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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 00:02

Chers lecteurs,
Dimanche dernier, le coeur gros, après avoir longtemps hésité, mais comme mes personnages ne m'appartiennent pas, ils vivent leur vie - si je puis m'exprimer ainsi à propos de Marie qui elle vient de la perdre - j'ai du me résoudre à précipiter Benoît dans le malheur et, par le fait même, à clore le premier chapitre de cette histoire, publiée le week-end, que j'écris au jour le jour, en direct.
Certains d'entre vous me disent - ceux que je rencontre - que le format rend la lecture un peu décousue. Alors, pour le chapitre 2, que je commence aujourd'hui, je vous propose une livraison journalière, en sus de la chronique normale, sans message pour vous en prévenir afin de ne pas encombrer vos messageries, sauf les week-end où mes écrits romancés continueront de constituer le billet du jour.
Bonne lecture pour les fidèles, afin de faciliter votre lecture les chroniques du chapitre 2 seront numérotées de 1 à ... Pour le chapitre 1, je suis en train de le défaire de quelques scories et, si certains d'entre vous, souhaitent en recevoir livraison d'ici quelques temps je pourrai leur faire parvenir sous forme de pièce jointe à leur adresse e-mail...

 

Je lâchai prise, coupai tous les ponts, mais sans fuir. Sonné, KO debout, je me laissai glisser, comme ça, sans réagir, doucement, les yeux grands ouverts. Ce fut une glissade un peu raide mais toujours contrôlée, bien maîtrisée. Je savais ce que je voulais, mourir, mais à petit feu. Mon but, aller au bout de mon chemin, sans contrarier la nature, en me contentant de contempler ma déchéance. Simple spectateur de ma vie. Emmuré dans le chagrin, mes yeux restaient secs. Pleurer c'était prendre le risque de fendre ma carapace, de m'exposer à la compassion. Pour tenir je devais faire bonne figure. Alors, j'allais et venais, affrontant l'intendance qui suit la mort avec le courage ordinaire de ceux qui assument les accidents de la vie. Mon masque de douleur muette, souriante même, me permettait de cacher, qu'à l'intérieur je n'étais plus que cendres. La mort rassemble. Autour de la grande table chez Jean, le soir, nous parlions. Nous parlions même d'elle. J'acceptais même de parler d'elle. Nous buvions aussi. Le vin délie les langues et allège le coeur. A aucun moment nous étions tristes. Marie, couchée dans le grand lit de Jean, nous imposait son silence éternel.

On prit mon emmurement serein pour du courage. Aux yeux des autres, mes proches, mes amis, ceux de Marie, ses parents, j'étais admirable. Non, j'étais déjà mort. Seul Jean pressentais mon délitement intérieur. Il bougonnait, tournait en rond, maudissait le ciel et me pistait comme un vieux chien fidèle. Les mots des autres filaient sur moi sans y laisser de traces, alors que les miens, précis, menaient leur dernier combat. On me laissait faire. Avec Jean, nous décidions de porter nous-mêmes Marie en terre au cimetière de Port-Joinville. Qu'elle restât sur notre île, sans fleurs ni couronnes, relevait pour nous de la pure évidence. Ca ne se discutait pas. Le maire obtempérait, et c'est dans notre C4, au petit matin, avec Achille coincé entre nous deux, que nous sommes allés jusqu'au trou béant. De la terre remuée et ce ciel pur, cette boîte en chêne vernis à poignées argentées, un moment j'aurais voulu qu'on chantât le Dies Irae. Des mains serrées, quelques pelletées, des baisers, des étreintes, des sanglots étouffés, encore des mots échangés et nous sommes allé au café. Là, j'aurais bien voulu pleurer.

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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 08:07

A la lecture du titre de mon papier de ce matin je sens que certains ont du penser : " là, Berthomeau il va trop loin..." Pourtant, les guillemets auraient du les alerter : c'est une citation. Mais qui ose ? Le coupable c'est Duc l'auteur de la bande dessinée à qui j'ai emprunté mon titre de ce matin. Sans déflorer l'histoire, c'est une sombre histoire entre un grand prédateur à cigare tapis dans le building d'une multinationale "Real Toys" et notre José national, avec baccantes et bouffarde incorporées, qui refuse que l'on utilise son image : 

" et voilà que ce guignol refuse qu'on utilise son image ! Je ne suis pas une marchandise, et patati, et patata... Et mon cul ? C'est pas une marchandise peut-être ? " éructe le PDG de " Real Toys "

Comme le titre l'indique c'est une histoire de contrat. L'auteur, bien sûr, a un petit faible pour notre agitateur multicartes : démonteur de Mac Do, faucheur de maïs OGM, alter-tout et, ces jours-ci, faucheur de signatures (cf la suite ci-dessous) mais ça ne l'empêche pas de chambrer nos chers alters. Si vous avez un petit cadeau à faire ça peut plaire. Le dessin est excellent, la mise en pages claire et il y a quelques morceaux de bravoure. C'est publié chez Albin Michel en 2005 et c'est un réel succès de librairie.

Le Monde du 28 février page 10 : Rapine de signatures entre Bové et Besancenot (extrait)
" Empoignades pour le moment virtuelles(sur les forums) à la gauche du PS, et plus particulièrement chez les soutiens de José Bové, au sujet des parrainages.
Dans leurs échanges électroniques, les partisans de du leader altermondialiste se divisent désormais entre "pro" et "anti" braconnage. Certains officionados de M.Bové sont en effet allés démarcher des maires qui avaient promis leur signature à Olivier Besancenot, le candidiat de la LCR. Ces démarcheurs se félicitent d'avoir obtenu des élus ainsi visités qu'ils modifient leur promesse de parrainage en faveur de l'ex-syndicaliste paysan et au détriment du candidat trotskyste. Ils énumèrent au passage quelques exemples de ces "prises de guerre" (...)   Caroline Monnot

L'homme est un loup pour l'homme, si c'est ça l'autre monde de nos alter il ressemble furieusement au nôtre. C'est la loi du marché quoi ! C'est la guerre ! C'est la prédation ! C'est faire de la politique autrement. Et notre José qui dit " j'ai drôlement changé "dans le livre qu'il vient de sortir " Candidat- rebelle " je trouve ça, en effet, très drôle. Que voulez-vous j'ai mauvais esprit...  

 

 

 

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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 00:23

" Je m'appelle Léone Gémény. Mon grand-père était fou d'opéra. Il avait entendu la Callas, Tebaldi et tutti quanti. Pendant quarante ans il alla de Salzbourg à Vérone, de Bayreuth à Vienne et - surtout - à la Scala...
En septembre 1954, grand-père fêta ses quatre-vingts ans. Très affaibli : il marche difficilement, cherche querelle à sa gouvernante pour un rien et ne sort de cet état pitoyable que pour écouter des disques de bel canto. Le 6 décembre, coup de téléphone de sa gouvernante : il a disparu. La gendarmerie, prévenue, ne retrouve pas sa trace. Un avis de recherche est diffusé, avec sa photo, dans la Voix du Nord.
Le 10 décembre. Nouvel appel de Marthe. Il est réapparu cet après-midi extrêmement fatigué et s'est couché immédiatement. Il refuse de donner la moindre explication. Nous arrivons en hâte. Calé sur un oreiller brodé à son chiffre, grand-père raconte : " Je voulais m'offrir une escapade à Milan et je suis allé entendre le spectacle d'ouverture de la saison à la Scala." Puis, il s'endort. Nous rentrons à la maison.
13 décembre. Mme Marthe en pleurs, au téléphone. Elle a trouvé grand-père mort dans son lit." 

extrait de Opéra La diva et le souffleur Autrement juin 1985 La photo est celle de Giuseppe Verdi et non celle du pépé de la narratrice...

J'aime bien ce petit texte. J'aime bien les gens capables de prendre le premier train pour... J'aime beaucoup les grains de folie. J'aime beaucoup ceux qui gardent leurs passions intactes. J'aime beaucoup l'opéra, surtout celui de Verdi. Mon tube : Ernani du génial Giuseppe dans la version enregistrée le 7 décembre 1982 à la Scala de Milan avec à la baguette Ricardo Mutti et Romano Gandolfi comme maître du choeur. Pour les interprètes : Placido Domingo, Mirella Freni, Renato Bruson, Nicolai Ghiaurov... Si le spleen vous gagne en ces temps mous et gris, chargez sur votre Ipod le choeur de la scène 1 du premier acte, ça vous redonnera goût à ma vie. En traduction libre ça donne : Hourra ! Buvons ! Buvons !
                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin !
                          Que reste-t-il d'autre au bandit,
                          évité par tous
                          S'il n'a pas un verre ?
                          Jouons, car l'or
                          est un trésor inutile,
                          qui vient et qui part.
                          Jouons, si la vie
                          n'est pas rendue plus agréable
                          par une beauté souriante.
                          Dans les bois et sur les collines
                          nous avons nos seuls amis,
                          le mousquet et le poignard.
                          Lorsque descend la nuit
                          dans la triste grotte
                          qui nous sert d'oreiller.
                          Soyons gais et buvons. Buvons !
                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin.

Bien sûr c'est mieux chanté par le choeur de la Scala en italien. C'est édité chez EMI. Le livret d'Ernani est de Francesco Maria Piave d'après Victor Hugo. La première d'Ernani eut lieu le 1er mars 1844 à la Fenice de Venise (gravure ci-dessous) 

 

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 00:05

Samedi dernier, sur i-Télé, la chaîne d'info en continu la plus regardée, je tombe sur l'émission " Ca se dispute " animée par Victor Robert - genre beau mec ki se la péte un peu - avec deux vieux routiers du sentier politique : Eric Zemmour du Figaro et Nicolas Domenach de Marianne. Bien évidemment ils pratiquent le sport favori des journalistes français : le commentaire, c'est-à-dire qu'ils nous assènent leur vision des faits et gestes des candidats à la présidentielle, soit un étrange mélange de " moi qui suis dans la coulisse, je vois et j'entends ce que vous ne voyez et n'entendez pas" avec des considérations politiques liées à leurs propres convictions. Bref, moi ça ne me déplaît pas car c'est enlevé, jubilatoire, avec juste ce qu'il faut de mauvaise foi. Donc, après avoir glosé sur l'imposition des mains de Ségo, l'intrusion de François dans la cour des grands, les petits meurtres entre amis des éléphants roses et, bien sûr un couplet obligé sur Sarkozy, en conclusion le beau Victor, sort de sa petite musette sa botte secrète : le bon coup de la RVF sur les candidats à la présidentielle et le vin.

Bravo Saverot ! On voit la patte de l'ancien de Capital, et ça sert aussi d'avoir une épouse qui chalute dans la politique pour le journal de référence, je parle de mon voisin " Le Monde ". Voilà un bon coup, et plus encore une bonne façon de mettre de vin en scène. D'ailleurs, les marketeurs de TF1, eux aussi, ont senti le vent, dans leur émission du lundi " J'ai une question à vous poser " y'en a une sur le vin, et quand y'en a pas hier le François n'a pas manqué de dire tout le bien qu'il pensait du vin. Pour moi ça me conforte dans mon approche positive de notre divin nectar. Dès que nous sortons des tranchées dans lesquelles, pour une fois unis, les extrémistes des deux bords veulent nous maintenir, nous pouvons enfin à la télévision effleurer un sujet jusqu'ici proscrit. Dès que nous quittons nos brodequins de défenseurs du vin pour chausser nos escarpins d'amoureux du vin, du bien vivre à la française, la " coolitude " quoi - pardon Merlot 33 - qui dans notre beau pays, en dehors d'un quarteron d'aigris et de rancis, pourrait en vouloir au vin ?

Pour en revenir à l'émission " Ca se dispute ", Eric Zemmour très doctement, avec tout le sérieux qui sied au journaliste politique, a souligné que le peu de goût du candidat Sarkozy pour le divin nectar - c'est ce qui est dit dans l'article de la RVF - constituait un de ses rares tendons d'Achille, un vrai manque qui pouvait faire douter le peuple de la réalité de son lien profond avec le pays. Rien que cela très chers lecteurs, je laisse à Zemmour la responsabilité de ses propos. Moi, ce qui m'intéresse, je vous l'ai écrit plus haut. Ceci dit, ce n'est parce qu'on apprécie tel cru ou tel vigneron que pour autant on ait une vision juste des questions qui agitent notre secteur. La RVF fait pour son lectorat qui ne boit que de la crème, c'est de bonne guerre. Attention cependant à ne pas conforter nos chers candidats dans leur vision étroite de la viticulture où, trop souvent pour eux, voisinnent que le haut du panier : les châteaux et les petits viticulteurs géniaux et le bas : ceux qui font un peu chier... Entre les deux : 80 % de la viticulture française, l'épaisseur du trait comme diraient les statisticiens. En fait le gros de la troupe, ceux avec qui nous pouvons rebondir dans la compétition mondiale... Pour le détail de l'article de la RVF de mars 2007 vous l'achetez et vous lisez l'article chers lecteurs (alors cher ami Gerbelle suis-je absous de mes fautes passées ?)

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 00:04

Comme le disait avec emphase les speakers de la défunte ORTF ou les commentateurs des Actualités Pathé au cinéma : " dans le cadre de la campagne électorale pour l'élection du Président de la République Française au suffrage universel direct à deux tours, mon Espace de Liberté, ouvre ses colonnes à quelques textes extérieurs..." mais, afin que Merlot 33 n'avale pas son Bordeaux de travers, je tiens à préciser qu'il n'y a de ma part aucune volonté de prosélytisme. Moi, vous savez, en dehors de la promotion de Cap 2010 - faut bien rire de temps en temps - et de mon petit blog, je suis plutôt du genre à penser qu'il vaut mieux éviter de promouvoir le prêt-à-penser. Que voulez-vous je suis furieusement élitiste et je ne me soigne pas. Bien au contraire je m'y vautre - dans l'élitisme parisien bien sûr - avec un plaisir non dissimulé. Bref, ce matin, j'inaugure ce cycle présidentiel, avec une chronique au titre prédestiné : " Petit Manuel de campagne électorale " Si certains d'entre vous ont des textes à me proposer qu'ils me les fassent parvenir.

V.16. Lorsqu'on est candidat à une magistrature, il faut porter son attention sur deux points : le dévouement de ses amis et l'assentiment du peuple. Le dévouement de ses amis doit être le fruit des bienfaits, de l'obligeance, de l'ancienneté, de l'affabilité et d'un certain charme naturel. Mais dans une campagne électorale, le sens du mot "amis" est plus large que dans le reste de la vie (...)
17. Il faut ensuite que tu t'appliques fortement à ce que chacun de tes proches, et surtout chaque membre de ta famille, t'aime et te souhaite la plus grande réussite. Il en sera de même avec les citoyens de ta tribu, tes voisins, tes clients, tes affranchis, et même avec tes esclaves ; car les propos qui établissent la renommée  d'un homme émanent presque toujours des gens de sa maison (...)
XI.41. Comme j'en ai assez dit sur la manière de gagner des amitiés, il me faut à présent te parler des rapports avec le peuple, qui forment l'autre partie d'une campagne. Elle exige de connaître le nom des électeurs, de savoir les flatter, d'être constamment auprès d'eux, de se montrer généreux, de veiller à sa réputation, d'avoir grand air, de faire miroiter des espérances politiques.
42. Tout d'abord, montre bien l'effort que tu fournis pour connaître les citoyens. Chaque jour, étends cette connaisssance et approfondis-la. Il n'y a rien, à mon sens, d'aussi populaire et d'aussi agréable. Ensuite, mets-toi dans l'esprit qu'il te faudra feindre de faire naturellement des choses qui ne sont pas dans ta nature. Ainsi, par exemple, tu n'es pas dépourvu de cette affabilité qui sied à un homme aimable et bon, mais tu as grand besoin d'y ajouter la flatterie. Elle a beau être un vice infâme en d'autres circonstances de la vie, elle est cependant nécessaire dans une campagne électorale. De fait, elle est détestable lorsqu'elle pervertit quelqu'un à force d'approbations continuelles, mais elle est moins répréhensible lorsqu'elle réconcilie des amis, et elle est vraiment indispensable au candidat dont le visage, la mine et le discours doivent changer et s'adapter aux sentiments et aux idées de tous ceux qu'il rencontre (...)

Ecrit dans la première partie de l'année 64 par QUINTUS CICERON à son frère MARCUS.
Il s'agit bien sûr d'extraits pour le texte intégral il est publié chez Rivages poche n°559 sous le titre Petit Manuel de campagne électorale et c'est traduit par Nicolas Waquet.

Note aux lecteurs : l'auteur de ce texte Quintus Tullius Cicéron est le frère du grand orateur Cicéron. 

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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 00:31

Les affaires de Jean prenaient de l'ampleur, les clients affluaient, achetaient, si nous n'y prenions garde nous allions manquer de marchandise. Notre originalité, la patte de mon patron farfelu, tenait à ce que, à la Ferme des 3 Moulins, voisinaient des meubles et des objets de brocanteur, à des prix raisonnables, et des pièces rares dignes des meilleurs antiquaires. Ma bonne gestion des finances nous avait permis de financer de belles acquisitions à des prix de marchands. La revente, coup sur coup, d'un compotier en vieux Rouen et d'une adorable petite commode signée d'André Charles Boulle - une merveille bien achetée à une vieille originale et très bien vendue à un industriel du Nord - nous donnait capacité à aller draguer sur le continent des confrères moins bien lotis que nous. Le stock de fin de saison est l'ennemi du brocanteur. Il lui faut de la fraîche pour se livrer à son plaisir favori : acheter. Jean pouvait partir en chasse. Sans conteste, avec son allure de Pierrot lunaire, ses fringues pourries et ses sandales en plastoche, il était l'un des meilleurs de la place, surtout auprès des vieilles dames grosses pourvoyeuses de notre biseness. Il les embobinait, en grommelant des tirades incompréhensibles tout en grignotant des gateaux secs et en sirotant des petits verres de vin doux. Le seul problème était de le laisser battre la campagne avec autant de liquide en poche. Marie, fine mouche, trouvait la solution : Button. " Il vous servira de chauffeur et de banquier..." et d'ajouter " c'est plus prudent" sans préciser s'il elle faisait allusion à sa conduite automobile approximative ou à son côté panier percé.

 

Avec Marie nous évoquions, pour la rentrée, notre installation. Mon pécule gagné sur l'île plus la petite rente que lui versait son père nous permettraient de louer soit un studio, soit un petit deux pièces dans la partie populaire de Nantes. Pour vivre ensuite, les petits boulots ne manquaient pas. Nous aviserions. La perspective d'entamer notre vie commune, rien que tous les deux, nous rendaient plus amoureux encore. Marie me rendait simple. Je ne fabriquais plus de noeuds. Depuis notre première jour, à aucun moment, nous nous étions livré au ballet traditionnel du je me présente sous mon meilleur jour et je me garde bien de remarquer, les grandes et les petites choses, qui m'agacent chez l'autre. Pour ce qui me concerne, ça tenait de l'exploit. Avant elle c'était mon mode fonctionnement exclusif. Quant à Marie, comment le dire sans paraître prétentieux, elle me dispensait, à doses quasi égales, ce qu'il me fallait, et d'admiration, et de franchise. Avec son petit air pince sans rire, et sans jamais me faire la morale, elle mettait le doigt sur mes si nombreuses contradictions. Elle me rendait léger. Nous aimions être ensemble. Nous aimions nous retrouver. Je ne lui cachais pas son soleil et elle me donnait sa lumière.

 

Ce lundi-là, le père de Marie, ce cher maître, annonçait par téléphone son arrivée sur l'île pour le lendemain. Branle-bas de combat pour Marie, il lui fallait mettre la villa en ordre de marche. Bien sûr, il ne venait pas seul, une cour de beaux jeunes gens l'accompagnait. Pendant toute la journée Marie vaqua. Le soir venu, j'allai la chercher pour que nous dînions à la Ferme des 3 Moulins. La pauvre était fourbue. Pour lui redonner des forces je lui fis des spaghettis à la carbonnara. Marie tombait de sommeil. Comme elle devait rentrer à la villa je lui proposais de la raccompagner. " Non, non me répondait-elle, je prends le solex, ça m'oxygèra et toi tu dois attendre le coup de fil de Jean... " En effet, celui-ci, qui était toujours sur le continent m'appelait tous les soirs au téléphone aux alentours de minuit. Je bougonnai que Jean pouvait attendre. Marie me faisait les grands bras " je suis une grande fille mon amour, les loups garous ne vont pas me manger en chemin. Tu sais bien que si tu n'es pas au bout du fil quand il appellera, grand zig va paniquer..." De mauvaise grâce je cédai. Avant qu'elle n'enfourche le mini-solex je la serrai fort. La nuit était claire. Le lit grand et froid. Comme ce cher maître refusait d'installer le téléphone dans la villa, je ne pouvais même pas appeler Marie. Le sommeil me précipitait dans une nuit agitée. On tambourinait à la porte d'entrée. J'étais en nage. Dans l'encadrement, sous la lumière jaune du lumignon, le capitaine de gendarmerie Thouzeau, en se tordant les mains me disait d'une voix enrouée " il vaut mieux que je vous le dise tout de suite monsieur, elle est morte. C'est encore un de ces fichus poivrots..."

 

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 00:02

Le " tu peux monter vos affaires dans ta chambre..." fut le sésame de maman. Après le dîner nous prîmes le frais dans le jardin. Comme je l'avais prévu, mon mendésiste de père, prenait un malin plaisir à mettre Marie sur le grill en la prenant à témoin de la légèreté et de l'inconsistance du mouvement de mai. Pratiquant à merveille le billard à bandes c'est moi qu'il visait. Pour lui, avec ce qu'il me reconnaissait de talent, j'avais joué au révolutionnaire, par pur plaisir esthétique et romantique. Moi et mes petits camarades gauchistes, avec le soutien objectif des communistes, en nous contentant de psalmodier notre vulgate révolutionnaire, nous venions de priver la gauche réformiste, celle de PMF, la seule capable de tenir ferme le gouvernail et de moderniser la France, d'une éclatante victoire dans les urnes. En ressoudant aux gaullistes, la droite rentière des Indépendants, et celle encore bien planquée, sans leader, mais toujours chevillée à une part de la France xénophobe, nous avions fait le lit de Mitterrand. L'ambiguë de Jarnac saurait lui, le Florentin, s'asseoir sur le PCF pour mieux l'étouffer. Marie bichait. Elle virevoltait pour le plus grand plaisir de mon séducteur de père.

Avoir Marie à mes côtés dans mon lit d'enfant ravivait les souvenirs de mes soirées passées, sous la tente de mon drap, à ériger mes cathédrales, à imaginer tout ce qu'allait m'apporter mon bel avenir. Dans l'obscurité, Marie, me chuchotait " je suis bien mon amour. Ici je me sens toi. Toute à toi. Je t'aime..." Comme nous ne galvaudions pas les je t'aime, ceux de ce soir-là, mêlés à nos caresses, à notre osmose, nous haussaient en des espaces qui donnent à l'amour un goût d'éternité. Amour sensuel, accord parfait, nous ne nous sommes même pas aperçu que ce n'est qu'aux premières lueurs de l'aurore que nous nous sommes endormis. La maisonnée s'était donnée le mot pour que notre grasse matinée ne soit pas troublée par la préparation du déjeuner. A notre éveil, vers dix heures, ils étaient tous partis à la grand messe. Dans la cuisine, où notre petit déjeuner nous attendait, la logistique du repas de midi impressionnait Marie. Tout était en place, le clan des femmes, mobilisé et efficace, avait donné le meilleur de lui-même. La brioche de Jean-François était mousseuse à souhait. Maman nous avait préparé un cacao ; plus exactement le cacao qu'elle préparait chaque matin pour son écolier de fils.

Le service était assuré par la femme du cousin Neau lui-même préposé aux vins. Alida, la laveuse de linge, assurait la plonge. Maman, qui avait fait la cuisine, orchestrait l'ensemble avec autorité et doigté. A l'apéritif, Banyuls pour tout le monde, on disait vin cuit en cette Vendée ignare. Le menu : vol au vent financier, colin au beurre blanc, salade, de la chicorée - mon père avait droit à une préparation personnelle avec croutons aïlés - fromages : du Brie de Maux et du Gruyère, et en dessert : un savarin crème Chantilly, évitait à mon cordon bleu de mère de passer trop de temps devant ses fourneaux. Le seul moment grave, bien sûr, avait consisté à monter le beurre blanc. En l'absence de maman, son époux facétieux informa Marie que sa Madeleine de femme avaient des doigts de fée. Du côté des vins, du Muscadet sur lie, un Gevrey-Chambertin et du Montbazillac. Je haïssais le Montbazillac qui m'empatait la langue. Tout atteignait l'excellence, même le café que maman passait dans une cafetière à boule de verre qu'elle ne sortait que pour les grandes occasions. Papa nous empesta avec ses affreux petits cigares de la Régie. Les yeux de Marie brillaient. Nous étions heureux. 

 

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 00:07

Quand j'étais enfant, et enfant de choeur, une fois par an, nos très chères soeurs de Mormaison et nos très chers frères de St Louis Grignon de Montfort, nous costumaient pour la journée des oeuvres de la Sainte-Enfance. Ainsi, je quêtais, moi le petit chrétien, habillé en petit mandarin pour sauver un petit païen. Cette oeuvre, qui existe toujours, sous l'appellation : oeuvres de l'Enfance Missionnaire, a été créé pour la propagation de la foi, en 1843 par Mgr Forbin-Janson. La première cible d'évangélisation fut la Chine. Cette oeuvre connut une expansion prodigieuse, d'abord en Europe, puis en Amérique. Aujourd'hui elle est présente dans 150 pays dans le monde. OK, d'accord me direz-vous chers lecteurs, vos souvenirs d'enfance on s'en tamponne la coquillette. Je vous le concède mais les 6 petites illustrations ci-dessus et ci-dessous, qui elles ont trait aux boissons, m'ont inspiré ce petit retour en arrière. Et puis, l'enfance, la colonisation, sont des sujets d'actualité.

 

 

 

 

 

 

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 00:23

La nouvelle est tombée sur les télescripteurs relayée par la Confpé, j'en suis encore tout boulversifié : suite à une étude "ethnographique" (sic) sur un échantillon de 100 consommateurs de vin de moins de 35 ans commandé par les as du marketing de la société Castel, eux-même saisis de stupéfaction, le constat est sans appel : les jeunes plébiscitent la tradition. Foin des étiquettes pleines de paillettes, vive le tire-bouchon, le vin reste un produit de vieux cons, pardon c'est le vin bouché de pépé ou le nectar du pater, même les nénettes estiment que c'est un truc de mecs, donc faut rester dans le sélect. Je chambre certes, mais un petit détail : ce petit échantillon est composé exclusivement de buveurs de vin, alors est-il si étonnant que, par un effet mirroir, ils soient le reflet du discours dominant : le vin est un produit avant tout culturel, artisanal, synonyme d'art de vivre à la française, et bien sûr c'est un élément de notre patrimoine - une sorte de chef d'oeuvre en péril quoi !  Plaisanterie mise à part, je ne vois rien de très décoiffant dans cette étude. Nos jeunes buveurs de vin sont formatés, pourquoi diable réclameraient-ils autre chose que ce qu'on leur présente comme le nec plus ultra. Pour être original il faut être en mesure de transgresser les codes, et comme les codes du vin sont complexes les candidats ne se bousculent pas pour ruer dans les brancards. D'ailleurs, dans le jargonage propre à ce genre d'étude, le vin y est décrit comme une boisson sociale et impliquante, qui expose au jugement et à la critique. Pour acheter du vin et le boire faut faire parti des initiés. Tiens donc !

Alors que cherche-t-on puisque la plus grande part de l'offre française de vin colle parfaitement à cette demande ? La bouteille de 75 cl, bouchée liège avec étiquette classique est la reine du marché. Et pendant ce temps-là la consommation de vin, surtout dans cette tranche d'âge pique du nez, c'est donc que la stratégie de mise en marché du produit est la bonne. Je charrie encore, mais tout de même dans cette affaire j'ai le sentiment qu'on parle beaucoup du contenant et peu du contenu. Et le vin dans tout ça ! Ce n'est pas parce qu'on l'autoproclame artisanal qu'il correspond aux attentes de ceux qui en consomment ou qu'il soit en mesure de séduire de nouveaux consommateurs. La bombe est lâchée : mais ils sont où ces jeunes qui n'en boivent pas ? Ailleurs ! Hors jeu... Pour eux le vin n'est pas de leur temps. Et les gens du vin continuent à faire en sorte qu'il ne le soit pas. Pour autant, je ne suis pas de ceux qui pensent qu'on puisse transformer une équipe de bras cassés en équipe qui gagne en se contentant de changer les maillots ou en la dotant des dernières godasses top d'Adidas. Le packaging n'a jamais transformé un produit médiocre ou indigent en nectar. Pour reprendre mon image sportive : une grande équipe, ça se battit sur du solide. En football l'exemple de l'OL, de son président JM Aulas en sont l'illustration. En contre-point, la faillite du FC Nantes montre qu'on peut détruire une réussite de plus 50 ans en quelques années. Au vin quotidien de nos parents nous n'avons pas trouvé de produit de substitution. Nous nous contentons de présenter à ceux qui n'ont pas le portefeuille épais, et les moins de 35 ans y sont bien représentés, de pâles copies de notre beau patrimoine.

Alors que faire pour replacer le vin dans l'air du temps ? Tout d'abord cesser d'opposer tradition et modernité, artisanat et industrie, vin de propriété et vin de négoce, pour nous concentrer sur la ressource. Tant que nous produirons des vins inadaptés, en dehors des faiseurs de miracles, nous n'aurons guère d'atouts à mettre en avant pour proposer des vins qui collent à la demande. L'absence de rigueur en amont est notre tendon d'Achille. Tous les petits génies du marketing peuvent bien se décarcasser, le liquide reste la base indispensable à la réusssite du produit. Ensuite, arrêtons de parler des jeunes, des femmes, qui ne sont pas des catégories sociales et dont les comportements ne sont pas liés qu'à leur âge ou qu'à leur sexe. Mettons un bémol sur nos vieilles rengaines qui n'intéressent que nous. Cessons de réinventer l'eau chaude et observons ce que font, soit des boissons concurrentes ou d'autres produits consommés à table ou dans des moments ludiques de consommation. Enfin, utilisons comme les entreprises d'autres secteurs, des outils d'analyse des grandes tendances de nos sociétés issus d'études sérieuses, menées avec une méthodologie rigoureuse, pour mieux comprendre nos consommateurs.

NB. N'ayant pas eu accès à l'étude, je me contente de réagir à la dépêche d'Agra Presse du 17 février. En France le but essentiel du jeu de nos metteurs en marché consiste à piquer des parts de marché à leurs concurrents français : c'est un jeu à somme négative pour l'ensemble du marché...

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 00:20

Alexis Gourvennec, 71 ans, vient de décéder. La saga de l'homme du choux-fleur et de l'artichaut bretons, de la SICA de St Pol de Léon, du marché au cadran, de la marque Prince de Bretagne, de la Brittany Ferries et du cochon en batterie, casseur de Préfecture devenu un puissant notable, est emblématique de l'évolution du Grand-Ouest de l'après-guerre passé de la misère noire à une prospérité fondée sur l'intensification technique et l'émergence d'industries agro-alimentaires puissantes.

 

La Bretagne de Bécassine, des bonnes gagées à Paris, exportatrice de bras pour les usines, ces émigrés de l'intérieur, s'impose comme le leader dans le petit poulet congelé à la Charles Doux vendu aux Emirats arabes à grand coup de restitutions, la dinde du père Dodu, le cochon de la Cooperl et les Holstein qui pissent le lait pour le plus grand bénéfice de Michel Besnier le Lavallois, en profitant à fond de l'ineptie de notre OCM céréales, important par les ports de Brest et de StNazaire des cargos de soja et de PSC. Plus qu'une révolution silencieuse, c'est un réveil brutal à la chinoise, implacable et déterminé. Un développement à la Alexis Gourvennec, sans état d'âme, comme une revanche des gars aux galoches, les Finistériens surtout. Lisez ou relisez le Cheval d'Orgueil de Jakez Hélias.


Ce matin, en saluant la mémoire d'Alexis Gourvennec, avec qui je me suis frictionné assez souvent, je  voudrais souligner qu'il faut, avant de vilipender ou de condamner un système, chercher à en expliquer les ressorts.

 

L'exploitation familiale à 2 UTH, invention des premiers technocrates de la Vième République, scellée dans le bronze des lois d'orientation agricole de Pisani, est la mère du productivisme tant décrié de nos jours. En décrivant cela, je ne justifie pas le système, je l'explique.

 

Quel choix autre laissait-on au jeune agriculteur s'installant sur une poignée d'hectares, pour vivre, pour tenter de vivre comme ceux de ses copains partis à la ville, bien logés dans des HLM flambants neuves, avec salle d'eau et chambre individuelle.

 

C'était tout de même mieux que la cohabitation avec les parents et les grands-parents, non ! Alors quand les tous nouveaux industriels de l'aliment du bétail : les Guyomarch et consorts faisaient le tour des fermes pour proposer des élevages intégrés, avec un revenu monétaire palpable, ils trouvaient des candidats.

 

Je peux en parler d'expérience, mon frère aîné Alain fut ainsi dragué par BVT, rattrappé par les cheveux grâce à la SICA-SAVA de Bernard Lambert, elle-même tombée dans l'escarcelle de Tilly pour finir dans celle de Gérard Bourgoin. Il n'a pas pollué les rivières, il s'est contenté d'élever des poules qui pondaient des oeufs pour la reproduction. Le début de la chaîne industrielle, rien qu'un petit maillon, sans pouvoir sur la finalité du système qui l'intégrait.


Tout ça pour dire qu'on ne sort pas d'un système en le stigmatisant ou en proposant des solutions qui ne sont que des copiés-collés d'une vision passéiste de la petite exploitation respectueuse de l'environnement. Que celle-ci soit une voie intéressante et importante pour certains produits, pour certains marchés c'est l'évidence. En faire le modèle unique, en revanche, participe de la même vision que celle qui animait les défenseurs de l'exploitation familiale à 2 UTH.

 

En viticulture, pour la viticulture de masse, qu'elle soit de pays ou d'AOC, nous sommes à ce stade où il faut être en mesure de proposer aux plus grand nombre soit de plier bagage avec un accompagnement social digne, soit de s'adapter à la nouvelle donne mondiale.

 

Mais alors, me direz-vous, le spectre de l'intégration plane sur notre viticulture artisanale ?

 

Non, ce modèle est dominant ailleurs, vouloir le copier nous mènerait à une impasse. En revanche, on oublie de souligner l'importance de la coopération dans ce type de viticulture, et la coopération, comme chacun sait ou ne sait pas, au plan juridique est la continuation de l'exploitation.

 

Le défi est donc au coeur même de la modernisation des entreprises coopératives vinicoles. A elles d'imaginer les méthodes et les pratiques leur permettant d'être réactive et efficace face aux grands metteurs en marché mondiaux. C'était l'un des défis jeté par les auteurs de Cap 2010.

 

Sera-t-il relevé ?

 

L'avenir d'une part importante de notre viticulture en dépend et nos candidats à la fonction présidentielle feraient bien de s'en préoccuper.    

 

 

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