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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:00
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Monticello – prononcer « Montitchellou » –, mais où est-ce ?

 

 

En Corsica bien sûr, mais alors pourquoi diable, moi le pinzutu que je suis, vouloir y planter ma dernière yourte ?

 

Parce que c’est beau ! Comme le dit la jeunesse : trop beau !

 

Oui sur les hauts de Monticello le panorama vous coupe le souffle, vous sidère : tout en bas la mer d’un bleu d’azur, s’étale, sous le soleil, se confond avec le ciel et, à perte de vue, tout autour, les montagnes en enfilade dessinent leurs crêtes jusqu’au cap Corse. L’Ile-Rousse son fort, son port, et plus près la coupole de l’église Saint-François-Xavier du village originel.

 

Jusqu’ici pour les amateurs de people, Monticello le « petit mont » ou le « mont du petit oiseau », selon les traductions, c’était le repaire de Jacques Dutronc. Sur la porte de sa grande bâtisse, cernée par les oliviers et le maquis, le fumeur de havanes aux éternelles Ray Ban « aviator » a griffonné en noir « Rouler doucement, rapport aux chats. Merci. »

 

 

En Corse on convoque toujours l’Histoire, il faut savoir qu’en 1758 une partie du territoire de Monticello fut cédée pour la construction de L'Île-Rousse. Pascal Paoli qui venait souvent en Balagne où il séjournait chez son neveu G. Leonetti dans une grande demeure appelée U Palazzu située au-dessus de la mairie de Monticello, avait décidé d'équiper la Corse d'un port au nord-ouest de l'île pour essayer de couper le trafic maritime des Génois avec Calvi qui leur restait fidèle mais également avec Algajola qui fut la résidence du Gouverneur de Gênes jusqu'en 1764.

 

Mon titre, inspiré de la célèbre chanson de Brassens, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, est un clin d’œil, une forme de dérision à mon endroit, en effet le Georges n’est pas enterré au cimetière marin de Sète mais au Py, anciennement appelé le cimetière des pauvres. (1)

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi diable suis-je allé cette année traîner mes guêtres sur les hauts de Monticello ?

 

Comme souvent c’est à la fois fort simple et très compliqué, mais pour résumer en un mot comme en cent il fallait que j’y aille. Impérieuse nécessité !

 

Donc, vendredi dernier, à la première heure j’ai pris les petites routes que je connais bien pour monter au nord, gagner la Balagne, Sagone-Vico-Evisa-le col de Salto- Calacuccia- la Scala santa Regina- Ponte-Leccia- L’Ile Rousse et enfin Monticello.

 

J’ai garé mon auto sur la place de la Mairie, face à l’hôtel-restaurant A Pasturella le cagnard tapait dur. De suite je suis allé réserver une table pour le déjeuner « une bonne table prisée des estivants et le comptoir des habitants. Jacques Dutronc y avait ses habitudes quand il sortait encore. Les serveurs se souviennent de sa générosité. « Il ne peut pas entrer quelque part sans payer une tournée», raconte un habitué.

 

 

J’aime bien le Dutronc mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai fait ce long périple.

 

À la réceptionniste j’ai demandé :

 

- Pourriez-vous m’indiquer où se trouve le cimetière de Monticello ?

 

Celle-ci, nullement étonnée qu’un pinzutu fraîchement débarqué lui posât cette question, me répondit :

 

- Il n’est pas encore arrivé…

Je lui répondis : « Je sais… »

 

Nous n’avons pas prononcé son nom, une forme de complicité pudique, je ne devais pas être le premier à lui demander, elle m’a alors dit « le cimetière est tout en haut du village… »

 

Je l’ai remercié. Elle m’a souri.

 

J’y suis monté sous un soleil de onze heures déjà dru.

 

Lorsque je suis arrivé au bas des marches du cimetière et que je me suis retourné, le spectacle qui s’offrait à ma vue m’a époustouflé : la baie de l’Ile Rousse s’étendait tel un vaste miroir bleuté scintillant sous le soleil.

 

Quelle beauté que ce cimetière marin juché dans un splendide et majestueux encorbellement de montagne !

 

Vous ne pouviez pas mieux choisir, cher Michel, et sans jeter de l’huile sur le feu entre toi et le François, c’est tout de même mieux que le triste cimetière de Jarnac. Rappelons tout de même que le Florentin souhaitait être enterré au Mont-Beuvray.

 

J’ose écrire que tu as bien de la chance Michel – je m’aperçois à la relecture que c’est la première fois que je te tutoie, mais je suis sûr que tu me le pardonneras – de reposer dans un tel lieu.

 

Dans la lettre, que ton fils a lue au Temple, tu concluais ainsi :

 

« À Monticello, le cimetière est plein. Ne restait dans la partie haute, au-delà des caveaux, qu’une microparcelle trop petite pour une tombe, suffisante pour deux urnes, au ras de la falaise. Arbres et tombeaux, tout est derrière nous. L’un des plus beaux paysages du monde. Et puis bien sûr, qui dit cimetière dit réconciliation… Le grand Pierre Soulages s’est chargé de pourvoir à ce que les objets à placer là, une urne puis deux, un support, une plaque puis deux, magnifient la beauté du lieu plutôt que de la déparer.

 

À l’occasion, venez nous voir, me voir : il faut garder les liens. Peut-être entendrez-vous les grillons, sans doute écouterez-vous le silence… A coup sûr la majesté et la beauté de l’endroit vous saisiront. Quel autre message laisser que de vous y convier ?»

 

J’ai comme de bien entendu répondu à ton appel même si je savais que tes cendres n’y reposaient pas encore. Non que tu fus en retard, toi toujours si ponctuel contrairement au François de Jarnac, mais parce que Soulages n’a pas encore terminé son œuvre.

 

Je voulais sentir l’esprit du lieu, faire un peu comme au temps du 78 rue de Varenne où vous me disiez, avant d’entamer une visite dans ce Languedoc du vin si turbulent « Vous avez senti le terrain Berthomeau ? »

 

Je suis redescendu pour aller chercher Elisa à la gare de Monticello, baptisée Camping de Monticello, où le train de la compagnie des chemins de fer Corse qui relie Bastia à Calvi ne s’arrête que si on le demande au conducteur.

 

Peu de gens doivent l’emprunter car le propriétaire d’A Pasturella ne savait pas où se trouvait l’arrêt. Comme j’avais coupé la ligne en arrivant à Monticello je suis redescendu et j’ai demandé à une jeune automobiliste arrêté à un stop tout près de la voie  : « Où se trouve la gare ? »

 

Il m’a répondu : « À l’Ile Rousse… »

 

- Non celle de Monticello…

Il a souri, est descendu de sa voiture et m’a indiqué du doigt un vague quai de béton sans aucune indication en ajoutant « Faites signe au conducteur, sinon il ne marquera pas l’arrêt… »

 

Je l’ai chaleureusement remercié.

 

Lorsque le signal sonore a retenti et que les barrières se sont abaissées je me suis posté au bord de la voie et lorsque la motrice s’est pointée j’ai agité mon bras. La rame s’est arrêtée. Deux jeunes randonneurs italiens, sur les marches du wagon m’ont demandé un peu angoissés : « là… camping Monticello » J’ai opiné de la tête et ils m’ont chaleureusement remercié. Les pauvres, nul ne les avait prévenus des coutumes insulaires.

Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Nous sommes remonté jusqu’à la place de la mairie et avons fort bien déjeuné sur la belle terrasse d’A Pasturella puis nous sommes remontés jusqu’aux hauts de Monticello.

 

Que pouvions faire d’autre, en écoutant le silence, que de faire quelques photos de ton futur environnement éternel mon cher Michel Rocard. Franchement je t’envie, tu as fait le bon choix.

Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Lorsque tu seras installé sur les hauts je reviendrai à Monticello. Je prendrai le ferry à Marseille – toi le marin tu apprécieras – pour gagner Bastia puis, sitôt débarqué, je filerai dare-dare à la gare pour attraper le train de Grandes Lignes (sic) Bastia-Calvi jusqu’à l’arrêt Camping de Monticello en oubliant surtout pas de le signaler au conducteur.

 

Ce ne sera pas un pèlerinage, simplement une visite de courtoisie, simple, sans chichi, et je sais que ça te fera plaisir. Nous écouterons ensemble le silence et je me garderai bien de te parler de l’état de notre vieux pays que tu as servi au mieux de tes convictions et de tes engagements. 

 

Comme tu n'as jamais été très friands des interventions je ne te demanderai pas de me donner un petit coup de pouce pour obtenir une concession dans le cimetière des hauts de Monticello. Pourtant que c'est beau !

 

Pace e salute cher Michel…

 

 

(1) Ce vieil anar, lors de sa rencontre mythique avec Ferré et Brel à Paris en 1969, Georges avait expliqué à Léo : «Je te signale que je m’en fous d’être enterré sur la plage de Sète ! Ça m’est complètement égal...J’ai fait ça pour m’amuser, quoi. Pour aller au bain de mer.» Brassens avait plus tard lancé à ses amis : « Tu me vois sur la plage de Sète ? J’aurais l’air d’un con ! »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

bernard isarn 12/09/2016 06:50

Pauvres grand disparu gisant au panthéon... Monticello à quelque chose de vrai, de franc... Cet endroit à l'instar de bien d'autres en Corse à une aura indescriptible. Il ne manque plus que la bande son, peut être Companero d' U canta à moins que les polyphonies soit plus de circonstance...

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