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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 06:00
La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe,  Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai

Ce jeudi je me suis rendu à vélo jusqu’au Invalides. Le soleil était au rendez-vous alors j’ai pédalé modérato pour ne pas mouiller ma chemise. Je suis entré dans la cour d’honneur à la suite de la Garde Républicaine. Le protocole était simple et bon enfant, à la Rocard.

 

Le premier que j’ai salué fut le grand Louis Le Pensec, un ami de toujours. Et puis, ce fut les retrouvailles des grognards, ceux qu’on ne voit pas dans la lumière, qui œuvraient dans l’ombre, les soutiers fidèles. Des accolades, des ça va un peu triste, de l’émotion mais aussi de la fierté d’avoir servi Michel au long de sa trajectoire au service de ses convictions et de ses engagements.

 

Et puis est arrivé Monsieur Normand, qui connaît monsieur Normand ? Nous qui l’avons côtoyé dans sa fonction de chauffeur. Il en a connu des Ministres et des Premiers Ministres monsieur Normand et après que nous nous fûmes serrés très forts, nous avons évoqué Monsieur Rocard. Le respect oui le respect, maître-mot de notre long compagnonnage. Avec Monsieur Rocard c’était autre chose, et Monsieur Normand n’était jamais avare de conseil dans le huit-clos de la voiture ministérielle.

 

Bien sûr, il avait là aussi des présents sur lesquels je portais un regard ironique mais l’heure n’était pas à l’aigreur ni au règlement de comptes. Notre fierté se teintait d’un peu de charité face à tous ceux qui l’avaient raillé, combattu avec des armes bien misérables, ostracisé avec mépris. Notre petit carré de fidèles, loin des louanges de circonstance, des couronnes de fleurs bien tardives, dans le silence et le recueillement, répondait comme toujours présent.

 

 

Recouvert du drapeau tricolore le catafalque, porté par des gardes républicains, au son de deux tambours, fut déposé à même le sol pavé de la cour, une forme de dénuement et de solitude avant de nous quitter pour reposer en cette Corse chère à mon cœur. J’irai lui rendre visite lors de mon prochain séjour.

 

Le cagnard tapait dur. Dans la garde d’honneur plusieurs militaires ne tenaient pas le choc. Le Gouverneur militaire des Invalides à mes côtés fronçait le sourcil. Le discours d’Edmond Maire sonnait juste, remettait bien des pendules à l’heure et me rappelait mon premier engagement politique au PSU ; celui de François Hollande plus classique, plus politique, fut digne mais teinté d’une forme d’acte manqué.

 

Et puis ce fut les premiers accords de la Symphonie Funèbre et Triomphale d’Hector Berlioz qui, je l’avoue bien simplement, me glace et me transporte là où nous finirons tous.

La Marseillaise et Michel est sorti par la grande porte pour gagner les solitudes infinies suivi de nous tous Grands et petits.

 

 

Ensuite ce fut, devant le porche des Invalides, un petit bain de foule du couple exécutif ce qui permis aux courtisans de courtiser mais aussi aux grognards de sortir de l’ombre pour témoigner qu’ils étaient bien là pour rendre un dernier hommage à Michel Rocard.

 

Pour autant notre Michel n’a jamais souhaité être béatifié, homme public, homme privé, militant jusqu’au dernier souffle. Jacques Julliard l'historien et journaliste, qui fut son ami pendant soixante ans le dit bien mieux que moi :

 

« Je ne pense pas que Michel était un intellectuel, contrairement à ce qu’on dit de lui. C’était avant tout un moraliste. Mais attention, il y a la morale qu’on fait aux autres et la morale qu’on s’impose à soi-même. La sienne relevait évidemment de cette seconde catégorie.

 

La critique interne de la gauche faisait partie de l’ADN rocardien. C’est même ce qui l’a beaucoup opposé à Mitterrand, qui le considérait comme un enfant de chœur, alors que lui le considérait comme un aventurier. Ce rôle de référence morale, autrefois rempli par Mendès France, Blum ou Jaurès, disparaît aujourd’hui avec Rocard. Il ne subsiste que Badinter.

 

Ces derniers temps, le grand problème de Michel était de savoir si on pouvait encore faire une politique honnête à l’époque de la communication. Cette question revenait continuellement. Avec la communication, la pub et vous autres journalistes, le "parler vrai" est-il encore possible ? »

 

Lire ICI Jacques Julliard : « Rocard plaisait à tous les gens qui n'aimaient pas la politique » 

 

Mais c’est Pierre Joxe vieux bretteur du mitterrandisme, le seul qui pouvait dire son fait à Tonton, qui met en exergue le Rocard qu’on a oublié, celui qui a motivé mon engagement politique :

 

Évocation de l’« audacieux militant anticolonialiste » et du « talentueux serviteur de l'Etat » que fut Rocard, ce texte sobre et grave est aussi une critique de ceux qui, aujourd'hui, «encensent sa statue mais tournent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi ».

 

Michel Rocard, in memoriam

 

A l’annonce de la mort de Michel Rocard, la plupart des réactions exprimées par les hommes politiques au pouvoir - et par ceux qui espèrent les remplacer bientôt - ont été assez souvent purement politiques ou politiciennes.

 

A gauche, l’éloge est de règle. A droite, l’estime est générale.

 

Mais deux aspects de la personnalité de Michel Rocard semblent s’être volatilisés : avant de réussir une grande carrière politique, il a été un audacieux militant anticolonialiste et un talentueux serviteur de l’Etat.

 

Il lui fallut de l’audace, en 1959 pour rédiger son Rapport sur les camps de regroupement en Algérie.

 

Il fallait du talent en 1965, pour être nommé secrétaire général de la Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation .

 

Je peux en témoigner.

 

Pour la Paix en Algérie

 

Quand je suis arrivé en Algérie en 1959, jeune militant anticolonialiste d’une UNEF mobilisée contre la sale guerre coloniale, le prestige de Rocard était immense parmi nous. C’était comme un grand frère, dont on était fier.

 

Car il avait rédigé – à la demande de Delouvrier, le délégué du gouvernement à Alger – un rapport impitoyable sur les « camps » dits « de regroupement » que les « pouvoirs spéciaux » de l’époque avaient permis à l’Armée française, hélas, de multiplier à travers l’Algérie, conduisant à la famine plus d’un million de paysans et à la mort des centaines d’enfants chaque jour…

 

Le rapport Rocard « fuita » dans la presse. L’Assemblée nationale s’émut. Le Premier ministre Debré hurla au « complot communiste ». Rocard fut menacé de révocation, mais protégé par plusieurs ministres dont le Garde des sceaux Michelet et mon propre père, Louis Joxe.

 

Quand j’arrivai alors à mon tour à Alger, les officiers dévoyés qui allaient sombrer dans les putschs deux ans plus tard me dirent, avant de m’envoyer au loin, dans le désert : « … Alors vous voulez soutenir les hors la loi, les fellaghas, comme votre ami Rocard…? »

 

Je leur répondis, protégé par mes galons d’officier, par mon statut d’énarque – et assurément par la présence de mon père Louis Joxe au gouvernement : « C’est vous qui vous mettez « hors la loi » en couvrant, en ne dénonçant pas les crimes commis, les tortures, les exécutions sommaires et les mechtas incendiées. » J’ignorais alors que ces futurs putschistes allaient tenter un jour d’abattre l’avion officiel où mon père se trouvait…

 

En Janvier 1960, rappelé à Alger du fond du Sahara après le virage de de Gaulle vers « l’autodétermination » et juste avant la première tentative de putsch – l’ « affaire des barricades » –, j’ai pu mesurer encore davantage le courage et le mérite de Rocard. Il avait reçu mission d’inspecter et décrire ces camps où croupissait 10% des paysans algériens, ne l’oublions jamais !

 

Il lui avait fallu une sacrée dose d’audace pour arpenter l’Algérie en civil – ce jeune inspecteur des finances –, noter tout ce qu’il voyait, rédiger en bonne et due forme et dénoncer froidement, sèchement, ce qui aux garçons de notre génération était une insupportable tache sur l’honneur de la France. Nous qui avions vu dans notre enfance revenir d'Allemagne par milliers les prisonniers et les déportés dans les gares parisiennes, nous étions indignés par ces camps.

 

Car en 1960 encore, étant alors un des officiers de la sécurité militaire chargé d’enquêter à travers l’Algérie, d’Est en Ouest, sur les infractions, sur ceux qui désobéissaient aux ordres d'un de Gaulle enfin converti à l’« autodétermination » qui allait devenir l’indépendance, j’ai pu visiter découvrir et dénoncer à mon tour des camps qu’on ne fermait pas ; des camps que l’on développait ; de nouveaux camps… Quelle honte, quelle colère nous animait, nous surtout, fils de patriotes résistants !

 

Pour le progrès social

 

Aux yeux de beaucoup de politiciens contemporains qui ont choisi la politique comme métier – et qui n’en ont jamais exercé d’autre – Rocard devrait être jugé à leur aune : Élu ou battu ? Ministre ou non ? Président ou même pas ?

 

Mais le service de l’Etat, dans la France des années 60 – enfin débarrassée de ses maladies coloniales –, fut une mission autrement exaltante que le service militaire de trente mois que nous avait imposé la politique de Guy Mollet et de ses séides honnis: Robert Lacoste, Max Lejeune et d’autres, aujourd’hui heureusement oubliés.

 

Le service de l’Etat, dans cette France à peine reconstruite, la définition et l’exécution d’une action économique orientée à la fois vers l’équipement, la croissance et le progrès social, ce fut la mission passionnante et mobilisatrice de plusieurs centaines de hauts fonctionnaires économistes, ingénieurs, statisticiens et bien d’autres, qui orientaient tout le service public et ses milliers de fonctionnaires vers les missions d’intérêt général et le progrès. J’ai eu la chance d’y participer.

 

Les chefs de file, nos maîtres à penser, s’appelaient Pierre Massé, Commissaire au Plan ; Jean Ripert, son adjoint ; Claude Gruson, à la tête de l’INSEE ; François Bloch Lainé à la Caisse des Dépôts ; Jean Saint-Geours, au Trésor – bientôt premier Directeur de la prévision. Il y avait aussi, dans leur sillage quelques jeunes individus prometteurs, comme un certain Michel Rocard. Il fut bientôt chargé de la prestigieuse Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation, précieux outil d’action publique.

 

Tous ces serviteurs de l’Etat – aujourd’hui disparus – étaient d’anciens résistants animés par trois idéaux : le bien commun, la justice sociale, le patriotisme. Tous étaient plus ou moins imprégnés des idées du vieux courant du « Christianisme social », né au XIXème siècle face aux inégalités croissantes engendrées par le capitalisme et adeptes du « Planisme » du Front populaire. Tous étaient « mendésistes ». Beaucoup étaient protestants, mais les catholiques comme Bloch-Lainé étaient leurs cousins et les francs-maçons… leurs frères.

 

Parmi tous ceux-là, Michel Rocard fut bientôt enlevé, écarté du service public par une urgence politique majeure : rénover, reconstruire le socialisme déshonoré par les années de compromissions politiciennes et les dérives autoritaires nées des guerres coloniales. Avec Savary et Depreux, il créa le PSA, puis le PSU. On connaît la suite.

 

J’ai vécu ces années avec lui mais aux côtés de Mitterrand dès 1965, animé par les mêmes idéaux. Nous avons longtemps participé ensemble à l’action associative [1], puis parlementaire, puis gouvernementale, en amateurs. Non comme politiciens professionnels – car nous avions nos professions, honorables et satisfaisantes – mais en amateurs, comme jadis au rugby. Non pour gagner notre vie, mais pour la mériter.

 

Pour l’honneur

 

Michel Rocard, et beaucoup d’autres serviteurs de l’Etat, nous avons été conduits à la politique par nécessité civique. Non pour gagner notre pain, mais pour être en accord avec notre conscience, nos idées, nos espoirs.

 

Les exemples contemporains de programmes électoraux trahis, oubliés ou reniés, de politiciens avides de pouvoir, mais non d’action, « pantouflant » au besoin en cas d’échec électoral pour revenir à la chasse aux mandats quand l’occasion se présente, tout cela est à l’opposé de ce qui anima, parmi d’autres, un Rocard dont beaucoup aujourd’hui encensent la statue mais tovictoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi.

 

Pierre Joxe, 7 juillet 2016.urnent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi.

 

[1] Notamment dans la pépinière de l’ ADELS (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) créée en 1959.

 

Jean-Marie Cavada : « Ce n'est pas parce que Rocard avait 86 ans qu'il était vieux ! »

 

L'ancien présentateur et président de Radio France a régulièrement côtoyé l'ancien Premier ministre. Il avait noué avec Michel Rocard une amitié solide.

 

Lire ICI 

 

Michel Rocard : rebelle et réformateur par PATRICK VIVERET

 

Je connais Michel Rocard depuis 1967 date à laquelle je suis entré au PSU. Mes parents étaient mendésistes et Rocard incarnait le mieux cette exigence de rigueur face à une classe politique adepte de la langue de bois et capable de discours révolutionnaires dans l’opposition et de soumission aux pressions des possédants une fois arrivée au pouvoir.

 

Justice, vérité, responsabilité

 

Dans ma génération, j’avais 19 ans à l’époque, celui qui incarnait l’envers de cette rigueur était Guy Mollet. Le « molletisme » était l’expression de ce double langage. La manière dont, élu pour faire la paix en Algérie en 1956, Mollet avait retourné sa veste pour accentuer la guerre en rappelant le contingent puis en couvrant les actes de torture, signait la déchéance du politique et la faillite morale de « la gauche de gouvernement » de l’époque.

 

Lire la suite ICI 

 

Aux origines de la pensée économique de Michel Rocard par CHRISTIAN CHAVAGNEUX

 

Intellectuel et politique, Michel Rocard a laissé de nombreuses publications sur son parcours qui permettent de suivre son cheminement en matière de réflexion économique. Le travail d’analyse de tous ces textes reste à faire et l’on se contente ici d’un regard sur ses points de vue des années 1960-1970. Ils montrent que l’essentiel de sa pensée économique est en place depuis longtemps.

 

Lire la suite ICI 

 

 

Pour finir votre serviteur en habit de respect... 

La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe,  Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

pax 09/07/2016 08:01

L'inabouti semble être la marque de fabrique des ROCARD ce qui rajoute à leur gloire car fidèle à eux mêmes ils n'étaient prêts à aucune concession pour se couler dans les moules préparés par une société du paraitre,du convenu et de l'entre-soi ou se laisser séduire par les miroirs qui leur étaient tendus. Si Hamster Erudit n'atteignit ma magistrature suprème car, encore une fois,certainement " trop bien pour eux" son père Yves ROCARD grand scientifique," père de la bombe atomique française " fut interdit d'Académie des Sciences ou un fauteuil lui était quasiment réservé et, dit on du Prix Nobel de physique,en raison de son intérêt , peu académique pour l'occultisme et autres phénomènes paranormaux.
"Trop bien pour eux !" vous dit on.

Jungmann 09/07/2016 07:23

Que d'infos. J'ai du mal à croire que le brexit ou le foot font qu'il y ait eu aussi peu d'info publiées sur cette vie.

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