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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 00:02

 

Si ce matin j’ai choisi de titrer ainsi ma chronique en référence à la proverbiale chanson de Surcouf : « Buvons un coup, Mesdames, buvons en deux, Messieurs / À la santé des amoureux / À la santé du Roy de France / Et merde pour la reine d’Angleterre / Qui nous a déclaré la guerre ! » c’est que j’ai envie de hisser l’étendard de la révolte des corsaires pour me moquer des culs pincés au teint blême, des hygiénistes médiatisés, des prohibitionnistes patentés,  de tous ces Got et Ostrogoths médicaux, nouveaux barbares de la bonne santé, grands pourvoyeurs de tranquillisants, qui n’ont de cesse de nous border d’interdits, de nous pourrir la vie. Ce matin donc, dès l’aurore, alors que le soleil se levait à tribord de mon goélette, j’ai hissé tout en haut de ma dunette le nouvel étendard de la révolte des biens et des bons vivants : le drapeau de l'A.B.V.

Surprise : il est blanc ivoire, non que je voulusse que nous nous rendîmes à nos pourfendeurs en une reddition sans condition, mais parce que le noir est connoté alors que le blanc – outre qu’il est l’une des couleurs de notre nectar – se place au mitan des deux autres couleurs de notre drapeau national : le rouge – qui lui aussi est des nôtres – et le bleu, et qu’ainsi, si ça nous chante, nous pourrions y arborer les attributs de nos vices présumés tels qu’ils sont ci-dessus représentés.

Tel est donc à partir d’aujourd’hui l’étendard de ralliement de l’Amicale des Biens et des Bons Vivants : la fameuse A.B.V.

En parodiant les fameux slogans des murs de mai 68 ressortis de la naphtaline pour le 40 ième anniversaire, j’ose proclamer que « nous sommes tous des ânes qui fument… », qu’ « il est interdit d’interdire… », que « sous les pavés : la cave… »  que « nous sommes tous des indésirables »  et, qu’après tout, si « l’imagination prend le pouvoir » j'affirme, chers amis de l’A.B.V. « soyez réalistes demandez l’impossible… »

La dérision : mon âne qui fume, demi-nu sous son tonneau, avec ses grolles et son futal d'urbain décomplexé, vaut bien toutes les campagnes de communication à la con que nous assènent les austères à la télévision. Comme si les pochtrons allaient soudain se mettre à carburer à l'eau de source en matant des spots à la télévision : bourrés, ils roupillent sur leur canapé. Faut arrêter de déconner ! 


Ceci dit, j’ai écrit que je hissais l’étendard des corsaires, pas celui des pirates : en effet nous sommes, même si certains voudraient nous ostraciser en nous taxant de drogue légale, de braves et bons français qui travaillons pour ramener des picaillons dans les caisses. Même si comparaison n’est pas raison rappelons le
distinguo - juridiquement clair, mais historiquement plus flottant : le corsaire est un pirate qui a en quelque sorte droit de l’être, immunisé qu’il est par l’autorisation en bonne et due forme délivrée par une puissance reconnue (lettres de cachet du Roi, commissions de guerre). Le pirate, lui, rançonne ou massacre pour son propre compte. Dans les faits, la frontière entre « course » et piraterie était assez étanche : certains pirates finissaient anoblis par des titres officiels ; inversement, les frères Laffitte, parmi les derniers flibustiers à avoir connu la notoriété, furent d’abord des corsaires français avant de virer pirates lors des guerres napoléoniennes. Et les Etats maritimes, toujours hypocrites, taxaient volontiers de « pirates » les « corsaires » des autres…

 

Hypocrite nous sommes, nous le pays de référence mondiale du vin de pratiquer un double langage où d’un côté, sans discernement, les ligues de vertu et de tempérance, les mandarins, les ex-alcooliques chabaliélisés clouent au pilori les dispensateurs de plaisir et de bien vivre que nous sommes, au nom d’une vision dépassée de la santé publique et d’une stratégie purement médiatique orchestrée par Got et ses disciples ; et de l’autre, d’engranger sans sourciller les dividendes multiples : territoriaux, environnementaux, économiques et sociaux, générés par les femmes et les hommes qui font et vendent le vin.

Ça suffit !

En ces temps de croissance molle, de commerce extérieur déficitaire, de peur des délocalisations, de pouvoir d’achat anémique le temps est venu de proclamer haut et fort que nous sommes des pourvoyeurs de prospérité ; que nous sommes aussi, en ces moments gris, dans cette époque de défiance où le moral de beaucoup d'entre nous est dans leurs chaussettes, les ambassadeurs du bien vivre à la française, que nous apportons au PIB la part de convivialité qui donne encore à notre vieux pays l’attractivité qui draine vers lui les visiteurs du monde entier.


Réveillez-vous, chers lecteurs !

Adhérez à l’A.B.V. !
Cliquez sur ce lien pour ceux qui ne l'ont pas encore fait
http://www.berthomeau.com/article-15760197.html
Simple piqure de rappel indolore mais si vous souhaitez être entendus manifestez-vous : plus nous serons de fous plus nous rirons.

Pour ceux qui ont déjà adhérés : patience, avec les beaux jours, qui j'espèrent vont revenir, nous mettrons les petits plats dans les grands et les bouteilles au frais...

Votre dévoué délégué aux travaux de plume et abéviste convaincu que vous pouvez joindre pour adhérer :
- en cliquant sur CONTACT tout en bas du blog ;

- en écrivant à jberthomeau@hotmail.com

- en téléphonant au 06 80 17 78 25

Jacques Berthomeau

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 00:07


L'INDE est une  grande puissance agricole (28% du PIB en 2006) autosuffisante alimentairement en dépit de sa croissance démographique (2,7 enfants par femme en 2006)


L'INDE, puissance technologique (pharmacie, biotechnologies, télécoms) C'est le 1er exportateur mondial de produits génériques

L'Inde, grande démocratie de plus d'1 milliard d'habitants, population en croissance de +10%/an, la plus jeune du monde, mosaïque humaine avec ses castes, ses religions *, ses 18 langues officielles, pays aux contrastes saisissants entre l'Inde urbaine et celle des campagnes : 50% d'illettrées, grand pays industriel ouvert aux contacts au Sud : les Mittal et les Tata, plus farouche au Nord avec des infrastructures au bord de la rupture * est un marché d'avenir pour le vin. Bien sûr, comme le souligne Pascale Fleury de la mission économique de l'ambassade de France à New-Delhi, ce marché c'est celui d' "une classe moyenne urbaine, éduquée et solvable. 300 millions de personnes qui travaillent dans de grandes entreprises à Bengalore* ou ailleurs et qui constituent une troisième Inde avec des comportements sociaux et de consommation différents..."

Le taux de croissance de la consommation des vins, qui avoisinait 30% l'an dernier, en dépit du poids des taxes parmi les plus chères du monde et la prohibition de l'alcool dans de nombreux états, fait rêver et, bien sûr c'est la ruée : tout le monde arrive. Sans vouloir jouer les rabat-joie, avant de s'enflammer, il faut tout à la fois cibler les types de vins en fonction des cibles visées : classe moyenne aisée ou les riches, les très très riches. Le vin d'entrée de gamme, plutôt locaux, le vin fashion : boisson apéritive des jeunes cadres, le vin cadeau... de mariage des classes aisées, le vin sophistiqué pour les nouveaux riches... en tenant compte que l'essentiel de la vente de vins se fait en B to B, hôtels, restaurants, duty-free et wine shops. Donc, évitons les processions interprofessionnelles et privilégions une approche d'entreprises ayant l'expérience, la notoriété et les reins solides pour défricher ce grand marché. Ne semons pas l'illusion en mettant en avant des effets multiplicateurs mirobolants qui ne pèseront pas lourds face aux réalités locales. Y aller, certes, mais éviter d'y bricoler à la française en allant se frotter à l'entrée de gamme où les vins locaux sont vendus entre 5 et 10 euros alors qu'un vin départ France à 2 euros devra, par le jeu des taxes, devra se vendre au moins à 20 euros. Deux cibles doivent être privilégiées afin de boxer dans les bonnes catégories : les vins technologiques (on aime le fruité et le sucré) de marques avec une référence France et les vins de haute tradition à la française : du vigneron star jusqu'aux GCC en passant par les grands domaines.

Puisque vous avez été de bons élèves je vous offre deux bons points que vous pouvez consommer sans modération :

1- je vous conseille d'aller voir le film jubilatoire de We Anderson A BORD DU DARJEELING LIMITED avec des acteurs formidables : Adrian Brody, Owen Wilson, Jason Schwartzman les 3 frères et, de passage : Bill Murray, Anjelica Huston et Natalie Portman. Enfin, un contrôleur indien Waris Ahluwalia plus indien que nature...

 

" Trois frères qui ne se sont pas parlé depuis la mort de leur père décident de faire ensemble un grand voyage en train à travers l’Inde afin de renouer les liens d’autrefois.

Pourtant, la « quête spirituelle » de Francis, Peter et Jack va vite dérailler, et ils se retrouvent seuls, perdus au milieu du désert avec onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et beaucoup de comptes à régler avec la vie…

Dans ce pays magique dont ils ignorent tout, c’est alors un autre voyage qui commence, riche en imprévus, une odyssée qu’aucun d’eux ne pouvait imaginer, une véritable aventure d’amitié et de fraternité…"

Un extrait du livre d'Alberto Moravia " Une certaine idée de L'Inde " chez Arléa. À méditer.

" Donc, tu es allé en Inde. C'était bien ?
- Non.
- Tu t'es ennuyé ?
- Non plus.
- Que t'est-il arrivé là-bas ?
- J'ai fait une expérience.
- Laquelle ?
- L'expérience de l'Inde.
- Et ça consiste en quoi ?
- À faire l'expérience de ce qu'est l'Inde.
- C'est-à-dire ?
- Comment t'expliquer ? L'Inde c'est l'Inde...
- Mettons que je sache absolument rien de l'Inde. alors, je t'écoute.
- Mais moi non plus je ne sais pas ce qu'est vraiment l'Inde ! Je la sens, voilà tout. Toi aussi tu devrais la sentir.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je veux dire que tu devrais sentir l'Inde comme, dans l'obscurité, on sens la présence de quelqu'un qu'on ne peut pas voir, qui ne dit rien, et qui, pourtant, est là.
- Je ne comprends pas.
- Tu devrais la sentir, là-bas, vers l'orient, par-delà la Méditerranée, l'Asie Mineure, l'Arabie, la Perse, l'Afghanistan, quelque part entre la mer arabique et l'océan Indien... Sentir qu'elle est là, qu'elle t'attend...
- Et pourquoi m'attendrait-elle ?
- Pour rien.
- Je ne te comprends toujours pas.
- Disons alors, pour ne rien faire...
- D'accord, mais tu ne m'as pas toujours dit ce qu'est l'Inde.
- L'Inde c'est l'Inde.
- Dis-le-moi en une phrase, une maxime, en deux mots.
- Eh bien l'Inde, c'est le contraire de l'Europe !
- Je ne suis pas plus avancé. Tu devrais déjà commencer par me dire ce qu'est l'Europe.
- Je préfère te donner une définition de l'Inde. Disons que, l'Inde, c'est le pays de la religion.
- Et c'est ce qui en ferait le contraire de l'Europe ? Mais l'Europe aussi est religieuse.
- Non, l'Europe n'est pas religieuse.
- Et que fais-tu des religions païennes de la méditerranée et des pays nordiques, du catholicisme et de la Réforme...
- Peu importe... L'Europe n'est pas religieuse.
- Qu'est-ce que l'Europe ?
- Si j'étais indien, je pourrais peut-être te le dire. Mais comme européen, ça m'est difficile.
- Eh bien, mettons que tu es indien.
- En tant qu'Indien je dirais que l'Europe est ce continent où l'homme est convaincu qu'il existe réellement ; où le passé s'appelle l'Histoire ; où l'on préfère l'action à la contemplation ; où il est admis communément que la vie vaut la peine d'être vécue ; où sujet et objet cohabitent en parfaite harmonie er deux illusions comme la science et la politique sont prises au sérieux. En Europe, on croit que la réalité ne cache rien, ce qui ne prouve pas qu'il n'y ai rien de caché. En quoi l'Europe aurait-elle quelque chose à voir avec la religion ?
- Voilà un Indien bien présomptueux. En tout cas, il ignore le passé de l'Europe - j'entends son passé religieux, les siècles durant lesquels furent construites les cathédrales.
- Le Moyen Âge ? J'allais t'en parler. il n'est pas vrai que notre Indien ignore le Moyen Âge ; au contraire, il l'apprécie parce que c'est justement la seule période historique, en Europe, qui lui rappelle l'Inde. Mais il sait aussi que, pour la plupart, les Européens s'imaginent le Moyen Âge comme un temps de malheurs, d'ignorance, de brutalité, d'obscurantisme et de misère. La persistance tenace de ce préjugé contre le Moyen Âge dans l'opinion populaire prouve une fois de plus à notre Indien que l'Europe, au fond, n'est pas religieuse. et, en effet, les Européens considèrent la Renaissance comme la fin du Moyen Âge, alors que, du point de vue de l'Inde, cette période devrait s'appeler Décadence.
- On ne peut tout de même pas nier que, sans la religion, une grande partie de l'histoire de l'Europe nous échapperait.
- L'idée que s'en fait notre Indien est différente. Lui pense que les Européens, si inventifs dans le domaine des sciences, de la politique et des arts, ont fait preuve d'un manque absolu d'originalité et d'esprit créatif pour ce qui est de la religion. L'histoire de l'Europe ne s'explique nullement par la religion, mais par les efforts que le Européens ont déployés pour concilier les exigences propres à la religion avec ce qui lui est étranger ou ennemi. En fait, en Europe, ce qui caractérise la religion, c'est le compromis ; cela revient à dire que les Européens, au fond, ne sont pas vraiment religieux. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de voir ce que les Européens ont réussi à faire du christianisme en l'espace de quelques siècles.
- Quoi donc ?
- Ils l'ont contaminé par tout ce qui n'est pas religieux, ils en ont fait un appendice et comme une justification de la vie terrestre, un étançon de la politique, un ornement, une commodité, un élément superflu, une chose qui ne sert à rien et ne signifie rien..."

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 00:00

" De mon temps..." comme disait le pépé Louis avant de nous asséner la supériorité de ses grands boeufs blancs sur le tracteur - eux bien engraissés valaient des sous, alors que ce fichu monstre de fer sur 4 roues en fin de vie ne valait plus un clou - donc " de mon temps " avec notre Ministre star des sondages, ce cher Michel Rocard, le traitement équilibré entre l'Aude et l'Hérault, l'Antoine et le Marcellin, nous amenait parfois à des situations cocasses. Pour nous, le pragmatisme étant du côté de Verdale et la démagogie bien installée chez Courret - le pauvre étant marqué à la culotte par l'homme au Ray-Ban, santiags et perfecto - notre carte maîtresse était sans contestation l'Aude tenue d'une main de fer par le consortium des anciens de la SFIO. Donc, suivant cette pente naturelle qui me rappelle des souvenirs intenses, ce matin, j'ai choisi "d'accoupler" un vigneron bio de l'Hérault : Franck Siméoni de St Chinian et un vigneron bio de l'Aude Lionel Boutié de Coursan.

Je commence par Franck Siméoni, non que je plaçasse l'Hérault avant l'Aude dans ma hiérarchie, mais pour deux raisons : la première est que vu de Paris l'Hérault se situe au-dessus de l'Aude, la seconde tient au fait que j'ai déjà consacré une chronique : Vin de crise à Franck Siméoni. L'homme est disert. J'aime les gens qui ont de la conversation et, n'en déplaise à certains, je sais écouter. L'homme n'est pas du cru, il a roulé sa bosse dans d'autres vignobles avant de poser son sac à Prades s/Vernazobre dans l'AOC St Chinian. Ça ouvre l'esprit. L'autre jour, au parc floral de Vincennes, avant de déguster, nous avons taillé une petite bavette dont, bien sûr, je garde pour moi les bonnes feuilles. Entre 2001 et 2003, les 18 ha de vigne en AOC St Chinian ont fait l'objet d'une reconversion bio. L'exploitation et la cave sont contrôlés par Ecocert et Nature et Progrès. Franck Siméoni n'est pas un ayatollah du bio, mais un vigneron tout court qui garde son franc-parler et ne vous pas aux gémonies ses voisins. J'ajoute que j'associe Sylvie Siméoni à cette chronique, c'est à elle que je m'étais adressé lorsque j'avais acquis mes bouteilles de vin de crise.

 

 


Les 3 vins dégustés sont des 2006. Signés Siméoni, le packaging est de belle facture, sobre et de bon goût, une belle ligne avec une aérienne libelulle - liberté et grâce - compagne des jours où l'on fait le vin, qui donne à l'étiquette une profondeur discrète. Si j'insiste sur l'habillage c'est que trop longtemps les bios s'ingéniaient à s'enlaidir, comme s'il fallait coller à l'image, sandales et chemises indiennes, chère aux pèlerins de Katmandou. D'ailleurs Franck Siméoni n'affiche son logo AB que sur sa contre-étiquette. Deux de ses vins sont des St Chinian : Domaisèla, assemblage de 50% Syrah-50% Grenache et L'âme des schistes, assemblage de Syrah-Grenache-Mourvèdre. Selon une tradition bien établie chez Vin&Cie je ne vais pas vous la jouer grand dégustateur mais me contenter de vous faire aimer ces deux vins aux robes pourpre, qui à l'oeil et au nez vous enchantent déjà comme lorsque ayant quitté la grisaille de la ville vous vous lancez au matin sur un circuit de grande randonnée : à nouveau l'envie. Dans la bouche c'est la magie du vin du Sud, puissant mais harmonieux, plus complexe pour Domaisèla, plus éclatant pour L'âme des schistes, du vrai plaisir avec la certitude d'un lendemain qui chante. Reste le petit dernier, le Mas Siméoni, qu'est rien qu'un vin de pays de l'Hérault, un 100% Cinsaut, du fruit, du charme, de la délicatesse, un vin de pique-nique ou du jour où, en rentrant chez vous sur le coup des 11 heures, vous vous offrez une belle tartine embeurrée où vous avez couché de belles sardines à l'huile ou comme ça vous chante chers lecteurs. Pour plus de détails allez donc sur www.domainesimeoni.com

Lionel Boutié est un jeune homme avenant et souriant, il a tracé un X sur l'Ouest de la pancarte Sud-Ouest dont les organisateurs avaient affublé la signalétique de son stand. En effet, notre vigneron au visage sympathique est aussi un bon élève du Pays d'Oc et il est de ceux qui appliquent les grandes visions du Grand Jojo de la Région : Sud de France mêlé subtilement sur son étiquette à South of est son étendard de ralliement. Nous nous saluons et comme de bien entendu nous causons avant la dégustation. Les 40 ha du domaine de Ricardelle de Lautrec, cultivés depuis 4 générations par la famille Boutié, sont situés à Coursan près de Narbonne. La via Domitia, chère au Président de la Septimanie, borde sur une centaine de mètres le domaine. Lionel est de la première génération bio. Dans ma petite ford'intérieur je me disais : " si l'Aude s'y met c'est qu'il y a quelque chose de changé dans le royaume des vins du Midi...". Sur le dépliant de Lionel j'aime bien la phrase : " Voici 4 générations que notre famille cultive la vigne et élabore ses vins selon une juste mesure entre l'oenologie moderne et savoir-faire traditionnel " car elle assume l'héritage dans toute sa diversité. À noter que le logo AB est très discret sur l'étiquette. Passons maintenant aux choses sérieuses : les vins. Ce sont des vins de pays d'Oc. Tout d'abord le rosé, c'est un cabernet-sauvignon sans millésime, très salmon pink colour. Il est très vivace, rafraîchissant, fruité, très vin à déguster à la fraîche avec les tapas et les olives. Le packaging est à l'image de Lionel simple, nature, avec sa petite bête à bon Dieu qui monte en laissant sa trace, bien adapté à l'esprit du vin. Pour terminer, le rouge, la Cuvée Julille, millésime 2007, un 100% Merlot, charpenté, robe rubis profond, audois en diable mais avec ce qu'il faut de finesse, qui vous donne envie d'aller à la chasse aux sangliers pour le déguster le soir, bien fourbu, devant une belle flambée. De la belle ouvrage, élégament habillée et très agréable en bouche. Pour joindre Lionel Boutié c'est ricardelledelautrec@hotmail.fr

 

 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 00:09

Jean Clavel vient de publier un livre :  MONDIALISATION DES VINS - Vins INOQ OU Vins OMC ? aux éditions Féret il était donc normal que Vin&Cie l'espace de liberté le soumette à ses 3 Questions. Ses réponses devraient retenir votre attention et susciter votre intérêt. Dans une chronique du 18 décembre 2007 : Les Clavel : Jean, Maurice et Bernard "la vigne est éternelle " j'ai évoqué cette belle figure languedocienne. Un petit clic sur le lien et vous saurez tout ! Merci Jean pour ta contribution à ma petite entreprise.
 http://www.berthomeau.com/article-14655209.html


1ière Question : Dans l’introduction de votre livre : « Mondialisation des Vins » vous évoquez la réception par votre fils de « poche » de vin argentin de 300 hl transporté par container. En effet, le container, n’est pas qu’une simple boîte de tôle mais l’un des vecteurs physiques de la mondialisation, mais les flux vont dans les 2 sens : l’entreprise Castel, avec les mêmes moyens, transporte via le port de St Petersburg, du vin languedocien pour l’embouteiller dans son unité de conditionnement près de Moscou. Jean Clavel, pourquoi toujours avoir peur de l’intensification des échanges, surtout pour le vin dont la consommation se développe dans de grands pays ? N’est-ce pas là une preuve de notre incapacité à faire des choix pour redonner de la compétitivité (voir ma chronique : Vin français compétitivité en berne) à notre grand vignoble généraliste ? 
 

Réponse :  L’un de moyens techniques de la mondialisation du commerce est le container, résultat d’une rationalisation réussie des transports internationaux, ayant permis un abaissement considérable des coûts, des délais et des risques, sans rupture de charge entre le producteur et le distributeur, étape ultime vers le consommateur ou l’utilisateur potentiel. La France et Marseille, sont  très présent dans ce secteur, avec le Groupe CMA CGM fondé et dirigé par Jacques R. Saadé,  aujourd’hui le troisième armement mondial de transport maritime en conteneurs et le premier français. Fort d’une flotte de 377 navires, dont 101 en propriété, le Groupe dessert 400 ports dans le monde. Il a transporté 7.7 millions d’evp (équivalent vingt pieds) en 2007. Présent sur tous les continents et dans 150 pays via ses 650 agences, le groupe emploie 16 000 personnes dans le monde, dont 4 200 en France. Le système informatique centralisé à Marseille gère directement, par internet, le déchargement et le chargement des navires et connaît la position de chaque container dans chaque navire. Ceux-ci ne stationnent dans les ports équipés de matériels très puissants que quelques heures pour charger et décharger, et font route rapidement. Les chantiers coréens sont spécialisés dans la construction de ces navires dont les derniers modèles peuvent emporter 15 000 evp. La Chine est championne de la fabrication et l’entretien des millions de containers qui circulent dans le monde.

Je n’ai aucune peur ou crainte de l’intensification des échanges dans le monde, le commerce étant le meilleur antidote de la guerre, mal absolue de l’humanité. Mais je souhaite que l’on en connaisse et mesure tous les aspects, en particulier dans la concurrence entre pays dont les systèmes de fonctionnement de leur société sont si différent qu’il entraîne des écarts considérables de coûts de production, destructeurs d’emplois, et donc de vie sociale, familiale, dans nos pays dits « développés ».

Ceci étant, la part du commerce international des vins, par rapport à la récolte mondiale augmente sans cesse, et la concurrence  entre pays producteurs du nord et du sud, en est facilitée aussi. Le marché des vins français est relativement protégé contre cette concurrence, les vins étrangers ne représentant que quelques % de la consommation, mais cette situation pourrait évoluer rapidement, en fonction de politiques de communication plus dynamiques  vers les consommateurs plus jeunes (exemple les scénarios de  films mettant en scène le vin aux USA) 

Pour les vignerons français le seul développement possible est l’export vers les pays dont la consommation augmente, mais nous avons des progrès collectifs à faire dans l’organisation de la viticulture, et des freins administratifs considérables existent. L’exemple réussi de réforme vers la mondialisation est l’Espagne, qui a totalement décentralisé la politique viticole dans les régions, l’a libérée de certains carcans, et la protège contre les excès des ayatollahs de la santé publique, choses que nous ne savons pas faire. Le centralisme français continu de faire des ravages, on le constate dans la mise en place du système des bassins de production, dont l’objectif était de permettre les décisions plus près de la production, chose impossible dans l’état actuel.

 

 

2ième Question : Vous écrivez, cher Jean Clavel : « Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives sont (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté… » Sans vouloir vous contredire, à la condition que les coopératives se recentrent sur leur métier de base : faire le vin, que la capacité de résistance et de rebond de notre viticulture est bien supérieure à celle d’une viticulture essentiellement capitalistique plus soumise aux caprices de la rentabilité immédiate ? Le refus obstiné de certains dans votre beau pays d’ouvrir un réel « espace de liberté » piloté par les metteurs en marché n’est-il pas plus meurtrier que les menaces des grandes wineries du Nouveau Monde ?

 

Réponse : Je vis au plus près de la production, tout en actualisant ma connaissance des marchés européens et mondiaux. Une partie de la viticulture française en coopérative et en cave particulière, constituée de TPE connaît des difficultés croissantes car elle est inadaptée au phénomène mondial, dont les compétiteurs sont des industriels ayant une puissance d’adaptation des produits, de communication et de marketing  sans limite, à l’exemple de Pernod Ricard, qui ambitionne de devenir le N° 1 mondial.

Dans le sud de la France, Languedoc-Roussillon, Vallée du Rhône, Provence, la coopération viticole représente plus de 50% de la production, 70% en LR. Ce système a accumulé un retard considérable sauf exceptions notables. Le système de gestion est en général obsolète, les adhérents vieillissants, les décisions longues à prendre, quand elles se prennent, souvent trop tard. La gouvernance de cette filière n’a pas la capacité de construire un avenir collectif. Je suis profondément attristé lorsque je constate la faillite (n’ayant pas peur des mots) de certaines caves coop importantes, qui avaient apparemment tout pour réussir, un terroir reconnu, des produits satisfaisants, le plus important employeur du village, et qui, subitement, n’ont pu accueillir la récolte 2007. Les demandes d’arrachage subventionné explosent et le prix du foncier s’effondre, c’est une réalité de tous les jours. Et l’OCM  2008 qui  libéralisera la plantation de vignes dans toute l’Europe donne une dimension nouvelle à cette problématique. Certains terroirs sont encore protégés!!! Quelques initiatives de fusion absorption de caves permettant la naissance d’unités à la technologie moderne, permettant l’abaissement des coûts de production, et la conclusion d’accords partenariaux avec des négociants exportateurs, aux marques dynamiques. Elles sont encore trop rares.

J’ai le sentiment qu’en dehors de quelques secteurs à la prospérité affirmée, Champagne, GC bordelais, Grands Bourgognes, Alsace,  et quelques secteurs à l’exemple de Châteauneuf du Pape, ou dans le Val de Loire, le reste de la viticulture française subit la mondialisation. 20% des vignerons en cave particulière ou en cave coopérative, (en dehors de ceux  qui sont cités ci-dessus) bénéficient de marchés de niche rémunérateurs et durables. Tous les autres doivent rechercher des solutions, soit individuelles de sortie du métier, soit collective d’adaptation

 

 

3ième Question : Vous avez été, Jean Clavel, en pointe de la contestation en ce qui concerne les réformes de l’INAO que vous jugez bureaucratiques et non concertées. Pourquoi ? Que fallait-il faire ? Ne rien faire ! En France le cartel des non a-t-il toujours le dernier mot ? L’INAO des origines est-il mort ?

 

Réponse : Je suis désolé de constater que cette réforme, sous certains aspects indispensable, est très mal partie, mal engagée, politiquement imposée, sans études préalables, sans consultation, sans concertation en dehors d’un petit groupe de présidents parisiens coupés de leur base, sans cohérence avec les réformes OCM de l’Union Européenne, sans tenir compte des engagements à l’OMC à Genève, ni des accords UE/USA sur les pratiques œnologiques. On commence à se rendre compte des blocages multiples que la complexité technocratique du système provoque. Ce que j’espère, c’est que l’habileté manœuvrière des administrations d’exécution  au plan local ou régional, évitera le blocage des activités de mise en marché, sur le marché national et l’export, et qu’on arrivera à lisser les augmentations de coût entraînées par la multiplication des structures administratives. Mais la démotivation des personnels d’exécution des services régionaux  et locaux lorsqu’ils constatent l’incohérence, l’irréalisme, le désordre, l’absence de réponses pratiques, dans les procédures de mise en place de la réforme, est un facteur d’aggravation des difficultés.

Nous étions quelques uns a en avoir anticipé l’importance, dont nous pressentions les causes, ayant, à la fois, une connaissance  des fondements juridiques, des pratiques administratives , de l’histoire viticole du pays dans ses aspects d’organisation, et de relation avec les pouvoirs publics, et des conditions d’exécution sur le terrain.

 L’Espagne nous donne des leçons dans ces domaines car elle a appliqué de façon pratique et dynamique pour la production et la mise en marché, aux plans régionaux, les mêmes directives européennes qui ont servi de fondement à la réforme INOQ française. Mais le centralisme français triomphe, encore, malheureusement toujours….

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 00:05

Ferdinand, planté face à moi, tel un ange exterminateur enveloppé dans son grand tablier blanc, me contemplait avec un étonnement mêlé de commisération. Je pleurais en silence des larmes tièdes et dodues qui s’accumulaient en une petite mare gluante sous mon nez avant de s’égoutter sur la page grisée de mon journal. Gabrielle Russier, la suicidée par le gaz, avait trente-deux ans, Christian Strossi son élève en seconde au lycée Saint-Exupéry de Marseille, juste la moitié. Dans l’effervescence du mois de mai 68, ils se sont aimés et, les imprudents, devenus amants. Gabrielle est divorcée, mère de deux enfants, promise à un bel avenir à l’université d’Aix, où la mère de Christian est titulaire d’une chaire, elle a craqué pour ce beau jeune homme bien plus mûr que les autres. En ces temps obscurs, que tout le monde a oublié, pour être majeur il fallait passer le cap des 21 ans, les parents de Christian, de « gôche », libéraux, ont porté plainte pour détournement de mineur. Qu’était-ce pays qui pouvait me faire conscrit à 18 ans, m’envoyer à la guerre – moi j’avais échappé au djebel, mon frère non – me laisser entrer à l’Université à l’âge de Christian et m’interdire d’aimer, de faire l’amour avec qui bon me semble ? Quel crime avait commis Gabrielle pour être jetée, pour 8 semaines, à la fin du printemps 69, dans une cellule sordide de la prison des Baumettes ? Aimer un grand jeune homme, qui aurait pu être moi, c’est tout, alors qu’en ces temps gris, Papon fut, lui, le préfet de police de Paris, le Ministre du Budget du madré de Montboudif, avec du sang sur ses belles mains d’administrateur impitoyable. Crime suprême, leurs corps s’étaient mêlés, enflammés, Christian avait empli cette vieille femme de sa jeune sève. Ils avaient jouis. Condamnée, le 12 juillet – mon jour anniversaire – à 12 mois de prison avec sursis et 500 francs d’amende, le Parquet jugeait la condamnation trop faible et faisait appel a minima, et Gabrielle ouvrait le 1er septembre le robinet du gaz. Exit la femme de mauvaise vie, celle qui avait détourné l’innocence vers les infâmes plaisirs de la chair. Bouclé dans une maison de repos par les psychiatres de service, Christian, lui, grâce à la protection de ses parents, allait enfin voir s’ouvrir une sacré belle vie.

 

 

À peine moins d’un an après le raz-de-marée des élections de juin 68, la France honteuse de ses faiblesses au temps de Vichy venait, en abondant les voix de la gauche rancie et celles des collabos de Moscou, de foutre de Gaulle dehors. Le grand trublion, avec ses histoires de grandeur de la France, son indépendance nationale et ses velléités de participation, laissait la place et les manettes à ceux qui allaient s’employer à dilapider son héritage pour mieux s’enrichir. Pourtant, lorsque le 22 septembre, notre normalien de Président, questionné par Jean-Michel Royer, sur ce qu’il était maintenant de bon ton d’appeler « l’affaire Russier », allait convoquer Paul Eluard pour jeter un étrange voile sur Gabrielle, délivrer, une brève et ambiguë, oraison funèbre : «  Comprenne qui voudra… » lance-t-il. En exergue de son poème, Eluard a écrit : «  En ce temps-là pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait jusqu’à les tondre. » Pompidou était prévenu, du poème d’Eluard filtre une émotion poignante :

 

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont des morts pour être aimés                 

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

 

Pompidou, bien sûr ne le cita qu’en partie, et avec quelques approximations, mais sa compassion me parut étrange et théâtrale, car Gabrielle n’était pas une « fille galante » mais une femme sacrifiée sur l’hôtel des bien-pensants.

Si vous souhaitez écouter ou réécouter Georges Pompidou cliquez sur ce lien :
http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I00006240/pompidou-cite-eluard.fr.html

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 00:01

 

 

 

 

 

 

Chère vous,

 

L'inoubliée et l'indomptée,

 

l'une pourrait-être ma compagne et la seconde ma fille,

 

mais la première vit en Patagonie avec l'homme de sa vie et vous, Anna, qui venez d'être mère, au a minuscule près, vous portez le même prénom que celui de la mère de mes petits-enfants Martin et Zoé.

 

Vous faites toutes les deux les actrices.

 

Dominique avoue : « j'ignorais mon souhait d'être actrice quand Robert Bresson m'a appelée pour être Une femme douce après m'avoir vu dans Vogue. »

 

Ce que vous, « la trop belle » Anna, au dire de Brian de Palma, confirmez : « c'est le hasard qui vous mène dans ce métier ». Anne-Cécile, ma fille, elle aussi est tombée dans le cinéma par hasard, celui d'une rencontre, et la voilà avec son mari, productrice : Mille et Une Productions, avec comme fleuron le dérangeant Cauchemar de Darwin.

 

Pour la petite histoire –  la grande avec un grand H n'a pas de chair –  j'ai dîné, lors d'un festival d'Avoriaz, face à Dominique, alors que vous Anna je n'ai jamais eu le plaisir de vous croiser alors que vous chevauchiez votre scooter et moi, mon vélo.

 

Comme le cinéma « était une rupture avec sa famille » changer de nom, pour Dominique, était « naturel », alors «  Sanda est venu tout de suite. Je voulais être DS, et avoir un nom doux, qui sonne comme une note de musique. »

 

Le vôtre, Anna, on se prend les pieds dedans facilement, et pourtant vous n'en avez point changé, ce qui ne m'étonne pas de votre part car, en dépit de votre sourire  « à faire craquer un blindage de sept pouces » votre tempérament ne vous incline guère aux concessions, alors va pour Mouglalis et ceux qui ça dérange n'auront qu'à prendre des cours de diction au Conservatoire.

 

Très vite, l'une comme l'autre, la notoriété vous est tombée dessus très vite ; pour Dominique ce succès lui était « quasiment insupportable » alors que vous, « l'éperdue de beauté brute », acceptez de devenir l'égérie de Chanel et de vous faire couvrir de fleurs par l'envahissant Lagerfeld.

 

« Par définition, les actrices projettent des images qui ne sont pas elles... » se défend Dominique Sanda mais, pour vous deux, par-delà votre jeu, hors de nos phantasmes masculins ou de notre imaginaire, ce qui m'émeut, me trouble, c'est qu'au-delà des personnages que vous incarnez sur l'écran vous me semblez, comme le dit si bien Dominique, n'aimer que les gens qui savent « exister en apesanteur » car vous-même êtes des éthers, impalpables, insaisissables, à la fois grisantes et froides.

 

Assonances et dissonances, intellectuelles et charnelles, fiévreuses et tragiques, silencieuses et lointaines, pour moi vous vivez pleinement, sans trop de concessions, parce que « la vie à cette saveur qui fait qu'on n'a pas envie de la perdre. » Entre la Dominique Sanda du Jardin des Fizzi Contini et l'Anna de Merci pour le chocolat se tisse le même lien d'éternelle jeunesse, privilège unique du cinéma. Entre l'inoubliée et l'indomptée, par-delà vos différences, se dresse la même solitude altière qui me plaît.

 

C'est le privilège de mon âge que de pouvoir garder, et la fraîcheur de ses souvenirs de jeune homme, et la fougue d'un vieux jeune homme adepte de la diagonale du ouf, alchimie merveilleuse, loin des embûches de l'amour, de ses toujours, pure esthétique me permettant de vous écrire, en toute liberté, en toute sincérité ces quelques mots que, sans doute, jamais vous ne lirez chère Dominique, chère Anna.

 

En ces temps où tout s'achète et tout se vend, mon acte gratuit me donne le doux privilège de pouvoir vous embrasser avec volupté très chères vous, si proches et si lointaines.

 

Jacques

 

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 00:06

 

 

Les français connaissent quasiment tous le très médiatique BHL – le père de Justine, écrivaine à la plume assassine dans «  Rien de grave », sauf pour celle qui en prenait plein son grade à l’époque, en 2005, avant de prendre du grade récemment dans le 9ième arrondissement et l’époux de la sulfureuse Arielle Dombasle – mais peu d’entre eux peuvent mettre un nom sous les initiales BGO et pourtant, sous elles – si je puis m’exprimer ainsi – repose la somptueuse hiérarchie d’une de nos plus prestigieuse Appellation d’Origine Contrôlée. Je sens que vous en avez le souple coupé, bouche bée je me doute que vous allez me demander de vous éclairer. Bon prince, comme je ne suis pas un grand expert Aoesque, je vous livre la définition d’un éminent chroniqueur, couvert de lauriers, lui, Olif. Qu’est-ce qu’il dit l’Olif ? Il dit que le « Bourgogne Grand Ordinaire. BGO ! 3 initiales quasiment infamantes ! 250 ha de production, du Lyonnais jusqu’au Yonnais, une AOC régionale depuis 1937, dans laquelle le Gamay se taille la part du lion, en association avec le Pinot noir, voire le César ou le Tressot dans l’Yonne. Les blancs, quant à eux, peuvent comporter de l’Aligoté, du Chardonnay, du Pinot et, dans l’Yonne » Sur le site Version Vin 100% Bourgogne je lis : « Les appellations BOURGOGNE GRAND ORDINAIRE et BOURGOGNE ORDINAIRE (cette dernière désormais inusitée) ont été instituées en 1937. Elles s'inspirent d'une dénomination fréquente dans le passé. On parlait de « vins de grand ordinaire » pour la bouteille dominicale, ou de « vins d'ordinaire » pour tous les jours. Ils sont rouges, blancs et rosés, au sein de l'aire d'appellation BOURGOGNE. La particularité du Bourgogne Grand Ordinaire (comme l'on dit familièrement) est de faire quelques fois appel à des cépages en péril dont il assure l'utile pérennité. Clairet peut remplacer le mot rosé. » Et d’ajouter la liste des « Communes de production : - Département de l'Yonne : 54 communes - Département de la Côte-d'Or : 91 communes - Département de Saône-et-Loire : 154 communes »

 

Bon si je comprends bien, vu avec le regard d’un esprit simple comme le mien, dépourvu de malice, avec le gamay du Beaujolais, du Beaujolais tout court, on peut faire du Bourgogne. Que les parigots têtes de veau  l’ignorassent me semble dans l’ordre des choses, mais de mauvaises langues me disent que, même à Dijon, beaucoup de gens qui comptent l’ignoraient aussi.  Et comme si ça ne suffisait pas à notre trouble évident voilà t’y pas que Ribaud dans le « Monde », se fend d’un titre ambiguë à souhait : «  Un Beaujolais bourguignon ». Le pavé dans la tassée, notre Ribaud y va de bon cœur : « Avant de revendiquer son autonomie, le Beaujolais appartenait à l'entité bourguignonne, comme la côte chalonnaise ou le Mâconnais. Peut-on à nouveau fusionner l'interprofession bourguignonne et beaujolaise ? L'emploi de cépages bourguignons (pinot noir et chardonnay) en Beaujolais est autorisé.
Rien n'interdit aujourd'hui aux vignerons du Beaujolais, si ce n'est l'identification de terroirs propices, de remplacer le gamay par les deux cépages bourguignons ou de planter du gamaret, un cépage d'origine suisse, issu du croisement entre le reichensteiner et le gamay, qui devrait, dès cette année, être proposé en "vin de pays des Gaules". On discute même actuellement de l'appellation sous laquelle certains vins issus des terres du Beaujolais pourraient être commercialisés : côtes de Bourgogne ou coteaux bourguignons. » Des vases totalement communicants donc, une belle zone d’assemblage donc, un petit air d’espace de liberté qui me fait penser à une petite musique pas très populaire dans la région.


Là, j’me dis, mon gars y’a le feu au lac, alors, vite, je me jette sur mes sources. Qu’y lis-je ? Exit notre bon vieux BGO, là-dessus tout le monde est d’accord, c’est ensuite que commence l’embrouille. On me dit que – pour une fois je ne me mouille pas – du côté de la Bourgogne : « la production et une partie du négoce, milite en faveur de « coteaux bourguignons » tandis qu’en Beaujolais on penche du côté de « Côte de Bourgogne ». Le président du BIVB, Michel Baldissini, pense que cette dernière appellation risque de faire de l’ombre à notre appellation Bourgogne » alors que son alter ego du Beaujolais, Ghislain de Longevialle maintient qu’il faut que le nom Bourgogne apparaisse. Sous cette guerre du nom se cache des enjeux économiques bien sûr. Si j’ai bien compris, du côté bourguignon on craint « l’augmentation de volume » et on voudrait que la partie beaujolaise du socle se limite aux neufs crus de cette appellation, alors que la partie beaujolaise souhaite pouvoir produire sur l’ensemble de son aire. « Nous n’hésiterons pas à traiter le différend sous l’angle juridique. On ne peut faire fi du passé » Y’a pas de doute y’a rien de mieux que les prétoires pour accoucher d’une décision qui satisfasse le plus grand nombre.


Même si mon grain de sel n’intéresse personne je vous le délivre quand même. Moi je trouve que Grand Bourgogne Ordinaire c’était beau comme une belle journée à la campagne, panier d’osier, nappe à carreaux, poulet froid et cornichons, verre à moutarde en duralex, limonade et vin qui chante et réjouit les cœurs… Alors, pourquoi diable vouloir inventer une nouvelle appellation, comme si le nom, comme l’habit, faisait le moine. Illusion bien française, ce qui compte pour le buveur – oui, oui, j’écris le buveur, et non l’amateur – c’est que le nectar qu’on lui propose soit à la hauteur des ambitions qu’il affiche. Alors, comme de nos jours, on ne croise que de l’extraordinaire, que des grands millésimes, que de purs extraits de terroir, que de belles bouteilles affriolées, que des œuvres d’art au prix du caviar, que de la petite ouvrage cousue main, se revendiquer Grand Ordinaire c’est se différencier. Faire un pied de nez à la pensée unique. S’affirmer tel qu’en soit même, pas bégueule, sympathique en diable, bourguignon quoi ! Garder ses origines, les revendiquer avec simplicité, c’est dans notre grand village mondialisée un must qu’il ne faut se garder de galvauder

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 00:04
 
Comme vous le savez, ma petite liberté de ton, mon impertinence acidulée, mon goût immodéré de n’être jamais là où certains voudraient me cantonner pour m’étiqueter, ma légèreté blâmable, ma coquetterie, mon côté je ramène ma science sur tout, ma façon de me vêtir, de me comporter, d’écrire, d’aimer les femmes, ma manière d’être en général, mon inoxydable capacité de croire au triomphe de l’intelligence, mon statut d’ex-soixante-huitard « non révisé » qui dit assumer ses contradictions, mon long passage dans les lieux de pouvoir, mon fichu rapport qui n’en finit pas d’exister, et toute une cotriade d’autres travers, exaspèrent un panel très hétéroclite de gens. Qui puis-je ? Rien ! À mon âge on ne se change pas mais, comme je n’en tire aucune gloriole et que je ne cultive pas ma différence, ce matin, permettez-moi de vous confier le pourquoi de cette insoutenable façon d’être.
 
Je vous fais grâce des traditionnelles explications puisées dans les molles sciences que sont la psychologie et la sociologie et, bien sûr je ne m’aventurerai pas dans l’univers impitoyable des cliniciens. Pour moi, c’est tout simple, le seul et unique responsable de mon état : c’est mon vélo ! D’où la répartie immédiate de ceux que j’exaspère : « On vous l’avait bien dit, ce type à un petit vélo dans la tête » dont j'aurais pu m’emparer derechef pour en faire le titre de cette chronique. Et pourtant, ce que je vais écrire à propos de mon vélo et sur son rôle éminent dans ma façon d’être est frappé au coin du bon sens, et surtout, riche d’enseignements pour tout ceux qui croient qu’il faut défendre notre art de vivre, alors qu’il suffit tout bêtement de vivre.
 
À mon arrivée à Paris, deux évidences s’imposèrent à moi : vivre dans Paris, c’est-à-dire y habiter, et m’insérer dans les plis de cette ville, en clair aller et venir en toute liberté. Très vite, pour vivre ma ville, bien la connaître, la découvrir, la sentir, il me fallait l’investir à l’air libre, donc marcher – la mode des rollers dans les années 70 n’avait pas encore touché les urbains – ou pédaler. J’ai commencé par marcher : un petit matin d’un samedi de printemps j’ai même plongé dans l’étrange saignée de la Petite Ceinture. Et puis un jour, lorsque j’en ai eu les moyens, j’ai fait l’acquisition d’un vélo de ville : un grand tout noir hollandais, un Royal Batavus, trois vitesses au moyeu, freinage par rétropédalage, chaîne carénée, selle Brooks, le nec plus ultra, indestructible : pour preuve il est toujours là, fringant, vaillant, admiré de tous. Choix de vie, autonomie et liberté, ce fut fondateur.
 













À vélo, dans la ville, hormis que pour y survivre face à la horde motorisée – qui ces dernières années avec le boom des scooters est devenue quasi-sauvage – et l’indiscipline des piétons, on apprend la civilité et le calcul de la bonne trajectoire en partant du principe que pour les maîtres de la chaussée, les impérieux à moteur, le cycliste est un importun. Comme me le faisait remarquer finement, lors d’un déjeuner en ville, le gros Gérondeau, passé de la Sécurité Routière au tout pour la bagnole – c’est plus juteux – « le vélo n’a pas sa place à Paris… » L’est vert le Gérondeau avec le succès du Vélib mais ça ne l’empêche pas de vociférer contre l’arrogance des néo-cyclistes qui, entre nous soit dit, sont assez cons pour mettre leur vie en danger et, en plus, de faire réélire Delanoë. Même Bernard Arnault s'y met, chez Louis Vuitton les abonnements à Vélib (29 euros/an) sont pris en charge par la maison.
 
Dans la ville les « sauvageons » en col blanc sont légions : sus aux feux rouges, pas de rémission, la rue est aux astucieux insoucieux des règles du code de la route et de la bienséance, insultes, bras d’honneur, même ces dames s’y mettent. Mon drame c’est que ce sont eux qui donnent le la : le néo-cycliste est trop souvent un automobiliste à vélo. Les gardiens de l’ordre, eux, majoritairement automobilistes dans l’âme, sont beaucoup plus préoccupés par la fluidité du trafic, la verbalisation aveugle mais juteuse, le rodéo hurlant, que par la protection des usagers les plus faibles. La rue c’est la jungle, le vert en moins, les gaz d’échappement en sus ! Reste, les derniers aristos du vélo, dont je suis, soucieux de leur vie et de celle des autres, qui survivent dans cet univers impitoyable.
 
Alors, certains d’entre vous m’objecteront qu’il faut être fou pour persister dans cet exercice où l’on risque de finir sa vie sous les roues d’un Cayenne rutilant. J’en conviens mais ranger définitivement mon fier destrier dans sa sombre écurie ce serait pour moi déjà mourir un peu. Pour moi faire du vélo de ville en ville – les dératés en VTT et combinaison moule-bite ne font pas du vélo, ils pédalent – est un exercice vital. En effet, enfourcher ma monture c’est brûler mon stress, être ponctuel, admirer le lever du soleil en traversant le pont Royal, réfléchir, décanter ma pensée, repérer les nouveautés des vitrines, mater les filles, sourire aux jolis femmes, indiquer leur chemin à des américains, s’arrêter boire un verre à une terrasse, faire ses courses, narguer la maréchaussée en train de débiter des PV, bronzer, chanter, bavarder aux feux tricolores avec d’autres vélocipédistes, flâner, garder la ligne, être border line au resto avec le picolo mais pas trop, porter une brassée de fleurs sans me prendre pour le roi de la pédale, faire un saut chez le boucher sans râler, découvrir des rues inconnues et des inconnues tout court, écrire une chronique sur son blog, bref concilier l’utile à l’agréable.
 
Vivre quoi !
Bateaux-et-Sexe-020.jpg Vélo Bling Bling by Chanel 8900 euros pièce. Philippe c'est ça le luxe des nouveaux riches...
   
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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 00:03

Puisque mes amis de Sève l'affirment : leur bébé est l'enfant naturel de René Renou et de moi-même, je suis disposé à entamer une reconnaissance de paternité. En effet, j'ai toujours rêvé d'être le père d'un enfant naturel car, comme vous le savez peut-être, alors que dans le cas d'un enfant légitime la présomption " pater is est..." s'applique : le père de l'enfant est le mari de la mère (art.315 du Code Civil) dans le cas de l'enfant naturel il faut le reconnaître. René ayant tiré sa révérence un peu trop tôt à notre goût, je suis donc le seul à pouvoir effectuer les démarches. Je le fais avec plaisir car cet enfant, sans mère connue, mais pourvu de deux pères qui partageaient le même goût pour le débat, la même passion de convaincre, doit être doté d'un solide tempérament. Bien sûr, certains objecteront que René, lui,  était un sage, un vrai défenseur du terroir, un pur vigneron en nos appellations, alors que moi, je ne suis qu'un plumitif apatride, qu'un mondialiste forcené non agréé par la CNAOC, qu'un gars pas très sérieux tout compte fait. Ben oui mais les lois de la génétique sont telles qu'avec un tel bagage l'enfant ne peut-être qu'un génie. Bref, trêve de plaisanteries, la parole est aux vignerons de Sève.

Une des dernières photos de René Renou en compagnie de membres de Sève... 

1ière Question : SEVE c’est quoi ? SEVE c’est qui ? Un groupuscule de vignerons intellos rêveurs ? L’aile marchante des tenants du retour aux sources de l’AOC ? Les mouches du coche enlisé des « conservateurs des droits acquis » ? Une confrérie de doux naïfs que l’on mène en bateau ? D’où venez-vous ? Qui êtes-vous ? Où allez-vous ? Dites-nous tout gens de SEVE !

 

 

 

Réponse :Par provocation j'aurai tendance à dire que Sève est l'enfant naturel de Jacques Berthomeau et de René Renou, de cap 2010 et de la réforme de l'agrément des AOC ! Mais plus sérieusement des vignerons – c'est d'ailleurs notre point faible parce que nous sommes très « pris » par notre métier de vigneron et que nous ne sommes pas des « professionnels du syndicalisme viticole » - des vignerons donc qui, suite aux conseils d'un Jacques Berthomeau ou de René Renou, ont réinvesti leur syndicat d'appellation pour faire entendre une autre voix, moins corporatiste dans certains cas – et on nous le reproche assez – plus élitiste dans d'autres parce que nous pensons par exemple qu'un segment AOC qui représente plus de 50% des vins français est une aberration !
Nous ne souhaitons surtout pas être une secte ou une chapelle, chose fort courante dans le monde du vin et en particulier dans une période où un grand nombre de repères ont disparu. J'aurais tendance à dire également que ce « club » est animé par des producteurs de toutes les régions viticoles françaises qui ne veulent pas dissocier réussite économique et vie collective au service de leur appellation ! Enfin on peut aussi considérer qu'il s'agit d'un groupe de vignerons européens parce que cette conception est partagée par des vignerons italiens, espagnols, portugais, allemands qui pensent que la viticulture de terroir est un humanisme ou pour le dire autrement qu'il ne peut y avoir de viticulture de terroir qui ne soit durable à moins tout simplement qu'on imagine, longtemps encore, prendre les consommateurs pour des imbéciles et le terroir pour un piège à cons !

 

2ième Question : Certaines personnes bien informées, comme on dit dans les antichambres du pouvoir, affirment que nous entrons à nouveau dans une ère de grande glaciation des AOC, que la réforme engagée ne changera rien aux questions de fond, qu’elle n’est qu’un leurre, que toute la pesante mécanique mise en place va coûter cher pour un résultat mineur, que la catégorie des vins sans IG issue de la réforme de l’OCM va devenir le bassin déversoir des excédents des AOC, j’en passe et des meilleures… Beaucoup de bruit pour rien ou le début d’une ère nouvelle, que pensent les « réformateurs » de SEVE du processus engagé ?


Réponse

 

: Nous pensons que la réforme en cours était une opportunité à saisir parce qu'elle introduisait la notion de contrôle indépendant – les vignerons, enfin, n'étant plus juge et partie – et parce qu'elle permettait d'intervenir dans les contrôles en amont, sachant qu'à ce jour nous continuons en France à produire des vins dont nous attendons la réalisation pour se poser la question de savoir s'ils sont aptes ou pas (à exister) et aptes à quoi (à quel marché) . La réforme introduisait donc une « philosophie » nouvelle, le respect des conditions de productions devait garantir la qualité du produit, le produit étant à priori conforme et son contrôle en tant que tel aléatoire.
Malheureusement les tenants et défenseurs de la « typicité », notion creuse au contenu scientifique approximatif

, menacent les côtés positifs de cette réforme : Sève dès 2005, avec le concours de l'INAO, du prof. Mac Leod, de Marc Danzart, de Dominique Valentin, etc., de l'INRA d'Angers (travail d'Yves Cadot) ont démontré la vanité de la détermination scientifique de la définition du terroir par la caractérisation organoleptique du produit d'une part et l'approximation inévitable de l'utilisation du goût comme outils de contrôle d'autre part ! Mais rien n'y fait le formatage de l'industrie agro-alimentaire est en marche ! En fait la viticulture ne veut pas de vrai contrôle en amont et préfère en rester à un contrôle produit « bidon » donc sans conséquence sur la « qualité » de la production ; cette conception « irresponsable » de la production est fortement ancrée dans les mœurs et donc très difficile à faire évoluer : « nous on produit à vous de vous « débrouiller » pour vendre »!

 

3ième Question : Dans l’hypothèse où la dérive des grands territoires d’AOC perdurerait, que le retour aux sources de l’AOC pour lequel vous militez depuis presque 10 ans serait étouffé sous le poids des conservatismes, qu’on se contenterait d’une simple cosmétique des textes, qu’envisagez-vous de faire ? D’après-vous est-il possible de peser dans les débats hors des organisations traditionnelles ? Le risque de voir s’exacerber l’antagonisme un peu factice entre une viticulture « artisanale » vertueuse et une viticulture « industrielle » néfaste pour le vin à la française n’est-il pas le seul résultat que nous allons récolter au terme de la période Cap 2010 ?

 

Réponse : Ce comportement est d'autant plus regrettable que la réforme accompagnée d'une segmentation ou hiérarchisation intelligente aurait permis de répondre aux besoins et aux attentes des vignerons qui au sein même de leur entreprise avaient besoin des deux mouvements, mouvements de libéralisation des conditions de production pour le plus grand nombre de cas et mouvement de renforcement des contraintes de production pour essayer, pour tenter de cerner ce qui pouvait permettre de révéler le lien au terroir, partant du principe qu'en ce domaine rien n'était acquis mais tout à prouver, si je puis dire.

Ce qui a faussé beaucoup de chose dans le monde viticole, c'est le fait que nous vivons une période où les gourous sont roi : ni Dieu, ni Maître comme dirait l'autre, mais le problème c'est qu'en l'absence des deux, les chapelles sont pleines et la part laissée au doute de plus en plus étroite; or on ne fait pas du vin avec des idées et des dogmes mais des raisins différents chaque année et c'est ce qui fait l'intérêt de ce métier .

Le lien au terroir personne ne sait ce que c'est ! J'espère en avoir l'intuition, l'appréhender mais le mettre en équation : que dalle ! Ce métier demande un minimum de modestie que tous, à part quelques très grands comme Aubert de Villaine ont perdu. La seule chose que je sais, chaque année, face à la vendange c'est que je ne sais pas grand chose et que je vais essayer de comprendre ce qui s'est passé, ce qui va se passer demain : le doute est au coeur du métier ; si on arrête de se poser des questions dans ce métier alors il faut en changer ! on a voulu faire croire, les journaleux, les flatteurs de tout poil, que ce métier était un métier de seigneur ! Tu parles ! C'est un métier d'esclave au sens où la «  grande Simone » l'emploie en évoquant les paysans portugais ! 
Je parle bien sûr de ceux qui continuent à faire du vin chaque année, chaque année différente un vin différent qui a des choses à dire, à raconter sur l'année passée. Il y a bien longtemps qu'on ne fait plus de vin à B. puisque chaque millésime est celui du siècle ! À B. aujourd'hui on fait du pognon, on spécule, on fait des affaires ! du vin ça se saurait et ça se boirait ! Ce vin là d'ailleurs ne se boit plus, il se stocke dans des galeries à l'abri des regards, à l'abri des gorges chaudes, c'est un produit froid stocké en caisse de douze au fond des galeries chez Legrand au Chemin des Vignes dans des cimetières à vin, plus personne ne sait qu'ils sont là, ils sont oubliés, la famille ne les attends plus, souvent elle ne connaît même pas leur existence ! C'est terrifiant cette histoire. Certains de tes lecteurs ne me croiront pas ! Je connais un caviste à Lyon qui m'expliquait qu'aujourd'hui quand il vendait des « grandes bouteilles » il voulait les ouvrir avant de les vendre pour être sûr qu'elles soient bues et ne terminent pas dans le coffre d'une banque !!!

Certains penseront que je m'énerve ; pas tant que ça, je veux simplement dire au consommateur de vin, ceux qui en boivent , ceux qui aiment ça – j'en fais partie et je n'aime que les « petits » vins, les « grands » m'emmerdent sauf ceux qui ont la délicatesse d'être discret, de ne pas se faire voir, d'arriver en douce, sans se montrer- je veux leur dire qu'il est des vignerons qui en ont assez, assez de toutes les bêtises, de tous les mensonges qu'on leur raconte sur le vin. Sève est né aussi de ça, du fait qu'en 2007 comme en 1907 la fraude et le cinoche sont au coeur du dispositif et qu’il faut que cela change !

Pour revenir à la réforme je pense qu'il ne faut pas opposer viticulture artisanale et viticulture industrielle parce qu'il est des producteurs de grandes structures qui sont intègres et font de très beaux vins avec plus de rigueur et d'exigences que des Châteaux où les grands crus n'ont pas grand chose à voir avec une expression de terroir ; le terroir est une donnée nécessaire mais pas suffisante, comme la partition qui n'existe que par le musicien qui la joue, ou qui la massacre ! Malheureusement nous allons devoir envisager, pour ceux qui veulent continuer à faire des vins qui auraient une intimité avec leur terroir, de mettre en place d'une façon libre pour le vigneron mais lisible pour le consommateur une ébauche de garantie : je revendique le désir, la volonté de rechercher ce lien, je me mets dans les conditions que je crois être les meilleures pour exprimer ce que peut être le terroir ! Je garantis non pas une fin inaccessible mais des moyens mis en œuvre pour tenter d'y arriver! Je n'en suis pas sûr mais je m'autorise à penser que l'addition de certains comportements – la réalisation d'une bouteille ce sont des milliers de gestes de la naissance de la vigne à la vinification dans la cave – oriente le vin dans l'expression d'une chose ou d'une autre et j'ai la conviction que si je plante de la vigne à n'importe quel endroit en utilisant le maximum de technique et d'intrants, il y a un rapport entre la fin et les moyens ou plus exactement, que plus il y a de moyens plus il est difficile de saisir la fin !

Le philosophe Jacques Ellul a écrit des choses superbes là-dessus et je reste persuadé que nous vivons une époque où nous avons plus besoin de philosophes que de techniciens. Ce n'est pas une question de refus de la technique et de la modernité, c'est le problème posé par le lien entre la technique utilisé et son influence sur le produit lui-même parce qu'il y a un lien entre l'un et l'autre, et je vais prendre un exemple simple : je vinifie dans une région où il existe une technique ancienne qui consiste à élever les vins au soleil afin qu'ils « ranciotent ». Et bien cette technique a une telle influence sur le produit qu'elle gomme totalement l'effet terroir c'est à dire que si tu prends un Banyuls et un Maury jeune et non oxydé tu vois la différence entre les deux vins alors que sur les mêmes vins ranciosc'est impossible parce que l'oxydation l'emporte sur le reste et modifie complètement le produit.

La question que nous posons à Sève, c'est qu'en l'espace de quarante ans les techniques à la vigne et à la cave ont beaucoup évolué et cela a forcément une influence sur le vin et le lien du vin avec son terroir. Il n'y a pas de techniques mauvaises en soi, il y a simplement la nécessité de poser la question : est-ce que l'utilisation des « nouvelles techniques » ne nous a pas éloigné de l'effet terroir et n'a pas uniformisé le style, le goût de nos vins ? Quel est notre capacité à accepter le « défaut » du terroir puisque par définition le terroir c'est l'acceptation de la différence, de l'exception ! Quelle est la place dans une société mondialisée, uniformisée pour des vins qui sont le résultat d'une histoire particulière dans des lieux difficiles avec des hommes et des femmes qui ont su garder une certaine originalité, particularité et qui se permettent quand la mode est au vin boisé, puissant etparkerisés de faire des vins légers et délicats. Pourra-t-on le faire au sein des AOC, j'aimerais, mais je préfère n'en dire pas plus pour l'instant.

pour Seve, Marc Parcé www.seve-vignerons.fr/

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 00:09

 

Mon premier se nomme Google, mon second Chusclan, mon tout tapez Chusclan sur Google vous obtenez tout en haut de la page : « une cave…très particulière » celle de Chusclan www.vigneronsdechusclan.com/ Si ce matin j’ai pris ce détour en passant par l’ogre de la Toile et le dialecte de Shakespeare la raison en est simple : dans le vaste village mondial une bourgade du Gard provençal de 928 âmes, située sur la rive du Rhône, avec des hivers modérés, des étés chauds et secs et une influence importante du vent du Nord (Mistral) due à son emplacement dans le couloir rhodanien, dotée d’un nom pour beaucoup imprononçable, peut être connue de tout un chacun. Et pourquoi diable, me direz-vous, viendrait-il à l’esprit d’un résident du quartier de Chelsea de chercher sur Google où se situe ce patelin au nom étrange ? Tout simplement parce qu’il vient de découvrir, en commandant chez Direct Wine limited, le Côtes-du-rhône Villages des vignerons de Chusclan. C’est leur cuvée Excellence : 60% de Syrah, 40% de Grenache noir, un vin de belle ampleur, grenat profond, capable de réchauffer les cœurs et les âmes de nos chers voisins anglais.

Mon choix, comme celui du consommateur de Chelsea, ne doit rien au hasard, il se fonde sur un constat simple : pour trouver la pleine expression de son terroir un vin a besoin de la main de l’homme. À la cave des Vignerons de Chusclan, le mot coopération  prend tout son sens : la mise en commun de moyens, avec « l’homme comme moteur et l’innovation à son service ». Par-delà les mots, ce sont les actes qui donnent à l’engagement des vignerons tout son sens. L’excellence est le fruit d’un travail engagé de longue date dans les vignes et à la cave : dès 1998, deux techniciennes amont et qualité sont engagées pour mettre en œuvre un programme ambitieux : mener de front le développement des surfaces cultivées sous cahiers des charges restrictifs et qualitatifs (50 ha en 2000, 400 ha en 2003, 700 ha en 2005), et les certifications ISO 9001 pour l’ensemble de la Cave et Agri Confiance pour le vignoble . En 2004, la Cave des Vignerons de Chusclan obtiendra cette certification, la première en Côtes-du-rhône, de la vigne à la bouteille. Mais, au-delà de la froideur des normes, ce qui frappe c’est la constante volonté de permettre à chaque vigneron d’apporter sa contribution à l’édifice commun. Ainsi, depuis 2002, la mise en place d’une cuverie de petits volumes permet, dans un souci de sélection, à certains vignerons la possibilité de vinifier eux-mêmes leur propre domaine. Oui, Chusclan est vraiment une cave très particulière.

Chusclan c’est 100 adhérents fidèles, depuis sa création aucun vigneron n’a quitté la cave pour se mettre à son compte. Ici l’aide à l’installation des jeunes ne se résume pas à un dossier administratif et à des subventions, c’est le pied mis à l’étrier, c’est le premier lien avec le terroir : en 1984 ce sont 4 jeunes qui bénéficient de 3 ha de baux sur le vignoble situé au pied du château de Gicon acheté par la cave et qui fait l’objet d’un important programme de rénovation. En 1990, ce sont 52 ha d’un vignoble expérimental qui sont confiés à des jeunes et en 2006 dans le cadre d’un vignoble vitrine 7 ha sont donnés en fermage à des jeunes. Dans beaucoup de milieux bien pensants on aime se référer à l’économie solidaire, au commerce équitable, très loin, dans des pays où l’on paye les gens au lance-pierres ou avec des coups de pieds au cul, mais on ne prend même pas la peine de s’intéresser à ce qui passe près de chez nous. Si la coopération à une fonction première c’est bien celle d’arrimer des hommes et des femmes à des territoires et de les y faire vivre dignement. J’ai bien écrit vivre, pas vivoter et, tant que certains n’auront pas compris que le dynamisme premier de notre secteur se situe dans les vignes nous sommes de bons candidats à l’arrachage. N’ayons pas peur des mots : il faut que chaque hectare de vigne gagne de l’argent qu’il soit en Côtes-du-rhône, en vin de pays ou en vin de table. À Chusclan, ce sont 1350 ha, 1000 en AOC, 350 en vin de pays qui produisent 67 000 hl de Côtes-du-rhône et 22 000 hl de vin de pays.

 

Oui mais quand le vin est tiré il faut le vendre et l’on sait bien que dans notre beau pays c’est là que le bât blesse. Les dirigeants de la cave, Claude Rivier en tête, ne sont pas restés les deux pieds dans leurs vignes et leurs belles installations de vinification. Plus de 50 % de leur vin sont conditionnés et vendus par eux : 60 % en France (25% en GD, 25% traditionnel et 10% au caveau) et 40% à l’export. Nos voisins anglais s'offrent 1,2 million de cols et 4000 hl de vrac partenariat (la mise région de production n'est pas toujours la solution comme le pensent certains puristes). C'est bien sûr le plus gros marché export de la cave et Direct Wine limited, évoqué au début, distribue par correspondance les vins de Chusclan depuis 40 ans (la fidélité est la marque d'une réelle satisfaction).
Dernière indication, pour les amateurs de chiffres, le Chiffre d'Affaires de Chusclan-Laudun c'est 15 Millions d'euros dont 40% à l'export. Le slogan de la cave « Partager notre terroir avec les consommateurs du monde », être à l’écoute des tendances et des attentes du consommateur voilà des mots qui sont doux à mes oreilles. Alors, puisqu’il faut conclure, permettez-moi d’écrire que les succès de demain se préparent aujourd’hui et que, si nous voulons redonner de l’élan au plus grand nombre, bousculer les sceptiques, surmonter la morosité et sortir du marasme, il faut que dans les Conseils d’Administration de certaines Caves ou chez certains particuliers, la même feuille de route que celle que s’est donnée Chusclan sous l’impulsion de Claude Rivier son président : "la qualité de la vigne" à la bouteille soit à l’ordre de jour. Des vignes et des outils de production adaptés aux vins que l'on veut vendre. Des vins voulus pas des vins subis soumis au bon vouloir des ramasseurs de vins. C’est la seule voie, c’est le seul remède, tout le reste n’est que posologie de Diaforus d’une autre époque qui mènent le vignoble à sa perte.
 

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