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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 06:00
Chère Sylvie Rocard, lorsque j’ai vu notre Michel à la télé avec un col de chemise digne de ce nom j’ai dit « il est enfin amoureux »

J’ai des témoins.

 

J’avais raison puisque vous écrivez que lors de votre première rencontre, la décisive, en juillet 1994, au George V « Le costume de Michel Rocard flotte de partout, la veste tombe sur ses épaules, la couleur de l’ensemble – beigeasse tirant sur le vert – est d’autant plus calamiteuse qu’elle est assortie d’une cravate façon tranche napolitaine. Ses chaussures, en daim marron à trou-trous, me font penser à celles d’un zazou marseillais des années 40. Une telle indifférence à l’apparence me le rend cependant encore plus sympathique. »

 

 

Je confirme, l’épisode de la marche avec le François de Jarnac lors de sa seconde candidature le montre, le premier cercle des mitterrandiens s’en est gaussé, tout comme de sa fameuse « vache », son cartable bourré de dossiers. Ce qui ne les empêchait pas de le supplier pour qu’il vienne les soutenir au moment des élections.

 

« Costume Lanvin homme, mocassins Weston, j’ai entrepris dès les premiers jours de notre vie commune un relookage complet de mon Michel. C’était la saison des soldes, finis, les vestons trop larges et les godasses sans style, le voilà équipé plus élégamment et chaussé comme un milord. »

 

J’ajoute, avec enfin des cols de chemises dignes de ce nom, bien ajustés. Ma mère état couturière, je suis très chiffons.

 

En 1983, lorsqu’Huchon que j’avais connu lorsqu’il était chef du bureau agriculture du budget, position stratégique : l’équivalent du Ministre de l’Agriculture, me demande de rejoindre le cabinet de Michel Rocard, propulsé à l’Agriculture pour pacifier la situation explosive créée par Edith Cresson, je suis dans mes petits souliers. Jean-Paul lui avait dit que j’étais l’homme de la situation pour l’épauler dans le difficile dossier vin, le Midi Rouge, afin de faciliter les négociations d’élargissement à l’Espagne et au Portugal. Je pondis  une longue note où, au-delà de mon analyse de la situation, je lui proposais des solutions. Il l’annota de son écriture qui penche à droite et me dis « Berthomeau je suis d’accord maintenant vous allez aller leur expliquer… » Sous-entendu aux cagoulés des Comités d’Action Viticole adeptes de la mèche lente. Ce que je fis, dans le Midi Libre je devins le bras droit du Ministre, c’était très chaud.

 

 

Au Conseil des Ministres de ce qui était encore la Communauté européenne à 12, Michel Rocard était une véritable star, un homme politique respecté, même par le britannique, nous étions au temps de Margaret Thatcher, il venait en effet lors de la Présidence française de boucler le fameux dossier des quotas laitiers. Il noua de suite des relations amicales avec son collègue italien, Pandolfi, un lettré, ce qui nous permis de pacifier les relations orageuses avec la viticulture transalpine pourvoyeuse de mauvais vins. Il m’envoya à Rome. Je tombai amoureux de l’Italie. Nous avons fait de nombreux déplacements dans le Midi Rouge dont il connaissait l’histoire comme toujours avec lui. J’avoue que j’étais fier. Il a réussi en étant l’architecte des accords de Dublin, contre la volonté du château et de son impérieux locataire, qui permirent à la viticulture languedocienne de prendre le chemin de la qualité et de la reconnaissance.

 

Ma plus grande fierté, je l’ai découverte, moi le blogueur, au hasard d’une recherche, dans une déclaration de Michel Rocard : « j’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques-unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres.

 

 

Au passage, dans ce cabinet, dans la galerie Sully, j’avais retrouvé mon ami Guy Carcassonne, l’homme de la réforme de l’enseignement agricole, nous avions passé des nuits blanches à l’Assemblée Nationale, lui conseil juridique de Pierre Joxe, président du groupe socialiste et moi conseiller technique de Louis Mermaz Président de l’Assemblée Nationale. Deux rocardiens pur jus collaborateurs de mitterrandiens du premier cercle, nous en plaisantions en croquant les fameux macarons de la buvette.  Guy fumait des biddies, je fis de même pour le plus grand malheur de mes pulls troués à l’impact des cendres. Mes visiteurs pensaient que je fumais des joints. Un jour Guy débarqua dans mon bureau « Jacques, voudrais-tu initier Claire (Bretécher)  et Dominique (Lavanant) à la dégustation ? » J’acceptai, le déjeuner se déroula rue de Bourgogne, au restaurant les Glénan,  aujourd’hui disparu. Un grand moment. Lire  ICI 

 

Michel Rocard nous quitta nuitamment pour cause de scrutin à la proportionnelle intégrale, il me fallait songer, moi le contractuel,  à réfléchir à ma reconversion. Ce fut la Société des Vins de France filiale du groupe Pernod-Ricard que l’ami Pierre Pringuet rejoignit aussi. Il terminera au plus haut de l’échelle, premier patron non issu des familles fondatrices.

 

 

Et puis, au petit matin d’un lundi du mois de mai 1988, Michel Rocard vient de former son gouvernement et, en compagnie d’Henri Nallet et de Jean Nestor, nous nous rendons pédestrement au 78 rue de Varenne pour la passation des pouvoirs : le Ministre sortant est François Guillaume qui avait lui-même succédé à Henri Nallet en 1986. Nous devisons. Henri Nallet me confie : « j’espère que le Président ne va pas nommer Julien Dray Secrétaire d’Etat… ». L’ouverture est à l’ordre du jour mais le filet lancé vers le Centre ne ramène que des petits poissons : Stirn, Pelletier, Durafour, LalondeSimone Veil, Barrot, Stasi n’ont pas sauté le pas. Lors du remaniement post législatives : Soisson, Rausch, Durieux, Hélène Dorlhiac rejoindront le navire et Alain Decaux sera Ministre de la Francophonie. Ma situation personnelle est étrange : la veille au soir j’ai dit oui à Jean-Paul Huchon, « Tu viens ! » alors que je suis toujours Directeur à la Société des Vins de France et que je vais le rester jusqu’à la fin juin. Passer de mon vaste bureau de plain-pied de l’Hôtel de Villeroy (c’est aujourd’hui celui du Ministre qui à l’époque logeait au 1er étage depuis le passage d’Edgar Faure) à celui que j’occupais avec vue sur le port de Gennevilliers, relevait du grand écart.

 

Tout ça pour vous dire, chère Sylvie Rocard, que dans ce cabinet, où j’étais directeur-adjoint, on m’avait confié les dossiers chauds : les DOM-TOM donc la Nouvelle-Calédonie, la Corse… C’est sur ce dernier dossier que j’ai vécu, à nouveau, des moments très forts sur l’île et à Paris où je participais au Comité Interministériel sur le dossier Corse. J’y siégeais vraiment, seul non ministre à la table, Michel Rocard me connaissant il ne s’en est jamais étonné, face à Pierre Joxe ministre de l’Intérieur et de Michel Charasse, à moitié corse, ministre du Budget. Et je ramenais ma fraise ce qui me vaudra, bien plus tard, les foudres de Joxe lorsque je témoignai devant le juge Charles Duchaine (patron actuel de l’agence anticorruption) sur le dossier de détournements des aides.

 

Là encore, grâce à Michel Rocard, j’ai vécu les plus beaux moments de ma vie professionnelle. Je lui en suis éternellement reconnaissant.

 

S’il était allé à la bataille présidentielle j’y serais allé à ses côtés. Je fréquentais le 226 Bd Saint-Germain où je retrouvais ma copine Catherine L.G. Ensuite, je me suis déconnecté de la politique et n’ayant que peu de goût pour les cercles rapprochés je me suis contenté de suivre Michel Rocard au travers de la presse et de ses livres.

 

Deux moments par la suite : je suis allé à son domicile du 14e lui remettre un beau livre sur Gaston Chaissac et une bouteille d’Armagnac à son millésime de naissance pour lui témoigner ma reconnaissance ; je vous ai rencontré à une soirée avec Gorbatchev, Michel me présenta à vous, avec chaleur,  comme l’homme du vin.

 

Je suis un fidèle.

 

Je vous remercie chaleureusement, chère Sylvie Rocard, de l’avoir enfin rendu heureux.

 

J’étais aux Invalides dans les rangs des grognards discrets.

 

9 juillet 2016

La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe, Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai 

 

Comme je vais tous les ans passer mes vacances en Corse, celle du Sud, c’est tout naturellement que je me suis rendu à Monticello où il avait souhaité qu’on lui rendit visite.

 

Aux dernières nouvelles il n’est toujours pas dans ce magnifique cimetière. Dès qu’il y sera je ferai un saut en Corse, avion puis le train pour Monticello.

 

12 septembre 2016

Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello… 

 

16 septembre 2017

Pour la stèle de Michel Rocard au cimetière de Monticello ce ne sera pas Soulages mais les copains Pierrot le facteur, Mimi du bar des Platanes et Jojo de la Pastourelle. 

 

Sachez, chère Sylvie Rocard, pour moi aussi C’était Michel même si, vouvoiement oblige, jamais je ne l’ai appelé par son prénom, C’était Monsieur le Ministre puis Monsieur le 1er Ministre. Ça m’arrangeait je suis un vouvoyeur. Mais le cœur y était.

 

Encore une fois merci pour ce livre empli d’amour, d’une fraîcheur, d’une spontanéité qui n’est pas la marque habituelle des livres consacrés aux hommes politiques.

 

16 avril 2017

La Corse Michel Rocard, Pierre Joxe et moi… je soutiens la vérité de Sylvie Rocard-Pélissier née Emmanuelli…

 

 

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commentaires

pax 28/10/2018 15:28

Sully, premier ministre d'Henri IV, d'une tape amicale sur l'épaule, vient de me tirer de ma sieste pour me rappeler que ce n'est pas le duc de Bouillon mais le duc de Mayenne qui fut victime de la plaisanterie du bon roi Henri. Il me demande de préciser que, après la soumission du duc, c'est lors de la visite, au pas de charge, du château de Montceaux que le duc, obèse et atteint d'une sciatique, s'évertua à suivre le roi au point d'en perdre le souffle.
Il me reste à aller me recoucher ,non sans observer que c’est là la deuxième intelligente clémence dont su faire preuve cet avisé monarque. On est loin de la mesquinerie d'un tonton à qui il ne déplaisait pas qu'on fasse allusion à dieu en parlant de lui. Chacun a la grandeur qu'il peut.

pax 28/10/2018 08:21

Les belles histoires de l'Oncle Jacques ! Merci cher Taulier pour cette chronique réjouissante de qualités humaines , de coeur et d'intelligence. Tu parles de hasard.Je préfère ce qu'en dit Eluard : Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez vous . Les noms cités ou évoqués rappellent cet adage populaire : qui se ressemblent s'assemblent ou encore dis moi qui tu fréquentes je te dirais qui tu es. Sur ce plan on ne pouvait s'attendre à mieux et tout cela nous confirme ce que nous savons un peu de toi.
L'épisode de la marche qui a tant fait gloser ( glousser ?) les miterrandolâtres ne peut que se retourner contre le florentin aussi mesquin que pervers . Nos jugements nous jugent disent encore les proverbes. Fallait il qu'il reconnaisse intérieurement d'excellentes et réelles qualité à celui que sa vindicte tente de tourner en ridicule. Si l'homme n'était rien quel besoin ,sauf celui gratuit de nuire qui a été un apanage de sa vie politique, de jouer une telle farce. Et hop, encore un adage populaire : C'est hôpital qui se moque de la charité !
Il me reste le souvenir des cours d'histoire de l'école primaire, un épisode de même nature : Henri IV et de duc de Bouillon. Ce haut personnage participe activement aux péripéties de cette époque troublée : guerre de religions, prétendant au trône, diverses guerres il est fait maréchal de France par Henri IV. Grand comploteur dans l'âme il finit par trahir le roi Henri et se voit confisquer ses terres. Il implore le pardon du roi lequel le lui accorde après l'avoir convoqué. La petite histoire dit qu'li partagea
un plantureux repas et le convia, en guise de sieste à une promenade dans le parc. Le roi marchait d'un bon et alerte pas pendant que le duc, affligé d'un embonpoint certain, peinait et soufflait à suivre le monarque qui régulièrement le rappelait à l'ordre et le priait de le rejoindre. Le " supplice " pris néanmoins rapidement fin Henri IV concluant l'affaire par un : « Méfions-nous des brouillons et des Bouillons ! » De ce genre de mésaventure l'un sort glorieux et grandi l'autre rabaissé et vil.

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