Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...
Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Chez nous, au Bourg-Pailler, jamais, de jour comme de nuit, les portes n’étaient verrouillées. Dans la journée, les gens entraient sans frapper ; dès le matin c’était les « bonnes » qui venaient chercher le lait et ragoter, en fin de matinée c’était la factrice lestée d’une énorme sacoche en cuir, qui s’arrêtait prendre son café ; les jours de foire de Mothe c’était une litanie de clients de mon père qui s’égrenait tout au long de la journée soi-disant pour régler mais le plus souvent pour picoler ; y’avait aussi ces dames clientes de ma couturière de mère…
Ce fut pour moi la première école de la sociabilité dans un petit bourg où il ne se passait pas grand-chose mais j’ai appris depuis que s’ennuyer développait l’imagination.
Alors, vous comprendrez aisément que, sur mon espace de liberté, la porte est toujours ouverte pour celles et ceux qui souhaitent s’y exprimer.
Attention, ce n’est pas inscrit Face de Bouc sur le fronton, il ne s’agit pas de prendre ma maison pour un ring de boxe. Liberté d’expression mais dans le respect des opinions des autres, sauf celles qui sentent mauvais.
Les Isarn, Christine et Bernard sont des habitués ; ils aiment venir vous proposer ce qu’ils sont, ce qu’ils aiment, ce qu’ils font, alors je les accueille dans l’esprit du Bourg-Pailler.
Nous sonnons régulièrement à cette porte jamais close pour y raconter d'an en an nos avancées, nos espoirs, nos desseins.
Pour avoir une fenêtre et vous interpeller, nous faire un peu remarquer en sautant parmi la foule, en agitant l'oriflamme de la sincérité.
Ainsi nous revoilà encore mieux campés, quoique au fond nous ne le sachions jamais, nous en doutions toujours, et puis un revers est si vite arrivé.
Animés à l'espoir, au travail Cadablès et son petit monde évolue désormais en agro-écologie vers une conversion absolu, un bio sans fard, un engagement simple, sans prétentions mais à nos yeux essentiel.
Nous le mettons en œuvre, nous en parlons avec nos mots.
Nous avons ré-initié sur nos terres un système de vie. Ce fut l'objet du dernier laïus ici même au sujet de vaches, de veaux, d'insectes, de vignes, de plantes et d'herbes...
La question reste toutefois en suspens : Quelle influence sur les vins ?
D'abord, c'est dire notre objectivité, les vins sont plus fins, certainement plus aboutis, plus digestes. Un supplément d’âme !
Bien que facile et passe partout l’expression nous semble pas trop galvaudé tant nous croyons nos buveurs qui trouvent un plaisir plus délicat à la boisson, nos buveurs qui nous racontent nos vins.
Cette complexité qui s'éveille parfois à qui sait y parvenir et qui s’efface souvent à qui lèche l'étiquette.
Cette boisson possède un mystère curieux et renvoi souvent à son dégustateur l'image qu'il se fait de celle-ci ou de lui-même.
Nos enfants s'y lancent désormais de leur côté, un embryon de seconde génération qui aura moins à défricher et nous verrons ce qui l'en sort avec le temps… Passion transmise qui chez nous devient plus calme, plus sereine, moins extériorisé mais toujours là. Finalement mieux jugulé.
Nos vins deviennent nos ambassadeurs en France, à l’étranger. Nous avons repris, plus mûrit l'écriture de notre blog pour promulguer ce bel effort.
Nous y raconterons aussi, au fil du temps ce qui nous mena au vin par des méandres qui nous échappent encore.
N'hésitez pas ! Lisez nous, nous vous raconterons de temps à autre, sans intrusions, nos pérégrinations et vous reparlerons à l'envi de notre passé insulaire.
Les doutes se dissipent parfois, corde raide de nos folies sur laquelle nous dansons les jours de fêtes et à laquelle nous nous raccrochons les jours de tempêtes.
2015 sera bon. Récemment embouteillé pour trois rouges qui racontent le chemin parcouru à l'abri du volcan.
2016 dort encore dans le chai.
2017 est sur pieds.
L'an qui vient, un de nos fils s'installe en reprenant alentour un vignoble en bio, au cheval, mais ceci fera l'objet d'autres écrits, plus tard.
Le petit monde de Cadablès face au grand monde du vin où il faut à tout instant chercher la sincérité, l'oreille attentive, le palais averti, le journaliste curieux, et le blogueur iconoclaste nous renvoi sur les routes pour sans cesse expliquer notre démarche sereine, pour y toucher le buveur final. Y expliquer sous tous les angles notre vérité, notre angle de vue si particulier.
On laissera les amateurs apprécier, les sommeliers déguster car nous avons un peu de mal pour parler de nos vins et ne voulant surtout pas devenir spécialiste de nous-même.
Le recul sur soi est toujours trop relatif. On fait du vin, on s'y applique afin que nos buveurs y trouvent du plaisir, afin de donner le sourire aux jolies filles, afin d'éthérer subtilement les esprits pour leur donner envie de refaire le monde, ne serais ce qu'un instant.
Nous sommes bien vus dans certain guide, par certain chefs, par de grandes écoles, par pas mal de particulier. Heureusement.
Encore et encor' nous remettrons le fer à l'enclume, l'argile sur le tour pour forger et modeler sur le terrain notre monde intérieur si précieux, si fragile, qui a le mérite d'exister car chaque soir nous le rêvons et chaque matin nous le suons.
Quelques lignes jetés sur un cahier d'écolier, comme avant, et retransmise sur les ondes pour paraître moderne.
Quelques lignes pour vous rappeler notre existence, nos choix, notre engagement pour une culture vivante.
A votre bon plaisir Messieurs, Dames d'un coin de terre sudiste où nos chemins à l'envers croiseront, nous l’espérons vos escapades estivales hors des sentiers trop battus.
Jacques et moi puisons aux mêmes racines. Je le remercie d’accueillir cette réflexion.
Pour la première fois depuis longtemps, un sujet d’actualité démange la plume de la journaliste économique que j’ai été pendant vingt ans et de la vigneronne que je suis depuis treize ans maintenant : le glyphosate. On ne peut pas comprendre l’enjeu de l’emploi de cet herbicide, et donc extirper le débat des jugements de valeur binaires et stériles, si l’on ne se replace pas dans l’histoire récente de notre agriculture, et plus globalement, dans notre relation à l’alimentation et au paysage.
Néanmoins, c’est l’enfant qui a grandi dans un village de l’ouest laitier de la France que cette molécule herbicide introduite sur le marché en 1974 par Monsanto sous la marque Roundup a réveillé et qui parle aujourd’hui. J’avais onze ans. Je suis fille de l’exode rural et du plan Mansholt qui a découpé l’Hexagone en grandes zones agricoles spécialisées et intensives. La maison de mon enfance était bordée de deux prés où paissaient les vaches de la ferme du bourg. Matin et soir, le troupeau passait devant la maison, laissant sur le bitume des bouses fumantes et odorantes.
Tous les deux jours, ma mère m’envoyait chercher le lait, deux bidons au bout des bras. Le temps de la traite étant court, la queue était longue, ce qui amenait à parler. Le lait formait des yeux gras dans le bol de chocolat du matin qui me portaient au cœur, et ma mère faisait du lait caillé que l’on saupoudrait de sucre vanillé.
Aux alentours de mes huit ans, l’un des prés a été converti en parking, puis quelques années plus tard, l’autre pré est devenu une supérette, comète des hypermarchés qui ceinturaient déjà Nantes et Saint-Nazaire, les grandes villes distantes de 30 kilomètres. Poussant un chariot, on y faisait comme ; comme les citadins qui traçaient la voie du progrès, et le progrès, alors, c’était de remplir son chariot pareillement de petites culottes et de poireaux. Ce sont les premiers effets palpables du plan Mansholt, et de son bras armé, le glyphosate. Car plus encore que toutes les aides et la mécanisation réunies cette molécule a permis de raccourcir prodigieusement le temps de travail, et donc dans un double mouvement de d’agrandir les exploitations et abaisser les coûts de production.
Je me souviens aussi, dans cette fin des années soixante, au beau milieu de cette période que l’on n’a pas appelée pour rien les Trente glorieuses, du ras le bol des femmes de balayer des sols en terre battue, de cohabiter avec les beaux-parents, de ne connaître ni jour de fête, ni statut social, et de celui des hommes d’être pris pour des culs terreux, des arriérés. Peut-être ce ras-le-bol n’aurait-il pas pris corps si la télévision n’était pas elle aussi entrée dans les foyers, montrant dans ses pages de publicité la magie des robots Moulinex, des crèmes pour le visage et les mains, des voitures rutilantes, bref, tout ce qui faisaient les attributs de la ville. Financés par la Politique agricole commune, la mécanisation et les produits phytosanitaires ont été les voies de la modernisation des campagnes, et dès lors d’une vie possible.
Un demi-siècle plus tard, la ferme du bourg de mon village a été convertie en médiathèque. Les terres les plus proches du bourg ont été loties, et les plus éloignées reprises par d’autres agriculteurs, moyennant quoi, ma mère achète du lait UHT qui ne fait plus des yeux gras dans le bol et la courbe démographique déclinante s’est inversée autant par maintien des agriculteurs que par l’arrivée de citadins travaillant à Nantes. Nul n’ignore plus que libérant le monde agricole et alimentant toute l’année les rayons des supermarchés en tomates, le glyphosate et les pesticides ont en même temps semé la mort, celle de la terre, de ceux qui la travaillent, ainsi que celle des aliments que nous ingérons. Néanmoins, je n’oublierai jamais les mineurs de Salsignes dans l’Aude qui bien que mourant tous les uns après les autres d’empoisonnement à l’arsenic se sont battus jusqu’au bout pour garder leur emploi. Finalement, c’est la rentabilité de l’or extrait qui a mis fin à l’activité. C’était en 2004. Ainsi l’homme est-il désespérément fait.
Il faut aussi voir les choses avec cette focale : le glyphosate est le prix payé pour que les citadins que nous sommes tous devenus, du moins dans l’esprit, puissions continuer d’être émus par les paysages sculptés par l’homme quand on traverse la France et rêver de la campagne. Il est d’autres pays d’Europe où la traversée du pays est celle du désert. C’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, qu’un quart du territoire du Portugal a été détruit cet été par les incendies, l’émigration des campagnes ayant vidé le pays de sa population et laissé la place à l’eucalyptus.
Le plan Mansholt, la mécanisation, le glyphosate et tous les pesticides ont été les ingrédients de ce qu’on a appelé la révolution verte. Cette révolution s’est faite à marche forcée. Elle a laissé des morts sur le bord de sa route. Elle a aussi rencontré une résistance, minoritaire et visionnaire, notamment avec le mouvement des Travailleurs paysans, ancêtres de la Confédération paysanne.
Eux seuls avaient entrevu la spirale infernale dans laquelle l’agriculture a été prise et dont le syndicat majoritaire, la FNSEA, est l’atome. Il faut lire ou relire La forteresse agricole, pavé de 800 pages de Gilles Luneau qui dressant une histoire de l’organisation syndicale, donne à découvrir le quotidien des campagnes comme les liens inextricables entre les gouvernements successifs et la FNSEA, pour mesurer, non seulement l’ampleur de l’enjeu des pesticides, mais surtout sa complexité et son ambivalence.
Il n’y aura pas de fin du glyphosate et des pesticides en général sans une nouvelle révolution verte. Cette révolution ne viendra pas de la recherche institutionnelle, elle aussi prisonnière de la vision moderniste et intensive de l’agriculture. Elle viendra de ceux qui font parler d’une même voix la terre et la philosophie, comme Masanohu Fukuoka qui tout au long de sa vie a témoigné de la dégénérescence de la terre et de la société japonaise, et nous a laissé un livre en héritage, La révolution d’un seul brin de paille, de Pierre Rabhi qui depuis l’Ardèche nous parle du Chant de la terre, de la Graine des possibles, de La part du colibri.
Un mouvement n’étant jamais univoque, cette révolution viendra aussi de la capacité des citadins à entendre ces voix. Elle a commencé avec la lame de fond qu’est la conversion à l’agriculture biologique. Mais on en connaîtra le prix réel seulement lorsque vous, moi, nous demanderons avant de mettre une tomate dans un sac : est-ce de saison ? De quelle terre provient-elle ?
Pour cela, il faut prendre conscience du gain de cette perte d’abondance, retourner à La physiologie du goût de Brillat-Savarin : « Nous sommes ce que nous mangeons ». L’image n’étant hélas pplus assez frappante, j’ajoute : comment l’Homo Economicus du XXIème siècle a-t-il pu devenir allergique au blé, semence biblique qui nourrit les hommes depuis des millénaires ? Avant nos consciences, mieux qu’elles, nos cellules savent que nous ingérons la mort. Le glyphosate et la tomate sont les arbres qui cachent notre forêt.
Dans ma vie je n’ai croisé qu’une seule fois François Pinault, lors des beuveries duponiennes dans les locaux du Point, au temps de Montparnasse, pour le Bojolo Nouvo. Il était accompagné de Patricia Barbizet L'Artémis du monde des affaires.
Notez Artémis sur vos calepins bande de galopins.
Cependant ce cher François, grand pote du grand Jacques, avait occupé mes pensées sur le dossier de la Chapelle-Darblay, cher au cœur du Lolo déplumé, le plus jeune Premier Ministre qu’un autre François avait donné à la France qui allait chercher ses croissants dominicaux en charentaises (jusqu’où pouvait aller son adoration de Tonton).
Oui, oui, au 78 rue de Varenne, nous étions ministre de la Forêt doté d’un secrétaire d’État à la forêt, René Souchon, et c’était un charentais maritime, producteur de Cognac, qui suivait le dossier de la Chapelle-Darblay. Celui-ci, qui adorait François Pinault et, bien sûr, détestait Bernard Arnault, allez savoir pourquoi, sans doute un problème de Hennessy, alliait des connaissances encyclopédiques à un art de narrer les petites histoires qui font le miel de la grande. Bref, grâce à lui je savais tout ou presque.
Dans la compétition de François et Bernard, le premier a pris plusieurs longueurs d’avance en matière d’art mais n’avait guère brillé du côté « pinard ». Maintenant, ils sont au coude à coude dans les deux domaines. Pas la peine de vous faire un dessin.
Le Bernard doit être vert après l’annonce que son ennemi intime, via Artémis, sa société d'investissement (actionnaire du Point), qui détient déjà entre autres le château Latour, 1er grand cru classé en Pauillac (Médoc), le domaine Eisele Vineyard situé dans la Napa Valley en Californie, le domaine d'Eugénie situéà Vosne-Romanée en Bourgogne, ou encore le château Grillet dans la vallée du Rhône nord, venait d’annoncer la signature d'un protocole d'accord portant sur l'acquisition du domaine Le Clos-de-Tart, l'un des joyaux viticoles de la Bourgogne. La transaction sera définitive début 2018.
Ça clabaude sec chez ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ils ne comprennent rien au film en train de s’écrire. Le monument en ce domaine revient à un autre François, créateur d’un soi-disant Davos du vin où l’on se la joue à la villa d’Este ; sans contestation il peut avec ce brillant papier postuler au Nobel de l’Économie.
Ici, sous la plume de Jean-Yves Bizot, nous avons analysé, au risque de déplaire à l’opinion majoritaire, ce qu’il fallait en penser.
Bien, le père François ce n’est ni un riche chinois, ni un ricain, alors l’honneur gaulois est sauf, mais comment donc en est-il arrivé là ?
Dans la Bretagne profonde, le jeune François comprend très tôt que ce n’est pas en sciant des planches, comme son père, qu’il allait s’enrichir.
« En revanche, il constate que les négociants vivent, eux, dans l’aisance. En 1963, à 27 ans, avec 100 000 francs prêtés par sa famille et un bout de terrain, il fonde sa propre entreprise. Son principe de base : ne produire qu’en contrôlant le négoce. Dès le début, il s’aperçoit que les bois produits localement ne suffisent pas à satisfaire la demande. Il décide donc de se fournir dans le Nord, en Scandinavie. Mais un club très fermé d’importateurs monopolise alors cette activité très lucrative. Reste… les restes. Qu’importe, le jeune entrepreneur décide de court-circuiter l’ordre établi en achetant directement une cargaison. Ce n’est pas de l’audace, c’est de l’inconscience. Le risque financier est démesuré pour sa petite entreprise.
Il réussit à convaincre le directeur local du Crédit Lyonnais de l’aider et, un beau matin, sa cargaison arrive au port. Le bois est revendu avec un large bénéfice, bien que proposé à un prix inférieur à celui des concurrents. Du coup, les artisans se précipitent. Et François Pinault devant le succès de son opération, crée sa propre affaire d’importation.
Mais afin de limiter les aléas de ce type d’activité, il développe parallèlement le négoce. Les risques sont ainsi contrôlés puisqu’il devient son propre client. En 1974, il pressent l’effondrement des cours du bois. « Je suis allé aussitôt voir tous mes fournisseurs scandinaves, raconte-t-il, et j’ai dénoué les contrats en diminuant mes commandes et en payant des indemnités d’annulation. Si bien que j’ai pu acheter ensuite au plus bas alors que tous mes confrères continuaient de payer au prix fort la matière première. L’establishment ne l’a jamais pardonné. »
François Pinault profite ensuite de la mauvaise conjoncture et ramasse les entreprises comme des feuilles mortes. De négoce, d’abord. Les fournisseurs et les menuiseries industrielles, ensuite. Bretonnes d’abord, françaises plus tard.
En 1985 il ajoute Isoroy à son palmarès, avec l’aide, toujours, du Crédit Lyonnais. Isoroy, qui fabrique le Formica, est en mauvais état. La firme n’a survécu qu’à coups de fonds publics et les pertes sont énormes. En reprenant cette société, qu’il redresse rapidement, François Pinault franchit un cap. Il devient un véritable industriel. Mais ce n’est qu’une étape. L’homme n’a pas l’intention de s’arrêter là.
Deux ans plus tard, il rachète, à titre personnel La Chapelle-Darblay, alors aux mains de l’État. Sa revente, en 1989, lui laisse une confortable plus-value dont il se sert pour partir à l’assaut de la CFAO, un géant du négoce international. L’establishment, qui l’avait longtemps boudé, est désormais obligé de compter avec lui.
J’adore, voilà un monsieur qui se fait une belle pelote avec le Formica, emblème des cuisines des années 60 et du papier-journal, avec lequel le peuple se torchait le cul, pour aujourd’hui s’offrir, sous les yeux horrifiés de la LPV, l’emblématique Clos-de-Tart.
Sur la Chapelle-Darblay, l’Humanité s’égosillait « Deux ans après avoir repris l'affaire pour un franc symbolique, l'affairiste François Pinault vient de revendre le premier groupe papetier français à deux groupes scandinaves, le suédois Stora et le finlandais Kymmene. L'Etat qui touchera un quart de la plus-value réalisée par Pinault devrait donner son accord à cette opération qui prend l'allure d'un véritable scandale. En effet dernière entreprise française à produire du papier journal la Chapelle-Darblay a reçu 2,3 milliards de francs d'aide publique pour se moderniser. Rappelons que contre l'avis de Laurent Fabius, avec la CGT les travailleurs du groupe s'étaient mobilisés pour sauver l'entreprise. »
[…]
« François Pinault rachètera le Printemps en 1991, enrichissant ainsi son groupe qui prend le nom de Pinault-Printemps-Redoute (PPR). Un groupe dans lequel on trouve également des enseignes comme Conforama et Prisunic. En 1994, il y ajoute la FNAC.
J’en reste là mais François a passé la main à son fils François-Henri :
« François Pinault a toujours eu dans l’idée qu’il transmettrait son capital à ses enfants, raconte Patricia Berbizet. Mais avant de transmettre, il voulait s’assurer que François-Henri avait le tempérament nécessaire pour lui succéder. Son père ne lui a transmis les rênes que quand il a été persuadé qu’il en avait pleine mesure. Il avait organisé un système avec un comité des sages pour le jauger au cas où il ne serait plus là pour le faire. Jamais, il ne l’aurait désigné pour lui succéder s’il n’avait pas eu le temps de grandir et de faire des études avant que le groupe n’atteigne sa dimension actuelle. Mais jamais il n’a été élevé comme un héritier. »
Voilà, si j’ai une suggestion à faire au propriétaire du Point c’est de prendre comme conseiller-technique à ses ouvrées de Bourgogne un bas-bourguignon bien connu pour son nez et sa passion pour la tension…
Rennes: c’est qui le patron, le père ou le fils Pinault ?
Si François Pinault est officiellement l’actionnaire principal du Stade Rennais depuis 1998, son fils, François-Henri, a souvent eu la main sur la direction du club breton. C'est d'ailleurs lui qui a rencontré Olivier Létang ce lundi à Londres.
"Rennes c'est du Canada Dry : ça a la couleur d'un grand club, mais ça ne l'est pas." Ce tacle est signé par un ancien entraîneur des Rouge&Noir, Frédéric Antonetti. Ce lundi, lors d’une journée très agitée en coulisses, le club breton n’a pas failli à sa réputation. Et si la confusion a régné autour duvrai-faux limogeage du président René Ruello, au-dessus, du côté de l’actionnaire principal, le brouillard est encore plus épais.
Tout était pourtant simple au départ. En 1998, le richissime homme d’affaire François Pinault, natif des Côte d’Amor, devient propriétaire du club via la holding Artémis. Amoureux de sa région, la Bretagne, et de son club le plus emblématique, il commence par investir beaucoup d’argent au point de de devenir en 2000 l’un des clubs les plus dépensier d’Europe au mercato estival.
Pur achat d’impulsion au vu de la couverture, alliant les couleurs pastel d’un ciel irréel, le noir charbonneux des cheveux, de la veste, de la cravate, et ce regard étrange, projeté vers je ne sais quel ailleurs.
Chez Gallimard j’ai donc acheté la BD « Glenn Gould, une vie à contretemps »Dargaud, 128 pages, 21€
Je ne vais pas vous la jouer fin mélomane, le genre grand amateur de musique dite classique, mes goûts musicaux sont éclectiques mais ma culture musicale est, et reste, bien rudimentaire.
Bien sûr dans ma bibliothèque de CD je possédais les coffrets The Gleen Gould Edition chez Sony,qui venait de racheter CBS, acheté dans les années 90.
Pour autant connaissais-je qui était réellement Glenn Gould ?
La réponse est non, je savais vaguement que ce grand pianiste connu dans le monde entier conservait encore une part de mystère. En achetant la BD de Sandrine Revel je m’attendais à ce qu’elle reprenne la biographie de Glenn Gould, son enfance, l’entrée dans la vie adulte, son travail de relecture musicale, notamment de l’œuvre de Bach…
Rentré at home j’ouvre l’album et là, patatras, je suis perdu Sandrine Revel ne joue pas cette partition attendue, elle a choisi un autre chemin, celui de raconter le personnage en alternant de façon non chronologique des moments clé de son existence, en dessinant des personnes ayant côtoyé le musicien, en reprenant ses paroles ou écrits.
J’ai donc pris le temps, et même si ça peut vous paraître loufoque c’est en commençant par la fin que je suis le mieux entré dans cette BDplutôt dense à lire.
Voilà ce qu’en dit le critique de l’Express : « Glenn Gould, une vie à contretemps », une BD virtuose
« La plupart des anecdotes connues et célèbres concernant Gould y sont dûment répertoriées : la relation à sa chaise si particulière, son aversion pour les contacts humains, sa passion pour les animaux… Comme en témoigne les annexes, Sandrine Revel s’est beaucoup documentée pour réaliser son album. Elle a même intégré une « discographie raisonnée » du pianiste (ainsi qu’une liste de références diverses) qui permettent d’aller sélectionner les morceaux de musique une fois la lecture de l’album achevée. »
« Les dessins sont très délicats, sensibles. Quasiment aucune couleur chaude, les tonalités sont souvent grises, ce qui rend l’album un peu triste. »
« L’album est une relecture intéressante de la vie de Gould, qui laisse la part belle à l’imaginaire. Sandrine Revel dépeint l’artiste avec beaucoup de sensibilité et de respect. Elle parvient à nous laisser entrevoir l’homme derrière l’interprète. Un bel album mis en musique ! »
Dans mes années de construction à aucun moment je n’ai été tenté par le communisme, je sortais d’une Église et je n’avais aucune envie de m’enfermer dans une autre. Ce n’était pas simple en ce temps d’hégémonie du PCF sur la caste intellectuelle dites progressiste.
Ne pas adhérer certes mais j’aurais pu, a minima, comme beaucoup, être un compagnon de route ou pire « un idiot utile ». Pour autant, je n’ai jamais versé dans un anticommunisme militant, frontal mais le si tu n’es pas avec nous tu es contre nous ne m’a jamais ébranlé.
Dans ma Vendée profonde, le PCF ce n’était qu’une poignée de permanents adossés à des historiques, des staliniens obtus et sectaires ; la gauche non-communiste, la SFIO, n’était qu’un ramassis de petits bourgeois anticléricaux, arcqueboutés eux aussi à de vieilles lunes.
Désespérant !
Et puis, un jour, dans l’autorail Nantes-La Roche-sur-Yon, j’ai lu une interview de Michel Rocard dans Témoignage chrétien. J’avoue que je n’ai pas tout compris de la pensée complexe de Michel mais ça m’a semblé être un bon socle pour bâtir ma culture politique. Certes, le PSU était un vaste foutoir mais j’y trouvais mon compte car on y débattait et on y tentait de sortir du piège mortifère tendu par le PCF.
Même si ça peut vous paraître surprenant, mais la Roche-sur-Yon, avec le docteur Morineau, avec Saint-Brieuc, était un bastion du PSU, la direction nationale du PCF nous envoya l’un de ses fleurons, Laurent Casanova, un pur stalinien, pour sonder nos reins et nos cœurs. La rencontre fut un grand moment d’incompréhension mutuelle, ce jour-là, et c’était bien avant que Mitterrand engage le programme commun avec Marchais, j’ai compris que le PCF était un astre mort.
Dans le même ordre d’idées, j’ai toujours pensé que la stratégie de Mitterrand mènerait le PS à la tombe. Ce qui est fait, merci Macron.
Maintenant que je suis en vacances éternelles, je lis.
Je lis le tome 3 de la somme de Thierry WoltonUne Histoire mondiale du communisme : Les Complices. Même si l’auteur instruit à charge, il n’en reste pas moins vrai que les fameux compagnons de route du PCF, comme les « fascinés » néo-marxistes de la gauche, ne sortent pas grandis de cette histoire sanglante.
Pour expliquer sa façon de penser, Thierry Wolton rappelle que, jeune journaliste (à Libération, puis au Point), il a pu aller « derrière le rideau de fer ». « À 25 ans, j'ai pu rencontrer (les dissidents) Vaclav Havel, Adam Michnik, Andreï Sakharov. C'était extraordinaire. Vous rencontrez des gens qui ont compris le système, vous le racontent et vous donnent les clés pour le comprendre ». « Cela a été ma grande chance. »
La Révolution d’Octobre a 100 ans : Moscou ne croit plus en Lénine
Olivier Tesquet dans Télérama écrit :
« Devant un bortsch roboratif, Polina se ressert une généreuse louche de crème fraîche. En chassant une mèche auburn, l’étudiante en cinéma jette un œil par-dessus son épaule, un coup à gauche, un coup à droite. Par superstition peut-être, par éducation sûrement.
On ne badine pas avec les anekdot, ces blagues russes érigées au rang de folklore que la censure soviétique n’a jamais su réduire au silence. On se les offre au creux de l’oreille, en étouffant un rire nerveux, dans le brouhaha d’une gargote moscovite, rue Piatnitskaïa :
« Sur la place Rouge, il y a deux Vladimir, un assis et un couché.»
Le premier se cramponne au Kremlin depuis 1999. Le second y est adossé – les pieds devant – depuis près d’un siècle. Vladimir Vladimirovitch Poutine contre Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine. Cette année, le moins fringant des deux fête le centenaire de sa révolution, qui a irrémédiablement teinté de rouge les octobres slaves.
Un anniversaire ?
Quel anniversaire ?
Au stéthoscope, le visiteur du mausolée ne distingue rien d’autre que le ronron effroyablement banal d’un climatiseur. Pourtant, derrière la vitre pare-balles d’un sous-sol à 17 degrés où les touristes asiatiques continuent de se presser fébrilement, Lénine est le macchabée le plus encombrant de Russie. »
Statue décapitée de Lénine à Kotovsk, en Ukraine, en décembre 2013.
Photo Guillaume Herbaut
Il était une foi : la révolution selon Lénine par Gilles Heuré toujours dans Télérama
Extraits
« Après la victoire contre l’Allemagne, c’est bien Staline, le Géorgien moustachu auquel le PCF voue une admiration sans bornes, qui fait vibrer les militants. Oublié, Vladimir Ilitch ? Pas encore. Il reste le père fondateur et le « cœur » de la doctrine grâce à ses œuvres (Que faire ?, L’Etat et la révolution), dont la lecture est obligatoire, et parfois fastidieuse, pour les jeunes communistes d’après-guerre…
Culte de la personnalité
L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, revenant dans Paris-Montpellier (1982) sur sa période communiste du début des années 1950, se souviendra avec humour de ses efforts pour ingurgiter « l’inepte » Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine. Mais les paroles de granit ne doivent pas rester lettre morte. Pour Jean-Toussaint Desanti, philosophe et ancien résistant (qui reviendra sur le tard sur cette période d’aveuglement), en 1949, Lénine, « ferme », « lucide », « porte-parole du prolétariat », « accoucheur de l’Histoire », combattant donc savant, est le « philosophe nouveau », contrairement aux autres philosophes qui, eux, n’ont fait qu’« interpréter » le monde. L’étoile de Lénine brille de nouveau lorsque celle de Staline décline.
Mort en 1953, le dictateur géorgien meurt une seconde fois lors du XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique qui, en février 1956, sort de sa chapka le concept bien peu marxiste de « culte de la personnalité » pour dénoncer « l’intolérance » et « la brutalité » du Petit Père des peuples, comparé aux « mesures sévères face aux classes exploiteuses qui s’opposaient à la Révolution », donc répression et déportations justifiées, prises par Lénine « dans des cas d’une extrême nécessité ».
Mise en cause du stalinisme et réflexion antitotalitaire
Après ce coup de tonnerre qui ébranle le PCF, il faut revenir aux fondamentaux. Dans Pour Marx (1965), Louis Althusser, soutiendra encore que la spécificité de l’action révolutionnaire de Lénine transcende la simpliste analyse historique : « Un petit homme est toujours là, dans la plaine de l’Histoire et de notre vie, cet éternel “moment actuel” ». Quoiqu’un peu alambiquées, les louanges de ces intellectuels, en pleine guerre froide, sont mieux charpentées que l’anathème sartrien de 1965 : « Tout anticommuniste est un chien. »
D’autres cataclysmes vont survenir dans les années suivantes et ébranler l’image du fondateur du parti bolchevique. Dans le sillage de L’Archipel du goulag (1974), de Soljenitsyne, la mise en cause du stalinisme et la réflexion antitotalitaire s’attaquent aux racines du bolchevisme. L’ouverture des archives soviétiques dans les années 1990, après la chute de l’URSS, permettra encore aux historiens de dépoussiérer les mythes, de pointer la filiation idéologique entre Lénine et Staline et l’implacable chronologie du système totalitaire. La chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS et des pays satellites vont enfouir Lénine dans l’Histoire. Le modèle occidental, sa société de consommation et sa liberté politique, mais pas forcément économique, feront sauter les chapes de plomb. Pour un temps. Ils sont bien peu aujourd’hui à souffler sur les cendres de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, personnage historique du passé d’une illusion.
Le cinéaste Alexandre Sokourov a visité l’ancien camp stalinien Perm-36, devenu un musée. Il en sort bouleversé et frustré. Il y a encore une profonde réflexion à mener pour donner à ce lieu plus d’envergure, confie-t-il à ce journal régional dans une interview au long cours.
Extraits :
Vous avez dit que seuls les Russes étaient capables de se haïr et de s’infliger mutuellement de telles tortures, que ce serait le propre de l’homme russe. Quelle est la nature de ce phénomène?
Je me suis exprimé durement… Sous le coup de l’émotion… Peut-être est-ce parce que la frontière entre la raison et l’âme, le cœur, est très ténue dans le caractère russe. Je parle du peuple en tant que tel, et non des individus. Un peuple capable de vivre dans n’importe quelles conditions, capable de faire abstraction de ce qui se passe autour. C’est une prédisposition très funeste. Et nous le sommes comme personne. C’est un malheur.
Mais ce n’est pas une prédisposition génétique, pour utiliser un mot à la mode?
Elle est héréditaire… Elle s’est forgée progressivement : peu d’exigences quant à la qualité des rapports sociaux, une capacité à choisir le bouc dominant dans le troupeau et à marcher derrière lui. J’ai voyagé et je voyage beaucoup. J’ai vu comment les peuples créent leurs systèmes et dans quel état de “santé” ils les maintiennent. Dans quelle mesure un peuple est l’auteur de son système, dans quelle mesure il est l’auteur de son État, etc. En ce sens, nous sommes proches des Latino-Américains. Mais nous avons notre singularité, parce que nous connaissons une saison froide qui nous oblige à nous replier et à nous soumettre encore davantage.
Quel stade d’évolution intérieure un homme investi du pouvoir sur les autres doit-il atteindre pour rester humain?
Question très difficile. Essentielle. Il doit y avoir une base morale. Une grandeur d’âme initiale. L’homme ne doit pas répondre par l’hypocrisie, la trahison et le crime au pouvoir qu’il reçoit. Václav Havel, par exemple, était un tel homme. Par essence. Le pouvoir ne doit être donné qu’à des hommes pourvus d’idéaux humanistes. Ne votez que pour ceux qui placent les défis humains au-dessus des objectifs politiques. Je ne sais pas qui a fait l’éducation de Havel, mais c’est un homme qui a assumé la charge du pouvoir avec dignité, et permis à son pays de garder sa dignité. Ou du moins de passer un certain cap.
Vous avez probablement souvent vu des hommes a priori honnêtes changer une fois investis du pouvoir?
C’est plus compliqué que cela… Je ne connais aucun cas où le pouvoir aurait été donné à des gens ressemblant à ce que je décris. Tous arrivent au pouvoir avec un lourd bagage de problèmes personnels, de rancœurs. Pour mes films, je dois d’une certaine façon “plonger” dans cette question, l’explorer à fond. Et je dois dire que… comment formuler ça avec précision… Goethe disait que l’homme malheureux est dangereux. Le pouvoir ne revient qu’à des hommes écrasés par le poids des rancœurs, un subconscient tragique. En Russie, malheureusement, il n’en a jamais été autrement. Même les empereurs avaient ces problèmes, quoique moins lourds. Tous ceux qui ont été au pouvoir après la chute de la dynastie étaient des personnalités extraordinairement malheureuses en tant qu’hommes. Aucun n’a été heureux au pouvoir. Aucun n’y a trouvé une famille, le bonheur, des êtres aimés, des amis chers.
C’est un peu désespérant.
Pourquoi désespérant? C’est la vie, et la vie est désespérante par défaut puisque nous allons mourir. Peut-être y a-t-il des gens capables de l’éviter. Qu’est-ce que ça veut dire “désespérant”, “optimiste”? Nous avons un cerveau, ce n’est pas pour rien.
Je parlais de la Russie. On ne peut donc rien y changer. Pour nous, la démocratie serait un mythe. Qu’est ce qui peut nous sauver dans ce cas?
Le hasard. Un être supérieur pourrait émerger par hasard au sein de la société. Le pays aurait pu par exemple être dirigé par Galina Vichnevskaïa [cantatrice célèbre, épouse du violoncelliste Mstislav Rostropovitch]. Ou Andreï Sakharov [physicien nucléaire, père de la bombe H, militant des libertés civiques, Prix Nobel de la paix], mais il a commis beaucoup de grosses erreurs. Le cas de Boris Eltsine était très prometteur. Au sens moral, il était prêt. Mais la complexité des problèmes qu’il fallait résoudre dépassait ses compétences, malgré la qualité et le niveau de ses connaissances et de son intuition. Eltsine était formidable, je l’aimais beaucoup, lui et sa famille. Que Dieu le pardonne… Mais cela montre aussi que la situation russe était si complexe qu’il était objectivement difficile de trouver un homme qui ne se serait pas trompé dans ces conditions.
L’histoire russe a cela de particulier que le chef de l’État a toujours hérité de problèmes fondamentaux. Il n’est jamais arrivé qu’il puisse gérer uniquement les affaires courantes. Pas un dirigeant dans l’histoire de la Russie n’a accédé au pouvoir sans hériter de problèmes catastrophiques. Pas un. Mais je me trompe peut-être.
Mais un homme seul pourrait-il seulement gérer cela?
Un homme avec un programme humaniste et des convictions humanistes profondes. Seul un tel individu pourrait trouver une solution à ces problèmes. Et à la condition qu’il ait une qualité d’âme lui permettant de trouver, choisir des compagnons qui ne fassent pas trop d’erreurs. J’y crois. Et puis la loi doit être au-dessus du tsar. Ce qui n’a jamais été le cas.
[…]
Les bolcheviques une fois au pouvoir ont rencontré le même problème. Mais ils s’en sont sortis.
Comment? Par le meurtre, la terreur, une purge générale, par la mort. Tu ne veux pas te soumettre, tu es fusillé. Il n’y avait pas de dialogue avec la population. Ils ne savaient pas débattre. Ils ne savaient pas comprendre. Comment un commissaire venu de la rue pouvait-il trouver un langage commun avec le directeur de la Banque impériale de Russie? Que pouvaient-ils dire lorsqu’on leur demandait les clés du coffre et tous les documents? Très peu d’employés des banques sont passés du côté du nouveau pouvoir. Or c’était le système sanguin du pays.
[…]
Donc, enfin, il y aurait du changement? Ça veut dire quelque chose, non?
Oui, ça veut dire “quelque chose”. Parce que Poutine comprend, sans le moindre doute, que le changement est inévitable. Il sait ce qui se passe dans le pays. Il appelle par leurs noms une incroyable quantité de fonctionnaires et de personnels qui l’entourent. Et il sait tout d’eux. Selon moi, il y a très peu de personnes à qui il peut faire confiance. Et à juste titre. Donc lorsqu’il nomme Maxime Rechetnikov, cela indique qu’il y a une tendance, une voie que le président a décidé d’emprunter. Parce qu’il ne peut plus en être autrement. Même en apparence.
Si le musée parle de ceux qui étaient de ce côté des barbelés, et de ceux qui étaient de l’autre côté, de la vie des uns, et des autres…
Alors on comprendra pourquoi il était si difficile de vivre là-bas. On comprendra pourquoi c’était si difficile pour les “politiques”. Et dans quelle mesure, dans quel sens, c’était difficile. Car eux, les “politiques”, étaient des gens sensés, dotés d’une conscience, d’une dignité indestructible. Ils ont été confrontés à une cruauté tenace, une profonde barbarie. Et cela sous deux aspects. De la part de l’État à travers l’administration, et de la part d’un système pénal infiniment brutal et sale. Sali de toutes parts, par la bassesse sociale, par la lâcheté de la justice, par la bestialité physiologique et le cauchemar.
Ildar Dadine [jeune militant d’opposition, condamné en 2015 à trois ans de colonie pénitentiaire, libéré au bout de quatorze mois après avoir dénoncé des actes de tortures sur sa personne] raconte qu’il n’a flanché qu’une fois – lorsqu’on lui a dit qu’il allait être violé devant le directeur de la colonie pénitentiaire. Car cela aurait immanquablement eu lieu. Mon Dieu, mon Dieu, et cela ne se passe pas du temps de Beria [le chef de la police politique de Staline, a la réputation cruelle], mais aujourd’hui, aujourd’hui!!! Publiquement, ouvertement, dans une institution publique… Et Dadine savait parfaitement qu’il ne l’oublierait pas, quelle que soit la direction qu’allait prendre sa vie ensuite. On allait briser en lui quelque chose de plus important que tout le reste. Mais c’est absolument normal pour la prison russe, où toutes les limites ont été franchies. Elles l’étaient déjà à l’époque. C’est vrai que du temps de Brejnev les gardiens étaient plus tendres avec les politiques. Mais les droits communs étaient les mêmes. La vie sexuelle est toujours aussi cauchemardesque dans ces camps. Ce qui s’y passe est indescriptible, indicible.
Il y a un début à tout cela.
Au début, il y a eu la lutte désespérée des prisonniers pour leur survie et ce qui leur restait de dignité. Désespérée parce que chaque prisonnier comprenait que sa dignité et sa vie ne dépendaient que de lui seul. De ce qu’il ferait bien ou mal pour lui. Piétiner son prochain pour sauver sa peau? Cela a existé. Le système pénitentiaire est construit dans de nombreux pays sur l’avilissement physique et moral.
C’est probablement plus simple ainsi.
Oui, c’est plus simple, bien sûr. Et finalement, c’est parfois l’unique forme possible d’existence. Elle se situe au-delà de la morale et de l’immoral. C’est une sorte de nouvelle catégorie à laquelle on ne pense pas, pris dans l’agitation des luttes économique, politique, confessionnelle. Elle existe déjà. C’est une troisième catégorie. Je ne sais pas comment elle s’appelle, mais elle est là. Toute la littérature, tout l’espace que nous assimilons avec l’esprit et le cœur se trouve d’un côté ou de l’autre. Dostoïevski a été le premier à oser faire d’un criminel un personnage légendaire. Cet escalier que gravit Raskolnikov [héros du roman Crime et châtiment], ce monologue génial, grandiose du point de vue littéraire, a fait d’un simple, d’un vulgaire criminel, une figure symbolique. Le meurtre est devenu un objet d’étude en sciences humaines. Ce qui n’était probablement pas le cas avant Dostoïevski. Et Dostoïevski lui-même a compris, en approchant du dénouement, qu’il n’avait pas la réponse. Le repentir après la déportation… Peu importe, il a tué. Comment échapper à cela? Repentir ou pas, il s’en souvient malgré tout. Et son âme s’en souvient, et son esprit. On n’échappe pas àça. Et il n’a pas vraiment tranché pour lui-même, si ce meurtre était juste ou pas.
"Trois poules" HST 36x48 Collection particulière Henry Pierre Troussicot
Au Bourg-Pailler, dans l’aire, les poules de mémé Marie vivaient en une liberté sans limites, elles fientaient partout ce qui avait le don de mettre en rogne Arsène, mon père, le fils unique de mémé Marie, elles pondaient dans les lieux les plus improbables et je faisais en fin de journée la chasse aux œufs, lorsqu’elles étaient couesses (prête à couver) les poules déployaient des trésors d’imagination pour planquer leurs œufs. Je signale aux petites louves et aux petits loups que la basse-cour était doté d’un coq qui copulait dans le style Stakhanov. Tout ce petit monde, à la nuit tombante, allait se réfugier sagement dans le poulailler, une cabane, pourvue d’un vaste perchoir, situé sous un cormier. Se coucher comme les poules a un sens, d’ailleurs lorsque j’avais envie d’impressionner mes petits camarades je me saisissais d’une poule, je plaçais délicatement sa tête sous l’une de ses ailes, je la berçais, elle s’endormait et je la posais sur le sol : effet garanti !
J’ai donc vécu au milieu des poules toute ma prime jeunesse… je leur balançais du grain lorsque j’étais rentré de l’école, je faisais la chasse aux œufs et j’allais tirer le verrou du poulailler après dîner.
Lorsque mon frère Alain, revenu de son service militaire en Algérie, a cherché des revenus supplémentaires sur la petite métairie du pépé Louis, époux de mémé Marie, il céda aux sirènes des marchands de farine qui lui firent construire un poulailler industriel. Il manqua manger la baraque, il ne dû son salut qu’à l’intervention musclée de Bernard Lambert « le Crédit Agricole paiera ! », mais c’est une autre histoire, il a fini sa carrière d’éleveur chez l’impayable Gérard Bourgoin.
Les poules enfermées dans « le goulag rural » n’étaient pas encagées elles pouvaient se promener dans l’espace du poulailler aussi encombrée que la place Saint Marc à Venise. Leurs œufs n’étaient pas destinés à la consommation mais à la reproduction : ils partaient chez un accouveur pour faire des poussins qui s’en iraient dans un autre « goulag rural » pour faire des poulets de chair.
Ainsi va la vie le petit-fils de la mémé Marie, éleveuse de poules en liberté, mais aussi « tueuse » de poules et de poulets pour tout le voisinage, a embastillé ses poules en leur faisant bouffer de la farine. Bref, ça résume bien ce qu’ont été les fameuses 30 glorieuses qui se sont vautrées, après mai 68, dans la société de consommation.
De nos jours, les retraités ruraux ont des poules et, même à Paris, au collège Mendès France dans le XXe mon association d’agriculture urbaine Veni Verdi élève quelques poules.
C’est le cas de JB, l’ami du Henri-Pierre, un gars d’la Mothe, d’en haut qu’on disait car ses parents habitaient en haut de la côte montant à la gare de la Mothe-Achard, importante au temps des foires car on y expédiait le bétail sur pieds vers la Villette. À mi-côte y’avait la coopé qui fabriquait du pain ce qui ne plaisait guère au p’tit Louis Remaud le père de mon copain Dominique qu’était aussi copain avec Gervais l’un des frères d’Henri-Pierre. Je n’ai jamais mangé du pain de la coopé, nous avions une « coche » à la boulangerie Remaud. (la coopé a fait faillite, faut dire sans être mauvaise langue qu’on se la coulait douce à la coopé...).
La « coche » était une tige de châtaignier, fendue en deux, c'était la coche de pain comptabilisant, dans le cadre de l'échange blé-farine-pain, le nombre de pains fournis. Nulle contestation possible puisque, la coche, l'entaille, se faisait en réunissant les 2 lattes fendues, celle du boulanger (suspendue dans l'arrière-boutique, portant le nom du bénéficiaire) et celle du paysan qui la présentait à chaque achat...
Trêve de souvenirs, passons aux poules de retraité en semi-liberté :
Divine omelette
Roselyne, la vieille poule noire, est morte le mois dernier, de vieillesse sans doute. Elle et sa compagne Ségolène, la grosse rousse, avaient mal vécu l'arrivée des deux nouvelles, deux jeunes pipiches en provenance d'un élevage de poules pondeuses « bio ». Trois euros la poule ! Une misère pour ces deux stakhanovistes de l'oviducte. Il est vrai que les deux ancêtres galliformes occupaient les lieux depuis plus de dix ans et qu'elles avaient pu percevoir cette arrivée comme une intrusion insupportable dans ce qu'elles considéraient comme leur propriété exclusive. Elles étaient bizarres les nouvelles et plutôt moches, toute déplumées, agitées comme des malades et affublées d'un bec à la pointe coupée. Sans doute cette mesure avait-elle été dictée par les raisons de sécurité qui gèrent l'univers concentrationnaire au sein duquel elles avaient vécu leurs trois premières années. Dès que vous approchiez de l'enclos, elles grimpaient au grillage et vous sautaient dessus dès que vous posiez un pied à l'intérieur. Elles se précipitaient sur les grains jetés au sol comme si elles avaient peur de manquer ou que « les autres » leur piquent leur part. Ces « autres » les regardaient faire, surprises et patientes, l'œil rond et roulant du col. Elles auraient haussé les épaules si elles avaient pu. Ce comportement surprenant devait être dû à la lutte pour la survie qu'elles avaient connue et que favorise le genre d'élevage industriel d'où elles venaient, et nous nous demandions ce qu'il pouvait bien avoir de « bio », cet élevage. Mais au moins, elles, elles pondaient. Je n'avais même pas songé à leur attribuer un prénom, me contentant de l'expression « les deux foldingues ». Elles ont cohabité à quatre pendant quelques semaines et les deux jeunettes se sont refait peu à peu un plumage décent, sans que change leur comportement, leurs trois ans de goulag ayant laissé sur elles une empreinte indélébile. Un jour, Roselyne a commencé à décliner (pulla, -a, -am, -ae, -ae, -a !).
Elle restait prostrée dans un coin du poulailler. Son œil avait terni, elle semait ses plumes derrière elle et sa crête s'était affaissée sur le côté. « La noire file un mauvais coton », dit Dominique en revenant de sa visite matinale, deux œufs à la main, ceux des nouvelles, les vieilles ne pondant plus depuis longtemps. Sans doute, en d'autres lieux, eussent-elles fini en poules-au-pot à la mode Henri IV. Le lendemain, elle gisait sur le côté, sous la cabane, présentant les signes évidents d'une rigidité toute cadavérique. La rousse s'est-elle sentie délaissée ? La perte de sa camarade avait-elle affecté son moral de gallinacée ? Elle est devenue le souffre-douleur des deux autres, mauvaises « comme la gale » et promptes, comme bien des humains, à harceler le plus faible du groupe. Ce matin, elle était morte. Dominique l'a enterrée dans le talus de la haie du fond, près de l'autre. Peut-être, au paradis des poules, sont-elles en train de pondre en rafales les œufs de futures omelettes divines ?
Le week-end sur France Inter officie Alain Baraton qui dimanche dernier s’est extasié, à propos du topinambour, sur le soufflé sucré au topinambour et chocolat! d’Alain Passard de l’Arpège.
« Auparavant, je travaillais beaucoup à partir de viande et de poisson. Mais j'ai eu besoin de mettre de la couleur dans ma cuisine, ce que ne permet pas le tissu animal. C'est pourquoi, en 2001, j'ai décidé de ne plus servir de viande rouge dans mon établissement. A mon sens, la grande cuisine de demain, la plus artistique, c'est la cuisine légumière. Rien n'offre une aussi grande abondance de teintes, de formes, de textures que les légumes.
Mettez la main à la pâte: betteraves, chou, carottes, céleri, topinambours, voyez par vous-mêmes toutes les couleurs, les odeurs et goûts que les légumes d'hiver ont à vous offrir. »
Alain Passard
Le topinambour a très mal commencé sa carrière dans L’Hexagone, en effet comme le rappelle Le Petit Robert, on le nomma ainsiparce qu’on le croyait originaire de la région du Brésil où vivaient les Topinambous – tribu cannibale de l’Amazonie, devenue synonyme de « sauvage, barbare, inculte ». Ce qui est faux.
Le topinambour doit son nom à une tribu brésilienne, les Toüoupinambaoults. En 1613, six membres de cette peuplade ont fait la traversée de force vers la France, pour y être exhibés. Le topinambour n’était pourtant pas du voyage ! Il a été introduit chez nous à la même époque, via le Canada, par le colonisateur français Samuel de Champlain. Plébiscité, il sera peu à peu boudé au profit de la pomme de terre, à la fin du XVIIIe siècle. Ce sont les animaux d’élevage qui s’en régaleront.
Cet hélianthe tubéreux provient effectivement d’Amérique, c’est celle du nord. Plus précisément du Canada, d’où son autre appellation de « truffe du Canada », où les Indiens hurons et algonquins en faisaient leur quotidien…
C’est un légume qui a la particularité de porter une ribambelle de surnoms : artichaut de Jérusalem (par déformation de l’italien girasole = tournesol, rien à voir avec la Ville Sainte), artichaut du Canada (son pays de naissance), patate de Chine, patate à cochons…
Les Français l’ont « redécouvert contre leur gré sous l’Occupation allemande. Les pommes de terres étaient alors réquisitionnées au titre d’indemnités de guerre, mais pas les topinambours ni les rutabagas. Symbole de restrictions son image en a pris un sale coup.Pour en avoir trop consommé en ces heures sombres, nombreux sont ceux qui jurèrent de ne plus y toucher les beaux jours revenus.
En Allemagne, le rutabaga était plutôt associé aux hivers rigoureux de la première guerre mondiale. Quelques 700 000 Allemands sont morts de faim entre 1914 et 1918 et le rutabaga fut alors bien souvent la seule nourriture disponible. Sous la période nazie, les villes allemandes étaient relativement bien approvisionnées, par contre c’est dans les années de l’immédiat après-guerre où la pénurie de vivres devient dramatique que les Allemands se retrouvent au régime du rutabaga : cette rave leur rappelle donc à eux aussi d’amers souvenirs. Le panais, une sorte de carotte blanche, a subi le même sort.
«Il a fallu attendre les années 1990 et les efforts conjugués de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) et du Potager du roi à Versailles pour que le topinambour, en même temps que le panais et le rutabaga, accède enfin à sa juste place dans la gastronomie hexagonale: celle d’un légume raffiné, à la saveur délicate proche de l’artichaut, rehaussée d’un discret goût de noisette. »
Il existe plusieurs variétés de topinambour, mais elles sont rarement nommées dans le commerce. La forme des racines est allongée, en fuseau ou arrondie. Le plus répandu est le topinambour commun rouge, à la peau violacée et au tubercule arrondi.
Le topinambour commun blanc présente une chair blanche et des tubercules difformes mais son goût est plus affirmé. Le topinambour fuseau rouge, à chair jaune est le plus lisse et donc le plus facile à éplucher.
Ces curieux tubercules, difficiles à éplucher tant ils sont tarabiscotés se révèlent d’une grande délicatesse de goût. Mais attention, ils sont peu digestes. Très faible en calories mais fort nourrissant, ils se cuisinent facilement, cuit à l’eau, à la vapeur, à l’étuvée ou au beurre.
Chef Simon du Monde nous dit : Comment cuisiner les topinambours ?
Brossez avec douceur mais insistance les aspérités et circonvolutions de ce tubercule puis les mettre dans une grande casserole d'eau froide salée. Porter à ébullition lente (sinon le topinambour explose, prend l'eau et termine à la poubelle navrant). Surveiller, le temps de cuisson varie souvent selon l'âge du légume. Fraichement récolté il sera plus ferme et demandera donc une cuisson plus longue.
Piquer le légume il doit lui rester un peu de fermeté. Ensuite le passer à l'eau froide et peler... On peut aussi les éplucher à cru mais il faudra immédiatement les citronner pour éviter l'oxydation.
Voici quelques façons de le cuisiner...
La voie authentique : une fois cuits et épluchés, détailler les topinambours en gros cubes ou grosses rondelles, sautez au beurre clarifié ou à la graisse d'oie, salez, poivrez au moulin et saupoudrez de cerfeuil frais. Délicieux.
La voie Royale : épluchés à l'économe, taillés en rondelles épaisses et sautés à cru. Sublissimes ! Vous pouvez voir la technique complète des topinambours sautés à la crème !
La voie gourmande : bouillir cette satanée crème à 35% de MG, et plonger les cubes de topinambours préalablement cuits à l'eau et maintenus fermes. Regarder s'opérer la liaison et servir avec des herbes fraîchement ciselées qui suffiront à apporter l'air frais dans ce plat assez riche. Et si vous désirez transformer l'essai, servez ces petits dés de topinambours à la crème sur un nid de tagliatelles fraîches et ajoutez un salpicon de homard ou de langouste, ou quelques gambas... un peu de cerfeuil ou de coriandre ciselés avant de servir et c'est direct au paradis !
« Le goût, enfin, que nous avons gardé pour la bonne bouche, c’est bien le moindre hommage à lui rendre, peut être considéré comme le plus distingué des cinq sens. Au reste, il fait généralement défaut chez les masses populaires où l’on n’hésite pas à se priver de caviar pour se goinfrer de topinambours ! On croit rêver ! ! C’est pourquoi je fous tout à coup des points d’exclamation partout alors que, généralement, j’évite ce genre de ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut qu’heurter la pudeur. »
Pierre Desproges.
Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis / Éditions du Seuil
Originaire d'Amérique du Nord, cette plante appartient à la même famille que celle des tournesols. Ses tubercules peuvent être consommés sous forme de crudité par exemple. LA MAIN VERTE dimanche 22 octobre 2017 par Alain Baraton
Être vu, capter des abonnés, les faire raquer pour, dit-on, contribuer à l’extension du domaine du vin, voilà une ambition légitime de celles et ceux qui rament dans leur petit bateau sur l’immensité de la Toile.
Sauf que, ces braves gens, ne se sont pas aperçus, qu’en fait ils ne clapotent que dans le petit marigot du vin. Ça ne fait pas grand monde, bien sûr l’entre soi tient chaud, on se garde bien de communiquer les chiffres de fréquentation.
Et puis, patatras, voilà qu’un « péquenot » du fin fond de la Normandie, éleveur de 39 ans Antoine Thibault qui élève 110 vaches et veaux, dont 55 vaches laitières dans un petit patelin à Cintray en Normandie, en décembre dernier, décide de se filmer et de mettre la vidéo sur le site YouTube.
Pourquoi ?
« Je voulais montrer les bonnes conditions de vie de mes vaches, détaille-t-il. Plus on les met dans de bonnes conditions, plus elles vont produire et plus elles seront rentables. Cela fait partie du métier. »
Une manière de contredire les reportages à charge contre l’élevage en utilisant un média accessible à tous et un format léger pour faire passer de véritables messages.
« L’idée lui est venue à la suite de la publication en novembre 2016 d’un manifeste signé par 26 associations pour le bien-être animal (sous le collectif Animal Politique), adressé aux candidats à l’élection présidentielle. Ce document recense 30 propositions visant à mettre la condition animale au cœur des enjeux politiques.
« Je me suis rendu compte que je faisais déjà quasiment tout », constate Antoine Thibault, qui attend alors une réaction de la part des éleveurs.
Alors devant l’absence de communication de ces derniers, Antoine se lance pour « montrer patte blanche » et se glisse dans la peau des YouTubeurs dont il avoue être un « grand fan».
La vidéo d’Antoine a décroché la timbale avec plus de 46 759 vues
« J’en espérais 10 000 », sourit l’éleveur.
Il faut dire qu’elle n’a vraiment décollé après avoir attiré l’œil du site spécialisé Wikiagri.fr en janvier, puis du HuffingtonPost.fr. Par effet boule de neige, il a été contacté par des journalistes de France info et de C8. Les reportages ont été repoussés à cause de l’actualité nationale chargée, mais celui de C8 a finalement été diffusé lundi dernier dans La Nouvelle édition. « Le journaliste n’avait jamais vu de vaches », s’amuse Antoine.
Ce matin c’était sur France Inter avec la chronique L’Esprit d’Initiative d’Emmanuel Moreau Le paysan youtubeur et ses vaches.
« Pour certains, l’élevage est assimilé à l’esclavage, regrette l’agriculteur installé depuis 2002 à Cintray. On ne peut pas comparer la traite des noirs et un élevage laitier. J’ai retiré les commentaires haineux. »
Abattoirs, écornage, séparation…
Dans sa vidéo, Antoine voulait « un maximum de transparence », même si cela le fait aborder certains sujets sensibles comme l’écornage, une pratique douloureuse qui « consiste à brûler la corne du jeune veau ». « C’est dangereux si nous leur laissons les cornes, justifie-t-il. Les vaches peuvent nous blesser mais aussi se blesser entre elles. Il y a des moyens pour atténuer la douleur, notamment l’anesthésie locale. Les techniques s’améliorent. » Saviez-vous qu’il existe des races de vaches sans cornes, qui pourraient permettre aux éleveurs de faire disparaître l’écornage ?
2 000 jours de vie
Antoine Thibault s’avoue très attaché à ses bêtes, même si leur durée de vie n’est que d’environ 2 000 jours. « Je sais que je les verrai naître, vivre, et que je les amènerai à la mort… Le but, c’est qu’elles aient la vie la meilleure vie possible ». Il en profite pour rappeler que les éleveurs ne sont pas directement concernés par les conditions d’abattage. « Une fois dans le camion, elles ne nous appartiennent plus, souligne-t-il. Et il ne faut pas mettre les abattoirs dans le même panier. »
Pour autant, il est plutôt favorable à la vidéosurveillance pour éviter les dérives comme on a pu le voir dans les vidéos publiées par des associations comme L214. À ce propos, l’agriculteur de Cintray estime que « c’est très facile de montrer des passages d’une minute » parfois sortis du contexte.
Un autre sujet qui a suscité des questionnements, la séparation du veau et de sa mère. « Cela minimise leur stress, car les veaux peuvent se faire coincer et piétiner par les vaches adultes qui peuvent même être agressives avec les veaux qui ne sont pas les leurs, poursuit Antoine. Il y a une sorte de « congé maternité » pour les vaches qui sont alors séparées du troupeau, et cela leur cause parfois plus de stress que d’être séparées de leur veau. »
Antoine, l’éleveur youtubeur ne compte pas s’arrêter là et a déjà plusieurs idées pour des prochaines vidéos. Notamment pourquoi il fait ce métier, les avantages des ruminants et leur alimentation, en lien avec la question des OGM.
Il est déjà entré dans le cercle fermé de ceux qui peuvent ambitionner d’atteindre les centaines de milliers, voire le million, de vues.
Alors, simple question aux acharnés du tire-bouchon : comment se fait-il que votre niveau de bruit sur le Net reste aussi modeste ?
Poser cette question n’est pas manquer d’empathie à votre égard mais c’est simplement pour que vous vous interrogiez sur l’utilité, je ne parle pas de viabilité, de votre entreprise aux ambitions élevées.
Ces agriculteurs YouTubeurs qui dévoilent les dessous de leurs « vraies fermes » par Mathilde Golla
La reconversion dans les vignes c’est très tendance, même qu’Ophélie Neiman donne dans le Monde le mode d’emploi en prenant en exemples Marthe Henry, qui « a 27 ans quand elle décide, en 2013, d’abandonner sa vie de journaliste parisienne pour la vigne en Bourgogne. Elle entame en alternance un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole. » et Fabrice Le Glatin qui « a choisi une reconversion en douceur. En parallèle de son BTS par correspondance, il exerce toujours son emploi de professeur d’anglais. »
Tendance certes, mais Marthe Henry fait tomber les fantasmes : le travail est dur. « Physiquement, c’est terrible, j’ai changé de morphologie. Et on passe les trois quarts de son temps à la vigne, or, en Bourgogne, le temps est pourri. Parfois, il faut avoir le moral bien accroché ! »
Votre serviteur, au long court de sa longue vie a eu la chance de croiser une reconvertie : Catherine Bernard qui, née dans un coin de vaches laitières et de ciel gris, vivais depuis 1999 sous un ciel d’azur et dans un océan de vignes, en Languedoc, près de Montpellier.
Nous nous sommes connus en 2001, sur la place de la Comédie, à Montpellier, à la terrasse d’un café où elle m’a « torturé » pendant des heures pour me tirer les vers du nez à propos de mon fichu rapport.
Montpellier alors sous la férule du Senator-Mayor Georges Frèche, qui avait chamboulé la ville endormie, Catherine y était arrivée comme journaliste, correspondante de La Tribune de l’Economie et Libération, après un long séjour dans les rédactions de la capitale, ce qui lui valait dans le Midi l’indélébile étiquette de « Parisienne ».
En 2004, virage à 180°, sans filet :
« À 40 ans, j’ai passé un BPA de viticulture-œnologie. Je cultive depuis 3,60 hectares de vignes et je fais du vin, 5136 bouteilles précisément cette année. »
Le 19 avril 2006, je pondais une chronique : Vin de vigneronne.
« Hier, j'ai gravi avec humilité la montagne Ste Geneviève. Rassurez-vous, en dépit du renouveau des chemins de croix, ce n'était pas un Golgotha après l'heure. Tout au contraire, juché sur mon grand destrier noir, je contournais le Panthéon pour me rendre 2 rue de l'Ecole Polytechnique afin d'y déjeuner au bistrot Les Pipos ; un troquet qui serait bien trop p’tit pour accueillir en congrès nos joueurs de pipos mais qu'a une grande et belle ardoise de vins.
C'est le nouveau-né de Catherine, le 2005, son premier, que je suis allé découvrir sur les hauteurs de Lutèce.
Elle a bien tourné notre Catherine puisque la voilà aujourd'hui vigneronne à Castelnau-le-Lez dans l'Hérault. Elle a remis son sarrau, la théorie et la pratique, et c'est la bouteille de son premier vin qu'on posait sur la nappe à carreaux rouge et blanc.
Du côté habillage c'est à son image, sans fanfreluches, une étiquette qui annonce sa bannière : COTEAUX DU LANGUEDOC avec en-dessous Appellation Coteaux du Languedoc Contrôlé et encore au-dessous, en discret, Catherine Bernard.
J'suis un peu ému, trouver mes mots. Pas de cinéma, je goûte ! Bon faut que je me lance : j'aime ! J’aime beaucoup ! Un vin rieur, d'un grand rire franc, qui vous donne plaisir, il a un petit air de chez nous Catherine, la patte de la vigneronne, de la belle ouvrage, fine et aérienne, la touche de légèreté qui vous réanime la tête.
Désolé les puristes, je n’ai pas le vocabulaire ad hoc, j’suis qu'un faiseur de rapport qu'aime le vin, le bon. Bravo et chapeau Catherine la vigneronne, on te pardonne d'avoir abandonné ta plume pour la pipette, passer des mots aux actes : un difficile mais beau chemin.
Je ne suis pas le seul à aimer, les clients sont sur la même longueur d'ondes me dit la serveuse. Moi je repars avec ma bouteille rebouchée sous le bras afin d'éviter un contrôle positif par les uniformes forts nombreux en ces temps dans le périmètre de la Sorbonne. Le plus grand plaisir c'est de faire durer le plaisir. »
Depuis de l’eau a coulé sous les ponts de la Seine et la semaine passée notre Catherine, avec son agent, a fait la tournée des « grands ducs » à Paris et ses dépendances.
Nous avons, à déjeuner, cassé une petite graine à ma cantine chez Giovanni Passerini. Catherine m’a dit « vous ne trouvez pas qu'on est vraiment vieux jeu à se vouvoyer depuis le temps, et pourtant je ne sais même pas si j'arriverais maintenant à vous dire tu tu tu). Topez-là maintenant on se tutoie !
Mais revenons à sa reconversion qu’elle a traduit dans un livre «Dans les Vignes» Chroniques d’une reconversion, où elle nous parle sans fard de la taille :
« C’est au cours des mois d’hiver que l’on entre en intimité avec la vigne. La taille est le premier geste de la saison et le tout premier geste vigneron au sens où c’est une promesse de ce qui est à venir, un arbitrage entre la récolte qui se prépare et la pérennité de la souche, un geste singulier dans un ensemble d’autres gestes, un tête à tête qui devient un face à soi, et pour moi cet hiver-là, une première approche de la solitude. Jamais, avant ce mois de février, je n’avais éprouvé le sentiment de solitude. Jamais, je crois, je n’avais éprouvé un tel dénuement.
Quand je suis remontée dans la voiture, j’ai mis le chauffage et la musique à fond. C’est à ce moment-là que j’ai su que, toute la journée, des pensées avaient défilées dans ma tête, comme les nuages poussés par le vent du nord. Maintenant, elles pouvaient s’accrocher. Elles étaient claires. Je dis souvent : quand je rentre des vignes, je pense droit, comme si les vignes avaient la vertu ou le secret de me remettre la tête sur les épaules. Une nuit j’ai rêvé que j’étais un cep, enraciné dans la terre, le feuillage abandonné au gré du vent. »
« Après ma première journée de taille, j’avais les joues en feu. Sur la voie en face, les gens rentraient à la queue leu leu de leur bureau en ville dans leur pavillon à la campagne. Je faisais le chemin inverse. C’est la tombée de la nuit qui a sonné la fin de ma journée de travail, en même temps que mon entrée dans la force des choses.
Le lendemain matin, je me suis réveillé les doigts gourds, les articulations saillantes. Il en a été ainsi, de pire en pire, au fil de la saison. L’année suivante, je ne pouvais déplier les doigts au matin. Je me suis fait opérer d’un tendon à l’auxiliaire de la main droite et je me suis équipée d’un sécateur électrique, comme tout le monde. »
Avec Catherine, comme nous sommes mauvaises langues, et que nous avons côtoyé les grands chefs de la vigne du Midi qui passaient plus de temps à Paris que dans leurs vignes, nous aimions énumérer leurs formules magiques comme celle-ci « c’est un projet exemplaire monsieur le Ministre… » qui, traduit dans leur langage signifiait « subventions, subventions, subventions » Ces projets ont pratiquement tous pris le bouillon.
Conclusion : n’est exemplaire que ce qui a réussi, la reconversion y compris.
Je trouve étonnant que les journalistes n’aillent jamais faire leur job dans les vignes de celles et ceux qui ont réussi leur reconversion.
Catherine va se marrer… elle qui fut une vraie journaliste…
Une photo aérienne (de qualité médiocre) années 50-60 sans doute.
Le 25 août j’ai reçu un courriel (1), via mon blog, de Bruno de Boüard dans lequel indiquait « j’aimerais, si vous le souhaitez, vous faire partager mes recherches sur le domaine et la famille de Boüard. J'en fais partie, du moins de la famille, ayant vécu mes dix premières années dans la maison familiale. »
Après réflexion, et une gestion de retraité de mon courrier, j’ai accepté le principe d’une publication sur mon blog sous sa signature si elle cadrait avec ma ligne éditoriale.
Bien évidemment, en tant qu’hébergeur, j’assume la responsabilité des écrits de Bruno de Boüard, qui n’ont aucun caractère polémique, et j’accepte par avance de publier un éventuel droit de réponse de mon ami Hubert.
Qui est Bruno de Boüard ?
« Girondin de naissance, j'ai passé mes dix premières années au château Mazerat avec mes parents et frères et soeur, auprès de mes grands-parents paternels. Je suis le fils aîné d'Alain de Boüard troisième fils de Maurice de Boüard que je considère comme étant le "fondateur" du château Angélus.
Historien de formation, ancien bibliothécaire et archiviste, je suis encore un jeune retraité bien occupé (milieu associatif notamment). De par ma formation et mon intérêt pour l'histoire familiale, hérité de mon père, j'ai commencé à creuser ce sillon. Ma démarche a été renforcée lorsque j'ai eu entre les mains le livre "Angélus" de Jane Anson. Sans parler de l'exposition médiatique d'Angélus. »
« C’est à la fin du XVIIIème siècle, en 1782, que Jean de Boüard de Laforest, garde du corps du Roy, s’installe à Saint-Emilion. Sa fille, Catherine Sophie de Boüard de Laforest, épouse Charles Souffrain de Lavergne en 1795 et s’installe sur le vignoble de Mazerat, propriété de son mari » (1)
L'année 1782 est ainsi donnée comme date fondatrice de l'histoire des de Boüard au coeur du vignoble de Saint-Emilion. La fondation du Château Angélus est même datée du 1er juillet 1782 sur son compte Facebook. Existerait-il un document permettant de dater de manière aussi précise la fondation du domaine ?
Le terme de « château » semble anachronique pour évoquer un vignoble à la fin du 18e siècle. Il apparaît au milieu du 19e siècle et prend une ampleur importante à la fin du siècle, au détriment des vocables « cru », « domaine » et « clos ». Avec le Second Empire, une période de prospérité voit émerger les premières grandes constructions destinées à la vinification.
Le « Château l'Angélus » n'est pas mentionné dans les neuf premières éditions (2) de « Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite » d'Edouard Féret. Le « Clos de l'Angélus » apparaît dans la 10e édition de 1929 comme propriété de la Comtesse de Boüard de Laforest.
« Michel de Boüard de Laforest, historien, chartiste et recteur de l’Académie de Caen (3) a étudié les origines de sa famille » nous dit le site internet du Château Angélus. Ce qui est exact (4). Mais la communication d'Angélus prend certaines libertés avec les recherches de l'historien.
Dater l'arrivée de Jean de Boüard à Saint-Emilion en 1782 est étonnant. Michel de Boüard et les documents du « Fonds de Boüard » déposé aux Archives départementales de Gironde (5) ne le mentionnent absolument pas. Ils permettent au contraire d'avancer une hypothèse différente quant à la réalité de l'implantion de Jean de Boüard à Saint-Emilion. De par ses fonctions de garde du corps du Roi, de 1766 à 1785 au moins, il est souvent absent de son domaine de Laforest situé au Pizou en Dordogne et à St Antoine-sur-l'Isle en Gironde. Situation qui oblige son épouse à s'occuper activement du domaine. Il connaît des difficultés d’argent et s’endette dans un contexte de crise économique dès les années 1770-1780. Dans les années 1780, il commence par vendre quelques éléments de son domaine de Laforest. Dans les années 1790, les de Boüard délaissent peu à peu la maison noble de Laforest, vendue en 1795, pour leur résidence du Pizou. Dans ces conditions, pourquoi et comment Jean de Boüard aurait-il acheté des vignobles à Saint-Emilion en 1782 ?
Ces libertés ont été reprises par Jane Anson dans son ouvrage « Angélus » (6). Elle écrit que « …d'après les recherches de Michel de Boüard de Laforest, c'est en 1800 que les vignes des Boüard de Laforest à Saint-Emilion furent léguées à Sophie [de Boüard], qui y ajouta en 1815 celles des Souffrain de Lavergne » (7). Ce qui est impossible, Michel de Boüard ne l'ayant jamais écrit. Nous ne trouvons rien non plus à ce sujet dans les archives familiales.
Comment Catherine Sophie pourrait-elle être propriétaire de ces terres, puisque deux documents familiaux démontrent que les Souffrain (sa belle-famille) en étaient les véritables propriétaires : la succession de Charles Souffrain du 23 janvier 1832 et surtout la donation-partagedu 9 juillet 1843. Ainsi Jean-Charles et Jean-Théodore Souffrain héritent de leur père Charles Souffrain et de leur tante Louise Emilie Souffrain soeur de leur père, « chacun pour une moitié de deux domaines contigus : Mazerat et Chantecaille ». Charles et Louise Emilie Souffrain tenaient eux-mêmes de leurs parents Souffrain (8) ces deux domaines qui n'en faisaient qu'un à l'origine. Jean Théodore vend par la suite ses parts à son frère Jean Charles.
En 1886 Jean Charles Souffrain lègue sa propriété de Mazerat à son épouse Jeanne Eugénie née Chatenet. Jusque-là la transmission de la propriété de Mazerat se fait de Souffrain à Souffrain uniquement.
Ces successions et donation indiquent aussi que les Souffrain n'habitaient pas à Mazerat. Nous ne trouvons nulle trace des Souffrain au 19e siècle sur les listes nominatives et sur les registres de l'état civil de Saint-Emilion (9). Charles et Catherine Sophie résidaient dans leur maison rue St Thomas à Libourne avec leurs sept enfants. Tous deux y moururent. Jean Théodore habitait à Saint Magne-de-Castillon, canton de Pujols où il était juge de paix. Jean Charles résidait 20 boulevard Victor Hugo à Limoges avec son épouse Jeanne Eugénie. Elle est décédée en 1910, comme lui à Limoges.
Par contre sur les matrices cadastrales de Saint-Emilion sont mentionnés Charles Souffrain, mari de Catherine Sophie, et leurs deux fils Jean Théodore et Jean Charles, puis Jeanne Eugénie. Les Souffrain étaient bien les seuls propriétaires.
Quant aux de Boüard, leur patronyme n'est mentionné au 19e siècle à Saint-Emilion ni sur les matrices du cadastre napoléonien, ni sur les listes nominatives des recensements, ni sur les registres de l'état civil de la commune. Aucun de Boüard n'y était résident ou propriétaire.
Le patronyme apparaît à partir de 1910 lorsque Maurice de Boüard hérite du Château Mazerat de sa tante Jeanne Eugénie Souffrain. Il en reste propriétaire jusqu’à la dernière guerre. En 1911 Maurice est mentionné comme « propriétaire-exploitant » à Mazerat, avec Lydie de Boüard sa première épouse et leur fille Yvonne de Boüard (10). Elisabeth de Boüard, épouse de Maurice, est régulièrement oubliée dans l'histoire du domaine familial. Elle est pourtant citée dans des documents familiaux comme négociante-propriétaire à partir de 1923. D'autres documents familiaux font état de sommes d'argent avancées par Elisabeth de Boüard pour des achats de parcelles de vignes, dont celle du « Clos l’Angélus » achetée en 1922 au Docteur Meslin (gendre de Maurice Gurchy). Elle est mentionnée comme propriétaire de « l'Angélus » au moins jusqu'à la dernière guerre.
Après la guerre, leurs trois fils Jacques, Christian et Alain leur succèdent à la tête de la propriété.
Les deux cents ans et les huit générations des de Boüard sur la propriété de Saint-Emilion, le Château Angélus, ne sont donc qu'un mythe au service de la communication et de la notoriété d’Angélus. De même s'il est vrai qu'une lignée supposée de femmes à la tête du domaine pourrait ajouter à la notoriété d'Angélus, il n'est pas possible de remonter à l'année 1800. Il n'est pas question ici de remettre en cause le Château Angélus et la qualité de ses vins, mais simplement de refuser toute instrumentalisation de l'histoire familiale à des fins marketing (11).
(1) Site internet du Château Angélus.
(2) Dans la 9e édition de 1922 le Château Mazerat seul est propriété du Comte Maurice de Boüard de Laforest.
(3) Michel de Boüard n'a jamais été recteur de l’Académie de Caen, mais doyen de la Faculté des Lettres de Caen de 1954 à 1967.
(4) « Les de Boüard de Laforest : essai historique « , Epron 1983, par Germaine de Boüard de Laforest, son épouse.
(5) Archives Départementales de Gironde – Sous-série 4 J, Fonds de Boüard (1547-1885), 4 J 914 et 915.
(6) « Angélus », Editions de La Martinière, 2015. Cet ouvrage de commande, en dehors de ses qualités esthétiques, est chargé d'erreurs et d'incohérences sur l'histoire des de Boüard et de la propriété familiale, contredisant les archives familiales et l'historien Michel de Boüard régulièrement cité comme l'historien de la famille.
(7) Catherine Sophie n'apparait jamais comme propriétaire dans les actes notariés (succession, donation...).
(8) Antoine Souffrain dit « l'Aîné » et Marguerite Augé, mariés à Libourne le 10 février 1757 (Contrat de mariage 27/01 Me Izambert).
(9) Exceptés les actes de décès de Louise Emilie et Jean Théodore, respectivement soeur et fils de Charles Souffrain, et l'acte de mariage de Jean Théodore.
(10) Archives municipales de Saint-Emilion, 1F1 : Listes nominatives de dénombrement - de Saint-Emilion de 1911.
(11) Le Château Angélus et les éditions de La Martinière ont été contactés par lettres (janvier et février 2017) au sujet de la « version officielle » de l’histoire des de Boüard et de la transmission de la propriété familiale. Plusieurs remarques et questions leur ont été adressées. Une seule réponse évasive d’Angélus à la première lettre. Devant les contradictions de « la version officielle » avec les travaux de l'historien Michel de Boüard, il a été répondu que celui-ci « ayant par ailleurs fait publiquement des déclarations plus que sujettes à caution sur un plan historique nous abordons ses travaux avec une certaine circonspection » (Lettre de Stéphanie de Boüard-Rivoal du 20 janvier 2017). Etonnante remise en cause de « l'historien familial » ! L'éditeur a déclaré transmettre le courrier à Jane Anson. Pas d’autres réponses à ce jour.
(1) Le courrier de Bruno de Boüard du 25 août 2017
Bonjour,
Ayant découvert votre blog depuis peu, je me permets de vous dire mon plaisir à le parcourir. Revigorant et "impertinent".
Appréciant également vos articles sur les vins de Bordeaux, ceux de Saint-Emilion et entre autres sur le Château Angélus, j'aimerais, si vous le souhaitez, vous faire partager mes recherches sur le domaine et la famille de Boüard. J'en fais partie, du moins de la famille, ayant vécu mes dix premières années dans la maison familiale.
Pendant des années j'ai suivi d'un oeil distrait la communication d'Angélus, sa notoriété foisonnante, sa médiatisation débordante, bien au-delà d'un verre ballon. Après le cinéma, les concerts, les expos, les conférences, l'exposition médiatique (presse, TV...)..., sans oublier l'inauguration de "haut niveau" des nouveaux chais (le Ricard était-il compatible avec un Saint-Emilion?), j'ai été étonné par l'ouvrage "Angélus" de Jane Anson, ouvrage de commande, un peu mégalo. L'histoire familiale et l'histoire du domaine dans la famille sont revues et corrigées. J'ai également apprécié les portraits familiaux dans la galerie du Château Angélus. Quelle imagination ! Pour les plus anciens du moins. Mais notoriété oblige! (35 %). Et moi qui pensais naïvement qu'une bonne bouteille se partageait en bonne compagnie, autour d'une table de bons mets avec force de bons mots. Non tout dans la Com!
Tout en déclarant refuser une quelconque instrumentalisation de l'histoire familiale à des fins douteuses, j'ai adressé un condensé de mes recherches et remarques au Château Angélus et à l'éditeur. J'attends leurs réponses... depuis plus de six mois.
Il est vrai qu'afficher (pour la galerie) 200 ans des de Boüard, sur 8 générations, à Saint-Emilion et même sur Angélus, n'est pas difficile. Mais le démontrer en est une autre. "Les gens veulent du rêve", m'a dit un membre de la famille. En réalité il faut couper la poire (ou la grappe) en deux, preuves à l'appui.
Si ma modeste contribution vous intéresse, vous pouvez me contacter.
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