Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...
Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Avec la froidure, après mes envies de pot-au-feu viennent celle de poule au pot.
Comme je suis graphomane j’ai déjà écrit le 13 février 2013 :
Dès que le mercure se paye une déprime, qu’il dévisse au-dessous de zéro, un temps d’engelures que je n’ai jamais eu, qu’on se caille les miches ou les glaouis, me prends des envies, des folies de viande bouillie : au choix le pot-au-feu ou la poule au riz. L’avantage avec la viande bouillie c’est que par définition elle te permet de faire du bouillon, du bouillon gras avec plein de zieux dedans. Comme dirait les génies du marketing, genre Findus revisité par le couple débile de chez le jeune Leclerc, c’est un 2 en 1. Chez moi c’est encore plus car j’y mitonne des suppléments.
Mais, comme en ce moment nous nous écharpons gravement sur le masculin qui l’emporte sur le féminin je propose à votre sagacité de masculiniser toutes les expressions ou proverbes où la poule tient une belle place.
Plus sérieusement vous pouvez lire l’excellent article d’Alain Rey sur le sujet : « Faire changer une langue, c’est un sacré travail ! »
Le linguiste et lexicographe revient sur les récentes controverses autour de la place du féminin dans le français. En fin de compte, rappelle cet amoureux des mots, « c’est l’usage qui a raison ».
Mais, pire encore, je me dois de rappeler qu’une poule dans le langage du populo, et celui des bourges aussi, c’était une femme, fille de conquête facile, le plus souvent entretenue. Synonyme de cocotte.
Mayol « Viens poupoule »
Viens poupoule, viens poupoule, viens !
Quand j'entends des chansons ça m'rend tout polisson
Ah ! viens poupoule, viens poupoule, viens !
Souviens-toi qu'c'est comm'ça que j'suis dev'nu toi.
Maurice Chevalier « Ah si vous connaissiez ma poule »
First glimpse at David Dao’s photo project « Yellow is Beautiful »
Oyez, oyez, braves gens de Face de Bouc…
Vous qui vous contentez d’engloutir votre soupe en sachet…
Sur le coin de la table en formica de votre cuisine…
Contemplez ce que je contemple depuis la terrasse d’un palace…
Salivez devant les mets de cette table d’un triple étoilé…
En dépit de mon costard minable et de mes grolles avachies…
Je suis un privilégié…
Tel est le spectacle que nous offrent, sur Facebook, certains qui chalutent dans le petit marigot des soi-disant critiques de la haute-cuisine et de l’hôtellerie de prestige.
« Ils n’ont pas de honte… »
Sentence de ma mémé Marie, brave femme, bonne chrétienne, paysanne n’ayant jamais dépassé les limites du canton de la Mothe-Achard, à propos de ceux qui pétaient plus haut que leurs culs (langage non conforme à celui de mémé Marie mais exprimant crument sa pensée)…
Mais que diable, m’objecterez-vous, pourquoi devraient-ils avoir honte ?
Pourquoi jeter l’opprobre sur ces humbles colporteurs de ragots, sur ces braves plumitifs qui cirent avec ardeur les pompes des chefs, sur ces gens qui n’ont jamais mis les mains dans la farine ?
Tout bêtement parce qu’ils se font rincer.
Ça leur coûte peanuts, ils sont invités.
Je n’ai rien contre si la puissance invitante estime qu’il s’agit là d’un investissement commercial rentable.
Comme on dit, c’est du rédactionnel.
Pour eux c’est de la critique.
C’est ce qui me choque et si tu oses leur demander de produire leur addition ou leur note d’hôtel ils se drapent dans leur éthique, leur charte de déontologie personnelle inoxydable.
Ce sont des Incorruptibles.
Incorruptibles, mon cul !
La fameuse transparence exigée pour les politiques, pour le monde des affaires, pour celles et ceux qui détiennent un quelconque pouvoir, n’est pas à l’ordre du jour chez cette engeance.
Cette chronique, que je couvais depuis un bail comme une veille poule au bord de la réforme, je l’ai pondue après avoir lu l’ÉDITORIAL du sieur Wai-Ming Lungposté le 27 novembre 2017 sur son site ORGYNESS
TRANSPARENCE
Essayons de répondre à la sacro-sainte question à laquelle toute personne écrivant, balbutiant, beuglant, bloguant ou ruminant sur la restauration s’est vue confrontée un jour : est-ce que vous payez vos repas ? Et si non, votre sens critique se retrouve-t-il affecté du fait que vous soyez invité ?
A ce stade de l’article, j’entends déjà des hurlements, mes oreilles sifflent et ma trombine est déjà partie à l’impression sur une affiche estampillée « WANTED ». Mais, crevons l’abcès : bien entendu, les rédacteurs d’Orgyness et moi-même sommes également et régulièrement invités à des événements et des repas destinés à la presse. Invitations que nous honorons avec sélectivité et parcimonie, car nul homme n’est une île.
Ce vieux débat n’appelle pourtant qu’une seule et définitive réponse : oui, le jugement en est changé. Non pas parce que les journalistes sont corrompus, mais tout simplement parce qu’un invité ne reçoit pas la même attention qu’un client lambda. Les soins dévolus sont a fortiori différents, qu’on le veuille ou non, dès lors qu’on a affaire à des connaissances, des invités de marque ou des personnes susceptibles d’influer sur votre chiffre d’affaire. C’est on ne peut plus normal. Sans compter que, pour ma part, après plus de 10 ans d’écriture, il est désormais loin le temps de l’innocence où, blogueur anonyme, je pouvais me glisser n’importe où. Non que je sois devenu une vedette, mais le monde est si petit…
Outre l’anonymat, la question sous-jacente est : réagit-on de la même manière selon qu’on règle sa facture ou non ? A cette question, je dirais que nous sommes tous assujettis à un phénomène très simple qui s’appelle le pouvoir d’achat, or celui-ci varie d’une personne à l’autre, fixe notre niveau de vie, mais aussi notre niveau d’attente vis-à-vis d’un produit. Faire un repas chez un trois étoiles qui vous coûte un mois de salaire n’a pas les mêmes enjeux qu’un autre à 30€, et il serait parfaitement hypocrite de prétendre le contraire. Donc, oui et encore oui.
En réalité, la seule et unique critique honnête serait celle effectuée dans l’anonymat complet et réglée de sa poche. Mais ça, c’est dans un monde idéal. Comme nous vivons sur terre, nous nous devons de composer avec nos moyens. C’est la raison pour laquelle, Orgyness affichera désormais une transparence totale sur les conditions dans lesquelles ont eu lieu les tests et dégustations qui paraissent, en affichant en tête des nouveaux articles l’information suivante :
adresse testée sur invitation
ou
adresse testée anonymement
Nous espérons ainsi répondre à un besoin de transparence et de sincérité qui fait défaut aussi bien à la presse traditionnelle qu’aux blogs que nous parcourons quotidiennement, et qui est l’essence-même de notre crédibilité. Sur ces mots, nous vous souhaitons un excellent appétit et une bonne lecture avec un œil nouveau.
Brice Lalonde puis Ségolène furent mes interlocuteurs environnementaux lorsque j’occupais le bureau ovale du 78 rue de Varenne, au premier étage.
Souvenir du premier lors du déjeuner avec le nouveau Ministre, Louis Mermaz, un mitterrandien du premier cercle, un politique pur sucre, ce brave Brice, la bouche en cœur, se félicitant d’avoir un interlocuteur à sa hauteur et non un techno comme Nallet « maqué » avec le père Raymond Lacombe, le boss de la FNSEA, l’ancienne maison du Henri.
Le maire de Vienne pratiqua selon sa méthode favorite : « l’anesthésie locale » et Lalonde, le pauvre, repartit ravi. Mon cher Louis, avec son humour pince sans rire, me dit « toi, le rocardien, tu ne peux pas comprendre… Je ne vais pas faire de la peine à monsieur Lacombe qui est un si brave homme pour un type qui ne représente rien…»
Après Brice vint Ségolène, et là la méthode changea, Louis Mermaz, alors en charge des investitures, avait propulsé la jeune Royal dans les Deux-Sèvres où elle fit son nid et il lui appliqua la méthode Solférino « t’es de mon courant donc tu as parti liée… »
Ça faisait enrager Ségolène mais elle ne ruait pas dans les brancards. C’est sûr moi qu’elle passait ses nerfs comme ce jour où, dans le grand amphi de l’école polytechnique montagne Sainte Geneviève, pour la conférence de lancement du sommet de Rio, en compagnie du charmant Ministre de la Recherche, Hubert Curien, je représentais Louis qui, de par la hiérarchie gouvernementale devait prendre la parole en dernier, elle me toisa « Il est encore absent… j’approuvai… tu n’interviendras donc pas… j’approuvai… Curien se fit médiateur… Ségolène tourna les talons, pris place à la tribune où j’allai me placer à sa gauche. La suite fut plus terre à terre, je pris la parole sous la condition de tuyauter Ségolène sur le barrage du Petit Saut (Guyane). Ce que je fis. Pragmatique la Ségolène…
La situation présente n’a plus rien à voir avec celle des années 90, l’Environnement pèse plus lourd dans la balance même si le Ministère de l’Agriculture reste toujours celui des agriculteurs.
Sous la Macronie, l’heure est pourtant au balayage de l’ancien monde, et pourtant face à la star des sondages Nicolas Hulot le locataire du 78 rue de Varenne est un pachyderme caricatural du concubinage du Ministère avec la FNSEA.
Le Stéphane Travert ne fait pas dans la dentelle, en bon normand qu’il est, la subtilité et lui font deux, il y a du Hervé Morin (le président de la région Normandie, maire d’Epaignes) sauf que Travert ne se vante pas d’avoir vu débarquer les Alliés en 1944 lire ICI
Le gars sait, comme tout bon socialiste, louvoyer : « Il milite pour le “non” au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe. Lors du congrès de Reims en 2008, il soutient Benoît Hamon puis Martine Aubry.Il rejoint en 2014 le camp des frondeurs en ne votant pas la confiance au Premier ministre Manuel Valls. Il ne vote pas de nombreux textes économiques ou budgétaires comme la sécurisation de l'emploi ou le pacte budgétaire européen. En mai 2014, Mediapart le situe à l'« aile gauche du PS, tendance Hamon »
Et puis, traversée ultra-rapide de l’échiquier : « Il est l'un des premiers à soutenir Emmanuel Macron, qu'il rencontre à la fin de l’année 2014, au moment de l’examen à l’Assemblée de son projet de loi dont il est désigné rapporteur2,6, contre l'avis de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste7. Il est nommé délégué du mouvement En marche ! Le 26 octobre 2016. »
C’est ainsi qu’on récolte le hochet, très ancien monde cher Emmanuel !
Plus étonnant, sur une photo Twitter, ci-dessous,
Christophe Castaner Compte certifié @CCastaner
29 nov.
Mobilisés autour d' @EPhilippePM au sein du comité de la majorité pour transformer en profondeur le pays.
Que vois-je ?
Stéphane Travert à la gauche de Rugy, dans sa position favorite les mains jointes devant sa bouche.
Et pas de Hulot ?
Alors, le défenseur des carottes de Créances peut-être goguenard lorsqu’on lui pose la question :
Certains glosent sur votre départ du gouvernement. Qu’en est-il ?
Cela me fait sourire. Dans ce ministère, il faut savoir affronter des tempêtes, les pieds bien plantés dans la terre. Je n’ai pas d’états d’âme.
Alors, ça sent le double langage, d’un côté le Président qui brandit un tweet comme quoi le glyphosate sera jeté à la décharge en France d’ici 3 ans et de l’autre, le Travert qui se réjouis de la décision européenne de le prolonger pour 5 ans.
@EmmanuelMacron
J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. #MakeOurPlanetGreatAgain
18:10 - 27 nov. 2017
Glyphosate : France ou Allemagne, il y a un problème avec les ministres de l'Agriculture
Le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert à Paris, le 8 novembre. (JOEL SAGET / AFP)
« Des deux côtés du Rhin, les ministres de l'Agriculture sont soupçonnés d'être à la botte des puissants lobbies agroalimentaires. Ils se sont opposés aux ministres de l'Environnement et n'ont pas vraiment été en phase avec les expressions de leurs présidents dans la crise du glyphosate. Pourtant, ni Stéphane Travert ni Christian Schmidt ne seront vraisemblablement débarqués par Emmanuel Macron et Angela Merkel. »
Serait-ce un bel exemple du « En même temps » ? Cher au président Macron ? Une synthèse entre écologie et agrobusiness ?
Exercice d’une grande complexité, une synthèse molle chère à ce cher François Hollande, du Le Foll sans la pratique de la doxa de l’ex-premier secrétaire ?
Mais alors, qu’adviendra-t-il du grand discours fondateur d’Emmanuel Macron à Rungis ?
Quand on lit, le texte ci-dessous, de Travert, publié vendredi 3 novembre, faisant le point sur l’état d’avancement des travaux dans les « ateliers » qui débattent aux Etats généraux de l’alimentation, ça sent la « bouillie pour les chats » congelée à la mode « langue de bois »
Ce texte lumineux comme un fanal de char à bancs nous apprend que ce jour-là « les représentants des acteurs économiques des filières agro-alimentaires se sont réunis au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation en présence de Stéphane Travert, pour finaliser un projet de charte d’engagement (…) Cette charte entend porter la volonté des acteurs de poursuivre le travail constructif qui s’est amorcé dans le cadre des Etats généraux, notamment dans les négociations commerciales qui vont se dérouler ces prochaines semaines entre les maillons de la chaîne agro-alimentaire (…) La réunion de travail de ce jour a permis aux parties prenantes d’avancer vers une rédaction commune. L’objectif partagé est que la charte puisse être signée dans les prochains jours par l’ensemble des acteurs volontaires ».
Sans déconner, en décodant ce charabia, si Travert espère que cette« charte puisse être signée dans les prochains jours par l’ensemble des acteurs volontaires », c’est que tous les acteurs (j’adore ce terme qui laisse accroire que les entreprises jouent un rôle écrit par d’autres) ne seront pas forcément «volontaires».
En clair, ça s’appelle un effet d’annonce très ancien monde, ce qui doit plaire à Michel-Édouard Leclerc qui, très probablement, ne la signera pas ou la considérera comme un chiffon de papier qu’il offrira à Travert pour se torcher.
Suis vulgaire mais, au-delà de la fixation sur le glyphosate, le grand chantier de l’Alimentation reste en jachère au 78 rue de Varenne. Le « parler vrai » n’est pas la langue de Travert, je le regrette…
Extrait d'une peinture de Gen Paul réunissant Louis-Ferdinand Céline et Gen Paul dans les rues de Montmartre.
C'est sans doute le dîner le plus délirant de l'Occupation. Si l'on est sûr du lieu - l'ambassade d'Allemagne à Paris -, la date varie selon les témoins. Est-ce 1941 ? 1943 ? Ou 1944, comme le racontera Jacques Benoist-Méchin, historien et membre de divers cabinets à Vichy, dans ses Mémoires, dont le récit ci-dessous est extrait ? Sont notamment présents ce soir-là : l'ambassadeur allemand, Otto Abetz, Drieu la Rochelle, Céline et le peintre Gen Paul. « Je regarde attentivement Céline, assis devant moi à la table de l'ambassade d'Allemagne. Son visage est pâle, douloureux, presque inexpressif. Mais ses narines frémissent et je sens s'accumuler en lui une force éruptive. [...]
Gen Paul : « Ce qu'il y avait de terrible avec Ferdinand (Céline), c'est qu'il aimait bien donner ses idées mais pas son pognon, tu piges »?
Ce fameux dîner je vous en parle car j’ai récemment lu la lourde somme à charge d’Annick Duraffour et Pierre-André TaguieffCéline la race, le juif… Légende, littérature et vérité historique 1150 pages chez Fayard. La version de Benoist-Méchin de ce dîner y fit l’objet d’une analyse pointilleuse.
Tout récemment la bande dessinée Le chien de Dieu de Jean Dufaux&Jacques Terpant chez Futuropolis, bien plus bienveillante pour le Dr Destouches et où ce fameux dîner occupe 5 pages.
C’est Annick Duraffour qui s’y colle en rappelant que « De l’activité de Céline sous l’Occupation, les céliniens ou les amis ont retenu pour la légende deux anecdotes (ndlr. Dont celle du dîner chez Abetz) qui plaisent à leur imagination et servent leur plaidoyer.
Avant d’aller plus avant, au risque de me faire traiter de cuistre, je ne suis pas un grand amateur de LF. Céline écrivain, hormis Voyage au bout de la nuit * tout en reconnaissant que c’est un grand écrivain. Je n’aime guère les grands stylistes, et l’apport des fameux points de suspension ne m’a jamais paru important, je suis Bovien (Emmanuel Bove I love Bove22 juin 2006ICI) donc minimaliste. Quant au bonhomme je le prends comme un salaud ordinaire mais ça n’engage que moi.
* « En 1961, dans un tardif entretien radiophonique qui ne fut jamais diffusé, Céline se montre plus lucide sur son évolution littéraire que les céliniens qui se pâment… « Puisque nous parlons de littérature, j’avais fini comprenez-moi. Après Mort à crédit, ben j’étais fini, quoi. Au fond, j’avais tout dit ce que j’avais à dire et c’était pas grand-chose. »
Notes personnelles de Benoist-Méchin
« Je regarde attentivement Céline, assis devant moi à la table de l'ambassade d'Allemagne. Son visage est pâle, douloureux, presque inexpressif. Mais ses narines frémissent et je sens s'accumuler en lui une force éruptive. [...]
Et soudain il explose : Assez ! dit-il, assez ! En frappant la table de ses deux mains au point de faire vibrer les verres. J'en ai assez d'écouter vos conneries ! Vous n'y êtes pas du tout... Vous croyez faire les malins, vous vous triturez les méninges autour d'une table bien servie, tandis que le monde s'écroule... Ma parole, vous avez une taie nacrée sur les yeux, du plomb dans les oreilles. Si vous construisez quarante mille avions, les Américains en construiront deux cent mille. Si vous construisez cent mille chars, ils en construiront un million. A vos armes secrètes, ils opposeront des armes plus secrètes et plus meurtrières encore. Vous n'y pouvez rien : ils sont la masse et la fonction de la masse est de tout écraser. Pendant ce temps, sournoisement, vous nous cachez l'essentiel. Pourquoi ne nous dites-vous pas qu'Hitler est mort ?
Hitler est mort ? s'exclame Abetz en écarquillant les yeux.
Vous le savez aussi bien que nous ! Seulement, vous ne pouvez pas le dire. Mais on n'a pas besoin d'être ambassadeur pour le savoir : ça crève les yeux ! Les juifs l'ont remplacé par un des leurs !
[...] Abetz, Drieu et moi en avons le souffle coupé. Nous connaissions l'audace de Céline. Mais nous ne pensions jamais qu'il pût la pousser aussi loin. Maintenant qu'il est lancé, où s'arrêtera-t-il ? Dire que l'ambassadeur nous avait invités à passer avec lui un agréable moment de détente !
Je vous dis que c'est plus le même homme, poursuit Céline. On l'a changé du tout au tout. On a mis un autre à sa place. Regardez-le ! Chacun de ses gestes, chacune de ses décisions sont faits pour assurer le triomphe des Juifs. Alors, faut être logique ! Les Juifs ont réussi un coup fumant, la plus grande mystification de l'Histoire ! Ils ont fait disparaître Hitler dans une trappe et l'ont remplacé par un type à eux. Remarquez qu'il se montre de moins en moins en public. C'est pour qu'on ne s'aperçoive pas de la différence. C'est idiot, d'ailleurs. Personne n'est plus facile à imiter. Mon ami Gen Paul, ici présent, l'imite à merveille. N'est-ce pas, Gégène, que tu l'imites bien ? Il est marrant quand il fait ça ! Il lui suffit d'une pincée de scaferlati [tabac] qu'il se colle sous les narines, pour remplacer la moustache. Allons, mon bon Gégène, te fais pas prier ! Ici on est entre copains. Montre-nous comme tu sais bien faire ton petit Hitler...
Gégène hésite un peu. Mais il finit par s'exécuter. Il sort une blague à tabac de sa poche, en tire une pincée de scaferlati, la malaxe entre trois doigts et la place sous son nez. Puis, d'un geste brusque, il se rabat une mèche de cheveux en travers du front, prend une pose napoléonienne (une main dans le dos, l'autre dans l'entrebâillement de son gilet), roule des yeux furibonds et dit d'une voix gutturale :
- Raou, raou, raou, raous !
Il ressemble étonnamment à Hitler. Aussi à Charlot, à Groucho Marx et à Félix le Chat. Abetz ne sait plus quoi faire. Mais il est pris, comme nous tous, d'une irrésistible envie de rire. [...] Abetz est sur des charbons ardents. Son chauffeur est entré dans la pièce.
- Vous allez reconduire M. Céline chez lui, 4, rue Girardon, lui dit l'ambassadeur. Mais roulez très doucement, car il est souffrant. Vous repasserez chez lui demain pour lui apporter quelques fruits et prendre de ses nouvelles... »
Le 15: mise en vente à l'Hôtel Drouot d'un beau portrait à l'huile de Céline par Gen Paul, daté 1936. Le tableau était estimé 15 000 à 20 000 euros, il en a réalisé 15 000, le montant de l'estimation basse.
« Les Allemands passaient tout à Céline » dira Lucien Rebatet.
« Céline connaît aussi le pouvoir de sidération et de séduction de ses fameuses sorties. Et puis le cabotinage et le rire viennent toujours au bon moment pour désarçonner l’hostilité qu’il risque de susciter. »
Annick Duraffour met en exergue 2 omissions par les célinophiles dans la relation des notes de Benoist-Méchin :
Tout d’abord, au début du récit ce que déclare Drieu la Rochelle : « Personne ne sait ce qui s’est passé [ à Stalingrad], poursuit Drieu, mais une chose est certaine : pour la première fois depuis le début de la guerre, la machine allemande ne paraît plus invincible. Pourquoi Hitler s’est-il cramponné aussi obstinément à des positions perdues ? » Drieu explique que l’armée ne donne plus les moyens d’assumer l’idéologie, la volonté de Hitler, que depuis Stalingrad « les armées allemandes n’ont cessé de reculer ». Abetz proteste : « L’Allemagne elle, est encore intacte. Le cœur de la forteresse est plus fort que jamais, ne serait-ce qu’il est plus ramassé […] – Je n’aime pas cet argument, interjette Drieu. C’est celui derrière lequel s’abritent tous ceux qui reculent. »
Plus que les pitreries de Gen Paul et les déclarations hallucinées de Céline « c’est Drieu qui tient le rôle d’esprit libre et ferraille sans rire. »
La seconde omission est encore plus grave : Céline déclare « Hitler fait tout pour préparer leur avènement, pour faire sauter le dernier bastion qui les sépare de la domination universelle. Merveilleux collaborateur ! Il les rafle partout, pour les envoyer dans ses camps. Pour en faire quoi ? Je vous le demande ? Des engrais, à ce qu’on m’assure. Il n’y avait qu’un Juif pour avoir une idée pareille ! »
Dans la bande dessinée l’auteur fait parler Céline :
« Nous sommes à l’ambassade d’Allemagne, rue de Lille chez Otto Abetz qui reçoit quelques vieilles connaissances. Pas question de taper le carton pour autant. L’ambiance était morose.
Il y avait là mon vieux copain Gen Paul, Drieu, Benoist-Méchin…
Toute la clique à mine sinistre qui quémandait des nouvelles encourageantes venant du front, les Boches n’en finissaient plus de reculer…
Notre hôte, le brave Abetz, essayait bien de temporiser, pour sûr que les forces de l’Axe finiraient par remporter la victoire et qu’on allait leur mettre une déculottée aux angliches…
Tout ce verbiage sonnait faux, pire qu’un guignol enrhumé.
Moi, je m’emmerdais solide. À mes côtés, Gégène buvait et il y mettait de l’ardeur le brave, à mille lieues ses rodomontades et des belles manières qui engluaient la soirée.
Sauf que, à un moment, j’en ai eu marre ! Fallait que ça sorte ! Alors je me suis levé, qu’ils comprennent qu’on s’en foutait de leurs mondanités.
ASSEZ !
J’en ai assez d’écouter des conneries ! Ma parole ; à force de vous pousser le petit doigt dans le pif quand vous levez vos tasses, vous l’avez perforée votre cervelle !
Reste plus rien !
Si. Il reste du Riesling.
La suite est conforme au récit de Benoist-Méchin. Sauf la conclusion : « On nous a foutus dehors… Manu militari… J’avais beau m’indigner, on nous raccompagnait jusqu’à nos pénates, à coups de bottes au cul si nécessaire. »
Autoportrait à la cravate bleue, 1927 Huile sur toile, signée en haut à gauche, datée 27 en haut à gauche. 46 x 38 cm
C’est en 1969 que des extraits d’un entretien avec Gen Paul furent diffusés dans l'émission « un Céline l’autre » ¹. Témoignage exceptionnel recueilli par Alphonse Boudard et Michel Polac. L’interview eut lieu chez l’artiste, alors âgé de 74 ans, à Montmartre. D’emblée, il lui fut demandé de définir Céline.
...Louis-Ferdinand Céline, c’est un monstre, qu’est-ce que tu veux? Un homme qu’on ne peut pas suivre.
C’est vrai qu’il ne voulait plus vous voir à la fin?
Oh, moi, je ne voulais plus le voir.
C’est vous qui ne vouliez plus le voir?
Non, non, je ne voulais plus le voir...
Pourquoi?
Il ne m’a fait que des vacheries. Peut-être qu’il l’a fait sans le vouloir. Je suis resté dix piges sans pouvoir vendre un tableau à cause de lui. J’ai divorcé à cause d’une lettre qu’il avait envoyée à ma femme ².
Qu’est-ce qui s’était passé?
Il était saladier, il était jalmince, il fallait qu’il détruise...
Comment l’avez-vous connu?
Ben, je l’ai connu dans des cours de danse. Je l’ai connu au moment du Voyage. On fréquentait la ballerine, quoi. Autant fréquenter des ballerines que des bonniches, c'est quand même mieux, hein? Moi, je les prenais comme modèles, et lui, il les massait. Il avait le sens de l'esthétique.
Il était amoureux de temps en temps ou c’était des passades?
Il était pas amoureux, non. Il avait le sens du beau. C’étaient des filles qui étaient placées, qui avaient des fois des petites tronches, mais il était mordu quand même par la danse. Et la danse, c’est quand même quelque chose, non? Puis derrière ça, il y a la musique...
Alors, tu dis qu’il n’était pas antimilitariste, Ferdine?
Ah, pas du tout, dis donc, pas du tout! Il y a un truc qui m’a toujours épaté, c’est quand... Il a fait un mois de griffe, un mois de front, pas plus. Ça a été héroïque, y a eu des reproductions, on en a parlé dans Le Petit journal ³, toutim, médaillé militaire... Mais il avait la bonne blessure. Ça n’empêche pas qu’il a rempilé pour Londres. Il était patriote, quoi. Il l’a toujours été. Quand il avait sa médaille militaire, il était très fier de la porter. Un jour, il y a Ferdine qui dit à Geoffroy 4: « Bon, je t’invite à dîner ce soir. " L'autre répond: " C’est pas possible. T’as hérité ? " Il dit:" T’en fais pas. »
Ils vont dans une "French soupe", un restaurant français, et ils bouffent toute la carte. Geoffroy l'attendait, [se disant]: " Il va sortir son mornifle. " Il appelle le patron. Il s'était mis en uniforme, Ferdine, et il dit au tôlier : " Est-ce qu’on paie avec une médaille comme ça ? " Alors, l’autre, il a donné le coup de chapeau, tu comprends. Ferdine avait gagné. (...) Enfin, il aimait le panache... C’est marrant, physiquement, il avait une belle gueule quand il était jeune, mais il avait un corps de gonzesse, dis donc, pas un muscle! Et des fois, il jouait, il allongeait la jambe comme ça, disant: " J’aurais pu jouer les fées. " Puis, il avait une grosse tronche, il chaussait du 60 comme tronche. Il n'a jamais pu mettre un chapeau. Il m'a dit: " Moi, j’ai une bouille à porter la couronne, j’ai une tête de roi. " Je peux pas en dire autant. On m'a toujours dit que j'avais une tête d'épingle. C'est un peu l'esprit de Ferdine, ça lui réussissait pas mal...
Il était roi? Il était pas anarchiste?
Il n’a jamais été anar! Pourquoi anar? En dehors de ça, il avait des coups de marrance. Il faisait l’ours, il parodiait l’ours 5. Oui, il avait parfois des côtés "", des côtés chouette, quoi. Autant, je te dis, il pensait qu'il avait la tête royale, mais des fois, il faisait très bien le triboulet, le marrant, mais pas en public, entre moi et lui. Du reste, dans tout son comportement, il parlait pas de son pognon, mais il faisait tout pour en avoir. Il était toujours inquiet de le placer, soit à Londres, soit au Danemark, soit au matelas. Des fois, il attrapait un lumbago: il mettait son jonc sous le matelas! Il était toujours en voyage avec son pognon. J'ai jamais vu le morlingue de Ferdine! Un jour, j'étais dans un p'tit bistrot. Il y avait la môme La Pipe, Almanzor, et il venait prendre le café avec nous. Il venait pas déjeuner. Alors, je lui payais le café. Normal. Puis la môme Almanzor dit: "Je mangerais bien six huîtres." Il dit: "Ah, tu voudrais pas que je te paie six huîtres avec mes quatre-vingts balles que je gagne au dispensaire !". C’était tout l’esprit de Ferdine, ça.
Tu l’as toujours connu comme ça?
Toujours. Il avait un porteuf’ avec des ficelles et un tout petit morlingue. Je l’ai vu payer son journal. Je l’ai jamais vu raquer. Et puis la môme, bon, elle était bien. Il y a eu un amour quand même, ils s’aimaient tous les deux. Mais c’était pas la paire de bas de soie, etc. (...) Ce qu'il y avait de terrible avec Ferdinand, c'est qu'il aimait bien donner ses idées mais pas son pognon, tu piges? Moi, il m'appelait le diable, "", parce que je marchais pas dans tous ses condés. (...) Un jour, je lui ai présenté Marcel Aymé. Il l'a regardé d'un coup de châsse comme ça, il lui a dit: " Petit plumaillon ! ".
Il aimait venir ici, écouter les histoires de la Butte?
La Butte, non... Il n’y a rien dans la Butte. Il y a toujours des événements, des fois il en parlait, mais tu vois...
Il parlait de politique?
Ben, c’est comme nous si on parlait du référendum 6. Je ne sais même pas ce que c'est le référendum, mais on en parle. Mais lui, il avait le sens... Il était français. Moi, je vois Ferdinand comme un Français, c'est tout. J'ai jamais eu de discussions politiques avec lui.
Les juifs, il n’en parlait jamais avec vous?
Ah ça, je le laissais divaguer. Il avait un truc, quoi. Quand il a écrit Bagatelles, il en parlait, mais je le laissais délirer. J'étais pas forcé de participer non plus, hein! Y a des mecs qui sont anticléricaux, ou anti-bourgeois, ou anticapitalistes. Tu peux pas leur changer leur disque, hein? Alors bon, je l'écoutais mais j'étais pas forcé de participer.
Vous l’avez toujours connu comme ça?
Oh non! ben non.
Avant Bagatelles, il n'était pas antisémite?
Pas du tout. (...) Il se persécutait lui-même, il persécutait les autres.
Il maniait l’argot aussi bien que vous?
Je ne sais pas si je le manie. Moi, j’ai connu Ferdinand: il parlait pas l’argot. (...) Je me souviens quand il a écrit Guignol’s band, il voulait décrire les docks de Londres. Un jour, il me descend. Il me poire: " Dis donc, je cherche un mot. Un mot qui n’est ni une odeur animale, ni une odeur humaine. " Tu sais, quand tu vas dans les docks, ça renifle, ça a une odeur. Alors, je cherche, on cherche... Il me dit: " Je veux un mot mais qui monte en l’air ! " Ça faisait partie de sa musique. Tu dis "é", c’est à ras de terre.pour "", "é", "". Alors, on cherche, on cherche... Puis, je me suis souvenu que... dans mes voyages en Espagne, la pâtisserie était aromatisée à la cannelle. Je lui dis: " Cannelle. " Ah, il s'exclame: " C’est ça que je voulais ! Cannelle !!!"
(Propos recueillis par Alphonse Boudard et Michel Polac)
Notes
1. Émission "Bibliothèque de poche" de Michel Polac, O.R.T.F., 2ème chaîne de la télévision française, 8 et 18 mai 1969.
Dans cet entretien, Gen Paul utilise quelques termes argotiques: coup de châsse (coup d'œil); griffe (soldat); jalmince (jaloux); jonc (or); marrance (amusement, rire); morlingue (porte-monnaie); mornifle (monnaie); poirer (surprendre); raquer (payer); toutim (tout et le reste).
2. Il s'agit de sa seconde femme, Gabrielle Abet, née en 1925. Sur cette affaire, voir le chapitre " Gaby sans Gen Paul " in Éric Mazet & Pierre Pécastaing, Images d’exil. Louis-Ferdinand Céline, 1945-1951 (Copenhague-Korsør), Du Lérot & La Sirène, 2004, pp.-272. Selon les auteurs, " les propos affectueux, d’ami et de médecin, n’apportaient pas de grandes révélations à Gaby, qui dut quitter Gen Paul pour des raisons plus personnelles."
3. Confusion avec L’Illustré National.
4. Georges Geoffroy, camarade de Louis Destouches (né, comme lui, en 1894) au 2e Bureau à Londres en 1915. Voir le chapitre qui lui est consacré dans Images d’exil, op. cit., pp. 251-253.
5. "En effet c’est mon numéro, je danse l’ours à s’y méprendre. Ça me va avec mes vertiges, d’un pied sur l’autre je me dandine comme ça presque sans bouger, les bras ballants, la tête branlante... D’abord il le savait bien, on l’avait travaillé ensemble... Les voilà tous à rigoler. Faut que je leur fasse la danse de l'ours" (version A de "éerie pour une autre fois" in Romans IV, Gallimard, 1993, p. 635).
6. Cet entretien se déroule à l'époque du référendum, initié par de Gaulle, sur la création des régions et la rénovation du Sénat. L'échec de ce référendum allait entraîner sa démission.
GEN PAUL. Peintre, gouachiste, dessinateur, graveur, lithographe. Montmartre (96, rue Lepic), 2 juillet 1895 - La Pitié-Salpêtrière, 30 avril 1975. Né à six heures du matin dans une maison peinte par Van Gogh, de Joséphine Recourcé, brodeuse, et de père non dénommé. Le 5 juin 1897, sa mère épouse Eugène Paul, plombier et peut-être musicien de cabaret ; le 19 décembre 1902, ils légitiment leur fils qui a sept ans. Dès 1908, il commence à peindre et à dessiner (" Autoportrait", crayon). Son père meurt en 1910, il est alors apprenti tapissier. Paul devance l’appel et se retrouve au 111e Chasseurs ; blessé au pied en 1914, remonté au front, il est de nouveau blessé et, sur l’intervention de sa mère, on l’ampute de la jambe droite, en 1915. De retour à Montmartre en 1916, il épouse, à la Mairie du XVIIIe, Fernande Pierquet, ils s'installent au 2, impasse Girardon dans un appartement qu'il habita jusqu'à son décès. Pour survivre, il fait différents petits boulots et recommence à peindre des fleurs, des têtes et le Moulin de la Galette, en face de chez lui. En 1917, il vend ses œuvres, signées Gen Paul, à Ragueneau, un brocanteur ; se lie avec Émile Boyer et Frank-Will, ils font de la musique et, avec l'argent de la manche, mènent joyeuse vie. Juan Gris au Bateau-Lavoir lui offre pinceaux et vieux tubes de couleurs. Mathot lui demande des œuvres à la manière de Monticelli, Daumier, Lebourg... Eugène Delâtre l'initie à la gravure, il vend des vues de la Butte à l'aquatinte aux brocanteurs. À partir de 1920, Gen Paul entame une évolution, ses paysages urbains sont mieux construits ; il entre au Salon d'automne et commence une longue série de voyages en France ; à Marseille, Leprin le guide dans les vieux quartiers et dans les maisons de tolérance. En 1921-1922, Gen Paul découvre le Pays basque espagnol ; Chalom s'intéresse à ses tableaux. De 1923 datent ses premiers portraits, surtout des clowns, ainsi que les premières vues de Montfort-l'Amaury, l'année suivante Gen Paul fait la connaissance de musiciens, en particulier du violoniste Noceti ; il voyage à Bilbao, à Motrico, expose à Anvers et à Londres. À partir de 1924, Gen Paul amorce une évolution solitaire, il commence à s'éloigner de la peinture de ses amis Utrillo, Leprin, Génin, Quizet et Frank-Will, chahute les sujets et en vient à créer une forme personnelle d'expressionnisme du mouvement ; il trouve ses sources au Musée du Prado, auprès du Gréco, de Velásquez et surtout de Goya. Les visages et les personnages prennent de plus en plus d’importance. Jusqu’en septembre 1930, il voyage, travaille sans arrêt, saisi d’une sorte de frénésie créatrice faisant dire par Me Maurice Rheims "'il a peint quelques-uns des meilleurs tableaux du siècle" durant ces cinq années. La galerie Bing, en 1928, l'expose avec Picasso, Rouault, Braque et Soutine qu'il ne connaissait pas encore. Bing, dans un long texte consacré à Gen Paul, le met au même niveau que ceux-ci. Il peint des musiciens que l'on sent jouer, des portraits impressionnants, ainsi que des paysages basques, des vues de Montmartre et de quelques villes de la banlieue de Paris. Gen Paul signe un contrat avec Bernheim, dénoncé après le krach de 1929. Épuisé par une vie trop intense, miné par l'alcool et par une affection contractée à Alger, Gen Paul s'écroule à son passage à Madrid, au troisième trimestre 1930, et manque mourir. Après une cure, il revient à Paris et se remet lentement. Commence alors la troisième période de son œuvre, entre 1930 et 1945, période que certains ont qualifiée de célinienne en raison de son amitié avec Céline à partir de 1932, et non en raison d'une quelconque influence de l'écrivain sur son œuvre. Il peint assez peu à l'huile, les couleurs sont plus claires et le trait du dessin, plus apparent. Par contre, durant ce temps ses dessins et ses gouaches sont de grande qualité, il élargit encore le choix des sujets traités. Dans son atelier se tient une sorte de cénacle qu’il préside avec Céline et Marcel Aymé ; il est fréquenté par des comédiens, des musiciens, des médecins, des écrivains et des personnages pittoresques. Parmi les habitués : Carco, Jouhandeau, Fernand Ledoux, Berthe Bovy, les clowns Rhum et Porto, Dorival et René Fauchois. En 1934, le 20 octobre, il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur. Outre ses œuvres sur toile ou sur papier, Gen Paul réalise une fresque de 100 personnages, pour le Palais du Vin à l’Exposition Internationale de 1937, dessine des lithographies, se brouille avec Céline en 1937, puis se réconcilie avec lui. La mort de sa femme en 1939, après 23 ans de vie commune, la guerre toute proche, le manque d’amateurs pour ses tableaux le démoralisent, il part sur la Côte d’Azur, à Sanary, rejoindre les peintres, puis à Marseille. Rentré à Paris, il fréquente le restaurant de la rue Tholozé "Pomme" et les amis restés dans la capitale. Denoël lui confie l’illustration du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, en 1942. La quatrième période commence en 1945, on la qualifie de calligraphique. Gen Paul renoue avec les milieux hippiques qu'il peint à l'huile et à la gouache. Avec ses amis peintres, il crée, en 1946, une fanfare pour faire parler d'eux, dénommée "Chignolle". Elle comprend Agostini, Blanchard, Frank-Will, Marcel Aymé. Il reprend les sujets qu'il a traités auparavant, dessine énormément. Les vues de la Butte et de Paris, les musiciens entre 1948 et 1958 sont de grande qualité. Il produit beaucoup, et le succès est là, c'est devenu un monstre sacré, le témoin du Montmartre du début du siècle. Il se marie avec Gabrielle Abet en mai 1948, et divorce en 1951. Son fils naît en 1953, à Genève. Il expose à Paris (chez Drouant-David, 1952, catalogue préfacé par Francis Carco), à New York, à Genève (galerie Ferrero), il voyage toujours, du moins jusqu'en 1966. À partir de 1964, il cesse de peindre à l'huile, se réfugie dans son appartement ; c'est l'époque des portraits dit "télévision". Il continue de dessiner et de gouacher, réalise des lithographies. Rétrospective chez André Pacitti en 1972. Le Dr Miller édite un livre en hommage au peintre qu'il lui offre le 25 décembre 1974. Hospitalisé en 1975, il meurt d'un cancer à l'hôpital le 30 avril. Quelques expositions lui sont consacrées après son décès. La plus importante est celle de 1995, à l'occasion du centenaire de la naissance du peintre, au Couvent des Cordeliers, réalisée par André Roussard, qui réunit une centaine d'œuvres expressionnistes de la seconde période (1924-1930) -, cent chefs-d'œuvre pour la gloire de celui que le critique de La Gazette de l’Hôtel Drouot, commentant l'exposition, qualifie ainsi : "Gen Paul est sans doute le plus grand représentant, et peut-être le seul, de l'expressionnisme de tradition française". Le catalogue comporte une préface d'André Roussard, un texte du Dr Miller, une biographie revisitée de Guy Mairesse, ainsi qu'une analyse d'A Marca, responsable de l'édition du catalogue. Œuvres aux Musées de Berne et de Granville ; le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 30. Œuvre graphique. (.)
Notice due à André Roussard, spécialiste de Gen Paul. Depuis de nombreuses années, il dresse le répertoire et archive la documentation sur la vie et l’œuvre du peintre. Pour plus de renseignements, contacter les Éditions Roussard, 13 rue du Mont Cenis, 75018 Paris. Tél. : 01.46.06.30.46. Courriel : roussard@noos.fr
Des voyageurs massés sur la fameuse plate-forme d'un Renault TN4H de la ligne 27, en avril 1946. Collection RATP
« Grâce à lui, les plus hardis descendent et montent en marche. Lorsque le temps est clément, il n’y a pas de lieu d’observation de Paris plus agréable. Sur cette terrasse, réservée aux seules lignes parcourant la capitale intra-muros, le receveur règne en maître. Sur sa poitrine flotte la « moulinette », la petite machine qui oblitère (à l’époque, on ne parlait pas de composter) les tickets des voyageurs en émettant un petit bruit sec.
Lorsque tout le monde est à bord, il actionne avec autorité la chaînette qui déclenche le signal du départ, une clochette au son mat, à l’intention du machiniste. Presque invisible car relégué à l’extérieur, sous la « casquette » formée par l’avancée du toit, il transpire l’été et grelotte l’hiver. Il faudra attendre 1949, date à laquelle les TN furent « vestibulés », pour qu’il ne soit plus exposé aux intempéries. »
L'emblématique Renault TN4 avec sa face en « nez de cochon ».Collection RATP
Trop tard, je suis arrivé trop tard à Paris, en 1976, pour avoir le bonheur de m’enfourner dans le bus RATP par son cul, dit moins vulgairement je n’ai jamais connu les autobus à plate-forme avec préposé tirant la chevillette (dixit Desproges).
De mon temps, comme disait pépé Louis qui détestait la modernité mécanisée qui avait envoyé ses grands bœufs blancs au cimetière des éléphants, la RATP avait inventé des nouveaux bus à la plate-forme mais il fallait d’abord monter par l’avant, montrer patte blanche au conducteur, progresser jusqu’au fond, faire coulisser une porte avant de mettre son nez à l’air.
Mais, là aussi, la modernité, la rationalité des ingénieurs, ont eu raison de cette dernière survivance de la Belle Epoque :
23 juillet 2001
Dans quelques semaines, cette scène de la vie parisienne ne sera plus qu'un souvenir. Les bus à plate-forme une quinzaine au total sur les lignes 29 et 56 vont en effet être retirés de la circulation par la RATP avant la fin de l'année.
Avec la fin des bus à plate-forme, c'est un peu de patrimoine roulant qui disparaît des rues de Paris. « L'époque où l'on montait par l'arrière. L'époque où l'on achetait son ticket au receveur et non au chauffeur », se souvient une passagère.
Pour la RATP. « Les Parisiens veulent avant tout être transportés. »
J’adore ! Comme du bétail…
« Ce remplacement s'insère de plus dans une rénovation d'ensemble de tous les autobus de la RATP. En tout, 478 bus sur près de 4 000 vont ainsi être remplacés dans les tout prochains mois, grâce à une aide de 460 millions de francs (69,5 millions d'euros) votée jeudi dernier au conseil régional d'Ile-de-France. De quoi porter à 2 000 le nombre de bus «propres» qui circuleront à Paris et en proche couronne.
Sans vouloir ironiser mais les fameux « bus propres » de l’an 2000 nous les attendons toujours, c’est l’adepte du vélo qui vous le dit.
La RATP a fait des progrès dans le confort, il roule aussi des bus hybrides *, mais la régularité est souvent aux abonnés absents : 2 bus qui se suivent puis plus rien pendant de longues minutes…
*Au total, ce sont déjà 785 véhicules hybrides qui circulent sur le réseau d'autobus exploité par la RATP soit environ 16% de l'effectif total. Une proportion qui ne devient plus vraiment négligeable et qui devrait encore progresser pour atteindre quasiment un millier de voitures, soit 20% de la flotte. Pour autant, la technologie hybride reste une solution de transition : outre le fait que le bilan économique n'est pas totalement certain, la RATP s'engage au même rythme vers l'autobus électrique, avec au passage la même inconnue...
La dernière ligne d’autobus à plateformes en service c’était la ligne 21, et ceux-ci ont disparus le 23 janvier 1971. Leur suppression a été décidée pour des raisons de sécurité - certains ont parcouru plus de 2 millions et demi de kilomètres -, mais aussi économiques, les nouveaux autobus ne nécessitant qu'un seul agent de la RATP. « J'aime bien le progrès, mais la plate-forme, on la regrettera », confie un fumeur de pipe au journaliste du Parisien libéré.
Pour les derniers bus plate-forme, l'heure n'est pourtant pas encore à la casse. « Remis à neuf, ces bus sont en effet revendus à des associations ou des pays étrangers. Souvent en Amérique du Sud », précise Alain. « Prix moyen : 300 000 F avec les pièces de rechange ! »
Le fameux Renault TN. « Sa longue carrière (1931-1971) lui a valu d’apparaître dans un nombre incalculable de films et de documentaires d’époque, sans compter ses apparitions, sous les vivats, lors des journées du patrimoine. Cet imposant véhicule (9,50 mètres), reconnaissable entre tous avec sa face avant dite « nez de cochon », ses énormes roues, sa livrée vert et crème, mais aussi sa fameuse plate-forme arrière, incarne l’autobus parisien par excellence. »
Il fallait le voir, dans les années 1960, rempli comme un œuf, s’arracher au redémarrage dans un énorme craquement de boîte de vitesses dans la côte de l’avenue de Clichy, près de La Fourche. Ce gros bahut, dont le machiniste devait avoir des biceps d’athlète pour manipuler l’énorme volant, signalait son intention de déboîter en agitant de charmantes petites flèches rouges lumineuses. Quiconque avait l’audace de se mettre en travers de sa route était instantanément terrassé d’un coup de klaxon gargantuesque.
Apparu en 1931 à la demande de la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), ancêtre de la RATP, le Renault TN4 sera le bras armé d’un basculement des transports collectifs de surface. Puissant, capable de transporter une cinquantaine de voyageurs (en se serrant bien), il va imposer le règne du bus et définitivement enterrer le tramway qui disparaîtra de la capitale en 1937.
Il n’y a de ma part aucune préméditation, aucun calcul, certaines semaines mes sujets de chroniques peuvent paraître répondre à un plan, à une volonté de démonstration sur un sujet chaud.
Il n’en est rien, les enchaînements sont fortuits, ils s’imposent à moi sans que je n’y prenne garde, naturellement.
Donc cette semaine c’est la bidoche, la rouge, la saignante, celle qui cumule de plus en plus de handicaps.
En effet, pour obtenir un steak il faut tuer un animal dans un lieu appelé abattoir ; autrefois à la Mothe-Achard c’était une tuerie particulière où les bouchers et les charcutiers tuaient eux-mêmes les animaux dont ils vendaient la viande et les préparations au détail.
Aujourd’hui, c’est l’histoire d’un tueur dont je vais vous entretenir au travers du livre Les liens du sangd’Errol Henrot Le Dilettante - 190 pages
« François travaille dans un abattoir industriel, un peu à l'écart de la petite ville du sud de la France où il vit. Comme son père. Il ne l'a pas vraiment décidé en fait, parce qu'il ne savait pas bien quoi faire de lui, François, alors penser à ce qu'il allait faire de sa vie... Son père a décidé pour lui. Un petit mot au directeur, un rendez-vous, une visite de la chaîne d'abattage et puis c'est lui qui se retrouve le couteau entre les mains et prend sa place dans le processus qui permettra à des millions de consommateurs de trouver leur ration quotidienne de viande dans leur assiette. Ensuite, les gestes se font, il évite de penser, les jours et les années passent... Mais peut-on rester totalement indifférent au sang qui coule ? Jusqu'à quand ? »
Le plus déconcertant, au premier regard, songea François, est la longue file d’attente des animaux, le point de départ de la chaîne d’abattage. C’est un parcours rectangulaire qui relie un enclos à l’abattoir, pareil à ceux que l’on voit devant les attractions des parcs de loisirs. Et surtout, la régulière avancée des animaux, qui apparaissait au jeune homme comme une progression à la fois rapide et très lente. Rapide à la pensée du nombre d’animaux qui tombaient au cours d’une seule minute. Lente, parce que le drame de la répétition, c’est son impuissance à permettre à l’homme de produire, pour chaque individu qui disparaît derrière ce mur infâme, un souvenir décent, une place suffisante dans la conscience. Cette impuissance, malgré l’habituelle atonie du jeune homme, le troublait, et ses yeux s’humidifièrent. Mais il ne pleura pas.
La deuxième image fut celle de l’animal pendu par les pattes arrière à un treuil et conduit au-dessus d’un vaste espace blanc, ressemblant à la surface dure et froide des douches publiques. Encore immobile lorsqu’on lui lia les pattes, l’animal, le crâne perforé quelques secondes plus tôt, se réveillait déjà. Il se tordait, tournait la tête à droite et à gauche, essayait de crier mais ne laissait passer qu’un grognement affaibli. Avec un couteau à la lame très longue, le tueur, droit, en blouse blanche, les pieds fermement établis sur sa plate-forme de travail, trancha les artères carotides de la vache. Le sang s’écoula immédiatement en jets rouges et épais, les rapides battements de cœur de l’animal accélérant le flux. Une quantité impressionnante se répandait sur le vaste espace blanc, et les vapeurs de condensation propageaient l’odeur de décomposition dans le corps de tous, à la fois du personnel et des autres vaches qui défilaient à la chaîne, accrochées au treuil et en attente du même sort. Le ruissellement propulsé au rythme du cœur ralentissait peu à peu. L’animal tressaillait, longuement, puis s’immobilisait. Le sang se déversait dans une cuve spéciale, dans laquelle, mélangé à l’eau, il devrait se dissoudre en quelques jours. Puis le corps fut conduit, toujours sur le treuil, vers l’étape suivante : le décollage de la peau, le calibrage, l’éviscération et le placement dans les cellules de refroidissement où les carcasses étaient disposées les une derrière les autres, avant les opérations de découpe. La troisième image. »
Semaine de la viande rouge chez le taulier qui, dans la panoplie de ses activités diverses et « avariés » diront ses détracteurs, à commis en avril 2011 en compagnie de 3 de ses collègues bien plus compétents que lui un RAPPORT sur l’Analyse stratégique de la filière bovine française par bassins de production.
Ce n’est pas tout neuf mais les grandes tendances restent les mêmes, elles tordent le cou aux âneries répandues par les grands médias et certaines ONG.
« Avec les résultats du Kantar Worldpanel. Selon les données de ce panel, la consommation globale des ménages de viande de bœuf a chuté de 8% entre 2005 et 2009 avec cependant une évolution divergente entre la viande hachée qui progresse légèrement et une baisse de 12% de la viande en morceau. Les consommateurs privilégient les produits dont « l’assurance tendreté » est la meilleure et les moins chers, le haché frais valant 9,11€/kg en 2009 contre 12,43€/kg pour la viande en morceau.
Qu’importe la qualité, le consommateur veut du steak haché… titrait le journal Sud-Ouest du 26 avril 2017 »
« Le marché de la viande bovine offre un triste constat : les mauvaises bêtes sont particulièrement prisées quand la vache d’exception peine à trouver preneurs »
« Plus de 52 % de la viande transformée provient des vaches de races laitières contre 28 % pour celles issues de races à viande et 15 % de jeunes bovins. Et faute d’animaux légers disponibles sur le marché intérieur, les industriels n’hésitent pas à s’approvisionner à l’étranger en carcasses et en découpes d’animaux légers.
La France est ainsi le principal importateur de vaches laitières européennes des Pays Bas, d’Irlande et d’Allemagne essentiellement. Elles représentent 80 % des volumes de viande achetés.
Les viandes bon marché d’origine polonaise ont de plus en plus la côte mais aussi les jeunes bovins élevés en France et initialement destinés à l’export. Déclassifiée et devenue bon marché, leur viande pauvre en matière grasse, n’en est pas moins appréciée.
La baisse du pouvoir d’achat n’explique pas à elle seule cette vogue pour ces produits de « premier prix ». La hausse de la consommation de viande hachée en frais, en surgelé ou en préparation de près d’un point par an traduit avant tout un changement d’habitude alimentaire et de gout des consommateurs tant le phénomène prend de l’ampleur. Commercialisés dans des supermarchés (42 % de la viande bovine vendue) et dans des chaines de restauration rapide, ces produits sont tout à fait adaptés au mode de vie actuel.
En restauration hors domicile, la consommation de viande hachée est dynamisée par l’explosion du burger. Aussi bien en restauration rapide qu’en restauration traditionnelle où les restaurants dégagent de meilleures marges qu’avec leurs plats de viandes en morceaux. »
En 2009, les ménages ont réalisé 72% de leurs achats de viande fraîche de bœuf dans les Hypermarchés et supermarchés. Avec le hard-discount la part des grandes surfaces atteint 80%. Une part des consommateurs reste attachée aux magasins spécialisés mais ils n'y achètent que 15% de leur viande fraîche de bœuf. Cette répartition évolue peu dans le temps mais la part du hard-discount progresse : 6 % en 2003, 8 % en 2009.
Cette évolution s'inscrit dans une tendance lourde du budget « alimentation » dont la part est toujours plus comprimée soit pour des raisons économiques (explosion de certains postes de dépenses : logement, énergie transports) ou des raisons culturelles (loisirs, TIC). De plus les besoins alimentaires sont saturés et la crise renforce les arbitrages. Les consommateurs dans leurs comportements quotidiens développent une vigilance accrue sur les prix, opèrent des achats plus réfléchis, et ont plus d'exigence vis-à-vis de l'innovation. Leur sensibilité aux promotions est très grande. Ils privilégient de plus en plus simplicité et rapidité : plats préparés ou pré-préparés surtout chez les jeunes.
Les ménages les plus jeunes (- 35 ans) se détournent des viandes qu'ils estiment nécessiter un savoir-faire culinaire. Ils privilégient la viande hachée fraîche et surgelée tout comme les produits élaborés qui sont commodes, faciles à préparer et appréciés par les enfants. Ils consomment trois fois moins de viande de bœuf en morceau que leurs aînés.
Cette situation est préoccupante car elle rapproche le modèle de consommation français de viande rouge de celui des anglo-saxons.
En contrepoint de cette évolution le repas à la française résiste: persistance des 3 repas, maintien du plat principal à base de viande ou de poisson, importance de la convivialité et de la dimension plaisir renforcée par la crise. Le retour du « fait maison », le développement de la culture de tribu autour d'instants de consommation, la percée du « bio » et du local et la cuisine hobby surtout le week-end tendent à conforter les habitudes de consommation spécifiquement françaises.
Sur la base des données de 2010 la segmentation du marché des gros bovins produits en France ou importés s'établit comme suit (en milliers de tec d'après SSP, douanes, Franceagrimer, Kantar-World- panel) :
Consommation des ménages 1123 (en milliers de tonnes équivalent carcasse)
Hyper et Supermarchés 765
Hard-Discount 106
Bouchers détaillants 155
Autres 97
Consommation collective 280
Exportation 314
Total 1717
Ces marchés sont approvisionnés par trois ressources différentes :
Viande du troupeau laitier 544
Viande du troupeau allaitant 808
Importation 365
Total de la ressource 1717
Sous l'effet de la progression de la demande en steak haché, le volume du marché pour les viandes standards, d'origine laitière ou importées progresse légèrement (+ 1500 tonnes). Les viandes importées se substituent aux viandes du troupeau laitier. Les viandes du troupeau allaitant subissent de plein fouet la baisse du marché et diminuent de 93 000 t soit 11,5 % de leur production. Cette baisse représente l’équivalent de l’activité de 24000 exploitations élevant des vaches allaitantes en système « naisseurs » soit 20 20% du total de cette catégorie d’exploitations.
Le steak haché, star controversée du rayon viandes
« Inventé par l’armée, « le » produit de référence du rayon boucherie a vu sa réputation entachée par plusieurs crises. Retour sur une histoire houleuse.
La viande hachée ? Archi-connue depuis l’Antiquité ! À l’époque, on la cuisine surtout en farce et en boulettes. Les premières traces de viande hachée « façon steak » remontent au XIIe siècle, lorsque les chevaliers mongols, partis à la conquête du monde à dos de poney, prennent l’habitude de transporter de la viande hachée, placée sous la selle, pour l’attendrir. Notre sacro-saint steak haché à la française, de forme ovale, naît bien plus tard, dans les années 60, sous l’impulsion de l’armée de terre. Celle-ci lance un appel d’offres pour fournir à ses soldats une ration de protéines calibrée et un produit sûr en termes sanitaires et bactériologiques. Les industriels fournissent le steak haché tel que nous le connaissons avec sa forme ovale et ses stries, qui servent à renforcer l’aspect grillé de la viande une fois poêlée. Très vite, il sera aussi décliné pour la grande distribution, dans les années 60-70.
D’emblée, le produit rencontre un succès majeur. Car la ménagère, sortie de ses fourneaux pour entrer dans le monde du travail, n’a plus le temps de faire mijoter des heures durant des plats à base de bœuf. Le steak haché représente donc un produit pratique, et économique.
Pour les industriels, c’est aussi une bénédiction : pour la première fois, on se sert de morceaux à bouillir, situés à l’avant de l’animal, pour en faire un produit à griller, cuisson destinée normalement aux parties plus nobles de l’animal, à l’arrière.
La confiance ébranlée
Premier coup de frein sur le steak haché en 1996, avec la crise dite de la vache folle. En 2005, des steaks hachés porteurs de la bactérie E. coli sont retirés des rayons surgelés chez Leclerc : des dizaines de personnes sont hospitalisées pour avoir consommé ces produits. En 2011, 2012 et 2013, le haché est de nouveau pointé du doigt : des produits sont retirés dans plusieurs enseignes. En ligne de mire : la bactérie Escherichia coli. Des morts, des images chocs dans les médias, le produit star devient objet de crainte…
Sus à la viande, la rouge bien sûr, celle de bœuf qui est le plus souvent de la vache laitière réformée, en raison du coût environnemental considérable de la viande : «Pollution, émission massive de CO2 due aux rejets organiques et au transport, consommation d’eau excessive pour réaliser un steak»
« Là, j’ai pris conscience que tous mes petits efforts pour préserver l’environnement n’avaient qu’un poids infime en comparaison des dégâts environnementaux provoqués par l’élevage de mon bifteck »
Pour Terra Nova, le règne de la viande est révolu
La consommation de viande ne cesse de progresser, dans les pays développés comme émergents. Or cette dynamique est désormais porteuse d'inquiétudes de plusieurs ordres. De nombreux scandales sanitaires récents ont suscité des doutes sur la sécurité alimentaire des produits carnés. La surconsommation de viande est aussi préjudiciable pour l'environnement, les activités d'élevage impliquant une mobilisation de ressources souvent disproportionnée par rapport à leur apport nutritionnel. L'actualité a aussi été marquée par de nombreuses révélations sur le traitement inhumain des animaux dans certains abattoirs. Enfin, le désarroi de nombreux éleveurs devant la difficulté à vivre de leur travail a mis en lumière les défaillances et dysfonctionnements des chaînes de valeur de ce secteur. L'objet de ce nouveau rapport de Terra Nova n'est pas de condamner en soi la consommation de viande. Mais tout plaide pour que soit recherché un nouveau compromis entre nos traditions alimentaires et nos impératifs sanitaires, environnementaux et économiques. Ce nouvel équilibre commande une réduction quantitative et une amélioration qualitative de la viande que nous consommons.
La réponse argumentée du Directeur scientifique adjoint agriculture de l’Inra, Jean-Louis Peyraud vaut la peine d’être versée au dossier :
Eugène BOUDIN (1824-1898), La Prairie d'après Paulus Potter
Un monde sans élevage, « c’est juste inimaginable ! »
En tant que scientifique, pouvez-vous imaginer dans l’absolu un monde sans élevage comme le prônent les associations abolitionnistes ?
Jean-Louis Peyraud : « C’est une telle connerie que non ! C’est d’abord un non-sens humanitaire : il y a aujourd’hui, sur la Planète, 800 millions de pauvres - majoritairement dans les pays du Sud et notamment des femmes - qui ne vivent, ou plutôt survivent, que parce qu’ils ont une vache, quelques volailles. C’est aussi un non- sens écologique et agronomique. On ne peut aujourd’hui concevoir une agriculture sans élevage. Il faut rappeler que 40 % des surfaces dans le monde sont fertilisées par les effluents d’élevage, par des agriculteurs qui ne peuvent se payer d’engrais chimiques. Sans eux, ce sont des millions de tonnes d’engrais chimiques auxquelles il faudrait avoir recours à l’échelle planétaire. L’élevage, dans nos pays développés, a aussi une vocation de recyclage des sous-produits de cultures non consommables par l’homme : paille, corn gluten, huile d’oléagineux,... Dans les zones de polyculture-élevage, les prairies qui entrent dans les rotations ont aussi comme fonction de couper le cycle des parasites des cultures. On constate d’ailleurs que ce sont les polyculteurs-éleveurs qui réduisent le plus leur usage de phytos. Pour en venir à vos régions couvertes d’herbe, sans élevage, on va complètement fermer ces paysages, ces territoires, avec la forêt et plus personne n’y habitera. C’est juste inimaginable ! Et si on pousse encore la logique jusqu’au bout, si on veut réduire l’utilisation des phytos en Europe via la lutte intégrée, il faudra recourir à des élevages ... d’insectes. »
- Et pourtant, les attaques anti-élevage sont nombreuses avec des arguments souvent discutables. Qu’en est-il ?
J.-L. P. : « Il y a d’abord le rôle de l’élevage - et notamment des ruminants - dans les émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, en Europe, l’agriculture représente moins de 20 % des émissions de GES, moins que l’habitat ou l’industrie, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à les réduire et on a des leviers pour cela avec les prairies. C’est aussi l’élevage intensif, concentré sur un territoire pour une logique économique - comme en Bretagne - qui est montré du doigt pour ses impacts sur l’environnement. Il y a également la question de l’utilisation des surfaces et des ressources sachant que, demain, il faudra bien arriver à nourrir 9,5 milliards de personnes. Pour le coup, cet argument de la concurrence entre alimentation humaine et alimentation animale est très ambivalent et mal interprété. Dire qu’il faut 8 à 9 kilos de protéines végétales pour faire 1 kg de protéine animale n’est pas faux en soit, sauf que dans ces protéines végétales, certaines ne sont pas consommées par l’homme, comme l’herbe... L’élevage contribue en fait à une utilisation beaucoup plus efficace de la biomasse avec une contribution nette à la production de protéines. Et certains systèmes sont encore plus efficients, comme les volailles, les porcs mais aussi les ruminants lorsqu’ils valorisent des fourrages, de l’herbe. Quant aux chiffres qui circulent sur les besoins en eau des élevages, ils ne sont pas non plus erronés, mais encore une fois mal interprétés : si on considère toute l’eau de pluie qu’il faut pour produire un kilo de viande, oui il faut entre 10 000 et 30 000 litres. Sauf que si on retire l’élevage d’un territoire, cette même eau continuera de tomber. Il est plus juste de raisonner sur l’eau “utile”, qui pourrait servir à l’alimentation humaine. On obtient alors des ratios beaucoup plus raisonnables : environ 50 l d’eau pour produire un kilo de viande, 10 litres pour 1 litre de lait en système herbager. Dernière attaque en date, celles sur le bien-être animal : on met souvent en avant les élevages intensifs avec la question des animaux en claustration. À l’Inra, on travaille beaucoup sur ces aspects, le comportement animal, comment l’animal intègre son environnement... pour voir comment améliorer les conditions d’élevage mais en évitant tout anthropomorphisme. Dire qu’en mettant les animaux dehors, ils seront forcément heureux n’est pas toujours si évident que ça. »
- En même temps, l’élevage ne peut rester sourd à ces préoccupations qui traversent la société...
« Même lorsqu’ils ont des bases scientifiques, la plupart des arguments avancés pour s’opposer à la viande font la part belle aux généralisations abusives, aux simplifications et aux fausses bonnes idées ». Tel est le constat dressé par une récente revue scientifique dont Jean-François Hocquette et Jean-Louis Peyraud, tous deux chercheurs à l’Inra, sont coauteurs.
Je vous préviens de suite je risque dans ce libelle d’être grossier comme l’était mon pépé Louis lorsqu’il se fâchait contre le marchand de vaches qui lui offrait des clopinettes pour ses grands bœufs blancs. Ça mettait la mémé Marie dans tous ses états, elle égrenait sur son chapelet noir aux grains usés des rosaires pour le pardon de ses péchés.
Il avait raison d’être colère le pépé Louis ; je le suis !
Au Bourg-Pailler nous ne roulions pas sur l’or, loin de là, mais nous mangions bien, bon et sain. Et je ne suis pas de ceux qui psalmodie que c’était mieux avant, loin de là au marché de la Mothe y’avait pas que du bon. Pour preuve je ne mangeais que le beurre baratté par la tante Valentine car lorsque j’accompagnais mon père dans les métairies je constatais souvent que l’on y prenait bien des libertés avec l’hygiène.
Devenu urbain, pas forcément au départ avec un gros pouvoir d’achat j’ai toujours mis un point d’honneur à faire les courses pour continuer à me nourrir au mieux.
Avant d’aller plus avant je dois vous dire pourquoi je suis en colère : suite à ma chronique sur le glyphosate où je narrais le vote positif des ministres de l’agriculture de l’UE et du débat chez nos voisins suisses, j’ai eu droit sur Face de Bouc de la part d’un de mes anciens élèves du lycée agricole de la Roche-sur-Yon à l’argument qui se veut massue de la distorsion de concurrence avec nos concurrents si le jeune Macron tient sa promesse de virer le glyphosate des rayons des coopés agricole et des jardineries dans un délai de 3 ans.
J’ai répondu : toujours aussi con !
Pas très gentil de ma part je le concède mais le sieur François Moinard, Exploitant agricole 85240 NIEUL-SUR-L'AUTIZE, chevalier du mérite agricole au 31/01/2008, promu officier par Le Foll dans la promotion du 15 juillet 2015, est coutumier des tirades pur sucre FNSEA où nous sommes traités de bobos bio-cons qui ne comprenons rien aux questions agricoles.
François Moinard c'est assez consternant de voir comment certaines élites occultent la parole des plus concernés.
Concernés dites-vous et nous nous comptons pour du beurre, salé, je suppose...
Ras-le-bol de ces discours de « gentil notable » de province pourfendeur des élites parisiennes !
Ben non François Moinard je ne suis et je n’ai jamais été un bêlant de bio mais j’ai été le témoin privilégié des éructations de François Guillaume contre Michel Rocard cet urbain qui ne connaissait rien à l’agriculture, du baratin de Christiane Lambert ex-présidente des JA et éleveuse de porcs en Maine-et-Loire, des pattes douces de Bruno Le Maire se déclarant au service de la FNSEA, des guili-guili de Stéphane Le Foll aux majoritaires pour que les gros tracteurs qui n'aiment pas les socialos ne viennent pas emmerder ces cons d’urbains.
Oui je ne suis pas très fier, au temps où j’étais au 78, d’avoir envoyé à la décharge avec aides des tonnes de fruits et légumes, d’avoir subventionné des exportations, pas très conformes à la concurrence entre partenaires, pour nourrir à bas coût ces braves consommateurs des pays au-delà du rideau de fer.
La très puissante AGPB, qui n'aime rien tant que le Round Up, a bénéficié durant des années d’une PAC permettant aux céréaliers de se faire des couilles en or avec l’intervention de l’ONIC et lorsque nous avons réformé la PAC en 1992, il a fallu faire cracher au bassinet l’UE avec des aides directes plus que confortables.
Alors la vocation exportatrice des céréales françaises, à d’autres, dans le bras de fer du GATT puis de l’OMC ils’agit bien plus d’une bataille de puissance entre les USA et l’UE. Que ce soit un réel problème stratégique je n’en doute pas, l'arme alimentaire sous les bons sentiments de nourrir le monde, mais alors il faut dare dare se rallier aux positions du groupe de Cairns, faire souffler un grand vent libéral sur les échanges mondiaux de commodités et que le meilleur gagne avec ou sans Round Up ou OGM croyez-moi !
Pour autant je ne suis pas Mélanchonien, je ne préconise pas de faire table de rase du passé, mais de grâce que ceux qui se sont claquemurés dans des positions hostiles, virulentes, bloquant toute évolution ne viennent pas nous dire « encore une minute monsieur le bourreau ! » Faut pas inverser la charge de la preuve !
La question du glyphosate est symbolique, cet herbicide n’est pas le pire des pesticides en vente sur le marché mais son prix bas fait qu’il est très utilisé et il focalise les peurs des consommateurs.
Et c’est là où je veux en venir, le souci de prendre en compte les désirs des consommateurs n'est plus de plus belle lurette, pour certains, à l’ordre du jour car leurs interlocuteurs sont les industriels de l'agro-alimentaire friands de « minerai » pour faire leur tambouille pour la GD ou la GD elle-même dans le cas des fruits et légumes avec l'exemple type des tomates ou des fraises espagnoles qui sillonnent l'Europe dans de gros camions qui puent et polluent.
Le lien est rompu et les urbains, prompts à s’émouvoir de la détresse de beaucoup d’agriculteurs, poussent toujours leurs caddies dans les temples de la consommation et Michel-Edouard Leclerc fait partie des personnalités du monde économique préférées par les Français.
Bien au-delà de la fièvre du Round Up c’est ce lien de proximité et de confiance qu’il va falloir retisser sans tomber dans l’angélisme ou le misérabilisme. En effet, on ne change pas une société par décret mais, même Sarkozy l’avait compris avec son Grenelle de l’environnement, il faut savoir bousculer les conservatismes des corps intermédiaires.
Si l'on souhaite éviter la stigmatisation des agriculteurs ou des éleveurs il faut que leurs chefs soient à la hauteur de l'enjeu sociétal.
Et ce n'est pas le cas, les dirigeants des OPA qui cogèrent,vaille que vaille,avec le locataire du 78, devraient se poser des questions, se rappeler la prophétie du père Rocard sur les grandes organisations verticales qui allaient un jour tomber en ruine.
Le jeune Macron a fait la démonstration en moins d’un an que ce qui paraissait inimaginable à la veille des présidentielles, siphonner la droite raisonnable, tuer la gauche sociale-démocrate est devenue une réalité.
Alors,celles et ceux qui passent plus de temps à Paris que sur leur exploitation, et je ne fais pas de la démagogie, dont la plupart sont bâtis sur le même modèle que les apparatchiks des partis politiques, Jérôme Despey vice-président de la FNSEA, soi-disant représentant de la viticulture gauloise en est un modèle qu’il faudrait déposer au pavillon de Sèvres, pourraient un jour prochain sentir le vent du boulet.
Bien sûr la majorité dite silencieuse des citoyens qui se fichent de ce qu’ils mettent dans leur assiette est le meilleur édredon pour atténuer la demande de ceux qui se posent des questions. Et, que l’on ne vienne pas me seriner que le moins cher du moins cher c’est pour tenir la tête hors de l’eau des pauvres ou des exclus, ceux-ci sont plutôt abonnés aux restos du cœur et que chez Lidl on croise beaucoup de gens à la bourse bien garnie qui préfèrent aller au ski plutôt que d’acheter bon et sain.
Nous sommes tous co-responsablesde la situation actuelle et malheureusement je crains que les États Généraux de l’Alimentation n’accouchent que d’une petite souris, l’enfer est pavé de bonnes intentions mais on ne réforme pas un grand corps économique, divers, contrasté, sans déranger les conservateurs.
De l’air, changeons d’ère madame Lambert… ne pas confondre avec notre Bernard Lambert…
Ce lundi, un comité d’appel va se pencher une dernière fois pour statuer sur la dernière proposition de la Commission de renouveler pour 5 ans ou non de la licence du glyphosate. En cas d'absence de consensus, la Commission devra trancher avant le 15 décembre.
État des forces en présence : 14 États pour, 9 contre, et 5 abstentions. La décision sera prise à la majorité qualifiée, soit 16 États représentants 65% de la population de l’UE. Or sans le soutien des poids lourds démographiques de l’UE, il est difficile d’entrevoir une issue à l’impasse.
Engluée dans des négociations de coalition, l’Allemagne ne devrait toujours pas prendre position: elle faisait partie des abstentionnistes.
La France, qui fait partie des chefs de file hostiles à une nouvelle autorisation avec l’Italie, a redit son opposition.
«Considérant les risques, la France s’opposera à la proposition et votera contre. La France veut construire une sortie progressive du glyphosate et, avec plusieurs partenaires, pense qu’une durée plus courte serait possible», a expliqué dimanche dans l’hebdomadaire JDD Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique.
Après six reports, le vote était très attendu. Les Etats membres de l'Union européenne ont décidé, lundi 27 novembre, de prolonger de cinq années l'autorisation d'utiliser le glyphosate, l'herbicide le plus répandu au monde. Le résultat est sans appel : 18 pays ont voté pour, neuf contre (dont la France), et un pays s'est abstenu.
L'Allemagne, qui s'était abstenue au tour précédent, a voté pour, après avoir demandé des modifications au texte proposé en lien avec des restrictions sur l'usage privé du glyphosate et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier.
La FNSEA tente d’apaiser le débat sur le glyphosate
C’est le journal l’Humanité qui le dit :
« … informée des attentes de la société, y compris à travers les échanges au sein des différents ateliers qui débattent depuis plus de deux mois des Etats généraux de l’alimentation, la FNSEA affirme vouloir être « une force de proposition pour répondre de la meilleure façon possible aux attentes des citoyens et des consommateurs, en pérennisant et en amplifiant les solutions vertueuses de protection des cultures qui garantissent tant la productivité , la compétitivité et la rentabilité pour les exploitations agricoles, que le respect de l’environnement et la réponse aux attentes sociétales », indique le dossier de presse.
Dans ce dossier, un graphique montre que l’utilisation des produits de traitement des cultures a diminué de moitié entre 1997 et 2013. Mais il montre aussi que l’utilisation des herbicides, comme le glyphosate, est plus importante lors d’une année humide que lors d’une année sèche. Ce qui indique aussi que les utilisateurs savent en modérer l’usage dans bien des cas. Un autre graphique montre que la production légumière réalisée en France a baissé de 25% entre 2002 et 2015 tandis que les importations ont augmenté d’autant. Interdire le glyphosate en France et en Europe, tout en acceptant que rentrent chez nous des produits importés traités avec ces molécules aboutirait à accroître le déficit commercial de cette filière tout en faisant manger aux consommateurs des produits traité avec des molécules interdites chez nous. C’est ce que permettrait la mise en application du CETA, cet accord de libre-échange négocié entre l’Union européenne et le Canada. De plus, une plainte devant le tribunal arbitral de l’Organisation mondiale du commerce pour tenter d’interdire des produits traités aux pesticides interdits chez nous serait perdu d’avance car ce tribunal ne tient compte que du respect des règles en vigueur dans le libre-échange, sans accorder le moindre intérêt aux questions sanitaires. »
Et pendant ce temps-là, en Suisse, on reste droit dans ses bottes: sans attendre le résultat du prochain vote européen, le Conseil fédéral s’est déclaré opposé à une interdiction du glyphosate, jugé inoffensif pour la santé. Cette intransigeance agace les écologistes comme les organisations de consommateurs.
« Les puissants intérêts de l’industrie chimique dans notre pays ne créent pas un contexte favorable au développement de l’agroécologie. »
Adèle Thorens, conseillère nationale (Verts/VD)
Voici le dossier réalisé par le journal Le Temps :
« Le gouvernement a balayé le jeudi 16 novembre l’idée d’un moratoire sur l’utilisation du glyphosate en Suisse, demandé par le groupe des Verts dans une motion au Conseil national. Une position qui s’appuie notamment sur les résultats préliminaires du programme de monitorage des denrées alimentaires initié en 2016 par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), afin d’évaluer l’exposition de la population suisse au glyphosate.
Bien que des résidus de l’herbicide aient été retrouvés dans 40% des produits étudiés, les autorités jugent que les quantités représentées sont trop faibles pour menacer la santé des consommateurs. Selon l’un des chiffres avancés, il faudrait manger quotidiennement plus de 70 kilogrammes du produit le plus contaminé (les pâtes) pour souffrir d’effets secondaires… une quantité bien entendu irréaliste.
Exposition chronique
«La manière dont le Conseil fédéral lit l’étude de l’OSAV est biaisée, réagit Zeynep Ersan Berdoz, la directrice du magazine de défense des consommateurs Bon à savoir. La question n’est pas de savoir à partir de quel stade le glyphosate devient toxique de manière aiguë. Nous consommons de nombreux pesticides par le biais de notre alimentation, comme le montrent nos tests de produits. C’est l’accumulation de petites doses de ces substances de manière chronique, tout au long de la journée et année après année, ainsi que les éventuelles interactions entre les différents produits qui posent problème.»
Les sept Sages mettent aussi en avant les nombreuses évaluations menées depuis 2015 par des organismes reconnus comme le JMPR (Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues), l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) ou encore l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui ont conclu à la non-dangerosité du glyphosate. «La Suisse prend en considération les évaluations de ces autorités et peut décider de suspendre un produit si un risque est identifié, que ce soit pour l’environnement ou pour la santé humaine. Mais ce n’est pas le cas pour le glyphosate», indique Olivier Félix, responsable du secteur Protection durable des végétaux à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).
«Cancérogène probable»
Ces conclusions rassurantes tranchent cependant avec le classement du glyphosate comme «cancérogène probable» en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un organe de l’OMS. Par ailleurs, l’EFSA et l’ECHA ont fait l’objet de critiques de la part des ONG pour leur collusion supposée avec l’industrie, dont le géant agrochimique Monsanto, qui commercialise le célèbre Roundup, à base de glyphosate.
Dans ces conditions, peut-on s’appuyer aveuglément sur les travaux de ces organismes? «Connaissant le fonctionnement de ces agences scientifiques, nous n’avons pas de raisons de mettre en doute la validité de leurs conclusions», considère Olivier Félix.
Plan de sortie progressive
Cette confiance peut surprendre. «La Suisse fait preuve de beaucoup de conservatisme par rapport à certains pays européens, se désole la conseillère nationale verte vaudoise Adèle Thorens. Les puissants intérêts de l’industrie chimique dans notre pays ne créent pas un contexte favorable au développement de l’agroécologie. Cette transition vers une production alimentaire plus respectueuse de l’environnement est pourtant une nécessité pour protéger notre santé mais aussi les sols et la ressource en eau.» La Verte précise que son groupe va demander la mise en œuvre en Suisse d’un plan de sortie progressive du glyphosate, à l’image de celui sur lequel le gouvernement français a annoncé être en train de travailler. Cette approche laisserait un délai aux agriculteurs et autres utilisateurs de l’herbicide pour adopter des techniques alternatives.
Par le passé, la Suisse a réagi plutôt rapidement aux décisions de l’UE sur les pesticides. Ainsi en 2013, trois néonicotinoïdes suspectés d’entraîner la mort des abeilles ont été suspendus en Suisse quelques mois seulement après la mise en place d’un moratoire similaire au niveau européen. Dans le cas du glyphosate, il est encore difficile de déterminer quelle sera la décision de l’UE. «Un non-renouvellement de son autorisation, alors qu’aucun risque n’a été formellement identifié, constituerait du jamais-vu», estime Olivier Félix, qui n’écarte pas pour autant cette possibilité.
Les embarrassants secrets du glyphosate
S’il existait un tribunal de haute instance pour les affaires de toxicologie, le dossier du glyphosate y serait renvoyé. Les avis continuent à diverger fortement sur le caractère cancérogène ou non de l’herbicide le plus utilisé au monde.
Pourquoi une telle polémique? Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate cancérogène «probable» pour l'homme. En revanche, deux autorités européennes – de sécurité des aliments (EFSA) et des produits chimiques (ECHA), – chargées de l’évaluation de la substance, l’ont blanchi. Mais les organisations écologistes reprochent à l’expertise européenne sa collusion avec l’industrie, le géant agrochimique américain Monsanto en tête, qui défend le principe actif de son produit phare Roundup.
La publication, dans le cadre d’une procédure judiciaire aux Etats-Unis, des documents internes de la compagnie, a mis en lumière un degré d’influence non négligeable des industriels sur le processus de l’évaluation du pesticide. Une allégation appuyée par l’analyse de documents tenus secrets dans la procédure européenne. Les accusations sont rejetées en bloc par l’EFSA et l’ECHA. Le Temps s’est plongé dans la controverse.
1. «Nous avons accepté tous vos commentaires»
En épluchant une partie de la correspondance e-mail de l’EFSA, l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO) a constaté que des experts de l’industrie ont eu un accès privilégié au rapport de l’autorité de sécurité des aliments quelques jours avant sa publication. Et ils ont pu y apporter des modifications. «Toutes vos propositions ont été acceptées», confirme l’EFSA à l’entreprise de conseil Dr. Knoell, consultant de l’industrie.
Dans quelle mesure le rapport final a-t-il été influencé? L’EFSA argue que sa procédure admet certaines interventions dans le rapport final. «Pourtant, des ONG qui ont demandé l’accès au document ont été déboutées sous prétexte que l’intégrité du processus de la décision doit être protégée», déplore le CEO, dont une récente enquête épingle près de la moitié des experts de l’EFSA pour les conflits d’intérêts.
2. Copier-coller des études industrielles
La main des industriels est aussi perceptible dans le rapport sur le glyphosate de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR), sur lequel se sont appuyées l’EFSA et l’ECHA. Une analyse comparative avec des documents soumis par les entreprises pour appuyer leur demande d’autorisation a révélé des copier-coller de passages entiers dans le texte du rapport allemand. Ils concernent notamment la génotoxicité du produit (sa capacité d’endommager l’ADN) et les mécanismes à l’œuvre dans le déclenchement du cancer, identifiés par le CICR mais jugés non pertinents par le BfR.
C’est «parce qu’il s’est basé sur les commentaires des industriels», dénonce le biochimiste Helmut Burtscher, de l’ONG Global 2000, qui a constaté le plagiat. Les extraits copiés proviennent entre autres des appréciations de l’ancien expert de Monsanto Larry Kier, jamais cité dans le rapport allemand.
Pour se justifier, le BfR avance qu’il était en droit de citer tels quels les passages par crainte d’altérer les propos scientifiques. Mais un expert juridique de l’ONG rétorque que dans ce cas, l’Institut ne devait pas cacher le nom des auteurs en présentant leurs conclusions comme les siennes.
3. Règles enfreintes
L’ONG Global 2000 pointe également l’incohérence des agences européennes vis-à-vis de leur propre règlement, qui stipule qu’une substance devait être considérée comme cancérogène si «deux études indépendantes sur une espèce montrent une incidence accrue des tumeurs. Or, dans le cas du glyphosate, au moins sept études à long terme sur douze le prouvent», constate le toxicologue Peter Clausing. Et d’accuser l’EFSA et l’ECHA d’interprétation biaisée de données dans le but de dissimuler les résultats défavorables au glyphosate, notamment en donnant à certaines études plus de poids qu’à d’autres.
Deux études en particulier, datant de 1997 et de 2001, qui prouveraient la cancérogénicité du glyphosate, ont fait l’objet d’une évaluation inadéquate, selon Global 2000. Elles montrent l’augmentation significative des tumeurs du système lymphatique chez les souris exposées à la substance. Des études épidémiologiques suggèrent par ailleurs que le risque des lymphomes malins augmente chez l’humain au contact du pesticide. Et ce sont des agriculteurs touchés par ce cancer qui ont entamé une procédure contre Monsanto aux Etats-Unis.
Mais les autorités, dit Global 2000, ont écarté l’étude de 1997 en prétendant que la dose de pesticide administrée était trop forte et aurait pu altérer les résultats. Elles auraient aussi enfreint leurs propres règles concernant la comparaison avec les groupes de contrôle, c’est-à-dire les souris non exposées au produit, d’après l’ONG.
4. Etude écartée
Quant à la deuxième étude, de 2001, elle avait été écartée par l’EFSA en raison d’une infection virale qui aurait influencé l’apparition des tumeurs chez les souris. Selon Global 2000, cette infection a été suggérée dans un article sponsorisé par Monsanto et défendu auprès de l’EFSA par un observateur de l’Agence de la protection de l’environnement des Etats-Unis dont les liens avec le groupe agrochimique ont été révélés dans les documents publiés par la justice américaine. L’EFSA a objecté qu’elle avait revérifié les données. Mais quand les ONG ont demandé de le prouver, elle a répondu que le document demandé n’existait pas et qu’elle n’avait aucune raison de se justifier.
L’ECHA, elle, a répondu à Global 2000 qu’elle avait pris en compte l’étude de 2001 dans son évaluation, concluant tout de même au caractère non cancérogène du glyphosate. Et de rejeter «catégoriquement» toutes les allégations en insistant sur le fait que l’ONG parle d’indices isolés alors que, selon le règlement, c’est «le poids de l’évidence» qui prévaut, soit la considération de toutes les données dans leur globalité.
«Même le poids de l’évidence confirme la cancérogénicité du glyphosate et le lien avec les lymphomes malins», objecte Global 2000, calculs et directives à l’appui. «Les autorités, dans leur réponse, restent plutôt vagues», confirme une toxicologue indépendante consultée par Le Temps.
5. Tumeurs «inexistantes»
Une autre analyse met en évidence les failles de l’évaluation européenne. Le toxicologue de renom Christopher Portier a pu avoir accès à des études non publiées, soumises par l’industrie, sur lesquelles se basaient l’EFSA et l’ECHA. Il y a découvert huit cas d’augmentation d’incidence de tumeurs non mentionnées, ni dans les rapports des agences européennes, ni dans le pré-rapport allemand.
De quoi mettre en doute l’expertise?
Non, ont répondu les autorités. Ces cas ont été identifiés mais jugés non pertinents. Et de s’étonner de ne pas avoir reçu de commentaires plus tôt, alors que les données étaient disponibles en consultation publique. «Pas les données brutes des études», répond Christopher Portier, qui est venu expliquer sa version des faits devant le Parlement européen la semaine passée. Tout comme le responsable de l’unité « pesticides » de l’EFSA Jose Tarazona, qui a défendu la position de son agence. La décision des Etats-membres montrera lequel a été entendu.
Le glyphosate, produit de confort ou indispensable?
Les alternatives au glyphosate existent. Mais elles exigent plus de travail et un changement de paradigme agricole
Par quoi remplacer le glyphosate s’il était interdit? Le mode d’action particulier de cet herbicide non sélectif semble le rendre irremplaçable aux yeux des usagers. Absorbé par les feuilles des plantes, il détruit ses victimes de l’intérieur et se dégrade dans le sol sans effet herbicide direct sur les graines ou les racines des voisins. Il n’empêche donc pas la germination des jeunes plantules après le traitement et est principalement utilisé pour préparer la terre au nouveau semis sans la labourer ou pour éradiquer les mauvaises herbes sous les rangs d’arbres fruitiers ou de vignes.
Cercle vicieux
Son efficacité et son faible coût en font un produit très apprécié en agriculture conventionnelle – un secteur qui redoute l’interdiction. «Pour arriver à la même efficacité, il faudrait utiliser des mélanges d’herbicides, probablement moins anodins du point de vue environnemental», prévient Olivier Félix, de l’Office fédéral de l’agriculture.
Une telle alternative inquiète les adversaires du glyphosate, qui craignent de le voir remplacé par d’autres pesticides controversés, à l’image du dicamba, une nouveauté de Monsanto dont les effets secondaires soulèvent des questions aux Etats-Unis. L’histoire risque de se répéter.
«Il est dramatique de réduire toute l’agriculture à l’utilisation d’un produit et d’arriver à une telle forme de dépendance. Mais, en concentrant le débat sur le glyphosate, on néglige d’autres problèmes, comme l’érosion de la biodiversité, l’appauvrissement des sols en matière organique, liés à la simplification des pratiques agricoles. Une impasse qui nous conduit à compenser ces pertes par des pesticides et des engrais», regrette Raphaël Charles, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique FiBL. La vraie solution serait de repenser le système et de sortir complètement de la logique des pesticides, ce que de plus en plus d’agronomes et de chercheurs préconisent.
Traitements aux ultrasons et biotechnologies
L’agriculture durable déploie un éventail de méthodes, traditionnelles ou innovantes. Désherbage mécanique, rotation de cultures ou champs mixtes pour préserver les sols et renforcer l’immunité des plantes, couvert végétal ou paillage pour étouffer les intrus, remèdes et prédateurs naturels, traitements thermiques, au laser ou aux ultrasons, systèmes de détection de maladies en temps réel: les instruments et les techniques deviennent de plus en plus précis. Les biotechnologies, avec le développement de variétés plus résistantes, offrent également une alternative à haut potentiel.
Des pratiques plus coûteuses en temps et en investissements?
En coulisse des débats à Bruxelles, les instituts de recherche agronomique font des estimations pour répondre à leurs gouvernements. Entre un rendement immédiat à bas prix et un résultat durable à long terme, le calcul n’est pas simple.
Vincent Dudler: «Les aliments importés sont davantage contaminés»
Une étude menée en Suisse affirme que les résidus de glyphosate dans les produits alimentaires ne présentent aucun risque pour les consommateurs. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire défend sa position
Alors que les Etats membres de l’Union européenne, embarrassés par des soupçons qui planent sur l’objectivité des évaluations de l’herbicide, peinent à accorder leurs violons dans le dossier du glyphosate, la Suisse garde sa position d’observateur.
Mandaté pour évaluer les risques pour les consommateurs, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) s’apprête à publier un rapport d’ici à la fin de l’année. Vincent Dudler, responsable du secteur Evaluation des risques à l’OSAV, explique pourquoi la présence du glyphosate dans 40% des produits alimentaires n’est pas un motif d’inquiétude.
Le Temps: Quelles données ont été prises en compte pour arriver à la conclusion qu’il n'y a pas de risques pour les consommateurs?
Vincent Dudler: L’OSAV a étudié 230 échantillons de denrées alimentaires répartis dans 19 catégories – miel, vin, pain, pommes de terre, légumes… Les résultats de notre étude montrent qu’environ 40% des produits présentent des traces de glyphosate, ce qui permet d’expliquer les concentrations trouvées dans les urines constatées par d’autres études en Europe. Toutefois, les valeurs mesurées en Suisse dans les denrées alimentaires restent nettement inférieures aux limites fixées dans la réglementation.
Quels sont les produits avec les plus fortes concentrations?
Les pâtes alimentaires, les céréales pour le petit déjeuner et les légumineuses restent les principales sources d’exposition. Les valeurs sont moins élevées dans les denrées produites en Suisse par rapport aux aliments importés. La différence s’explique notamment par le fait qu’en Suisse l’utilisation du glyphosate dans l’agriculture est restreinte – par exemple, l’application du glyphosate avant la récolte est interdite.
Les pâtes sont faites principalement à base de blé importé du Canada et des Etats-Unis. Or, les produits d’Amérique du Nord sont les plus contaminés. Mais même les plus fortes concentrations mesurées en Suisse restent au-dessous de la valeur limite.
La crédibilité de l’EFSA et de l’ECHA a été sérieusement entamée par des révélations qui mettent en cause l’objectivité de leurs évaluations… Cela ne vous choque pas?
Le glyphosate est mis au pilori pour des raisons purement politiques: il y a visiblement une volonté internationale de s’attaquer indirectement aux plantes OGM qui sont résistantes à cet herbicide. De nombreuses études concluent qu’il est inoffensif si on respecte les règles d’utilisation. Et les organismes mondialement reconnus, comme l’EFSA, l’ECHA ou la JMPR, ont écarté tout risque pour les consommateurs.
Pourtant, tous les trois ont été accusés de graves conflits d’intérêts… Dans plusieurs pays, les agriculteurs malades mettent en cause le glyphosate…
Il ne faut pas comparer l’exposition professionnelle des agriculteurs avec celle des consommateurs. Les doses auxquelles les personnes sont exposées en Suisse via l’alimentation ne présentent pas de risques pour la santé.
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