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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 07:00
L'arrestation de Robespierre, la nuit du 8 thermidor. Huile sur toile de Jean-Joseph Weerts

L'arrestation de Robespierre, la nuit du 8 thermidor. Huile sur toile de Jean-Joseph Weerts

Marcel Gauchet: « J’ai eu l'impression en écrivant ce livre de me libérer moi-même de toute une série de clichés hérités, qui m'encombraient la mémoire sans que j'en sois conscient. » F. Mantovani/ Gallimard

 

J’avoue, même si je ne dispose pas du même outillage intellectuel que Marcel Gauchet, que pour moi Robespierre était en quelque sorte le fondateur de la tradition des dictateurs modernes.

 

En passant à la librairie Gallimard j’ai donc acheté Robespierre l'homme qui nous divise le plus de Marcel Gauchet Collection L'Esprit de la cité, Gallimard

 

 

 

Il y a bien du Robespierre chez Mélenchon

 

« Je vais vous citer un auteur que vous aimez » lança-t-il lors du débat sur le projet de loi de confiance dans la vie publique.

 

« Avant cela, je veux résumer notre ligne. Il faut débarrasser la vie publique et celle de la nation de l’emprise de l’argent devenu fou dans le pays. Si vous voulez poursuivre les corrompus, traquez les corrupteurs. Ils ne sont pas si difficiles à trouver car ils sont peu nombreux et ne se cachent même pas de leurs activités. »

 

« Un mot donc pour conclure, celui de Robespierre, fondateur de nos libertés : « Nous ne sommes pas réunis pour gouverner le crime mais pour le combattre ».

 

Il s'agit cependant d'une paraphrase. Le 8 thermidor de l'an II au calendrier révolutionnaire (le 26 juillet 1794 selon le nôtre), Maximilien de Robespierre déclarait devant la Convention, réunie aux Tuileries: « Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivé où les hommes de biens peuvent servir impunément la patrie; les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera. » Il prononçait alors ce discours dans un climat de grande fébrilité politique et était décrété d'arrestation, ainsi que quelques-uns de ses partisans, dès le lendemain.

 

De quoi Jean-Luc Mélenchon est-il le nom en histoire ?

 

Les Insoumis vous rétorqueraient, sans hésiter, Maximilien Robespierre, le prêtre de la Révolution, l'homme qui défia la monarchie et ses privilèges, l'instituteur d'une République vertueuse. Les plus critiques, eux, vous répondraient également Robespierre, mais l'autre revers de la médaille, le virtuose de la terreur, l'incarnation redoutable d'une intransigeance politique ponctuée d'obsessions vertueuses, aussi dangereuses qu'irréalistes.

 

Lire ICI 

 

Marcel Gauchet cherche à penser par quelle métamorphose le « champion des droits du peuple à la Constituante » a été, quelques années plus tard, le « pourvoyeur de la guillotine de la Convention montagnarde ». Troublant et passionnant.

 

Retour en arrière :

 

Cinq mois après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le Parti socialiste tient congrès à Valence du 23 au 25 octobre 1981. Une banderole est déployée dans la salle des orateurs

 

« Avec les socialistes, réussir le changement ». C’est en effet la première fois que la gauche accède au pouvoir sous la Ve République.

 

Ce congrès restera comme celui des « coupeurs de têtes ».

 

Le premier jour, le jeune député Paul Quilès  prononce un discours enflammé : « Personne ne nous saurait gré de laisser en place tous les hauts responsables de l’économie ou de l’administration, qui sont nos adversaires. Souvenons-nous qu’en politique, faire un cadeau de ce genre, c’est se condamner soi-même. Mais il ne faut pas non plus se contenter de dire de façon évasive, comme Robespierre à la Convention le 17 thermidor 1794 : Des têtes vont tomber… Il faut dire lesquelles et le dire rapidement !»

 

Paul Quilès, tout occupé à réclamer des têtes, a cité la date erronée du 17 Thermidor. Robespierre a en fait prononcé son discours le 8 Thermidor. Le député de Paris rappelle ainsi que l’incorruptible avait fait ce jour-là un discours menaçant contre les « traîtres » et les «fripons» de l’assemblée. Mais Robespierre n’avait dénoncé personne en particulier, laissant planer la menace sur l’ensemble des députés. Cette erreur avait été exploitée dès le lendemain par ses ennemis, qui l’avaient arrêté puis envoyé à l’échafaud le surlendemain.

 

L’exhortation de Quilès suscite l’indignation à droite, j'étais en séance de nuit à l'Assemblée Nationale Toubon, Séguin et Cie poussèrent les hauts cris et le gouvernement fut un peu mal à l'aise. Le ministre de l’intérieur Gaston Defferre précise aussitôt : « Notre juge à tous, c’est le peuple. Nous sommes condamnés à être solidaires, camarades.»

 

Paul Quilès gagne pour longtemps le surnom de «Robespaul». Mais celui qui voulait couper des têtes se révélera plus tard un ministre assez modéré.

 

Paul Quilès député du XIIIe arrondissement de PARIS, où j’habitais à l’époque, fut fort marri de ce surnom et de l’interprétation de ses propos :

 

« Personne n’a mieux résumé le travestissement médiatique dont a été l’objet mon intervention au congrès de Valence (1981) que Michel Rocard (“l’Histoire” – octobre 1993) : « la télévision a besoin d’images et elle déforme tous les débats d’idées, les transforme en déviances, en crise, pour les besoins du spectaculaire. On a fait dire à Paul Quilès le contraire de ce qu’il avait dit, puisque ses propos visaient précisément à empêcher toute chasse aux sorcières » La suite ICI

 

Robespierre reste une énigme, et une énigme qui soulève les passions. Il a ses admirateurs inconditionnels et ses détracteurs farouches. À la ferveur pour l' «Incorruptible» des uns répond la répulsion pour le «Tyran» sanguinaire des autres. Cette division reflète l'antagonisme des mémoires de la Révolution française. 1789 et 1793 continuent de symboliser les deux faces contrastées de notre événement fondateur : le glorieux avènement de la liberté, d'un côté, et la dérive terroriste, de l'autre. Or Robespierre a pour originalité de faire le lien entre ces deux visages. Le champion des droits du peuple à la Constituante est aussi le pourvoyeur de la guillotine de la Convention montagnarde. Comment passe-t-on de l'un à l'autre? Rupture ou continuité?

 

C'est cette question classique que reprend ce livre. Il s'efforce d'y répondre en scrutant minutieusement l'itinéraire de pensée que l'abondant discours robespierriste permet de reconstituer. Un parcours qui éclaire le sens de l'événement révolutionnaire lui-même. Robespierre apparaît dans cette lumière comme l'homme qui a le plus intimement épousé le principe de la «révolution des droits de l'homme» qu'a été la Révolution française. Il est également celui qui a érigé la Terreur en instrument du règne de la Vertu, dans la tourmente de 1793-1794, en échouant, pour finir, à procurer une fondation durable au régime politique que les droits de l'homme appelaient comme leur traduction.

 

En quoi ce parcours donne exemplairement à comprendre le problème que la Révolution a légué à la France et que, plus de deux siècles après, elle n'a toujours pas fini de résoudre.

 

Gauchet: « Il y a une thématique populiste chez Robespierre »

Propos recueillis par Alexis Lacroix et Anne Rosencher, publié le 16/10/2018

 

L'EXPRESS. Votre livre sur Robespierre est le premier d'un projet éditorial sur les personnages "qui ont fait la France". Pourquoi avez-vous choisi Robespierre ? Quels "liens" aviez-vous avec lui, que vous n'aviez pas avec Jeanne d'Arc ou Napoléon, par exemple ?

 

Marcel Gauchet : J'ai rencontré Robespierre il y a longtemps, et je dois dire qu'il m'a surpris. C'était dans les années 1980, lorsque je travaillais avec d'autres, autour de François Furet, sur ce qu'allait être le bicentenaire de 1789. Mon objet, à l'époque, était l'irruption, avec la Révolution, des droits de l'homme dans la tradition politique française. Et c'est dans ce contexte, donc, que j'ai rencontré un Robespierre très différent de celui auquel je m'attendais, et très différent de celui que les historiens portraituraient à l'époque. 

 

On était en pleine vague antitotalitaire, qui a trouvé son point d'aboutissement en 1989 dans une extraordinaire coïncidence de calendrier, avec l'écroulement du mur de Berlin et du système soviétique. Le Robespierre que l'on racontait alors était en quelque sorte le fondateur de la tradition des dictateurs modernes. Or le Robespierre que j'ai rencontré en travaillant dessus était beaucoup plus singulier. Depuis lors, je n'ai cessé de garder ce thème de recherche en tête. 

 

Vous venez de dire plusieurs fois "j'ai rencontré Robespierre". C'est tout de même intéressant comme formulation...

 

Oui, c'est une rencontre au sens où Robespierre est un personnage mystérieux et un cas fascinant. Il y a un élément de sa personnalité qui est parfaitement insaisissable, et son mystère est décuplé par ce qui se joue durant la Révolution : c'est le même homme qui passe de chantre de toutes les libertés, entre 1789 et 1791 - j'oserais dire que c'est le premier vrai libéral de l'Histoire française - à l'homme du comité de Salut public et de la Terreur deux ans plus tard. Comment bascule-t-il de l'un à l'autre alors que, par ailleurs, quand on regarde de près son propos et ses discours, on voit que c'est le même homme ? Il garde une continuité d'inspiration, mais, en même temps, il change du tout au tout. C'est pour le moins troublant.

 

Un autre élément qui m'a frappé dans le personnage, c'est que Robespierre, dans sa période Salut public, est le contraire d'un dictateur ordinaire : il ne règne que par la parole. Et il ne se préoccupe pas, au fond, des vrais moyens du pouvoir. Alors qu'en général les dictateurs commencent par s'emparer de la police, de l'armée, de la propagande... Robespierre, lui, exerce une manière de dictature dans un temps très court, quelques mois, par son prestige et le fait qu'il donne à ses compères le sentiment que toute la crédibilité politique de leur projet repose sur lui. J'ai eu beau chercher, il n'y a rien qui ressemble à cela. Robespierre est unique en son genre.

 

la suite ICI 

 

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commentaires

pax 28/10/2018 08:50

En Italie, au XV éme siècle un certain Savonarole connu un sort similaire. Comme quoi une morale excessive ne sied à personne. Ce n'est pas nouveau, déjà, la Grèce notre mère à tous considérait l' hybris - la démesure - comme un crime contraire à la tempérance et la modération qui devaient conduire nos action. Les dieux, jaloux de ceux qui par cette démesure entendaient se comparer à eux, leurs réservaient de lourdes peines ou châtiments.

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