendre secrètes. Cacher l’excellence, ça en dit long sur la moralité de la chose ! », s’indigne Jean-Louis Durand. Un outil de plus en tout cas pour séduire des chercheurs perméables aux théories dominantes de l’agro-industrie. Il relativise tout de même : « Le chercheur-manager reste encore un mythe, mais la morale change. Le danger, c’est de perdre de vue la question fondamentale, celle de l’agriculture que nous voulons. »

 

Repères

 

OGM : organisme obtenu par l’introduction dans son génome d’un gène d’une espèce différente.

 

Génomique : branche s’intéressant aux gènes valorisables par sélection classique ou OGM.  La dérive étant le dépôt de brevet sur ces gènes. La stratégie commerciale des agro-industries repose sur la combinaison d’un gène de résistance à un intrant et la vente de cet intrant.

 

Sélection participative : une des approches peu développées à l’Inra, fondée sur le maintien de la biodiversité par l’échange de semences entre agriculteurs

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