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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 06:00
Pour moi, la viande, c’est le toucher, le rouge, le moelleux, du sensoriel pur. La viande est ma petite madeleine de Proust à moi.

La viande, la viande rouge surtout, cette chair morte que rejettent les vegan, ces braves animaux domestiques menés à l’abattoir, sacrifiés pour la jouissance de viandards, c’est de plus en plus politiquement incorrect, il est vrai que l’industrialisation de l’abattage, filmé par L214 est répulsive.

 

Je suis d’une autre époque, celle des grands bœufs blancs de pépé Louis qu’il chérissait, brossait, il en était fier, même si au bout de leur route de travailleurs besogneux de la terre il fallait bien les vendre au marchand de bestiaux, ce maquignon honni ou au boucher. Le pépé Louis dans la discussion de vente devenait ordurier, c’était sans doute sa façon d’exorciser sa peine de voir partir ses Jaunet&Blandin qui avaient tirés si souvent la charrue Brabant au bout du champ.

 

Au Bourg-Pailler, nous ne mangions pas souvent de la viande rouge, c’était une viande de riches, lorsque le pépé Louis vendait des bêtes à Ratier le boucher, avant de conclure, il négociait un pot-au-feu. Ma sainte mère, qui voulait me voir forcir, achetait les jours de marché du foie de veau ou des steaks de poulain.

 

Mes rapports avec les animaux domestiques de la ferme ont toujours emprunt d’une réelle empathie, il faisait partie de ma vie d’enfant, pour autant leur sacrifice ne m’a jamais paru barbare car sans cette fin l’animal domestique n’existerait pas nous en serions encore à la chasse.

 

Le texte qui suit est celui d’une fille de boucher qui évoque l’héroïsme du quotidien des gens de peu, ceux qui se lèvent tôt, ici pour aller aux marchés forains qu’aiment tant les parisiens.

 

Je trouve ce texte d’une grande sensibilité, loin de la sensiblerie de nos contemporains qui s’émeuvent plus du sort des animaux que de leurs voisins.

 

Je milite pour le respect des animaux, aussi bien dans leurs conditions d’élevage que d’abattage, ce respect n’est possible que si on en revient à des pratiques où l’on ne parle plus de chaîne de production, de traçabilité mais de proximité.

 

Rêve de vieux bobo, pas si sûr, bien au contraire les circuits courts font aujourd’hui fi de la géographie par la grâce du numérique mais encore faut-il que le steak haché de la GD ne soit pas l’alpha et l’oméga de l’alimentation de nos enfants et petits-enfants.

 

Ma petite madeleine à moi par Brigitte Liberman

 

La viande est ma petite madeleine de Proust à moi. Mon père, il est vrai, était boucher. Et ma mère ne l’était guère moins.

 

Aussi loin que je me souvienne, nous jouions, ma sœur, mon frère et moi, à la marchande et au marchand de viande dans notre cabane au fond du jardin, attenante à la resserre où notre père entreposait ses carcasses d’animaux et préparait ses viandes. Il nous abandonnait des morceaux de rebut avec lesquels nous jouions des heures et des heures au boucher et à la bouchère, tels que l’étaient, « en vrai », nos parents. Plus que les poupées ou les ours en peluche, la viande aura été mon premier jouet, et c’était là un jouet en majesté.

 

Nous étions autorisés à pénétrer dans la resserre aux viandes, ce saint des saints, nous ouvrions quelques secondes les portes de la chambre froide, admirions les carcasses alignées. Je contemplais mon père désosser une pièce de bœuf. J’aimais ce spectacle, l’odeur de la viande était comme un parfum, le sang me paraissait la couleur la plus naturelle du monde.

 

Nous mangions de la viande midi et soir, celle qui s’était la moins bien vendue ce jour-là. J’aimais tout, jusqu’aux abats, rognons et ris de veau compris. Ma mère, très bonne cuisinière, alternait pot-au-feu, bœuf-carottes, blanquette de veau, gigot d’agneau, tripes, entrecôtes et cent autres plats de viande. Nous n’en étions jamais las.

 

Le métier de mon père était dur, incroyablement physique. Porter des quartiers de bœuf à désosser de plus de cent kilos, se lever à deux heures du matin pour aller à Rungis, se relever à sept pour charger le camion et partir sur les six marchés sous halle par semaine, déballer, installer les étals de vente, vendre, couper, découper la marchandise de huit heures du matin à une heure de l’après-midi, qu’il pleuve ou qu’il vente, remballer, rentrer, préparer les viandes pour le lendemain : mon père dormait cinq heures par nuit. C’était quelqu’un d’incroyablement solide et sûr, tout entier dédié à sa famille.

 

Son métier était un métier d’homme, exclusivement, et pas seulement pour des raisons physiques. À l’adolescence, il m’apparut comme encore empreint d’une trace de sacré venu du fond des âges, comme le moderne prolongement, aussi faible soit-il, de très anciens rituels, de sacrifices aux dieux ou pour la chasse aux bêtes sauvages, toutes ces choses dont les femmes, dès l’origine, étaient exclues et, à d’autres titres, continuent aujourd’hui de l’être. Je ne connais pas une seule femme bouchère. La boucherie est le dernier bastion exclusivement mâle. Sauf que ma mère, toute femme qu’elle fut, n’était, ô combien, pas pour rien dans le labeur général de la boucherie, et mon père, sans elle, sans son travail à ses côtés, son esprit-maison dans les grandes comme dans les petites choses, ne serait pas devenu l’artisan accompli qu’il symbolise à mes yeux.

 

Notre boucherie ambulante s’appelait « Au parfait gigot ». Dès nos quinze ans, nous, les trois enfants, nous relayions les samedi et dimanche matin sur les marchés de Villeneuve-Saint-Georges, Brunoy et Yerres, trois banlieues alors ouvrières au sud de Paris, pour assister nos parents. Ma mère tenait une caisse, moi l’autre. Nous partions à l’aube, serrés à l’avant du camion frigorifique. J’aidais à décharger, puis j’apprêtais les étals, je décorais de persil les plats de viande, et, l’ouverture venue, je prenais possession de ma caisse. Comme point d’orgue, on accrochait l’enseigne « Au parfait gigot » au-dessus des étals, et pour mieux l’illustrer, on pendait des théories de gigots d’agneau aux crochets derrière nos têtes. Au fil des heures, je ficelais les paquets, je pesais, j’encaissais. Mon père, très fier de sa fille, me présentait aux clientes, qui finissaient bientôt par me reconnaître et le lui signifier, ce qui redoublait sa fierté. L’hiver, nous nous emmitouflions dans des gilets matelassés, bonnet sur la tête, bottes fourrées aux pieds, collants sous les pantalons. Nous faisions des pauses casse-croûte toutes les deux heures, suivies d’un réchauffement exprès au Café du Marché, avec tous les autres commerçants. C’étaient des moments joyeux, j’aimais vendre, les marchands s’apostrophaient entre eux, échangeaient des blagues, des bons mots, des vannes codées sur le chaland. C’était le plaisir du métier. L’été, c’était même carrément la fête. Le marché, tous les marchands au diapason, affairés et heureux d’être ensemble, semblait vibrer d’une même envie. C’était une vraie société, aussi familière qu’éphémère, qui se reconstituait semaine après semaine, sans autre lien que sa propre réunion et l’art partagé de la vente à l’air libre.

 

Il y avait deux catégories de clients, pour la plupart des femmes. Les premières venaient chaque semaine, achetaient toujours la même chose, payaient, repartaient sans un mot. Cela durait des années. Je les appelais les Mystérieuses. Les autres, tout aussi fidèles, que j’appelais les Ménagères, discutaient, demandaient quoi prendre « pas comme la dernière fois, même si c’était très bon », demandaient une recette, accueillaient avec un sourire un léger, très léger compliment de mon père, sous l’œil compréhensif et vigilant de ma mère. Mon père et ma mère s’étaient rencontrés tout jeunes… dans une boucherie, ma mère déjà caissière et mon père simple commis. Ils ne s’étaient plus quittés et continuaient, marché après marché, leur complicité affective et professionnelle, l’une par l’autre, jour après jour, année après année. La viande nous a unis, disaient-ils. J’adorais toute cette solidarité familiale, et je n’aurais pour rien au monde renoncé à mon tour de marché au profit de mes frère et sœur, même si, à la fin de chaque marché, j’étais réduite à quia.

 

Si mon père était l’homme-orchestre de la maison, une sorte de roi tranquille, à l’autorité naturelle, plus quelques aspérités dues à un caractère bien trempé, ma mère en était l’âme. Elle inventait les décors de nos étals pour Noël, mettait en scène les plats de viande qu’elle parait de légumes, de bouquets de feuilles et de plantes aromatiques, concoctait les farces pour les dindes et les chapons de fin d’année, confectionnait les brochettes d’été aux mille variétés, agrémentait les viandes d’un festival de produits de saison, que ses voisins maraîchers sur le marché lui fournissaient à pleins paniers. Elle faisait patienter les clientes, et choyait, non moins, les employés, logés à demeure et conviés chaque jour à la table commune. L’un d’eux, Monsieur Duval, seconda mes parents pendant trente ans. Ma mère aura été la bonne fée protectrice de notre maison.

 

Tous les dimanches soir, au beau milieu du dîner de famille, le téléphone sonnait à la même minute exactement. C’était Monsieur Calmette, marchand de bestiaux en Corrèze. Il vendait des veaux élevés sous la mère. Mon père, cérémonieusement, s’enquerrait de la santé de Monsieur Calmette, qui en faisait de même pour toute notre famille, membre après membre. Puis mon père commandait son veau, qu’il recevait deux jours plus tard à Rungis. Cela dura trente ans, sans que les deux hommes se soient jamais rencontrés. Ils marchaient à la confiance, comme tous les gens dans le métier avec mon père.

 

J’aurai toujours la nostalgie de ces années de marché. Je continue de me rendre chaque semaine, en cliente, au marché de ma ville. La tradition n’a pas trop changé, ce sont les mêmes cris, les mêmes odeurs ; l’ambiance, la convivialité sont restées presque identiques. On retrouve les mêmes métiers, plus, évidemment, le bio et les produits « organiques ». Il y a encore des triperies et même des boucheries chevalines, alors que ces dernières ont quasiment disparu en ville. Quand mon père, de Bretagne, vient me visiter à Paris, je l’emmène séance tenante au marché le plus proche. Il va droit sur les étals du marchand de viande qui lui-même le voit venir de loin, apprécie longuement, ne dit pas un mot, repart, content ou pas.

 

Pour moi, la viande, c’est le toucher, le rouge, le moelleux, du sensoriel pur. Mes morceaux préférés sont ceux dont les noms m’enchantent : la surprise, la poire, le paleron, la hampe. Mais le morceau que j’aime entre tous, c’est l’entrecôte. C’est la viande la plus goûteuse qui soit, avec ce qu’il faut de gras et de sang. Je n’en dirai pas plus ici. On me croirait, non sans raison, de parti pris. Mon enfance, sans doute, et ses petites madeleines, faites, toutes, de la viande d’un boucher, qui était, et est, mon père.

https://laregledujeu.org/2011/10/12/7325=ma-petite-madeleine-a-moi/

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 06:00
La Barbana (la Barbanne) : une rivière plus importante qu’on ne croirait

La Barbana (la Barbanne) : une rivière plus importante qu’on ne croirait

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »  c’est la morale qui conclut la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat.

 

C’est dimanche mais, comme je suis un mécréant je vais pécher, me réjouir en vous contant cette histoire de faux châtelain bordelais du vin.

 

J’ai connu la baronne dans le TGV, disons que je l’ai repérée en photo debout sur un canapé dans le magazine qui traîne dans le TGV, la madame bien née déclarait qu’elle vendait son vin chez les gens, style Tupperware.

 

Intrigué je lui téléphonai. Elle me répondit du tac au tac que si je souhaitais en savoir plus je n’avais qu’à me radiner dare-dare dans son château. Ce que je fis. Le couple, oui la baronne avait épousé, me reçut avec chaleur et convivialité dans la grande cuisine du château.

 

Le couple qui roucoulait m’expliqua, surtout elle, comment ils se retrouvaient là. Un beau défi me dis-je ? Un gros paquet de pognon, les sœurs étaient gourmandes. Lui se voyait déjà en haut de l’affiche, même qu’il fit un bras d’honneur au maître du coin dont le nom corrézien semait la terreur. Détail au passage, comme Bettane il raillait les bio-cons. Ils vinifiaient avec la star du moment, un non-œnologue.

 

Donc moi, un peu con, je mordis à l’hameçon, la baronne avait son franc-parler, je soutins à juste raison les sans-chais, elle chroniqua même pour moi. Isabelle Saporta lui consacra un chapitre dans VinoBusiness. Cependant, petit à petit, le doute s’installa, comme une faille, mais, après tout, ce n’était pas mes oignons même si le mec me parut de plus en plus faux-cul.

 

Et puis un jour patatras, exit la baronne, la maison était sous la tutelle de ses banquiers alors elle tomba dans l’escarcelle d’un haut feudataire de l’autre rive. Je ne peux ici révéler ce que je sais, devoir de réserve et protection de mes sources, mais je sais.

 

Lui resta, se comporta comme le maître des lieux, se la joua, ce qui est son droit, en se fabriquant une nouvelle vie étalée complaisamment sur Face de bouc. Même que le monsieur s’était mué en ardent défenseur de la biodynamie pratiquée par son maître.

 

L’armée des pique-assiettes, les encenseurs professionnels, les je gobe-tout, défilèrent, c’était la belle vie.

 

Et puis, patatras, ce qui était écrit en creux à l’encre sympathique dans le contrat initial, le maître congédia le manant sans prendre beaucoup de formes. Tu vides les lieux à date et tu te tires.

 

Ainsi va la vie, la roue tourne, le boomerang revient toujours dans la tronche de celui qui croyait que son imposture serait éternelle.

 

Mes amis du cru et d’ailleurs à qui j’annonçai la nouvelle eurent tous la même réaction, sans se réjouir du malheur de l’autre, « y’a quand même une justice sur cette terre de temps en temps… »

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 06:00
La grande et la petite Histoire : le décret du 11 mars 1938 fixant l’aire du Juliénas et l’ultimatum d’Hitler au chancelier autrichien Schuschnigg

Je viens de lire L’ordre du jour, un livre mince mais dense, 160 (petites) pages, un récit dans lequel Éric Vuillard se révèle un grand metteur en scène, il montre comment «les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas» et «soulève les haillons hideux de l’histoire» pour raconter la marche vers l’abîme de l’Europe à travers deux moments.

 

 

Je pourrais vous narrer le premier, la réunion du 20 février 1933, où vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens…), sont reçus par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt. Ils vont mettre, sans broncher largement la main au portefeuille afin de financer la campagne du parti nazi pour les législatives.

 

« Ce moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance »

 

Le second, c’est la pantalonnade qui a précédé l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, le 12 mars 1938.

 

J’aurais pu choisir de vous narrer l’incroyable dîner donné à Londres par le premier ministre Chamberlain durant lequel Joachim von Ribbentrop (qui a débuté sa carrière comme importateur des champagnes Mumm et Pommery et qu’Hitler appelait « le petit vendeur de champagne »), tout nouveau ministre des affaires étrangères, abusa de la politesse de son hôte afin de retarder la réponse britannique à l’Anschluss.

 

Mon choix est plus terre à terre mais il est permet de peser le poids du dérisoire face à ce qui deviendra un fait historique, premier pas vers le grand carnage…

 

 

« Vers dix heures du matin, pendant qu’Albert Lebrun, président de la République française, paraphe un décret relatif à l’appellation d’origine contrôlée juliénas (le célèbre décret du 11 mars 1938), et se demande, à mesure que son regard dégringole le long des battants de la fenêtre de son bureau, si vraiment les vins d’Émeringes et de Pruzilly méritent cette appellation, tandis qu’il pleut et que de petites gouttes frappent les vitres comme un morceau de piano exécuté par une main débutante – songe Albert Lebrun dans un élan de poésie –, alors qu’il dépose le décret sur une énorme pile, un vrai foutoir ! et en prend un autre, fixant le budget de la Loterie nationale pour l’exercice à venir – ce doit être le cinquième ou le sixième qu’il signe depuis son entrée en fonction, car certains décrets reviennent comme les martinets dans les arbres des quais, se poser sur son bureau chaque année ; ainsi, pendant qu’Albert Lebrun rêvasse à n’en plus finir sous l’immense égoïsme de son abat-jour, à Vienne, le chancelier Schuschnigg reçoit un ultimatum d’Adolf Hitler. Soit il retire son projet de plébiscite, soit l’Allemagne envahit l’Autriche. Toute discussion est exclue. Terminé le songe de la vertu, il faut maintenant essuyer son maquillage et ôter son costume. Quatre heures interminables passent. À quatorze heures, ayant foutu en l’air son déjeuner, Schuschnigg annule enfin le plébiscite. Ouf. Tout va pouvoir continuer comme avant : les promenades au bord du Danube, la musique classique, le babillage  inconsistant, les pâtisseries de chez Demel ou Sacher. »

Pages 75-76

 

 

JORF du 16 mars 1938 page 3119

Décret du 11 mars 1938 AIRE DE PRODUCTION DES VINS D'APPELLATION "JULIENAS" PAR COMMUNES ET LIEUXDITS

 

Décret du 21 février 2005 modifiant le décret du 11 mars 1938 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Juliénas »

 

L'article 1er du décret du 11 mars 1938 susvisé est remplacé par les dispositions suivantes :

« Art. 1er. - Seuls ont droit à l'appellation d'origine contrôlée "Juliénas les vins rouges qui répondent aux conditions fixées ci-après :

« Art. 1er-1. - L'aire géographique de production des vins est définie par le territoire des communes de Juliénas, Jullié et Emeringes, dans le département du Rhône, et de Pruzilly, dans le département de Saône-et-Loire.

 

Le décret initial de l’appellation « Juliénas » date du 11 mars 1938 :

* La densité minimale est de 6000 ceps/ha pour le Gamay

L’écartement entre rang ne peut excéder 2.30 m et l’écartement entre ceps ne peut être inférieur à 0.80m

* Taille courte : en gobelet, éventail ou cordon, simple, double ou charmet avec 3 à 5 coursons à 1 ou 2 yeux.

* Le Pinot noir est toléré jusqu’à 15 % de l‘encépagement jusqu’à la récolte 2015. L’usage d’incorporer en mélange 15% de pieds de cépages blancs (Chardonnay, Aligoté, Melon, Pinot noir ou Pinot gris) reste autorisé.

* La vendange doit être manuelle.

 

 

« Ce sont des admirateurs de Bruckner, et ensemble, ils évoquent parfois son langage musical, dans les bureaux de la chancellerie, là où s’est déroulé le congrès de Vienne, le long des couloirs où Talleyrand traîna ses brodequins pointus et sa langue de vipère. Schuschnigg et Seyss-Inquart parlent de Bruckner dans l’ombre de Metternich, cet autre spécialiste de la paix… »

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 06:00
L’édito de Saverot à propos de la fracture entre les naturistes et ceux qui ne le sont pas c’est l’équivalent d’une notice IKEA

Dur, dur, d’être rédacteur en chef de la RVF, « Denis garde toi à gauche, Denis garde toi à droite, la vérité est au centre… », déchiré qu’il est le Denis entre les gros bataillons à grosse contribution publicitaire et les petits cons qui font, dit-il, un vin qui sent le cheval – y’en a même qui sentent le cul – mais qui n’ont pas un rond.

 

Le problème c’est que les naturistes occupent dans les médias un poids qui n’a rien à voir avec leur puissance économique, ils sont dans la tendance, gouailleurs, branleurs, provocateurs, il n’est donc plus possible de jouer les Bettane du bon vieux temps des « bio-cons ». Faut les brosser dans le sens du poil, qu’ils ont abondant, les ménager, les flatter, certains y sont sensibles.

 

Alors le Denis, bon petit soldat, il a plongé sa plume dans le style notice IKEA. En vertu du principe « ce n’est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ! » il a pondu un édito où, si j’ai bien compris, « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… » ou presque...

 

Pas d’angélisme nous dit-il, la connaissance plutôt que la croyance, cette juste balance est fondamentale mais, le Denis, y met un bémol établir sans relâche une hiérarchie argumentée entre les vins : tous ne se valent pas.

 

Sans vouloir offenser ce brave Denis je crois qu’il n’a rien compris au film, il continue de vivre dans l’ancien monde lui qui pourtant se penche sur le berceau de la génération Y.

 

Je l’invite à relire cette chronique du 29 mai 2012 Le vin nu « un vin qui se contente de refuser le soufre et n’exprime rien n’est pas naturel. » Alice Feiring buvait les paroles de Marcel Lapierre. 

 

Voilà c’est dit cher Denis surtout ne crois pas que je fasse une fixation sur toi, loin de là dans ton style IKEA tu es très représentatif des gros bataillons du vin gaulois.

 

Pour mes chers lecteurs voici son édito :

 

 

La querelle montant depuis des années, on connaît les principaux arguments échangés : les produits de synthèse et le soufre (un produit d’origine naturelle) utilisés depuis plus de 80 ans pour lutter contre les maladies de la vigne et favoriser la conservation des vins sont nocifs, une forme de poison pour les parasites mais aussi pour l’homme.

 

Les partisans des vins “nature” préconisent de les supprimer totalement, même si dans la bouteille les résidus de ces produits sont infimes. La nature étant capricieuse et les bactéries nuisibles vivaces, cela ne marche pas à tous les coups. Même avec la meilleure bonne volonté du monde, les vins issus de raisins dégradés par des maladies puis non protégés lors de la vinification affichent régulièrement des défauts et des goûts déviants.

 

Longtemps, ces défauts furent jugés rédhibitoires par la critique et les connaisseurs. Mais dans le vin aussi, certains veulent tourner le dos “aux forces du monde ancien”. Pour les partisans des vins “nature”, la qualité n’est plus seulement une affaire de bon goût. Selon eux, pour la première fois depuis Pasteur, un vin oxydé ou un vin qui sent le cheval ne doit plus être systématiquement rejeté s’il est issu de la viticulture naturelle. "Chaque vin est respectable en lui-même, a sa personnalité : il faut écouter ce qu’il a à dire", entend-on dans certains bistrots avant-gardistes parisiens.

 

QUELLE EST LA POSITION DE LA RVF ?

 

La suite ICI  

 

 

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 06:00
« Non Jeff t’es pas tout seul… » Les crétins pyromanes anonymes qui ont saccagé les arbres voisinant tes vignes du mas Coutelou ne gagneront pas !

Cher Jeff,

 

Ça fait un bail qu’on ne s’est vu, la dernière fois c’était, je crois, à la Bellevilloise il y a deux ans lors du salon d’Antonin. Il faisait beau sur la terrasse et nous avions longuement échangé sur ton métier, tes voisins, ce Languedoc du vin, ton pays que j’avais arpenté en un temps où un pan de la viticulture du Midi rouge s’effondrait. En t’écoutant je m’étais dit qu’il me faudrait, comme on dit à Paris, descendre chez toi pour, à nouveau, au-delà de l’imagerie officielle, prendre le pouls de cette grande région. Ce que tu m’avais confié sur les pratiques de certains ne m’avait pas étonné, à nouveau, sous les beaux discours qualitatifs des chefs, la vigne pissait dru.

 

De cette réalité nul n’en parlait, surtout pas ceux dont c’est le métier les « journalistes du vin » qui, le nez dans leur verre, l’ignorait ou, pire, évitait soigneusement de la regarder. Faut pas fâcher les gens qui vous invitent, le métier est déjà si difficile, payé au lance-pierres. Bref, comme le dit l’adage « les vérités ne sont pas toutes bonnes à dire ».

 

Bref, cher Jeff, comme le chantait ce bougon de Georges qui voulait être enterré sur la plage de Sète « Mais les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux… »

 

Chez toi, malheureusement, ils ne sont pas si braves que ça les gens, du moins certains, faut jamais mettre tout le monde dans le même sac, ils sont, comme on dit, graves ces anonymes, ces lâches, ces pleutres qui se sont attaqué à ton lent et patient travail pour redonner à la nature tous ses droits.

 

Ce matin, plutôt que d’aiguiser ma plume pour tailler un costard à ce ou ces connards, je préfère laisser la tienne leur répondre.

 

Oui Jeff, comme le chantait le grand Jacques, t’es pas tout seul…

 

Avec mes amitiés…

 

 

Mas Coutelou 

 

« Je ne fais pas de prosélytisme et ne demande pas à mes confrères de faire comme moi mais j’estime que j’ai le droit de faire ce que je veux sur mes parcelles. Lorsqu’en 1987, mon père prenait la décision d’adhérer à Nature et Progrès, il était considéré comme un OVNI. Le département de l’Hérault comptait à l’époque moins de 200 ha de vigne cultivées en bio, il en compte plus de 20 000 aujourd’hui.

 

Je pense que l’on ne peut pas corriger la nature car elle est toujours plus forte que l’homme et qu’au final elle gagne tout le temps. Il suffit de se pencher sur les manuels de viticulture du début du siècle dernier pour lire qu’avec deux poudrage souffre et un passage cuivre, on pouvait amener la récolte à terme. A force de vouloir plus produire, en utilisant des produits de plus en plus forts, on a créé des résistances qui font qu’aujourd’hui, certains en arrivent à plus de 15 traitements chimiques pour arriver au même résultat.

 

On ne peut pas en vouloir à la génération précédente, ils ne savaient pas. L’agriculture moderne a constitué un progrès social pour les agriculteurs. Le remplacement du cheval par le tracteur, les désherbants pour supprimer le travail à la pioche, les engrais chimiques pour produire plus pour un coût moindre, l’agriculture moderne a permis d’adoucir la pénibilité du travail.

 

Mais aujourd’hui tout le monde sait. Les nappes phréatiques sont de plus en plus polluées et on est obligé d’aller de plus en plus loin pour trouver une eau à peine potable qui doit passer par des traitements de plus en plus coûteux, pour à peine arriver à respecter les normes. Les terres sont de moins en moins fertiles et demandent des apports d’engrais de plus en plus importants pour pouvoir produire les mêmes quantités.

 

Puisqu’on ne peut pas modifier la nature, il faut essayer de s’adapter aux modifications du climat et rechercher des solutions pour continuer à faire du vin le plus naturellement possible. Planter des arbres, des arbustes des plantes et des fleurs fait partie d’une démarche réfléchie pour l’avenir.

 

C’est recréer des espaces de biodiversité… En supprimant progressivement haies, arbres fruitiers, chemins, ruisseaux, pour créer des parcelles de plus en plus grandes, on crée des espaces de monoculture de la vigne qui la rendent plus vulnérable, qui nécessitent de plus en plus d’interventions, qui sont plus fragiles à l’érosion. On a supprimé des espaces équilibrés où tout le monde avait sa place pour créer des espaces modelés par l’homme qui permettent certes de travailler plus rationnellement mais sur lesquels on est obligé d’agir pour corriger. A titre d’exemple, une chauve-souris peut manger plus de 2000 insectes par nuit, si l’on avait conservé leur habitat, on ne serait pas obligé de traiter pour le vers de la grappe.

 

C’est lutter contre le réchauffement climatique… Vous avez tous une fois pris le plaisir, lorsque le soleil est chaud en été, de vous abriter à l’ombre d’un arbre. Il en est de même pour les parcelles de vignes. En plantant des arbres autour des vignes, on va couper le vent asséchant de l’été. De plus, en passant à travers les arbres, il va naturellement se rafraîchir. C’est une démarche durable alternative à la mise en place de l’irrigation qui certes est efficace immédiatement mais qui peut être un jour, lorsque l’on aura encore plus pollué les nappes avec de l’eau venue bientôt du Rhône, sera limité voire interdite.

 

C’est redonner de la beauté aux paysages…. Le travail dans les vignes est certes mécanisé mais aussi à pied. L’homme qui travaille dans une parcelle a besoin d’avoir un élément qui coupe son horizon, qui lui permet de voir le bout… Lorsque les parcelles sont de plus en plus grandes, elles ne sont plus à taille humaine et le travail devient machinal, mécanique, sans amour… Lever les yeux pour voir un oiseau se poser sur un arbre, s’abriter en bout de rang pour prendre le frais sous un olivier, voir les papillons et les abeilles au printemps venir se poser sur les bandes fleuries sont autant de petits plaisirs qui permettent à celui qui travaille dans les vignes de sentir mieux et ainsi de donner plus d’amour à son travail.

 

C’est investir pour l’avenir…. A l’heure du numérique ou l’on est dans l’immédiateté, C’est presque un acte militant que de planter des arbres que l’on ne verra pas adulte. On disait il n’y a pas si longtemps, « olivier de ton grand père, murier de ton père, vigne de toi ». Aujourd’hui, on voit fleurir des oliviers millénaires déplacés de leur terre de naissance pour orner des ronds-points d’entrée de ville. On est tellement dans l’immédiateté que l’on veut l’appliquer à la nature… Planter un arbre c’est du travail, des soins, de l’argent mais surtout beaucoup de plaisir. Le regarder pousser, l’attacher à un tuteur, le tailler pour lui donner une forme, l’accompagner pour qu’il devienne grand, l’imaginer adulte quand on ne sera plus là, c’est beaucoup de choses qui peuvent paraître futiles pour certains (surement pour le connard qui est venu broyer des arbres que j’avais planté il y a 5 ans) mais qui représentent beaucoup pour moi.

 

Alors que faire, abandonner, surement pas…. J’avais dit quand on m’avait broyé les fleurs au printemps que l’an prochain on planterait des kilomètres de bandes fleuries…. Et bien n’en déplaise à certains, nous continuerons à l’automne prochain à planter des arbres autour des vignes. Nous continuerons à en prendre soin. Nous continuerons à les imaginer grands. Et c’est avec plaisir que nous partagerons avec vous cet amour de la nature quand vous nous rendrez visite. »

« Non Jeff t’es pas tout seul… » Les crétins pyromanes anonymes qui ont saccagé les arbres voisinant tes vignes du mas Coutelou ne gagneront pas !
« Non Jeff t’es pas tout seul… » Les crétins pyromanes anonymes qui ont saccagé les arbres voisinant tes vignes du mas Coutelou ne gagneront pas !
« Non Jeff t’es pas tout seul… » Les crétins pyromanes anonymes qui ont saccagé les arbres voisinant tes vignes du mas Coutelou ne gagneront pas !
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23 novembre 2017 4 23 /11 /novembre /2017 06:00
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.
Le dîner des 5, le 9 mars 1882 c’est Zola qui les accueille : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée, vin du Rhin.

Les salons sous la IIIe République étaient très nombreux. Le 29 mars 1885, Etincelle, la chroniqueuse mondaine du Figaro, passant en revue les salons aristocratiques, académiques et politiques, écrit : « Il y a dans Paris une centaine de salons-leaders qui marchent à la tête de l’opinion et prononcent des jugements ayant force de loi. »

 

Le Tout Paris de l’époque est plutôt retreint, à peu près 500 personnes.

 

« Un salon c’est d’abord une femme. Et, de préférence une femme qui a de l’esprit… C’est une institution régulière, fréquenté par des habitués… C’est une réunion intime, qui dure depuis plusieurs années, où l’on se connaît et se cherche… La femme qui a le mieux incarné cette institution c’est madame Récamier… Il faut attirer les gens d’esprit et les retenir. Il faut cajoler tout le monde et surtout savoir s’ennuyer, écrivait Mérimée. »

 

Comme j’ai l’esprit de contradiction j’ai choisi dans cette profusion une étrange institution, le plus restreint des cénacles littéraires, le dîner de Flaubert devenu dîner des auteurs sifflés ou dîner des Cinq.

 

Cinq, que du beau linge : Flaubert, Goncourt, Zola, Tourgueniev et Daudet.

 

Goncourt en parle pour la première fois le 14 avril 1874 : Dîner chez Riche… Un dîner de gens de talent qui s’estiment – et que nous voudrions faire mensuels les hivers prochains. On débute par une grande dissertation sur les aptitudes spéciales des constipés et des diarrhéïques en littérature ; et de là on passe au mécanisme de la langue française. »

 

Le 5 mai 1876, les Cinq mangent une bouillabaisse dans une taverne derrière l’Opéra-Comique : « On  est, ce soir, note Goncourt, causeur, verveux, expansif. » Tourgueniev parle de la Russie : « Il y a chez moi une petite maison en bois, le jardin est planté d’acacias  jaunes – nous n’avons pas d’acacias blancs. À l’automne, la terre est recouverte de gousses, qui crépitent quand on marche dessus… » Flaubert raconte un souvenir d’enfance. Il était amoureux d’une petite fille et rêvait de lui « donner son cœur » au sens propre : il avait imaginé que son père, qui pratiquait des opérations, pourrait lui ôter le cœur pour qu’il soit apporté à la petite fille. De l’enfance on passe au sexe, grâce à Zola qui déclare son enfance « pervertie, dans un mauvais collège de province ». Tourgueniev répond par un récit de scène érotique dans un cimetière. Daudet affirme brutalement qu’il séduit les femmes en les avilissant, quelles aiment les mots orduriers, qu’il faut les traiter en putains. Tous sont « cochons » et fiers de l’être, même si Flaubert doit faire des efforts car il est plus sentimental que ses camarades. Le même genre de conversation revient sans cesse. Ainsi le 28 janvier 1878 Tourgueniev, en « barbare qui ne fait l’amour que très naturellement », s’étonne des perversités contées par Daudet. Quand on lui demande la sensation d’amour la plus vive qu’il ait éprouvée, il évoque la jolie femme de chambre de sa mère – une esclave – qui l’avait saisi par les cheveux de la nuque en lui disant : « Viens ! » Zola se plaint d’être hanté par le désir de coucher avec une jeune fille et s’imagine en cour d’assises.

 

Le dîner des Cinq finit par avoir lieu chez l’un d’entre eux. Le 9 mars 1882, c’est Zola qui les accueille, avec un menu approprié aux gourmets qu’ils sont : potage au blé vert, langues de rennes de Laponie, surmulet provençale, pintade truffée. Ce dîner raffiné est l’occasion d’une conversation inhabituelle « sur les choses de la gueule et l’imagination de l’estomac ». Tourgueniev promet de leur faire découvrir le meilleur gibier du monde, les doubles bécassines de Russie, puis leur raconte longuement la dégustation d’une bouteille de vin du Rhin dans une auberge allemande. Tous ces moments de plaisir sont, bien entendu, ponctués par des plaintes sur leur « chien de métier » et sur la douleur que leur cause la moindre critique. »

 

 

Extrait de Les salons de la IIIe République d’Anne Martin-Fugier

 

 

La mort de Flaubert, en mai 1880, brisa la sociabilité du groupe qui eut de la peine à se reconstituer. Le 10 avril 1883, Goncourt annonce une nouvelle tentative : « L’ancien dîner, que Zola, Daudet et moi faisions avec Flaubert et Tourgueniev, recommence aujourd’hui avec Huysmans et Céard. » Huysmans et Céard faisaient partie, avec Léon Hennique, Paul Alexis, Maupassant et Octave Mirbeau, du dîner des Six, fondé sur le modèle du dîner des Cinq. Ces jeunes auteurs naturalistes offrirent à Flaubert, Zola et Goncourt, le 16 avril 1877, un dîner au cours duquel ils les déclarèrent « les trois maîtres de l’heure présente ».

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 06:00
Joachim Larralde/Talkie Walkie pour M Le magazine du Monde

Joachim Larralde/Talkie Walkie pour M Le magazine du Monde

On aura tout vu, de nos jours il ne faut s’étonner de rien, voilà-t’y-pas que Saverot, oui le Denis, un brasseur d'idées révolutionnaires, toujours à la pointe des tendances qui décoiffent, se porte en tête d'une nouvelle croisade avec ses Templiers de La Revue du Vin de France, de Vin & Société, le voilà qui  lance un laboratoire d’idées « La Génération Y et le vin ».

 

Si j’étais rosse je dirais comme Mac Arthur « trop tard ! »  c'est rappé, fallait sortir du bois y'a quelques années, mais en étant plus sérieux je vais me permettre de montrer que la génération Y n’existe pas.

 

C’est du bourrage de mou, du remplissage pour apprentis marketeurs, c’est une illusion qui est le signal qu’il faut se défaire des générations « slogan » pour comprendre un monde autrement plus complexe, aux frontières plus floues et subtiles et donc autrement plus passionnantes aussi.

 

Alors je vous laisse le soin de découvrir les stupéfiantes avancées conceptuelles de l’étude du CREDOC, j’en suis tout bouleversifié.

 

Vous avez dit laboratoire d’idées ?

 

Il va vous falloir vous secouer un peu plus les méninges pour sortir des mots valises, des constats éculés, des naïvetés qui font plaisir, du recyclage des représentants du vieux monde, pour aborder la complexité, la subtilité, la diversité des nouvelles couches de consommateurs.

 

Va falloir que vous vous adressiez à Audrey Bourolleau pour qu’elle vous briefe sur « l’effet Macron »

 

Sortez des sentiers battus, des autoroutes des concepts marketing usés jusqu’à la corde, inventez !

 

Moi qui ne suis qu'un vieux con qui, depuis quelques années s’est immergé dans la fréquentation de cette soi-disant « génération Y » j’y ai retrouvé les fondamentaux des générations précédentes avec de la diversité sociale, mais aussi des traits spécifiques liés au statut social, mais pas une masse de « jeunes » qui pensent, vivent, consomment tous de la même façon.

 

C'est totalement inepte : quoi de commun dans cette fameuse génération, pour prendre des extrêmes, entre un grelu ou une greluche de la NAP et un p'tit mec ou une jeune nana qui enfilent des petits boulots ?

 

Pas grand chose, alors de grâce cessez de dépenser le bel argent de Vin&Société pour accoucher de niaiseries. L'extension du domaine du vin demande un peu plus d'esprit de finesse, d'investissement intellectuel et d'appréhension de la réalité.

 

Revenons à la question de base : 

 

Pourquoi la génération Y n'existe pas par Anthony Gutman, co-fondateur du Remix Coworking

 

Qu’est-ce qu’une génération ?

 

C’est un segment de population vivant ou ayant vécu à une même période historique et partageant un certain nombre de représentations et de pratiques liées. Par contraste, cela veut dire que les phénomènes qui se déroulent sur de longues périodes ne sont plus générationnels puisque l’on ne peut plus les lier à une période.

 

Comment les Y sont-ils décrits ?

 

Si l’on synthétise la littérature au sujet des Y, l’on voit qu’ils sont nés dans un monde technologique dont ils appréhendent parfaitement les codes, ils sont immunisés contre le marketing et le mass media, ils sont super adaptatifs et en même temps, ne se laissent pas dicter leur comportement (notamment vis-à-vis des employeurs corporate) du fait qu’ils n’ont connu que la crise et ne donnent aucune crédibilité au « monde de l’entreprise ». Voilà.

 

Le digital est-il un des fondements de la génération Y ?

 

Les quatre grands traits censés structurer cette génération (la crise, le digital, la rébellion face à l’autorité, le segment temporel) entrent en contradiction avec la définition même de ce qui définit une génération. Le digital est l’un des faits fondateurs de la génération Y (les fameux « digital natives »). Sauf qu'il l'est aussi pour la génération X (plus de 40 ans) et pour la génération Z (âgée de 20 ans en moyenne). Le digital traverse le temps comme une tendance de fond, bien plus que comme un fait lié à une génération.

 

Les Y sont-ils les enfants des crises ?

 

Les Y ont grandi dans la crise dit-on. N’était-ce pas le cas de leurs prédécesseurs ? Depuis les chocs pétroliers de 1973 et 1979, le taux de croissance du PIB français croît moins vite que lors des Trente Glorieuses. La crise accompagne donc déjà plusieurs générations, et n’est donc pas en tant que tel un fait générationnel particulier.

 

La mentalité des Y dans l'entreprise est-elle différente de celle des autres générations ?

 

Les Y en entreprise correspondent au middle-management (environ 35 ans). Ils entendent accéder aux postes de senior et top managers, mais ont du mal à percer ce « plafond gris » ( grey ceiling) car les chefs d'entreprises cinquantenaires et soixantenaires  s'accrochent à leur place. En aval, ils sont obligés de protéger leur poste face aux assauts des jeunes générations qui souhaitent intégrer l’entreprise. Bref, les Y sont une génération tout aussi contrainte et conservatrice que la précédente. Et si l'on dit que les Y se rebellent, cela se traduit plutôt par la vétusté des modes de management qui n’ont jamais vraiment été remis en question.

 

Réalité sociologique ou concept marketing ?

 

C’est le magazine Ad Age, qui a créé le concept de génération Y en 1993, tandis que la génération X est issue du travail de deux journalistes : Charles Hamblett et Jane Deverson (Generation, Fawcett Publications, 1964). La génération Y est donc un concept marketing destiné à appréhender une nouvelle génération de consommateurs à priori réfractaires aux messages publicitaires là où la génération X est issue d’une réflexion sociologique et journalistique. Quel paradoxe que de se retrouver cloîtrés dans un concept marketing, alors que le marketing « à la papa » fait justement partie de ces choses que beaucoup d’entre nous rejettent. Cette illusion est le signal qu’il faut se défaire des générations « slogan » pour comprendre un monde autrement plus complexe, aux frontières plus floues et subtiles et donc autrement plus passionnantes aussi.

 

La génération Y n’existe pas, la preuve par Gaston par Aline Jaccottet

 

« Réputés capricieux, accros aux nouvelles technologies et désinvestis, les «Y» (âgés de 20 à 35 ans) auraient le même rapport au travail que leurs aînés, selon des travaux inédits de l’Université de Genève. »

 

Cela fait aujourd’hui vingt-quatre ans que le concept de génération Y existe. Apparu pour la première fois dans le magazine américain Advertising Age en référence à la forme des écouteurs sur le torse ou la question «Pourquoi» (la lettre Y se prononçant «why» en anglais), il fait l’objet d’innombrables pubs et articles. Celles et ceux qui en font partie auraient quelques qualités et… pas mal de défauts. Agiles et innovants, mais instables et individualistes, ces jeunes adultes entre 20 et 35 ans donneraient du fil à retordre à qui ose les engager.

 

En réalité, rien ne les distingue de leurs aînés âgés de 35 à 50 ans (les «X») dans le sens qu’ils donnent au travail. C’est la conclusion d’une étude inédite réalisée par Max Lovey, un étudiant de master, sous la direction du professeur Jean-Michel Bonvin de l’Institut de démographie et socio-économie de l’Université de Genève. Elle a consisté à mesurer le sens accordé au travail par différentes générations: les «Z» (moins de 20 ans), les fameux X et Y, et les baby-boomers (50 ans et plus).

 

Lire la suite ICI 

 

Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…
Denis Saverot de la RVF le nouveau gourou de la remontada du vin auprès des jeunes de la Génération Y…

Joachim Larralde/Talkie Walkie pour M Le magazine du Monde
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/11/generation-y-les-empecheurs-de-travailler-en-rond_3158117_3224.html#LhAHMBiBIPzslCYi.99

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 06:00
Enfin 1 nouveau rapport d’1 comité Théodule l’IREF préconise de libérer « l’industrie gauloise du vin » de ses entraves bureaucratiques !

Comme je suis un ignorant jusqu’à ce jour j’ignorais ce qu’était l’IREF, pour la liberté économique et la concurrence fiscale, des libéraux pur sucre.

 

Plus encore j’ignorais qu’un grand expert de l’industrie du vin se nichait dans cet institut, un certain Laurent Pahpy qui a mis en ligne le 15 novembre 2017 Comment rétablir la compétitivité de la viticulture française Les propositions de l’IREF

 

Il prévient que la lecture dure 40 min et prévient que « Ce rapport n’a pas pour ambition de déterminer quelles sont les stratégies que les entrepreneurs de la vigne et du vin devraient suivre pour maintenir et augmenter leurs avantages compétitifs, mais bien d’analyser et d’essayer de montrer que l’interventionnisme constitue un véritable frein compétitif. Nous nous attacherons donc à faire un tour d’horizon de certains verrous réglementaires qui peuvent expliquer la prise de retard de la filière française. Dans chacun des cas, l’IREF fait des propositions de réformes ambitieuses et nécessaires. Cette analyse est déclinée selon trois grands axes : la réglementation sur la quantité et les prix, la réglementation sur la qualité et le commerce international.

 

Ce travail s’appuie sur des études statistiques, réglementaires et académiques ainsi que sur des entretiens réalisés auprès d’acteurs et d’experts de la filière vigne-vin-vente ou auprès de régulateurs. Nous ne traiterons pas le cas des vins de luxe dont les mécanismes de marché et de compétitivité obéissent à des règles très différentes. Ces vins sont vendus de plusieurs dizaines d’euros la bouteille à plusieurs centaines, voire millier d’euros. On y trouve les vins les plus célèbres tels que le Domaine de la Romanée-Conti en Bourgogne ou le fameux Petrus dans le Bordelais. Nous nous concentrons sur les vins d’entrée et de moyenne gammes, avec des prix variant de 1 à 2 €/bouteille pour les vins basiques jusqu’à une vingtaine d’euros pour les consommations plus occasionnelles. Ce large segment représente plus de 90 % du marché en volume et la concurrence internationale y est très marquée. »

 

En tant qu’ancien petit rapporteur marqué du sceau de l’infamie pour ces libéraux, car rémunéré par l’État, cette lecture m’a fait énormément sourire pour une bonne et simple raison: je n’ai jamais rencontré de toute ma vie des représentants de l’industrie du vin gaulois. Et Dieu sait que, contrairement au sieur Pahpy j’ai travaillé dans un grand groupe : Pernod-Ricard et bourlingué dans le monde du vin, et même qu’étant partisan de l’abandon des droits de plantation je me suis retrouvé face à l’opposition des grandes maisons de Champagne et de Cognac.  

 

Alors, sieur Pahpy c’est bien joli, depuis son petit bureau et les statistiques publiques, d’analyser et de pondre une batterie de propositions mais lorsqu’on n’a pas la queue d’une idée sur ceux qui vont porter ces réformes libérales autant pisser dans un violon et attendre de voir si ma mayonnaise prend.

 

Vous faites ça avec qui ?

 

Avec Pierre Castel, Joseph Helfrich, LVMH, Boisset et Cie…

 

Pas sûr que vous fassiez auprès d’eux un grand succès, sauf d’estime m’sieur Pahpy. Pour tout vous dire ils n’ont nulle envie d’affronter certains lobbies. C’est regrettable mais ce n’est pas en agitant des chiffons rouges comme les vôtres que l’on fera bouger les lignes.

 

Vous manquez de modestie dans votre faisons table rase du passé, cependant je vous rassure dans quelques jours vos propositions prendront gentiment la poussière dans les étagères où finissent tous les rapports.

 

J’admets être vulgaire mais votre comité Théodule, qui s’érige en donneur d’ordres pour tout un secteur, sans être hors sujet, ne présentent aucune utilité ni économique, ni sociale, ni politique.

 

J’en reste là et je vous invite à lire ce rapport ICI

 

Enfin, pour ceux qui ne veulent pas se taper 40 mn de consultation je leur livre la CONCLUSION

 

Même si les producteurs français sont leaders sur de nombreux marchés à l’international, l’évolution des parts de marché à l’export par rapport aux autres pays européens et à ceux du Nouveau Monde est préoccupante. Les acteurs de la filière vitivinicole ne peuvent plus se reposer sur les lauriers du « Made in France » et sur une réglementation particulièrement protectionniste et corporatiste. À trop vouloir bien faire, celle-ci impose trop souvent une stratégie viticole homogène, centralisée, obéissant à des coalitions d’intérêts majoritaires. Il est alors impossible de répondre aux innovations technologiques et aux attentes atomisées et changeantes des consommateurs du monde entier. Les pays du Nouveau Monde démontrent par leurs modèles que l’on peut être plus innovant et plus compétitif à qualité équivalente si le marché est débarrassé d’un système institutionnel interventionniste.

 

Dans cette étude, nous avons traité des échecs des politiques de contrôle des prix et de l’offre, du système monopolisé des indications géographiques et des appellations d’origine et des politiques libre-échangistes très en retard par rapport à celles du Nouveau Monde. Certains éléments n’ont pas été abordés dans ce rapport et mériteraient une analyse approfondie tant il est probable qu’ils aient une influence non négligeable sur la compétitivité des vins français. On peut citer les coûts de main-d’œuvre et la fiscalité, les barrières non tarifaires, certains organismes d’accompagnement dont l’utilité reste à démontrer, les syndicats agricoles, les normes environnementales très restrictives édictées sous le fameux « principe de précaution », les droits de préemption des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), système unique au monde souvent critiqué pour son principe, ses dysfonctionnements et la mainmise des syndicats.

 

L’IREF n’a pas pour prétention de définir la stratégie optimale des entrepreneurs de la filière vigne-vin-vente. Il est d’ailleurs impossible d’en définir une unique et centralisée : c’est à l’entrepreneur, en fonction des spécificités de son système productif et de la clientèle visée qu’il appartient de maximiser ses avantages compétitifs par rapport aux concurrents. Pour ce faire, la filière doit se libérer de l’interventionnisme public, tant des subventions, des réglementations que des monopoles intellectuels. L’IREF fait donc les propositions suivantes :

 

•                                                            Les autorisations de plantation doivent être libéralisées et les subventions, quelles qu’en soient les formes, stoppées.

 

•                                                            Les pratiques viticulturales et œnologiques obligatoires doivent être supprimées et la réglementation devrait se cantonner aux aspects strictement sanitaires.

 

•                                                            Les monopoles intellectuels associés aux appellations AOC/IGP permettant le développement du corporatisme et des rentes peuvent être abolis au profit d’une industrie de la certification privée, associative, transparente, mise en concurrence et responsabilisant le consommateur.

 

•                                                            Les certificateurs institutionnels et les structures d’accompagnement devraient-ils aussi être mis en concurrence et financés uniquement par des contributions volontaires de leurs membres.

 

•                                                            Les institutions européennes devraient s’efforcer de multiplier les accords de libre-échange et d’abolir les barrières tarifaires et non tarifaires, notamment dans le cas du Brexit.

 

 

Face à la perte de compétitivité des vins français et aux nouveaux défis du monde vitivinicole tels que l’adaptation au changement climatique, l’évolution des modes de consommation, les coûts de main-d’œuvre ou les exigences environnementales, la tâche n’est pas aisée pour les vignerons français. S’arc-bouter derrière un lobbyisme réglementaire ou des protections corporatistes ne fera que retarder et rendre plus violente une inévitable adaptation aux réalités du marché mondial. Bien qu’il subsiste une demande historique pour un vin de terroir et d’amateurs éclairés, la viticulture française ne peut que s’engager dans la voie de la compétitivité et de la concurrence si elle veut survivre. Ces réformes ne se feront certainement pas sans dégâts, mais les producteurs pourront désormais se concentrer sur l’innovation et l’optimisation du rapport qualité-prix au bénéfice de leurs consommateurs plutôt que de perdre une énergie considérable à lire des règlements inadaptés ou à remplir des dossiers de subventions ou d’autorisations administratives. Pour que des succès entrepreneuriaux tels que le groupe Castel ou le Domaine du Tariquet se multiplient et pour enfin concurrencer les plus grandes marques mondiales parmi lesquelles aucun français n’est aujourd’hui présent[60], la viticulture française devra compter sur ses talents et sur elle-même plutôt que d’arracher, souvent par la force, des privilèges ou des subventions.

 

Les entrepreneurs de la vigne et du vin méritent bien mieux qu’une viticulture administrée et corporatiste. Laissons les développer leur savoir-faire et leur innovation pour produire un vin toujours meilleur et toujours plus accessible pour exporter ce que « l’art de vivre à la française » fait de mieux.

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20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 06:00
Jeff Coutelou et Paco Mora dans leurs œuvres

Jeff Coutelou et Paco Mora dans leurs œuvres

Ce titre de Vitisphère : Le beaujolais renoue avec les jeunes, un papier signé le vendredi 17 novembre 2017 par Bertrand Collard que je connais bien, il officiait à la France Agricole au temps où j’usais mes pantalons au 78 rue de Varenne, m'a fait réagir.

 

Alors j'écris !

 

Les jeunes, tous dans le même grand sac, comme les vieux, les femmes, les ménagères de plus de 50 ans…

 

Sans vouloir faire injure à ce cher Bertrand Collard,  je puis affirmer qu’il ne doit pas beaucoup fréquenter les bars à vins où le Beaujolo nouvo et ses petits frères coule à flots.

 

Alors, pour ne pas prendre de risque il enfourche sans barguigner  les éléments de langage interprofessionnel d’InterBeaujolais.

 

Au temps de la crise du Beaujolais, lorsque l’immense statue du nouveau se fracassa la gueule, au milieu des ricanements de ses détracteurs, le fameux goût de banane, j’avais commis plusieurs chroniques pour, disais-je, sauver le Grand Corps Malade.

 

Je ne vais pas ici revenir sur les causes de cette chute de ce qui fut, et reste encore, la plus belle opération de communication dans le monde du vin.

 

Fiers et dominateurs, sous la houlette ferme de Georges Duboeuf, les vignerons du Beaujolais imposaient même à l’INAO que seuls leurs vins pourraient se voir attribuer le qualificatif de nouveau. Les autres, la piétaille, à l’époque le Touraine, le côtes-du-rhône, le Gaillac, se contenteraient de Primeurs, ce qui dans le langage populaire sent plutôt le choux fleur.

 

C’était la grosse fiesta dans les caboulots, toute une génération célèbre de morts de soif levait le coude sans retenue. Oui, on ne pouvait échapper au Bojolo Nouvo.

 

Tout le cérémonial lié à la date, ce 3e jeudi du mois de novembre, les gros porteurs en bout de piste pour aller le déverser chez les japonais, les people qui se faisaient rincer chez Duboeuf, les croisières, le Bojolo nouvo surfait sur la vague insoucieux du ver qui commençait à le ronger de l'intérieur.

 

Mais, comme le renard de la fable, par l’odeur du pognon facile alléché la GD se jetait sur le Bojolo Nouvo comme la vérole sur le bas-clergé.

 

Fallait voir les montagnes de Bojolo Nouvo chez les gars de la marge arrière, quand je travaillais à la SVF j’en ai brassé des hectos de Bojolo Nouvo à prix canon.

 

Et puis, patatras, après l’excès d’amour, le désamour, que faire ?

 

La réponse basique c’est : faire de la qualité ! Mais qu’est-elle donc cette fameuse qualité pour madame et monsieur tout le monde qui va acheter son vin au supermarché ?

 

Et, bien sûr, reconquérir le terrain perdu chez ces fameux jeunes qui aiment le jaja.

 

Alors, InterBeaujolais a sorti la grosse artillerie en venant faire une tournée à travers Paris en bus à impériale, avec une fanfare, et cinquante vignerons pour la sortie du beaujolais nouveau. Fin de journée avec la presse (laquelle ?)

 

 

Le délégué général d’InterBeaujolais Jean Bourjade tire un bilan positif de sa tournée à travers Paris, il est ravi note Collard. Comme le disait le Georges de la place du colonel Fabien, un bilan globalement positif.

 

« Les jeunes sont venus nombreux le déguster. Les réseaux sociaux ont bruissé de l'affaire. »

 

Ha, les réseaux sociaux qui bruissent tels les branches de sassafras, nouveaux miroirs aux alouettes pour les gogos. C’est du bas bruit sans grand effet sur une population restreinte qui like pour liker.

 

« Les Parisiens et les touristes ont sorti leurs smartphones. Ils nous ont pris en photo et les ont postées sur les réseaux sociaux. Le hashtag #beaujolaisnouveau a été le plus populaire de la journée. »

 

Et le jour d’après ils sont où les adorateurs du Bojolo Nouvo ?

 

Ils ont passé à autre chose.

 

« Les jeunes n'ont pas d'à priori » note Bourjade

 

Toujours  ces fameux jeunes, ici ceux croisés au hasard dans les rues de Paris, ce qui n’en fait un échantillon très représentatif de cette population.

 

« À tous les arrêts nous avons été bien accueillis, indique-t-il. Beaucoup de jeunes de 25 à 30 ans sont volontiers venus déguster. Ils n’ont pas les « à priori » à l’égard du beaujolais nouveau qu’ont les gens plus âgés. Sur le Pont Neuf, une farandole s’est spontanément formée au son de notre fanfare. »

 

« Tout au long du parcours, armé de son porte-voix, il a rappelé aux Parisiens que la sortie du beaujolais nouveau était un moment de fête. Il les a invités le déguster au restaurant ou chez eux. » note Collard.

 

Fort bien les bateleurs mais ils étaient où ces fameux jeunes que vouliez appâter ?

 

En grande majorité dans des bars à vin ou des caves, à s’envoyer derrière la cravate du nouveau qui n’était pas forcément du bojolo.

 

Je prends un exemple, hors Paris, à Ivry, bastion rouge, où officie dans sa cave le célèbre et ténébreux Paco Mora. Voici son compte-rendu de la soirée de jeudi :

 

« Mesdames, messieurs, la direction de la cave d'Ivry, son personnel, son service communication, la Direction des Ressources Humaines, son service logistique se joignent à moi pour vous faire part de la disparition des vins primeurs 2017, que soient ici remerciés Jean Claude Lapalu, Rémi Dufaitre, pour leurs Bojos, Julien Bresteau, Marc Houtin pour leurs Anjous, Jean François Nicq des Foulards rouges pour son Octobre, rouge, cela va de soi, et évidement sans oublier Jeff Coutelou et sa barrique de Languedoc, Go Fast , cinsault merveilleux... nous tenons à remercier chaleureusement les nombreux et nombreuses buveurs et euses, gai lurons et ronnes qui à l'heure actuelle ont dû picoler et pisser les prés de 800 quilles, tout en restant dignes, dans la joie et le partage, deux bouteilles ont été sauvés de cette horde de joyeux et euses drilles, elles seront bues, n'ayez crainte demain matin dans les studios de Sud Radio, à l'occasion de l'émission " au bistrot du marché" en présence de Gilles Vérot, charcutier émérite , à l'invitation de Philippe Toinard du Jajazine 12.5°, laissons donc reposer, les 2017 restants, en cuves , amphores, muids, fûts , les nouveaux ont ouvert la danse... notre bonheur sera à la hauteur de notre patience, ainsi , va le vin... »

 

Hé oui, c’est là qu’ils étaient les jeunes, et les moins jeunes, cher monsieur Bourjade, c’est là qu’il faut aller pour retrouver le goût du vin nouveau qu’il soit du Beaujolais ou d’ailleurs. Sont pas « racistes » ces fameux jeunes ils font la fête avec des vins qu’on ne trouve pas dans la GD.

 

Cette GD qui tente de surfer sur la tendance nature en proposant des sans soufre, des non-filtrés à 2 balles ou même presque donné.

 

Toujours le Paco qui monte sur ses grands chevaux :

 

 

COUP DE GUEULE ,vu dans un magasin un Beaujolais nouveau avec l'inscription "sans souffre" avec 2 f , du verbe souffrir sans doute, inscription en diagonale sur l’étiquette, calligraphie plus grosse que le nom du domaine et de l'appellation, si ça c'est pas du marketing...renseignements pris, c'est un domaine de 33 hectares travaillant en culture raisonnée , pour être clair, pas bio, mais se faisant passer pour un vin nature,ce qui est drôle pour ne pas dire burlesque , les efforts déployés par certains pour taper sur le bio et à fortiori sur le nature et les mêmes efforts pour leur ressembler sur le linéaire, attention, je ne critique pas systématiquement un vigneron non bio, mais là, on sent le foutage de gueule énorme, la faute en partie à la profession, à force de se contenter de communiquer que sur le soufre, comme étant le diable, non seulement on oublie le reste, thermovinification, flash pasteurisation, etc...mais l'agroalimentaire s'engouffre dans a brèche ,alors oui, vivement un cahier des charges reconnu par les pouvoirs publics , non seulement pour informer le consommateur mais également pour protéger les vigneron(ne)s de plus en plus nombreux et nombreuses à s'engager ne serait-ce que timidement vers cette voie là...les travaux de l’association des vins naturels ou de Seve devraient servir de référents. »

 

Car ces bien là que les athéniens s’atteignirent, comme le note Collard « Reste que les chiffres sont un peu moins brillants. David Ratignier, vice-président d’Inter Beaujolais, les a rappelés le soir même durant la conférence de presse qui s'est tenue au Point Ephémère, une usine désaffectée qui accueille un bar branché et des salles de spectacle. Un lieu choisi par l’interprofession pour montrer les beaujolais « restent des vins contemporains, qui intéressent les jeunes ».

 

Côté chiffres, le marché du vrac accuse une nouvelle baisse en volume. Il devrait s’élever à 150000 hl contre 153000 hl l’an dernier. Les exportations vers le Japon sont en recul. Le marché français continue de s’éroder. »

 

Et là, patatras, on touche là où ça fait mal « Il faut que la GD s'engage un peu plus »

 

« En fin d’année, il y a plein d’opérations commerciales dans la grande distribution, constate David Ratignier. Les rayons des chocolats ont pris une place énorme. Il est difficile pour nous de s’en faire une. La GD a aussi peur de ne pas vendre le beaujolais nouveau. Beaucoup de magasins n’en référencent même pas. Des clients ne trouvent pas de produit. Il faudrait que la GD s’engage un peu plus dans la mise en avant des beaujolais nouveaux. »

 

Ben oui, c’est ainsi, chez Paco on compte en flacons alors que du côté de l’Interprofession on chiffre en hecto, ce fameux vrac dont une néo-journaliste du Monde, jusqu’à ces derniers mois ignorait l’existence.

 

Je comprends parfaitement que les dirigeants interprofessionnels veuillent relancer la mécanique pour tenter de retrouver des jours meilleurs mais je ne suis pas persuadé que c’est en faisant du ramdam dans les rues de Paris avec flonflons et haut-parleur.

 

Le travail de fond est un travail de longue haleine, la bonne image du Beaujolais nouveau se situe dans ces petits lieux conviviaux et non dans les allées grises et froides de la GD.

 

Moi ce que j’en dis c’est pour causer, ce ne sont pas mes sous mais ceux des vignerons cotisants par obligation, ça mérite tout de même réflexion.

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 07:00
L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, Alice Zéniter dans L’art de perdre, conte celle des harkis, elle méritait le Goncourt, les lycéens le lui ont donné…

J’étais vénère  bien que je me contrefichasse des prix littéraires comme de ma première chemise car cette année ayant lu le dernier carré j’étais persuadé qu’Alice Zéniter allait avoir le Goncourt.

 

J’avais acheté son livre car le sujet, le conflit algérien vu au travers de l’histoire d’une famille, qui se déroula en toile de fond de ma jeunesse, nos frères partant dans le djebel pour ce qui n’était pas disait-on la guerre, de ses enjeux, de sa violence, de ses multiples et encore vives blessures, les rapatriés « les pieds noirs, les harkis, les anciens d’AFN, les ex-Algérie française, les travailleurs émigrés majoritairement algérien, a contribué à me structurer politiquement.

 

J’ai lu, sans que mon attention ne se relâche, ses 500 pages en Corse, en fin de journée lorsque l’air devient tendre et que la lumière s’adoucit en pensant à cette Kabylie, que j’ai sillonné lorsque j’effectuais mon service national en tant que coopérant. Béjaïa, ex-Bougie, Tizi-Ouzou, les fameuses gorges de Palestro devenu Lakhdaria, wilaya de Bouira.

 

 

Contrairement à une idée reçue l’Algérie n’est pas majoritairement arabe Kateb Yacine soulignait qu’elle n'était ni arabe ni musulman, et dans un récent article : L’Algérie arabe est une imposture 18 avril 2017 l’écrivain Karim Akouche en fait courageusement la démonstration  ICI 

 

Mouni qui gardait ma fille était Kabyle, elle me racontait. Un jour elle me présenta sa fierté, sa fille pilote de ligne qui ne pouvait exercer son métier sur Air Algérie.

 

La guerre d’Algérie a laissé bien plus que des traces, des fractures jamais réduites, de sourdes haines habillées de sales mots : bougnoules, melons, crouilles, ratons, bicots… de chaque côté de la Méditerranée notre Histoire commune reste à écrire par ceux qui n’ont pas été partie prenante de cette sale guerre.

 

« L’histoire est écrite par les vainqueurs. » plaidait, citant Churchill, Robert Brasillach pour sa défense lors du procès qui le condamnerait à mort.

 

« Le FLN a fait de l’indépendance une cité en ruines, il y a jeté les enfants et les femmes dans les bras d’un monstre qui hait les rêves et la beauté : l’islamisme-arabisme. » écrit Karim Akouche.

 

Dans l’Histoire officielle de l’Algérie les harkis, ces traîtres, ces collabos, ces bannis, n’ont pas leur place, pas plus d’ailleurs que dans la nôtre, et pourtant, l’Algérie n’était pas une colonie mais 3 départements du sol national. C’est pourtant cette France qui les abandonna, sans remords, à leur arrivée, le gouvernement gaulliste les parqua dans des camps, celui de Rivesaltes qui en avait vu défiler d’autres.

 

La narratrice, Naïma, jeune galeriste ignore tout de l'Algérie et de l'enfance de ce père, débarqué à Marseille en 1962 avec Ali son père, Yema sa mère et toute la famille. « Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout. Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi », lui rétorquera un artiste algérien.

 

Ce livre est un grand livre empli de boue, de sueur, de silence, d’humiliation, Alice Zeniter, elle-même petite-fille de harkis, raconte courageusement la tragédie de ces sacrifiés de l'Histoire. Sans préjugés ni certitudes ; avec exactitude et romanesque.

 

« L'Algérie les appellera des rats. Des traîtres. Des chiens. Des apostats. Des bandits. Des impurs. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil », écrit Alice Zeniter.

 

En travaillant sur son roman, elle a découvert ces « espèces de poches secrètes où l'on met tous ceux dont les trajectoires nous embarrassent » On découvre ainsi le camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) où seront parqués les harkis après avoir « accueilli » les républicains espagnols fuyant Franco, les Juifs et les Tziganes raflés par Vichy...

 

Le livre d'Alice Zeniter n'est pas pour autant un réquisitoire même si la jeune femme avoue « sa colère et son dégoût » face à cette histoire grise.

 

Le patriarche, le fils, la petite-fille : trois personnages, trois époques, trois pans d'Histoire, trois manières d'être au monde, « Sa saga aux allures de dérisoire et sinistre épopée brasse le destin de la famille Zekkar, de 1930 à aujourd'hui, et celui d'une Algérie qu'on n'en finit pas de rejeter de ce côté-ci de la Méditerranée. »

 

L'Art de perdre, est son cinquième livre, le plus puissant, le plus sensible et rayonnant, c’est un aboutissement.

 

« Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître », écrivait joyeusement la poétesse américaine Elizabeth ­Bishop (1911-1979). Elle a offert son titre à ce beau livre en mouvement, qui ne s'achève pas vraiment. Conscience à l'affût, Alice Zeniter refuse pensées toutes faites et conclusions faciles. — Fabienne Pascaud »

Ed. Flammarion, 512 p., 22 €.

 

 

« Le Monde » a remis son 5e prix littéraire à Alice Zeniter pour « LArt de perdre»

 

Il vient d’obtenir le Goncourt des lycéens, bravo à eux :

 

« Si la guerre d'Algérie appartient au passé pour les jeunes générations d'aujourd'hui, la découverte, via la littérature ou toute autre forme d'art, d'une injustice enfermée depuis longtemps dans le passé vient nous frapper de plein fouet comme si elle avait eu lieu aujourd'hui » Alice Zéniter.

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, Alice Zéniter dans L’art de perdre, conte celle des harkis, elle méritait le Goncourt, les lycéens le lui ont donné…

Le point de départ :

 

« Alors ils sortirent le pressoir de l’eau, le remirent en état et l’installèrent dans leur jardin. Peu importait désormais que leurs maigres terres furent stériles car les autres venaient à eux avec les olives de leurs arpents et eux en faisaient de l’huile. Bientôt, ils furent suffisamment riches pour acheter leurs propres parcelles. Ali put se remarier et marier ses deux frères. La vieille mère s’éteignit quelques années plus tard, heureuse et apaisée. »

Page 21

[…]

 

« La richesse d’Ali et de ses frères est une bénédiction sur un cercle de cousins et d’amis beaucoup plus vaste. Elle les oblige à une solidarité élargie, concentrique et elle agrège autour d’eux une partie du village qui, leur en est reconnaissante. Mais elle ne fait pas que des heureux. Elle vient déranger la suprématie antérieure d’une autre famille, celle des Amrouche dont on dit qu’ils étaient riches à l’époque où il y avait encore des lions. Eux vivent un peu plus bas sur la crête, dans de ce que les Français appellent de manière trompeuse le « centre » de cette succession de sept mechtas, des hameaux situés  sur le fil de la roche, les uns après les autres, comme des perles éparses sur un collier trop long. En réalité, il n’y a pas de centre, pas de mitan autour duquel se seraient formées ces grappes de maisons, même la maigre route qui les relie n’est qu’une illusion : chaque mechta forme un petit monde à l’abri de ses arbres et de ses murs et l’administration française a fusionné ces univers minuscules en une circonscription administrative, un douar qui n’existe que pour elle. Les Amrouche ont d’abord ri des efforts d’Ali, Djamel et Hamza. Ils ont prédit qu’ils n’arriveraient à rien : un paysan pauvre ne deviendra jamais un propriétaire compétent, il n’a tout simplement pas assez de suite dans les idées. Le bonheur ou le malheur de chacun, disaient-ils, est gravé sur son front depuis sa naissance. Puis ils ont tordu la bouche devant le succès qui venait couronner l’entreprise d’Ali. Finalement, ils l’ont accepté, ou feint de l’accepter, en soupirant que Dieu est généreux. »

Pages 26-27

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