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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 06:00
« Je ne sais pas pourquoi, mais l'histoire à Alexandre Bain, qui peut devenir à nous tous un peu la nôtre, me fait penser à Bernard Moitessier et sa course autour du monde. »
« Je ne sais pas pourquoi, mais l'histoire à Alexandre Bain, qui peut devenir à nous tous un peu la nôtre, me fait penser à Bernard Moitessier et sa course autour du monde. »

Ce n’est pas moi qui le dit mais l’un de mes amis vigneron qui me l’écrit.

 

« … Petit à petit, sa course tracée, devient un voyage autour du monde. Dans son bateau seul, la course puis les récompenses deviennent secondaires. Dans son bateau, Joshua (en hommage à Joshua Slocum, le premier marin à avoir fait le tour du monde en solitaire), il prend le temps de réfléchir, sentir, observer, lire. »

 

« Apprenant qu'un Anglais, Bill King, prépare le même voyage, un quotidien anglais, le Sunday Times, organise une course au règlement simplifié : chacun partira entre le 1er juin et le 31 octobre du port anglais de son choix ; il suffira ensuite de boucler le tour du monde par les trois caps, sans toucher terre et sans assistance. Deux récompenses à la clé : un chèque de 5 000 £ pour le plus rapide, et un trophée (le Golden Globe), au premier arrivé.

 

Ayant tout d'abord refusé de participer à cette course, Bernard Moitessier finit par accepter mais décline l'offre du Sunday Times d'emporter une radio24. Il part le 22 août 1968 de Plymouth, en Angleterre.

 

Très vite, Moitessier n'est plus dans l'esprit d'une compétition. Il profite des calmes de l'océan Indien comme d'un bienfait, et passe ses journées à nourrir les oiseaux. Quand il pousse son bateau au maximum, rajoutant des bonnettes sous la trinquette, c'est pour voir Joshua avaler les milles et ne pas rester trop longtemps sous les hautes latitudes, où il ne fait pas bon de traîner. Quand il s'inquiète de savoir où sont les autres, avec qui il s'est préparé à Plymouth, c'est par peur qu'il ne leur soit arrivé quelque chose. Et le marin passe le cap Leeuwin, au large de l'Australie, puis le cap Horn. Il commence alors à remonter vers le nord, pour s'éloigner de la zone des icebergs, se reposer et décide de continuer vers le Pacifique. Il expliquera plus tard: « Le bateau c'est la liberté, pas seulement le moyen d'atteindre un but. » Wikipédia

 

Cette première course autour du monde en solitaire, sans escale, devait rendre Moitessier célèbre : alors qu'il avait pratiquement bouclé son périple, le navigateur décidait d'abandonner de poursuivre sa route vers Tahiti et les eaux bleues du Pacifique. Une remarquable performance devenait pied de nez à la civilisation, aventure humaine unique et précieuse.

 

 

« La longue route » son journal de bord, devint un livre-culte.

 

« Grands calmes ensoleillés, aurores australes, vagues-pyramides émeraude ou déferlantes neigeuses jalonnent ce récit, où l'homme peu à peu gagne sa paix intérieure, construit sa liberté. Et, par la grâce d'une écriture poétique, simple et naturelle, nous emporte dans son sillage, « blanc et dense de vie le jour, lumineux la nuit comme une longue chevelure de rêve et d'étoiles ».

 

Alors qu'il a passé les trois grands caps, « il n'a plus qu'à » remonter vers Plymouth poussé par les Alizés. Ce qu'il ne fera pas.

 

 

À l'instant du doute, dans le paragraphe: « le tournant » ses sentiments sont les suivants :

 

« Je n'en peux plus des faux dieux de l'Occident toujours à l'affût comme des araignées, qui nous mangent le foie, nous sucent la moelle. Et je porte plainte contre le Monde Moderne, c'est lui, le Monstre. Il détruit notre terre, il piétine l'âme des hommes.

 

- C'est pourtant grâce à notre Monde Moderne que tu as un bon bateau avec des winches, des voiles en tergal, une coque métallique qui te laisse en paix, soudée, étanche et solide.

 

- C'est vrai, mais c'est à cause du Monde Moderne, à cause de sa prétendue « Civilisation », à cause de ses prétendus « Progrès » que je me tire avec mon beau bateau.

 

- Eh bien, tu es libre de te « tirer », personne ne t'en empêche, tout le monde est libre, ici, tant que ça ne gêne pas les autres.

 

- Libre pour le moment... mais un jour plus personne ne le sera si les choses continuent sur la même pente. Elles sont déjà inhumaines. Alors, il y a ceux qui partent sur les mers, ou sur les routes, pour chercher la vérité perdue. Et ceux qui ne peuvent pas, ou qui ne veulent plus, qui ont perdu jusqu'à l'espoir. La «Civilisation occidentale» devenue presque entièrement technocratique n'est plus une civilisation.

 

- Si on prenait l'avis des gens de ton espèce, plus ou moins vagabonds, plus ou moins va-nu-pieds, on en serait encore à la bicyclette !

 

- Justement, on roulerait à bicyclette dans les villes, il n'y aurait plus ces milliers d'autos avec des gens durs et fermés tout seuls dedans, on verrait des garçons et des filles bras dessus bras dessous, on entendrait des rires, on entendrait chanter, on verrait des choses jolies sur les visages, la joie et l'amour renaîtraient partout, les oiseaux reviendraient sur les quelques arbres qui restent dans nos rues et on replanterait les arbres tués par le Monstre. Alors on sentirait les vraies ombres et les vraies couleurs et les vrais bruits, nos villes retrouveraient leur âme et les gens aussi.

 

Et tout ça, je sais très bien que ce n'est pas un rêve, tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l'ont construit avec leurs rêves... Mais là-bas, le Monstre a pris le relais des hommes, c'est lui qui rêve à notre place. Il veut nous faire croire que l'homme est le nombril du monde, qu'il a tous les droits, sous prétexte que l'homme a inventé la machine à vapeur et beaucoup d'autres machines, et qu'il ira un jour dans les étoiles s'il se dépêche quand même un peu avant la prochaine bombe.

 

Mais il n'y a pas de souci à se faire là-dessus, le Monstre est bien d'accord pour qu'on se dépêche... il nous aide à nous dépêcher... le temps presse... on n'a presque plus le temps... Courez ! Courez !... ne vous arrêtez surtout pas pour penser, c'est moi le Monstre qui pense pour vous... courez vers le destin que je vous ai tracé... courez sans vous arrêter jusqu'au bout de la route où j'ai placé la Bombe ou l'abrutissement total de l'humanité... on est presque arrivés, courez les yeux fermés, c'est plus facile, criez tous ensemble : Justice - Patrie - Progrès - Intelligence - Dignité - Civilisation... Quoi ! tu ne cours pas, toi... tu te promènes sur ton bateau pour penser!... et tu oses protester dans ton magnétophone!... tu dis ce que tu as dans le coeur... Attends un peu, pauvre imbécile, je vais te faire descendre en flammes... les gars qui se fâchent tout haut c'est très dangereux pour moi, je dois leur fermer leurs gueules... s'il y en avait trop qui se fâchaient, je ne pourrais plus faire courir le bétail humain selon ma loi, les yeux et les oreilles bouchés par l'Orgueil, la Bêtise et la Lâcheté... Je suis pressé qu'ils arrivent, satisfaits et bêlants, là où je les mène...

 

Les choses violentes qui grondaient en moi se sont apaisées dans la nuit. Je regarde la mer et elle me répond que j'ai échappé, à un très grand danger. Je ne veux pas trop croire aux miracles... pourtant il y a des miracles dans la vie. Si le temps était resté mauvais quelques jours de plus avec des vents d'Est, je serais très au nord maintenant, j'aurais continué vers le nord, croyant sincèrement que c'était mon destin. En me laissant porter par l'Alizé, comme dans un courant facile sans tourbillons ni choses mauvaises. En croyant que c'était vrai... et en me trompant. Les choses essentielles tiennent parfois à un fil. Alors peut-être ne doit-on pas juger ceux qui abandonnent et ceux qui n'abandonnent pas. Pour la même raison... le fil du miracle. J'ai failli abandonner. Pourtant je suis le même, avânt comme après. Dieu a créé la mer et il l'a peinte en bleu pour qu'on soit bien dessus. Et je suis là, en paix, l'étrave pointée vers l'Orient, alors que j'aurais pu me trouver cap au Nord, avec un drame au fond de moi.»

 

Lire : Bernard Moitessier : l’insaisissable des mers

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Jacques Verpoorten ..................... 24/09/2015 15:27

On ne s'en lasse pas............à propos de courir !!!!!.........


Délicieux RAYMOND DEVOS

Excusez moi, je suis un peu essoufflé ! Je viens de traverser une ville où tout le monde courait...
Je ne peux pas vous dire laquelle... je l'ai traversée en courant.
Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde courait... je me suis mis à courir comme tout le monde sans raison !
A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur...
Je lui dis : - "Dites-moi... Pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?"
Il me dit : - "Parce qu'ils le sont !";
Il me dit : - "Vous êtes dans une ville de fous ici... Vous n'êtes pas au courant ?"
Je lui dis : - "Si, si, des bruits ont couru !"
Il me dit : - "Ils courent toujours !"
Je lui dis : - "Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ?"
Il me dit : - "Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent après les honneurs... Celui-ci court pour la gloire... Celui-là court à sa perte !"
Je lui dis : - "Mais pourquoi courent-ils si vite ?"
Il me dit : - " Pour gagner du temps ! Comme le temps, c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent !"
Je lui dis : - "Mais où courent-ils ?"
Il me dit : - "À la banque ! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant... et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre !"
Je lui dis : - "Et le reste du temps ?"
Il me dit : - "Ils courent faire leurs courses... au marché !"
Je lui dis : - "Pourquoi font-ils leurs courses en courant ?"
Il me dit : - "Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous !"
Je lui dis : - "Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant...tout en restant fous !"
Il me dit : - "On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D'abord le fou n'aime pas la marche..."
Je lui dis : - "Pourquoi ?"
Il me dit : - "Parce qu'il la rate !"
Je lui dis : - "Pourtant, j'en vois un qui marche !?"
Il me dit : - "Oui, c'est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation !"
Je lui dis : - "Il n'a pas l'air d'être suivi ?"
Il me dit : - "Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !"
Je lui dis : - "Et vous, peut-on savoir ce que vous faîtes dans cette ville ?"
Il me dit : - "Oui ! Moi j'expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires ne marchent pas !"
Je lui dis : - "Et où courez-vous là ?"
Il me dit : - "Je cours à la banque !"
Je lui dis : - "Ah !... Pour y déposer votre argent ?"
Il me dit : - "Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !"
Je lui dis : - "Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?"
Il me dit : - "Parce que j'y gagne un argent fou !... C'est moi le banquier !!!

Raymond Devos

Olivier Borneuf 24/09/2015 09:19

Bonjour Jacques,

Touché.

William Munny 24/09/2015 07:29

Merci Jacques,

Petit supplément: d'un album d'un "chanteur" américain actuel, une critique concluait quelque chose comme : Manquons mieux !!! Puisque la réussite est un peu pipée serais-je tenté de dire.

Andrew Bird: scythian empire https://www.youtube.com/watch?v=JSBLSfhVSR0

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