Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 07:00

Adeline voulait un chat et moi un chien, résultat elle revint un matin avec un chaton ébouriffé dans son cabas alors que moi, plus sournois, je fis le coup du voyage en province pour entraîner Adeline dans un élevage de beagle. Face aux chiots, elle fondit pour le plus timide. Bien évidemment j’avais pris le soin de le réserver sans prévenir mon amoureuse et nous pûmes ainsi repartir avec lui. Comme c’était l’année des J, et que c’était un garçon, nous le baptisâmes de suite, sur proposition de ma chérie et sans débat entre nous, JOJO. Profitant de l’état de faiblesse d’Adeline face à un Jojo qui l’inondait joyeusement, je lançai : « et notre chat si nous l’appelions Beria !

-         Ça ne va pas la tête !

-         Si, tu sais ton chat, comme tous les chats, va faire régner la terreur à la maison et ce pauvre Toto vivra dans l’angoisse.

-         Tu dis vraiment n’importe quoi…

-         Tu as déjà eu un chat ?

-         Non…

-         Un chien ?

-         Non…

-         Donc tu devrais me croire…

-         Tu me manipules comme toujours…

-         Et pourquoi je ferais ça ?

-         Parce que tu as décidé d’appeler notre chat Beria ce qui est horrible il est si mignon.

-         Parce que c’est un chaton, tu verras quand il sera grand…


Adeline éclatait de rire. Jojo lui léchouillait les mains.


-         Tu ne me prends pas au sérieux ?

-         Mais si mon amour mais tu as oublié un détail d’importance.

-         Lequel ?

-         Notre chaton est une nénette.

-         Comment tu sais ça ?

-         Le vétérinaire…

-         Tu es déjà allé chez le vétérinaire…

-         Oui en passant.

-         Pour ses beaux yeux…

-         Tu es jaloux ?

-         Oui.

-         Arrête-toi !

-         Pour quoi faire ?

-         L’amour !

-         Mais…

-         Y’a pas de mais, la minute n’est pas au discours !

-         Dans la voiture…

-         Oui dans la voiture

-         Et Jojo…

-         Ça lui fera son éducation sexuelle…


Nous fîmes donc l’amour pendant Jojo dormait comme un bienheureux. C’était la première fois que nous consommions. Tout ça à cause de Beria, doublement d’ailleurs, car constatation faite notre chaton était bien un chat et, bien sûr, Adeline l’appela Beria.


Le soir avec Toto et Beria nichés entre nous deux Adeline termina de lire ma petite histoire avant de s’endormir en me confiant d’un air ravi « j’ai gardé ta semence, j’espère avoir un petit que nous appellerons Jacques puisque c’est l’année des J… »


Plus petite conne que moi, tu meurs ! (suite et fin)


Mon salut vint de mon beau militaire. Lorsque je lui annonçai la nouvelle, après un coït violent dans la paille d'une grange, il se montra à la hauteur de l'évènement. Tendre il s'enquit d'abord de ma santé, puis, jugulaire, jugulaire, il m'assura qu'il assumerait toute sa responsabilité. Il tint parole. Quinze jours plus tard je partais par le Nantes-Lyon-Genève rejoindre une clinique suisse huppée.


Plus petite conne que moi, tu meurs ! Je n'étais jamais sorti de mon trou et la perspective d'entreprendre un aussi long voyage, qui plus est de me rendre dans un pays étranger pour séjourner dans une clinique de riches, me ravissait. Je m'agitais comme une puce sous le regard indifférent de ma mère. Mon gendarme, en plus d'affronter un paquet d'emmerdements, j'étais mineure, se révéla un type d'une rare efficacité. Nous forniquions comme des morts de faim. Les derniers jours avant mon départ il venait même passer la nuit à la maison. Sans vouloir médire je crois qu'il en prenait pour son argent car ma petite virée helvétique lui coûtait un max.


Tout ça pour tirer des coups avec une petite écervelée. Les mecs pour leur bite sont capables de faire les pires conneries. Pour les piéger y’a qu'à leur faire ce que leurs femmes refusent de faire. Mon militaire, lui, c'était différent, il aimait ça comme certains aiment le bon vin. Je ne sais pas ce qu'il me trouvait mais il était insatiable. Si je le sais, mes seins, il leur vouait un tel culte que jamais depuis je n'ai retrouvé un type capable de me faire jouir seulement en me caressant la pointe de mes tétons. D'ailleurs, je devrais dire que la vie que j'ai menée depuis ne m'a guère donné l'occasion de prendre mon pied.


Je jouais donc les stars. L'extraordinaire entrait enfin dans ma petite vie. Ma mère, face à un tel capital de stupidité, baissait les bras. Elle préparait même du café pour mon militaire. Je suis sûre qu'après mon départ ce foutu étalon se l'est faite. Si je dis ça c'est qu'avant mon départ elle se pomponnait de nouveau. D'ailleurs je crois bien qu'ils ont commencé avant. Fraîche et pimpante maman est venue me conduire à la gare Nantes.


Dans le train plein de types m'ont dragué. Je ne leur ai prêté aucune attention. Dans le Lyon-Genève, lorsque je pénétrai dans le compartiment, un beau monsieur qui sentait le vétiver m'a déshabillé du regard. Ma petite d’oiseau perfusée au roman-photo broda.


Il se levait. Je le suivais. Dans la pénombre du couloir il me pressait contre la vitre et ses belles mains allaient sous ma jupe. Avec une infinie douceur il me faisait pivoter. Ses caresses m’ouvraient plus encore. Humide je l'attendais. À ma grande surprise il me prenait là où jamais mon gendarme n'avait osé me prendre. Je poussais un léger cri. Son lent va et vient m'obligeait à me mordre les lèvres pour ne pas crier. Lorsqu'il se retirait je sentais la caresse rêche du papier sur ma poitrine. 200 Francs. Pour la première fois de ma vie je vaudrais quelque chose.


Sitôt le départ de la gare Perrache mon beau monsieur qui sentait bon le vétiver s’est assoupi.


À la clinique j'entrai dans un univers étrange, d'une beauté froide, lisse, où chaque geste du personnel semblait dicté par le souci de mon confort. La nuit venue, dans la solitude douillette de ma chambre, apeurée, coupée de mon univers étriqué, perdue, oppressée, j'aurais voulu pleurer. Qu'on me consolât. Des grands bras rien que pour me câliner, des grands bras où je me laisserais aller à sucer mon pouce. De vraies caresses, simples, tendres, pas des mains qui me fouillent. De la tendresse, des mots de sucre d'orge, des petits baisers dans le cou.


Tout se passa bien. Mon éveil se fit sans heurt. Ma peur de la veille semblait s'être diluée dans l'anesthésie. Personne ne m'appela pour prendre de mes nouvelles. L'infirmière de garde me contemplait comme si j'étais un petit oiseau juste sorti du nid. Elle avait une face chevaline et un corps musculeux. Dans ses yeux, d'un bleu délavé, je crus entrevoir un mélange d'envie et de dégoût.


Plus tard, bien plus tard, lorsque je découvris que les filles pouvaient aimer les filles, j'en compris les raisons. Sur le moment, dans ma naïveté, je pensais qu'elle me jugeait. Sans réfléchir, avec un petit sourire implorant, je lui demandai de me frotter le dos. Elle le fit avec une infinie douceur. Tout mon corps s'emplit d'une douce chaleur. Ce n'était pas du plaisir mais comme de la vie. Sa main hésitait, se suspendait au-dessus de mes épaules. Allait-elle la faire courir sur ma poitrine ? Elle n'en fit rien se contentant de m'aider à passer ma chemise de nuit.


Cette nuit-là une grande fatigue me tomba dessus. Je sombrai d'un bloc dans un large égout nauséabond où flottaient, pattes en l'air, des rats poilus avec des queues immenses. Et puis, ce bruit lancinant de chasse d'eau que l'on tirait. La cataracte, le trou, on m'aspirait.


Je coulais.

Partager cet article
Repost0
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 07:00

En cette saison, avec leur histoire d’heure d’hiver, le jour commence à décliner à partir de 5 heures de l’après-midi. Ce déficit de lumière me donne toujours envie de sortir, de marcher entre chien et loup dans la ville. Nous nous sommes donc levés, changés, c’est-à-dire que nous nous sommes habillés pour sortir, élégants, et j’ai laissé à Adeline le soin de me mener là où elle avait envie d’aller. Abandon, un taxi nous charge, des lampadaires fusent les premiers halos, la ville s’ouvre, elle est à nous. Le chauffeur sri-lankais vagabonde, il est en terra incognita. Nous lui laissons toute liberté. Ma compagne au statut incertain offrait à mon regard la plaine de ses cuisses gainées de noir. Elle m’interrogeait « pourquoi as-tu écrit en exergue de ton texte : « lorsque Louise Brooks lui demanda : « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer le chemin de l’enfer ? », l’homme élégant s’inclina et la pria de le suivre ; il partageait avec elle l’insigne privilège de ne jamais avoir aimé personne et d’avoir chaque soir fermé sa porte en pensant « Dieu merci, je suis seul. » ?

-         Ce n’est pas de moi…

-         Peu m’importe, pourquoi est-ce là ?

-         Parce que c’est moi !

-         Tu n’as jamais aimé personne ?

-         Pas exactement, j’ai aimé trop souvent pour croire que j’ai vraiment aimé qui que ce soit…

-         Tu es un cœur d’artichaut…

-         Pas vraiment, je doute simplement qu’on puisse m’aimer alors je me protège…

-         Moi je t’aime !

-         Que tu dis ma belle…

-         Tu le sais et moi je sais que c’est pour la vie.

-         La mienne est déjà bien entamée, ton mérite n’est pas très grand…

-         Il est immense, je ne te demande rien, rien que d’être avec toi…

-         Alors vivons au présent, pour l’instant nous le faisons très bien…

 

Nous sommes allés voir le film Tonnerre au MK2 bibliothèque. Adeline a beaucoup aimé, moi un peu moins. Nos estomacs criaient famine alors nous avons achetés des trucs au prix du caviar à un food-truck qui stationnait sur l’esplanade et nous sommes rentrés en métro. J’ai ouvert une bouteille de vin rouge de Sicile d’Occhipinti et nous avons fait dinette à la bougie en écoutant FAUVE. « Ton histoire, c’est du vrai ?

-         Oui et non…

-         Ça veut dire oui et non…

-         Ben oui et non, y’a du vrai mais aussi une part d’imagination…

-         Comment tu fais pour te mettre dans la peau de cette fille ?

-         Je la sens… elle est une part de moi… elle m’investit…

-         Ça me m’a fait peur. J’ai interrompu ma lecture. Viens près de moi pour que je puisse terminer.


Plus petite conne que moi, tu meurs ! (suite, le début ICI link)


Quand papa s'est suicidé je venais tout juste de fêter mes seize ans. Papa m'avait offert une mobylette bleue. C'est à son enterrement que j'ai vu pour la première fois Denis Fort, le tout nouvel adjudant-chef de la gendarmerie. Une belle gueule, blond comme le blé, des yeux si clairs qu'ils en étaient durs, de belles mains, des bottes noires, et une manière arrogante de porter l'uniforme ridicule des gendarmes.


Quand nos regards se sont croisés au cimetière je me suis sentie dénudée et le feu qui couvait déjà entre mes cuisses est devenu ardent. Dès le lendemain, en dépit du deuil, je virevoltais à mobylette, jambes à l'air, autour de la caserne. Le soir, au carrefour des Grands Champs, la petite Renault 4 bleue stationnait sur le terre-plein central. C'était lui en civil. J'ai jeté ma mobylette dans le fossé. Il n'a pas bougé. Je suis allé droit sur lui. Sans me dire un mot, il m'a soulevé, m'a posé sur le capot et, comme je ne portais pas de culotte, il m'a dépucelé avec beaucoup de douceur. C'était un véritable étalon insatiable. Bon père de famille, comme j'étais mineure il déployait des trésors d'imagination pour que nos ébats tumultueux n'éveillent aucun soupçon. Je trouvais cela très romantique. Et puis, bien sûr, un beau jour, je me suis retrouvé enceinte.


Maman, à qui je refusais obstinément de révéler le nom du père, voulait me confier à une faiseuse d'anges de Nantes. Pour me rassurer, se déculpabiliser aussi, elle osait affirmer que c'était une femme sérieuse, une vraie professionnelle qui avait pratiqué son art avec un gynécologue. Je cranais. « T'as été une bonne cliente ! » En retour je recevais la première paire de claques de ma vie. Sous le feu je la traitais de putain. Elle ne cillait pas, sa bouche devenait mauvaise, je la sentais touchée au plus profond. Le souvenir du sourire las de papa me retenait de lui balancer des horreurs.


Affrontant mon regard ironique elle le lisait dans mes pensées. Ses mains se tordaient. « Que sais-tu de ton père ? » La question me prenait de court. Je me sentais toute petite, démunie. Ma mère hésitait. Il fallait que je sache. « Dis-le-moi ! »  Notre face à face l'empêchait de se dérober. « Après tout, il vaut mieux que tu le saches, ça te permettra peut-être de grandir... » Mon cœur se levait, souffle court je m'attendais au pire. Et ce le fut. Mon père n'aimait que les garçons, les petits. Maman parlait de cet homme, papa, soudain jeté à bas de son piédestal, avec tendresse. La douleur venait de changer de camp.


Les jours suivants furent de plomb. Ma petite tête d'oiseau oscillait entre l'envie de porter cet œuf venu se nicher dans mon ventre sans que je ne le souhaite et une rage meurtrière me poussant à aller trancher le sexe de mon amant. Pas une seule larme ne sortait de mes yeux, ma sécheresse m'étonnait, me terrorisait. J'aurais aimé fondre. Me réfugier dans les bras de maman.


Toutes les deux nous ne savions pas comment trouver une plage de compréhension. Moi, bravache, je campais sur mon statut tout neuf de future mère. Je me voyais déjà donnant le sein à cet enfant. Un enfant à moi, rien qu'à moi, sans père. Désabusée ma mère se contentait de me répondre qu'elle respecterait mon choix mais qu'il me faudrait me mettre au travail pour l'assumer. L'argument pesait de tout son poids. Comme mes affaires scolaires végétaient dans le marais de ma paresse et, qu'au mieux, elles me conduisaient tout droit à finir comme couturière dans une usine du coin, ma fibre maternelle se refroidissait. 

 

à suivre dimanche prochain...

 

Partager cet article
Repost0
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 07:00

Adeline fut intraitable, je devais sortir de ma tanière pour faire le marché de la semaine. Pour me convaincre elle m’a acheté un superbe vélo, un « urban cycle » m’avait-elle dit en se marrant, une petite merveille poids plume, le genre pas de mon âge pour deux sous. Grand con que je suis j’ai bien sûr mordu à l’hameçon et vendredi matin nous sommes allés sur le minuscule marché de la place Monge en plein fief des Tiberi, moi sur ma nouvelle monture et Adeline sur un vieux vélo de course Mercier à guidon Bas. Quelle allure la gourgandine ! Je suçais sa roue tout en matant ses fesses moulées dans un collant noir. À l’arrivée sur le marché j’étais carbonisé et je suis allé me prendre un café au bistrot « Le Muscadet ». Quand j’ai débarqué sur le marché le tractage battait son plein, ça chauffait entre les bandes rivales, droite contre droite : partisans de « longueurs et pointes » et les fans de Dominique le rejeton de Jean et de la pieuse Xavière dont Bernard Bled, l’ancien secrétaire général de la mairie de Paris, dit «qu’elle lui a tricoté sa carrière, maille après maille, comme on tricote un pull pour son mari»  Les première secousses du séisme jetaient un froid bien plus radical que la météo : selon un sondage BVA la liste soutenue par la socialiste Anne Hidalgo dans le Ve arrondissement de Paris, l’emporterait au second tour dans tous les cas de figure. Un quinqua bravache, une botte de poireaux sous le bras, Luc, confirmait aux frères ennemis qu’il votera à gauche en mars. Un choix de raison. « Les Tiberi ont fait leur temps et NKM, qui m’a séduit au début, mène une campagne poudre aux yeux, très maigre sur le fond, taclait-t-il. Je ne suis pas d’accord sur toutes leurs propositions, mais je choisis l’équipe en place : eux sont solides. »


3548895_5acfe10a-8aca-11e3-becf-00151780182c_640x280.jpg

 

Ce petit jeu à la con et le froid bien vif m’avaient donné envie de pot-au-feu. Nous sommes revenus à Sainte-Anne chargés comme des bourricots. Adeline s’est mis de suite aux pluches en m’intimant d’aller « travailler ». Ce que j’ai fait. Très vite le fumet du pot-au-feu a envahi la turne. Ça m’a mis d’humeur légère. En sirotant mon énième café j’ai remis en forme un vieux texte extirpé du disque dur : la technique du  sculpteur taillant à coups de burin la matière. Une vraie jubilation, calé dans ma bulle j’ai travaillé jusqu’à 3 heures de l’après-midi sans même m’en apercevoir. Mon estomac criait pourtant famine. Adeline avait dressé la table. Elle me servait un verre de Beaujolais blanc de mon ami Jean-Paul Brun, un chardonnay plein de fruit qui allait bien avec les langoustines. Guilleret et bavard, j’entretenais la conversation pour le plus grand bonheur de ma nouvelle « bonne » qui adore la politique. Sur le pot-au-feu nous nous tapâmes toute une bouteille de l’excellent côte-de-brouilly de Jean-Paul. Nous étions gais comme des pinsons et nous allâmes manger nos tartes aux pommes au lit. Avant de déjeuner j’avais balancé mon petit texte sur l’e-mail d’Adeline. Callée dans les oreillers elle se plongeait dans la lecture sur sa tablette alors que moi je plongeais dans un sommeil réparateur et, peut-être, bruyant.


Plus petite conne que moi, tu meurs !


« Mon mec, il m'a vu naître. C'était un ami de mon père. Enfant je l'ai surpris dans le lit de ma mère. Longtemps j'ai cru qu'il était mon père. Ma mère changeait souvent d'amant. Elle trainait au lit. Mon père travaillait sans donner le sentiment d'être malheureux. Il lui achetait de la lingerie fine. Elle la mettait pour ses amants qui la saccageaient.


Moi je rodais autour. J'adorais leurs odeurs. Les hommes de maman m'offraient des cadeaux. Aucun d'eux n'a cherché sous mes jupes. Le dimanche papa m'emmenait au square et nous sucions des glaces à la vanille. Un jour il m'a acheté un petit chien tout noir. Un scottish comme sur les bouteilles de Black and White. Maman détestait mon chien car il bouffait ses escarpins. Je l'avais appelé Moumousse. Il sentait mauvais.


À l'école je rêvassais. La vie de mes parents me semblait étrange. Ils s'aimaient vraiment. Jamais de disputes, tout se passait dans une promiscuité silencieuse. La duplicité de mon père, son amour masochiste pour une femme qui passait l'essentiel de son temps dans les bras d'autres hommes relevait pour moi du plus profond des mystères. Tout me paraissait de guingois chez nous, car mes parents, aux yeux des autres, affichaient l'image d'un couple uni, allant à la messe, ma mère recrutait ses hommes dans les bars d'hôtel loin de notre maison nichée sous les ramures d'une belle futaie... 


Moi j'étais pomponnée comme une poupée. On me passait tous mes caprices. À quatorze ans j'étais une grande asperge, à la poitrine déjà généreuse, qui passait son temps à se faire les ongles en écoutant Salut les Copains. Les hommes de maman lorgnaient sur moi ce qui l’agaçait profondément. Moi je trouvais ça très excitant. Je ne manquais aucune occasion de me balader en petite culotte lorsqu'ils allaient se réajuster dans la salle de bains. Papa plongeait dans un silence triste. Maman passait de plus en plus de temps devant son miroir et, elle aussi, elle s'assombrissait. Papa s'est noyé dans l'étang des Mares, tout près de chez nous. Maman a beaucoup pleuré. Le noir lui allait bien. Le curé a refusé d'enterrer papa à l'église, ça a beaucoup affecté maman. Maman n'avait plus de goût à rien, les hommes se faisaient rares chez nous, comme si la mort de papa privait maman du ressort qui animait sa drôle de vie. 

 

à suivre...

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 09:29

Accueillis par le gris de Paris nous sommes allés directement en taxi d’Orly à l’hôpital Sainte-Anne. L’annonce de notre destination au chauffeur lui tira une forme de rictus doublé d’un froncement de sourcils. Les fous n’ont toujours pas bonne réputation, et même si on ne désigne plus leur lieu de rétention par l’appellation d’asile d’aliénés, s’y rendre semble souvent, aux autres, une marque d’infamie. Tout au long du trajet, les coups d’œil du chauffeur dans son rétroviseur, marquaient son envie de nous questionner. Mon air renfrogné l’en a sans doute dissuadé. Arrivé à destination, notre homme fut encore plus étonné de me voir quitter ma compagne, sans aucun bagage, et de m’entendre lui dire d’un ton grave et autoritaire « tu ne dis rien à personne, je ne sais combien de temps va durer mon séjour… » C’était donc moi le fou, pourtant devait-il se dire, il n’a pas la gueule d’un fou. Adeline joua parfaitement le jeu en me serrant dans ses bras. J’entrai d’un pas lourd dans l’enceinte de l’hôpital, sans me retourné. Si l’autre pauvre bougre l’avait su, il aurait été plus encore étonné car sur ma face cachée j’arborais un large sourire car, pour la première fois de ma vie, j’accédais à une liberté pleine et entière. Enfermé j’allais pouvoir me consacrer à ma seule maîtresse : l’écriture. Je connaissais bien les lieux pour y avoir séjourné juste avant l’arrivée de Mitterrand aux manettes. Avant de me rendre au petit pavillon du jardinier je fis le tour des pavillons pour constater que l’hôpital avait perdu son air hostile et pesant. Sans être riant l’atmosphère de Sainte-Anne dégageait de la sérénité, une forme de paix. Je m’arrêtai à la nouvelle cafétéria pour prendre un café. Ceux que j’avais connus lors de mon précédent passage devaient, pour la plupart, être à la retraite. La nouveauté des visages renforçait ma sérénité.


Au début de l’après-midi, Adeline, accompagnée d’un manutentionnaire, m’apportait ma cargaison de livres que nous rangeâmes sur les étagères qui, avec le lit et la grande table, constituait l’essentiel du mobilier de ma nouvelle résidence. Le ménage avait été fait et la maison sentait l’eau de javel. M’installer dans ce dénuement m’apaisait. Nous déjeunâmes de rouleaux de printemps et de nouilles chinoises qu’Adeline avait achetés rue de la Tombe-Issoire puis nous fîmes une sieste sage jusqu’à la tombée de la nuit. Calé dans les oreillers avec le seule rai de lumière d’une petite veilleuse accrochée à la tête de lit j’entamais la lecture d’un livre que j’avais commandé depuis Venise : La ballade de Rikers Island, un roman sulfureux de Régis Jauffret. « Ce roman provoque-t-il parfois un sentiment de malaise ? Oui, assurément. Se lit-il avec plaisir ? Oui, au moins autant ! A peine le livre ouvert, nous voici en quelque sorte complices de l’entreprise de Jauffret.


9782021097597.jpg

 

 

Rickers Island, c’est cette prison new yorkaise, posée au bout des pistes de l’aéroport de la Guardia, là où l’un des hommes les plus puissants du monde va se retrouver enfermé. Evidemment, personne, mis à part l’intéressé, n’est en mesure de raconter comment cette descente aux enfers s’est déroulée. Nous acceptons de fait l’idée que tout ce que nous allons lire, les pensées animales et délirantes de l’ex-patron d’une « institution financière », les états d’âmes de sa grande bourgeoise d’épouse, ex-star de la télévision, le cynisme absolu du grand chambellan qui chaperonne le « futur président de la république », la honte de la femme de chambre la plus célèbre de l’histoire… tout pourrait être vrai, mais rien n’est moins sûr. Nous voici voyeurs, sans doute, même si c’est d’un paysage imaginaire que nous nous remplissons la rétine. Régis Jauffret excelle dans la construction de cette « réalité augmentée ». Son récit est violent, touchant aussi. Il y a dans cette affaire, tous les ingrédients d’une tragédie moderne. L’amour, le risque, l’ambition, le mépris, le sentiment de classe et de caste. Si tout ceci n’avait existé, il aurait mérité d’être inventé. »


Armé de mon petit crayon de papier j’encadrais des passages :


Le passage au contrôle de police de Roissy de l’épouse bafouée donne le ton : « il (le policier) lui a rendu le passeport, impatient d’avoir fini  son service pour pouvoir se connecter et annoncer au monde l’arrivée imminente à New-York de la femme du baiseur fou »


Adeline à son réveil me demandait de lui lire quelques glanes de ma lecture. Je choisissais à dessein les plus incisives :


« Foin… des journalistes briefés par le grand chambellan (l’homme à la Porsche Panemara), muets, complices et maintenant moralistes, délateurs,  louant la vertu, la famille et la paix des ménages, attablés dans leurs rédactions où l’on sélectionne les stagiaires à leur arrière-train comme des juments »


« Seuls les gros (porteurs) prenaient âprement sa défense (du banqueroutier), espérant rassurer les marchés, voir les cours se redresser et finalement rafler leur mise. Un poste de ministre,  de secrétaire d’Etat, la direction d’un musée, d’un centre culturel, d’un théâtre de marionnettes en tenues folkloriques géré pour moitié par le conseil régional, le reste partagé entre une municipalité lige et le ministère de la Culture. »


« Une chambrière noire comme un pneu, prompte à la rapine, au mensonge, si souvent cul par-dessus tête qu’on pouvait confondre ses joues avec sa paire de fesses, une créature dont tous les orifices happaient le pauvre pénis du Blanc pour lui faire payer au prix de l’uranium enrichi chaque goutte de sperme répandu.


Une putain qui avait porté plainte pour viol parce qu’il avait oublié de payer la passe, lui qui croyait du fond du cœur que l’honneur de l’avoir lapé lui avait servi de récompense. Un magistrat tatillon aurait pu tout au plus le condamner à une amende pour délit de grivèlerie. »


« Les petits camarades serviles, gens de pouvoir, hobereaux d’arrondissement, apparatchiks, hier tous ensemble aplatis, lui servant de tapis rouge, de moquette, joyeux de se laisser fouler quand il  visitait son parti comme un fermier sa porcherie ; qui malgré leurs dénégations ont déjà la bave au coin des lèvres cherchant du groin le prochain chêne truffier.»

Partager cet article
Repost0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 00:09

C’était la débandade. Water-Closer dégueulait plein pot ses photos volées pour le plus grand plaisir des pharisiens hypocrites. Les moulins à commentaires se dévidaient, égrenaient leur contentement teinté de concupiscence, se vautraient sur la couche de l’adultère. Emoi  de petits bourgeois. J’en avais plein le cul. Ça débordait, ça puait. Le seul qui me réconciliait avec la pauvre nature humaine c’était François. François le Pape, le chef de l’Etat du Vatican, pas celui des curés et de leurs ouailles momifiées. Même si, selon l’adage, « l'habit ne fait pas le moine », le style du pape François me semblait refléter sa modestie et une certaine ouverture d'esprit. Simple et de bon goût, ce choix de sa façon d’être faisait sens. Les bijoux de luxe et les capes en fourrure, que préféraient ses prédécesseurs de François, ont été remplacés par les vêtements plus modestes. Selon le magazine US Esquire qui l’a élu  « l'homme le mieux habillé » c’est un fait de l'approche de Souverain Pontife de la vie des personnes ordinaires. Un peu à la manière de Jean XXII voilà un Pape normal. « Le pape, combien de divisons ? » aurait répondu Staline à Churchill affirment certains, d’autres à Pierre Laval alors Président du Conseil. Ses mots valaient mieux que ceux de Poutine. Adeline, jamais en reste, pour me redonner le moral, me disait « Et si tu demandais audience à François… je t’accompagnerais avec une mantille sur la tête… ce serait ton chemin de Damas… »


Je l’avais embrassé. « Nous rentrons à Paris… » En quelques mots je lui confiais que pour moi le temps était venu de me retirer du monde, de me jeter dans l’écriture loin de l’écume d’une actualité dévoreuse et insignifiante. « Tu as raison… » me répondait-elle « moi, je me mets en congés sans solde pour te servir de bonne…

-         Tu es folle !

-         Oui… de toi…

-         Il est hors de question que tu m’accompagnes, je veux être seul.

-         Tu seras seul mon grand, il n’est pas question que tu couches avec ta bonne…

-         Arrête de plaisanter !

-         Je ne plaisante pas mon beau… Moi je sais que tu auras besoin d’être déchargé de tous les soucis de la vie courante, et donc tu as besoin d’une bonne, et cette bonne ce sera moi…

-         Et ta carrière ?

-         Tu sais où je me la mets ma carrière !

-         Je ne laisserai pas faire une telle connerie…

-         Si !

-         Que tu dis !

-         Ecoutes-moi bien monstre d’orgueil. Tu fais le fier mais je te connais comme ma poche…

-         Bien sûr nous avons gardé les vaches ensemble…

-         Raille, raille mais je suis la seule de tes nombreuses conquêtes à tout savoir sur toi… Tout, absolument tout ou presque… Alors, on ne me l’a fait pas, tes grands élans de solitude durent le temps que durent les roses… Tu es un homme à femme…

-         Et si je voulais rompre cette addiction !

-         Trop tard, tu as perdu la guerre… Et puis moi j’ai un avantage sur toutes les autres…

-         Lequel ?

-         J’aime les filles…


L’argument valait son poids de tranquillité. Je topai. Mon point de chute à Paris je le connaissais car j’y avais déjà séjourné par la passé lorsqu’après l’exécution d’Aldo Moro par les Brigades Rouges en 1979 certains dans la Grande Maison voulurent me faire porter un chapeau bien trop large pour moi. C’est une histoire qu’il me faudra coucher sur le papier. L’heure était à notre dernier dîner à Venise. Nous décidâmes de le passer avec tout le personnel du pallazzo. Ce fut plein d’émotion. Nous bûmes, mangeâmes, pleurâmes plus que de raison. À la demande générale je me fendais d’un discours qu’Adeline traduisait dans un italien impeccable. Lorsque j’improvise je ne peux le faire que dans ma langue maternelle sinon je perds le fil. Notre duo plongea nos amis vénitiens dans une excitation très exubérante et bruyante. Sitôt la chute prononcée nous croulâmes sous les embrassades, surtout Adeline qui fit l’objet d’un pelotage fessier en règle. Elle fit face avec flegme. L’heure était venue d’aller faire une dernière virée sur la lagune. Matteo pilotait la vedette avec une science toute vénitienne faite d’accélérations soudaines et de décélérations suivies de longs sillages en inertie. Pelotonnés à l’arrière de la vedette, enveloppés dans un plaid, ma future bonne et moi, profitions de cette dernière échappée belle. C’est en passant sous le pont du Rialto que je l’informai de mon futur point de chute « je vais me placer comme jardinier à Sainte-Anne… »

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 07:00

Adeline apaisa mon ardeur d’une main secourable et, sans coup férir, reprit sa lecture « Tout comme la syndicaliste du Crédit lyonnais Arlette Laguiller, la voix du jazz Nicole Croisille se revendiquait de LO, tandis que la LCR d’Alain Krivine accueillait le comédien Michel Piccoli, le futur réalisateur néo-com Romain Goupil, les journalistes Hervé Chabalier, Edwy Plenel, le philosophe libertaire Daniel Bensaïd, Philippe Constantin, futur directeur artistique de la firme discographique Pathé, l’Ariégeois moniteur  de tennis Jean-Pierre Bel, qui deviendra président du Sénat… Adeptes de l’entrisme dans les associations socialos, « sociflardes », les ateliers « philosophiques », on remarque le futur sénateur européiste Henri Weber, une brassée de secrétaires fédéraux du futur PS, ainsi que l’inspecteur  du travail Gérard Filoche, mais encore Julien Dray, préposé de SOS-Racisme, machin mitterrandien communautariste… » Adeline posait ses deux pieds glacés sur mes cuisses. « Je crois que je vais être très malade et que tu vas être obligé de t’occuper que de moi… » minaudait-elle en se tortillant. Je feignais d’ignorer son invite. Elle toussotait. « Que de moi…

 

-         Oui, ne te fais aucune illusion princesse je vais te remettre au pas…

-         Avec un fouet ?

-         N’importe quoi, en te mettant sur le trottoir…

-         Mon rêve…

-         C’est ton rêve j’en suis persuadé mais dans le langage de la grande maison mon petit cœur ça veut dire se remettre au taf au ras du macadam. Finies les folies, tu reprends la sale besogne.

-         Avec toi !

-         Oui avec moi…

-         Alors tu peux me demander ce que tu veux si c’est avec toi, même de faire une pipe à l’autre grosse enflure…

-         C’est ça. Allez termines ta lecture, ensuite nous ferons nos bagages.

« Autour de l’AMR, tendance trot’s-rock’n’roll cultivée  incarnée par l’activiste Maurice Najman, journaliste de Libé, on croise le couturier Jean-Charles de Castelbajac, le réalisateur à succès du Père Noël est une ordure Jean-Marie Poiré, puis l’épatante Bernadette Laffont. Toutes les obédiences trostkystes cajolent leurs poulains des Comités d’action lycéens (CAL), parmi ces têtes blondes Véronique Cantor, future compagne de Coluche, la socialiste malouine Isabelle Thomas, le producteur et porte-micro télévisuel Michel Field. Hors du champ gauchiste organisé, on remarque les vétérans considérables André Hessel et Fred Zeller, cofondateurs de la FNAC… »

-         Je croyais qu’Hessel se prénommait Stéphane ?

-         Pure homonymie mon cœur, André était un trostsko de la première heure…

-         La FNAC a été fondée par deux trotskystes ?

-         Oui ma belle !

-         Et maintenant elle est entre les mains du rejeton de Pinault avec sa gueule de con…

-         Belle image de la dérive des belles idées jeune pucelle

-         Je ne suis pas une pucelle…

-         Que tu dis !

-         Retire ça où je te viole !

-         Chiche…

-         Ne me pousse pas à bout…

-         Alors lis !


« Une atomisation équivalente scindait les  pro-Chine. À l’issue d’une dissidence du  PCF révisionniste, les adhérents des de poids farouchement marxistes-léninistes, Hauts-de-Seine et Bouches-du-Rhône, fondent un Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF). Étudiant en histoire, édile futur de Montpellier, laudateur de la Septimanie, la région Languedoc-Roussillon, Georges Frèche était des initiateurs du PCMLF lors du congrès de Puyricard. C’est encore l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCML), tutorée par le philosophe Louis Althusser de l’Ecole Normale Supérieure. Groupuscule, le Centre marxiste-léniniste de France (CMLF), deviendra une Voie prolétarienne gaullo-maoïste, sans oublier les dissidences, Ligne Rouge, Front Rouge, puis enfin les maos spontanéistes de Vive la Révolution (VLR) avec Roland Castro… »

-         C’est très amusant. Ils se sont éparpillés dans tous les sens…

-         Pas vraiment, ce fut plutôt à droite toute ou disons « on exploite son petit capital de notoriété pour  arrondir ses fins de mois…

-         Ils ont trahis ?

-         Même pas mon chou, c’est la trajectoire normale de la radicalité qui n’est qu’une posture.

-         Tu es dur…

-         Non mon amour par ta faute…

-         Ne plaisante pas !

-         Adeline, apprends à te méfier de celles et ceux qui sont prêts à tout sacrifier, les autres en premiers,  pour leurs soi-disant idéaux. Y’en a même un qui a fini sur la couche de NKM…

-         Ce n’est pas joli, joli, tout ça…

-         La vie que l’on vit chérie…

-         Tu m’as appelée chérie

-         Oui.

-         Tu m’aimes alors ?

-         Comme la pasta !

-         Dis comme ça je te crois…

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 07:00

PHO6043d35a-746b-11e3-9579-82a3ad96187f-805x453.jpg

 

Pendant qu’à Paris « longueurs et pointes », blouson de cuir, crinière au vent, se la jouait gore en grillant une clope sur les quais avec un SDF, déchainant les lazzis  des réseaux sociaux, je me remettais doucettement de mes ennuis respiratoires. Sur mon écran de smartphone les messages d’Adeline devenaient de plus en plus pressants. Je résistais au nom de la préservation de la santé publique mais sans convaincre. Jasmine et les enfants avaient regagné Paris sitôt le réveillon du  Nouvel An. Mon isolement, loin de me peser, m’apportait une sérénité nouvelle, j’avais de nouveau envie de me bouger le cul. Les proportions prises par l’affaire de la quenelle et surtout le faux-pas des conseillers de Valls sur l’interdiction des spectacles de la grosse enflure me faisaient pressentir que les bons et loyaux services des vieux briscards allaient être sollicités. Face à  ce type de racaille les instruments de droit sont des épouvantails à moineaux inefficaces alors que l’entrisme et la manipulation permettent de retourner la situation et surtout de placer des bombes à retardement dans la mécanique financière du soi-disant humoriste. Comme me le disait un vieux du service, à mon arrivée : « t’as beau te dire de gauche, de brûler des cierges pour les droits de l’Homme, rappelles-toi que ce sont Mollet et Lacoste qui ont ordonné le déclenchement de la bataille d’Alger. Quand tu veux éradiquer la vermine mec, faut taper là où ça fait mal, se plonger les mains dans la merde, ne se priver d’aucun moyen, tout le reste c’est de la littérature pour fiottes… » Bien évidemment dans la note que je venais de pondre et d’expédier au cabinet du Ministre, ce type de références étaient absentes. Le temps des anciens séides de Vichy recyclés à Alger puis à Paris au temps de Marcellin et de sa phobie du complot gauchiste, était loin derrière nous. Seules les techniques restaient d’actualité. C’était d’autant plus vrai que le pognon régnait en maître et que ça restait le moyen le plus efficace pour retourner comme des crêpes les zélateurs de l’enflure. J’attendais la réponse le nez plongé dans un bouquin d’Alain Dugrand, au titre évocateur, « Libération : un moment d’ivresse » L’histoire de la feuille de chou, titre de l’organe de propagande de la Résistance, racheté à Louba la veuve d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, me replongeait dans le fumet des années 70 et de ses groupuscules gauchistes avant-garde de la reconstruction d’un « communisme véritable ».


J’en étais à la page 89. La porte-fenêtre ouverte donnant sur le balcon laissait entrer de fraîches bouffées et les rideaux se gonflaient comme les voiles d’un galion vénitien se hâtant de regagner le port. Une légère faim me tenaillait. Tout le monde dormait. Il me fallait entreprendre une expédition vers la cuisine. Nu-pieds, en caleçon, dans l’obscurité, je quittai mon refuge. Tout se passa sans encombre. Je revins avec une panière chargée de victuailles et de quelques bouteilles que je déposai sur la table de mon balcon. Je passais un gros pull et un pantalon large puis j’allumai un photophore. Ce pique-nique nocturne m’excitait. Le pain était frais car Matteo venait juste de le cuire. Je rêvassais en mordant dans mes épaisses tartines. Rentrer à Paris, reprendre du service, en découdre, m’enchantait. Le petit matin  jetait sur mes épaules un voile de fraîcheur. Je frissonnais. Un dernier verre et j’allais me réfugier sous la couette. Dormir, un peu. Le lit était encore chaud. Je m’étirais. Je baillais. La vie était belle. Sans prendre ma position en chien de fusil je basculai dans un profond sommeil. Ce qui m’éveilla c’est un léger parfum, son parfum. Ma main tâtonnait. Elle rencontrait une douce chaleur. S’attardait. Glissait. Le temps des retrouvailles était venu. Je décidai de laisser à Adeline la direction des opérations. Ce que je ne regrettai pas. Mattéo nous apporta le petit-déjeuner sans qu’on ne lui ai rien demandé. Le complot avait été bien monté. Fort de mon statut de reclus je demandai à Adeline de me faire la lecture. Ce qu’elle fit de bonne grâce. Elle chaussa de ravissantes lunettes ce qui me fit bander. Je restai pourtant de marbre afin de ne pas dilapider mon avantage.


Avant d’entreprendre la lecture Adeline avait lu la quatrième de couverture et m’avait posé quelques questions. « En quelque sorte tu me fais joindre l’utile à l’agréable mon grand. Nous allons sans doute reprendre du service actif… » Je souriais niaisement en opinant du chef. Mon érection perdurait. Je me calais dans mon oreiller. Adeline se lançait « Se réclamant des thèses de la révolution ininterrompue chère à Léon Trotsky, le gros des étudiants communistes selon les chapelles se répartissaient en multiples sacristains de la Ive Internationale. Ils se divisaient, à grands traits entre posadistes, pablistes, frankistes, bourdiguistes ou lambertistes. Sous pseudonyme – les « faux blazes » –, la piétaille avait l’embarras du choix : Organisation communiste internationale (OCI), ses segments, Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS), Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER). C’était encore l’énigmatique Lutte Ouvrière (LO), jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), Voie communiste (VO), enfin une foldingue alliance marxiste-révolutionnaire (AMR). Un Who’s Who discret permettait d’identifier sympathisants trot’s et notables recrues. Chez les lambertistes OI, dits « lambertos », on comptait un futur Premier Secrétaire du PS, Lionel Jospin, beaucoup de gens du spectacle, Alain Corneau, Nadine Trintignant, Pierre Arditi  et Bertrand Tavernier. À chaque congrès syndical, un fort détachement OCI renouvelait l’état-major de l’antistalinienne Force Ouvrière, ainsi les bureaucrates et futurs parlementaires socialos Cambadélis, Assouline ou Mélanchon. « Lamberto » alors est une expression dépréciative en usage chez les militants JCR qui deviendra Ligue Communiste révolutionnaire (LCR) après sa dissolution d’État en 1968. »

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 07:00

À notre retour de Kiev je me sentais tout mou, cotonneux, et quelques heures après notre arrivée au pallazzo j’avais la gorge en feu. Sans hésiter je me plaçais en isolement, dans l’aile réservée au personnel, pour éviter à la maisonnée de choper mes microbes. Intransigeant, je ne tolérais aucune visite en dépit des supplications d’Adeline. Mon ordinateur, de l’aspirine, des inhalations, sérum physiologique, une montagne de mouchoir, des citrons de Sicile et du rhum blanc : un traitement à l’ancienne avec comme seul loisir une cargaison de vieux films américains. Très vite je me suis totalement déconnecté du rythme des jours, exigeant, soi-disant pour épargner mes cordes vocales, que nous ne correspondions plus que par textos. Du côté alimentaire, vu l’état de ma gorge je n’absorbais que du liquide que m’apportait Sandra, la plus jeune des soubrettes  mais je n’avais guère d’appétit. Sur le plan vestimentaire je baignais lamentablement dans mon jus, comme une totale envie de me laisser-aller. La vieille de Noël, bombardé de textos par mes femmes je restai de marbre et, pour ne rien vous cacher, je me suis offert une longue tranche de sommeil jusqu’à Minuit. J’ai alors balancé des Merry Christmas en rafale puis je me suis offert un grand plateau d’huîtres de pleine mer très iodées. L’eau salée me labourait la glotte, ça me vivifiait sauf que je me payais dans la foulée une belle et monstrueuse crise d’asthme. Assis sur le bord de mon lit je sifflais comme un vieux vapeur. Du calme, pas de panique, je laissais déferler l’ouragan sans chercher à desserrer hâtivement le carcan. Le reflux vint lentement. Je sentais mauvais. Tel un paralytique guéri, trainant les pieds, j’ouvrais en grand la porte-fenêtre. Une bouffée de lagune investissait la pièce et la brise gonflait les rideaux. Je me déshabillais jetant mes vêtements en tas comme si je les destinais au feu purificateur. Nu j’évitai de me contempler dans les nombreux miroirs. Douche bouillante comme un labour profond de ma crasse, je contemplais les tourbillons de l’eau autour de la bouche d’évacuation, ça gargouillait, exportation de miasmes. Le drap de bain blanc doux comme un duvet d’oisillon achevait de me tirer de mon carcan. Tonte de ma barbe. Friction à l’eau de Cologne. Du blanc que du blanc…


gene-tierney-art.jpg

 

Je passai le reste de la nuit avec l’incomparable Gene Tierney. De toutes les stars d’Hollywood, avec son physique de jeune fille de bonne famille, fin et racé, ses pommettes saillantes, son allure retenue et ses yeux d’une pureté d’eau de source, elle incarne pour moi les deux faces de l’extrême féminité : une douceur d’apparence fragile et une volonté de fer mêlée à un charme vénéneux, l’aventure de Madame Muir et Laura. Allure, élégance, beauté sans fard, sensualité contenue mais affleurante, la quintessence de la grande bourgeoise charnelle que j’aurais suivie les yeux fermés en Enfer. Mon imagination face à l’écran se laissait aller, je cassais les codes des Majors d’Hollywood d’un baiser, d’un vrai, bouches mélangées, ses lèvres carminées rétives puis offertes m’encourageaient, alors j’ébouriffais sa permanente figée, dispersés ses cheveux s’épandaient sur ses épaules nues. Je sentais sa poitrine palpiter. Avec des gestes lents mais précis je commettais le sacrilège de la défaire. Elle se laissait faire. Un à un je la dépouillais de ses vêtements impeccables, corsage à col claudine, jupe couvrant le genou, et défaire cette ceinture enserrant sa taille de guêpe, et lui ôter religieusement ses dessous soyeux ne lui laissant que ses escarpins élégants. Cette nudité imaginaire, lys de beauté, avec son regard clair étonné planté dans mes yeux, cette pudeur sans niaiserie promesse d’ardeurs d’amante sauvage, me rendait heureux. M’apaisait. Que cet éternel coureur de jupon qu’était John Kennedy en soit tombé amoureux ne m’étonnait pas et qu’il l’ait sacrifiée à ses ambitions politiques encore moins.


Au petit matin, pas encore guéri mais ragaillardi, j’ouvrais ma messagerie électronique et je repérais très vite le nom d’un de mes anciens compagnons au temps où j’avais choisi d’adhérer à l’UMP après la défaite du petit Nicolas. C’était un véritable SOS, un cri d’alarme, le sleeping NKM déraillait sous l’effet de bourdes, de l’absence de dialogue, de son autoritarisme et bien sûr de multiples dissidences, trahisons et de gros egos bafoués tel celui de l’autre Beigbeder, Charles. Cerise sur le gâteau, c’était aussi le retour du petit Jean venant défendre, avec ses petites mains, son fief du Ve qu’il souhaitait confier, en bon Corse qu’il est, à son fils Dominique. Par prudence, il avait laissé Xavière à la maison au milieu de ses bondieuseries, afin de ne pas trop faire remonter à la surface le souvenir de tous ces électeurs inscrits dont les noms avaient meublés la chronique nécrologique. La jeune et la vieille droite parisienne s’en donnait à cœur joie, avec délice, un goût immodéré pour les petits calculs. Et pendant ce temps-là, « longueurs et pointes », sympathique surnom donné par la « vraie droite » parisienne à NKM, maraudait dans Paris, twittait, se prenait les pieds dans les beaux tapis. Les plus indulgents, et sans doute les plus méchants, lâchaient un pronostic ubuesque qui faisait rire jaune la Nathalie et son chauve de mari : en dépit des premiers sondages qui la donnent perdante dans le 14e face à Carine Petit (PS) - comme Anne Hidalgo dans le 15e face à Philippe Goujon (UMP) - et battue pour la conquête de la Mairie de Paris, elle pourrait vivre un vrai cauchemar dans l'hypothèse d'une victoire dans le 14e, où elle va être contrainte d'accentuer sa campagne, et d'une défaite sur l'ensemble des 20 arrondissements de la capitale qu'elle ne pourra pas tous suivre. Dans ce cas de figure, NKM aurait abandonné la mairie de Longjumeau pour devenir... maire d'un arrondissement parisien! La gloire pour une présidentiable, une stratégie gagnant-gagnant comme aimait à le dire ce cher JPP.

 

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 07:00

photo636.JPG

 

Mener tout le monde en bateau fait partie intégrante de notre métier de fouteur de merde. Lorsqu’au mois de juin de cette année ma belle amie Gabrielle m’annonçait que nous partions pour Kiev dans le Falcon EX d’Antoine, celui-ci étant le conseil d’Andreï Gavrilov le tout puissant oligarque ukrainien, je me suis tout de suite dit qu’il y avait anguille sous roche. Les pièces du puzzle, doucement, se remettaient en place, et au fur et à mesure je comprenais que tout ce qui était arrivé était cousu de fil blanc. J’adore me faire surprendre par le hasard des rencontres mais, dans le cas présent, la soudaine irruption d’Antoine dans ma petite vie pépère était le fruit d’un scénario bien huilé. Trop ! Tout ça puait à plein nez le billard à bandes et j’avais décidé de me méfier. Notre séjour prolongé à Venise avec Adeline, qui avait fort irrité Antoine, procédait d’une saine gestion du risque de se retrouver prisonnier d’un sac de nœuds bien plus que de la petite partie de jambes en l’air avec mon assistante. Les deux raisons se révélant à l’usage tout à fait compatibles et même fort productives. Ma mauvaise réputation confortait Antoine, il ne me soupçonnait pas de lui faire un enfant dans le dos. Et pourtant je jouais avec lui une partie de poker menteur pour m’assurer qu’il ne nous menait pas tout droit dans un coup fourré. Lorsqu’Antoine en pris conscience les dés étaient jetés et il ne put pas se dérober. Adeline et moi volions vers Kiev pour nous assurer de la bonne fin de l’opération K.


21 décembre 2013 - RIA Novosti 15:08

« L'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, arrivé vendredi à Berlin après avoir été gracié par le président russe, est libre de revenir en Russie, a déclaré samedi à l'AFP le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

« Il est libre de retourner en Russie. Absolument », a indiqué Dmitri Peskov.

Selon ce dernier, Mikhaïl Khodorkovski a écrit deux lettres à Vladimir Poutine: une lettre brève et officielle et une autre, plus longue et personnelle.

L'ex-magnat du pétrole a fait savoir vendredi qu'il avait présenté sa demande de grâce le 12 novembre dernier « en raison de circonstances familiales ».

L'ex-dirigeant du géant pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski et son associé Platon Lebedev ont été arrêtés en 2003 et condamnés en 2005 à huit ans de colonie pénitentiaire pour escroquerie et fraude fiscale. Cette peine a été portée à 14 ans en décembre 2010 à l'issue d'un second procès pour vol de pétrole et blanchiment de 23,5 milliards de dollars. La peine a finalement été commuée en 11 ans de camp.

Tous deux devaient sortir de prison en 2014. »



La nouvelle était tombée sur le fil d’info « Gracié par Vladimir Poutine, l'ex-magnat russe du pétrole et opposant au Kremlin Mikhaïl Khodorkovski venait de quitter, le vendredi 20 décembre 2013, la colonie pénitentiaire IaG 14/10 établie à Krasnokamensk, en Sibérie, située à, respectivement, 30 et 105 km environ des frontières chinoise et mongole et à plus de 6 500 km de Moscou. D'après le ministère des affaires étrangères allemand, il est arrivé dans l'après-midi à l'aéroport de Berlin-Schönefeld, une destination évoquée plus tôt par les services pénitentiaires russes, qui avaient annoncé le départ de l'ancien oligarque « pour l'Allemagne, où sa mère atteinte d'un cancer est soignée ». Selon la chancellerie allemande, Hans-Dietrich Genscher, ancien chef de la diplomatie allemande a suivi le dossier « en coulisses de façon intensive » et « il s'est grandement impliqué pour travailler avec succès à des solutions, avec le soutien de la chancelière et du ministère des affaires étrangères. » N’attende pas de moi de vous expliquer quel fut notre rôle dans le dénouement de cette  affaire car ça relève du secret d’Etat. Dans ce genre d’affaire, les petites mains ont tout intérêt à se faire discrète et à laisser les lauriers aux officiels. Mais comme le souligne le quotidien Kommersant, Mikhaïl Khodorkovski aurait agi sous la pression des services secrets. Libérable en août 2014, celui-ci n'était pas concerné par la loi d'amnistie adoptée par le Parlement russe mercredi dernier. Cette loi devrait permettre la libération des Pussy Riot et des militants de Greenpeace. L’entourage de Vladimir Poutine indique que l'ex-oligarque aurait invoqué à l'appui de sa requête «des circonstances d'ordre humanitaire», à savoir la maladie de sa mère. Clair comme du jus de boudin, qui a fait quoi et comment, relève de la recherche d’une aiguille dans une botte de foin.


Pour les bons connaisseurs du dossier, tels que nous, le refus permanent de Mikhaïl Khodorkovski de demander la grâce présidentielle afin de ne pas se voir taxé, par le pouvoir du Kremlin, de reconnaître sa culpabilité reste un point dur que nul ne peut contester. A ce stade, selon un rituel classique, les services secrets de Poutine, ont balancé un rideau de fumée en affirmant, sous le couvert de l'anonymat, qu’ils ont eu un entretien avec Mikhaïl Khodorkovski après la révélation, au début de décembre, par la justice de nouvelles enquêtes ayant de bonnes chances d'aboutir à un troisième procès. Kommersant, le trop bien informé, précise que les hommes des Services Secrets auraient indiqué à Mikhaïl Khodorkovski que l'état de santé de sa mère sa mère Marina Filippovna, 79 ans se dégradait. Cette conversation, qui serait déroulée hors la présence d'un avocat, et toujours selon les gros nazes de Poutine, cette révélation aurait contraint Mikhaïl Khodorkovski à s'adresser au président pour demander sa grâce». Tout ça ne tient pas debout dans la mesure où l’avocat Khodorkovski, non présent comme par hasard, était tout à fait en mesure d’informer son client de l’état de santé de sa mère. De plus, la grâce met un terme à tout espoir de réhabilitation de l'ancien oligarque ainsi qu'aux poursuites intentées par ses avocats auprès de tribunaux européens et américains pour récupérer les actifs de Ioukos, son entreprise pétrolière dépecée et dont il a été dépossédé.  Et, entre nous, que viendrait faire  Hans-Dietrich Genscher et la chancellerie allemande dans cette affaire si tout ça ne tenait qu’à une bouffée de sentiments filiaux. A force de nous prendre pour des cons Poutine et sa clique se donnent des verges pour se faire fouetter. Comme je crois qu’il aime ça l’ancien petit colonel du KGB et surtout, comme le souligne la correspondante du journal Le Monde à Moscou  « Le Kremlin, la forteresse médiévale symbole du pouvoir russe, est redevenu le haut lieu d'un nouveau mode de gouvernement érigé en doctrine. Vladimir Poutine rêve de restaurer « l'empire éternel » russe et se projette en défenseur de la chrétienté. Il reprend le mythe de « Moscou, troisième Rome », qui remonte à la chute de l'empire byzantin. L'exceptionnalité russe – celle de n'être ni d'Asie ni d'Europe, mais un pont entre les deux, une « Asiope » – est exaltée. « L'eurasisme » se pose ainsi en alternative au modèle occidental dominant, tout en renouant avec la continuité historique russe. Après Moscou, capitale de l'orthodoxie, après la Russie impériale, après l'Union soviétique, place à l'Union eurasienne, le nouvel empire que Vladimir Poutine ambitionne de créer dès 2015. Cette pensée messianique est devenue la marque de fabrique de l'élite « en épaulettes » (en russe siloviki, un mot désignant aussi les services, la police et l'armée) qui dirige la Russie, sans considérer le recul global du pays ces dernières années. La nomination récente de Dmitri Kisseliov, promu grand maître de l'information officielle à la tête du méga-holding médiatique La Russie d'Aujourd'hui, s'annonce désastreuse en termes d'image. »

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 07:00

603949-heurts-entre-manifestants-et-policiers-a-kiev-le-11-.jpg

 

L’Ukraine nous revenait en pleine poire, Antoine nous envoyait son Falcon pour que nous le rejoignions à Kiev où les évènements se précipitaient dans la rue. Mes chefs, eux aussi, sortaient de leur léthargie. Pour les rassurer je leur pondais une note vite fait bien fait sur le gaz en copiant-collant tout ce que je pouvais ramasser sur le Net, du genre « Les manifestations de Kiev menacent de prendre un tour insurrectionnel. Pour nombreux que soient les manifestants, ils ne sont représentatifs que d’une partie de l’Ukraine. La carte des élections présidentielles de 2010, qui virent la victoire de Victor Ianukovitch, confirme une partition de l’Ukraine, non pas en 2 mais en 3. La question importante est de savoir de quel côté basculera l’Ukraine Centrale. Il n’en reste pas moins que le gouvernement ukrainien peut s’appuyer sur une majorité de la population qui n’appuie pas, quoi que l’on en dise, les manifestants. En effet, il faut savoir que l’intérêt économique de l’Ukraine se trouve bien plus du côté de l’Union Douanière Eurasiatique (avec la Russie, le Belarus et le Kazakhstan) que du côté de l’Europe. Le commerce extérieur de l’Ukraine avec la Russie n’a cessé d’augmenter et, ce qui est significatif, si les importations en provenance de Russie sont fortes, les exportations vers la Russie montent depuis 2005. » Cela signifie que l’Ukraine, comme les autres pays, doit chercher à développer son commerce en direction de la Russie. De ce point de vue, la signature de l’Union Douanière représenterait un progrès important pour les relations commerciales, et pourrait, à terme – et compte tenu des complémentarités qui existent entre les industries russes et ukrainiennes – permettre à l’Ukraine d’équilibrer son solde commercial. D’ailleurs, l’une des raisons du soutien de l’Ukraine de l’Est au Président et à son gouvernement réside justement dans l’importance de ce commerce pour les populations concernées. Avec bien sûr des crobars à l’appui.



G1-Commerce-de-lUKR-500x299.jpg

G2-Import-russes-500x307.jpg

G-3Solde-500x300.jpg

En clair, rien que pour faire oublier mon long silence, et aussi pour foutre un peu de piment dans nos services infusés par les thèses US, je prenais à contre-pied l’opinion officielle en soulignant hypocritement que si les manifestants de Kiev avaient de bonnes raisons de manifester, sans bien sûr préciser lesquelles, ils ne représentaient ni la majorité de la population ukrainienne ni les intérêts bien compris de cette même population. Ça sentait les remugles de la guerre froide à plein nez, bloc contre bloc, les séides de Moscou contre les eurocrates et les européistes de tout poil. J’ai toujours eu un faible pour l’aveuglement des ex-soutiens de l’ex URSS dans notre pays. Les nostalgiques des datchas au bord de la Mer Noire et des plaisirs exotiques du côté de Cuba. À mettre dans le même sac que les idolâtres de la Grande et Vertueuse Amérique qui fait que nous espionner avec notre consentement et notre collaboration efficace. Du côté de Beauvau, eu égard à mes solides attaches au cabinet du Ministre, je pense que mes chefs vénérés s’empressèrent d’ensiler ma note sans en faire la moindre copie. Preuve de l’efficacité de ma méthode de couverture je reçus un laconique SMS « Beau travail. Continuez !» Aucune allusion à Adeline qui ne goûtait qu’à moitié notre escapade à Kiev. Pour lui faire plaisir je lui dis gentiment « Tu peux rester ici si tu préfères…

-         Pour tu puisses courir à ton aise après les grandes poufs blondasses de Kiev sans doute !

-         Oui pour les prendre en levrette dans la neige place de l’Indépendance…

-         Tu en serais bien capable satyre !

-         Vieux satyre…

-         Paris l’exige d’ailleurs !

-         Qu’est-ce que tu me racontes, Paris s’en fout.

-         Que tu dis.

-         Tu te trompes mon grand. Je les ai embobinés avec un rapport journalier sur nos activités à Kiev auprès d’Antoine.

-         Rien que ça beauté…

-         Oui, nous avons beaucoup échangé avec Antoine…

-         Quand ?

-         Pendant que tu dormais comme un beau bébé.

-         Tu bluffes !

-         Sais-tu par exemple que Gabrielle est rentrée à Paris ?

-         Non !

-         Moi si…

-         Ok, tu es un bon petit soldat Adeline.

-         Non je tiens à toi.

-         Trop !

-         Les filles d’aujourd’hui sont ainsi. Tu es mon héros !

-         En rentrant à Paris je vais faire valoir mes droits à la retraite.

-         Et moi de la politique…

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents