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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 06:00
«De bois noué courent grandes vendanges» dit le proverbe, les maladies du bois ravagent la vigne française, Sonia Lopez-Calleja in LeRouge&leBlanc

En 1978, débarquant dans mon nouvel emploi à l’Office des Vins de Table, créé par le gouvernement Chirac suite aux évènements de Montredon, j’ai découvert lors de la première réunion du comité de direction l’existence d’une division Bois et Plants de Vigne dirigé par un ingénieur agro le placide monsieur Guillot.

 

L’Office, outil éminemment politique, prenait la suite de L’Institut des Vins de Consommation Courante qui lui se contentait de  faire de la technique. Choc culturel entre de vieux ingénieurs et de jeunes loups ne s’intéressant qu’à l’économie. Je découvrais moi un nouveau vocabulaire : sélection massale, clonage, greffés-soudés, taille Guyot… et la population des pépiniéristes divisée en deux syndicats rivaux : celui du nord dominé par les charentais et celui du sud entre les mains des vauclusiens.

 

En clair, les « histoires de bout de bois », dixit le directeur de l’époque, ne passionnaient pas grand monde et surtout pas l’INRA… Comme le dit François Dal dans son interview : « Au début de mes actions, il y a quinze ans, je faisais rigoler les gens ; mes collègues étaient sceptiques ; l’IFV, c’était pire, et les chercheurs de l’INRA riaient à gorge déployée. Les vignerons en revanche étaient très intéressés. »

 

LeRouge&leBlanc de ce mois se penche sur « les maladies du bois (qui) font des ravages dans la vigne française. Selon l’INRA, en 2012, elles touchaient 13% du vignoble. Et leur impact va croissant. »

 

Dans l’édito de ce numéro Sonia Lopez-Calleja, son premier, titre : Flavescence dorée, le phylloxéra du  XXIe siècle, autre fléau qui frappe la vigne France.

 

Sa conclusion est édifiante « En France, après des années de négation d’une possible résistance de la vigne, sans y avoir travaillé, et de l’oubli des travaux d’Antoine Caudwell, l’INRA de Bordeaux a enfin initié un programme de recherches sur les résistances naturelles de la plante au phytoplasme et à son vecteur en serre à haut confinement. Ces études semblent indispensables, car comme le souligne François Dal, dans l’entretien qu’il nous a accordé, pour comprendre une pathologie il faut se confronter à la maladie. Espérons seulement que les années  perdues à cause de l’obligation d’arrachage, y compris dans le cadre de recherches, n’aggraveront pas l’extension de la flavescence dorée. »

 

Extraits de l’interview de François Dal :

 

R&B : Quelles maladies recouvre le terme « maladies du bois » ?

 

F.D : L’esca principalement. Il y a un  débat pour savoir si l’esca et le BDA (Black Dead Arm) sont deux maladies différentes ou la même. Pour moi, c’est un faux débat : ce sont deux expressions légèrement différentes de la même problématique. Il y a aussi l’eutypiose qui a un aspect différent de l’esca avec un feuillage rabougri. Mais le champignon déclencheur est un des champignons « pionniers » de l’esca. D’après Philippe Larignon de l’IFV de Nîmes, qui a beaucoup travaillé sur les champignons, certains d’entre eux sont des « pionniers » ; ils sont ensuite surcontaminés par des champignons secondaires qui, eux, provoquent les symptômes. Parmi ces champignons pionniers, il y a le champignon responsable de l’eutypiose.

 

R&B : Des vignes atteintes d’eutypiose sont donc condamnées à souffrir de l’esca ?

 

F.D : Si elles expriment les symptômes de l’eutypiose, en général, elles n’ont pas d’esca… car elles meurent avant. À l’époque où l’arséniate de soude était autorisé, ce produit était efficace contre les champignons de l’esca, donc nous n’avions pas d’esca… Mais il n’était pas efficace contre « eutypa lata », le champignon de l’eutypiose, donc nous avions beaucoup d’eutypiose. Depuis qu’on n’en met plus, on a plus d’eutypiose mais on a de l’esca. Je pense qu’à l’époque, l’eutypiose s’installait avec un ou deux champignons secondaires. L’arséniate détruisait les champignons secondaires et ne laissait que l’eutypiose, qui finissait par s’exprimer. Désormais, on a une « surexpression » du champignon secondaire, plus rapide, qui provoque l’esca. Si l’on remettait de l’arséniate, il est probable que l’on bloquerait les symptômes de l’esca, mais que l’on retrouverait l’eutypiose.

 

R&B : Avez-vous noté des corrélations entre les pratiques agricoles et la propagation des maladies ?

 

F.D : Oui, mais uniquement si l’on considère l’angle des réserves. La culture bio est une pratique presque trop jeune pour en étudier les répercussions, puisque son explosion ne date que d’une quinzaine d’années. Quand je suis arrivé à Sancerre, il n’y avait qu’un vigneron bio, maintenant nous en sommes à près de 15% des surfaces malgré le climat très difficile des dernières années. Je suis convaincu qu’avec un bon travail en bio, des sols qui fonctionnent bien, on améliore la résistance aux maladies. Par contre, un des problèmes, surtout chez les jeunes convertis, est que, pour éviter le mildiou, redoutable dans nos régions, on enherbe et on baisse la vigueur, avec pour résultat d’affaiblir la plante. On constate alors des taux d’esca importants. Si on fait attention  à maintenir une vigueur correcte, des sols en équilibre et à pratiquer des tailles correctes, il y a peu d’esca. Une parcelle que je connais très bien, menée de cette manière a très peu d’esca après quinze ans, alors que deux autres plantées le même jour, avec le même lot de greffés-soudés, sont touchées à plus de 15%.

 

Ce ne sont que de courts extraits d’une interview très dense où je n’ai pas tout compris mais ce que j’ai compris, au sens de l’histoire c’est que :

 

  • Primo : Les représentants de la fabrication d’équivalents Rafale se sont mobilisés contre la loi Evin alors que sur ces sujets ce fut le grand aveuglement ou peutêtre la croyance que que tout ça se règlerait par le progrès des thérapies violentes.

 

  • Secundo : Les grands nez, ceux qui ne l’ont que dans le verre, les grands amateurs, les « critiques » patentés grattant dans la presse papier spécialisée ne se sont jamais intéressés à ces « détails » vulgaires d’intendance.

 

  • Tercio : La puissance publique, via à la fois les politiques, son administration, sa recherche s’est contentée d’entonner des chants de victoire, qui font tant plaisir aux chefs de la vigne France, sans se préoccuper des questions essentielles.

 

Et maintenant face aux périls que faire ?

 

Réciter la cigale et la fourmi…

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 06:00
En Corse du vin partout ou presque au XVIIIe-XIXe siècle mais que valait-il ?

Philippe Pesteil, anthropologue à l’Université de Corse Pasquale Paoli à Corte, dresse un tableau des productions alimentaires de l’île entre 1769 et 1852 d’où il ressort que la majorité de la population est tempérante en ce qui concerne l’alimentation et majoritairement sobre.

 

« Les Corses mènent une vie frugale et se contentent des plus simples productions de leur pays, sans user de raffinement pour en assaisonner le goût. Les bergers mangent souvent, dans leur repas, de la viande que leur troupeau leur fournit et la mangent à moitié cuite comme les anglais. Il y a des paysans qui pendant trois mois d’hiver n’usent que de pain de châtaigne en certains endroits, ou de pain d’orge en d’autres pays. Leur pauvreté et leur paresse les ont préservés de l‘intempérance et les ont accoutumés à vivre de peu… »

 

L’abbé de Guermanes Histoire des révolutions de Corse depuis ses premiers habitants jusqu’à nos jours, 1771

 

« … l’embonpoint est rare dans les deux sexes ce qui est moins l’effet  du climat que de leur sobriété naturelle »

Arrighi

 

« Nul ne travaille, en Corse, au-delà du temps nécessaire pour gagner sa nourriture du mois ou de l’année, et comme cette nourriture est très simple, la sobriété des habitants vient en aide à leur oisiveté. Aucune tentation ne les excite à consommer des produits qu’ils ne connaissent point, et par conséquent à travailler pour les acquérir. »

Blanqui

 

« Leur frugalité leur permet de vivre à peu de frais. Je connais tel paysan qui vit du lait de son troupeau et des fruits de deux ou trois châtaigniers qui sont une richesse de l’île. Des châtaignes ils font du pain, le pollento, et s’ils joignent à cela un fusil, un manteau grossier et un petit cheval, ils passent à l’état de grands seigneurs. C’est un peuple d’aristocrates en vestes rondes et en guêtres. On ne trouve plus, sous ce climat béni, le caractère énergique de nos paysans, qui passent leurs journées courbées sur la bêche et sur la charrue. Les Corses abandonnent à des manœuvres étrangers les soins de la culture et de la récolte. Ceux d’entre eux qui travaillent en prennent à leur aise. Ils ne rêvent point, comme nos cultivateurs, de moissons chargées de grains, ni de ceps couronnés de raisins. Leur rêve à eux, c’est d’être fonctionnaires, d’être employés par le gouvernement… »

Charles Raynaud, 1848

 

« Le vin est souvent coupé d’eau et l’ivresse est rare par temps ordinaire. »

 

« Ils boivent du vin avec une modération qui n’est peut-être pas connue d’aucun autre peuple. C’est une chose extraordinaire en Corse que d’y voir un homme dans l’ivresse. »

Guermanes

 

Et pourtant, il y avait du vin partout ou presque…

 

« Si la vigne existe naturellement à l’état sauvage en Corse à l’instar de nombre autres régions du  globe, il faut sans doute attendre la présence Grecque et la fondation de leur comptoir d’Alalia en 565, pour la voir devenir plante cultivée. Elle va connaître avec Rome une large propagation sur le littoral  et le long des vallées fluviales ainsi que des techniques de mise en culture et de vinification. On ne sait quelle réputation avait ce vin mais à en croire Martial il ne passait pas pour le meilleur cru. »

 

« À la fin du XVIIIe siècle après la conquête française, l’île est couverte, selon les données du Terrier, de 9.743 hectares de vigne soit 3,82% du territoire. La Haute Corse représente l’essentiel des terres, soit 7.596 hectares. »

 

Cette surface restera constante jusqu’à l’assainissement de la Plaine orientale qui permettra de monter les surfaces à 20 000 ha.

 

« Le niellucciu et le vermentinu (autrefois surtout raisin de table bon à sécher) qui apparaissent aujourd’hui comme les piliers de la revalorisation des vieux cépages étaient des cultivars parmi  d’autres  au XVIIIe siècle. »

 

« Selon l’abbé de Lemps « la vigne est presque le seul objet auquel les Corses donnent quelques soins : aussi leur fournit-elle en échange un vin délicieux. Celui d’Ajaccio et du Cap Corse, surtout jouissent, dans le pays, d’une juste renommée »

 

« le sévère La Vallée n’est pas de cet avis quelques années plus tôt il dresse pour la vigne aussi un tableau désolant : « … ici elles rampent sans honneur sur la terre ; et cependant leurs raisin, qui sont déjà mûrs au commencement de thermidor, fourniroient un nectar délicieux, si les Corses prenoient la peine et connaissoient l’art de les élaborer. Ce sont sur-tout les vignes de Mariano, du Cap et de Campo-Loro qui produiroient des vins supérieurs en délicatesse à tous ceux de l’Europe. »

 

« … le vin serait excellent « s’ils travaillaient la vigne d’une manière intelligente et soigneuse, s’ils ne noyaient pas leur vin avec de l’eau en le faisant, s’ils le faisaient dans de bonnes cuves au lieu de le presser, à la vigne même, dans des carrés de maçonnerie qui restent découverts toute l’année, et d’où, sans le laisser cuver, ils le transportent, avec des outres très sales et très puantes,  dans le tonneaux à leurs maisons. »

 

 

« Contrairement à la situation actuelle où il existe des régions spécialisées dans cette culture, au début du XIXe, chaque village essaie d’avoir sa propre production ; on trouve des vignes dans les villages de l’intérieur comme Sant’Andria di Bozio, Alzi, Cambia ou Castirla qui compte 12 vignes et Bocognano, même si la qualité n’est pas au rendez-vous, si elles reconnaissent que leur territoire est mal adapté à cette culture et que le rapport n’est pas abondant. »

 

(carte postale ancienne): Jadis les vignes venaient embrasser la mer...
 

En Corse du vin partout ou presque au XVIIIe-XIXe siècle mais que valait-il ?
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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 06:00
H.P Troussicot

H.P Troussicot

Mon fidèle lecteur Henri-Pierre Troussicot, ancien Mothais comme moi, m’a fait parvenir un très beau texte d’un de ses amis, Jacques Braud, ancien instituteur public, passionné de musique, modèle réduit, mécanique moto, écriture, etc.

 

Je le publie.

 

Merci à eux deux.

 

« C'est lors de mes balades sur les coteaux au bord de la rivière du Petit Lay que j'avais fait sa connaissance. Elle était campée à l'écart d'un village, parfaitement intégrée à ce paysage de bocage dont elle était un bel exemple de cette architecture traditionnelle rurale liée à la terre et à la culture locale. Malgré la tristesse que lui conférait l'état d'abandon qui l'avait frappée, elle affichait crânement ses murs épais en pierres du pays, ses ouvertures aux entourages de granit, son toit de tiges de bottes à quatre pans souligné par une élégante génoise de briques et de tuiles en encorbellement, coquetterie importée d'Italie au XVIIe siècle et dont les maçons d'ici aimaient jadis à parer leurs constructions. La porte principale était surmontée d'une croix blanche accompagnée de quatre boules dessinées à la chaux, signe très antérieur à la christianisation, sorte de symbole protecteur que l'on trouve sur bien des maisons de fermes du Poitou. Malgré son grand âge, elle avait conservé cette élégance qu'ont les maisons dont les bâtisseurs ne sacrifient pas à la ligne droite et on avait immanquablement l'envie de la restaurer et de la sauver de la ruine. Les années passant, je l'avais vue se délabrer progressivement.

 

Silencieuse, elle semblait attendre la fin, résignée. Cédant à la curiosité, j'en avais poussé la porte fracturée et, nonobstant les reproches que me soufflait mon grillon intérieur et surmontant l'indéniable sentiment de culpabilité qui en résultait, je m'y étais introduit. La grande pièce aux poutres noircies par les fumées était vide, excepté une vieille bouilloire de métal cabossée abandonnée sur un évier de pierre scellé dans un mur sous une boulite ovale, une chaise bancale dépaillée dans un coin et un matelas crevé crachant ses entrailles sur un sommier dont les ressorts avaient percé le crin. Les araignées avaient pris possession des lieux et avaient tissé de longues arantèles qui flottaient, poussiéreuses, comme les voiles d'une mariée funèbre. Une odeur de suie humide émanait de la vaste cheminée où pendait encore la crémaillère et sur le manteau de laquelle veillait, pendu à un clou, un crucifix oublié. Dérangée par mon intrusion, une effraie avait pris son envol silencieux par une des fenêtres fracassées, lâchant une fiente sur le tas qui maculait le carrelage de terre cuite. Une ampoule dérisoire pendait au bout de son fil torsadé, balancée par les courants d'air. L'escalier, branlant mais encore praticable, conduisait à un grenier dont la charpente de chêne m'avait impressionné par la belle ouvrage que constituaient ses poutres, arbalétriers et entrais et par les poinçons sculptés de ses croupes. Il y a 20 ans, elle était encore habitée et les vantaux ouverts de la grange laissaient planer alentour d'agréables odeurs de bon foin et de vrai fumier. Les derniers habitants l'avaient quittée après les grands bouleversements du « démembrement » qui avaient accompagné les travaux du chantier de l'autoroute et avaient contraint tant de paysans à laisser leurs terres, au nom du progrès et de l'agriculture moderne. Vide d'habitants, elle n'avait pas tardé à décliner, comme une vieille femme oubliée à la maison de retraite. Le lierre avait entrepris l'escalade de ses murs qui laissaient tomber par plaques leur crépi de chaux, et avait commencé la colonisation rampante de la toiture. Tuiles cassées, vitres brisées, portes et fenêtres vandalisées avaient été son lot, ainsi qu'il arrive souvent aux vieilles demeures abandonnées, comme si le temps et les intempéries ne suffisaient pas. Les herbes folles eurent tôt fait d'envahir l'aire déserte. Sous un appentis délabré, un vieux McCormick rouillait, affaissé sur ses pneus crevés, phares pendant au bout de leurs nerfs optiques. Plus loin, enguirlandé de liserons, un râteau-faneur tendait vers les nuages deux bras suppliants, et, sous un abri de tôles rouillées, un antique Brabant envahi d'érundes semblait rêver de labours et de dariolajhes de toucheur de bœufs. Dans le terrain attenant, la vigne avait pris ses aises et de longs sarments tentaculaires montaient à l'assaut des vergnes de la mare-abreuvoir. La grange étable avait bientôt vu son toit s'effondrer et se dresser vers le ciel les moignons des solives de sa charpente de chêne. Comment ne pas songer aux dizaines d'arbres et aux centaines d'heures de travail de charpentiers qu'avait coûté cette superbe structure chevillée qui supportait la toiture de 200 m2 de ce monument ?

 

Les pluies avaient fini par diluer le liant des murs qui commençaient à crouler. Trop tard pour elle, mais la maison pouvait encore être sauvée... La dernière fois que je suis passé par là-bas, il ne restait plus, à l'emplacement de la vénérable demeure, qu'un amas de pierres et de terre jaune d'où dépassait, ainsi que le bras d'un naufragé émergeant des flots, la vis du pressoir. La vigne folle avait été arrachée, la mare comblée, les vergnes abattus. Sous le tas de pierres étaient ensevelis la mémoire de toutes les vies qui s'étaient succédées là, avec leurs joies, leurs peines, les naissances et les deuils, les souvenirs d'enfants, le meuglement des bêtes à l'étable, les soupirs d'amours furtives dans le foin des crèches, le choc des bidons au passage du laitier, les airs de violon du musicour des bals de noces dans la grange, le vacarme des battages dans l'aire surchauffée de juillet, les rires et les chants dans la vigne lors des vendanges de septembre, les histoires des veillées d'hiver au coin de l'âtre parfumées au rhum des crêpes et à la cannelle du vin chaud...

 

Aujourd'hui, une vaste construction de parpaings, totalement étrangère, elle, au style traditionnel du bocage, dresse sa prétentieuse silhouette de style néo-provençal derrière un mur de deux mètres de haut, étalant son « jardin paysagé » décoré de plantes exotiques, de fausses amphores ensevelies et de petits cailloux de couleurs variées, protégée par l'avertissement péremptoire CHIEN MÉCHANT avéré par les abois intempestifs d'un molosse-esclave convaincu de sa mission, et surveillée par la caméra surmontant le portail électrique télécommandé.

 

On n'est jamais assez prudent, de nos jours !

 

 J.B. Le 17/08 :2017

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 08:00
Denis Saverot est atterré par l’application Vivino « Avec lui, l’amour du vin, sa connaissance se transforment en banale, en vulgaire « relation client »

Le titre de l’édito du dernier numéro de la RVF signé, bien sûr, par Denis Saverot m’a intrigué : Uberiser le vin ?

 

J’ai ouvert l’article et j’ai découvert un étrange plaidoyer :

 

« S’agit-il d’un progrès pour les vins de qualité ? Comme pour tout bien subtil, civilisé, noble, la connaissance du vin réclame du temps et du travail. Tout ce que la consommation immédiate, sans effort et massifiée réfute puisqu’elle postule d’abord la satisfaction du désir par l’achat instantané. D’autres y ont perdu leur âme, en témoignent ces saumons fumés qu’on trouve désormais sur toutes les tables, produits sans saveur, sans âme et sans respect de la nature. Mais totalement démocratisés. »

 

« Permettez-moi donc de défendre ici le connaisseur, cet enfant de la culture et de l’humanité. J’en connais qui ont rêvé des années durant de goûter telle belle bouteille, de visiter tel fameux domaine, et le fait d’y penser était à lui seul un plaisir. Mais vu de Cupertino ou de San José, ce genre de rêverie n’est que frustration inadmissible du roi consommateur. Demain, les algorithmes de Vivino proposeront sans doute aux clients des listes de vins allant “dans le sens de votre goût”, privant les hommes de la fatigue harassante de l’étude et de la quête de connaissances. En attendant, je fais un rêve : qu’ils ne raflent pas complètement la mise. »

 

« Permettez-moi donc de défendre ici le connaisseur, cet enfant de la culture et de l’humanité. »

 

L’intégralité de l’éditorial ICI  

 

En étant lapidaire je répondrai à l’angoisse de Denis Saverot face aux algorithmes de l’application Vivino par la célèbre boutade de Douglas Mac Arthur :

 

« Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. »

 

Maintenir les fameux connaisseurs dans leur petit pré-carré, user jusqu’à la corde un fonds de commerce s’appuyant sur un petit nombre, ignorer le consommateur, qualifier de vulgaire le client, bref nous fatiguer, se foutre de nous, bien avant l’application Vivino a fait péter le minuscule monopole des « critiques » du vin.

 

« Lorsque les concepteur de produits sont aussi ceux qui façonnent le goût des agents qui auront à le juger dans la sphère médiatique, la boucle est bouclée, il ne reste plus qu’à amuser le public avec ces très démocratiques exercices de dégustation comparée dont les magazines auxquels ils assurent de gros tirages sont friands. »

 

Les gros tirages c’était hier, les magazines sont subclaquant, seuls les gens du vin les achètent, les lisent-ils d’ailleurs, trop tard Denis Saverot !

 

 

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 06:00
Le 2 Août 1980 dans la salle d’attente des 2e classe de la gare de Bologne l’un des attentats les plus sanglants du XXème siècle : 85 morts et 207 blessés.

Nous avons la mémoire courte, l’attaque de la gare de Bologne faisait suite à une série d’évènements visant à la déstabilisation du pouvoir de la démocratie italienne, stratégie de la tension (attentat de la Piazza Fontana en 1969, enlèvement et assassinat du Président du Conseil Aldo Moro en 1978) mais le massacre de Bologne est le point d’orgue de l’horreur car des civils innocents payèrent de leur vie pour des desseins politiques.

 

En ce 2 Août 1980, le ciel est au beau fixe, une atmosphère de vacances flotte à la gare de Bologne, plaque tournante du trafic ferroviaire pour les villégiatures sur la Riviera Adriatique. En effet, les vacances débutent dans la péninsule Italienne. Dans ce climat d’insouciance, personne ne se doute qu’un drame terrible va se dérouler. Dans la salle d’attente des 2e classe, une valise contenant un engin explosif composé de TNT, de T4 et de Compound B est placé sous une banquette sans que personne ne s’en aperçoive.

 

À 10h25, une violente déflagration secoue le bâtiment et détruit pratiquement tout l’édifice, le toit s’est effondré, et le train Ancona-Chiasso-Bâle qui attendait à quai est soufflé et partiellement détruit à cause de l’onde de choc.

 

En un instant, tout bascule dans le sordide, les survivants et les blessés plus ou moins graves, victimes d’éclats de verre et autres s’extraient tant bien que mal des décombres fumantes, la panique s’installe et un silence de plomb recouvre la station de Bologne.

 

Rosetta Loy dans son livre L’Italie entre chien et loup au Seuil :

 

« C’est l’attentat qui a fait le plus de victimes : des jeunes portant un sac à dos, des familles entières qui, par cette matinée de grande chaleur, allaient monter dans le train qui devait les mener à leur lieu de villégiature. Je laisse ici la parole à Enrico Deaglio qui raconte ainsi les faits :

 

« Un garçon et une fille très jeunes, qui ressemblent par leur aspect et leur façon de s’habiller à des touristes allemands, entrent dans la salle d’attente des secondes classes, envahie de monde, avec un gros bagage en cuir à roulettes mécaniques. Ils le posent sur l’étagère porte-bagages à cinquante centimètres du sol. Dans le sac de voyage se trouvent environ vingt-cinq kilos de gélatine explosive  de type industriel, liée à un mélange chimique de fabrication artisanale. Le couple s’éloigne, il est environ 10 heures du matin. »

 

Quelques heures plus tard, un premier appel téléphonique anonyme, suivi d’un second revendiquent l’attentat. au nom des NAR (Nuclei Armati Rivoluzionari ou Noyaux Armés Révolutionnaires), groupuscule terroriste d’obédience néo-fasciste, actif depuis Octobre 1977, ayant des connexions avec La Bande De La Magliana, financé par des hold-up et fondé par Valerio Fioravanti ex jeune espoir du cinéma italien. On apprendra par la suite que les Brigades Rouges ont aidé financièrement les NAR pour préparer l’attentat.

 

« Ivano Paolini, responsable des chantiers de la municipalité de Bologne, entend l’explosion, saute sur sa Vespa. Devant la gare, un épais nuage de poussière ne se décide pas à retomber, il est presque impossible de respirer. Il prend spontanément le commandement des opérations, appelle les camions-citernes des pompiers pour dissiper la poussière, donne des instructions aux porteurs, à la police ferroviaires et aux chauffeurs de taxi. Il commence à dégager les gravats.

 

« Agide Meloni est le chauffeur du bus de la ligne 37. Il le dévie vers l’esplanade de la gare et le transforme en chapelle ardente. Les fenêtres sont recouvertes de draps blancs. On dispose et on tente de reconstituer les cadavres que l’on a extraits des décombres. Cette procédure se révèle décisive pour accélérer les secours. »

 

En 1981, 1 an après les faits, Le général Pietro Musumeci, n°2 du SISMI (Servizio per leinformazioni e la sicurezza militare) ancien nom des services secrets militaires italiens, est accusé de falsification de preuves pour avoir chargé à tort 2 leaders d’extrême droite appartenant au groupe Terza Posizione, alors en exil en Angleterre Gabriele Adinolfi et Roberto Fiore. Le dossier restera ouvert pendant 15 ans, grâce à la persévérance des familles des victimes, ce qui permettra au procès d’aller à son terme.

 

Le 23 Novembre 1995, les sentences prononcées par la cour de cassation de Bologne sont les suivantes :

 

- Condamnation à perpétuité pour les exécuteurs de l’attentat (Valerio Fioravanti et Francesca Mambro qui continuent à clamer leur innocence) mais situation ubuesque, Fioravanti est libre depuis Avril 2009 et Mambro, actuellement en liberté conditionnelle, sera libre fin 2013.

 

- Condamnation pour obstruction à l’enquête pour Licio Gelli (grand chef de la loge maçonnique P2), Francesco Pazienza, Pietro Musumeci et Giuseppe Belmonte du SISMI.

 

Notons que de nouvelles peines sont instaurées par la cour d’assises de Bologne en juin 2000 :

 

- 9 ans de prison pour Massimo Carminati « Er Nazista » (militant des NAR et allié de la Bande De La Magliana). Ce dernier est en cavale après s’être échappé du dépôt du Tribunal de Rome en 1999

 

- 4 ans et demi pour Federigo Mannuci Benincasa et Ivano Bongiovanni

 

« Années de plomb »

 

Pour comprendre cette imbrication entre militants d’extrême droite et services secrets, il faut remonter aux années 1970 et à la période dite des « années de plomb ». Alors que les assassinats attribués à l’extrême gauche se multiplient, l’extrême droite, en partie téléguidée par les membres dévoyés de l’armée ou de la police qui rêvaient d’installer un régime fort en Italie pour la mettre à l’abri du « péril communiste », se lance dans une série d’attentats terroristes. On lui attribue celui de la piazza Fontana à Milan en 1969, celui à bord du train Italicus en 1974 et, le plus meurtrier de tous, celui contre la gare de Bologne en 1980 (85 morts). Les vrais coupables ne furent jamais identifiés.

 

C’est à l’aune de ces échecs judiciaires et des méandres des diverses enquêtes, qu’il faut apprécier la sentence du tribunal d’appel de Milan. « Elle est historique parce que jamais jusqu’à présent on n’avait été aussi clair à désigner la responsabilité d’Ordre nouveau et des services secrets dans les attentats de cette période », écrit le quotidien La Stampa du 23 juillet. « Quarante et un ans ne sont pas passés en vain, renchérit, dans La Repubblica, Benedetta Tobaggi, dont le père fut assassiné par l’extrême gauche en 1981. Sisyphe peut se reposer. »

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 06:00
Mengele Agrartechnik épandait du fumier, Josef Mengele fils de bonne famille envoyait 400 000 hommes à la chambre à gaz en sifflotant et Tinguely composait Mengele – danse macabre…

J’ai dévoré le roman d’Olivier Guez La disparition de Josef Mengele chez Grasset en un après-midi.

 

« Mengele est infatigable dans l’exercice de ses fonctions. Il passe des heures entières tantôt plongé dans le travail, tantôt debout une demi-journée devant la rampe juive où arrivent déjà quatre ou cinq trains par jour chargés de déportés de Hongrie… Son bras s’élance invariablement dans la même direction : à gauche. Des trains entiers sont envoyés aux chambres à gaz et aux bûchers… Il considère l’expédition de centaines de milliers de juifs à la chambre à gaz comme un devoir patriotique. »

 

Signé : Miklós Nyiszli, médecin légiste hongrois membre des Sonderkommandos (ceux étaient condamnés à recueillir les cheveux et à arracher l’or des cadavres gazés avant de les jeter dans les fours) fut « le scalpel de Mengele ». Il a consigné l’inimaginable et l’effroyable dans Médecin à Auschwitz parut en France en 1961.  

 

« Un jour descendent d’un convoi un père bossu et son fils boiteux, deux juifs du ghetto de Lódz. Quand il les aperçoit sur la rampe, Mengele les fait immédiatement sortir du rang et les envoie au crématorium numéro un se faire examiner par Nyiszli. Le médecin hongrois prend leurs mensurations et leur offre du sauté de bœuf aux macaronis, « la dernière scène », écrit-il. Des SS les emmènent et les tuent à bout portant sur ordre de Mengele. Les cadavres sont ramenés à Nyiszli qui, « totalement écœuré », confie leur dissection à des confrères. »

 

S’ensuit un débat sur « quels sont les meilleurs systèmes pour nettoyer parfaitement des squelettes ? » car Mengele désire que les squelettes soient expédiés à Berlin au Musée anthropologique.

 

Mengele décide d’utiliser le procédé le plus rapide : la cuisson.

 

« On prépare les foyers. Des barriques de fer sont mises sur le feu et dans des chaudrons mijotent les cadavres du bossu et du  boiteux, le père et le fils, ces juifs modestes de Lódz.

 

« Au bout de cinq heures, écrit Nyiszli, je me suis rendu compte que les parties molles se séparent facilement des os. Je fais donc arrêter le feu mais les barriques doivent rester sur place jusqu’à ce qu’elles refroidissent. »

 

« Ce jour-là, le crématorium ne fonctionne pas. Des prisonniers maçons réparent ses cheminées. Un des assistants de Nyiszli vient le trouver, paniqué : « Docteur, les Polonais sont en train de manger la viande des barriques. » J’y cours vite. Quatre prisonniers étrangers, revêtus de la bure rayée, sont debout, autour des barriques, frappés de stupeur… Affamés comme ils l’étaient, ils cherchaient quelque nourriture dans la cour et c’est ainsi qu’ils se sont  approchés par hasard des barriques, pour quelques instants sans surveillance. Ils croyaient que c’était de la viande pour le Sonderkommando qui était en train de cuire… Les Polonais étaient presque paralysés de frayeur en apprenant de quelle chair ils avaient mangés. »

 

 

1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.

 

« Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.

 

Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?

 

La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre. »

 

 

Ainsi, la famille […] qui a su garder un silence total depuis la mort de Josef Mengele en 1979, devient brusquement très bavarde. Son fils lui a rendu visite plusieurs fois. M. Hans Sedlmeier, fondé de pouvoir de la firme Mengele (prospère société de matériel agricole installée à Günzburg, en Bavière : la Mengele Agrartechnik)) faisait la liaison et lui apportait régulièrement des fonds qu’il prétend aujourd’hui avoir toujours été très modestes puisque ces sommes allaient de 300 à 500 DM [deutsche mark, la monnaie allemande jusqu’à la fin de 2001].

 

 

« L’entreprise Mengele Agrartechnik a périclité après les révélations de juin 1985. Elle ne comptait plus que 650 salariés en 1991 contre le double 6 ans plus tôt. Elle a été vendue cette année-là. La marque a définitivement disparue en 2011. » 

 

Lely acquiert le constructeur allemand Mengele. Il fabrique des remorques autochargeuses, des ensileuses traînées et des épandeurs à fumier.

 

A compter du 1er juin 2010, Lely acquiert 100 % des parts de Mengele.

 

L'entreprise hollandaise possédait déjà des parts du constructeur allemand depuis mai 2009. Cela s'était concrétisé par la commercialisation des remorques autochargeuses Lely Tigo.

 

Mengele continuera à fabriquer ces machines ainsi que des ensileuses traînées et des épandeurs à fumier dans son usine de Waldstetten. Elle emploie 68 personnes.

 

Après avoir acheté Welger, Lely s'offre un second constructeur allemand. La renommée de Mengele est forte outre-Rhin. Grâce à cette opération, l'entreprise batave conforte sa position sur ce marché important. Lely ne prévoit pas de commercialiser en France les ensileuses et les épandeurs Mengele pour le moment.

 

 

Mengele Danse Macabre, Hoch-Altar, 1986. « In Basel... est une œuvre extraordinaire qui a largement occupé les dernières années de l’artiste. Cette œuvre est née à partir d’un événement, l’incendie de la ferme voisine de sa maison, qui a laissé sur Tinguely une impression si forte et marquante, qu’on peut se demander dans quelle mesure il ne s’agit pas d’une reviviscence de traumatismes précoces. Ecoutons le récit qu’il en fait, qui est un magnifique témoignage sur le fonctionnement du processus créateur.

 

ICI 

 

« Ce phénomène de carbonisation m’inspirait l’horreur, la chair des veaux aurait tout aussi bien pu être de la chair humaine (…) Toute la monstruosité des fours crématoires resurgissait de ces décombres. La couleur cendre de ces matériaux m’inspirait (…) Je travaillai avec acharnement pendant une semaine, chargeant les pièces les unes après les autres sur un camion de l’armée qui les transportait chez moi sous un toit à l’abri de la pluie. J’étais comme possédé, travaillant avec l’assurance d’un somnambule. J’allai même rechercher d’autres matériaux dans la fosse qui fut creusée après. Le dernier vestige fut une grosse machine à ramasser le maïs sur laquelle était encore inscrit deux fois le nom « Mengele », le même que celui de la famille de ce fameux médecin nazi. L’idée était là, dans cette machine si monstrueuse d’aspect ».

Rentrée littéraire : nazi society

Avec "La Disparition de Josef Mengele", Olivier Guez reconstitue l'exil latino du SS, paria qui fut pacha.

Publié le  | Le Point
 
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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 06:00
Suis-je encore un blogueur Vin ?

À cette question je pourrais répondre par une pirouette : « ai-je été un jour un blogueur vin ? »

 

Ce serait trop facile lorsqu’on a accroché à sa crèmerie l’enseigne Vin&Cie.

 

Mais pourquoi en cette fin de mois d’août, où les travailleurs-travailleuses reprennent le collier alors que moi je n’en fous plus une rame depuis que j’ai quitté la scène, poser cette question ?

 

Tout bêtement parce qu’une amie ayant rencontré récemment un caviste-lecteur m’a rapporté son interrogation « Berthomeau chronique-t-il encore sur le vin ? »

 

Normal, mon petit roman de l’été, qui pourtant patauge dans le marigot de Saint-Émilion, peut jeter le trouble auprès des afficionados du vin.

 

Très vin nature le trouble !

 

Avec ma pomme, depuis le début, s’est instauré un malentendu : je ne suis pas, je n’ai jamais été, ni expert de la dégustation, ni un amateur de vin au sens où le vin n’est pas pour moi une passion. J’en ai d’autres. Ceux qui me suivent depuis un bout de temps les connaissent.

 

Pour vous expliquer permettez-moi un petit retour en arrière : lorsque j’ai ouvert ce blog, il y a 13 ans, pour raison de mise au placard suite à la publication du Rapport, je partais à l’aveuglette en chroniquant sur le sujet qui m’avait valu l’ire des chefs de la vigne du Languedoc et de Bordeaux. Chemin faisant, même si mon analyse sur la vigne et le vin n’a pas radicalement changé, j’ai pris de plus en plus de distance avec le politiquement correct qui sévit dans le monde du vin, même chez les insoumis du vin.

 

Depuis un certain temps, je contemple donc, d’un œil narquois, ce qui s’écrit aussi bien sur les quelques blogs survivants que dans la « pauvre » presse du vin.

 

C’est d’un convenu affligeant. On ressasse, on véhicule les mêmes images éculées, on se contente d’un entre soi dit d’amateurs, ou pis encore de grands amateurs, un côté congrès des Radicaux de gauche dans une cabine téléphonique. L’imagination n’est vraiment pas au pouvoir, les grands maîtres de la dégustation n’ont rien vu venir, confits qu’ils sont dans leurs certitudes.

 

Ces survivants ne vivent plus que de la collecte la manne disponible, soit ils font salons, soit sous-traitant de la presse généraliste, soit conseils en Foire aux Vins, soit même parfois un peu vendeur de vin, pour finir, fourbus, au bout du rouleau dans la sébile du père Dassault comme le célèbre duo.

 

Si on laisse de côté les stipendiés collecteurs d’encart publicitaires, les aigris faisant des piges, les quelques critiques encore en piste, qui s’escriment à se parer du titre de journaliste, sont une espèce en voie de disparition.

 

Faut-il le regretter ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que leur cécité face aux évolutions de la société, de ses goûts, de ses modes de consommation, les a condamnés et que leur extinction n’attristera personne. Le consommateur fait sa pelote sans eux. C’est, là comme ailleurs, la destruction créatrice chère à Schumpeter. Pleurer, geindre, porter des fleurs et des couronnes sur ce si beau terroir d’un monde englouti, c’est cultiver le passéisme du c’était mieux avant.

 

Pour ma part je n’ai jamais voulu mettre les pieds dans leur galère, la seule fois où je m’y suis risqué c’est lorsque j’ai participé à la création des 5 du Vin. J’ai vite jeté l’éponge, ça ne m’allait pas et je dois avouer que je ne les suis plus ces 5, ce qu’ils écrivent est sans doute intéressant pour leurs lecteurs mais que je n’y trouve pas matière à réfléchir. Pour m’informer ou glaner des idées je puise en direct sur la Toile ce qui m’intéresse, je n’ai nul besoin de leur réchauffé bien besogneux.

 

Alors, oui, je chronique moins sur le vin parce qu’il n’y a pas que le vin dans ma vie et qu’une infime minorité de nos concitoyens sont des « connaisseurs » de vin. C’est ce que les gens du vin se refusent à comprendre, ils se prennent pour le nombril du monde alors, qu’en dehors des classiques marronniers : la récolte, les foires aux vins, le château bordelo racheté par les chinois ou le clos bourguignon arraché à la tradition par d’affreux prédateurs friqués…, le sujet vin n’intéresse guère les gros bataillons de consommateurs.

 

Le monde du vin est un fantastique miroir aux alouettes qui attire beaucoup de jeunes gens en mal de reconversion ou du choix d’un métier jugé passionnant, et sur la longue période de mon blog j’ai malheureusement constaté que beaucoup s’y sont cassés les dents.

 

Bref, le vin reste pour moi un sujet de grand intérêt mais enfourcher les mêmes haridelles que mes confrères, très peu pour moi !

 

Alors, étant en vacances éternelles, comme vous je respire, je mange, je bois, je dors, je lis, des livres, la presse, je baguenaude à vélo, je cuisine, je vais de temps en temps au restaurant, on m’invite, je rêvasse, j’aime, je vais au ciné, je nage, je consulte Face de Bouc sans participer aux empoignades des frustrés qui peuplent cet espace, je suis le fil Twitter pour me marrer avec des contributeurs dotés d’humour et pour contempler le bal des journalistes addicts qui se contemplent le nombril et celui plus triste encore des politiques spécialistes des hommages aux chers disparus.

 

Mes chroniques actuelles sont donc à l’image de ce tronçon de ma vie.

 

Je ne chasse pas le lecteur, qui m’aime me suive !

 

Ce qui m’étonne, chaque jour que Dieu fait, c’est que vous continuiez de me lire.

 

Le temps des commentaires sur les blogs est terminé, le bac à sable de Face de Bouc occupe celles et ceux qui veulent soit en découdre, soit faire du prosélytisme, ou pour faire court tenter de se donner l’illusion d’exister.

 

Alors pourquoi continuer ?

 

Parce que j’y trouve encore du plaisir…

 

C’est clair, c’est simple, lorsque la lassitude me gagnera je tirerai le rideau de fer et l’aventure prendra fin…

 

 

 

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 06:00
Un petit coup derrière la casquette du « bouffon de la bouffe » le Périco Légasse de Marianne le « torchon de la République »

Pour sûr que je ne vais pas me faire beaucoup d’amis en relayant cette charge, bien argumentée, pas forcément conforme à mon analyse, contre le Périco qui dispose d’une large cour, une vaste basse-cour l'encensant, dans le milieu très épais des qui gueulent par principe, des va-de-la gueule blablateurs, des nonistes, des insoumis de salon, tous ceux qui sur la base des dégâts causés par la mondialisation, s’en tiennent à des y’a ka et des faut qu’on.

 

Il est le gros trait d’union qui unit les deux bords du marigot politique, il fait du bruit, il tonitrue, fait beaucoup de bruit, profite de la vacuité de ses collègues « critiques » pour occuper les médias. Il est le représentant le plus caricatural de notre temps superficiel, sans profondeur, celui qui ouvre en grand la porte aux démagogues de tout poil, de toute obédience.

 

Marianne subclaquant, en fait des tonnes jusque parfois à se prendre les pieds dans le tapis lorsque la feuille de choux tape sur Macron à bras raccourcis en soutenant la première ministre polonaise, une progressiste bien connue.

 

Alors, je fais mon Périco, je lui pose l’étiquette de « torchon de la République »

 

Revenons à la bouffe, la malbouffe, l’ancien territoire du tonitruant Jean-Pierre Coffe, ça m’attriste de voir dévoyés des analyses et des constats pertinents sur notre agriculture et notre alimentation, que je partage, pour en faire de la bouillie pour les chats. Rien n’est pire qu’un avocat flambard, ramenard, dont la plaidoirie aboutit à plomber son client. La FNSEA de madame Lambert adore ce genre de bavard, ça la renforce dans son lobbying auprès de ce pauvre Travert, qui se prend pour le Ministre de l’Agriculture.

 

Les forts en gueules, comme Périco, qui en sera bien sûr, où n’est-il pas, braieront aux Assises de l’Alimentation pilotées par la fine fleur de l’agro-alimentaire, de la distribution et, bien sûr, de l’Administration. Ils nous diront haut et fort qu’ils n’ont pas été entendu, sauf que ce n’est pas avec leur boîte à outils que l’on fera virer de bord les pratiques des agriculteurs et que l’on dénouera les liens tissés avec les IAA et la GD par des décennies de perte de valeur de la production agricole.

 

On ne repasse pas du minerai au produit fini contrôlé par les paysans en poussant des coups de gueule !

 

Le cambouis du faire n’attire guère les démagogues de toute obédience qui vivent de leur petit fonds de commerce. Se retrousser les manches, mettre les mains à la pâte, ce n’est pas de leur compétence, c’est celle des autres.

 

C’est écrit, j’ai pratiqué le Périco, il m’a même invité à un grand raout du Marianne d’avant, à Poitiers, aux frais de Ségolène, pour débattre sur «L’Europe favorise-t-elle le goût» ICI

 

Il m’a donné du maître, toujours l’excès, mais ma seule certitude c’est que ce n’est pas en ne pointant du doigt des boucs émissaires que l’on fait bouger un pays, un secteur, les femmes et les hommes qui font, qui sont souvent dans des situations inextricables. Pester contre le système, le combattre, en s’exonérant de sa part de responsabilités, est si facile : nous sommes le système.

 

Je suis le premier à reconnaître que notre approche de l’agriculture, de l’agro-alimentaire doit radicalement changer mais ce n’est pas, en tant citoyen-consommateur, en faisant porter la responsabilité de l’état actuel sur les autres que nous ferons changer les choses.

 

Le nouveau président de la République ne l’a, lui aussi, pas compris en nous ressortant les vieilles recettes des Assises de l’Alimentation.

 

Je le regrette mais je n’y peux rien, comme à la SNCF je termine mon trajet immobile sur une voie de garage d’une gare de triage.

 

Pour que tout soit bien clair, je ne souscris pas forcément aux analyses de Pierre-Antoine Delhommais mais il me semble salubre de faire entendre certains arguments, de permettre d’engager un vrai débat sur la qualité de notre alimentation.

 

C’est disant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui…

 

 

Pierre-Antoine Delhommais - Le gastronome qui ne savait pas compter

 

Pour le critique gastronomique Périco Légasse, prompt à dénoncer la malbouffe, les Français ne dépensent pas assez pour se nourrir. C'est faux.

 

Depuis la disparition du truculent Jean-Pierre Coffe, le critique gastronomique Périco Légasse, icône de la dénonciation outrée et tonitruante de la malbouffe, se trouve en situation de quasi-monopole médiatique. Sur France Inter, il n'a pas mâché ses mots pour commenter la fraude autour des œufs contaminés au fipronil, conséquence directe et évidente, à ses yeux, du « libre-échange à tout-va» et de la « financiarisation de l'alimentation de masse». Qu'il soit tout de même permis de rappeler que les scandales alimentaires ne datent pas de cette mondialisation libérale qui semble donner à M. Légasse autant de haut-le-cœur que les pizzas surgelées. Citons le pain aux os moulus et aux cailloux en poudre fabriqué par les boulangers du Moyen Âge, ou encore les bonbons colorés aux pigments de plomb et d'arsenic vendus au début du XIXe siècle par des confiseurs parisiens, qui tuèrent des centaines d'enfants. « La malbouffe, a ajouté le nouveau porte-parole des Indignés culinaires, c'est le premier des fléaux internationaux. On a un problème économique d'emploi, on a un problème de sécurité et de terrorisme, et un troisième, qui concerne tous les citoyens du monde, surtout ceux du monde développé, en particulier les Français, c'est la malbouffe. La malbouffe, elle ne tue pas d'une rafale dans la rue ou d'une bombe qui explose, elle tue sournoisement par des maladies épouvantables.» Les familles des victimes du Bataclan apprécieront la comparaison.

 

M. Légasse, décidément très en verve ce matin-là, s'est par ailleurs dit révolté par les économies que les Français réalisent sur leur budget alimentaire : « Il était de 22-23 % dans les années 1970 et il tombe aujourd'hui, dans certains milieux sociaux, jusqu'à 5 %. [...] Il n'y a rien de plus urgent que de consacrer le plus d'argent possible à notre alimentation.»

 

 

Selon l'Insee, les dépenses alimentaires des Français ont fortement augmenté, en volume et de façon continue, depuis cinquante ans.

 

M. Légasse est à l'évidence plus doué pour la dégustation de confit de canard que pour les raisonnements économiques. Le fait que la part du budget alimentation dans le budget total des ménages ait considérablement diminué au cours des dernières décennies (34,6 % en 1960, 23,4 % en 1980, 20,4 % en 2014) ne signifie pas que les dépenses alimentaires ont baissé, mais que le poste alimentation a progressé moins vite que les autres postes de consommation. De fait, selon l'Insee, les dépenses alimentaires des Français ont fortement augmenté, en volume et de façon continue, depuis cinquante ans, à un rythme annuel moyen de 1,1 %. Pour atteindre, en 2014, 232 milliards d'euros, soit 3 600 euros par habitant (contre moins de 2 000 euros en 1960, en euros constants).

 

La poursuite de cette hausse paraît d'autant plus remarquable que les Français, d'une part, dépensent déjà nettement plus pour leur alimentation (+ 16 %) que la moyenne des autres pays européens. Et que, d'autre part, comme le soulignent les économistes de l'Insee, les « besoins en nourriture et en boissons sont naturellement limités. Le fait que les dépenses alimentaires continuent de croître s'explique aujourd'hui pour l'essentiel par des phénomènes de transfert en faveur de produits de meilleure qualité, de plus en plus élaborés et diversifiés (essor des dépenses de produits surgelés et autres plats préparés), au détriment de produits bruts, nécessitant plus de temps de préparation.» Des explications de nature à faire avaler son cassoulet de travers à Périco Légasse. Pour l'Insee, la « diminution de la part alimentaire en France depuis cinquante ans dans la dépense de consommation de l'ensemble des ménages est le reflet de la hausse de leur pouvoir d'achat». Et non d'un complot ourdi par une grande distribution et une agro-industrie affamées de profits pour empoisonner les Français avec des produits toujours moins chers et de moins bonne qualité.

 

Progrès social

 

M. Légasse devrait consacrer le peu de temps que lui laissent ses colères radiotélévisées pour lire les travaux d'Ernst Engel, cet économiste allemand du XIXe siècle qui a mis en évidence la loi, jamais démentie depuis, selon laquelle la part du budget allouée aux dépenses d'alimentation diminue quand les revenus augmentent. La fréquentation des chefs étoilés fait visiblement perdre de vue les préoccupations alimentaires des classes populaires, pour lesquelles le fait de consacrer une part toujours plus faible de leurs salaires à la nourriture a constitué, au XXe siècle, et constitue, de nos jours encore, un extraordinaire progrès social. Cela leur permet notamment de dégager des marges financières pour les loisirs, les vacances, l'aménagement de la maison, l'éducation des enfants ou la santé. À la fin du XIXe siècle, le poste alimentation représentait près de 90 % du budget d'une famille d'ouvriers. En 1960, il frôlait encore 50 %, pour tomber à moins de 20 % aujourd'hui.

 

Sur France Inter, M. Légasse s'est lamenté du fait que « le budget alimentaire, dans certains milieux sociaux, tombe jusqu'à 5 %». On ne sait pas dans quelle arrière-cuisine le critique gastronomique est allé chercher cet extravagant pourcentage, mais, ce qui est sûr, c'est que seuls les ultrariches qu'il a la chance de croiser dans les très grands restaurants, et dont l'estomac n'a pas la taille de leurs salaires et de leurs patrimoines, peuvent se permettre de consacrer une part aussi faible de leurs revenus à l'alimentation. Certainement pas les 8 millions de Français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, ni les 20 millions de Français qui ont du mal à boucler leurs fins de mois et à qui il est tout de même quelque peu déplacé, pour ne pas dire indécent, d'expliquer, comme le fait M. Légasse, qu'« il n'y a rien de plus urgent que de consacrer le plus d'argent possible à notre alimentation». Des propos qui rappellent désagréablement ceux de Marie-Antoinette exhortant les Français à manger de la brioche.

 

Publié le 19/09/17 à 06h21 | Source Le Point

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 06:00
« Au jeu des ceps familles » le cadet des Arena : Antoine-Marie multi-étoilé par les nez du continent.

Le journaliste de Corse-Matin, Jean-Marc Raffaelli, pour dresser le portrait du cadet des Arena, n’est pas avare de jeux de mots, tel celui du titre.

 

À propos de l’aîné, Jean-Baptiste, il se surpasse « à l’image de sa production, a le niveau idéal de la maturité, a pris parallèlement de la bouteille en politique comme nationaliste de premier plan (t). »

 

 

Mais revenons au chouchou du guide vert de la RVF : 2 * sur 3 et du duo d’enfer Butane&Degaz : 4 * sur 5, pour qui la passion pour le vin n’était pas génétique, « elle a fermenté » (sic).

 

Olivier Poussier « se fait lyrique, tel un poète qui sirote ses vers » (re-sic).

 

« Fraîcheur florale et fruitée des blancs, texture ciselée, empreinte minérale. Il n’a que trois millésimes derrière lui, mais ses cuvées impressionnantes de cohérence et de justesse, dévoilent une telle sensation de pureté et d’osmose qu’Antoine-Marie Arena pourrait avoir dix ans de métier et plus. »

 

Bon sang ne saurait mentir, « le père, Antoine, est la figure de proue du riacquistu viticole de Patrimonio, pour ne pas dire l’âme, de l’appellation. »

 

 

Antoine-Marie est aussi un sportif « Quand il court au milieu de ses vignes, on peut dire qu’il prend son pied. « J’ai beaucoup joué au football, j’ai commencé à l’Étoile filante bastiaise puisque ma mère (ndlr Marie) est du quartier Saint-Joseph, je fais aussi régulièrement du vélo, des randonnées en montagne et de la chasse sous-marine. »

 

« La plongée est bien la seule discipline où il met de l’eau dans son vin » (re, re, sic)

 

Pour ne rien vous cacher je n’ai pas attendu les nez experts pour aimer les vins d’Antoine-Marie, on les trouve à ICI MÊME, en face de chez Giovanni Passerini, dans le 12e une très belle cave, j’aime beaucoup l'étendue du choix et la qualité de l'accueil !

 

 

« Il a isolé une vieille vigne, presque centenaire, planté par son arrière-grand-père Barthélémy. Il tient à ce demi-hectare comme à la prunelle de ses yeux, privilégiant la qualité à la rentabilité : là où il pourrait sortir quatre mille litres, il en sort six cents. C’est la cuvée Memoria dont il dit, en souriant, que c’est une danseuse. »

22 mois d'élevage 15 jours de macération en grappes entières millésime 2015
22 mois d'élevage 15 jours de macération en grappes entières millésime 2015

22 mois d'élevage 15 jours de macération en grappes entières millésime 2015

Ici-même

68 rue de Charenton

75012 Paris

01 43 40 00 99

Horaires :

lundi 17h – 20h (pas de service sur place)

mardi au samedi 10h30 – 22h30 (service sur table jusqu’à 21h45)

dimanche 10h30 – 19h (service sur table jusqu’à 17h)

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 06:00
Le temps des Métives est de plus en plus précoce, qu’il est loin le temps des batteries à la vanneuse de mon père Arsène…

Août chez les Berthomeau c’était « Le temps des battages » pas celui des mariages

 

« Mon père Arsène était entrepreneur de battages et, avant l’irruption des moissonneuses-batteuses, après la moisson avec sa batteuse Société Française de Vierzon et le matériel qui allait avec, le monte-paille puis la presse-botteleuse, la locomobile Merlin puis le tracteur SFV, il allait de ferme en ferme, selon une tournée qui alternait : les premiers de la saison précédente étaient les derniers de la saison suivante. Le prix du battage n’était à l’heure passée mais au sac de grains récolté ce qui associait l’entrepreneur à la bonne ou à la mauvaise récolte. »

 

Dans le parler de chez moi la batteuse c’était une vanneuse.

 

Alors vous comprendrez aisément que le texte de Jacques Braud que m’a fait parvenir l’ami mothais Henri-Pierre Troussicot me va droit au cœur.

 

En effet, tout ce qu’il écrit je l’ai vécu au temps de mes culottes courtes, dans les aires de métairies, où j’étais « le p’tit gars d’Arsène »

 

Métives

 

La demi-route entre La Briolière et La Guignardière est complètement obstruée par l'équipage. On le sent prêt à dévorer l'auto et son conducteur. Le Berlingo est obligé de reculer sur près de 100 mètres pour trouver, dans la haie qui borde le chemin vicinal, une muce donnant accès à une parcelle de colza déjà moissonnée sur les terres de La Sauzaie pour laisser passer le gros insecte jaune.

 

La New Holland EVEREST (c'est écrit dessus) pousse devant elle une barre de coupe de 6 mètres de large au moins à l'aspect singulièrement agressif. Ça prend toute la largeur de la voie, banquettes et fossés compris. Sûr, l'une des deux n'est pas adaptée à l'autre. Perché là-haut dans l'aquarium climatisé de l'habitacle de plexiglas de sa monture à 200 000 euros, le conducteur prête à peine attention au « gêneur ». Il domine du haut de son EVEREST la voie communale, fort de la priorité que, pense-t-il, lui confère l'importance de sa tâche en cette période de moissons.

 

Le monstre vient de brouter une parcelle de 10 ha sur les coteaux du Petit Boquet et se rend dare-dare vers les terres du Fief Fromenteau qui gardent le souvenir de vignobles arrachés entre Foliet et Le Pâtis, dont témoignent des sarments devenus sauvages escaladant les ronces de quelques haies épargnées et qui arborent de jolies grappes dorées dont seuls les oiseaux profiteront. Les remembrements, au long des années, y ont ménagé de vastes zones à cultures céréalières à la place des alignées des ceps noueux et de la mosaïque de petits pâturages jadis domaine des vaches, malgré l'importance des pentes au creux desquelles la rivière du Petit Lay déroule ses méandres vers l'Assemblée pour consommer son union avec son grand-frère. Lui se fraiera laborieusement son chemin sinueux à travers bocage, plaine et marais jusqu'à sa destination finale, l'Océan, entre les Pointes de l'Aiguillon et d'Arçay. Là, freiné dans son élan par les courants de marée, il laissera choir au fond de son estuaire les boues provenant des terres ravinées prélevées sur les pentes du bocage privées de tout obstacle à l'érosion.

 

Ainsi en a voulu la gestion « raisonnée » de l'agriculture. Bientôt, le vent de suet apportait le vrombissement ininterrompu des 400 CV du 6 cylindres turbo-diésel de la dévoreuse machine traçant, imperturbable, son chemin dans les blés mûrs et dans un nuage de poussière, vomissant par sa goulotte semblable à une tête de dragon cracheur de feu un jet continu de grains dans l'énorme benne qui l'accompagne comme un rémora accroché à son requin, et laissant dans son sillage un large andain de paille blonde attendant de finir en bottes de 500 kg.

 

Le travail se poursuivit sans interruption tout le jour et une bonne partie de la nuit tandis qu'une noria de tracteurs titanesques acheminaient à toute allure vers les silos de la CAVAC leurs énormes remorques pllénes a faetàe. Le lendemain, en balayant la route, on aurait pu ramasser plusieurs quintaux de grains que les cahots avaient semé sur le bitume, comme si de l'urgence de la tâche et de la vitesse à laquelle elle était exécutée dépendait sa destination supposée, à savoir nourrir l'humanité, sans se soucier de ce honteux gaspillage.

 

De quoi dégoûter les glaneuses de Millet ! C'est la rançon du progrès, l'aboutissement d'une politique et d'un système économique où, sous couvert de soulager la pénibilité du travail, on l'a robotisé et déshumanisé. Pénibilité disparue ? Parlez-en au pilote du monstre agricole. Il vous dira le plaisir d'être secoué au volant de son engin pendant de longues heures dans le bruit et la poussière, sans parler des séances de mécanique sous la machine pour peu qu'elle ait heurté un gros caillou. Encore heureux si les étincelles produites par la rencontre avec cet obstacle minéral ne boutent pas le feu à la moissonneuse et à toute la récolte.

 

Bien sûr, le jeune agriculteur d'aujourd'hui, la tête pleine des idées modernistes qu'y ont inculquées les technocrates qui mènent le monde agricole, n'a sans doute aucun souvenir des moissons de jadis, et n'a-t-il en la matière que la vision de ces fêtes des « battages à l'ancienne » que certaines communes organisent pour les touristes ou les nostalgiques d'un passé soi-disant heureux qui le magnifient en oubliant les dures conditions qu'imposaient ces travaux aux paysans d'alors que miment des borgadins déguisés. Ce n'était certes pas une sinécure que de faucher au dail, de rortàe les gerbes, puis de les charger à la forche a troes piuns sur les charrettes emmenées par de robustes percherons ou sur les tombereaux tirés par des bœufs sous le joug.

 

C'était dangereux, surtout quand on avait un peu bouvassai, de les enfourner dans la trémie de la machine à battre entraînée à grand bruit par la courroie passée sur la poulie latérale du tracteur. Plus d'un bras a ainsi mêlé le rouge de ses chairs à l'or du froment. Le vin coulait à flots ; il fallait bien décoller la poussière au fond des gosiers et se donner du cœur à l'ouvrage. Ce n'était pas de tout repos de brasser la paille, d'enbarjhàe le pailler et de l'afaetàe de la plus belle manière qui soit, symbole de savoir-faire et de fierté, avant de l'arrimer à l'aide de trolles fabriquées au torniquét, de monter des sacs de 80 kg à l'épaule par l'échelle au grenier de la métairie, tout ça dans le bruit, la poussière et la chaleur de juillet, sans oublier ces sentiments de frustration et de colère qui resurgissaient quand on regardait partir la moitié de la récolte vers le logis du « maître ».

 

Le métayage était alors la norme et peu de paysans revendiquaient le fermage, qui pourtant leur donnait plus d'autonomie et de liberté. Il est vrai que le curé, en bon serviteur de la classe dirigeante, condamnait énergiquement ce changement de statut, n'hésitant pas à jouer les maîtres-chanteurs. La compensation était que, ces jours-là, lés mundes d'içhaulun, qui n'en avaient pas souvent l'occasion, en profitaient pour faire la fête et se donner un peu de bon temps.

 

La convivialité et le labeur en commun rapprochaient les gens, les sortaient de leur isolement habituel. Et c'étaient les longues tables installées sur des tréteaux dans l'aire, couvertes de nappes blanches et de victuailles, poulets, charcuteries, mojhétes, mell, callebotes, flluns et fouaces ou galettes confectionnées par les femmes, sans oublier les baricots et bouteilles qui permettaient de comparer les produits des récoltes de la vendange de l'année précédente issus du baco ou de l'oberlin, de la folle ou du noah.

 

Et allaient bon train commérages, plaisanteries et francs rires. C'était l'occasion de dévoiler ses talents de chanteur, de conteur, ou de pitre, le vin aidant à délier les langues et à gommer les timidités tandis que les enfants couraient, criaient et se roulaient dans la paille en se jetant des poignées de bale. Au soir, après une harassante journée où chacun avait payé de sa personne, pour peu qu'un musicour sortît son violon, sa vese ou son accordéon, l'aire se transformait en piste de danse, balayées de penes et arrosée à grands renforts d'entonnoirs pour la circonstance.

 

S'enchaînaient alors, au rythme du jhaz ou du pied du debout sur une estrade improvisée, avant-deux, quadrilles, ronds, demi-ronds et boulangères où l'on se lançait gaillardement, oubliant la fatigue, les douleurs dans les bras et les reins. C'est là que se nouaient parfois les amourettes et que naissaient les futures accordailles, lorsque les danses de couples, polka, valse, scotiche ou mazurka, favorisaient les rapprochements tant attendus et où, la nuit venue, l'obscurité encourageait des audaces longtemps retenues.

 

Oserai-je dire que bien des enfants du printemps devaient leur naissance aux métives de l'année précédente ? Après tout, Cérès, déesse des moissons, n'était-elle pas aussi celle de la fécondité ? Et les curés, à part quelques progressistes - mais ce n'étaient pas les plus nombreux - n'hésitaient pas à noyer de honte la jeune mariée en éspoer, son futur époux et leurs familles en les privant de l'entrée principale de l'église et des cloches, et en les contraignant à passer par la petite porte latérale, et ce suffisamment tôt pour qu'il n'y eût pas trop de témoins du péché dont les amoureux s'étaient rendus coupables.

 

Les moissons d'aujourd'hui, pressées et toute influencées par l'efficacité et le souci du profit lié au rendement offrent-elles encore au gens du monde rural cette occasion de manifester leur attachement à une certaine idée de la convivialité ?

 

J.B. Le 12/07/2017

 

- Métives : moissons

– muce : passage dans une haie

– suét : sud-est

– pllénes a faetàe : remplies à ras-bord

– borgadin : citadin

– dail : faux

– rortàe : lier à l'aide d'un végétal

– forche a troes piuns : fourche trident

– bouvassai : bu un peu trop

– enbarjhàe : mettre en tas (paille ou foin)

- afaetàe : parfaire le sommet

- trolles : cordages de paille ou de foin

- torniquét : sorte de manivelle à crochet pour tourner les trolles

– lés mundes d'içhaulun : les gens du pays d'ici

- mojhétes : haricots blancs

- mell : millet

- callebotes : lait caillé sucré

- flluns : flans - fouaces : brioches

– baricot : tonnelet - bale : enveloppe du grain

– musicour : musicien

- vese : cornemuse

– penes : genêts

– jhaz : gros tambour battu par une pédale, surmonté parfois d'une cymbale

- sounéùr : joueur d'instrument de musique

– acordalles : fiançailles

– en éspoer : enceinte


 

 

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