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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 07:00

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ 524 miles soit 843 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 38 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Marco-Polo. Après le champagne notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Antoine y toucha à peine, il attendait son heure armé d’un petit sourire. J’avais remarqué dès le départ qu’il tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov. J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui racontait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentaient péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. C’est alors que le patron d'un grand quotidien offrit à Victor d'écrire les nécrologies - les « petites croix » - de personnalités bien portantes. Bien évidemment,  Victor  s’empressait d’accepter ce job tranquille et bien payé. Mais comme à Kiev la vie est loin d’être un long fleuve tranquille, un beau jour, les fameuses « petites croix » se mettaient à passer l’arme à gauche, de plus en plus nombreuses et à une vitesse alarmante. Victor et son pingouin neurasthénique se trouvaient alors plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique. Antoine, je le savais, allait me faire le coup de la lecture. Avant qu’il n’ait le temps de me placer, avec son air de ne pas y toucher, « tu connais Andreï  Kourkov ? » je lui avais débité mon petit résumé de l’œuvre maîtresse de ce russe polyglotte vivant à Kiev. Beau joueur Antoine me félicita, avec une pointe d’ironie, pour mon érudition, en ajoutant à l’attention de Gabrielle « c’est pour ça qu’à la grande maison ils ne peuvent pas le piffer, il est riche et cultivé… »


Antoine ouvrit avec soin le livre de Kourkov, il fait tout avec soin Antoine, et entama son petit numéro bien rodé. « Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » Il nous précisait que c’était l’aéroport de Kiev. « Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrés, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre heures du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait » Antoine chaussait d’élégantes d’écailles et citait « Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation ». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ». Antoine ôtait ses lunettes et les posaient avec précaution au centre de la table, Antoine fait tout avec précaution. Il nous précisait que Kovalenko, le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est ainsi que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » À nouveau Antoine chaussa ses besicles chics. Chamil, nous précisait-il, truffe humide, continuait de humer les bagages lorsque soudain « une fragrance tout à fait neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »


Antoine marquait la page avec un marque-page, refermait le livre puis se mettait à jouer avec ses lunettes. Je le sentais en un état proche de la jouissance. En quelques mots il nous décrivait la scène. Chamil au lieu d’aboyer se tournait vers son maître qui lui regardait à l’autre bout de la salle de bagages où se tenaient, Boria et Génia deux bagagistes qui bavardaient tranquillement. La soudaine immobilité de Chamil et de son maître intriguait Génia. Ils rappliquaient. Antoine rouvrait le livre « écoutez bien ce qui va suivre, c’est ça l’Ukraine d’aujourd’hui ». Il reprenait sa citation.

-         Alors quoi ? demanda Boria, le moustachu, au maître-chien. Tu vas encore refiler la prise à tes connards de chefs, pour qu’ils puissent changer leur BMW contre une Lexus ?

Les deux hommes fixaient Dima d’un lourd regard interrogateur. Tous deux étaient solides, bien bâtis, et accusaient la cinquantaine ;

-         Et qu’est-ce que je peux faire d’autre ? répondit Dima avec un haussement d’épaules.

-         Le clebs ne va pas cafter, dit Boria avec bon sens, et nous, nous pouvons l’aider à quitter la zone de sécurité, ajouta-t-il en désignant la valise d’un signe de la tête ;

-         Et avec ça, nous éviterons la taule à son proprio, renchérit son compagnon. C’est aussi une bonne action ! »

Antoine souriait, satisfait de son effet. « Boria marqua la valise à la craie… J’adore l’échange entre le maître et son chien « Chamil sentit que quelque chose clochait et leva la tête vers son maître.

-         Pourquoi tu me regardes comme ça ? Allez, on dégage ! ordonna Dima d’un ton agacé. Ton job, c’est de renifler, pas de me zieuter ! »

Le commandant de bord annonçait que nous entamions notre descente.

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 07:00

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Gabrielle, tout de cuir rouge vêtue, fut bien sûr la première à gravir l’échelle de coupée intégrée à la porte de l’avion, suivie de très près par ce cher Antoine qui n’en finissait pas de la couvrir d’attentions. L’ex-moine, si tant est que cette histoire de monastère reposa sur une quelconque réalité, se comportait comme un godelureau découvrant les feux de l’amour. Avant qu’elle n’entame son ascension, je le chuchotai à l’oreille d’Adeline, ma jeune coéquipière, qui ne put s’empêcher de pouffer discrètement de rire. Première paille dans le bel acier de sa carapace, elle le comprit, je profitai de mon avantage pour lui saisir, un instant, le gras du bras, que du muscle, elle ne broncha pas. Un guépard cette fille, il y avait du défi dans son regard, elle me testait. Je fronçai les sourcils et, à ma grande surprise, elle éclata d’un grand rire chevalin avant de monter les marches quatre à quatre. « Putain, quel cul ! » pensée commune aux trois mâles qui suivirent sa progression du regard. L’hôtesse, sourire commercial scotché à ses lèvres carminées, fit  celle qui n’avait rien vu. Elle aussi était fort bien gaulée. L’aménagement intérieur de l’avion, sobre, fonctionnel, très à l’image d’Antoine, se divisait en deux espaces, l’un de travail à l’avant avec des tablettes en loupe de noyer et l’autre où les profonds fauteuils de cuir permettaient de s’isoler mais aussi de se transformer en couchette. Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km. Nous nous installâmes à l’avant. L’équipage s’installa. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Antoine nous en fit la remarque en souriant.


Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. Gabrielle et moi optâmes pour le Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adeline et Antoine s’en tinrent sagement au jus d’orange. Étrangement Gabrielle restait silencieuse. J’en profitai pour faire l’intéressant en évoquant ma fascination pour les voyages au long court avec une préférence marquée pour les paquebots transatlantique. Je pérorais « j’adore l’ambiance des ports. Sur un petit carnet datant de mon séjour dans l’estuaire j’avais même inscrit une phrase de Giraudoux tiré de Suzanne et le Pacifique « Des voyageurs retour de Damas, qui partaient pour l’Océanie, regardaient avec émoi, symbole de la vie errante, des mouettes qui n’avaient jamais quitté Saint-Nazaire. » Antoine, bon élève, m’écoutait poliment alors que Gabrielle semblait rêvasser. Ma coéquipière s’en tenait à sa position hiérarchique et ne pipait mot. Même si je sentais que je m’enfonçais inexorablement dans un long tunnel sans issue je persistais. J’embrayais même sur la splendeur des sleepings, le Trans-Orient-Express… lorsque la voix flutée de Gabrielle, sortie de nulle part, stoppait net mon envolée « ça tombe super bien mon grand, nous passons la nuit à Venise. Antoine, qui est choux tout plein, nous a réservé deux suites au Danieli. J’adore ! » À mon côté, Adeline, étouffait son pouffement de rire sous une serviette. Un ange passait et Antoine, toujours grand seigneur, pour me sauver la mise, embrayait sur le tacle que « collaborateur » Fillon venait d’administrer à son insupportable « ancien maître ».


L’hôtesse compatissante me resservait du champagne. « Même si ça m’étonne moi aussi, il a été pour une fois à la hauteur ton cocker triste. Tout le monde attendait qu’il se couche, aille ronchonner à la niche. Non, avec panache, il a été au rendez-vous, il ne s'est pas défilé, il a assumé, et sa colère contre l’agité arrogant et son ambition. Il a tapé juste «L’UMP ne peut vivre congelée, au garde à vous, dans l’attente d’un homme providentiel» et a rompu avec Sarkozy. Il a canardé « Chacun a le droit de vouloir servir son pays et chacun aura le droit d'être candidat aux primaires, mais personne ne peut dire : Circulez ! Il n'y a rien à voir, le recours, c'est moi ! » Toi qui adore les gracieusetés et le coup de pied de l’âne, tu es servi. «Nous avons agi dans l’urgence, trop souvent au coup par coup, sans aller toujours au bout des changement nécessaires et attendus » ce n’est pas de langue de bois aseptisée. Comme tous les gus comprimés, l’ombrageux François, s’est lâché en parlant de la multiplication des affaires qui pourrit l’atmosphère. C’est un bon angle car le cas Guéant dans le dossier Tapie va plomber Sarkozy. » J’écoutais Antoine d’un air poli, les guéguerres de l’UMP je m’en tamponnais la coquillette mais il m’était difficile de dire ça comme ça. Pour faire diversion je lui lançais « Te souviens-tu Antoine de Marie-Amélie ? 

-         Celle qui te disait en pleine traversée des Andes « Rassurez-vous, vos cojones ne risquent rien ! Venez, je vous les réchaufferai en sortant ! »

-         Oui c’est bien elle.

-         Pourquoi tu me parles d’elle à cet instant précis ?

-         Tout bêtement parce je crois me souvenir qu’après avoir quitté son cher ambassadeur d’époux elle s’est installée à Venise.

-         Tu tiens à jour le fichier de toutes tes anciennes maîtresses Casanova ?

-         Marie-Amélie n’a jamais été ma maîtresse !

-         Une simple passade…

-         Si tu veux…

-         Gabrielle sache que la comtesse confiait à notre ami, en affichant un air réellement contrit « qu’à son âge ignorer tout des charmes de la fellation, des douceurs du cunnilingus et des rudes transports de la sodomie relevait de la mutilation... »

-         Et alors, j’ai fait œuvre utile.

-         Bien sûr cette sainte femme revendiquait le droit à l’orgasme et tu t’es dévoué.

-         Oui, c’est tout à fait cela.

-         Tu veux que nous l’invitions à dîner ?

-         Excellente idée… Je pourrai ainsi radoter tout mon saoul avec elle…

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 07:00

Impressionnante Adeline, baskets, fluide, des fesses hautes, une poitrine ferme sans arrogance, et surtout des yeux bleu outremer qui, dès la première accroche, vous captaient pour mieux vous tenir à la bonne distance, bien gaulée au dire de Gabrielle, expression que j’avais vivement contestée au nom de la pureté de notre bel argot où la gaule désigne notre attribut exclusif de mâle. De manière un peu grandiloquente je m’étais insurgé de cette dilution de la langue qui nous ôtait  l’un des fleurons de nos discussions entre mecs : avoir la gaule et, bien sûr, être bien gaulé faisaient partie de notre ADN de grand mâle blanc. Que nous resterait-il ? Plus grande chose, marque de la fin d’un monde, l’horreur absolue et définitive, lamento qui m’avait valu les lazzis de ma belle amie. Je lui avais vite rendu les armes car, après tout, dire d’Adeline qu’elle était bien gaulée m’allait bien et, pour retomber sur mes pieds, je m’étais mis à fredonner une chanson de Renaud : Toute seule à une table/Si c'est pas gâché/T'es encore mettable/Pas du tout fanée/T'as quoi? Quarante-cinq? /Allez cinquante balais/Tu fais beaucoup moins qu' Ta montre, ton collier/Ça fait bien une plombe/Que j'te mate en douce/Dans c'resto plein d'monde Que tu éclabousses/De ce charme obscur/Qui parfois nous pousse/Vers les femmes mûres/Et aussi les rousses/Toute seule à une table/Si c'est pas gâché/T'as les yeux du diable/Pi t'as l'air gaulée.


Nous avions croisé le Ministre dans l’antichambre, échange bref, sous contrôle, chez lui tout est toujours sous contrôle, pas la moindre trace dans ses propos de notre ancien compagnonnage, jugulaire, jugulaire, ce qu’avait beaucoup apprécié mon nouveau cicérone bien gaulé. C’est ce qu’elle m’avait déclaré sitôt que nous nous fûmes assis au fond d’un café de la rue des Saussaies où elle m’avait entraîné pour, à ses dires, mieux caler notre mission. J’avais obtempéré non sans avoir ironisé quelle mission ? Ce qui m’avait valu une réplique ornée d’un sourire plein de dents vous empêcher de vous livrer à vos habituelles fantaisies ! Elle me plaisait vraiment cette grande tige bien gaulée. J’avais opiné du chef avant de lui balancer, pince-sans-rire, dorénavant lieutenant tu me dis tu sinon je devrai sévir ! Le garçon, un rase moquette tout boulot, cheveux graisseux et ongles bouffés, déposait sur notre table ce qu’il est convenu d’appeler à Paris des petits noirs, tout en lorgnant sur la plastique d’Adeline. Tu veux toucher ! Ce ne sont pas des prothèses PIP… Sans demander son reste le loufiat battait en retraite la queue entre les jambes. Qui si frotte si pique… mais si tu le veux bien revenons un instant à mes habituelles fantaisies… Tu tiens ça d’où beauté infernale ? Elle grimaçait sous l’effet de sa première gorgée de café. Je la vannais si tu m’avais laissé l’initiative nous aurions tenu notre brief au Bristol… Sa réplique aurait pu me clouer définitivement au sol Tu y as une chambre à l’année ? mais j’inspirai profondément avant de lui claquer gentiment son joli petit bec Je ne fais pas encore la sortie des lycées jeune stupide… Si je l’avais un peu ébranlée elle n’en laissa rien paraître car elle embraya sur mes habituelles fantaisies en m’égrenant avec une précision, qui me laissa sans voix, ce qui devait être mon dossier dans la grande maison. Belle et intelligente, où se trouvait la faille ? Je trouverais et, plus j’observais Adeline, plus je pressentais que c’était ce qu’elle voulait.


Antoine était, je le savais depuis toujours, un garçon précis et organisé, des motos-taxis devaient nous prendre au bas de nos domiciles pour nous conduire jusqu’à l’aéroport du Bourget. Ainsi nous nous jouerions des éventuels embouteillages. Nos bagages étaient déjà dans la soute du Falcon EX. Le mien se réduisait à un sac de voyage, Adeline elle faisait dans le paquetage militaire et Gabrielle dans la profusion de valises. Je ne pratique pas la moto mais j’adore être passager depuis que j’ai traversé la Cordillère des Andes sur le siège arrière d’une BMW R-75 conduite par Marie-Amélie l’explosive épouse de notre ambassadeur à Santiago. Le confort de la mototaxi, une énorme Honda bardée de technologie, ne me procurait pas les mêmes sensations que l’ex-moto de la Waffen-SS  mais me laissait le temps de me remémorer ce temps. « J’avais, vu le confort allemand de notre R75, le cul en compote et une soif d’enfer due à la sécheresse ambiante. Le pompiste tenait une sorte de cafétéria épicerie où je m’enfilai trois bocks d’une bière pisse d’âne. La comtesse, avant de me rejoindre, s’en était allée se refaire une beauté aux toilettes. À son retour je la félicitais pour ses talents de conduite. Elle avait descendu la fermeture-éclair de son blouson et la peau blanc de lait de sa gorge piquetée de grains de son attirait mon regard. Elle se  posait face à moi, les coudes sur la table «est-ce que je vous fais bander ?» Ma réponse positive lui tirait un sourire carnassier. « Alors, profitons de vos bonnes dispositions jeune homme ! J’ai toujours rêvé de me faire prendre dans les chiottes ! » Abattu en plein vol j’osai une réponse indigne « Avec le litre de bière que je viens de m’enfiler ça risque d’être la Bérézina...» Un blanc s’installait avant que la comtesse très bravache me lance « vous ne perdez rien pour attendre... »   

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 07:00

Abasourdi par la révélation de mon ami, son je viens de vivre dix années dans un monastère… délivré d’un ton neutre, comme s’il revenait de faire le tour du pâté de maison après avoir acheté un paquet de cigarettes, je restais coi.  Gabrielle, elle, au grand dam de son pâle chevalier-servant, reprenait vite la main avec une ironie légère Je suis sûre que la robe de bure vous allait à ravir… susurrait-elle avant de s’installer, avec aisance et grâce, au centre de la conversation qui se résuma alors en un strict dialogue entre elle et mon défroqué. J’en étais bien aise admirant l’art et la manière de Gabrielle fait de rouerie et de séduction. Mon grand dadais d’ami, imperturbable, comme si ça vie en dépendait, répondait à la batterie de ses questions, d’apparence anodines, comme s’il se trouvait dans le cabinet d’un juge d’instruction. Le bar grillé à l’unilatéral accompagné de panais et de jeunes navets du jardin d’Alain ne souffrait nullement de l’intensité de leur tête à tête, le ballet de leurs fourchettes ponctuait chaque échange. En bon couard qu’il était, le bellâtre se taisait en se vengeant sur le Blanc Fumé de Dagueneau 2010 qu’il éclusait, verre après verre, d’un trait. Ce qui devait arriver arriva, cinglante Gabrielle lui balançait, en le toisant droit dans les yeux, « Te gênes pas mon grand ! Ce n’est pas de la limonade de ta maman alors tu te calmes… » S’ensuivit une description sans concession du haut nectar de Dagueneau. Nous fûmes éclairés sur les appâts de ce Pouilly-Fumé, vocabulaire précis, le grand jeu, subjugué, sous le charme, mon pauvre ami buvait les paroles de Gabrielle. La fusion se révélait totale et il ne me fallait pas être un grand clerc pour comprendre que ma mission prioritaire autour de cette table consistait à mettre tout en œuvre pour exfiltrer la tronche de courge. Je m’y employai sans tarder. Avec la complicité d’un collègue de la Grande Maison, alerté par mes soins via un sms, je jouai sur sa vanité en lui offrant une porte honorable de sortie. L’appel mit la grande courge dans tous ces états. Il balbutia le Ministre de l’Intérieur veut me voir de suite… se leva tout branlant, l’empoignant par le bras j’allai le déposer dans le taxi que j’avais commandé.


M’éclipser à mon tour me tentait mais je n’eus même pas le temps de mettre mon projet à exécution car, à peine avais-je de nouveau  posé mon cul sur la chaise face aux deux tourtereaux, mon très cher ami m’annonçait, comme si ça allait de soi, que son Falcon EX nous attendait au Bourget. Tel une carpe manquant d’air je balbutiais ton Falcon EX… Gabrielle ajoutait à ma totale déréliction nous partons pour Kiev en fin d’après-midi. L’envie de crier pouce, de tout rembobiner, de retrouver la maîtrise du scénario, mais Gabrielle m’achevait sur le ton de l’évidence d’un Antoine est le conseil d’Andreï Gavrilov l’oligarque… À cet instant précis, en ma pauvre tête en friche, je m’inquiétais de ma santé mentale Antoine, quel Antoine ? Face à moi, mon très cher ami se contentait de jouer avec sa bague d’officier sertie d’un gros rubis en me contemplant d’un petit air de commisération attristé qui me soufflait avec toi j’ai été à bonne école. Combien de passeport à ton actif. À mon tour de jouer dans ta cour, aujourd’hui je suis Antoine et va falloir t’y faire… Résigné, vaincu, mais aussi émoustillé par la tournure prise par les événements, je rengainais toutes mes objections : visas, Jasmine, les enfants... mes écrits. Je m’enfilais trois cafés pour me remonter. Gabrielle s’inquiétait de sa garde-robe. Son Antoine la rassurait, elle pouvait garnir la soute du Falcon FX à son gré. Reprenant mes esprits, en un rapide retour en arrière je me remémorais les circonstances de la « disparition » de ce foutu Antoine. Les pièces du puzzle, doucement, se remettaient en place, et au fur et à mesure je comprenais que tout ce qui était arrivé était cousu de fil blanc. Le pur et dur, que je vais m’efforcer d’appeler Antoine, nous avait tous roulés dans la farine afin de virer de bord, de changer de vie. Ma seule interrogation à ce stade était mais pourquoi diable sort-il aujourd’hui de son anonymat ?


Prétextant mon besoin urgent d’avertir ma petite famille de mon départ impromptu pour Kiev je filai en taxi tout droit vers la Grande Maison où j’avais convoqué en urgence ma fine équipe. Il me fallait amasser en un temps record un maximum de matériaux, et sur Antoine, et sur son commanditaire Gavrilov. Par précaution, afin d’assurer mes arrières,  je rédigeai une note blanche à l’attention du Ministre sur la base de tout ce que nous venions de rassembler. C’était du lourd, de la dynamite, de la haute voltige internationale, ça me rajeunissait. Restait Gabrielle, l’embarquer dans un tel maelström n’était pas dépourvu de risques mais je ne disposais pas d’assez de temps pour la convaincre de renoncer à ce voyage au pays des mafias. D’ailleurs, quand bien même je l’aurais eu ce temps je ne voyais pas très bien quel baratin j’aurais pu lui vendre pour la persuader. En revanche, sans même solliciter l’accord d’Antoine, je décidai de demander au service action de m’accorder un soutien pour ce qui devenait une mission. En une petite heure, avec l’accord express du cabinet du Ministre, l’affaire fut réglée, au téléphone YC, l’éminence grise de MV, m’annonçait que j’allais toucher un jeune lieutenant frais émoulu d’un stage de commando et qu’il fallait me rendre immédiatement à son bureau. Ce que je fis. Dans l’antichambre, debout, dos tournée, contemplant la cour par la fenêtre, se tenait une grande asperge blonde, cheveux courts, bien foutue, moulée dans un jean délavé. Je me posais sur un fauteuil sans qu’elle ne prenne la peine de se retourner. L’huissier me fit signe que je pouvais entrer. Yves me tendait la main Comment la trouve-tu ? Face à mon air étonné il souriait la belle plante que tu as croisée dans l’antichambre. Je bougonnais pas mal de dos mais ne me dit pas que tu m’as affecté cette nana ! Il haussait les épaules c’est tout ce que j’ai de disponible en magasin mais je t’en prie  ne ronchonne pas Adeline est une perle…

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 10:00

« Drôle de climat, dans une indifférence molle et mortifère, nous nous enfonçons sans même savoir quand est-ce que nous allons toucher le fond… » Mon interlocuteur, un ami d’enfance retrouvé lors d’une remise de médaille, ne me parlait pas, comme la France entière, de la foutue météo qui nous gratifiait soudain d’une canicule violente alors que nous avions ressorti nos pulls, mais du climat politique. En retrait, pendant le discours du Ministre, alors que je m’ennuyais ferme, une main s’était doucement posée sur mon épaule. Je m’étais retourné. Lui. Il n’avait pas changé, svelte, élégant, les yeux rieurs, seuls ses cheveux taillés courts avaient virés du noir de jais au blanc. Discrètement nous nous étions retirés, et familier du lieu dans le couloir il m’avait pris le bras pour m’entraîner vers un petit salon en rotonde qui donnait sur le jardin.  Il portait un jeans et un polo noir. Pieds-nus dans ses Richelieu, je lui trouvais un faux-air de John Malkovich. Je le lui dis. Il s’esclaffa. « Tu n’es pas le premier. Je ne comprends pas pourquoi on me trouve une ressemblance avec lui… » Je lui rétorquais « l’allure ». Il souriait en me proposant d’ouvrir une bouteille de champagne. Le ciel plombé transpirait. L’orage s’amassait. « Une cuvée Louis de chez Tarlant ça te dit ? » J’opinais tout à la joie de ces retrouvailles. Mon ami, grand expert de la carte électorale, revenait de Villeneuve-sur-Lot. Pour lui Buisson avait électoralement raison, la perméabilité entre la droite dite républicaine et le Front National était maintenant une réalité. Sa formule « La France des invisibles est devenue visible », matérialisée par la mobilisation contre le mariage pour tous, était bien une révolution culturelle. Sa référence à Lénine lorsqu’il parle de la politisation de catégories jusque-là réfractaires ou indifférentes à l'égard de la chose publique, pointe la faiblesse de la droite modérée tendance Fillon considérée comme une moindre gauche ou, pour reprendre le mot de Muray, une « petite gauche de confort ». Le sigle martelé par la fille de son père : UMPS est ravageur car il vérole les électeurs de la bonne droite. Le ressort est cassé. Le Front Républicain n’est que le mur lézardé des pourris du système. Place aux démagogues de tous poils, le petit peuple veut du balai même s’il n’accorde que peu de confiance dans les compétences des candidats frontistes et dans la capacité de la grosse blondasse à gouverner.


« Il se peut que dimanche soir, entre la poupée Barbie Maréchal-Le Pen et cette enflure de Collard va venir se glisser le jeune morveux de Villeneuve-sur-Lot Étienne Bousquet-Cassagne flanqué de son maître-chien Michel Guignot dépêché par la direction parisienne pour le tenir en laisse. À 23 ans, glorieusement étudiant en BTS commercial, fils d'agriculteurs fortunés, son père est président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, tendance Coordination rurale, c’est une bouture de la ligne « bleu marine » inspirée par le lieutenant Florian Philippot. Rien qu’une minable bulle médiatique qui a des chances d’être élue car ça arrange tout le monde, y compris les stratèges du PS et du Front de Gauche. Les gens vont mettre leur bulletin de vote pour un petit gars du pays tout juste bon, et encore, à vendre des aspirateurs au porte à porte. Comme dit son très cher père, qui connaît bien la musique puisqu’il l’a pratiquée pour se faire réélire à la Chambre d’agriculture sur des thèmes démagogiques, « Le front républicain ne va pas marcher, et les gens savent qu'Etienne n'est pas Hitler. » Un député du FN de plus ce n’est même pas l’épaisseur du trait alors qu’un nouvel UMP c’est encore une défaite pour la majorité. Catherine Martin, la candidate à la candidature évincée par l’équipe de la grosse Marine ne déborde pas d'enthousiasme à l'égard de celui qui a pris sa place « Il a sa personnalité, c'est un jeune parmi tant d'autres. Il veut arriver et il fait tout pour ça. » Un petit perroquet de plus au palais Bourbon, surnom dont l’on affublé ses détracteurs car il apprend par cœur les discours préparés par son équipe de campagne, quelle importance ? » Mon ami estime au contraire que ce sera une bonne chose car ça confortera la ligne dure de l’UMP. Politique du pire à priori mais, fait-il remarquer, comme pour les démagogues de tous bords seule leur confrontation avec le pouvoir permet de dégonfler la baudruche, il faudra en passer par là. Jouer avec le feu ? Pour lui, non car le risque autoritaire n’en est pas un. Mitterrand a joué cette carte en faisant entrer les communistes au gouvernement. C’est une simple mise au pas. Le baiser qui tue. C’est là-dessus que le couple Sarkozy-Buisson compte pour balayer les socialos du pouvoir. Fillon  qui est une couille molle n’y pourra rien, quand à Copé il a intériorisé la stratégie et attend d’être payé en retour.


L’orage grondait mais la pluie épargnait encore le centre de Paris. Nous en profitâmes pour nous  rendre à pied, tout près, chez Passard que mon ami connaissait bien et qu’il n’avait pas revu depuis son retour à Paris. Nous fûmes reçus comme des princes. Depuis que nous nous étions retrouvés une question me brûlait les lèvres : « qu’avait-il fait pendant tout ce temps ? ». Ce qui m’empêchait  de la lui poser était tout bête, peut-être n’aurait-il pas envie d’y répondre car sa disparition de mon écran radar m’avait d’abord beaucoup intrigué puis, le temps passant, beaucoup de temps d’ailleurs, j’en étais arrivé à penser qu’il s’était fabriqué une autre vie dans un autre pays. C’était tout à fait dans son genre, tout plaquer sans prévenir pour assouvir son besoin de liberté. Très vite, au fil d’une conversation qui commençait à s’épuiser, je sentais confusément qu’il se retrouvait dans une position symétrique à la mienne « Comment vais-je le lui dire ? » et  « Comment va-t-il prendre ce que je vais lui dire ? » Cette retenue réciproque fut brisée par la venue inopinée de ma copine la pétulante Gabrielle accompagnée d’un bellâtre sans relief. Elle me claquait deux bises. Je lui présentais mon ami comme étant mon meilleur ami. En retrait la grande courge apprêtée tirait la gueule. Il ne fallait pas être grand clerc pour s’apercevoir que mon ami plaisait à Gabrielle. Je pris les devants sans détour « Et si vous vous installiez à notre table… » Sitôt dit, sitôt fait, pour le plus grand désespoir de son chevalier-servant qui ne desserra pas les dents tout au long du repas. J’eus droit, dès que Gabrielle eut posé ses belles fesses sur le fauteuil que lui proposait le maître d’hôtel, à des reproches « mais comment se fait-il, petit cachotier, que tu ne m’aies jamais présenté à ton meilleur ami ? » Bien en peine de lui répondre, ce qui n’est pas mon genre, je fus sauvé par le revenant qui, sans rire, lui déclarait « Excusez-le nous venons juste de nous retrouver car je viens de passer dix années dans un monastère… »

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 07:00

Je n’ai plus de goût à rien. Est-ce le temps pourri ou l’étrange parfum de pourri qui flotte à la Grande Maison depuis la révélation par un rapport d’inspection des quelque 10.000 euros mensuels, puisés dans nos «frais d’enquête» entre 2002 et 2004 par Claude Guéant, alors directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur, le petit Duracell. Partagés entre la rogne et la grogne le petit peuple des flics se tamponnait que monsieur le grand serviteur de l’Etat ait abandonné sa soi-disant belle rigueur, qu’il ait transgressé la loi et volé la Sécurité sociale, ce qui les foutaient hors d’eux c’était que ce mec, un préfet en plus, un lèche-botte hautain, leur pique 240.000 euros pour sucrer des mecs de la Grande Maison qui ne tiraient pas comme eux le diable par la queue et qui se tenaient bien au chaud dans leur bureau. Ce qui les consolait un chouïa c’était que le système de défense du cardinal partait en charpie, qu’il allait se retrouver à poil dans le bureau d’un petit juge pour vendre ses salades pas fraîches. Pour qui, comme nous, connaissons toutes les ficelles pour bourrer le mou à cette engeance la suffisance et la morgue de Guéant nous stupéfie : comment être aussi con en avançant son système de défense pour justifier le paquet de liquide chez lui. Déjà laisser traîner autant de preuves chez soi même un petit loubard à capuche ne le ferait pas. Vraiment toute cette  « bande organisée » comme disent les juges du roman Tapie relevait plus des Pieds Nickelés que du gang des postiches. Bien évidemment les syndicats qui passaient leur temps à lécher le cul des susdit s’empressent de faire du zèle en demandant à Guéant de rendre « ces importantes sommes d'argent pour qu'elles soient redistribuées équitablement à tous les agents du ministère qui subissent depuis 2010 une baisse de leur pouvoir d'achat ». reste qu’entre 2002 et 2005, tout le monde a oublié que le Premier Ministre du petit énervé à la barbe de 3 jours c’était Jean-Pierre Raffarin qui s’est empressé de réagir en se déclarant surpris « Dès mai 2002, il était clair qu'il n'y avait pas de primes de cabinet dans la procédure d'Etat, a-t-il ajouté. Je ne connaissais pas les procédures internes au ministre de l'intérieur. [...] Si cela est vrai, confirmé, c'est en effet quelque chose de préoccupant. » Presqu’une raffarinade…


Que faire dans ce climat délétère ? Continuer à égrener mes souvenirs d’un temps dont tout le monde se fout ? La mort du gamin Clément Méric à 19 ans, au sortir d’une vente privée de la marque Fred Perry, par une bande de gros cons de skins, me chagrine mais n’arrive même pas à me mobiliser car l’extrême-gauche est tellement bornée, stupide et sans débouché qu’en définitive je pense de plus en plus à prendre la tangente, à laisser tomber. Pourquoi me cailler le lait, m’échiner, faire comme si tout ce bordel dépendait encore un peu de moi ? Signe que ça ne tourne pas très rond moi qui déteste le téléphone je me surprends à passer des heures à papoter avec mes nouvelles copines. Elles sont mon ballon d’oxygène car elles ne me prennent pas la tête. Je les écoute. Elles font la fête, me racontent leurs petites histoires, « T’as lu ce truc en Suède…

-         Non…

-         Les chauffeurs de train qui se mettent à porter des jupes à la place de pantalons depuis une semaine, pour dénoncer l'interdiction de mettre des shorts durant les mois d'été…

-         Ah, bon…

-         Réveille toi mon vieux ! Toi qui as fantasmé sur les suédoises, en Suède, il n'est pas rare que les températures estivales atteignent 35°C…

-         Oui ma poule !

-         Ne m’appelle pas ma poule !

-         Ne m’appelle pas mon vieux je pourrais être ton père…

-         Que tu es susceptible mon grand…

-         Et toi quand tu montes sur tes beaux ergots lorsque des petits rouleurs dans tes fêtes te prennent pour leur mère…

-         Tu charries !

-         Non c’est toi qui me l’as dit Gabrielle…

-         T’es sûr ?

-         Oui mais dis-moi elle a dit quoi la direction du rail suédois ?

-         Cool mon grand. Je te le donne en mille. Je te le lis « Notre politique est que vous devez être habillé de façon correcte et appropriée lorsque vous représentez Arriva, et cela signifie que vous devez porter des pantalons lorsque vous êtes un homme, et une jupe lorsque vous êtes une femme, mais en aucun cas des shorts », a martelé un porte-parole de la compagnie Arriva. « Mais si un homme préfère porter un vêtement de femme, par exemple une jupe, c'est OK. »

-         J’imagine Pepy le boss de la SNCF faire ce type de déclaration, ça jaserait dans les chaumières parisiennes…

-         Pourquoi, je ne comprends pas ?

-         T’en fais pas Gabrielle je t’expliquerai…

-         T’as qu’à me le dire tout de suite petit salaud je déteste attendre…

-         Je sais mais il n’empêche que tu attendras…

-         Sadique !

-         Oui Gabrielle je t’adore. Si tu veux nous déjeunons ensemble demain.

-         Satyre !

-         Donc à  demain…


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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 07:00

Très gros coup sur la cafetière, je plaisantais, roucoulais même face à de bien jeunes et jolies filles et ce putain de Smartphone s’est mis à couiner, y z’appellent ça un message d’alerte, par pur réflexe je jette un œil distrait sur l’écran, encore l’annonce d’une mort, je me dis ça pourra attendre mais le nom me pète à la gueule. Je blêmis. Je bafouille. Elles s’inquiètent. Ma main tremble. Bêtement je murmure « ce n’est pas possible… » Elles m’entourent, me cajolent. Je ne pleure même pas car, comme le dira si bien son grand ami, son grand frère Olivier Duhamel  « Les larmes ne donnent pas d'encre… » Pourtant je me mets à parler de lui, de nous d’une voix que je ne me connaissais pas. Je dévide nos souvenirs du temps où nous bourlinguions sur des eaux peu tranquilles, lui au Parlement pour monter des majorités, moi dans la coulisse pour faire le travail que je sais faire. Y’en a un qui doit aussi malheureux que moi c’est le Michel, qui aimait tant ce bon vivant, joyeux, imaginatif, infatigable, omni-informé, formidablement compétent. Il le bluffait. Michel aimait à raconter dans l’avion qui nous menait à Bruxelles, l’époque, où nous passions le plus gros de notre temps sur la crise viticole. Un jour, Guy est arrivé dans mon bureau et il m’a dit : «Michel, je voudrais trois jours de congé.» J’étais embêté, on avait du travail par-dessus la tête, ça ne tombait pas bien. Je lui demande pourquoi et il répond : «Je vais passer l’agrég et j’ai des chances d’être reçu.» Guy est sorti major de l’agrégation de droit public. La méthode Carcassonne c’était la méthode Rocard et lui de dire avec son ton et son phrasé inimitable « Nous avions une complicité comportementale et intellectuelle peut-être plus forte encore que politique. »


Mon ami Guy est donc parti. La vie nous avait éloigné mais lorsque nous lorsque nous nous croisions nous étions comme de grands gamins qui aimaient se raconter leurs 400 coups. Comme je ne suis pas très doué pour les hommages, je préfère mettre mes lignes dans les lignes d’Olivier Duhamel. Elles sont vraies. Elles sont justes. Elles sont tout Guy.


« Les larmes ne donnent pas d'encre Quarante ans que nous vivions amis. Amis absolus, à s'appeler jour ou nuit, pour un oui de question juridique, pour un non d'interrogation de vie, ou l'inverse. Nous déjeunions tous les trois une fois par mois, et blaguions sur qui écrirait le premier la nécrologie de l'autre. L'un de nous deux l'aimait comme un frère choisi, l'autre adorait son éblouissante intelligence. Tous ceux qui l'ont connu ont apprécié son humour, sa générosité, son degré d'exigence pour lui qu'il instillait si bien aux autres, son inaltérable optimisme. Il est mort à 62 ans, dimanche 26 mai à Saint-Pétersbourg, en Russie, où il était en voyage avec son épouse, la dessinatrice Claire Bretécher. Il a succombé à une hémorragie cérébrale.


Guy Carcassonne, à la différence de nombre de ses collègues, est un self-made-man – notre pays d'héritiers n'a pas su traduire cette expression. Son père, déporté à Drancy dont sa mère réussit à l'extirper, est mort quand Guy n'avait que 7 ans, laissant sa famille démunie. Marié avec la Catalane Kika Sol, Guy fait sa thèse sur la transition démocratique en Espagne, tout en élevant leurs deux joyeux enfants, Marie et Nuria. Afin de payer le loyer, il fait, la nuit, des dossiers pour un avocat au Conseil d'Etat. Et quand vient le moment de payer les charges sociales, son compte bancaire à sec, il écrit sur son chèque des chiffres et des lettres différents. La Sécu doit donc le lui renvoyer – quelques semaines de gagnées.


La difficulté à joindre les deux bouts n'altère ni sa joie ni sa confiance en la vie. Tout au contraire. Puisqu'elle lui fut dure en ses débuts, il n'a de cesse de l'aimer, de la rendre belle, élégante et libre, jusque dans le choix de chaussettes disparates.


Malgré son originalité, l'université finit par lui reconnaître ses talents hors normes : en 1983, il est reçu major à l'agrégation de droit public. La même année, il rencontre Claire Bretécher, leur fils Martin naît un an après. Guy Carcassonne joue au droit comme d'autres aux échecs, au go ou au poker. Pour le plaisir d'anticiper, d'encercler, de bluffer. Dans son temps libre, il préfère s'adonner au hasard de la roulette. Et aussi, voir ses enfants, ses petits-enfants, bien manger, voyager avec Claire, dévorer des livres, partager avec ses amis.


Plusieurs résistants chiliens trouvent refuge auprès de lui. Technicien hors pair, il devient le meilleur des consultants. Finis les chèques mal libellés, il se met à bien gagner sa vie, ce qui lui permet de donner libre cours à sa générosité sans bornes. Cela n'entame en rien ses convictions, en un monde qui n'en connaît déjà plus guère. Il se consacre au service de Rocard, des premières espérances de 1981 à la révocation de 1991. Et sans Carcassonne, le gouvernement Rocard serait tombé lors du vote de la CSG. C'est alors que l'avocat Tony Dreyfus l'accueille dans ses bureaux. Leur complicité amicale ne connaît aucune faille.


« RICH LONESOME »


Guy Carcassonne compte de grands avocats parmi ses intimes, tels Gilles August et Jean-Alain Michel. Il ne s'inscrit cependant jamais au barreau, refusant de dépendre d'un ordre. Toujours cette exigence de liberté. Il devient un « rich lonesome » juriste dans toutes les branches du droit public. Constitutionnaliste reconnu, il est sollicité dans de nombreux pays. Il répond – en ces cas toujours gracieusement. Malgré un grand talent d'écriture, il répugne à s'aventurer au-delà de l'article. Il préfère suggérer des textes pour la revue Pouvoirs, ou, parfois, en écrire quelques-uns. Il faudra insister pour lever ses pudeurs et passer aux livres.


Il le fait sur la QPC, la question prioritaire de constitutionnalité – pour laquelle nous nous sommes tant battus. Il participe à la continuation de l'Histoire de la Ve République, de Jean-Jacques Chevallier (Dalloz), au-delà de la période 1958-1974 initialement traitée par ce grand auteur. Et, surtout, en 1996, il produit son maître ouvrage : La Constitution (Seuil) – onze éditions poche de ce commentaire savant et drôle, préfacé par le doyen Vedel qui le chérissait. Il exerce sa verve critique contre nombre de règles et us du régime, tonne contre les parlementaires utilisant trop peu leurs prérogatives, pourfend le cumul des mandats... Mais il ne cesse de défendre la Ve République, grâce à laquelle un pouvoir, choisi par le peuple, peut enfin s'exercer.


Indépendamment des prestiges de la République, d'abord au groupe socialiste à l'Assemblée, puis aux côtés de Michel Rocard, au-delà de ses consultations recherchées, il n'eut qu'une passion, l'université. Etudiant, assistant, maître-assistant, professeur, il fut toujours fidèle à Nanterre, malgré tous les appels du pied de Paris I-Sorbonne ou de Sciences Po.


La réussite d'un étudiant « fils de rien », comme disait Brel, lui procurait le plus grand de ses bonheurs. Artiste du droit et de la vie, il lui restait tant à nous apporter. Sa mort est, comme souvent, trop injuste. Sa vie, comme rarement, exemplaire. »

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 08:30

La pluie a eu raison de mon exil dans les bois, je suis rentré à Paris où je passe mon temps à faire des flambées emmitouflé dans mon vieux peignoir. Avoir une vraie cheminée à Paris, avoir le droit d’y faire du feu, ce qui est notre cas, est un luxe extraordinaire. Comme je suis un garçon né à la campagne, et que je sais qu’il faut des belles buches pour faire un beau feu, pas des buchettes minables vendues au prix du caviar, je suis allé, avant de revenir à Paris, chez mon vieux copain Paulo, qui fait du bois à Plailly et nous avons ramené dans sa vieille camionnette Ford un stère de bois sec que j’ai stocké sous une bâche sur mon balcon. Mes voisins, très « manif pour tous » coincés du col et du bas, vont me prendre, plus encore, pour un gitan infréquentable après l’épisode montée des buches dans l’ascenseur. Nous avons pourtant fait ça très proprement mais nos dégaines, pantalon de velours, vestes Adolphe Laffont et pataugas, ça faisait vraiment mauvais genre dans notre immeuble si convenable. Seule notre concierge portugaise nous a gratifié de grands sourires et, sans que je ne le lui demande elle a balayé la cour sitôt notre dernier remontage effectué. Pour la remercier, mon copain Paulo, qui ne voyage jamais sans carburant, lui a proposé une petite prune qu’il distille lui-même dans son fourbi de Plailly. Madame Goncalves nous a sorti des petits verres et nous sommes restés un long moment à bavasser. Plus exactement, Paulo, propriétaire d’une véritable meute pacifique dans sa forêt de Plailly, a prodigué des conseils à la brave madame Goncalves pour qu’elle puisse soigner, avec des remèdes de bonne femme, l’arthrose de son bâtard qui pue et qui bave.


Paulo est resté dîner. J’avais, bien sûr, lancé mon premier feu dans la cheminée et, au tout début, comme le conduit était froid, ça fumait un peu. Mathias fut fasciné par l’embrasement du petit bois sous les bûches, il battait des mains, et lorsque les flammèches commencèrent à lécher le bois fendu, stupéfait, il ne perdit pas une miette du  spectacle. Mon art du feu me propulsa auprès de lui dans un statut de héros des temps modernes et lorsque Jasmine nous rejoignit, il lui raconta mes exploits avec force de détails. Comme Paulo adore le champagne je débouchai un magnum de la cuvée Vénus de mon ami Pascal Agrapart et devant mon feu qui maintenant crépitait Jasmine l’informa de sa future maternité. J’eus beau préciser que c’était peut-être un peu prématuré comme annonce vu que notre accouplement datait de tout juste huit jours, Paulo et Jasmine entamaient déjà le débat sur le choix d’un prénom qui se limitait au sexe masculin. Tout en tisonnant j’ironisais « à mon avis nous allons avoir des jumeaux, des filles j’espère, comme cela vous pourrez choisir chacun votre prénom. » Ça tombait à plat, ils ne relevaient même pas. Un peu vexé je fis diversion en branchant mon Paulo sur la victoire de Yannick Noah à Rolland Garros. Gagné, notre futur moutard passait aux oubliettes, notre Paulo je le savais allait raconter à Jasmine sa finale. Il y était, dans une loge au bord du cours, avec une place que lui avait filée la femme d’un grossium de la BNP qui était sa maîtresse. Je connaissais l’histoire par cœur mais j’adorais. Pour le désoiffer je tenais sa flute de champagne constamment pleine. Jasmine l’écoutait religieusement. Mathias, qui avait récupéré son nounours, lui racontait que son père, moi en l’occurrence, était un grand sorcier. Tout à la fin du récit épique de Paulo, afin qu’il reprenne son souffle, je plaçai la réponse de Yannick à la question posée par les journalistes du Monde – ce n’est pas dans l’Equipe qu’on ferait ça – « En France, le politiquement correct, en ce moment, c'est le « Hollande bashing ». Vous aviez soutenu sa candidature pendant la campagne présidentielle. Un an plus tard, faites-vous partie des électeurs déçus ? »


« Déçu de quoi ? Je ne m'attendais pas à ce que, du jour au lendemain, tout le monde ait du boulot et se mette à danser Saga Africa. Hollande a été élu largement, et le lendemain de son élection les gens râlaient déjà. C'est la crise. Il faut qu'on se serre la ceinture et qu'on y aille tous ensemble. Sincèrement, je ne pense pas que la situation du pays soit la faute de Hollande. Personne ne pourrait faire mieux à sa place. Il arrive, le match est pourri, les balles sont pourries, le court est pourri, les arbitres sont corrompus, et le public a envie qu'il paume. » Ensuite nous sommes passés à table et très vite la conversation s’est orientée vers les « néo-branleurs cathos » qui proclament à qui veut l’entendre qu’ils vont nous faire un contre-Mai 68. J’adore le verbiage de ses petiots et petiotes propres sur eux, une petite poignée de la génération Y des beaux quartiers, qui rêvent « de combattre le système culturel dominant en changeant notre société « libertaire, gangrenée par l'individualisme et le relativisme ». Des petits rejetons des JMJ, des enfants nourris au lait de Jean-Paul II « Une démocratie sans valeur peut se transformer en totalitarisme sournois. » C’est tellement risible que nous portons un toast aux « Hommen » qui ont manifesté, masqué de blanc, torse nu couvert de slogans du type « Hollande, fais ton sac ! Fais comme Cahuzac ! » « Hollande, ta loi, on n'en veut pas ! » « CRS, serre les fesses, Pierre Bergé te tient en laisse ! » Paulo et moi ça nous émoustille sec. Aller faire le coup de poing, y compris américain, avec ces lopettes nous votons pour. Jasmine, un peu inquiète, nous demande si nous sommes sérieux. Notre réponse positive de concert la plonge dans un abime de perplexité. Paulo la rassure « t’en fait pas ma belle nous en ferons du petit bois sans même nous écorcher les mains… »

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 07:00

Un temps pourri, glacé, à rester sous la couette, je suis donc resté sous la couette à rêvasser une fois que Jasmine m’eut fait œuvrer pour la grandeur de la France. Souvenir de the Big Lebowski lui aussi dans ses œuvres avec une féministe débridée ; Jasmine a beaucoup ri lorsque je le lui ai dit. « Tu veux que je fasse comme elle » m’a-t-elle sitôt dit. J’ai répondu « Oui ». Nous avons fait monter une bouteille de champagne pour fêter notre œuvre mais il était si mauvais que nous dûmes le confier au lavabo. Faussement sérieuse Jasmine, toujours en position optimale, m’a rassuré « Normal, il ne faut plus que je boive une goutte d’alcool »  Et puis, elle s’est rhabillée et a repris le RER sous  la pluie. Moi je me suis recouché avec pour seul compagnon le fil de Twitter. Ça me fascine Twitter. Les accros surtouts, politiques et journalistes, toujours sur la brèche, contrant, relançant, ferraillant, dérapant, lassant… exposant leur vacuité, leur envie d’exister. Comme l’actualité était féconde je me laissais aller dans ce jardin d’enfants, ça me reposait, ça me débarrassait des scories du jour, me redonnait envie d’écrire. C’était mon terreau. Mes vieux complices me bombardaient de sms à propos de notre Grand Guéant. Ils bichaient les drôles, se gondolaient et moi je ne pouvais m’empêcher de penser « Et plus dure sera la chute » de l’orgueilleux qui, sous ses faux airs modestes de Grand Serviteur de l’Etat. Je l’imaginais se passant en boucle, comme thérapie, The Harder They Fall,  le film américain de Mark Robson, pour supporter son lâchage par ceux qui l’ont tant craint. En première ligne la Boutin, l’inqualifiable Boutin, l’ignoble, la stupide Boutin qui se vautrait dans ses abjects tweets avec bien moins de grâce qu’une bonne vieille truie : Christine Boutin        ✔ @christineboutin « pour ressembler aux hommes ? Rire ! si ce n'était triste à pleurer ! » osait-elle après l'annonce par Angelina Jolie de sa double mastectomie. Par bonheur la veille lui flanquait sur son groin @christineboutin et une ablation du cerveau vous y avez pensé.


C’est le fric tiré de la rançon de l’armateur Costa, enlevé à Gênes à l’automne 1977, plus d’un milliard de lires, qui a permis aux BR de monter l’enlèvement d’Aldo Moro et de le loger au 8 via Montalcini tout au long de sa « détention » du 16 mars au 9 mai. Pas facile, avec la pénurie d’appartements,  de trouver des planques à Rome, et même si la règle de base de la clandestinité consiste à changer de planque avec une certaine régularité, les BR gardèrent leur premier point de chute dans la capitale, le 96 via Gradoli, jusqu’à l’arrestation de Moretti. Régulièrement les flics investissaient les planques mais celle-ci, que Moretti avait louée sous la fausse identité d’ingénieur Borghi venu de Gênes, échappa à la règle. Bien évidemment aucune mention de cette adresse ne figurait sur les papiers d’identité avec lesquels se baladait Mario Moretti ce qui évitait, lors des contrôles, de mettre la puce à l’oreille de la police. Du côté des propriétaires l’important restait de payer régulièrement le loyer. Pour planquer Moro les BR avait acheté l’appartement du premier étage du 8 via  Montalcini pour y faire les travaux nécessaires. Le choix de cet appartement fut réfléchi. En effet, il fallait que la planque soit dotée d’un garage souterrain où chaque locataire dispose d’un box fermé par un rideau de fer et que celui-ci  ne soit pas trop  éloigné de l’appartement par les escaliers. De plus, il fallait que l’appartement soit assez grand pour pouvoir diminuer l’une des pièces sans que cela saute aux yeux au niveau des proportions.


L’appartement de la via Montalcini répondait à ces critères et convenait parfaitement. Nous étions dans une zone résidentielle de la moyenne bourgeoisie et l’appartement en en L avec un bureau pas très grand qui permettait de dégager un espace le long du mur qui le séparait du salon. Comme j’ai un excellent sens des proportions et l’œil d’un architecte d’intérieur je les ai conseillés pour que l’empiètement sur le bureau ne se remarque pas trop. Des meubles bien disposés et un grand miroir agrandissaient l’espace. C’est Prospero et Moretti qui ont réalisé les travaux en posant des panneaux de placoplâtre et en insonorisant les murs avec du papier peint. Ensuite, nous avons placé une bibliothèque montant jusqu’au plafond le long de la cloison. De l’extérieur c’était totalement invisible ; à l’intérieur c’était l’horreur d’une étroite galerie meublée d’un lit de camp, d’une minuscule table de nuit, d’un WC chimique avec un conduit d’aération pour l’air conditionné. Pour communiquer avec l’extérieur et enregistrer tout ce que Moro pourrait dire, un micro fiché dans le mur. Enfin, pour des raisons de sécurité, nous avions placé des barreaux aux fenêtres car nous étions au premier étage et une terrasse faisait le tour de l’appartement. Un détail d’importance, l’appartement de la via Montalcini avait été acheté par Laura Braghetti, peu connue des services de police, elle était employée dans une entreprise d’import-export donc tout à fait raccord avec ce type de logement. Comme elle était jeune et jolie les BR l’avaient flanqué d’un fiancé officiel, le fameux Altobelli, de son vrai nom Germano Mascari, plombier de son état. Je me dois à la vérité de vous dire que Laura fut ma maîtresse tout au long de son séjour dans l’appartement. C’était une fille formidable qui s’occupait merveilleusement d’une dame très âgée logeant au-dessous. Ce bon prétexte nous permettaient de nous rencontrer sans que les coincés du slip des BR en soit informé. C’était torride !

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:00

Le temps pourri et l’atmosphère insupportable de ce pays m’ont fait boucler mes valises, façon de parler parce que je me suis tiré de Paris, les mains dans les poches, avec seulement un sac plein de bouquins, en prenant le premier train en partance, le 1er mai. La SNCF me proposait une première classe pour le prix d’une seconde, je pris. Le fauteuil était vaste, confortable, ma voisine jeune et sympathique, et l’on m’offrit le petit déjeuner. Le soleil m’accueillit, j’étais ravi. Déambuler dans une ville dont je ne me souvenais plus très bien la géographie m’oxygénait la tête. Même une grosse conne de patronne de café n’arrivait pas à me fâcher lorsqu’elle me demandait de renouveler ma consommation à la terrasse ensoleillée. Rien que pour la faire chier je lui lançais des horreurs et, comme j’avais la gueule d’un étranger, quelques gros bœufs déjà plein de bière prenaient son parti sans aller jusqu’à me chercher des noises. Je m’en foutais. La ville était en fête. Je ne vous dirai pas laquelle car je n’ai pas envie que certains fouille-merdes me suivent à la trace. Sur le coup de midi, après avoir pris un pastis chez Le Marseillais, un couple de copines à qui j’avais bigophoné venait me prendre dans leur tire pour m’emmener déjeuner sur le bord du canal. Le soleil dardait. Le tartare au couteau était excellent, le service nul et le Pouilly Fuissé aux abonnés absents. Peu importait nous papotions de tout et de rien, même que les filles s’inquiétaient de mon devenir. Je plaisantais « même pas une brosse à dents… » J’avais noté dans le train sur un petit carnet « les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases  reviennent […] comme les motifs d’une tapisserie que l’on aurait tissée dans un demi-sommeil » Patrick Modiano à propos de la publication par Gallimard, en un seul volume de dix de ses principaux livres, écrits de 1975 à 2010 et rassemblés sous le titre Romans :  Villa triste, Livret de famille, Rue des boutiques obscures, Remise de peine, Chien de printemps, Dora Bruder, Accident nocturne, Un pedigree, Dans le café de la jeunesse perdue et L'Horizon.


Ce qui avait achevé de me foutre le moral dans les chaussettes ce fut l’épisode Guéant. Qu’un ex-Ministre de l’Intérieur, ex-directeur de cabinet du Ministre de l’homme au karcher, qui avait tenu les clés du château sous l’agité, puisse sortir, pour se justifier des gros trucs levés par les juges, une telle bordée de conneries avait de quoi me faire tomber à la renverse : soit il est con, soit il nous prenait pour des cons, surtout les vieux de la vieille maison. Les bras nous en tombaient de l’entendre parler de cette histoire de primes de cabinet en liquide. Tout le monde sait que c’est le père Jospin qui a mis fin aux mallettes. Avant 2002, le chef de cabinet du Premier Ministre, chaque mois se pointait à la Banque de France pour récupérer du liquide, faisait ensuite la répartition entre les Ministères selon une clé de poids spécifique de chacun d’eux, puis les chefs de cabinet venaient ensuite chercher leur enveloppe kraft pleine de biftons qu’ils distribuaient à leur bon gré aux membres de leur cabinet qui défilaient comme de bons élèves dans leur bureau.  En 2001 je me souviens d’être allé, pour le protéger, chercher avec le « trésorier » de Matignon 12 millions d’euros. Bien évidemment, ces enveloppes de liquide échappaient à l’impôt et à la CSG. Fait comme un débutant le Guéant, un fraudeur ordinaire, un Cahuzac au petit pied, dressé sur ses ergots de haut-fonctionnaire intègre qui ne sait pas comment faire pour blanchir de l’argent. Ahurissant, que le Premier Flic de France, dont on nous disait que c’était un as de la France-Afrique, puisse adopter une telle ligne de défense aussi débile. Le pire c’est qu’il est maintenant un avocat au Barreau de Paris qui aurait dû s’appliquer à lui-même ce que premier baveux stagiaire, commis d’office, conseille à son client qui vient de se faire gauler en flag, fermer sa gueule.  Sa copine Roselyne Bachelot, reconvertie dans le people, n’y est pas allé par 4 chemins face à ses explications embarrassées : « soit c’est un menteur, soit c’est un voleur ». Sympa et affectueux, seule la grosse Morano est montée au créneau, avec sa finesse coutumière, pour prétendre, qu’il s’agissait une fois de plus d’un complot visant non pas Claude Guéant mais bien l’ancien président de la République. « Chaque fois qu’un bon sondage sort sur lui, il y a une perquisition ou une affaire qui apparaît sur un de ses proches » Grotesque et méprisant, mais ce qui est sûr c’est que le petit père Guéant va se sentir bien seul et il lui faudra des nerfs d’acier pour accepter de porter un chapeau peut-être trop grand pour un Préfet. Comme il ne s’est pas fait, au temps de sa gloire, beaucoup d’amis, alors… la curée est proche et le roquet de Meaux restera prudemment dans sa niche.


Après avoir déjeuné avec le premier cercle du Ministre de l’Intérieur où la conversation avait été sinistre, la bouffe limite et les vins lourds, j’étais rentré chez moi et, pour la première fois depuis bien longtemps, j’avais pris une décision d’importance : cesser de m’amuser. Alors, sans hésiter, j’avais renvoyé ma carte de l’UMP au siège de l’UMP rue de Vaugirard avec un petit mot débile pour Copé « la prochaine fois je voterai pour Marine, vous êtes trop cons… » J’avais nettoyé mes fichiers sur mon disque dur puis j’étais allé piocher dans une pile de bouquins pour récupérer ceux dont j’avais besoin. Je les avais enfournés dans un grand sac de toile puis j’étais allé faire la sieste tout habillé. Jasmine étant parti avec les mouflons se dorer au soleil des îles je pouvais gérer mon temps au gré de mes humeurs. Reprendre le fil de mon histoire ne serait pas simple mais j’avais décidé d’y replonger la tête la première sans me soucier de là où je m’étais arrêté au temps où j’infiltrais les BR entre Milan et Turin. J’aurais pu me tirer en Italie chez ma copine Lucia mais le climat y était aussi lourd, délétère avec le retour de la vieille raclure lubrique de Berlusconi et l’éclosion de Beppe Grillo, étrange héritier des débiles des BR et du Benito des origines ; un gauche extrême sans colonne vertébrale, populacière, se nourrissant de la pourriture du système. Quand je m’étais éveillé le crépuscule ajoutait du gris au gris, alors je sortis. Ce que je fis je ne vous le dirai pas car c’est ma part d’ombre comme dirait le couple d’enfer Plenel-Cahuzac. J’aime filer dans Paris. Rejoindre. Me laisser-aller. Le souffle de leur fraîcheur me donne envie d’avancer. J’avancerais donc !

 

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