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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 00:09

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Samedi dernier je suis allé à Lyon, du côté de Bron, au Sihra, arpenter les allées du grand barnum de la grande bouffe industrielle ripolinée par les paillettes des grands chefs. Ils étaient venus, ils étaient tous là les Charal, les Lactalis, les Bonduelle, tous les mammouths français et étrangers link  de la bouffe toute prête pour resto d’entreprises et de beaucoup de restos tout court. Bien sûr nos étoilés et leurs adorateurs patentés ne mettent pas les pieds dans les travées où se bousculent les commerciaux de tous poils. Ils plastronnent sur le ring, c’est du marketing : sous la haute gastronomie, la grande bouffe. C’est la vie des affaires, la loi des grands nombres, vendre sa tronche de chef placardée sur un plat dit cuisiné vendu en hypermarché ça douille bien plus que de faire des petits plats à sa table étoilée.


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Je suis donc allé me réfugier tout au fond du Hall 6 sur la Place des Vins link où y’avait pas grand monde mais c’était le jour de l’ouverture du Salon. « Créé en partenariat avec Inter Beaujolais et Inter Rhône en 2011, Place des Vins permet aux professionnels de rencontrer grands comme petits vignerons, des coopératives et Maisons d’Alsace, du Beaujolais, Bugey, Bourgogne, Diois, Forez, Jura, Lyonnais, Vallée du Rhône, Roannais et Savoie.


Place des Vins propose de formidables espaces de dégustations, d’échanges, de rencontres et d’affaires entièrement dédiés au monde du vin.


Ce salon propose aux visiteurs, professionnels du vin et de la restauration, un complément idéal à l’offre du Sirha. »


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C’est bien dit mais ce cantonnement des vins ne me semble pas très favorable à une réelle attraction sur une clientèle qui ne se rend pas au Sihra pour faire ses choix de vins : les régionaux bien sûr mais aussi et surtout les acheteurs étrangers qui ne viennent pas à Lyon pour prospecter les vins de la région qui a la bonne idée de se dénommer Rhône-Alpes. Comme j’ai assisté, à l’insu de mon plein gré, à l’inauguration du salon par un peloton serré d’élus dans lesquels je n’ai reconnu que Jean-Jack Queyranne le président de la région, mais y’avait pas le maire de Lyon le sieur Collomb, j’ai le mauvais esprit de penser que cette présence à un petit parfum politique : faut faire plaisir aux élus d’une région qui, lorsque l’on prononce son nom n’évoque guère la production de vins. Et pourtant, on y retrouve le Beaujolais et les Côtes-du-Rhône septentrionales avec de belles appellations : hermitage, côte rôtie, condrieu, château grillet entre autres…


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Mais sous ces grandes appellations, et d’autres comme le vin de Savoie, les vins du Bugey, vins du Diois et sa clairette, des IGP dont la plus volumique l’Ardèche, se nichent des petites appellations qui ont un petit parfum de Lyon : en premier lieu les coteaux-du-lyonnais, puis les côtes du forez et enfin la côte roannaise. J’adore ce florilège : coteaux, côtes, côte. Pour bien marquer son attachement à la vigne et aux vins la Région s’est fendu d’une plaquette très bien faite : Un patrimoine en revue : Vigne&Vins en Rhône-Alpes. L’édito de Jean-Jack Queyranne fait dans le jargon de filière à la sauce des communicants. Passons, peut mieux faire !


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Quelques chiffres pour situer ces micro-appellations : sur 50 347 ha  de vignes en production elles en regroupent 590 ha pour 17250 hl produits sur un total de 2,330 M.d’hl dont 380 000hl de blancs et 1,940 M.d’hl  (chiffres arrondis). Donc un tout petit ruisseau dans une grande rivière.


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Du côté couleurs :


-        coteaux du Lyonnais 66% de rouge, 19% de rosé, 15% de blanc ;

-        côtes du Forez : 67% de rouge, 33% de rosé ;

-        côte roannaise : 90% de rouge, 10% de rosé.


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30 caves particulières et 1 coop dans les coteaux du Lyonnais, 9 caves particulières et une coop dans les côtes du Forez, 30 caves particulières dans la côte roannaise.


30 ha sur 370 en bio dans les coteaux du Lyonnais, 21 sur 110 dans les coteaux du Lyonnais, 28ha dont 18 en conversion sur 110 dans la côte roannaise.


rhone-Alpes-018.JPG                                                  Les 2 photos de vignobles de la Loire sont de Camille Moirenc ®

 

Pour plus de détails Sonia ici même dans ses chroniques vous dira tout sur les vins de ces micro-appellations. Dans la plaquette du Conseil Régional j’ai extrait les points de vue d’un sommelier pour les coteaux du Lyonnais et de Pierre Troisgros pour la côte roannaise.


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Pour les cinéphiles Deux ou trois choses que je sais d'elle est un film réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1967 qui déclarait «Quand on soulève les jupes de la ville, on en voit le sexe.» En effet, le thème du film est le portrait d'une jeune mère de famille, habitant dans un grand ensemble de la région parisienne, qui s'adonne à la prostitution occasionnelle. Marina Vlady garde un très mauvais souvenir du tournage car après qu’elle eut repoussé la demande en mariage de Jean-Luc Godard juste avant le début des prises de vue, celui-ci ne lui adressa plus la parole comme elle le relate dans ses mémoires 24 images/seconde : séquences de mémoire, Éditions Fayard : « Je n'ai plus entendu sa voix s'adresser directement à moi pendant le tournage. Il me donnait des ordres, des textes à répéter après lui grâce à un système de micro-oreillette. J'étais extrêmement mal à l'aise — comme tous les autres acteurs, d'ailleurs. Ce système ne laissait que peu de place aux émotions. Nous étions tous à l'écoute, tendus pour exécuter les ordres. Souvent, Jean-Luc nous piégeait en nous posant une question personnelle. Par exemple, il me demanda :


— Définis-toi en un mot, et réponds en regardant droit dans l'objectif.


Furieuse, je lançai :


— Indifférence !

On peut voir ce plan dans le film au cours d'une scène de café.


Cette technique lui a permis d'étayer sa thèse selon laquelle les acteurs sont les meilleurs robots, formule qu'on lui prête et que je soupçonne d'être authentique. Le résultat n'en est pas moins stupéfiant : cette tension dans l'écoute confère à chacun une étrange présence, une inquiétude latente qui choquent et dérangent. Seule la scène avec le petit Christophe Bourseiller, qui joue mon fils, me permet d'être plus naturelle. […] J'ai gardé le souvenir que c'est la seule et unique fois où il m'a laissé improviser. »

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 00:09

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Né dans un département, la Vendée, classée à l’époque par les statistiques sanitaires, après le Calvados, comme le second département le plus alcoolisé de France, les ivrognes, les soulards, appellations de ce temps, faisaient partie de mon quotidien, tel le père Hillairet le jardinier que son âne tirant sa carriole ramenait chez lui à bon port. L’expression, « il est parti à la Grimaudière » signifiait qu’untel, je n’ai pas le souvenir de femmes, sans doute y en avait-il mais c’était caché, allait se faire désintoxiquer à l’asile psychiatrique départemental. De ce voisinage, où les grands buveurs faisaient partie de notre communauté, nous savions que ça n’arrivaient pas qu’aux autres. Notre cousine Génie se torchonnait en cachette. L’alcoolisme n’était pas considéré chez nous comme une maladie honteuse, mais la vie n'était pas toujours facile chez certains et les femmes à la maison compatissaient.


La Mothe-Achard, avec sa foire mensuelle aux bestiaux et ses marchés hebdomadaires, compta jusqu’à plus d’une centaine de débits de boissons au début du XXe. Le commerce et les sorties de messe favorisaient les chopines. Ivrognerie rurale qui m’a fait voisiner les ligues de tempérance, telle la Croix d’Or http://www.berthomeau.com/article-534935.html. Ma génération du baby-boom ne fut guère tenté par le vin, un peu par les alcools forts en boîte, mais nous y allions si peu, nous étions plus portés sur la drague, le slow au bal, que sur le verre de vin qui nous semblait d’une grande ringardise. Cet environnement m’a formé, j’ai toujours eu en horreur les ligueurs comme ceux qui niaient les réalités de l’alcoolisme. De même j’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec les discours généraux des bienfaits sur la santé de la consommation de vin. Nous sommes si inégaux, et les chocs, bloc contre bloc, abstinents/quasi-prohibitionnistes contre gens du vin/de la bière et des spiritueux qui structurent l’approche de la consommation d’alcool se nourrissent d’idées reçues, de raccourcis faciles, d’invectives et de contradictions flagrantes.


Ayant embouteillé et vendu du vin, pas facile de lutter contre les buveurs excessifs dans une entreprise de vins et consacré une partie de ma vie professionnelle au vin, croisé lors de la loi Evin ses promoteurs avec Got en tête et Cahuzac en CT d'Evin, je me suis toujours intéressé aux questions que se pose l’acteur Jean-Luc Bideau « Pourquoi la fête a-t-elle besoin d’alcool ? Pourquoi l’alcool a-t-il besoin de la fête ? Quel rôle joue l’alcool dans la société ? D’où vient son importance dans les mœurs, dans nos vies, dans ma vie ? Pourquoi marquer les passages, les victoires et les réussites avec de l’alcool ? » Questions tirées de sa préface du remarquable livre de Gabriel et Laurie Bender IVRESSE. Dans ma bibliothèque d’autres ouvrages de référence, tel Désirs d’Ivresse n°191 d’Autrement février 2000 où, à partir d’exemples, illustrent les mutations qui, sous l’influence des sollicitations du marché, du déclin des identités ouvrières et des ruptures générationnelles, ont bouleversé les pratiques millénaires. Une telle approche est utile, loin de la caricature, du côté binaire évoqué, car elle élargit la focale et montre que s’en tenir au seul concept d’ADDICTION, en vogue chez les mécaniciens du corps et de l’âme, est bien trop restrictif.


Pour en finir avec mon parcours sachez que j’ai été membre cotisant de l’ANPAA jusqu’au jour où, sans doute repéré pour mes écrits critiques sur le Net par les dirigeants de cette association, je fus ignoré : pas d’appel à cotisation, une forme de blacklistage : ces gens-là n’aiment pas ceux qui ne pensent pas comme eux. Enfin, je suis un projet très intéressant d’une classe de Terminale du lycée professionnel Jean Lurçat dans le XIIIe qui a choisi de réfléchir sur un sujet qui les préoccupe : les jeunes et l’alcool. Le projet mené de concert avec une réalisatrice de cinéma va peut-être déboucher sur un court-métrage. Affaire à suivre, je n’y suis pas actif mais aide aux contacts avec les gens du vin. Mon souhait le plus cher c’est de faire bouger les lignes pour que nous sortions de nos postures si commodes mais si stériles. Pas simple car les radicaux des deux bords s’emploient à souffler sur les braises afin de défendre leur fonds de commerce.


Pour jeter quelques petits cailloux dans la mare de la bien-pensance je vais proposer à votre lecture quelques fragments de textes glanés dans les ouvrages cités. Ils n’auront bien sûr nullement l’ambition d’atteindre l’exhaustivité car mon espace de liberté n’a pas vocation à se substituer aux décideurs. Je ne suis qu’un chroniqueur, bénévole de surcroît, n’exigez pas trop de moi sinon je vais faire comme mes chers confrères ne pêcher que dans l’océan rouge des sujets qui font tant plaisir à tout le monde. Brosser les gens du vin dans le sens du poil ou taper à bras raccourci sur la foutue loi Evin. La bataille ne se livre pas sur ce terrain mais sur celui de l’opinion publique, mais Dieu que c'est difficile!


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L’Ivresse, un champ de bataille ( extrait d'Ivresse page 23)


« Depuis l’industrialisation, la consommation de boissons alcoolisées est la cible de violentes controverses. Ces affrontements mettent en lumière les conceptions morales des protagonistes par rapport au fonctionnement de la société. Derrière les mots et les images de l’ivresse affleurent les représentations sociales et les fins économiques.


Les discours répressifs expriment le plus souvent une tentative de civiliser les buveurs, de discipliner la grande masse des amateurs de bières industrielles, d’infâmes schnaps, de petits vins pépères ou de gros rouges qui tachent. L’histoire des mouvements de tempérance est relativement facile à raconter. Il est bien plus difficile en revanche de relier ces discours à la réalité quotidienne, d’en mesurer les conséquences au plan individuel. On sait que la consommation d’alcool a chuté d manière constante et régulière durant tout le XXe siècle. Mais que sait-on de l’ivresse ? Comment la mesurer, d’ailleurs ? Étalonner l’ivresse est une gageure ; boire est toujours un acte solitaire. Même dans l’instant convivial et amical du « boire ensemble », il y a asymétrie entre les partenaires. Ils ne partagent pas la même expérience gustative, ils n’ont pas les mêmes références, ils n’ont pas le même plaisir. Le plaisir de l’ivresse constitue un aspect essentiel de la consommation de boissons fermentées, en même temps que son élément subversif. La cuite qui insulte le moraliste, est un affront pour l’esthète qui nie son existence. La répression de l’ivresse est telle que ce plaisir ne se communique plus, ou alors très indirectement. Il se dérobe au parler officiel, fuit la lumière du jour. La cuite, depuis de nombreuses années, emprunte les voies souterraines. »


à suivre…

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 00:09

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C’est Dallas in Burgundy : « Le clan des Leroy est aujourd’hui divisé en deux camps irréconciliables. « Lalou n’a pas pardonné à sa sœur Pauline Roch de l’avoir trahie », nous confie un courtier en vin. « Et lorsqu’il lui arrive de croiser son neveu Henry-Frédéric Roch dans un restaurant, elle sort précipitamment. »


Vous voyez ça sert à quelque chose un courtier mais rassurez-vous votre Taulier ne dispose d’aucune gorge profonde pour le tuyauter il se contente d’aller puiser dans le livre de JP de la Rocque et Corinne Tissier « Guerre&Paix dans la vignoble » chez Solar 2009 qui retrace les secrets de 12 dynasties du vin.


Lalou Bize-Leroy nul besoin de la présenter, c’est une institution, « une grande dame du vin », dotée d’un fichu caractère elle sait ce qu’elle veut et elle fait ce qu’elle veut. Je l’ai rencontré lors de l’affaire où « Henri Nallet arrête les Japonais en Bourgogne » link En quelques mots, la maison de négoce Leroy (Lalou et sa sœur Pauline Roch) pour financer des acquisitions importantes, dont le rachat du domaine Noëllat en 1988, avait choisi de s’appuyer sur le groupe de distribution japonais Takashimaya importateurs de vins de Bourgogne. Cette prise de participation minoritaire de 33,6%  ne concernait évidemment pas une future prise de contrôle de la DRC via la part tenue par les Leroy. Mais les communicants des Ministres sont comme des sauterelles et ils ne savent pas lire. Henri Nallet le 1 septembre 1988 aurait mieux fait de se taire mais, à toute chose malheur est bon, ça m’a donné l’occasion de connaître Lalou Bize-Leroy, Pauline Fenal sa fille et de faire mon éducation à la dégustation des grands vins de Bourgogne.


« Les Villaine et le Leroy pour le meilleur… »

 

Je n’entre pas dans les détails :


-        En 1942, Jacques Chambon, codétenteur de la DRC (la moitié) avec les de Villaine est vendeur et Henri Leroy fait une offre. Edmond Gaudin de Villaine ne peut suivre et le 31 juillet 1942, Leroy devient propriétaire de 50% de DRC.


-        Henri Leroy est l’un des plus puissants négociant de Bourgogne et JF Bazin souligne qu’il «  a eu l’intelligence de comprendre avant les autres le capital que pourrait représenter un jour le Domaine de la Romanée-Conti »


-        Aubert de Villaine, que l’on ne présente pas, fait remarquer qu’aussi étonnant que cela puisse paraître son grand-père faisait vivre le DRC « grâce aux revenus des fermes qu’il possédait dans l’Allier. Dans ma jeunesse, on considérait qu’on ne pouvait pas vivre en étant viticulteur. La Bourgogne était misérable. »


-        Les 2 familles « les Villaine, vieille noblesse normande, et les Leroy, une famille de négociants bourguignons, dont le fondateur François fut élevé par l’Assistance Publique » sont issus de « 2 mondes qui ne fréquentaient pas vraiment » mais  Edmond Gaudin de Villaine, père d’Aubert, et Henri Leroy, père de Lalou « vont former un duo efficace. » en partageant le pouvoir à travers « la cogérance d’une maison dont la forme juridique (société civile) et le mode de gouvernance (2 co-gérants et un conseil de surveillance) n’ont quasiment pas bougé depuis. »


-        C’est Edmond Gaudin de Villaine qui tient la barre mais c’est Henri Leroy qui « finance une bonne partie de la modernisation du domaine et, surtout, l’arrachage et la replantation des vignes de la Romanée-Conti et de Richebourg, abîmées par le phylloxéra entre 1945 et 1947. »


-        En 1954, « Henri Leroy décide de léguer ses parts en deux moitiés égales à ses deux files : Pauline, mère d’Henri-Frédéric Roch, et Marcelle dite « Lalou » Bize (nom de son ex-mari Marcel Bize) Leroy, mère de Perrine Fenal. »


-        18 ans après se partage Lalou reprend les rênes de la maison Leroy et en 1974, « elle est nommée cogérante de la Romanée-Conti aux côtés d’Aubert de Villaine, son cadet de sept ans. »


« Aubert de Villaine et Lalou Bize-Leroy pour le pire… « 


Là encore, après celle d’une association, la chronologie d’une rupture :


-        « D’un côté, Aubert, un homme austère et discret. De l’autre, Lalou, une femme de caractère au tempérament « solaire », obstinée. Au début, leur relation paraissait idyllique. Même passion pour le vin, même respect pour le terroir du DRC, même exigence de qualité. Cette union professionnelle de l’eau et du feu va durer 18 ans, jusqu’au départ fracassant de Lalou Bize-Leroy en janvier 1992. »


-        « À l’origine du clash, le monopole de la distribution des vins du DRC par la maison Leroy, à l’exception de la GB et des USA. Négocié par Henri Leroy en échange de son soutien financier au DRC, cet accord représentait, selon les Villaine et avant le conflit, une ponction trop importante sur les revenus du Domaine. »


-        Comme  chacun sait, « la romanée-conti n’est pas disponible par caisse de 12. Les bouteilles sont réparties dans les caisses avec les autres crus du DRC. »  Ce système de rationnement « soi-disant démocratique » : limiter la spéculation et éviter la concentration des achats a aussi des effets pervers.


-        Le grand millésime 1988, arrivé après un 86 et 87 considérés comme moyens, va provoquer le « faux-pas » de Lalou. « A-t-elle agit en connaissance de cause ou par négligence ? » elle fut à l’origine d’une spéculation sur le 1988 qui fâcha ses associés.


-        « Femme d’affaires avisée, la patronne de la maison Leroy […] avait trouvé preneur à 10 300F (1570€) la caisse de 1988, un prix supérieur au tarif officiel […] L’acheteur s’empressa de les dépecer pour vendre à part les bouteilles de romanée-conti 1988 au prix « exorbitant » à l’époque de 4500F (686€) le flacon aux Usa et jusqu’à 10 000F (1524€) au Japon. » Pui il brada les 11 autres bouteilles du domaine : la-tâche, richebourg, grand-échezeaux, échezeaux, romanée saint-vivant, sur le grey market au grand dam du distributeur exclusif américain des vins du DRC qui « s’était engagé à revendre ces bouteilles à prix supérieur. Il se retrouva alors mis au défi de vendre un la-tâche 1988 à 200$ (138€) alors que la bouteille s’échangeait à 125$ (138€) sur le marché gris. »


-        Le monsieur pas content réexpédie ses 3000 caisses au domaine et réclame, comme le prévoyait le contrat, le rachat des invendus : 2,7 millions de F (410 000€). « Les Villaine estimèrent alors que la maison Leroy portait la responsabilité de cette affaire. Ils exigèrent de Lalou Bize-Leroy une participation au dédommagement. Elle refusa net. »


-        « Chargé de trancher les conflits des cogérants, le conseil de surveillance – formé à l’époque d’Henri de Villaine, père d’Aubert, et de Pauline Roch, sœur de Lalou – décide, le 15 janvier 1992, de révoquer Lalou Bize Leroy. »


-        L’équilibre entre les 2 familles est rompu par le basculement des 25% de Pauline Roch du côté de la famille de Villaine. « Lalou est remplacée à la cogérance par Charles Roch, fils aîné de Pauline. Mais ce dernier se tue quelques semaines plus tard sur la route, et c’et finalement Henry-Frédéric Roch, le deuxième fils de Pauline et exploitant du domaine Prieuré Roch à Vosne-Romanée qui devient cogérant. »


-        « Les Villaine remportent plusieurs batailles devant les tribunaux, et la maison Leroy perd le contrat de distribution conclu avec le DRC.


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L’ensemble des informations de cette chronique sont donc tirées du livre « Guerre&Paix dans la vignoble » chez Solar 2009 22€ que je vous invite à acheter pour mieux connaître la saga de ces 12 dynasties dont Pol Roger, Lurton, Rothschild, Drouhin, Hugel, Roederer pour les Français ; Egon Muller Allemagne, Antinori Italie et Torrès Espagne.

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 00:09

Il neige sur Paris, une bonne soupe bien chaude s’impose lorsqu’on rentre chez soi et que l’on a enlevé ses Uggs, posé ses mitaines et sa canadienne. Bien sûr, si l’on veut faire genre on peut se rendre dans un bar à soupe www.lebarasoupes.com mais rien ne vaut pour moi le fait chez soi dans la simplicité.


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Au Bourg-Pailler, dans le grand faitout avec les légumes d’hiver qui bouillotait sur le coin de la cuisinière ma mémé Marie un peu avant l’heure du dîner pelait des grosse patates, des Bintjes, et les plongeait dans le bouillon. Lorsqu’elles étaient cuites à point, c’est-à-dire ni trop pour partir en quenouille, ni pas assez, la mémé avec une écumoire les retirait une à une pour leur faire subir un écrasement à la fourchette. Une ou deux louches de bouillon, un bout de beurre salé et la soupe de patates fumante était prête à être consommée. Un must ! Un régal ! J’en redemandais.


L’histoire que je vais vous raconter en est la preuve. Je devais avoir 5 ans et mes parents m’avaient emmené au de mariage du cousin Daniel de Nieul/le Dolent et j’avais même marché avec des demoiselles de mon âge devant les mariés. Je me souviens qu’il y avait devant nous un accordéoniste. Le soir venu, au souper, fatigué de ma journée, face à  un menu copieux, je décrétais buté que je voulais rentrer à la maison manger de la soupe de patates de la mémé Marie. Bien évidemment l’histoire fit le tour de la famille.


Avoir dans son réfrigérateur un bon bouillon de légumes fait maison est chose simple. Éplucher une ou deux grosses patates que l’on a stockées à l’abri de la lumière dans un lieu sec est à la portée de tout être humain normalement constitué. Je signale aux petites louves et petits loups que les pommes de terre non traitées ou non bombardées aux rayons ça germe assez vite, donc achetez-les en moindre quantité ainsi elles ne seront pas ridouillées car les germes les pompent. Le temps de cuire et la soupe est prête à être consommée bien chaude.

Du temps de mémé Marie j’étais un buveur d’eau avec parfois une lichette de vin pour la rougir. La soupe de patates ne s’accommode pas du chabrot, et d’ailleurs je ne suis pas amateur de chabrot, mais après s’être réchauffé le corps s’offrir un bon verre de rouge du genre « nature » plein de fruit ne nuit en rien à la digestion. Pour une double raison je vous propose un Prieuré-Roch, la première c’est que c’est Eva qui le propose ICI link et la seconde c’est que ça annonce ma chronique de lundi.


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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 00:09

Tous les goûts sont dans la nature. Dans la préface de l’histoire naturelle des sens de Claude Gudin, Catherine Vidal, neurobiologiste à l’Institut Pasteur, souligne que celle-ci est « d’autant plus passionnante qu’il s’agit d’une histoire culturelle des sens vue à travers l’histoire des sociétés humaines ». Et de citer François Jacob dans le Jeu des possibles, Fayard, 1981, « Vouloir séparer le biologique du culturel n’a pas de sens. Pas plus que de demander si le goût de Roméo pour Juliette est d’origine génétique ou culturelle. »


La récente charge de Michel Bettane, et Thierry  Desseauve me dit-on, de surcroît dans la langue Dante m'sieur dame ,contre les vins dit natures, naturels, peu importe, n’a rien de très original, de très novatrice, elle relève de ce que les critiques de tous poils, de toute obédience raffolent, aiment par-dessus-tout : se différencier, s’affirmer comme étant les marqueurs d’un goût dominant face à des contestataires, des marginaux. Que ces derniers s’en offusquent, quoi de plus normal, mais comme dans les arts martiaux ils profitent largement de l'inertie de leur adversaire pour retourner ses arguments contre lui. Dans tous les mouvements sociaux, culturels, politiques, il en a toujours été ainsi : les minoritaires tirent leur force de la condescendence de leurs détracteurs.Par exemple, la Conf'Paysanne a beaucoup bénéficié de l'impérialisme de la FNSEA pour prospérer.


Le petites louves et les petits loups n’ont pas connu, et je le regrette un peu car il n’y a plus d’équivalent dans les grands médias, les joutes homériques au Masque et la plume de France-Inter, le dimanche soir, entre Jean-Louis Bory critique de cinéma du Nouvel Observateur et Georges Charensol son alter-ego à France-Soir alors un grand journal populaire. Mis à part la part de « cinéma » des deux critiques, leur cabotinage parfois, la part de mauvaise foi assumée, c’était à la fois passionnant et instructif. Ces deux-là ne faisaient pas dans l’eau tiède mais ils partageaient le même amour du cinéma et ils donnaient envie d’aller s’enfermer dans une salle obscure pour se faire une toile d’un de leurs films préférés. Bien sûr, c’était parfois la caricature de l’intello contre le populo mais, le temps faisant son œuvre, certains grands films populaires (les films de de Funès par exemple) défendus par l’un comme des œuvres difficiles (les films de Pasolini par exemple) prônées par l’autre sont toujours bien présents comme des œuvres majeures.


Tout ça pour souligner que l’intensité, la virulence, l’âpreté ou la verdeur des propos ne me dérange pas, bien au contraire tant qu’il y a une forme de courtoisie et de respect mutuel entre interlocuteurs. Tel n’a pas été toujours été le cas dans cette petite affaire où les petits portes-flingues, ceux qui en profitent pour se faire mousser, pour tenter d’exister, pour flatter, ont été légion avec des argumentaires qui n’apportaient rien ou pas grand-chose à une véritable et salutaire agitation des idées. En revanche, ce qui n’est pas admissible dans cette affaire c’est que puisse être insinué que ces vins, dit naturels ou nature, ne sont pas des vins. En effet, il s’agit alors d’un appel pur et simple à leur exclusion du champ du commerce alors que je sache à partir du moment où un vin est considéré par la répression des fraudes comme étant un produit sain, loyal et marchand c’est du vin soumis à l’acquittement d’un droit de circulation.

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Ces termes on les retrouve en permanence dans les textes juridiques, comme par exemple « …  provenir de vins présentant les caractéristiques d'un vin sain, loyal et marchand, vinifié conformément aux usages locaux, loyaux et constants, à l'exclusion des vins avariés, de mauvais goût, ou de vins de dépôt en bon état de conservation. Dans tous les cas, les vins mis en oeuvre ne devront pas présenter une acidité volatile, exprimée en acide sulfurique, supérieure à 1,20 gr par litre. » La définition d'un produit liquide sain, loyal et marchand n'existe pas, en tant que telle, dans la réglementation viti-vinicole. Elle résulte, au plan national, d'une construction jurisprudentielle élaborée sur la base du décret du 19 août 1921, modifié, pris pour l'application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes.


Ainsi, le produit liquide obtenu par filtration ou centrifugation des lies de vin pourra être qualifié de vin sain, loyal et marchand :


- d'une part, s'il répond à la définition du vin de l'annexe I du règlement (C.E.) n° 1493/99, étant précisé que cette définition ne fait pas obstacle à l'application de celle mentionnée à l'article 435 C.G.I. qui, du point de vue fiscal, assimile au vin - et donc soumet au droit de circulation - les liquides se présentant sous les divers états par lesquels peut passer le produit du raisin, depuis le moût jusqu'à la lie non parvenue à dessication complète ;


- d'autre part, s'il n'est pas atteint de maladie, avec ou sans acescence(1), et ne présente pas un goût phéniqué, de moisi, de pourri ou tout autre mauvais goût manifeste. En d'autres termes, il doit s'agir d'un produit naturel, sans altération, assez bien constitué, sans vice caché et sans reproche à la dégustation. A ce titre, il est marchand et pourra faire l'objet de transactions. »


Donc tout ça pour vous dire que la définition d’un produit comme « pur », « véritable », « naturel » n’a jamais été et ne sera jamais chose simple. Les deux produits de grand consommation qu’étaient le lait et le vin, et par le fait même l’objet de falsifications et de fraudes, ont permis de poser les bases de la fameuse loi de 1905 qui visait plus à protéger la loyauté des transactions que la santé des consommateurs. Un peu d’Histoire ne fait jamais de mal même si pour certains c’est ringard et permet à des vieux ronchons comme moi de ramener leur fraise. Comme ils disent l’important c’est flux même s’il ne charrie qu’un flot d’insignifiances, de banalités, de moi je pense que…


Dans son Histoire de la Qualité Alimentaire au Seuil Alessandro Stanziani rappelle que « Pendant le dernier quart du XIXe siècle, la définition des produits étaient importante afin de rétablir des conventions de qualités éclatées du fait des bouleversements techniques et sociaux affectant les marchés. Cependant, ces définitions s’étaient heurtées aux différends entre hygiénistes et monde des affaires, d’une part au sein des acteurs économiques d’autre part. » En ce début du XXIe la volonté d’un certain retour à la naturalité des produits se heurte aux mêmes résistances (le lait cru en est aussi un bel exemple). L’opposition entre l’internationalisation des marchés et ce que l’on peut qualifier d’intérêts locaux ne date pas d’aujourd’hui mais elle prend une autre dimension.


La définition du vin fin du XIXe et début du XXe en est un bel exemple. Florilège :


-         En Belgique il est défini comme « le produit de la fermentation alcoolique du jus ou moût de raisin frais. » auquel il est interdit d’ajouter des substances, à l’exception des « clarifiants agissant mécaniquement (albumine, gélatine », du sel ordinaire, mais à la condition que la teneur en chlorure ne soit pas supérieure à 2g/litre, et du plâtre au-dessous de 2 grammes. »


-         Aux USA « le Standards of purity for food products définit le vin comme le produit obtenu par  la fermentation alcoolique normale du jus de raisin sain et par les procédés ordinaires de la vinification ; le vin rouge est le vin renfermant la matière colorante contenue dans peau ou la rafle ; le vin blanc est celui préparé avec du raisin blanc ou avec le jus exprimé des autres raisins. Le vin ne doit pas contenir plus de 2g de sulfate de potasse et un g de chlorure de sodium par litre.


-         - en Italie, le vin est défini comme la boisson alcoolique que l’on obtient par la fermentation alcoolique du moût ou sucre de raisin sans aucune addition de substances étrangères. » Sont interdits et considérés comme des falsifications l’addition d’eau, de glycérine, d’acides minéraux libres, de sels, de strontium et de baryum. (loi du 3 août 1890 et loi d 25 mars 1900)


Lors du premier congrès pour la répression des fraudes alimentaires à Genève du 8 au 12 septembre, le Ministre du Commerce de l’époque recommande au président de la délégation française, Bordas, chef du laboratoire central des finances de Paris, « de déployer tous ses efforts pour que le congrès parvienne à une définition de « l’aliment pur », « nécessaire pour toute la législation, du point de vue légal, technique et commercial », qui servira de base pour l’élaboration d’un code français de l’alimentation. » Opération difficile car « il s’agit d’identifier un aliment « pur » avec un produit commercialement correct plutôt qu’avec un aliment sûr du point de vue sanitaire. »


Le Moniteur Viticole met le doigt sur la difficulté de distinguer le « produit pur » du « produit naturel ». Selon lui, « à part les fruits et légumes qui sont consommés purs, aucun aliment n’est introduit dans le tube digestif avant d’avoir subi une préparation préliminaire. Nous concevons si bien la pureté d’une pomme ou d’un radis que nous évitons, par correction de langage, de leur appliquer ce qualificatif.


Nous avons d’autre part, la perception nette de l’aliment normal, qui ne doit renfermer ni aucun principe nuisible, ni aucune substance pouvant tromper le consommateur sur la qualité […] Mais comment définir la pureté des aliments ? Ils peuvent être classés en sains ou malsains, en conformes ou non à l’usage adopté, en authentiques ou non, questions d’étiquettes, en licites ou illicites, question de règlementation. La solution consiste à rechercher, pour chaque produit, les manipulations licites ou interdites et les appliquer à tous les pays ; une entente internationale permet de protéger la santé du publique et d’éviter le protectionnisme. »


La ligne de partage entre aliments « purs » et « impurs » est une question de conventions : il s’agit en particulier de concilier la « pureté sanitaire » avec la notion de « produit naturel ». Ne croyez pas que j’exhume des vieilleries qui n’ont plus cours, bien au contraire je mets le doigt sur le point qui fait mal dans le petit débat évoqué ci-dessus. Celui-ci mériterait mieux qu’un échange d’horions, de raccourcis faciles qui permettent de jeter le discrédit sur un produit, le vin nature, qui se vend parce qu’il est apprécié par une catégorie, certes minoritaires, de consommateurs qui ne sont ni des déviants, ni des fauteurs de goût. Le vin véritable n’existe pas mais la ligne de partage est bien entre ceux qui veulent définir des valeurs moyennes de composants avec une marge de tolérance et ceux qui affirme qu’un « produit naturel » est par définition soumis à des grands écarts du fait même des caprices de la nature.


Je ne suis pas sûr que ma chronique soit lue avec attention jusqu’à son terme mais qu’y puis-je ? Le temps est à l’approximation, à ceux qui privilégie la forme (même s’il l’assassine aussi) au fond. Mes maîtres m’ont au moins appris une chose dont je ne me départirai jamais : le doute est le fondement de toute approche intelligente et intelligible. Les nouveaux intervenants sur les canaux médiatiques s’ils veulent s’en exonérer, faute de temps ou de moyens intellectuels, prennent de larges autoroutes empruntées par la masse où bientôt les voitures n’auront plus de chauffeurs. Mon espace de liberté, lui, préfère les chemins de traverse où l’on a même le loisir de Twitter sur les senteurs et les odeurs naturelles…

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:09

Nul ne peut l’ignorer aujourd’hui, j’ai des lettres (sic), je suis un grand faucheur de livres (je les achète bien sûr chez des libraires) et même si j’écris souvent avec mes pieds je m’efforce de conter sans compter. Face à la page blanche, alors que mes confrères font imperturbablement dans les senteurs de petites fleurs blanches, je hume les tendances, cherche, fouine, hante les antres de livres  et les étals des BOF (beurre-œufs-fromage).


Les fortes effluves de nos beaux fromages qui puent m’attirent tels des aimants, m’excitent, m’inspirent. Ronde des sens, papilles et neurones battent la chamade, se mêlent et se lient, me donnent envie. Le vin, lui, se planque dans des flacons, pour le humer il faut le déflorer, l’extraire et lui trouver un verre. Allier ou marier (le mariage à la cote en ce moment) fromage et vin relève du cousu main et non, n’en déplaise aux fabricants d’accords mets-vins, de modèles tout fait à la chaîne.


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Long, dire bref serait vous offenser, je vais aller droit au but : mon histoire du jour prend sa source dans des propos échangés sur une péniche avec un ex-libraire devenu vigneron, un ami maintenant. Nous papotons et, soudain, comme un scud il me balance le bleu de Termignon. KO debout j’avoue mon ignorance. Mais il ne faut jamais provoquer le Taulier.

Le fournisseur attitré, du fort connu guide du Pous, sur le marché de Chalonnes-sur-Loire c’est Bocahut. Va pour le bleu de Termignon de Bocahut. En attendant la Poste je me renseignai sur ce bleu auprès de la jeune Magalie, grande prêtresse, des grands et gouteux fromages, auprès des belges et des bataves.


En retour, la Perrette, m’écrit « Le bleu de Termignon? Difficile de présenter ce fromage savoyard brièvement. Comme pour toutes les bonnes choses, il faut savoir prendre son temps pour ne pas passer à côté de l'essentiel.


Fromage au lait cru de vache, originaire de la ville éponyme, il est produit en alpage à plus de 2000 mètre d'altitude par l'un des 6 derniers producteurs en activité. Ces bergers sont coupés de la civilisation pendant les mois d'été (de juin à septembre) afin de se consacrer à la garde des troupeaux, aux deux traites quotidiennes et à la production en alpage.


Le bleu de Termignon n'est pas protégé par une AOP, mais par un secret de fabrication jalousement gardé, qui en fait un des rares fromages à pâte persillée naturelle, sans adjonction de penicilium roqueforti. C'est certainement quelque part entre la flore particulière des alpages qui constitue l'alimentation des vaches (tarentaises et abondances) et la méthode de fabrication très traditionnelle par cheddarisation que réside le mystère du bleuissement spontané de ce fromage.


Ce que l'on sait : près de 120 litres de lait sont nécessaires à la production de chaque meule de 10kg.  Traditionnellement le lait étant rare en alpage, le bleu de Termignon est produit par mélange avec les caillés des jours précédents. Le caillé est salé, brassé puis récupéré dans de grandes toiles de lin, moulé dans des moules en pin des alpes et pressé manuellement.


Le fromage passe ensuite 15 jours par une pièce tempérée avant d'être affiné en cave entre 4 et 6 mois. Il peut être piqué par le producteur ou par l'affineur à l'aide d'une aiguille afin d'y faire pénétrer l'air qui favorisera dans la pâte l'apparition des moisissures bleues.


Si vous avez la chance d'en trouver chez votre crémier, ne soyez pas effrayé par son aspect rustique, profitez-en pour faire montre de votre érudition en la matière et goûter cette exception fromagère française.


Le bleu de Termignon? Reflet du terroir par excellence. »


Je suis ravi et j’attends, tel sœur Anne, le colis. Et puis, qu’apprends-je au détour d’une correspondance d’un des plus beau nez du vin de notre vieux pays, que mes larrons se sont au déjeuner pourléchés les babines de bleu de Termignon en descendant avec délectation un vin jaune de Tissot, un 1998 se souviennent-ils. Pure provocation !

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Je rumine ma vengeance. J’attends en tirant de l’oubli Le Petit Bleu de la côte ouest un roman noir de Jean-Patrick Manchette publié en 1976 dans la collection Série noire chez Gallimard. « Georges Gerfaut, cadre commercial, est témoin d’un accident automobile et emmène le conducteur blessé à l’hôpital où il meurt, en fait, d’une blessure par balles. En vacances avec sa famille, deux hommes tentent de le tuer pendant sa baignade. »


Souvenirs, souvenirs, j’ai des nerfs d’acier chers vous deux, bourguignons d’occasion, et je prends mon mal en patience. Et puis enfin un beau matin il est arrivé bien enveloppé mais fort évolué. Le présenter à vos regards tel quel m’exposait au  risque de me faire embastiller par les autorités sanitaires pour incitation au crime contre la pasteurisation. Rassurez-vous ce brave fromage en phase terminale était bien sûr bien  mangeable, bien couillu, costaud, vous laissant une haleine à faire fuir les hygiénistes patentés et toutes les belles filles du quartier.


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Pour la photo je suis allé quérir une part chez Alleosse mais revenons à nos moutons où plus précisément au bleu de Termignon. Toute l’histoire de ce brave bleu de Termignon, qu’a tant voyagé, c’est l’histoire de la vivacité de nos marchés forains. Pour nos beaux fromages bien nés ces marchés sont d’une importance vitale car ils leur permettent de toucher dans nos petites villes et nos campagnes des consommateurs qui autrement en seraient privés. En effet, comme la GD y règne en maître et que les vrais fromages détestent l’atmosphère glaciaire des rayons libre-service, le fromager ou le fromager-affineur ambulant sont le dernier vecteur du bien manger. Et puis, se rendre au marché, c’est retrouver un peu de convivialité, de sens de la communauté. Bref tout ce qu’aime le Secrétaire-Perpétuel de l’A.B.V.


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Reste un truc à préciser aux petites louves et petits loups des villes, c’est que le Bleu de Termignon même lorsqu’il n’a pas subi le traitement du mien n’est guère présentable « car sa pâte est granuleuse à certains endroits, plus grasse à d’autres, conséquence de son caillé émietté à la main. Elle évolue entre les teintes crème et brunâtres. Son bleu n’est ni intense, ni homogène, mais disséminé tantôt sous forme de marbrures, tantôt sous forme de points mouchetés. » Pour vous dire il a un petit côté allure des vins de Guillaume Nicolas-Brion, ceux dont raffole Michel Bettane. Comme disait ma mémé Marie « il ne faut pas être asiré » c’est-à-dire ne pas se laisser influencer par l’aspect si l’on veut trouver le goût des choses.


« C’est au milieu du XVIIIème siècle que la fabrication de fromages persillés commence en Savoie, d’abord en Haute Maurienne, puis s’étendant vers les alpages du Mont-Cenis, de Valloire, et, finalement, de Termignon.


De l’autre côté des Alpes, le fromage acquiert rapidement une grande notoriété. Dans une lettre du 11 septembre 1816, Monsieur le Comte Ferriex, intendant de Maurienne charge Ambroise Daurieux, notaire et châtelain de Lanslebourg, « de lui acheter à Bessans, pour sa majesté la Reine de Sardaigne, 12 fromages bleus, des meilleurs qu’il pourra trouver et de les expédier dans les conditions les plus désirables à Turin, à son Excellence Madame la Marquise de Saint Payre, dame de sa majesté ». A cette époque, le Bleu de Termignon est fabriqué avec un mélange de laits de vache, de chèvre et / ou de brebis, comme d’autres fromages en Savoie d’ailleurs. On le connait alors sous les dénominations morianinghi ou mauriennais, persillé du Mont-Cenis ou bleu de Bessans. »

 

De nos jours le Bleu de Termignon est fabriqué entre juin et septembre, sur les mêmes alpages de Termignon, à 2000m d’altitude mais il ne reste plus que 4 producteurs seulement, qui produisent encore quelques précieuses centaines de pièces. Le troupeau de vaches ne dépasse pas les 60 têtes.


« La technique de production des meules (de 7 à 10kg, 30cm de diamètre, 15/20cm de hauteur) est ancestrale : deux caillés sont mélangés (celui du jour et celui de l’avant-veille). Ce mélange est conservé, soigneusement immergé dans une « seille » de bois. Brassé puis salé, il sera pressé à la main dans des moules en pin garnis d’une toile de lin. Cette toile sera changée chaque jour. Après l’égouttage, les fromages resteront encore 15 jours dans une pièce tempérée dite « la chambre des bleus » avant de passer en cave.


C’est en cave que cette pâte blanche et friable va se nervurer naturellement des moisissures à la couleur bleu sombre. Elles sont spontanées et naturelles, contrairement à d’autres bleus qui sont ensemencés en penicillium. On accélère la prolifération en piquant le fromage. Sous cette croûte brune et ocre à l’aspect et la dureté de la pierre, se développe alors un goût inimitable, unique, naturel et rustique. L’affinage dure alors plusieurs mois durant lesquels les meules sont régulièrement retournées. Ce n’est qu’à la fin de l’été que le Bleu de Termignon sera mis à la vente...


Unique! Chaque pièce est numérotée par le producteur au moment du moulage. Parce que c’est le résultat d’un travail patient, minutieux et accompli avec passion, il est normal qu’il soit traité comme une œuvre d’art, un bijou! »


Le bleu de Termignon de Marcel Blantin : link

 

Que boire avec une telle rareté ?


-        Un vin de SAVOIE : faites votre choix !


-        Pour mes 2 larrons qui se gobergeaient en Basse-Bourgogne : un Vin Jaune de chez Tissot link


-        Pour ma pomme : un Anjou Blanc les Glanées 2006 du domaine Patrick Baudouin link 


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Et vous qu’en dites-vous ?


Pour les parisiens ils sont cordialement invités chez le Taulier à déguster une « bechée » de Bleu deTermignon. Il suffit de sonner !

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 00:09

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Au nord, à Paris il n’y a pas les corons mais le Bassin de la Villette, inauguré en 1808 par Napoléon Ier. Ce fut un lieu à la mode où il faisait bon de se promener, pêcher et caboter… puis à partir des années 1820, avec le creusement des canaux de Saint-Martin et de Saint-Denis et une amélioration du réseau de navigation à Paris, le Bassin devient rapidement un important centre de transit fluvial. La Compagnie des entrepôts et Magasins Généraux et la mise en service des fameux abattoirs et du marché aux bestiaux vont participer à l’industrialisation massive du site. Le déclin commence à partir des années 1950, Paris se vide de ses industries : adieu Citroën… quai de Javel. De nombreux entrepôts sont abandonnés voire détruits et la fermeture en 1973 du marché à bestiaux suivie de celle des abattoirs, va jeter le quartier dans la Culture.


Mais la Culture, comme la confiture (fine allusion) ça donne soif il est donc normal pour votre Taulier d’aller le SOIR BOIRE quai de LOIRE. Normal aussi de se faire accompagner par un Sommelier de sexe féminin, donc en bon français une Sommelière. Certes, certes, mais je doute que vous ne me suiviez vraiment car moi j’en suis resté à ce que me disait ma mémé Marie « faut que nous passions chez le sommelier… » ce qui voulait dire que nous passerions chez le bourrelier qui fabriquait des sommiers. Grossière erreur qui va me faire écharper par le Dr Charlier mais que voulez-vous moi j’en suis resté au parlé de mémé.


Pour ne rien vous cacher, en plus, ça m’arrange car pour entreprendre une HORIZONTALE de TOUS les VINS de LOIRE sur le QUAI de LOIRE quoi de plus confortable que de se faire assister d’une SOMMELIÈRE. Je sens que vous perdez pied, que vous n’y comprenez goutte mais peu importe car l’important, comme en patinage artistique c’est de commencer par les figures imposées. L’important dans la réclame c’est de seriner toutes les deux lignes le nom du produit qui veut se faire acheter.


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La LOIRE, qui va faire SALON à Angers début février, me met dans l'obligation d'aligner ce soir sur un BAR du Quai de LOIRE toutes les quilles officielles : l'anjou, l'anjou-coteaux-de-la-loire, l'anjou villages, l'anjou villages brissac, le bonnezeaux, bourgueil, le cabernet d'Anjou, le châteaumeillant, le cheverny et cour-cheverny, le chinon, le coteaux-d'ancenis, le coteaux-de-l'aubance, le coteaux-du-giennois, le coteaux-du-layon, le chaume, le coteaux-du-loir, le coteaux-du-vendômois, le côtes-d'auvergne, le côtes-du-forez, le côte-roannaise, les fiefs-vendéens, le gros-plant-du-pays-nantais, le haut-poitou, le jasnières , le menetou-salon, le montlouis, le muscadet, le muscadet-coteaux-de-la-loire, le muscadet-sèvre-et-maine,     L'Orléans, le pouilly-fumé, le pouilly-sur-loire, le quarts-de-chaume, le quincy,  le reuilly, le saint-nicolas-de-bourgueil, le saint-pourçain, le sancerre , le saumur, le saumur-champigny, saumur puy notre-dame, le savennières, le vin du Thouarsais, le touraine, le touraine-amboise, le touraine-azay-le-rideau, le touraine-mesland, le valençay, le vouvray. J’ajoute les Muscadet communaux : Clisson, Gorges, Le Pallet, les Muscadet Coteaux de la Loire et Côtes de Grandlieu. Anjou Fines Bulles et Crémant de Loire. J’ajoute les IGP : IGP Calvados, IGP Coteaux du Cher et de l'Arnon, IGP Puy-de-Dôme, IGP Coteaux de Tannaye, IGP Côtes de la Charité et IGP Val de Loire.


Putain ça faisait un sacré paquet auquel il allait falloir ajouter toutes les quilles libres VIN de FRANCE qui vont s’agiter comme des petites folles tout autour du Salon. Donc se taper une HORIZONTALE un SOIR dans un BAR QUAI de LOIRE relevait de ma part d’un effort méritoire. Crachoir or not crachoir, non BOIRE. D’où le recours obligatoire à une SOMMELIÈRE afin d’assurer une assistance d’après-boire. Chapeau l’artiste, quel altruiste ! Sauf que tout ce tas de mots n'est qu'un fatras de mots empilés : mais où sont les verres ?


Rendez-vous au 61link « créé par Pascal et Rémy Ourdan, et qui a ouvert ses portes le 7 juillet 2009. C’est un bar culturel dédié à tous les arts, de la photographie au cinéma, de la musique à la littérature. Un bar de quartier et d’étudiants. Et un rendez-vous de correspondants de guerre, journalistes et photographes. »


Bon j’ai triché un peu *, le 61 c’est au tout début, au 3, de la rue de l’Oise  mais le quai de Loire est tout près, il suffit de passer le pont-levant de Crimée. Mais vous connaissez votre Taulier, il n’allait pas en rester à la virtualité et, vendredi soir, maraudant dans ces terres reculées, avec sa petite auto il y ait allé. Je me suis garé sur l’autre rive, en surplomb, puis j’ai emprunté le pont métallique (je ne sais pourquoi ces ponts me donnent toujours le frisson, sauf peut-être des images de films… des trains… le bruit infernal de ferraille sur ferraille… les wagons à bestiaux… Drancy… la nuit… le brouillard…) Celui-ci est routier. J’avais endossé ma vieille canadienne en cuir comme si j’allais au baroud. Sur le trottoir du 61, des fumeurs avec des bières, j’entre. Un bar, des gens de debout avec des bières, c’est plein et ça discute par grappes. Je passe le rideau humain pour gagner la salle, de taille modeste, où une tablée de jeunes filles et garçons, mangent, conversent et boivent de la bière. Je pose mon sac et ma canadienne sur une chaise face à une petite table ronde et je file au bar passer ma commande.


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Le personnel est jeune, sympa et disponible. Je choisis, sur l’ardoise, pour accompagner mon plateau de charcuterie, un vin de Loire bien sûr. Pas trop difficile le choix des vins est resserré mais intéressant :


-        5 rosés

-        9 blancs dont 1 Muscat de Rivesaltes et 4 vins de Loire

-        15 rouges dont 4 vins de Loire


Donc 8 sur 29 ce n’est pas si mal. Les vins sont vendus comme l’indique l’ardoise (désolé pour la qualité de la photo mais la lumière est mini et mon IPhone a des limites) au verre, en 50cl et à la bouteille à des tarifs raisonnables. Mais vous allez m’objecter : ils boivent tous de la bière ! Pas tout à fait, la population des plus de 30 ans, en mangeant, consommait des verres de rouge et à côté de moi un couple de filles avait commandé une bouteille de Chardonnay du Val de Loire du pays de Retz. Moi, je portai mon choix sur un mennetou-salon rouge 2008 d’Éric Louis 27€ link. Bien sûr, comme j'étais en auto, je lichais doux et je ramènais le flacon rebouché at home.


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« Ce Menetou Salon rouge (pinot noir) est récolté à la main sur des sols argilo-calcaires et sur un tapis de petits coquillages fossilisés appelés “œil de poules”. Vendangés à la main, les raisins sont égrappés et acheminés dans les cuves de pigeage. Puis, intervient ensuite la fermentation avec des remontages et pigeages modérés afin d’extraite la couleur et les arômes. »


Ça va bien, sans me jeter dans l'extase, avec mon assiette de charcuterie, par ailleurs d’excellente qualité, variée, avec du bon pain. En bon reporter j’observe d’abord la table de jeunes à ma droite, volubile et joyeuse puis, sur ma gauche s’organise une grande tablée de plus âgés qui se révéleront être des gens de cinéma (le 61 projette des films et des documentaires). En face de moi, un couple de trentenaire avec chien : un Jack Russell qui me fait les yeux doux, plus précisément à ma charcuterie. Le brouhaha est sympa, le lieu est l’exemple même de cette chaleur conviviale qui fait du bien au cœur et à l’âme. J’y reviendrai, accompagné.


Avant de tirer ma révérence je me porte vers le bar pour prendre un bock de bière et si possible bavasser. C’est une jeune et piquante toulousaine de la tablée qui, rentrant de fumer sa clope, engage la conversation. Elle c’est Éva, elle fait le CLCF (Conservatoire Libre du Cinéma Français) qui est l'Ecole de Cinéma privée la plus ancienne d'Europe.link Je lui indique ce que je fais seul ici. Elle rit. Le vin elle aime : le Fronton, Toulouse… Alors, pourquoi la bière je demande ? La réponse est simple : le prix, c’est moins alcoolisé et c’est un peu la boisson de ralliement de son groupe d’étudiants en cinéma.


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Je règle. Dehors, l’un des associés, Rémy Oudant (photo ci-dessous) je lui parle de vin. Le 61 fait des dégustations avec des vignerons. Moins qu’au début, sans doute parce que la clientèle n’est pas au rendez-vous. La prochaine dégustation c’est L’Hortus link, je pense m’y rendre. Mon humble avis : voilà un beau champ d’expérience pour mes petits copains des vins qui caressent la nature dans le sens du poil. Tous ces jeunes filles et jeunes gens sont, sans aucun doute, réceptifs et disponibles, encore faudrait-il leur causer sans leur prendre la tête avec des dégustations traditionnelles. Bref, l’extension du domaine du vin passe par des chemins de traverse et que l’on ne vienne pas me parler de la loi Evin qui, comme le soulignait sur Twitter un bon expert, est le cache-misère qui masque notre absence d’imagination. Milles sabords, au sabre d’abordage sur le quai de Loire et ne venez pas me chercher des noises sur celui de l’Oise !

 

Mais où est passée la SOMMELIERE ? Cherchez dans le plan et vous la trouverez...


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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 00:09

Les réseaux sociaux ont ceci de formidable : ils fourmillent de gens absolument insupportables et détestables  (remarque que certains m’appliquent sans aucun doute). Moi ça ne me dérange pas : j’adore être détesté et je m’adonne de temps à autre à une saine détestation. Alors, si vous en avez le loisir un jour dressez donc la liste de celles et ceux « que vous ne pouvez plus voir en peinture. »


L’idée initiale est de « ne pas supporter même l’image, la reproduction d’une personne que l’on n’aime pas ». Avec les réseaux sociaux, en dépit de la persistance de certains à faire accroire qu’ils ou elles ont moins de 30 ans en publiant de vieilles photos ou des réajustées par Photoshop, l’expression reprend toute sa saveur. Ce petit détour, évoquant une expression de la langue française, afin de me soumettre aux tests de contrôle du Dr Charlier, me permet de bien introduire mon sujet en détournant cette vieille expression.


Oui, j’adore voir en peinture les harengs-saurs.

 

La preuve :


photohareng2-copie-1.JPG

Ce tableau d’André Lemaître, au temps où j’étais fou de peinture, j’ai longtemps désiré en faire l’acquisition à la Galerie Danielle Bourdette-Gorkowsky 5 Quai Saint-Etienne 14600 Honfleur, www.galeriedaniellebourdette.com/ mais, après moult hésitations, liées bien sûr au prix, je ne l’ai pas fait et je le regrette. Cette huile sur isorel, peinte en 1929, faisait partie de la collection de l’artiste et ses héritiers l’avaient mise en vente. La récente exposition Chaïm Soutine à l’Orangerie m’a mis sous le nez une nature morte aux harengs et de nouveau j’ai de nouveau succombé à la fascination du hareng saur à l’huile (désolé, je n’ai pu m’en empêcher). Scotché le Taulier !


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Ce qui me fascine c’est l’ascétisme, le minimalisme, et de l’œuvre, et du sujet, ce hareng saur nourriture des pauvres, de la classe ouvrière (ça c’est pour plaire à Léon) qui a fait la prospérité de Boulogne-sur-Mer, dès le Moyen Âge. La préparation du hareng par les Boulonnais fut reconnue internationalement.


À l'origine, simple hareng desséché pour sa conservation et sa consommation par les peuples de mer, le hareng sor va prendre une grande importance commerciale à partir du XIIIe. Alexandre Dumas, dans son Grand Dictionnaire de cuisine, affirme que « C'est un nommé Bruckalz qui a inventé l'art de fumer les harengs. » Il précise : « Le hareng pec et nouvellement salé doit toujours venir de Rotterdam, de Leawarde ou d'Enkhuizen, en Hollande ; on le coupe par rouelles et on le mange tout cru, sans lui faire subir aucun autre apprêt que celui d'une salade. Les plus beaux harengs saurs, les plus grands, les plus charnus, les plus dorés, les mieux fumés au genièvre sont les saurets de Germuth, en Irlande. »


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Saur selon le Robert : adj. m (1573, d’abord écrit sor, 2e moitié du XIIIe ; emprunté selon Wartburg au moyen néerlandais soor « séché ». Selon P. Guiraud, le mot vient d’une base latine saur servant à désigner des animaux à couleur mêlé de brun. Ce terme ne s'utilise habituellement que pour ce type de hareng dont la peau, initialement d'un bleu profond, se dore sous l'effet du fumage, pour certains chevaux et, en fauconnerie, pour un oiseau de moins d'un an.


En fonction du temps de salage et de fumage – et en fonction des pays –, le hareng saur peut être appelé différemment :


-        Fraichement salé, c'est le hareng pec ;

-        moins salé, c'est le craquelot.

-        bouffi ou bloater ; fumé entier, c'est le buckling ;

-        ouvert et aplati, légèrement fumé, c'est le kipper que les Anglais prennent au déjeuner ;

-        très sec, fabriqué pour être conservé très longtemps, c'est le hareng franc-saure.

-        en wallon, c'est un haring saur ou un sorèt, néologisme qui se rapproche de sauret, un ancien adjectif synonyme de saur.

-        En Brusseleer, c'est un boesjterink.

 

Ayant à nouveau satisfait Léon j’en viens à l’essentiel :  l’avantage de la consommation du hareng saur c’est que ça donne soif et que la soif c’est bon pour l’extension du domaine du vin. Quel vin ? ça nos grands experts en alliance en tout genre, s’ils ne sont pas trop occupés à Twitter vous le diront bien mieux que le Taulier qui lui vous propose tout même un pouilly fuisse en chatenay 2011 de la maison PUR link , 3 eme année en convertion AB, vinif zero sulfites, mise en bouteille zero sulfites !!!!!! Tout pour plaire au meilleur promoteur des Vins naturistes... les vins à poils... je sens monter la bête qui sommeille en moi... vive la nature !


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RECETTE qui devrait plaire à SAMIA cuisineetsentiments.com/   : Harengs en condiment.

 

« Fendez un hareng saur par le milieu et grillez-le. Enlevez la chair et la laitance (œufs). Pilez-le dans un mortier avec une cuillérée à soupe de moutarde forte, 1 cuillerée à soupe d’huile d’olive, quelques grains de poivre de Cayenne, une pointe de sel. Réduisez en purée. Mettez dans des petits bocaux de verre. Fermez hermétiquement et gardez au réfrigérateur où il se conserve longtemps. Servez-vous-en délayé dans de l’huile et du vinaigre. »

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:09

La RVF a remis les Trophées du vin aux onze professionnels qui incarnent le rayonnement du vin en France. La soirée a eu lieu au Bristol le 10 janvier 2013.

 

L’an dernier, l’avait rien demandé, le Taulier comptait parmi les invités du Président de la RVF, un certain Jean-Paul LUBOT. Comme c’est étrange cette année j’avions point eu de carton : exit le vilain petit canard noir qui a osé rappeler à une huile que les règles de la bienséance veulent que l’on ne sollicite jamais une invitation, et que celles de la déontologie professionnelle exigent que l’on paie ses additions.

 

Pourtant au Bristol j’avions aussi des amis comme Jean-François Préau de la coopérative de Mailly mais aussi certains qui auraient aimé me sonner les cloches. Pas très élégant tout ça, pas très fair-play, l’important c’est de plaire, surtout de surtout ne pas déplaire, « petit  blogueur de merde » à la niche. La presse est sous la férule de ceux qui tiennent les cordons de la bourse alors mieux écarter les emmerdeurs de mon espèce.

 

Ce qui me fait beaucoup sourire c’est que, même invité, je n’y serais pas allé. La raison en est toute simple : bien loin des petits fours et des nectars parfois surfaits bien mieux m’attendait. Avant de tirer ma révérence, je salue tout de même tous ceux des journalistes de la RVF que j’aime bien, dont j’apprécie le travail. Pour le reste quoi dire ? Tout simplement : Rien, c’est si petit et si mesquin… si humain…

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 00:09

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Vous ne vous voyez pas rétorquer cela à un sommelier imberbe, look croque-mort, grappe à la boutonnière, air inspiré, droit dans ses bottes, sitôt qu’il vous eut déclaré, après avoir versé une légère rasade dans votre verre, pour que vous goutiez le nectar qu’il vous a proposé comme état le nec plus ultra de l’accord avec le plat que vous avez commandé : « escalope tiède de cuisse de palombe rôtie sur sarments de château Lafite sur lit de pousses de bambous marinées dans de la jouvence de l’abbé Soury, purée de topinambours non OGM à la fleur de sel de Noirmoutier ramassée grain par grain à la pleine lune par un paludier agréé par Nicolas Joly »


Avant même que vous ayez reposé votre verre et que vous ayez eu le temps de donner ou non votre imprimatur au nectar, le Paganini de la Sommellerie vous a déjà placé ce qu’il croit être son estocade « Ce château Ducos-Ader 1993 est vraiment puissant, généreux et d’une élégance raffinée… » Ne vous précipitez pas, essuyez vos lèvres, inspirez, laissez le chef de rang décliner le CV du plat « escalope tiède de cuisse de palombe rôtie sur sarments de château Lafite sur lit de pousses de bambous marinées dans de la jouvence de l’abbé Soury, purée de topinambours non OGM à la fleur de sel de Noirmoutier ramassée grain par grain à la pleine lune par un paludier agréé par Nicolas Joly », posez vos mains bien à plat sur la nappe immaculée et balancez, sans élever la voix, comme si vous étiez dans un confessionnal : « Sommelier, reprenez ce vin il est impuissant, pingre et mal fagoté ! »


Croyez-moi, vous aurez alors bien plus qu’un succès d’estime car l’assommant sommelier n’ayant reçu aucune formation pour faire face à la contestation, et pis encore à la contestation radicale utilisant un vocabulaire non-agréé par la chambre syndicale, restera coi. Si vous êtes un peu sadique, vous pourrez aussi pousser votre avantage jusqu’à le plonger dans la déréliction en ironisant sur la réduction du noble nectar conseillé : « Carte senior ou famille nombreuse ? » Dans l’hypothèse où notre sommelier es-dégustation aurait eu le temps d’insister auprès de vous sur la noblesse du château Ducos-Ader vous pouvez lui demander de vous apporter le bottin mondain afin que vous puissiez vérifier la véracité de ses dires.

 

Mon exemple un peu outré, primo ne relève en rien d’une quelconque allergie à l’égard de la profession de sommelier, deuxio ne vise qu’à un seul but : mettre en exergue que tout mot à son contraire, son avers et que l’utilisation unilatérale de la face valorisante décrédibilise, ou du moins affaiblit, la pertinence de la critique. Trop d’encens est émollient, les mots s’amollissent, perdent de leur force s’ils ne s’appuient sur leur contraire. Tout le monde est presque beau, un peu, beaucoup, mais assez peu souvent passionnément. Je mets au défi mes chers confrères de me produire l’une de leur critique où ils auraient utilisés des mots forts. Je ne vais pas vous refaire le coup de la détestation mais, une fois de temps en temps, se laisser aller à une saine franchise ferait souffler un peu d’air frais sur le marigot des amoureux du vin. L’amour-vache ça existe, pas vrai.


Ainsi dans le Robert :


Puissant : impuissant, faible, petit, maigre, fluet.

Généreux : bas, lâche, mesquin, petit, vil, avare, cupide, égoïste, pingre.

Élégant : commun, grossier, inélégant, vulgaire.


Du côté des sommeliers et des commentateurs de plats qui exigent le silence pour leur péroraison permettez-moi une supplique : dites à vos patrons que nous sommes des CLIENTS et que c’est à nous, et à nous seuls, de nous inquiéter de ce nous souhaitons boire et manger. Nous savons lire. Je déteste les visites guidées. En revanche je trouve très plaisant d’engager la conversation tant avec un sommelier ou la personne venue prendre la commande. Il n’existe ni lien de subordination, ni de supériorité, mais rien que du respect pour le travail des uns, leur compétence aussi, et la tranquillité des autres.


Au cas où j’aurais affaire avec une jeune et accorte sommelière il se peut que je l’amène sur le terrain de la bouche tendue chère à mon ami Jacques D…


 

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