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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:18

 Chez moi, dans ma Vendée sous le joug du clergé, le clan des femmes pieuses de la maison exigeait des hommes qu’ils fassent leurs « pâques ». Ils s’exécutaient sans barguigner. Pour les mécréants, qui n’ont pas reçu comme moi une éducation chrétienne, je leur signale que depuis le décret du 4ème concile de Latran (1215), il était ordonné à tous les fidèles ayant atteint l’âge de communier, de « faire ses pâques », c’est-à-dire de communier au moins une fois chaque année, au temps de Pâques. J’ai toujours trouvé ce service minimal hautement pragmatique de la part de l’Église. Le nombre d’ouailles comptait plus que la qualité de leur pratique. Les séminaires étaient plein de fils de paysans. Ils seront siphonnés par mai 68.

 

Pâques, sauf pour les pratiquants, se résume de nos jours mercantis à  une bonne aubaine, pour les artisans chocolatiers et autres vendeurs de plus grande surface. Toujours pour les mécréants totaux, autrefois dans les campagnes, les cloches qui sonnaient chaque jour de l'année, pour inviter les fidèles à assister à la messe, restaient silencieuses du Jeudi au Samedi Saint. Ce silence s’étendait à la clochette que nous agitions en tant qu’enfant de chœur lors des célébrations pour marquer certains rituels, la Consécration par exemple. Elle était remplacée par une crécelle. Nous nous en donnions à cœur joie en la faisant pétarader ce qui nous valait les gros yeux du curé. D'après la légende, de retour de Rome pour annoncer la résurrection de Jésus, où elles étaient allées se charger en œufs de chocolat, les cloches sonnaient à toutes volées le jour de Pâques…Le matin de Pâques, en pyjama, nous allions dénicher les œufs dans le jardin.

 

Où veux-je en venir chers lecteurs ? À pas grand-chose comme à l’accoutumé. Je vais tenter de vous guider sans encombre sur mon chemin tortueux. Tout d’abord ma référence à mon pépé Louis n’a rien d’innocente. En effet, Louis Berthomeau, moustache à la Foch, était un paysan, un vrai, pas pour deux sous mercanti. Il professait un profond mépris pour les marchands de tout poils, avec au tout premier rang les maquignons. Vigneron totalement bio, il nous concoctait avec ses hybrides un vin nature qui flirtait très vite avec les fleurettes. Fort bien, il pratiquait sans le savoir une agriculture que l’on qualifierait aujourd’hui de durable. C’était un homme orgueilleux, fier plutôt, mais jamais au grand jamais il ne se serait permis de dénigrer ses voisins ou de se mettre en avant. Il faisait bien sûr ses Pâques sans se confesser ; qu’aurait-il eu à raconter au curé ?

 

Et alors ? Alors je vais vous expliquer.

 

L’autre jour j’ai reçu une invitation pour une dégustation de vins. Très chicos. Très branchée. Très fouillée. Très textes profonds. De la belle ouvrage de communicante pour séduire. Normal quand on se déplace à Paris, même si le vin n’est pas une marchandise, c’est pour attirer le client. Vendre son vin quoi ! Et c’est là que mon sang s’est mis à bouillir. Que lis-je sur le carton chic : que cette poignée d’hommes et de femmes sont unis « par une même philosophie, fruit d’une éthique de leur métier de vigneron-paysan. » Ce n’était plus une dégustation mais une adhésion. Pourquoi pas, mais j’ai toujours eu du mal à participer à une messe basse sans curé. Bien évidemment loin de moi de contester leur choix, il est respectable, et tout le monde sait que je le respecte, que je le défends même, mais cette mise en avant ostensible d’une philosophie sur une invitation à un exercice, somme toute, à finalité mercantile, ce port de l’éthique à la boutonnière comme un ruban d’honneur, cette référence lancinante au métier de paysan comme une référence, me choquent. Je les perçois comme une indécence à l’égard de mon pépé Louis qui faisait ses Pâques sans se confesser et qui n’avait nul besoin d’exhiber son éthique pour vendre ses bœufs à Mougard la vieille crapule de  marchand de bestiaux du coin. Ce merchandising du mieux disant éthique, chic et choc, est puéril et très représentatif de notre société où cultiver sa bonne conscience tient lieu de passeport pour la tribu ou la chapelle. Attention, bien que les intéressés s’en défendent, ça fleure bon le fond de commerce.

 

Joyeuses Pâques !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Iris 11/04/2009 12:39

Merci pour ces réminiscences de Pâques, Monsieur Berthomeau. Cela me rappelle bien l'homme avec qui j'ai eu la chance de partager 20 ans de ma vie, fils de paysan, d'une génération plus jeune que votre pépé Louis, échappé du séminaire bien avant 68, parce qu'il avait du mal à accepter, que l'église n'envoyait pas seulement "les cloches à Rome", mais baptisait aussi les canons et missiles... Il ne faisait plus ses Pâques, mais il cultivait sa vigne et son esprit indépendant sans adhérer à une nouvelle chapelle de la manière la plus respectueuse de notre terre et de ses habitants. Comparé à sa force tranquille (dommage, que cette expression était si galvaudée à une époque) et persévérance, l'actionnisme mercantile nouvelle vague, me laisse aussi parfois songueuse, mais peut être encore plus du côté de ceux (voir votre article sur le Chammaré de l'autre jour), qui s'accaparent des arguments style "protection de l'environnement" en visant juste un nouveau packaging....

Nos œufs de Pâques vont prendre l'eau dans le Midi, comme l'a déjà indiqué Michel Smith - et comme lui, je pense avec gratitude à des vignerons, comme Plageolle, qui nous ont fait rencontrer les vieux cépages du Gaillacois il y a 25 ans, bien avant la foule des "authentiques" aux noms de cuvées pseudo-révolutionnaires...

Michel Smith 11/04/2009 08:34

Bonnes Pâques Jacques. Mon Pépé à moi se levait très tôt le matin pour cacher les oeufs dans le jardin et se régaler ensuite de nous voir les dénicher dans les buissons de pivoines.
Dommage, cher Éric, d'être aussi amer en ce jour de pluies sur le Sud. N'oubliez pas que si Gaillac existe encore, il le doit à des vignerons originaux, courageux et audacieux qui, bien souvent, se sont opposés aux caciques de l'appellation pour défendre de valeureux cépages autochtones. Continuez à faire votre travail le mieux possible, c'est tout ce qu'on vous souhaite. Faîtes-nous de bons vins et nous les achèterons pour les boire. Et si vous n'aimez pas Paris et les Parisiens, allez les vendre à Toulouse et aux Toulousains. Vous avez la chance d'avoir l'autoroute pour y filer en un rien de temps. Et de grâce, ne détruisez pas cette belle image que nous laissent les vignerons paysans du Gaillacois quand ils nous font goûter leurs productions. Et si parmi eux se trouvent quelques originaux, laissez-les vivre. Le monde a besoin d'eux, comme de vous.
Bonnes Pâques à tous les mécréants !

David Cobbold 11/04/2009 08:29

Oui, un peu plus de modestie ne ferait pas de mal dans ces communiqués communiants. Et un peu moins de préchi-précha aussi. Cet exemple n'étant qu'un parmi beaucoup. Maintenant, même la simplicité fait vendre.

eric stilhart 11/04/2009 07:52

bonjour,monsieur Berthomeau
il semblerait que vous aussi finalement vous faites votre paques. cette poignée de "philosophes"font ausi partie de beaucoup de viticulteurs qui bien souvent sedemarquent en denigrant le travail des autres. sont ils les seul a avoir une ethique et une philosophie de vie? ils sont pour moi de la meme veine que les viticulteurs qui se font un plaisir de denigrer les appelations parcequ ils ont etes econduits a l agrement de leurs appelations et qui par ce plaçent au dessus des autres etant des incompris, avec parfois , je ne voudrais pas generaliser, car je fais partie de ces juris et j en connais les difficultées,des vins qui sont parfois inversement proportionnel a leur bagou et aux relations qu ils entretiennent avec les faiseurs de rois , ils se servent des appelations un bien commun pour leurs pettites affaires mercantiles.
bonne journee
j ai toujours du plaisir a lire vos tirades parfois un peu parisiennes
eric stilhart
viticulteur agriculteur paysan exploiteur destructeur d energies fossiles pollueur et addicteur pour le peuple a Gaillac( cest dans le tarn entre Toulouse et Albi) je precise pour les parigots

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