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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 00:08

L’heure est aux Oscars, et à leurs petits cousins les César, et comme les français, me dit-on, en ce temps de crise, se réfugient dans les salles obscures, alors ce matin c’est décidé je vais vous faire mon cinéma, un cinéma indépendant, genre Sundance, loin des grosses productions hollywoodiennes, de la pure création coco !

 

Alexis Lichine, dans son Encyclopédie, écrivait « Par comparaison avec le Médoc, riche en manoirs, et le Sauternes où subsistent des forteresses médiévales, Pomerol donne une impression bon enfant. Souvent ses châteaux ne sont que des villas et les parcs y font place à des petits jardins car les vignes nobles occupent presque tout le terrain disponible. » Pas de classification à Pomerol mais un ordre établi où trône la star des stars : le Château Pétrus aux cachets mirobolants. En 1981, à l’Hôtel de Lassay, j’en disposais comme d’une arme de dissuasion massive, à déjeuner, auprès de certains de nos hôtes à peine remis de leurs frayeurs électives. Il est hors classe pour Lichine qui décline ensuite les Crus exceptionnels tels la Conseillante ou l’Evangile, les Grands crus tels Petit-Village et Gazin, les Crus supérieurs tels Nénin et le Clos de l’Eglise et enfin les Bons crus où nous retrouvons notre héros du jour : le Vray Croix de Gay, qui pendant très longtemps fut plutôt du genre Robert Dalban, un troisième couteau sympathique mais qui se contente d’être un simple porte-flingues.

 

Le cinéma français, avec la Nouvelle Vague et des acteurs tels le merveilleux Jean Bouise et l’homme qui aimait les femmes : Charles Denner, a su donner au second rôle ses lettres de noblesse. De la pâte humaine, un je ne sais quoi qui nous ressemble, une réelle proximité, une envie de partager avec eux le pain et le sel et, bien sûr, une bonne bouteille. Bref, ce matin plantons le décor avant de découvrir la révélation, notre Vray Croix de Gay, comme l’écrit Decanter « Une des plus remarquables progressions du millésime 2006 » Avec ses 3,67 hectares en trois parcelles, c’est un confetti mais un confetti aux voisinages illustres sur le haut du fameux plateau – harmonie du vocabulaire – de Pomerol : la plus grande, derrière Petrus, est enserrée par La Fleur, la Fleur Pétrus, le Gay et Hosanna ; la seconde est coincée entre Trotannoy et le Pin ; la troisième touche la Grave et Rouget. Du côté pedigree : 82% de Merlot et 18% de Cabernet-Franc et un âge moyen des vignes de 39 ans.  42 hl/ha en moyenne et seule les raisins des vieilles vignes du haut du plateau entrent dans le 1ier Vin.

 

Mais pour faire du cinéma il faut : un producteur et un réalisateur.

Au générique :

-         les Producteurs : Aline&Paul Goldschmidt (des parigots qui ont débarqué en 2004) Aline au pays des merveilles : la saga de la Baronne Guichard http://www.berthomeau.com/article-19261133.html

-         le réalisateur : Stéphane Derenoncourt Les 3 mêmes questions à Stéphane Derenoncourt « surtout pas œnologue » http://www.berthomeau.com/article-24738275.html

 

Tout cela est bel et beau mais l’heure est venue de passer aux choses sérieuses et, comme je ne suis pas un type sérieux, c’est à des jeunes gens sérieux, mais bons vivants, que j’ai confié le soin de la critique. Métier à hauts risques où il faut se garder de deux travers : le dézingage hautain et systématique et la complaisance mielleuse ou pire mercantile. Mon jury, une fille et trois gars, Flore de Cerval et Erwan Thill déjà présents lors de la dégustation Queen of Syrah et deux nouveaux venus : Matthieu Poirault fondateur de Vinalia et Josélito Franscisco de la Royal Bank of Scotland, a rempli sa mission avec la pertinence et la bonne distance qui doit prévaloir dans ce genre d’exercice.  À noter que la reine Margot, notre banquière d’affaires, surfant sur un Power Point, nous fit, à notre grand désespoir, faux bond.  Votre serviteur, lui, incompétent notoire, jouera le rôle de secrétaire de séance. À ce stade je dois concéder que ma référence aux Oscars ou aux César atteint sa limite car, bien évidemment, mes jeunes pousses ne se sont pas tapé une horizontale des Pomerol. Notre exercice a été plus modeste : 3 Vray Croix de Gay, un 1999 un millésime pré-Goldschmidt, un 2006 et un 2007 des enfants bichonnés par Stéphane Derenoncourt sous l’œil attendri d’Aline et de Paul. Contestable ! Peu me chaut, l’important, bien plus qu’une exhaustivité factice c’est la beauté de la découverte, le coup de cœur : le même que celui que j’ai éprouvé pour Séraphine de Senlis à la sortie du musée Dina Verny. Mais d’où venait donc cette splendeur, ces couleurs, ce raffinement ? D’une humble femme de maison illuminée peignant à quatre pattes avec ses grosses mains crevassées par les travaux les plus humbles. Dieu que Yolande Moreau est une grande et belle actrice : sous la cape du second rôle se cache toujours l’étoffe d’un premier.

 

Le 1999, dans une belle unanimité est jugé d’une sénilité sympathique, sa robe tuilée marque un début d’évolution, son nez encore explosif se referme vite, décline sur des notes animales, en bouche un boisé bien fondu, une belle vivacité mais une finale très courte qui laisse une pointe d’acidité. À boire de suite car garde encore de beaux attributs.

 

Le 2006 ensuite, la robe est d’un grenat intense, très profond, le disque fait ressortir cette profondeur. Matthieu s’interroge sur l’atypisme des fines larmes ce qui me plonge, moi, dans un abime de perplexité. Mes dégustateurs en herbe mais érudits s’attardent sur cette constatation paradoxale. « Les larmes sont un indice de l'alcool et du glycérol contenus dans le vin. L'alcool donne la chaleur en bouche tandis que le glycérol provoque la sensation de gras. Les larmes sont les gouttes qui descendent des parois du verre lorsque le vin est remué dans le verre. » Toute règle a ses exceptions et déjà ce 2006 surprend déjà. Le nez est intense, des parfums de lavande et d’amande, complexe avec des notes d’épices : cannelle et curry. Chaque dégustateur a son système de référence mais en commun les miens trouvent à ce 2006 un nez plus que flatteur, empli de promesses. Mais c’est en bouche que tout se joue : fraîcheur, minéralité, très vineux, un boisé très fondu, des tanins fins avec un équilibre remarquable bois-vin. « On retrouve les notes du nez » Il est gourmand, bien enveloppé comme un de ces chocolats sous papier doré : on ne sait pas ce que l’on va découvrir. Du velours et en finale le côté fruit ressort. « On a envie de finir son verre » souligne Erwan. Ce qui surprend mes dégustateurs c’est que ce jeune millésime est à la fois agréable à boire de suite, avec un carafage, et recèle un potentiel de garde remarquable. Ce Vray Croix de Gay 2006 est un vin moderne, au meilleur sens de la modernité, bien dans ses baskets tout en gardant ses belles racines de terroir. Beau débat que celui-ci : la tradition revisitée, dépoussiérée, forme d’un retour aux sources d’un terroir d’exception. Équilibre fragile, sur un fil, mais si porteur de ce grain de folie qui fait la différence. Flore à le mot de la fin « Ce vin est à l’image de son étiquette : très contemporain, les codes y sont présents avec une pointe de fraîcheur… »

Le 2007, enfin, une robe rubis impressionnante, profonde, insondable ; un premier nez de noix de coco, très Bounty, mais la dominante est celle de fruits noirs compotés avec un bois parfaitement fondu ; en bouche, en dépit de sa jeunesse, on croque dans le fruit, une belle puissance avec une grande finesse des tanins. Ce millésime sera sans aucun doute à boire plus rapidement mais au plan du plaisir celui-ci est identique au millésime 2006. Selon mes dégustateurs il a du être bien placé dans la dégustation en primeurs. Ce qui les frappe c’est le côté soft du bois.

 

À l’unanimité du jury l’Oscar du meilleur second rôle est attribué au Vray Croix de Gay 2006, en quelque sorte le Sean Penn du Pomerol. Comprenne qui pourra l’important c’est que moi je me comprenne tout en laissant planer le suspens. Les curieux peuvent toujours m’interroger par les canaux habituels.

  Rappel : adhérez à l'ABV pour que triomphe le bien vivre à la française : pour les formalités d'adhésion vous reporter à la fin de la chronique d'hier en cliquant sur son titre (colonne de droite du blog). J'y reviendrai car seul un vrai réseau amical et convivial nous permettra de mener à bien le combat contre les sinistres cavaliers de l'Apocalypse de l'abstinence. Et ne me dites pas que vous n'avez pas le temps !

 

 

 

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 00:05

Dans l’avion du Glam, Michel Rocard, comme à son habitude potassait le dossier que je lui avais préparé. Nous allions au charbon : le Midi grondait et menaçait. En bon militant qu’il était, mon Ministre, avouait un faible pour les combats de ce pays. Aller au contact n’était pas pour lui déplaire. Moi j’étais dans mes petits souliers. Lorsque, le Mystère 20 aborda sa phase d’atterrissage de Béziers-Vias nous eûmes le sentiment que nous allions amerrir dans un océan de vignes. Souvenirs, souvenirs, certes, mais aussi un lien entre ce temps officiel où il a fallu, avec un certain courage, tirer un trait sur le passé et un temps, plus souterrain, imperceptible, où se levaient des hommes qui allaient prendre leur destin en mains. En 1974, Prosper et Louis-Marie Tesserenc ont été de ceux-là.

 

Ce dernier, suite à mon rapport, m’avait invité à l’AG des Cotes de Thongue à Valros. Le bougon des cépages était présent, plus bougon que jamais, mais lui aussi c’était le passé alors que mon hôte, lui, avec son regard pétillant d’intelligence et une jovialité communicative, incarnait ce que j’avais essayé de traduire dans les mots de mon rapport : « agir, plutôt que réagir » Bref, depuis cette soirée, comme certains le savent, je suis un addict « Cotes de Thongue » et Louis-Marie Tesserenc fait parti de ces hommes qu’il est important de croiser dans sa vie. Sur mes tablettes, depuis fort longtemps, j’avais inscrit le projet d’une chronique sur le domaine de l’Arjolle. Restait à la sentir, à lui donner la touche d’humanité, à l’écrire. Rien ne vaut pour ça une bonne discussion à bâtons rompus pour tenter de capter les petits riens qui font la différence.

 

Avec la reprise du domaine familial de 40 ha, les deux frères Prosper banquier en Afrique et Louis-Marie l’œnologue vont, comme tous les pionniers, pour relever les défis, chercher l’adéquation entre leur terroir et les cépages, des cépages venus d’ailleurs : sauvignon, viognier, réfléchir en liaison avec l’Agro de Montpellier sur ce qui se fait au Chili. Se tenir en éveil, être mobile, disponible permet de donner à leur liberté de choix du contenu et de saisir les opportunités des nouvelles demandes. L’irruption du fruit, ce raisin mûr et sain, avec plus de sucre et aussi d’alcool constitue pour le Languedoc, hors AOC, une chance à saisir. Les cépages ouvrent les portes des USA, du Japon, du Canada. Les lignes bougent. Ce pays immobile voit débarquer des gens du Nord. La diversité s’installe dans le Languedoc. C’est l’éveil de l’esprit vigneron : retrouver son vin sur une carte de restaurant, redonner du contenu avec le vivre ensemble au travers de l’aventure des Cotes de Thongue loin des traditionnelles oppositions caves particulières-coopératives et des clivages politiques traditionnels. Ouverture aussi avec le jumelage avec le vignoble hongrois proche du lac Balaton. Ce qu’il y a de passionnant dans l’histoire du domaine de l’Arjolle c’est qu’elle est intimement liée à une histoire collective d’un groupe d’hommes et de femmes. Ce n’est pas le chacun pour soi, trop souvent accolé à l’esprit pionnier, mais la conjugaison intelligente, sensible, de l’initiative individuelle et du sens du bien commun.

 

Autre trait qui me plaît à l’Arjolle, car c’est un trait de mon caractère, c’est l’éclectisme, ce goût de la recherche, cette capacité d’ouverture pour aller sur des terrains où d’autres ne se risquent pas. Cultiver sa différence : 40% de vins blancs, du muté sur grains de Merlot, implanter 1 ha de Zinfandel  et bientôt 1 ha de Carmenere, c’est un beau pied de nez aux conservateurs de tous poils. Même si je vais choquer certains, pour moi, les Tesserenc comme le noyau des vignerons des Cotes de Thongue sont en capacité, au travers de l’AOP, de redonner des couleurs et de l’envie à une nouvelle génération de vignerons du Sud. L’excellence c’est aussi cette capacité d’aller vers la modernité sans pour autant galvauder ses racines. Tel était l’esprit des pères fondateurs. Bref, comme à l’accoutumé je m’enflamme mais c’est pour la bonne cause. De plus, l’aventure de l’Arjolle est une aventure familiale, les voilà maintenant, après le départ à la retraite de Prosper, 6 associés : Louis-Marie, bien sûr, Charles Duby et Guilhem de Fozières des beaux-frères depuis 1986, en 1992 Roland le fils de Prosper et à l’aube du XXIe siècle François fils de Louis-Marie et Roch fils de Prosper. 100 hectares cultivés et 80 hectares de vignes en production. Vivre au pays, comme le clamaient ceux que nous rencontrions en 1983 avec Michel Rocard, quelle chance, surtout lorsque c’est pour exporter 80% de ses vins, participer au rayonnement de notre vieux pays et faire que tout autour il y ait des voisins, des gens qui viennent au caveau, qui se parlent, qui vivent quoi messieurs les tristes sires qui veulent nous priver de cet art de vivre, du bien vivre à Pouzolles comme à la terrasse du Daguerre.

 

Comme toujours je suis un peu bavard et certains vont me reprocher de ne pas écrire sur les vins de l’Arjolle. J’en conviens mais pour ma défense je peux vous affirmer qu’ils sont à l’image de Louis-Marie Tesserenc : ils ont du caractère, de la personnalité, du charme et ce je ne sais quoi de convivialité qui fait qu’ils ont un goût de revenez-y. Vraiment je vous invite à aller d’abord faire un petit tour sur le site du domaine pour les découvrir  www.arjolle.com puis si vous passez dans la région à faire un saut jusqu’à Pouzolles pour déguster les vins, bien sûr, mais aussi apprécier l’architecture du chais du domaine. Là aussi le geste traduit l’état d’esprit de pionnier des Tesserenc.



Rappel : adhérez à l'ABV pour que triomphe le bien vivre à la française : pour les formalités d'adhésion vous reporter à la fin de la chronique d'hier en cliquant sur son titre (colonne de droite du blog). J'y reviendrai car seul un vrai réseau amical et convivial nous permettra de mener à bien le combat contre les sinistres cavaliers de l'Apocalypse de l'abstinence. Et ne me dites pas que vous n'avez pas le temps !

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 00:05

 

Nommer, désigner son adversaire, dans un « combat », fut-il pacifique, est l’acte fondateur sur lequel doit s'ancrer toute stratégie visant à faire triompher sa cause. Les prohibitionnistes « masqués » ou « déclarés » sont nos adversaires. Ce n’est ni une découverte, ni un fait nouveau, mais une constante du paysage de la Santé Publique dans notre pays depuis des décennies. Ensuite, il est nécessaire d’identifier et d’évaluer les moyens mis en œuvre par l’adversaire : en l’occurrence ici l’arme de la communication pour conditionner l’opinion publique en ciblant le vin qui reste un produit emblématique. Enfin, comme l’art militaire requiert sang-froid, unité de commandement et détermination dans l’exécution, le combat doit être mené par nous en laissant de côté les chefferies et les régionalismes. J’ajoute, et ça devrait aller de soit, que pour mener ce combat il est absolument nécessaire de dégager des moyens à la hauteur des enjeux.


Agitation, gesticulations, cacophonie je n’en finis pas de m’étonner et de m’attrister de la fébrilité qui a saisi le monde du vin à la suite de la dernière action concertée de nos adversaires : « plus un seul verre… » Tout le monde dégaine, on se pousse du col, vitupère, dans le plus grand désordre, la plus parfaite improvisation, certains avec de bons argumentaires, d’autres en menaçant de plaintes devant les tribunaux, mais les grands médias étant ce qu’ils sont le tam-tam du quotidien poussera très vite les infos à la poubelle et c’est le bruit initial qui marquera les esprits. Nos adversaires ont marqué des points dans l’opinion publique. De nouveau nous sommes apparus à ses yeux sur la défensive, comme surpris par la virulence des coups portés. Certains en sont même à découvrir la fameuse méta-analyse publiée pourtant voici plus d’un an. Face à un tel désastre médiatique l’espoir serait, qu’enfin, ceux dont c’est la responsabilité prennent la question à bras le corps en dégageant des moyens financiers conséquents pour que l’action de Vin&Société puisse s’exercer pleinement. J’en doute.


Nous en sommes encore à croire que notre poids politique est conséquent, ce qui est faux. L’hégémonie des élus urbains, même compensée par le découpage électoral et le mode de scrutin, rend l’action parlementaire de plus en plus difficile. Le soi-disant lobby viticole ne pèse pas bien lourd et doit se contenter de ce qu’on lui concède. Entendez-moi bien, l’action parlementaire reste importante puisque la production législative, toujours plus formatée par l’exécutif, y trouve son aboutissement mais tant que nous ne prendrons pas conscience que c’est auprès de l’opinion publique que le travail de fond se fait et les rapports de force se créent nous serons de moins en moins entendus. Dans une période où les fondamentaux de l’économie domestique reviennent, avec la crise financière, sur le devant de la scène, l’un des premiers dossiers à prendre à bras le corps est celui de l’affirmation de l’importance stratégique de notre « industrie du vin ». J’emploie à dessein cette qualification honnie par certains pour bien enfoncer le clou. Tant que nous serons perçus comme un "joyeux" conglomérat allant des châtelains des GCC dont le vin se vend tout seul jusqu’aux braves coopérateurs des Corbières qui vont arracher leurs vignes en passant par quelques médiatiques vignerons stars qui n’ont aucun problème, notre combat restera circonscrit dans nos cercles d’initiés. Sur ce sujet la balle est dans le camp des chefs de tribus. 

 

Alors, me dire-vous : et nous que faire ?

 

Ma réponse est simple, en dehors de faire pression sur les chefs, menez le combat du bien-vivre, dernier rempart de ce qui fait encore le charme de notre vieux pays. Pour ce faire je ressors de derrière les fagots une chronique que j’avais mise en ligne en janvier 2008, où je souhaitais que nous constituions une Amicale des Bons Vivants : l’ABV. Certains y ont adhéré, j’ai la liste bien sûr mais j’avoue que l’intendance n’a pas suivie. Cette fois-ci est la bonne alors vous savez ce qu’il vous reste à faire.


« J
e vous l’avoue, chers lecteurs, il est des jours où, en me levant, je me dis, range ton clavier, cesse d’élucubrer, de te mettre en scène, de ferrailler, de croire qu’avec tes petits mots, tes phrases de monsieur je sais tout, tu es en position d’influer sur le cours des choses, de faire bouger les lignes, d’être entendu…

Tout le monde s’en fout ! ou presque…

 

Sauf peut-être vous, chers lecteurs, du moins votre fidélité et votre assiduité me le laisse supposer.


Dans notre société où la plage d’indifférence s’étend jusqu’à devenir le territoire essentiel de notre vie commune sur laquelle dégouline le clinquant, le brillant, le paraître, l’inutile, le frelaté, le c’est pas de ma faute, l’émotion en kit programmée et formatée par la télévision, l’amour sur papier glacé, les bons sentiments d’aventuriers au petit pied, les cohortes de défenseurs de prés-carrés, les cotriades d’ayatollahs agitant les interdits sanitaires, sécuritaires ou religieux… Pour le bon peuple les gourous de la communication et des sondages réunis formatent des images soft, propres sur elles, racontent des histoires molles, sucrées en contrepoint d’une réalité violente omniprésente partout, dans le monde lointain et notre proche environnement, comme sur les écrans du monde virtuel cher à nos enfants.


Nous faisons bien plus que consommer, nous boulotons, debout, en marchant, en roulant, dimanche et jours fériés compris, oreillette, vidéo, BlackBerry, flux tendu, tchat, vite, vite, très vite, tout va si vite, trop vite, nous n’avons plus le temps… Le temps de quoi ? De vivre, de vivre ensemble, de nous parler, de converser, de nous entendre, de nous contredire, d’échanger… Course contre la montre, course contre la mort, pédalage dans le vide souvent, en solitaire, course où chaque compétiteur se vit comme le centre du monde. Et pourtant, avec toutes les béquilles technologiques qui ont « adouci », et le travail ménager, et le travail manuel, et qu’en comparaison d’avec la vie d’avant, celle de nos parents et grands-parents, souvent dure au plan matériel, laborieuse, bouleversée par la grande boucherie de 14-18, traumatisée par l’Occupation, mais sous-tendue par l’absolue certitude que la vie de leurs enfants serait meilleure que la leur, cette vie dont nous nous plaignons, qui nous laisse beaucoup de temps pour vivre, recèle  beaucoup d’ingrédients pour passer de bons moments. Et pourtant, avec tout ces loisirs, ces vacances low coast, ces évènements culturels à la pelle, notre confort, nos week-end nous nous complaisons dans la morosité, ce qui, convenez-en, n’apporte aucun soulagement à ceux qui sont dans la difficulté ou la détresse, la vraie matérielle ou spirituelle. Comme j’ai tenté de l’écrire avec un peu de légèreté http://www.berthomeau.com/article-15551182-6.html#comment23568707

mieux vivre ensemble n’est pas quantifié dans le PIB, pourtant notre art de vivre, qui n’a rien à voir avec l’ostentation, le luxe ou la bâfrerie, reste pour moi une valeur sûre.


Alors, délaissant mes ambitions pharaoniques d’assises de la convivialité ou de grand pique-nique qui se heurtent à l’inertie, voire à l’hostilité de ceux qui détiennent le nerf de la guerre : l’argent, j’ai décidé, ce matin de créer : l’Amicale des Bons Vivants : l’ABV ; amicale car ça sonne comme amical, et c’est gentiment désuet ; bon au sens du bon pain ou du bon vin, car l’objet social de la maison c’est un hédonisme simple, sans fanfreluches ou colifichets ; le bien vivre revendiqué et assumé. Et puis l’ABV c’est aussi un clin d’œil un peu provocateur à ceux qui veulent mettre notre vie aux normes…

 
Je vous propose donc d’adhérer à l’ABV :

 
- soit en utilisant tout au bas du blog la rubrique contact (Attention, pour ceux qui n'ont pas l'habitude d'utiliser cette procédure, pour que votre texte soit transmis, avant de cliquer sur envoyer vous devez recopier dans la case prévue à cet effet (juste sous celle où vous aurez transcrit votre adhésion) le texte d'une image un peu alambiquée : par exemple 74Z (attention pour les lettres respecter minuscule ou majuscule)


-         soit en m’écrivant sur berthomeau@gmail.com,

 
- soit en me téléphonant ou en m'envoyant un sms au 06 80 17 78 25.


Aucune cotisation, aucun statut, aucun président, seulement des liens entre nous et la possibilité pour moi, et l'ensemble des adhérents, de proposer via le blog, des rencontres conviviales de toute nature, comme je l'ai fait lors du dernier Vinexpo en organisant un Vin d'Honneur sauvage sur le stand des amis de Sieur d'Arques
http://www.berthomeau.com/article-6796457.html 

Merci de prendre le temps pour adhérer à cette toute nouvelle Amicale. Faites adhérer vos proches, vos amis, créons le mouvement pour de vrai et pour de rire, montrons que notre convivialité affichée et autoproclamée est bien réelle... Si vous voulez que je garde la pêche donnez-moi ce gage de soutien à mon petit combat quotidien. Merci par avance et à bientôt, peut-être à Vinexpo pour notre 1ère rencontre Abévienne...



Bien à vous,


Votre chroniqueur Jacques Berthomeau

Commandeur du Poireau 

 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 00:03

 

Chloé, à peine maquillée, avec sa coupe Jan Seberg, tailleur pantalon YSL anthracite, chemisier blanc à poignets mousquetaires, escarpins vernis noir à talons d’acier, affichait la couleur exécutive woman. Lorsqu’elle se présentait à moi ainsi, je lui fis remarquer que, si j’appréciais l’ensemble à sa juste valeur Rive Gauche, je trouvais que sa tenue cadrait mal avec son statut officiel d’oie blanche du Berry. Elle éclatait de son grand rire cascadant. « Mon gentil légionnaire crois-tu vraiment que ce que nous allons faire tous les deux « cadre » bien avec la vie tranquille d’Ingrid et de François Dulong, nés et domiciliés à La Mothe-Beuvron ? Les dés sont jetés mon grand, ils ne peuvent plus reculer, alors peu importe ce qu’ils vont penser ces tas de merde ! Moi j’adore aller à la guerre en gants blancs… » Ce grand con de d’Espéruche buvait ses paroles et il opinait tout en préparant la dotation de jeux neufs que nous devions emporter. Notre stratégie bien huilée semblait imparable restait à la mettre en œuvre et je ne pouvais m’empêcher de craindre qu’un grain de sable ne vienne dérégler notre belle mécanique. Certes nos arrières étaient couverts mais je voulais que nous vainquions par nos seules forces. Ma position forcée de spectateur, d’un jeu dont je ne maîtrisais pas la dramaturgie, me plaçait dans une position étrange. Par tempérament j’aime être dans l’action, influer sur elle, me sentir maître de mon destin. Réduit au rôle d’un coach muet j’allais devoir me réfréner.

Annabelle, l’ex-meneuse de revue, peroxydée, anguleuse, caricaturale dans ses manières de demi-mondaine, nous accueillait dans un froufroutement soyeux. Comme le dirait les sportifs, nous jouions à l’extérieur. Les deux marseillais, costumes rayures tennis croisés, l’un bien en chair et jovial, l’autre sec et taciturne, présentés par la suite comme monsieur Paul et monsieur Albert, nous attendaient en éclusant du whisky. Dotés de tous les attributs du sud, gourmettes pesantes et lourdes chevalières en or jaune pétant, et bien sûr d’un accent qui vous donnait le sentiment qu’ils galéjaient même lorsqu’ils vous annonçaient les pires catastrophes, les deux pros ne purent réprimer un léger contentement d’eux-mêmes lorsqu’ils furent présentés à Chloé qui, en l’occurrence, se prénommait Ingrid. Du petit bois ils allaient en faire de cette gonzesse avec ses grands airs. Trop facile ! Opinion que ne paraissait pas partager Annabelle qui, tout en jouant les maîtresses de maison empressées, ne cessait d’observer Chloé d’un air que je trouvais de plus en plus soupçonneux. Jalousie de femme décatie face à la jeunesse triomphante ou inquiétude réelle face à une fille qui ne cadre pas avec ce qu’elle disait être ? Sans doute un peu des deux mais peu importait car elle ne pouvait, à ce stade, influer sur le cours des évènements. Je n’étais pas inquiet mais en revanche l’absence de cette petite gouape de Dick m’intriguait. En attendant de la hacher menu, monsieur Paul, plastronnait devant une Chloé jouant les radasses de luxe à la perfection, alors que monsieur Albert, bilieux type, le genre à se repaître de toutes les formes du malheur, m’entreprenait sur les circonstances de mon accident. J’allais lui répondre lorsque Dick, pour une fois sapé sobre, entrait flanqué d’un type dont la tête me disait quelque chose.

Mon interlocuteur ne pouvait réprimer un rictus mauvais lorsque, flanqué de Dick, le nouvel arrivant se dirigeait vers nous en étalant sur ses lèvres charnues un sourire obséquieux. En m’ignorant il posait, de manière théâtrale, ses mains sur les épaules de mon marseillais atrabilaire : « Quel plaisir de te retrouver mon cher Paul, ça fait un sacré bail que nous nous sommes vus ! C’était le bon temps de la rue Lauriston. Tu t’en es bien tiré, un pied dans chaque camp, une assurance tout-risque…Les idéalistes comme moi… » Cinglant, je le flinguais en plein vol « Pas de gros mots espèce d’étron gominé ! » Un grand blanc se plaquait sur le groupe. Chloé souriait. La grande Annabelle oscillait. Dick, pivoine, semblait en apnée. Monsieur Paul croisait ses grosses paluches sur sa bedaine avec un certain contentement. Albert, lui, ne pouvait réprimer une bordée de hoquets pleins de postillons qui se projetaient sur le plastron du matamore. Celui-ci me toisait d’un air mauvais. Je ne lui laissais pas le temps de contre-attaquer. « Que t’es les mains sales, passe encore, mais que tu oses t’en vanter ce n’est pas tolérable. Tu remballes tes conneries ou tu repasses cette porte illico. Tu saisis ducon… » Le blanc se transformait en sourde hostilité. Mon ton péremptoire troublait l’assemblée. Pour un pécore de la Mothe-Beuvron je ne manquais pas de coffre. Chloé, toujours aussi sagace, gazouillait « l’important petit frère c’est que monsieur, qui ne nous a pas été présenté, puisse être à la hauteur, après tout l’argent propre ou sale n’a pas d’odeur… »   

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 00:03

La maison, ouvre une nouvelle rubrique : « documents d’archives » pour publier des textes, souvent désuets, bien écrits, reflets d’un temps, certes révolu, mais où le vin occupait une place centrale dans la vie des français. Au-delà du simple intérêt historique leur lecture permet de mieux comprendre comment se sont structurées, comment ont évolué aussi bien les ligues antialcooliques, les hygiénistes, la médecine de santé publique que les gens du vin. Le malentendu actuel se fonde sur le poids du vin dans la consommation de boissons alcoolisées, le fameux chiffre de la consommation moyenne, la base des buveurs chère à Sully Ledermann, qui en dépit de sa décroissance vertigineuse et surtout la modification radicale des modes de consommation, reste le socle fondateur des politiques de lutte contre l’alcoolisme. C’est une pure politique du rétroviseur qui ne tient aucun compte du non remplacement des gros buveurs et de la nouvelle hégémonie des occasionnels. Avec cette nouvelle base les risques d’addiction alcoolique sont structurellement minorés et la corrélation amoindrie, mais il est plus facile de vivre en maniant des images d’un autre temps que d’avoir le courage d’affronter la réalité.

 

Texte publié en 1926 sous le titre JUSTIFICATION de la publication de l’ALMANACH du FRANC BUVEUR

 

« Pourquoi publier encore un almanach ? Et pourquoi lui donner ce titre de mauvais ton alors qu’il semble nécessaire, de plus en plus, de plier le genou devant les tenants d’une excessive modération ?

La vague d’imbécillité, qui depuis la guerre nous roule comme des fétus, tend à rejeter bien loin, ur le sable sec des dunes, tous ceux que n’ont pas étouffés les flots d’une jouissance bestiale, ou les tentacules des pieuvres chimiques. Par crainte de se confondre avec les intoxiqués de tous ordres, les hommes sacrifient à l’idole Abstinence. Rééditant Gribouille, ils se privent de la vie pour ne pas risquer de la perdre. Entre les deux camps souffle une cruelle bise de mépris. Il faut être bien solide ou bien couvert pour n’y pas succomber.

Ainsi l’humanité court à sa perte avec le minimum jouissance, car si l’abstinent ne connaît qu’une joie sadique et malveillante, l’ivrogne gâte par sa brutalité les meilleurs plaisirs que puisse légitimement goûter la carcasse humaine.

Dans l’espace immense dégagé par ces deux troupeaux massés vers leurs pôles, nous avons la prétention de nous ébattre librement, goûtant la vie et ses trésors dans la mesure de nos moyens, sans qu’aucun plaisir ne nous impose le refus d’un autre. Vivre sans joie ou dans l’esclavage d’une passion, que les jours soient rares ou nombreux, ce n’est pas vivre, et nous retournons leur mépris à ces ilotes antagonistes annhilés par la bestialité ou par la peur.

Il est entendu que certains abstinents sont hors de cause, ceux dont le régime est exactement conforme au caractère et ne doit rien à une règle formulée ; mais pour les autres, dont l’action stérilisante et funeste pour l’esprit autant que l’alcoolisme pour le corps, mais pour tous ceux qui se sont jetés dans la dévotion, par crainte et par faiblesse, nous ne saurions avoir plus de considération que pour les faibles de l’autre bord, qui du moins n’ont pas menti à leur tempérament. Nous les fuyons tous également, pour vivre avec les hommes capables de vivre sans code, de boire à leur mesure ou à celle de l’occasion, jusqu’à se griser s’il échet, assurés qu’ils sont de reconquérir sans la moindre lutte leur équilibre intégral. »

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 00:06

 

 

* la formule est attribuée par les auteurs à Pierre Le Grand qui boit brutalement « à la cosaque »

Dans l’excellent et très gouteux petit livre de Corinne Lefort et de Karine Valentin : « Grands Palais 2500 ans de passion du vin » Les Idées Claires   www.lesideesclaires.net / 287 pages 27 euros - avec une photo, en première de couverture, géniale : Jacky Kennedy née Bouvier, summum du chic à la française, face au Général en grand habit et lunettes lors de la réception à l'Elysée en 1961, un must absolu - de nos 6 présidents de notre Ve République, seuls, le père fondateur de la nouvelle République : Charles de Gaulle, son successeur Georges Pompidou et leur « éternel » opposant François Mitterrand, y trouvent place. Normal, tous ceux dont il est question dans le livre sont morts. Cependant, si elles  avaient souhaité disserter sur les 3 autres, la tâche n’aurait pas été aisée. Valéry Giscard d’Estaing, bon vivant, qui s’est intercalé entre le président Pompe et Tonton, seul survivant, souffre d’une étrange amnésie de la part des français : beaucoup ont oublié qu’il fut un jeune et fringant président adepte de la marche à pied, des petits déjeuners avec les éboueurs, des invitations chez les français et bien sûr de l’accordéon. Pour Jacques Chirac, grand ripailleur et tâteur de culs des vaches, l’histoire ne retient que son goût pour la bière, même s’il affirmait aimer les bons vins. Pourtant il existe en Corrèze un domaine Chirac qui produit du vin paillé. Pour notre président actuel, hormis une incursion chez Alphonse Mellot à Sancerre pendant la campagne présidentielle, l’univers de notre nectar ne lui semble pas familier mais la nouvelle première dame pourrait bien convertir cet amateur de cigare.

En dehors de nos présidents, ces dames passent en revue de grands hommes, une femme : Colette, et deux autres : Jacky Kennedy et Marie-Antoinette en compagnie de leur homme, de Toutankhamon à Kennedy, en passant par nos grands rois : Charlemagne, François 1ier, Louis XIV, nos grands philosophes : Montesquieu et Voltaire, Mozart, Napoléon et Nelson, Dumas et Hugo, Pasteur bien sûr, Picasso et Buñuel et bien d’autres.   Pour vous mettre en appétit je vous propose des extraits, en sachant que les anecdotes historiques sont de la plume de Corinne Lefort et que les morceaux choisis des dégustations imaginaires : Le vin du retour sont de celle de Karine Valentin. (les titres en gras sont de moi).

 

De Gaulle avant tout un militaire : « Pour Charles de Gaulle, les préoccupations d’ordre culinaire et œnologique étaient secondaires. Que ce soit à l’Elysée, dans sa maison de Colombey-les-deux-Eglises ou lors de ses successifs commandements militaires à l’étranger – Trèves, Istanbul –, son épouse, tante Yvonne, ainsi appelée affectueusement par les français veillait à ce que le table familiale soit substantielle, et le vin une simple présence. »

 

[…] Par contre lorsque Yvonne, en bonne chrétienne, décidait de faire maigre le vendredi et dissuadait ainsi le sommelier de servir du vin blanc au Général, celui-ci tempêtait à son encontre en lui rappelant qu’un militaire pouvait se dispenser de se plier à cette pratique. »

 

Le vin du retour : […] « Que le sixième président de la Ve République française ne boive quasiment pas de vin n’est pas en soi un problème majeur pour l’Etat français. Toutefois, le patrimoine viticole se doit d’être préservé et, en son honneur, les caves de l’Elysée méritent des égards, sous peine de voir la chienlit s’installer dans les régions viticoles […]

De Gaulle souhaite constater par lui-même que la cave de l’Elysée est toujours digne de représenter le vignoble français […]

Le général descend avec Joël Normand et […] pour sceller leurs retrouvailles les deux hommes ouvrent une Cuvée Grand Siècle de Laurent Perrier.

Ce n’est pas celle que le Général préfère mais Joël Normand sait qu’elle lui doit son nom. Lors de sa création en 1957, Bernard de Nonencourt, président de la maison Laurent Perrier, avait demandé à de Gaulle son avis pour la baptiser. On était à la veille de la naissance de la Ve République, la cuvée magnifique était un assemblage des meilleures années et des meilleurs crus de Champagne. De Gaulle répondit « Grand Siècle, Nonencourt, Grand Siècle ! »

 

Pompidou le normalien de Montboudif passé par la banque Rothschild : « Georges Pompidou nous apparaît comme un amateur de bonne chère et de valeurs fleurant bon la France rurale, celle de la gastronomie et des vins qu’ils soient grands crus ou simples vins de terroirs. Il aimait autant les repas pris à la campagne que les dîners mondains. Selon les tables, il s’y montrait en dégustateur averti de grands crus ou curieux des plaisirs gouleyants de vins robustes ou d’appellations régionales […]

 

[…] C’est ainsi que sous sa présidence en 1973, le Château Mouton-Rothschild bouleversera l’ordre immuable du classement de Grands Crus du Médoc en se voyant autorisé à passer au rang de 1er Grand Cru de Pauillac sur arrêté ministériel, signé alors par Jacques Chirac en charge de l’Agriculture. »

Le vin du retour : Moulis-en-Médoc 2005, Château Poujeaux

Je ne vous livre que la chute, mais l’histoire est savoureuse. Elle a pour cadre un compartiment de 1ière classe d’un train partant de Bordeaux : « Il – Pompidou – aimerait allumer une cigarette mais toujours, ce panneau d’interdiction de fumer sur la porte du wagon. Dubitatif sur l’évolution des libertés dans ce XXe siècle naissant, l’homme fort de 68  se rassure en dégustant son poujeaux 2005 : « Au moins, l’interdiction de boire du vin dans les lieux publics ne pourra jamais être instaurée dans la France viticole ! »

 

Mitterrand le fils du vinaigrier de Jarnac élevé chez les bons frères : « François Mitterrand, que l’on peut qualifier de fin gourmet, appréciait il est vrai, la cuisine plutôt allégée et savoureuse. Il buvait modérément, se contentant de quelques gorgées de chablis, de Clos des Mouches de Beaune, de meursault ou encore du puligny-montrachet Clos du Cailleret, sans pour autant prétendre à devenir un connaisseur. Mais son attitude à table dépendait surtout de celui ou de celle qui partageait son repas. Il se comportait alors en modeste ou bien en grand aristocrate […]

Amateur invétéré de crustacés et de poisson, l’ex-député de la Nièvre avait instauré pour ses proches et ses nombreux courtisans un incontournable déjeuner dominical dans un salon privé du chef étoilé Jacques Le Divillec. Confiant dans sa cuisine, il laissait le soin aux sommeliers de lui choisir les meilleurs sancerres ou les vins de Loire pouvant accompagner le fin des fins des saumons, les douceurs des coquilles St Jacques ou le blanc de langoustine au pistil de safran. »

 Le vin du retour : Cuvée Pierrefolle, Pouilly-Fuissé, Château des Rontets

« La discrétion poussée jusqu’au secret laisse l’homme seul, le vigneron s’est retiré, tout juste averti de la venue de cet amateur mystérieux. Il se sert, hume longuement le vin, examine la couleur et boit lentement une gorgée, deux, repose le verre. Le vin concentré, complet, à la finale minérale, le séduit. Il s’adresse au chauffeur d’un air entendu : « Cette couleur, c’est l’ocre des fresques romanes. A la Chapelle aux Moines de Berzé-la-Ville ! »

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 00:04

Éric Orsenna, page 315 de son livre « L’avenir de l’eau », déclare tout de go, avec jubilation, et une belle mauvaise foi : « j’en avais marre de l’eau […] de son sérieux, de sa fadeur, de sa pureté et, par-dessus tout, de son IMPORTANCE. Un impérieux besoin de PLAISIR m’était soudain venu. Le genre d’appel auquel je n’ai jamais su résister, et moins encore aujourd’hui que l’âge vient.

Bref j’avais envie d’une récréation.

Voilà pourquoi, le 17 janvier 2008, je pris le train pour Dijon, en savante compagnie de mes amis du bureau de l’Académie du vin de France, pour l’une de ces « voyages d’études » qui agrémentent fort l’existence. Bernard Pivot s’était fait excuser. Une mauvaise bronchite. Oh ! comme nous l’avons plaint.

En Bourgogne, on appelle »climat » une entité géographique : composition, texture et profondeur du sol ; mais aussi exposition de la parcelle, altitude, degré d’inclinaison… Le mot « climat » dit mieux et plus que le mot « terroir ».

Le climat que je veux saluer se trouve sur les Côtes de Nuits, à mi-pente, comme tous les grands crus. Plus haut, l’eau ruisselle trop, la terre s’assèche trop vite. Plus bas, l’eau stagne.

Ce climat mesure 1,8 hectare et ne produit que six mille bouteilles (les bonnes années, car les mauvaises, comme en 1968, on ne vinifie rien…).

Le prénom de ce climat, c’est Romanée, par référence à l’occupation romaine… Son nom, c’est Conti : il vient de la famille qui, longtemps, posséda le domaine.
Sous la conduite du maître des lieux, Aubert de Villaine, nous avons parcouru les vignes. Puis, dans la cave, à la lumière des bougies, religieusement dégusté. Comme à son habitude, Jacques Puisais, notre génial chimiste promenait son pendule sur les millésimes pour tenter d’en percer les mystères.

Les autres vins soulignent les saveurs ou les parfums qu’ils offrent. Ils font la roue. Ils bavardent, commentent, précisent : maintenant je sens la violette ; vous avez reconnu le goût de griotte ? Et là, que dites-vous de cette bouffée de framboise ? Soyez francs, aimez-vous cette brève irruption de pain grillé, de vieux cuir ?

La Romanée Conti rassemble. Bien malin – ou menteur – celui qui distingue. Chacune des composantes est trop intimement liée aux autres. On passe de l’une à l’autre insensiblement, les barrières des frontières sont levées. On qualifie la Roman ée Conti de « vin complexe ».À l’évidence. Mais qu’est-ce-que la complexité sans l’union ? Et qu’est-ce que la diversité sans l’équilibre ?

Les autres vins s’épuisent, même les plus riches. Il arrive un moment où l’on arrive au bout des saveurs. Fin du parcours.

La Romanée Conti poursuit. Nous nous promenons parmi les fruits, nous voici dans la forêt, à humer les sous-bois. Le gibier n’est pas loin. Bientôt, nous plongerons dans la terre, en nous approchant de la truffe. Et voici que nous partons pour une nouvelle escale, la réglisse. D’autres vont suivre. Heureusement que notre planète est ronde, nous ne reviendrions jamais.

Et puis, brusquement, alors que vous croyiez avoir épuisé tous les plaisirs connus, vous arrive un miracle, une caresse, une douceur, le souffle d’un pétale de rose juste avant quelle ne fane.

De tout cœur, je vous souhaite ce voyage une fois, rien qu’une fois dans votre vie. »

 

Voilà bien un académicien, malicieux et fort courtois qui sait vivre et écrire, dégustateur modeste et éclairé, je ne sais si l’un des locataires du 78 rue de Varenne a eu l’heureuse initiative de l’élever dans l’un des grades du Mérite Agricole – le vert du poireau et celui de son habit formeraient un bel ensemble – pour ma part, ayant souvent présidé le Conseil de l’Ordre, en lieu et place de mon Ministre, je l’y verrais bien. Qu’en pensez-vous mes chers lecteurs ? Dois-je actionner notre Ministre ?

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 00:03

Après deux jours à nous prendre le chou pour cause de riposte à ceux qui nous veulent du bien : une petite pause pour nous détendre avec cette sombre histoire de meurtre, celui de René Paquet du très connu et unique Guide des vins Paquet&Paquet. Voici les dernières paroles du regretté René Paquet.

 

« Coteaux du Crapaunais rouge 2001. Cuvée Réservée. Élevé en fût de chêne… Domaine du Castel de la Gerbe. À l’œil : MMM… Robe cerise violacée avec déjà des traces d’évolution brune perceptibles sur les bords du verre. Le nez est discret : on décèle après un moment d’aération… quelques aromes convenus de fruits noirs, de réglisse et de poivre. À l’attaque en bouche, ça se gâte… Que dire ? Hum… Une sorte de limonade de raisin où baigneraient des copeaux de chêne. Un milieu de bouche où quelques tanins anémiques soutiendraient vaille que vaille une sorte de bourbier confituré façon grand-mère alzheimerée… Et en final, le palais s’engluerait dans l’ennui d’une compote sans autre persistance que l’idée de se laver les dents au plus vite… 5/20… et je suis généreux mon bon Lucien…

 

-         Si vous voulez mon avis, monsieur, cette cave sentait le tripatouillage de cuve à plein nez… l’additif de circonstance et le frelaté pervers…

 

-         Je l’affirme donc haut et fort : après en avoir visité toutes les caves et goûté tous les vins, force est de constater que le Crapaunais est décidément une région viticole sans grand intérêt, peuplée de vignerons à la moralité douteuse et qui seraient bien inspirés de se reconvertir dans le commerce de solvant industriel au vu des dégâts que, j’imagine, leur vin est capable de faire à mon appareil digestif.

 

-         Oh, la… La, vous êtes dur patron… Très dur… Vous allez nous provoquer une crise de l’emploi dans le Crapaunais… Ça sent l’arrachage de vigne, le chômage et son triste cortège de misère…

 

-         - Le guide des vins Paquet&Paquet est une référence, Lucien, une bible qui ne souffre aucune concession humaine, sociale ou politique ! Nous rentrons à la maison Lucien. »

 

J’adore. L’enquête va être menée par le célèbre inspecteur Canardo qui continue de cloper du bout du bec. C’est du grand SOKAL. Les personnages sont des pièces d’anthologie : Lucien le chauffeur qui « travaille pour la maison Paquet depuis plus de 30 ans… » et dont Raymond Paquet le frère du défunt dit qu’ «  Il est délégué syndical et je crains qu’il ne soit à jour de cotisation dans quelque parti prolétarien pittoresque… » Les frères Paquet d’extraction modeste et Raymond décrit sa vocation « Mon père était un petit ouvrier qui se saoulait sans arrêt au mauvais vin… Snif… L’odeur de vinasse a noyé notre enfance. Sachez mon ami , que je ne supporte plus désormais que la fréquentation des Grands Crus Classés… Le vin de table me donne des boutons…À ce titre mon frère était plus costaud que moi : son organisme tolérait encore le vin de pays… C’est sans doute ce qui l’a perdu. »

 

Tout est de ce tonneau. Si vous ne possédez pas ce bijou sorti en 2003 chez Casterman sachez ce qu’il vous reste à faire… On le trouve facilement sur les sites d’achat d’Internet. Bonne journée.



Le fameux recrachage par le nez avec récupération linguale de Raymond Paquet

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 00:04

Monsieur le Président de la Ligue contre le Cancer,

 

Je n’ai pas l’honneur de vous connaître mais ayant fait parti, pendant un temps, du Comité de la Charte dont votre association faisait partie au même titre que l’ARC, les Restaurants du cœur et les 40 plus grandes associations caritatives faisant appel au don public, je sais que vous êtes une institution sérieuse qui travaille depuis longtemps à combattre le Cancer.

J’étais présent le dimanche 16 novembre lors de la Vente des Hospices de Beaune, et plus précisément au grand moment de la Vente à la bougie – comme au bon vieux temps - du tonneau que, depuis 1945, les Hospices de Beaune mettent aux enchères pour soutenir une ou plusieurs œuvres caritatives. On la dénommait « pièce de charité » c’est désormais la « pièce des présidents » : cette année Jean-Pierre Marielle et Michel Blanc, flanqués de Sophie Vouzelaud 1ière dauphine de Miss France, une frêle et volontaire jeune fille affectée d’une surdité de naissance. Cette année cette pièce était un Pommard 1er Cru « Dames de la charité ». Marielle soutenant la Ligue contre le Cancer et Blanc lui l’association Enfants d’Asie qui vient en aide à plus de 8000 enfants, orphelins ou en situation de détresse au Cambodge, au Laos, au Vietnam et aux Philippines.

Pour ne pas trop rallonger mon courrier je cite un extrait de ma chronique : « Les enchères virevoltaient, 20 000 devant, 35000 ici, 40 000 au fond, le commissaire-priseur se prenait pour Karajan, je retenais mon souffle comme si par je ne sais quel sortilège je prenais le parti de mon énigmatique voisin écossais. Ils n’étaient plus que deux, dont mon favori. Un blanc, le temps suspendait son vol, l’enchère à 50 000 et, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que ce serait le prix de marteau de la pièce que je préfère appeler « pièce de charité ». Adjugé à : James Thomson, mon inconnu récupérait une identité. À la tribune, entouré des deux présidents, notre homme, se fendait d’un bref petit speech en anglais. Manifestement mon favori n’était pas du genre à faire étalage de sa générosité. Il avait déjà acquis, en 2004, la pièce de charité, un Mazis Chambertin Grand Cru " Cuvée Madeleine Collignon" »

Voilà donc 50 000 euros, dont une belle partie irait conforter vos efforts, Monsieur le Président. Mon bonheur serait, comme le vôtre, parfait si ces derniers jours je n’avais découvert dans la presse les propos étranges du Directeur Général de la Santé, du Président de l’INCA et d’une sous-fifre de l’INRA. Que lis-je dans la presse : « pas un seul verre… » Je traduis « même pas un de Pommard 1ier cru « dames de charité ». Vous vous êtes donc associé, monsieur le président, à une entreprise de perversion du bon peuple de France. Vous avez pactisé avec « des bootleggers bourguignons » Auriez-vous ramassé de l’argent « sale » issu du commerce pernicieux de ces marchands du Temple ? À aucun moment je ne mets en doute votre bonne foi et soyez sûr que suis à vos côtés pour affronter l’opprobre de ceux qui manient avec une légèreté blâmable d’études qui, quand on prend, comme moi, la peine de les lire, ne disent pas ce qu’ils disent.

Bref, Monsieur le Président, je ne vais pas m’étendre mais, au passage, ne pensez-vous pas que le Directeur de la Santé devrait prendre une mesure administrative de fermeture des Hospices de Beaune puisque ces établissements vivent du produit de leurs vignes, donc de la destruction de la santé du bon peuple de France et d’ailleurs – mais d’eux Houssin s’en fiche ils sont hors sa circonscription administrative ? Le Cancer est un mal trop sérieux pour que la lutte menée contre toutes ses formes tombe dans une communication faisant la part belle au sensationnel, à la mise en avant d’interdits d’un autre âge. C’est faire injure au sens des responsabilités de nos compatriotes. C’est nous transformer en un troupeau triste et soumis. D’ailleurs, lors du déjeuner qui succédait aux AG de l’ARC, où je participais en tant que censeur de l’association, il y avait du vin servi au buffet. Nous étions dans le domaine de la raison et non dans celui du slogan.

Je m’en tiendrais là, monsieur le Président, et comme vous avez pu le constater il n’y avait dans mon propos aucune agressivité mais une certaine tristesse de voir que dans notre beau pays nous en soyons encore à ce niveau de débat. Que la stigmatisation de ceux, pères et mères de famille eux-aussi, que l’on encense par ailleurs pour leur rôle éminent sur nos beaux territoires viticoles, pour leur contribution à une richesse nationale mise à mal par la mondialisation, soit ainsi maniée en des conférences de presse peuplées de journalistes conquis, ne semble une lâcheté indigne de serviteurs de l’Etat.

Sans trop savoir si ce courrier parviendra jusque sous vos yeux je vous prie tout de même d’agréer l’expression de mes salutations les meilleures.

 

Jacques Berthomeau  


Note de bas de page :
LaNutrition.fr a recueilli l’avis de Michel de Lorgeril, cardiologue et nutrionniste, chercheur au CNRS à Grenoble : « il n’existe pas à ce jour de démonstrations scientifiques absolument intangibles dans un sens positif ou négatif car il manque un argumentaire décisif en recherche médicale humaine, l’essai clinique, qui seul peut montrer des relations de causalité indéniables ». Manque d’étude ou divergences de points de vue ? Les parties en opposition devraient peut-être régler leurs différends autour d’un verre...

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 00:59

 

Nos grands experts de Santé Publique, à défaut d’être efficaces, sont de grands communicants. Emmenés par l’inénarrable Didier Houssin directeur d’une DGS, qui s’est illustrée lors de la canicule par son sens de l’anticipation et de l’humanité, suivi de Dominique Maraninchini de l’INCA dont j’espère qu’il tirera moins sur les notes de frais que son prédécesseur David Khayat débarqué en 2006, et d’une soi-disant directrice de recherche de l’INRA Paule Martel, ces maîtres de notre santé nous ont joué leur partition habituelle. « Pas de dose protectrice» pour le premier. « Les petites doses, avec leurs effets invisibles, sont les plus nocives » pour le second. « Toute consommation quotidienne de vin est déconseillée » surenchérit la dame de l’agronomie qui doit sans doute encore porter des pantys.

 

Profitant de la sortie de la brochure : Préventions Nutrition& Préventions des cancers : des connaissances scientifiques aux recommandations  destinée aux professionnels de Santé qui remplace une première édition parue en 2003  intitulée « Alimentation, nutrition et cancer : vérités, hypothèses et idées fausses ». Ils nous ont refait le coup du premier verre. Le n’y touchez jamais. Bref, sur un sujet aussi sensible dans la population qu’est le cancer ils étaient sûrs de leur effet.

 

Pour ceux qui en auront le courage je vous propose l’extrait concernant l’alcool. Rien de nouveau sous le soleil. Extrapolations, amalgames, le convaincant et le probable de leurs statistiques amalgamées et invérifiables sont érigés en oukases. Ces messieurs, veulent terroriser le bon peuple. Ils ont tort. La communauté scientifique médicale, que je respecte, ne peut s’ériger ainsi en pouvoir dictant les règles de conduite de la vie des hommes en Société. C’est un abus de pouvoir car il n’y a pas de contre-pouvoir. Les détenteurs de la « Science » se contrôlent entre eux et dans le domaine de certaines études le doute est plus que permis sur leur méthodologie. De grâce revenons à la raison nous sommes déjà dans une société hautement anxiolytique alors n’en rajoutons pas messieurs une couche supplémentaire.  

 

Ils  « s’appuient » sur le rapport du WCRF/AICR « Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer : a Global Perspective »3 qui a été publié en novembre 2007, à l’issue d’une expertise collective internationale de grande envergure, et qui était l’actualisation complète du premier rapport publié en 1997, il fait le point des connaissances dans le domaine des relations entre nutrition et cancers. Ce rapport a été analysé par moi-même aussitôt. Je vous redonne ci-dessous ma chronique de l’époque. Sans vouloir ramener ma fraise je suis en droit de m’interroger sur l’utilité de certains payés pour ça et qui ne sont même pas capable de faire ce travail c'est vrai que c'est plus rigolo de se payer des 4X3 dans le métro...

 

Voici ma chronique du 9 janvier 2008

"Les morts des « suites d’une longue maladie » peuplent notre quotidien. Le cancer, les cancers de tout acabit emportent nos proches, nos amis, nos enfants et l’odieux chancre fait peur. La lutte contre le cancer est donc, à juste raison, une grande cause nationale mais, à trop vouloir agiter des épouvantails, formes modernes des spectres, à trop vouloir prouver, les scientifiques, toujours à la recherche de liens de causalité pour prévenir le mal, se coupent du corps social, lui donnent le sentiment de le priver des plaisirs de la vie, de l’assimiler aux souris de leurs laboratoires, de le réduire à des séries statistiques aussi froides que les murs de leurs hôpitaux.   La complexité de la vie, la diversité de nos modes de vie, les écarts qui se creusent à chaque extrémité de l’échelle sociale, l’extrême hétérogénéité des situations économiques et sociales nées de la mondialisation, font que les méta-analyses, chères à nos chercheurs, sont à manier avec bien des précautions. La mise en ligne du rapport « Alcool et risques de cancers » : état des lieux des données scientifiques et recommandations de santé publique est caractéristique de l’effet « tour d’ivoire » caractéristique de ces expertises scientifiques qui font subir au mot risque des glissements sémantiques qui n’ont rien de scientifiques.

 

(voir ma chronique du 22:09/2006 


- Vivre tue

 

et celle du 22/11/2006 


- Le risque

 


La part de risque, celle que tout individu se doit d’assumer aussi bien en tant que personne exerçant sa responsabilité individuelle et en tant que citoyen enserré dans un corps de règles de vie en commun, est toujours difficile à quantifier.

 

L’excès, même s’il prête à interprétation, est assez facile à identifier : l’abus de consommation alcoolique est chiffrable. En revanche, la plage entre l’abstinence et la consommation modérée a des contours difficiles à délimiter. En ce domaine, comme dans tous les autres, le mieux est l’ennemi du bien : prôner, comme le Pr Houssin, la prohibition, relève d’une conception infantilisante de la société. Le n’y touchez jamais est l’équivalent du « cachez-moi ce sein que je ne saurais voir », pure hypocrisie et méconnaissance dramatique des ressorts profonds de l’être humain.

 

Nos politiques de santé publique, si elles ne veulent pas se réduire à de piètres campagnes de communication, doivent se frotter à la société telle quelle est et non, continuer de véhiculer des présupposés idéologiques. L’entre-soi, qui vaut aussi bien pour les hygiénistes que pour ceux d’entre-nous qui font semblant d’ignorer les méfaits de l’alcoolisme, n’est plus de mise dans une société démocratique. Même si ça choque les beaux esprits pudibonds, je préfère le modèle politique à l’ancienne, bon vivant, soucieux des libertés publiques, aux tenants d’une société pure et dure, liberticide où le risque de mourir n’est plus assumé.

   

 

Pour ne pas être en butte aux critiques des « scientifiques » j’ai lu les 60 pages de l’expertise collective et je vous en livre quelques morceaux choisis.
 

Page 11 

 

AUGMENTATION DU RISQUE DE CANCERS

 

Depuis plusieurs décennies, les études épidémiologiques ont montré clairement que la consommation de boissons alcoolisées augmente, chez l’homme et la femme, le risque de cancers, dont certains sont fréquents en France.

 

La consommation de boissons alcoolisées augmente fortement le risque des cancers des voies aérodigestives supérieures* (VADS). Le niveau de preuve est jugé convaincant.

 

La consommation de boissons alcoolisées augmente le risque de cancer du foie, généralement après le développement d’une cirrhose alcoolique.

 

Les études récentes montrent également une association entre la consommation d’alcool et le risque de cancer du sein chez la femme, et le risque de cancer colorectal dans les deux sexes. Bien que l’augmentation du risque soit modeste, en raison de l’incidence très élevée de ces cancers en France, la prévention ciblée sur ce facteur de risque contribuerait également à réduire fortement l’incidence et la mortalité des cancers liés à l’alcool.

 

Pour d’autres types de cancers, le rôle potentiel de l’alcool est moins bien établi.


Page 13 

 

1. INTRODUCTION GÉNÉRALE

 

Les cancers sont des maladies multifactorielles impliquant des facteurs individuels et des facteurs environnementaux au sens large. Le développement de  ces maladies se déroule généralement sur une ou plusieurs décennies. Pour identifier les facteurs de risque ou de prévention il faut faire appel à différents types d’études. Les études épidémiologiques d’observation (études cas-témoins, études de cohortes) permettent d’établir des associations entre l’incidence des cancers et certains facteurs de risque. Les études  expérimentales sur animaux ou cellules permettent de proposer des mécanismes biologiques plausibles. Pour les facteurs de risque (y compris l’alcool), pour des raisons éthiques, on ne peut entreprendre des études d’intervention chez l’Homme qui permettraient d’établir facilement la causalité entre le facteur étudié et le risque de cancers. Dans ce cas, la causalité est démontrée par le grand nombre et la cohérence des résultats des études cas-témoins et des études de cohortes, confortés par des mécanismes biologiques vérifiés. Selon les données disponibles, le niveau de preuve sera jugé convaincant, probable, possible ou insuffisant [WCRF, 1997].

Page 37 : ces petits crobars quantifient le risque selon la dose ingurgitée, on peut remarquer malgré le flou qu'à dose zéro le risque est souvent équivalent jusqu'à 20g/jour...


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Page 40 à propos des bienfaits du vin sur MCV


Par ailleurs, il est également apparu que les relations  entre alcool et MCV ainsi que les relations entre types de boisson alcoolisée et MCV sont complexes. En particulier, divers facteurs alimentaires et socioculturels, qui sont difficilement dissociables de l’effet lié à l’alcool proprement dit ou à tel ou tel type de boisson alcoolisée [Tjonneland, 1999; Reynolds, 2003], ne sont généralement pas pris en compte dans les études comme facteurs de confusion. C’est ce que démontre l’étude de Ruidavets les consommateurs d’une quantité modérée de boissons alcoolisées (1 à 19 g/j) et les buveurs de vin ont une alimentation et un style de vie plus favorables à la santé que ceux qui n’en consomment pas et que ceux qui en consomment plus. Il est donc possible que l’association de la consommation modérée d’alcool ou de vin avec la faible incidence de MCV résulte en fait de l’effet du profil alimentaire et du style de vie favorable qui caractérise les consommateurs d’une quantité modérée de boissons alcoolisées et les buveurs de vin [Johansen, 2006].

 

 

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