Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 08:00

Ha, les Indirectes ! J'en ai additionné des degrés d'alcool pur à partir des 10 ter de mon distillateur ambulant de père. Faire la goutte, contourner l'interdiction de l'extinction du droit de faire sa gnôle, rouler dans la farine les balourds des Indirectes, une époque révolue... Toujours au hasard de mes périgrinations de chineur, samedi dernier, j'ai trouvé un petit livre édité en 1955 par l'Association des Anciens des Indirectes pour, comme le souligne le préfacier, que le bon peuple " se rende compte de l'effort qui a du être fourni pour libérer les Indirectes du complexe d'infériorité et faire que l'administration la plus arriérée, la plus pauvre, la plus mal partagée des finances s'élève par son seul potentiel au niveau des autres et tienne sa place dignement..." De la belle ouvrage syndicale mes amis, il faudrait que leurs présents héritiers se haussent, eux aussi, au niveau des enjeux de notre beau secteur. Une administration moderne quoi, tournée vers le service, l'efficacité...  

Je fus chargé de tenir quelques portatifs, car nous exercions une demi-douzaine de marchand en gros dont le plus important fabriquait de l'absinthe, alors permise. Un jour, M.Trombe me prévint que nous partions chez ce négociant pour procéder à l'inventaire.
Nous traversâmes une partie de la ville portant les registres dans nos serviettes de simili-cuir et nous arrivâmes à la porte de l'entrepôt, juste à temps pour prendre le visa d'un chargement prêt à sortir.
Ce fut une véritable initiation pour moi qui pénétrais pour la première fois dans l'atmosphère humide et noire des caves. Des lampes clignotaient ici et là. Toute la journée se passa en appels et Trombe suivait le chef de chai et tapait de la batte sur les futailles pour s'assurer de leur contenance. Il en marqua quelques-unes que, derrière nous, Cafre jaugea et carnet en mains devait évaluer plus techniquement. Une odeur fade et anisée nous montait à la tête. Cafre s'affairait, se heurtait aux futs et semblait animé d'un zèle extraordinaire. J'écrivais sous la dictée, en compagnie d'un jeune comptable de la maison qui, sournoisement, poussait le train pour avoir l'agrément, ensuite, de m'attendre,car, néophyte, je n'avais pas son entraînement.
Nous passâmes toute la matinée dans ces appels. Trombe suivait toujours et crachottait. Le soir nous fîmes les décomptes et Cafre acheva de jauger. Après quelques rectifications sans importance, la balance fut établie et l'acte rédigé avec les " en bois " et les " autres qu'en bois ". Les manquants apparaissaient normaux, ce qui plut grandement au directeur de l'Etablissement. Il nous offrit l'apéritif que nous acceptâmes sans excès déplacé de dignité.
En nous retrouvant, dans la rue, nous vîmes que Cafre était plus hésitant que jamais dans sa démarche. Il nous quitta bientôt, à la grande satisfaction de Trombe qui me confia : " Cet abruti a probablement dû abuser de la règlementation qui lui permet de pratiquer la dégustation en cas de doute sur la nature des liquides..."

Mémoires d'un rat de cave  Simplex  édité par l'Association des Anciens des Indirectes 10, rue de Solférino Paris 7

Partager cet article
Repost0
8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 07:00

- Marie est morte.
La grosse paluche de Brejoux se posait sur mon avant-bras, le serrait fort en une étreinte pudique, un trait d'union chaleureux.
- C'est ici que...
- Oui, c'est ici que nous nous sommes rencontrés...
- Dur mon garçon !
- J'ai du mal...
- Un accident ?
- Oui un type bourré...
- Saloperie !
- Et le pire c'est que je ne lui en veux même pas. J'en veux à la terre entière.
- Je vous comprends !
- Pas sûr, mais ça n'a pas d'importance je ne viens pas vous voir pour être plaint monsieur Brejoux...
- Que puis-je pour vous Benoît ?
- Je ne sais pas trop...
- Et si veniez dîner ce soir à la maison mon épouse saurait mieux que moi trouver les mots qu'il faut.
- Vous êtes gentil mais le réconfort je m'en tape. Moi ce que je veux c'est une rupture. Un truc qui ne m'aille pas, comme entrer dans la police.
- Benoît, écoutez-moi, je suis pas très doué pour ça, mais vous avez l'âge d'être mon fils, ne faite pas cette connerie. prenez le temps, ne bousillez pas votre vie...
- C'est déjà fait !
- Certes, mais vous êtes jeune...
- Oui c'est ça, le temps fera son oeuvre, je me marierai et j'aurai de beaux enfants...
- C'est trop frais Benoît...
- Non, Brejoux, c'est définitif !
- Mais...
- Y'a pas de mais ! Voulez-vous m'aider ?
- Réfléchissez quand même...
- C'est tout réfléchi. Je peux faire seul...
- Ne vous emballez pas Benoît. Venez dîner ce soir à la maison, nous en discuterons et je vous donnerai ma réponse.
- D'accord ! Désolé d'être aussi abrupt mais c'est la seule façon que j'ai trouvé de me raccrocher à cette putain de vie.

Avec Brejoux on a bavassé politique. Il était pessimiste. La grande peur des nantis comme celle des petites gens, transmuée en raz-de-marée électoral, c'était le pire débouché pour les évènements. Que des perdants ! En haut, les spasmes du mouvement n'ont été perçu que comme un prurit de jeunes, rien d'autre, alors que la vague s'était levée parce que cette société étouffait sous une chape de convenu. Un vieux monde disparaissait, la France terrienne, étroite, respectueuse, soumise, un nouveau pays, niché dans les grands ensembles urbains naissait, on l'ignorait, on le méprisait même. Ce qu'on appellerait plus tard la société de consommation, pour Brejoux ce n'était qu'un ramassis de gens onubilés par l'essence dont on avait privé leur petite bagnole et qui craiganit de ne pouvoir partir avec bobonne à la plage pour le long week-end de la Pentecôte. Putain, me disait-il, la classe moyenne, rien que des ventres mous, des gens qu'on tiendra par le licol... J'avais trouvé le courage de le charrier " mais c'est vous le révolutionnaire, Brejoux. Moi je ne suis qu'un émeutier de paccotille. Vous voyez bien je suis tout juste bon pour les travaux de basse la police, j'ai l'échine souple..."   

Partager cet article
Repost0
8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 00:01

Rude journée pour la reine ! Au salon de l'agriculture la chaussure est l'outil essentiel pour tenir le coup. De ce côté-là mon anglaise est lourdement ferrée, le genre Méphisto en croute de cuir délavé. Sur le flanc de la descente, la Mary est une redoutable : elle écluse et distille en temps réel. Moi je suis plus douillet sur le liquide mais imbattable sur le solide. Après notre petite sieste nous déambulons dans les travées, sans but précis, au gré de nos envies. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le hall de l'Odyssée Végétale qui se veut le pendant du hall des bestiaux. En ce moment on se dirait au Salon de l'auto car les gars des céréales, du sucre, et bien sûr du colza y ne pensent plus qu'à la carburation.Roulez à l'huile de friture ! De mon temps les plaisantins foutaient du sucre dans le réservoir des gars qui pouvaient pas piffer et maintenant c'est tout ce qu'il y a de plus officiel, ça s'appelle le bio-éthanol. Un de ces jours, y se pourrait que nous roulions au Bordeaux. Quand j'ose dire ça à mon anglaise elle me prend vraiment pour un fêlé. Merlot 33 aussi, c'est ainsi.

Juste après que j'eus prononcé ces fortes paroles nous sommes tombés sur une très bonne amie. Quand elle m'a vu avec mon anglaise elle l'avait un peu mauvaise car je lui dis toujours que le salon c'est pas dans mes amours. Bon fallait que je trouve une dérivation : le terroir bien sûr ! On était à quelques encablures de l'huile d'olive. Mal m'en prit, voilà t'y pas que ma très chère amie se lance dans une diatribe où elle dit à Mary que tout cela est du freli frela car elle quand elle va à Carrefour : elle négative. Dans les caddies la plupart achètent du prix et que, comme le dit le Professeur je ne sais plus qui, l'ami de Michel H, les enfants obèses se recrutent dans les couches les plus défavorisées. Que c'est bien beau de se gargariser avec la qualité, l'authenticité, le terroir, mais qu'il faudrait quand même se préoccuper de ce que bouffent vraiment les gens. Arrêter de se raconter des histoires. Retrouver le lien avec la nourriture. Cesser d'interdire des trucs en disant qu'ils font mourir. Voir comment vivent les gens. Que, oui, l'ami de Michel H c'est le professeur Arnaud Basdevant. Moi, courageux comme un mec en présence de deux femmes qui discutent, je me suis discrètement esbigné, les laissant en plan, trouvant que ma journée au Salon était terminée. Je suis rentré en métro : la ligne 12.

Ces 4 chroniques sur le Salon de l'Agriculture, qui ont trouvé leur origine dans la lecture d'un article du Daily Telegraph : Un anglais les pieds dans le terroir, sont à la fois le fruit de mes souvenirs de tout ces jours passés au Salon, inaugurations comprises, Ministre et Président compris, et, bien sûr aussi, un peu de mon imagination. J'espère ne pas vous avoir trop insupporté avec mes digressions mais, comme je suis persuadé que l'on peut traiter des questions importantes avec un peu de légèreté, je l'ai fait pour que les choses avancent, pour qu'on cesse de se payer de mots, surtout en ce temps où l'inflation des mots est de mise. Le bien manger, le bien vivre à la française, est un héritage qu'il ne faut pas se faire confisquer ni par les intégristes du terroir, ni par les faiseurs de nourriture hygiénique à soi disant deux balles... Quel beau challenge que de proposer au plus grand nombre des produits de qualité à un prix accessible pour leur porte-monnaie !

Partager cet article
Repost0
7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 07:00

Assis en terrasse Brejoux m'attendait. Me tendant la sienne il me broyait la main. L'homme massif, carré, respirait la bonhommie. Tout en lui rassurait : ses cheveux poivre et sel taillés en brosse qui encadraient un front haut, intelligent ; ses longs sourcils broussailleux surmontant des yeux d'un bleu de ciel pur, attentifs ; son nez et ses lèvres charnues, jouisseuses ; un menton franc et des machoires saillantes, volontaire. Seules ses fringues grisâtres et ses pompes écrase-merde évoquaient la maison poulaga. Flic à l'ancienne, républicain et proche des gens, à son âge il aurait du occuper une place plus élevée dans la hiérachie mais, son peu de goût pour les arrangements et les coups fourrés lui valait de végéter aux RG. En cette fin des années 60, la chaîne de commandement, restait dominée par la droite dure, celle qui avait servi Vichy sans état d'âme, parfois même avec un zèle suspect, et celle, plus versatile, qui penchait toujours du côté du manche. Les évènements de mai avaient exacerbé la paranoïa des tapes-durs et des barbouzards. Que ces gosses de riches osent s'offrir une révolution, en s'attaquant aux biens, les bagnoles incendiées surtout, les rendaient hargneux. L'après-mai favorisait leurs desseins. Entretenir une atmosphère de guerre civile larvée leur convenait. Ils étaient aidés en ce cela par les outrances, surtout verbales et écrites, des groupuscules gauchistes.

Brejoux, pour moins fumer, suçottait en permanence une allumette. Homme de terrain, contre vents et marées, il livrait à sa hiérarchie des analyses subtiles, décortiquant finement la littérature touffue et un poils délirante de la galaxie révolutionnaire. Pour lui, l'enflure des textes marquait une forme de désespoir romantique face à un monde qui n'offrait plus de grandes causes ; les références aux révolutionnaires exotiques : le Che par exemple, ou même l'arrimage au grand timonier, en étaient les signes les plus probants. Toutes ces jeunes pousses d'après-guerre, dans un désir de pureté exacerbé, idéalisaient le peuple, les travailleurs. Pour eux les intellectuels, pour la plupart inféodés au PC, avaient trahi la classe ouvrière. Eux, en sacrifiant études, honneurs et confort, allaient briser les chaînes. En dehors de quelques débordements violents, nerfs de boeuf ou poing américain, la confrontation restait dans les limites du raisonnable. D'ailleurs, comme le soulignait Brejoux, la plupart d'entre eux restaient dans le giron familial et continuaient leur parcours universitaire. Tout cela a des vertus curatives, insistait-il, une thérapie qui fera que beaucoup retrouveront des chemins plus conventionnels. A trop vouloir jouer le jeu des rares extrémistes, ses chefs, favorisaient la radicalisation et la manipulation, qui déboucheraient sur la pose de bombes, des enlèvements ou des coups de mains sanglants. On soupçonnait Brejoux d'avoir le coeur à gauche.     

Partager cet article
Repost0
7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 00:25

C'est la suite d'hier...

Comme au rugby, le britannique ne renonce jamais. Passé le rush de la meute j'entrainai ma chère anglaise à un truc qui m'a toujours plié de rire : un cocktail sur un stand d'une grande institution (je ne donne pas de nom car je me ferais encore des amis). Moi j'adore ! Tout d'abord il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans l'enclos - bien que moi, comme je suis connu comme le loup blanc, on me laisse entrer les mains dans les poches - enclos où, bien sûr, se pressent les happy few qui gravitent comme des planètes autour des hautes personnalités présentes. Presque toujours les mêmes (là ce n'est pas la peine que je donne des noms vous pouvez le faire tout seul) qui se bourrent de canapés et de petits fours, picolent du champagne ou du whisky (boissons syndicales) et, bien sûr, échangent de hautes pensées sur le devenir de notre planète ou, parfois, du lumbago qu'ils ont récolté après leur partie de tennis. Je suis très mauvaise langue. Ce qui me plaît par dessus tout c'est que le chaland, celui qui traîne ses guêtres et des kilos de prospectus, qui cherche la dégustation gratuite, qu'en a plein les bottes, qui va machonner un mauvais sandwich en buvant de la bière dans un gobelet en plastic, au lieu de regarder le jeune veau, tout juste né, de Flambeuse la belle Normande aux yeux tendres, y zieute tout ce beau monde qui se fait des ronds de jambes. Parfois, je sens dans son regard comme des envies de... 

Revenons à Mary. Mon pince-fesses semble lui plaire. Elle écoute aux portes si je puis m'exprimer ainsi. Je sens que je vais en prendre pour mon grade. Tiens cette année, certains qui m'ignoraient l'année dernière me saluent. Bizarre vous avez dit bizarre... Moi je bois un hypocrite : du jus d'orange au champagne. Fendant la galaxie de plusieurs directeurs mon anglaise fond sur ma pauvre petite personne. " Vous les Français vous adorez jeter l'argent du contribuable par les fenêtres..." me sussure-t-elle perfidement. J'ai beau lui dire que des fenêtres y'en a guère Porte de Versailles, elle ne goûte pas mon humour qui n'a rien de britannique. Pourtant, l'air de rien, je lui porte une attaque à laquelle elle ne s'attendait pas. " Voyez-vous, chère amie, c'est moi, si je peux m'exprimer ainsi sans vous paraître un peu outrecuidant, qui ai privatisé le Salon de l'Agriculture..." puis l'estocade " et en plus ce sont des anglais qui ont failli l'acheter..." Là, la pauvre, telle une carpe du bassin du Château de Windsor, arrondit sa bouche, manquant d'air. Je me venge d'Azincourt, lui expliquant que le CENECA (un zinzin public dirigé par un fonctionnaire) perdant de l'argent à pleins tuyaux, nous les spécialistes des poches percées, les adorateurs des déficits,  avions sans coup férir mis fin à la gabegie. Le tonneau des Danaïdes s'était trouvé un fond, pas de pension, mais un fond tout de même.

La donzelle sonnée avait trouvé son maître. Elle se vengeait en razziant les éclairs au chocolat. Moi, faux-derche de lui dire " et si nous allions faire un tour sur le stand de votre beau pays..." Déjà déconfite par ma perfidie de mercanti, elle sombrait dans la mélancolie. Et savez-vous ce qu'elle m'a dit quand on s'est retrouvé là-bas : " en tant qu'anglaise, je suis rouge de confusion devant l'échantillon de nos produits. On les dirait tout droit sortis du placard de ma grand-mère dans le seul but de confirmer le cliché selon lequel la Grande-Bretagne est une contrée barbare située loin au-delà des limites du monde culinaire connu..." Bien sûr, j'ai fondu face à une telle détresse et pour me faire pardonner ma méchanceté je l'ai emmené sur le stand du CIV (Centre Interprofessionnel des Viandes) et nous nous sommes offerts - pour être franc c'est eux qui nous l'ont offert - une entrecôte à la bordelaise avec une bonne Folle Noire de chez Mourat - le ragoûtant -  des côteaux de Mareuil. Après, comme on était un peu flappi, sous les arbres de l'Office des Forêts on s'est endormi pour une petite mariénée...

à suivre demain...   

Et toujours, le produit du jour, l'opus 5, toujours dans articles récents : Brejoux, un flic à l'ancienne

Partager cet article
Repost0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:01
C'est la suite d'hier...

La moutarde me piquait le nez, des larmes fluides dégoulinaient jusqu'à mes lèvres. Pour éteindre le feu je sifflais au goulot une grande lampée de bière. Dans sa camionnette un peu pourrie empestant l'huile de friture, juché derrière son comptoir graisseux, Ali Berkane, préposé à la graille ambulante, se gondolait. " C'est de la vraie mon frère. C'est comme les lacrymo de tes potos CRS ça chatouille le pif..." J'opinai en enfournant une nouvelle bouchée de brûlot. " Un enragé que t'es mon frère. On te dit fais gaffe c'est de la nitro et paf ! tu remets ça..." Il m'offrait le spectacle de ses dents capotées d'acier inoxydable. Ali, ses frites molles, sa harissa et ses merguez, je l'avais convaincu d'élargir son offre au hot-dog. " Mais c'est du cochon mon frère m'avait-il objecté ? C'est péché..." Avec mes copains très férus de dialectique nous lui avions démontré qu'en tant qu'Infidèle, commerçant de surcroît, qui ne crachait pas sur le jaja par ailleurs, dans une Terre de Vieille Chrétienté l'absence de hot-dog à sa carte serait perçu comme une forme insidieuse de racisme anti-français. Depuis, Ali nous bénissait. Son chiffre d'affaires montaient en flèche. " Même des anciens bidasses d'AFN viennent maintenant se fournir ici..." ajoutait-il pour se rassurer.

 

Le plaisir du hot-dog je l'avais découvert grâce à l'une de nos voisines dans mon pays crotté et ignare, une alsacienne émigrée là par le hasard d'un mariage avec un Parisien qui lui ne savait pas trop pourquoi il était resté là à faire le garagiste après la Libération. Ce fut par le truchement de la choucroute que j'arrivai à la saucisse. La Strasbourg ou la Francfort, je ne sais plus très bien, mais ce que je sais c'est que le jour où, la mère Raymonde - la femme du pompiste donc - glissa dans une baguette de pain, transformée en une sorte de tuyau tiède, une saucisse qu'elle venait d'oindre de moutarde, je tombai sous le charme du hot-dog. Un sandwiche qui porte bien son nom. Cette histoire je l'avais bien sûr raconté à Marie en m'extasiant sur l'étrange alliance sous la dent du mou et du fort. Elle avait beaucoup ri mais elle aussi s'était convertie. Nos envies soudaines et irrépressibles de hot-dog nous voyaient nous précipiter, sitôt la séance de ciné terminée, au comptoir de notre pote Ali. Aujourd'hui, il n'a rien dit Ali. A voir ma gueule de déterré il a du se dire : elle est partie. Alors il a fait comme si notre pote Ali. Marre des souvenirs, j'étais mal. Et puis merde, c'était le saucisson-beurre de notre premier jour au Conti qui me prenait la tête. Ali m'a dit " c'est moi qui t'offre aujourd'hui. J'ai répondu " merci " et je suis parti. Face à moi le bitume de la Place du Commerce m'apparaissait comme un lac gris, hostile. Traverser, gagner la Place Royale, affronter la serre vitrée du Conti. Que des souvenirs heureux... Fuir ? Y aller ! J'y allais d'un pas décidé et le rire de Marie m'y accompagnait.

à suivre demain...   

Partager cet article
Repost0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 00:03

suite de la chronique d'hier...

Pour faire couler la miette, mon anglaise et moi, en plus du Pti Chablis de nos amis de la Chablisienne, nous nous enfilions un grand café puis un pousse-café : une rincette au Calva (pardon dans ce cas-là c'est la bonne orthographe). Bien sûr ça donnait des couleurs à ma pâlotte du Surrey qui, dans cette douce euphorie, trouvait le moyen de penser que l'heure était venue de me balancer quelques vacheries. Y sont comme ça les britishs, peuvent pas s'en empêcher. Je pourrais ironiser sur les vaches anglaises mais ce serait de mauvais goût. Bref, voilà t'y pas que la Mary, tout en sauçant son sucre dans le jus de pomme du pays d'Auge, me dit " vous les Français vous êtes drôles. Les citadins et leurs enfants viennent s'extasier devant les animaux au Salon une fois par an. En dehors de ce moment de rêve, à les entendre ceux qui les élèvent polluent leurs belles rivières, ceux qui font du blé en font tellement qu'ils cultivent plus les primes de l'Europe que des céréales, que de toute façon les paysans ne sont jamais contents, trop chaud, trop froid, trop mouillé, trop sec, qu'ils barrent les routes à tout bout de champ, que les viticulteurs jettent à tous propos leur vin au caniveau... Tout ça n'est pas très cartésien monsieur je sais tout..." Comme je suis de bonne humeur je ne lui en tiens pas rigueur. Je pourrais évoquer les primes de sa Très Gracieuse Majesté mais je suis fair play. De plus je n'ai pas envie de discuter. Alors je la prends par le bras et d'un bon pas nous partons nous immerger dans la profondeur des terroirs de France.

Bon, comme je ne veux vexer personne, je ne peux citer tout ce qu'on s'est enfilé, mais je puis vous assurer qu'on les a tous fait les terroirs de France, DOM-TOM compris. On a commencé par des huîtres de Bouzigues avec un coup de Picpoul de Pinet, puis on s'est tapé de la Poutargue. Puis on s'est dit qu'on allait faire dans le fromage : Boulette d'Avesnes, Fourme d'Ambert, Banon, Gaperon, Langres, Beaufort, Livarot, Niolo,Osso-Iraty, Epoisses, j'en passe... avec de la fougasse et les liquides locaux qui vont avec. Et puis, j'ai du céder au désir de femme et nous sommes allés nous taper un Chabichou avec un blanc du Haut-Poitou, cuvée La Surprenante. Très drôle ! Pour compenser jl'ai emmené boire un Pacherenc-de-Vic-Bilh en lui disant que c'était bon contre le bégaiement. Puis comme j'avais un petit creux on est allé se taper un aligot - qui kom voul savé éfé avek du Laguiole fré - arrosé d'un Marcillac acidulé. Après ça, elle avait envie de sucré alors on s'en est allé chez les Bretons pour savourer un Kouign Anam - ki kom voul savé cé du beurédusuc - avec une bolée de Cidre de Cornouailles de Christian Toullec qu'a eu une médaille d'or au Concours Général de 2004. C'est alors que je me suis dit qu'il fallait que j'aille revoir ma Normandie. On n'a pas fait de chiqué : un tarrasson de Teurgoule avec un cidre du Père Jules. A ce moment là Mary m'a dit " où allons-nous aller déjeuner ? "

 

Je n'ai pas eu le temps de lui répondre, une vague, un raz-de-marée, un tsunami a failli nous emporter. C'était le cortége de l'homme qui depuis longtemps savait parler à l'oreille des animaux. Les paysans avaient le coeur gros, leur grand Jacquot allait tirer le rideau. C'est alors que mon petit doigt m'a dit " mon garçon, fait attention, pas de panique, elle va te brancher sur la politique..." Le coquin ne s'était pas trompé, alors qu'on venait tout juste d'échouer du côté de la Martinique et qu'on sirotait un rhum agricole, mon emmerdeuse patentée du Surrey a attaqué. " Mais qu'est-ce qu'ils viennent chercher là ? " Bêtement j'ai répondu " des voix..." Ca ne la satisfaisait pas elle m'a rétorqué " que nous les Français on adorait se défiler..." Bon, j'ai fait le dos rond, évité d'évoquer Mers-El-Kébir ou d'autres mauvais souvenirs et, pour faire diversion je lui ai dit, d'un air un peu niais, " cette année vous savez on peut à nouveau admirer les poulets..." D'accord, avec une sortie comme ça, je n'ai pas fait progresser d'un pas l'Entente Cordiale mais, comme je suis un besogneux, tout en nous tirant des profondeurs de nos terroirs je me suis dit que j'allais m'en tirer en lui racontant une histoire...

à suivre...  

Et toujours en ligne l'opus 4 de mon petit roman juste pondu, tout frais, sous la rubrique articles récents : ce matin c'est le mou et le fort

Partager cet article
Repost0
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 07:00

Brejoux, je l'avais rencontré au comité de grève. C'était le seul dans l'assistance qui n'ouvrait jamais sa gueule, vu qu'il était là pour faire son boulot. En bout de table, sur un petit calepin de chantier à élastique, avec un crayon pointu, il noircissait des pages de pattes de mouche serrées. Nous préférions qu'il soit des nôtres car, avec lui, nous avions la certitude que les infos sur nos activités seraient de première main. La haute hiérarchie des flics était tellement vérolée par le SAC ou autres officines barbouzardes que c'était du pain béni que d'avoir affaire à un type des Renseignements Généraux aussi réglo. Quand je lui téléphonai, après avoir glandé pendant deux jours dans ma chambre d'hôtel, pour lui demander un rendez-vous, sans préciser pourquoi, il ne parut pas surpris. De sa voix qui roulait les R, comme le font tous les natifs de Carcassonne, Brejoux, toujours aussi laconique, me répondait " ce sera pour moi un grand plaisir de vous revoir Benoît. Plutôt qu'à mon bureau je vous propose que nous nous retrouvions autour d'un verre au Conti. Ca vous rappellera de bon souvenir..." Ma gorge se nouait. Brailler. Crier. Expulser ma rage froide. A l'autre bout du fil, le brave homme dut percevoir mon trouble, il s'inquiétait :
- Benoît vous avez des soucis ?
- Non, non, pas des soucis, mais juste le besoin de parler à quelqu'un...
Cette marque de confiance ébranlait Brejoux. Il pressentait l'urgence. " Si ça vous est possible, retrouvons-nous dans une heure au Conti..." Même s'il me prenait de court, je l'avais appelé, comme ça, avec une vague idée derrière la tête, j'acceptai sa proposition.

Comme j'étais crade je me précipitai sous la douche. L'eau, tiédasse et jaunasse, se déversait en une alternance de trombes et de pluie fine. Je me récurrai au savon de Marseille. La mousse me piquait les yeux. Mon estomac criait famine et mes jambes molles flageollaient. Il faut dire que, depuis deux jours, je me contentais de boire de l'eau du robinet. La serviette était rèche. Je me frictionnai jusqu'au sang. Le miroir piqué me renvoyait une gueule flétrie bouffée par une barbe de trois jours. Me raser me parut au-dessus de mes forces. Je me brossais les dents pour tenter de me défaire d'une haleine fétide. Dans la chambre d'à côté, un client limait une fille en gueulant " t'es qu'une pute ma salope..." ce qu'à l'évidence, elle était. De la brume dans les yeux... la peau de Marie... de la rage... je fourrageais dans mes cheveux humides pour domestiquer ma tignasse frisée... jamais plus... alors des filles comme ça... pourquoi pas... Une envie monstrueuse de hot-dog m'emplissait.

Partager cet article
Repost0
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 00:06

Les gars de chez moi, quand y montaient à Paris pour le Salon c'était pour deux raisons avouables : voir les bêtes et le matériel et deux, qui ne l'étaient pas : se prendre quelques muflées carabinées dans le couloir de la mort (l'actuel hall des provinces) et aller trainer du côté de Pigalle. Je ne veux pas être mauvaise langue mais, comme leur moyen de transport exclusif dans Paris était le métro, beaucoup d'entre-eux, en dehors du quartier de la Porte de Versailles et des lieux de perdition, ne connaissaient rien des splendeurs de notre capitale, exception faite peut-être de l'Eiffel Tower. Ces temps sont révolus, la machine agricole a émigré à Villepinte et notre Salon de l'Agriculture attire plutôt les urbains, les enfants des écoles et les étrangers, que les agriculteurs. Alors j'ai décidé, ce matin, de vous narrer la visite d'une anglaise au SIA (le sigle est déjà la preuve qu'on est en présence d'une grande vitrine plutôt que d'un salon professionnel).

Pourquoi une anglaise ? Parce que celle-ci, par commodité je la prénommerai Mary, m'a écrit " Il est des moments où l'on ne peut s'empêcher d'aimer les Français. Comme samedi prochain, le 3 mars, jour d'ouverture à Paris du Salon International de l'Agriculture..." Venant d'une ressortissante de la perfide Albion ça mérite réflexion. Pour elle c'est la France profonde* qui débarque à Paris. Les Français ont les pieds dans le terroir*. Et d'ajouter rien de tel qu'une visite au Salon pour comprendre tout ce qui sépare culturellement les Britanniques et les Français. Bigre ! Et pour enfoncer le clou : même si ses enfants étaient fourbus lors de leur première visite, le lendemain il la suppliait d'y retourner. " Rendez-vous compte : même les enfants adorent y aller ! " s'extasie-telle... Alors pourquoi bouder ce plaisir, au front, quand faut y aller faut y aller...

* en français dans le texte

L'épicentre du Salon c'est bien évidemment le grand Ring de présentation des animaux. Des bêtes bichonnées comme des top models, des taureaux Limousins couillus, des Pies rouges pimpantes, des Parthenaises rosissantes, des Blondes d'Aquitaine aguichantes, des gorets de Bayeux noir et blanc, des biquettes poitevines : de bien belles grisettes, des brebis de Lacaune, celles qui font, sans que José y prête la main, du Roquefort alter, des béliers Southdown altiers, j'en passe bien évidemment : la France est un pays Jacobin assis sur de belles provinces qu'il glorifie lorsqu'elles montent à Paris. C'est ce que je dis à mon anglaise pour faire l'intéressant. Mais elle me dit qu'elle a un petit creux. On va donc se faire un petit mâchon : rillettes, grattons,saucisson à l'ail, andouille de Vire, y manque que de la fressure, sur de bonnes tartines de pain enbeurrées (kivopa bien sûr le beurre salé de mémé Marie) arrosées d'un pti coup blanc (je ne dis pas lequel pour ne vexer personne) Comme je suis un gars qu'a des relations on est allé, ma nénette du Surrey et ma pomme, poser nos fesses sur le stand d'une organisation. Eux, les gars des zorganisations, y distribuent que du papier mai yzon des salons pour VIP. Donc on s'est vautré sur des canapés et, tout casse-croûtant on s'est mis à bavasser...

la suite demain... en attendant cliquez sur  http://www.salon-agriculture.com/index773c.html?id=2328

Pour ceux qui suivent mes écrits romanesques je leur rappelle que l'opus 3 est en ligne. Ils peuvent le consulter en allant dans la liste des articles récents avec pour titre Brejoux un mec réglo

Partager cet article
Repost0
4 mars 2007 7 04 /03 /mars /2007 00:05

A mon arrivée à Nantes, avec l'argent de Jean, mon du, une poignée de billets frippés - si je l'avais écouté il m'aurait donné tout le liquide du coffre - je louais une chambre, pour une semaine, dans un hôtel miteux du quai de la Fosse. La patronne, déjà intriguée par ma dégaine de mal rasé et mon étrange balluchon, me regardait d'un drôle d'air quand j'insistai pour payer d'avance en petites coupures. Pour l'amadouer je lui souriais. Ma tronche de chien battu devait la rassurer. Elle me tendait une fiche de police que je remplissais. Son parfum de pacotille, mêlé au suif de sa peau, épandait des remugles fades. Elle me donnait une grosse clé pendue à une étoile de bronze "la 18 est au premier gauche..." L'escalier recouvert d'un tapis élimé grimpait sec. Les immeubles du quai, étroits et de guingois, empilaient des pièces hautes de plafond. Ma chambre, qui donnait sur une cour intérieure, n'échappait pas à la règle. Je tirais les doubles rideaux jaune pisseux. La lumière les traversait sans peine tant ils étaient élimés. Je m'allongeais tout habillé sur le lit recouvert d'un dessus de lit d'un blanc douteux. Le plâtre du plafond, bouffé par le salpêtre, partait par larges plaques en lambeaux. Je pleurais. Je pleurais doucement, en silence, les yeux rivés sur un petit tableau aux couleurs défraichies.

Sur la dalle de ciment, avec Jean, nous avions fixé une petite plaque émaillée - c'est un de nos amis potier qui nous l'avait confectionné - où j'avais écrit Marie fleur de mai . Quand ils étaient tous repartis, au bateau du soir, même le regard implorant de maman n'avait pu ébranler ma détermination. Jamais plus je ne les reverrais. Ma survie en dépendait. Je voulais vivre dans ma plaie ouverte. Jamais elle ne devait cicatriser. Ne croyez pas que c'était pour me complaire dans le malheur. Je n'étais pas malheureux. Je n'étais plus rien. Reprendre le cours d'une vraie vie sans Marie était au-dessus de mes forces. Me restait à vivre une vie de merde, y patauger, m'y souiller, m'y perdre pour que l'oubli, ce grand laminoir impitoyable, ne puisse jamais m'atteindre et m'essorer de ma vie d'avec Marie. Avant de partir je suis allé sur la lande cueillir une brassée de fleurs. Jean m'attendait devant le portail du cimetière avec un grand vase rouge. Nous avons offert à Marie ce bouquet puis nous sommes descendus nous bourrer la gueule au port. Les marins piquaient le nez dans leurs verres. C'était l'un des leurs qui avait écrasé Marie.

la suite demain...

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents