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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 00:00
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" Quand à la montée vers la "campagne du champagne", elle rentrera dans l'Histoire comme une offensive dont la tactique fut directement influencée par des considérations oenologiques. Le général Lucien de Montsabert prit soin de réserver à ses troupes la rive droite du Rhône où poussent les meilleurs vignobles. Les Américains étaient assignés rive gauche. Ce n'était pas un hasard. Le général français confia les secrets de sa manoeuvre à Wynford Vaughan-Thomas." Un jour, un historien remarquera que les forces américaines n'ont jamais approché un vignoble réputé. En revanche, si l'on suit les mouvements de l'armée française, elle s'est rapidement emparée de Tavel. Après s'être assurée de la qualité du rosé, elle a courageusement attaqué Châteauneuf-du-Pape, avant de faire tomber la Côte Rôtie par une brillante manoeuvre sur le flanc."
Le correspondant britannique a capté l'esprit de cette campagne dans un savoureux petit livre intitulé Comment j'ai libéré la Bourgogne. Il y rapporte un échange qu'il eut avec un général américain soucieux qui se perdait en conjectures sur l'étrange comportement des combattants français :
- Thomas, on m'a dit que vous retourniez cet après-midi chez ces mangeurs de grenouilles. J'ai le sentiment qu'ils font tout pour nous ralentir, et je ne parviens pas à comprendre leurs raisons. Pour le moment, nous ne parvenons pas à les faire décoller de cette localité, Chalon-je-ne-sais-quoi.
Or, Chalon-je-ne-sait-quoi était en fait Chalon-sur-Saône, la porte de la Côte-d'Or. Ce qui ne signifie pas pour autant que les Français étaient ivres morts, mais tout simplement ils traînaient des pieds, afin d'éviter d'avaoir à mener des combats dans le vignoble. Un peu plus tard dans la journée, un officier du renseignement français fournit la clef de l'explication au journaliste :
- Imaginez une bataille de chars au milieu des grands crus ! La France ne nous l'aurait jamais pardonné. Nous n'avons pas oublié 1870. En 1870, en effet, les troupes allemandes avaient détruit les vignobles de la tâche, romanée-conti et richebourg. 
Ub jeune officier fit irruption dans la pièce. Le visage radieux, il prit à peine le temps de saluer son supérieur.
- Grande nouvelle, mon colonel, nous avons trouvé des points faibles dans les défenses allemandes. Tous situés sur des crus secondaires.
Le général de Montsabert en fut rapidement informé et l'attaque fut lancée.
- En vingt-quatre heures, les Allemends furent ainsi expulsés de Bourgogne, poursuit Vaughan-Thomas. Nous crisions bien, ici et là, un pont ou une maisondétruits. Mais c'était un détail, en regard du vignoble intact qui s'étendait devant nous sur des kilomètres. 
Dans son ouvrage, il tirait cette morale : " Le temps adoucit souvent les disputes des hommes. Même l'histoire des guerres acquiert avec les années un certain velouté, tout comme un bourgogne 1949."
 

Ce texte étonnant est extrait du livre de Don et Petie Kladstrup " La guerre et le vin " publié en 2002 chez Perrin qui aborde le pillage de notre vignoble par l'occupant allemand, au même titre que les musées et les collections d'art privées. Les Weinfürers, choisis dans le monde du négoce des vins allemands, vont faire à Bordeaux, en Bourgogne, en Champagne, vont " en tant que Beauftragter für den Wein-import aus Frankreich (agents d'importation du vin français) était d'acheter autant de grands vins que possible afin de les envoyer en Allemagne où ils seraient aussitôt revendus sur le marché international avec un gros profit,contribuant à financer les dampagnes du Reich. " N'oublions pa s que Ribbentrop représentait les maisons Mumm et Pommery en Allemagne avant la guerre, que Goebbels appréciaient les grands bourgognes et Goering préfèrait le Bordeaux. A lire par les amateurs d'Histoire et de vin. 
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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:00

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"Vin&Cie" l'espace de liberté poursuit sa mue de nouveau média de la Toile en ouvrant ses colonnes aux dirigeants des grandes organisations nationales du secteur du vin sous la forme d'un entretien. Le président de la Confédération des Coopératives Vinicoles de France, Denis Verdier, a accepté le challenge d'essuyer les plâtres de cette nouvelle rubrique. Je l'en remercie sincèrement. On ne présente pas Denis Verdier, il est à la fois l'homme de sa cave coopérative de Générac "Costières et Soleil" fruit de la fusion de 6 caves, et un leader national très attaché à défendre les grands principes fondateurs du mouvement coopératif et, loin de la toute puissance de la "main invisible" du marché, une certaine idée de la gestion du secteur où l'on ne met pas les outils de régulation au rencart. En ce temps où, semble-t-il, l'heure des grands choix longtemps différés a sonnée, son expérience des lieux de pouvoir donne à ses propos une saveur toute particulière. 

JB : " Bonjour Président Verdier, j'entends des voix autorisées comme on dit chez les diplomates, affirmer " que le gros temps est derrière nous et que le paquebot France avec ses diverses classes – en langage INAO : la hiérarchie des vins – reprend sa croisière dans l'optimisme et la sérénité..." 

Le président de la CCVF partage-t-il cette analyse ?

 

DV : « En viticulture la situation du marché s’est améliorée, parce que l’offre, européenne et nationale, a été une des plus faibles que l’on est eu depuis quelques années ; cela est dû en grande partie à des vendanges marquées par la sècheresse et à un déstockage lié aux faibles cours.

Si l’on ne fait pas dans cette période d’amélioration des cours des réformes importantes, il suffira d’une récolte abondante pour que l’on retombe à nouveau dans une situation de crise grave.

Il ne faut pas avoir la mémoire courte ; le compte d’exploitation de nombreux vignerons, mais on peut aussi dire de nombre de maisons de négoce, a subi des pertes importantes au cours des derniers exercices. Il y a donc urgence à agir.

Quant à être optimistes et sereins, il faudra surtout pour ce faire que l’envie de réformer soit plus forte que le conservatisme traditionnel.

Nous serons fixés sous peu puisque le Ministre veut mettre en œuvre un plan à cinq ans.


JB
 : « Avant d’aborder le prospectif, arrêtons-nous quelques instants sur la toute nouvelle réforme de l’OCM vin. Ne croyez-vous pas qu’en demandant au Ministre de tout défendre, sans réelles priorités, les Organisations Professionnelles ne lui ont pas rendu service ? Cependant, au bout du compte, les résultats de cette négociation vous satisfont-ils ? »


DV
 : « Tout d’abord, concernant la négociation de l’OCM, il faut dépeindre le cadre dans lequel elle s’est négociée en France, et se féliciter que les fonctionnaires assurent la continuité du travail de l’Etat.

On peut le regretter, mais il n’y a pas eu de position unique au niveau des professionnels, et, au-delà des réunions parisiennes « tout sourire », les professionnels, qu’ils soient du négoce, de la production et des interprofessions sont allés « en file indienne » négocier leur point de vue avec la Commission.

Ainsi, on pouvait compter entre 4 ou 5 démarches de lobbying au niveau des professionnels français (ce n’était pas mieux dans les autres pays, que ce soit en Espagne ou en Italie), la Commissaire Fischer-Böel avait devant elle, une multitude de négociateurs en herbe…

Par souci de clarté, il faut dire aussi que les périodes électorales en France – des présidentielles aux législatives – occupent fortement les ministres à « labourer » le terrain électoral plus que le Bureau d’un commissaire européen.

On peut le dire : à son arrivée rue de Varenne, M. BARNIER a trouvé un dossier mal ficelé à Bruxelles. S’il faut résumer en un mot son travail. je dirais simplement qu’il a dépensé beaucoup d’énergie, et qu’il a, finalement, « sauvé les meubles ». L’accord n’est pas celui auquel nous avions travaillé. Mais il nous reste une enveloppe nationale ; une modeste possibilité de gérer la crise et une segmentation des produits modernisés. »

 

JB : « Si les meubles sont sauvés, la gestion de crise notamment, c’est déjà ça mais nous avons tout de même fait arbitrer par Bruxelles notre incapacité à trancher au plan national le débat récurent sur la segmentation ; ceux qui ne voulaient pas de « Vignobles de France » récoltent la mention du cépage sur tous les vins. Mais tout ça est derrière-nous. Parlons de l’avenir : de la préparation du plan à 5ans. Trois groupes thématiques – gouvernance, compétitivité, recherche-développement – ont planché et un pré-rapport a été remis au Ministre, Denis Verdier est-ce-que d’après vous ça va dans le bon sens ou du moins dans celui que souhaite le président de la CCVF ?

 

DV : S’il faut rendre acte aux trois Présidents des groupes thématiques désignés par le Ministre de leur volonté d’aboutir, il faut convenir et ils le disent eux-mêmes, que le pré rapport déposé en Mars alors qu’il était attendu fin décembre, est un document qui doit sérieusement être enrichi.

Une première remarque : lorsqu’on est président d’une institution para publique, et je suis bien placé pour en parler, on a un certain devoir de réserve lié à la charge et on sent bien dans les propositions une recherche d’un consensus qui risque d’être à minima.

Deuxième remarque : il a été confié aux hauts fonctionnaires de « tenir la plume » et on voit bien que « dans la soute » il a eu un équilibre dans les propositions pour satisfaire les institutions en place notamment  pour la gouvernance de la filière. Mais, dans le  fond, c’était le risque de ce genre d’exercice, il ne faut pas s’en offusquer outre mesure.

Il appartient d’autant plus aux organisations professionnelles et donc à la CCVF de s’exprimer clairement et de s’approprier positivement la démarche. Nous allons donc déposer sur le Bureau du Ministre une contribution pour lui donner tous les éléments et il lui appartiendra d’arbitrer au final la concertation.

D’ores et déjà trois commentaires :

-         Concernant la segmentation de l’offre française, on comprend pour ce qui est des AOP et des IGP ce qui va en advenir.  Par contre, dans le domaine des vins sans IG qui pourront porter le nom du cépage et des mentions valorisantes, tout reste à construire. Nous sommes quant à nous chauds partisans du travail fait dans le cadre de l’ANIVIT sur les travaux « Vignobles de France » ; quelques garde-fous avaient été proposés : contractualisation, agrément des entreprises, dégustation du produit etc… Ils alliaient souplesse et compétitivité mais permettait une rigueur qualitative. On a l’impression aujourd’hui, et le Négoce est inaudible sur ce point, que d’aucun rêve, comme pour la conquête de l’ouest, à une liberté totale de l’utilisation de ces mentions valorisantes au risque de les banaliser. Nous le disons clairement : si l’on tombe dans le travers de ce libéralisme à outrance sur l’utilisation du cépage, le règne des « faiseurs de miracles » va s’amplifier. Ce n’est plus de la valeur ajoutée qu’on va additionner dans la filière, c’est la prime au moins-disant avec son concert, au niveau de la propriété comme au niveau du négoce, de marge écrasée et des comptes d’exploitation exsangues. La liste des entreprises en difficulté dans la filière liée aux petits prix ne cessera de croître. N’ayons pas la mémoire courte.

-         En matière de « Gouvernance », s’il existe un transfert de compétences entre l’Etat et les interprofessions, il faudra qu’il y ait aussi un transfert de « pouvoir » que ce soit au plan des bassins qui doivent être unifiés, ou que ce soit au plan national. Nous souhaitons une interprofession nationale composée majoritairement des représentants de bassins, et des organisations nationales de la filière. Elle devra gérer tout ce qui est « horizontal » dans nos métiers (image du vin, vin et santé, stratégie de recherche fondamentale, restructuration des entreprises…) ainsi que le devenir des vins sans IG. Cette interprofession nationale sera le lieu naturel de concertation entre les bassins. L’ANIVIT et le CNIVE devront être intégrés dans cette interprofession.

-         En matière d’innovations et de recherches fondamentales, dans ce domaine tout reste à écrire ; le pré rapport est plus que modeste. Pour les orientations stratégiques, il y est fait allusion à une note d’expert qui n’a pas élaboré des objectifs prioritaires clairs. Nous pensons qu’il faut évoquer la demande du consommateur et les nouvelles préoccupations de la société que ce soit sur le respect environnemental, la diminution des intrants avec les solutions alternatives et sur bien d’autres points encore qui touchent au développement durable.

Pour en terminer, le Conseil d’Administration de la CCVF a travaillé sur ces orientations stratégiques que nous allons apporter sur le Bureau du Ministre début avril.

JB : Denis Verdier, avant de terminer cet entretien, un petit mot sur votre cave "Costières et Soleil".

 

DV : Costières&Soleil, à Générac, est une entreprise qui est le fruit d’une politique volontariste de modernisation et d’organisation du secteur coopératif gardois. En effet, elle est issue de fusions-absorptions  mises en place autour de petites caves qui, en se regroupant, ont souhaité obtenir une taille leur permettant d’investir dans la technologie moderne, dans l’innovation et dans la « matière grise ». Elle regroupe 300 vignerons coopérateurs dans le Sud du département, 110 000 hl avec une gamme « Côtes du Rhône » «  Costière de Nîmes » « Vin de Pays d’Oc » et « Vin de Pays du Gard ».


JB
 : Merci Denis Verdier d’avoir bien voulu inaugurer la nouvelle formule : « Entretien avec…une personnalité. » sur Vin&Cie l’espace de liberté et de l’avoir fait dans l’esprit du lieu. Je suis persuadé qu’on vous a lu avec intérêt et attention.

 

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 00:09

Lorsqu'il animait la tranche horaire du matin d'i-Télé Thierry Gilardi m'avait invité pour parler de la mondialisation du secteur du vin. De lui j'ai gardé le souvenir d'un journaliste très professionnel, précis, simple et avenant. J'envisageais, car c'était un bon vivant, de le soumettre un jour à mes 3 questions... La vie, celle que l'on perd sans préavis, en a décidé autrement. Depuis mon petit blog j'adresse à sa famille et à ses proches ces quelques mots de sympathie pour un homme qui, bien que parti trop vite, a réussi sa vie...



Cher Monsieur,

     Merci de votre lettre. Entendu pour le départ de cartons début octobre.


     Je suis tout à fait désolée de vous avoir ainsi contrarié au sujet du prix du vin. Je vous avais fait un prix amical pour le 1979, et ne pensais pas que cela deviendrait une habitude !


     Si j'ai le plaisir de vous revoir, je vous montrerai les factures de mes fournisseurs et de la main-d'oeuvre pour le chai !


    Je ne compte pas mon temps, et vous n'ignorez pas que les expéditions pour les USA sont plus longues à préparer, le paiement plus lent aussi.


   Mes clients européens n'ont fait aucune difficulté concernant l'augmentation.


   Le 1979 était à trente francs ; il ne me reste que vingt-quatre bouteilles et autant de magnums, que je voudrais garder. Il me semble tout à fait normal d'augmenter de trois francs mon prix de vente.


    Le 1980 est peut-être médiocre chez les autres, mais pas ici.


    J'ai augmenté mon prix lors d'une réunion du CIVB après avis autorisé.


    N'oubliez pas que mon vignoble bien modeste, bien petit, est un cru exceptionnel rattaché aux Graves de Léognan. Sur ce territoire, il est impossible de trouver un prix approchant ; certains crus y jouent la politique du rendement et leur qualité ne vaut pas...la mienne.


    Comme je ne veux pas ruiner un homme aussi aimable et aussi amoureux du vin que vous, je veux bien vous consentir une nouvelle fois le prix amical de trente francs au lieu de trente-trois francs pour le millésime 1980, en échange de quoi vous voudrez bien me régler plus rapidement.


    Recevez, cher Monsieur, mon souvenir le meilleur.

                                                  Mme de Lacaussade


 

Ce courrier adressé à Kermit Lynch, par Madame de Lacaussade propriétaire du château de l'Hospital, dans les années 1980, puisque celui-ci le publie dans son livre en 1988.

 

La traduction française : "Mes aventures sur les routes du vin" vient d'être réédité à la Petite Bibliothèque Payot.



Madame de Lacaussade " La propriétaire du château de l'Hospital, dans les Graves, près de Bordeaux, a une abondante chevelure grisonnante qui se plaît à retomber sur ses yeux pleins de vivacité. Elle s'habille de manière raffinée et insouciante : un pull-over chiné aux couleurs terriennes, une jupe de laine anthracite et des mocassins de cuir un peu usagés. Elle a de la classe et de la personnalité. Plus proche de soixante-dix ans que de soixante, elle incarne ce que les français appellent affectueusement la vieille France." écrit Kermit Lynch. ICI 


Le château l'Hospital rouge 2003 et 2004 = 12 euros TTC départ propriété

 

Le château l'Hospital blanc 2003 et 2004 = 11,50 euros TTC départ propriété

 

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 00:02

Paris le dimanche des Rameaux,

 

Chers moutons,

Le Général, dit-on, nous qualifiaient, nous français, de veaux. C'est beau un petit veau qui vient de naître, avec mon pépé Louis puis mon père j'officiais comme assistant vêleur de nos quelques vaches normandes. Bien sûr, le devenir du veau, lié à son sexe : les génisses pour le lait, les mâles pour la boucherie, est tout tracé, sans surprise, un parmi d'autres au sein du troupeau. Le veau est brave, au sens populaire, c'est-à-dire un peu con*.

 

Le cas du mouton est bien plus grave. En effet du mouton noir aux moutons de Panurge en passant par sa tremblante cousine germaine de la vache folle pour finir par celui à 5 pattes, sa psychologie se situe aux extrêmes limites de la dérision. En effet, suivre les mauvais bergers semble être la destinée du mouton. Foncer tête baissée avec une belle unanimité vers les pires inanités est consubstantiel à son existence. Bien sûr, dans le vin il y a une superbe exception le Mouton des Rothschild et son petit Cadet, et dans l'imagerie populaire y'a aussi les moutons de la crèche du Petit Jésus, sympas, santonisés, agnelisés. En effet, c'est toujours le problème de la profusion dans les appellations : le bélier c'est la brutalité, la brebis c'est la tendresse, l'agneau c'est le mignon, mais en définitive le mouton c'est le plus con* que la moyenne. Terrible chute dans le panthéon des espèces domestiquées pour ces inoffensifs ovins, triste fin pour l'agneau de pré-salé ou de Sisteron que de se voir labellisé au royaume des cons*.

La faute à qui ?

À nous, bien sûr, les humains qui affublons ces braves bêtes de nos travers, comme si par un effet miroir nous voulions exorciser notre tendance à crier en foule le matin : vive Pétain ! et le lendemain : vive de Gaulle ! La versatilité du troupeau des humains vaut bien celle des ovins. Comme vous commencez à me connaître, vous comprendrez que si je viens de prendre ce long chemin de traverse c'est que suis fatigué d'entendre les cris d'orfraies de ceux qui s'inquiètent - à juste raison d'ailleurs - de l'autorisation de la mention du cépage sur les vins de table. Pourquoi me fatiguent-ils ? Tout simplement parce que ce sont les mêmes qui ont fait badigeonner, par de braves moutons, sur les cuves des caves : "Non, à Cap 2010" Et pourtant, s'ils l'avaient lu cette foutue Note stratégique qu'auraient-ils lu page 7 au 2° : 

" Sur l’autre versant nous proposons de créer une nouvelle catégorie les Vins de cépages des pays de France, nouvel espace de compétitivité, produits et assemblés aux normes des règles de la compétition internationale, sur la base d’une liste de cépages, à l’intérieur des vins de table à indication géographique. L’ouverture de ce nouvel espace est une chance pour nos entreprises, à elles de s’en saisir et surtout à elles de s’appliquer un corps de règles contractuelles pour que cette nouvelle catégorie devienne le réservoir de marques nationales et internationales, le vecteur de notre conquête de nouveaux consommateurs, de nouveaux marchés, le moteur d’un véritable repositionnement de nos vins d’entrée de gamme. Sans vouloir jouer les Cassandre dans ce nouvel espace il n’y a aucune place pour les faiseurs de miracle, les vendeurs de prix et les bricoleurs sans génie.

 

Mais ils ne l'avaient pas lu et ce qu'ils viennent de se voir notifier c'est la version Fisher-Bohlisé : le meilleur ou le pire pour nos cépages. Dans l'hypothèse optimiste : version faire du vin qui se vend sur les marchés export où l'on peut espérer que cet espace de liberté sera utilisé avec rigueur et professionnalisme ; dans l'hypothèse "on continue comme par le passé, on prend des libertés dans l'espace de liberté", alors ce sera le grand bassin déversoir pour les faiseurs de daube et ce, pour le plus grand bénéfice de nos concurrents.

Alors, en ce dernier cas, les mêmes, ceux qui ont jeté la proposition Cap 2010 aux orties, pointeront un doigt vengeur vers le mauvais berger que je suis en criant " on vous l'avait bien dit il a mis le ver dans le fruit..." Alors moi je dis : "Un ver ça va, deux vers bonjour les dégâts !" Facile comme répartie mais, comme pour détourner l'opprobe de nos chers moutons, qui ne savent fichtre rien de ce qui leur arrive, pour les maîtres du troupeau l'important c'est de désigner le mauvais berger par qui tout le mal est arrivé alors, je dis pouce, ça suffit la plaisanterie. On m'oublie. J'ai refait ma vie dans un autre pays où les bergers sont une espèce protégée.

Certains d'entre vous vont dire que j'exagère, que j'extrapole, à peine, je vous assure. D'autres s'étonneront de ce soudain coup de chaud au matin du dimanche des Rameaux. La raison en est simple : lors du lancement de son petit dernier : Bad Boy, JL Thunevin exprime un regret : ne pas pouvoir assembler des cépages produits dans nos beaux vins de pays. Lui n'a pas eu besoin qu'on lui fasse un dessin. Lisez !

La mise en bouteille de BAD BOY 2005  se prépare : probablement 6666 cartons de 6, soit 39996 bouteilles. 
95 % merlot, 5 % cabernet franc, vignes âgées de plus de 40 ans, grand terroir argilo-calcaire.
 »

Je pensais créer cette cuvée quand le Vin de Pays de France verrait le jour et nous permettrait d’assembler des grenaches ou des carignans de Maury avec nos merlots de Pomerol, Saint Emilion ou Bordeaux. Hélas, les règlementations n’évoluent pas rapidement et le vin de table ne permet pas encore de millésimer un vin.


Si j’ai pu réaliser cette cuvée 2005, et comme pour les Oscars à Hollywood, je me dois de remercier mes parents sans qui rien n’aurait été possible, ma femme et ma fille qui acceptent mes lubies, mes banquiers qui financent comme toujours, en espérant que ça va marcher, mes clients passés et à venir qui me font ou me feront confiance, le négoce bordelais et les courtiers (qui pour le coup n’y sont pour rien !), et surtout, je remercie :
 
Robert Parker qui m’a donné l’idée d’appeler cette cuvée Bad Boy lors d’un commentaire sur Valandraud :
Anticipated maturity: 2010-2025+. terrific effort from bad boy and leading garagiste, Jean-Luc Thunevin, and his sidekick, Murielle Andraud, the inky/blue/purple-tinged 2005 Valandraud exhibits superb aromas of graphite, black currants, blackberries, violets, white chocolate, sweet licorice, and espresso roast. Boasting great intensity, full-bodied power, beautiful purity, and layers of complexity, this stunning wine should be unusually long-lived.
 
Eric Soulat qui a donné le ton et l’esprit de l’étiquette.
 
Guillaume Quéron, avec l’aide de Jean Philippe Fort,  qui a réalisé le millésime 2005 de ce vin
 
Avec un  prix de vente aux particuliers de 15 euro (et de 25 à 30 dollars aux USA et en Asie), ce vin a pour ambition d’être autant apprécié (voire plus) par les consommateurs que des vins valant beaucoup plus cher.
Bien malheureux qui ne peut promettre… En tout cas, c’est mon premier vin « marketing » 
Def. :  Le marketing est l’effort d’adaptation des organisations à des marchés concurrentiels, pour influencer en leur faveur le comportement de leurs publics, par une offre dont la valeur perçue est durablement supérieure à celle des concurrents,  (Mercator, 8° édition, 2006)
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GARAGISTE je suis

MOUTON NOIR ne daigne

BAD BOY je reste

Merci à JL Thunevin pour ce réconfort. 

Voilà c'est dit mes chers amis, en ce dimanche des Rameaux, je viens de confesser auprès de vous ma faute : "oui je me suis trompé", battu ma coulpe : "c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute...", récité mon acte de contrition et bien sûr expédié ma pénitence.  À nouveau me voici aussi pur que l'agneau qui vient de naître, en capacité de regagner le troupeau, d'y retrouver une place au chaud et de crier avec les bons bergers - ceux qui ne se trompent jamais, les gardiens de l'ordre éternel des vignes d'AOC - "Au loup !" 

Bien à vous,

Le mauvais berger du vin français qui a fait résipiscence...

* " Traiter son prochain de con n'est pas un outrage, c'est un diagnostic." Frédéric Dard 


 

 

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 00:04
Encore du nouveau sur Vin&Cie l'espace de liberté : un chroniqueur vient de rejoindre l'équipe de rédaction qui jusqu'ici se composait de moi et de moi-même. C'est un journaliste. Il aura l'entière liberté du choix de ses sujets et signera ses chroniques Paul Bats. Je le remercie. Comme vous pouvez le constater le doute n'est plus permis, Vin&Cie est le média qui monte dans l'univers tentaculaire et impitoyable de la Toile... Bonne lecture.
DSC_0768-s.jpgMais où va le blé ? Je ne parle pas de celui de la Bear Stearns, ni de celui de la Société Générale. Je parle du blé de la farine avec lequel le boulanger fait la baguette. En deux ans, Son prix a été multiplié par trois. Et le maïs, et le beurre, et le soja ? Par deux, ma pauvre dame. A ce rythme, dans six mois on ira acheter son pain place Vendôme et ses sandwichs avenue Montaigne. Après la bulle immobilière, la bulle high tech, on a la bulle agricole. Les fonds de pension spéculent sur la hausse des cours pour verser payer leur retraite aux retraités qui avec vont acheter leur nourriture de plus en plus cher.
Trop fort ! On croit rêver. Derrière nos écrans, on ne savait même plus que l’agriculture ça existait encore à part sur « second life ». Dans la vraie vie on trouverait des fermes, des champs et des trucs qui poussent dessus, comme dans la nature. Des gens y vivent, aux confins de nos villes, après les banlieues, entre les derniers du neuf trois et les premiers des ch’tis. On lit dans les journaux que l’agriculture redevient stratégique. On va jumeler le salon de l’agriculture et celui du Bourget, et vendre des betteraves à sucre à côté des rafales. Le président de la FNSEA va devenir un people. Il va être invité chez Fogiel, passer ses vacances sur le tracteur d’un ami milliardaire.
Tout ça parce que les chinois veulent manger de la viande. Quelle drôle d’idée. Lisent jamais les journaux, les chinois. L’encéphalite spongiforme bovine, le poulet à la dioxine, la grippe aviaire, les OGM, les pesticides, les nitrates, le gaucho ? connaissent pas. La malbouffe et son cortège grandissant d’obèses insaturés dévoreurs de coupe faim arrosés de soda ? Non plus. Ils confondraient pas obèse et sumotori les chinois ? Et puis il y a les autres, ceux qui veulent manger tous les jours. Des types à qui on ne pourrait même pas fourguer un crédit pour acheter un grain de riz sur trente ans. Même les marchés ne peuvent pas tout.
Nous, pour sauver la planète on essaye de rouler propre. De faire le plein au végétal. Que font les mexicains ? Le maïs pour faire du carburant pour nos voitures, ils veulent le manger. En faire des tortillas. Et le CO2, ils y pensent au CO2, du côté de Mexico ? Ils veulent la guerre ou quoi ? Nous, pendant ce temps, on ne sait plus à quelle protéine se vouer. Le glucide fout la trouille. Ne parlons pas du lipide, sérial killer récidiviste notoire. Il faut oser le dire aux chinois, aux africains : manger réclame un sacré courage, une forme d’inconscience. C’est une mauvaise habitude dont une fois prise on ne se débarrasse pas facilement. Depuis des millénaires, l’homme lutte contre la faim sans même savoir pourquoi. Quand il peut il mange. L’instinct sans doute, le dernier combat du mammifère en nous. Heureusement que les marchés sont là, qu’ils veillent au grain s’il l’on peut dire. Bientôt manger sera hors de prix. Il le faut, c’est une évidence.   

Paul Bats   le 19 mars 2008

Même si je ne partage pas forcément toutes ses opinions je vous recommande la lecture du blog de Philippe Bilger Avocat Général auprès de la Cour d'Appel de Paris : décapant et dérangeant...
http://www.philippebilger.com/blog/2008/03/un-chec-insolen.html
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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 00:07

Le vigneron girondin/Willy Ronis/1945cartes-postales-001.jpgTrop de mots Berthomeau ! Carême verbal... Abstinence radicale... Chasteté d'un moine civil... Cilice du silence... Solitude du gardien de but de Carquefou... Ce matin du lundi de Pâques, après toutes ces photos licencieuses d'hier, je vous offre ces deux instantanés d'un mode de vie englouti. Des vignerons, des ouvriers, des gens de peu, faites comme eux mangez sur le pouce un bout de gâche ou une tranche de fion en vous envoyant un petit gorgeon sympa, au verre ou goulot, et longue vie à ce qui reste du populo des parigots et des gars des vignes de Bordeaux...

Paris dans les années 30 Lucien Aigner
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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 05:07
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À la tentation j’ai longtemps résisté mais ce matin j’y ai succombé avec un grand plaisir que j’espère vous partagerez.
 
Pudibonds, pudibondes passez votre chemin, l’ouverture de la porte de son Enfer par notre Bibliothèque Nationale, ce grand X rose placardé la nuit sur le flanc d’un des 4 grands vits érigés sous le règne de François Mitterrand, m’y invitait depuis des mois. Bien évidemment je ne puis me pencher sur un tel sujet sans vous offrir quelques gâteries, le sexe dans tous ses états, frivole, grave, polisson, esthétique et parfois sadique…
 
Âmes pudiques, femmes honnêtes ou sages, prudes et prudes retirez-vous nous allons emprunter le chemin de la licence, de l’indécence et de l’obscénité. Mais, permettez-moi quand même, en un temps où la sexualité trop souvent se réduit à une frénétique mécanique des corps, de vous confier qu’il est temps de réenchanter le désir. Ne rallumez pas pour moi les feux de l’enfer mes propos matinaux, comme toujours, sont là pour vous éclairer non pour vous dévergonder.
 
Emmanuel Pierrat – avocat spécialiste de la censure – écrit « L’autodafé des livres licencieux a certes existé, pour la démonstration publique, la beauté de la flambée, l’édification et la satisfaction des masses. Mais le censeur, en bon bibliophile, a toujours pris soin de collecter quelques exemplaires à placer à l’abri, en « réserve ». Et même, d’organiser savamment cette étrange collectionnite au sein des bibliothèques. Ces pièces aux rayonnages secrets sont désignées communément comme des « Enfers »…
 
 
Le Supplément du Grand Dictionnaire universel de Larousse précise qu’ »il existe à la Bibliothèque nationale un dépôt qui n’est jamais ouvert au public : c’est l’Enfer, recueil de tous les dévergondages luxurieux de la plume et du crayon ».
 
C’est l’ouverture de l’Enfer de la BNF sur le site François Mitterrand/Grande Galerie qui fait l’objet d’une expo L'Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret jusqu’au 22 mars ICI

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Avant de vous laisser au plaisir des yeux, en ces temps où l’on chante l’irruption de la mondialisation, l’Internationale des Enfers existe et je vais vous en livrer un échantillon :
 
 
–       « Private Case » de la British Library de 1865 à 1953 est riche des centaines de livres produits aux riches heures de la très chère reine Victoria et d’objets « symbole du culte primitif de l’Humanité ».
 
 
–       À Moscou, une section spéciale de la « Leninka » constituée à partir de 1924, avec bien sûr des écrits politiques séditieux, 12 000 ouvrages, mais aussi d’une section érotique réservée aux seuls apparatchiks et au KGB ; Béria signa un document « ultrasecret » pour commander 95 voitures de pompier, en 1941, pour sauver des flammes ce Trésor dissimulé aux masses.
 
 
–       Enver Hodja, le Staline albanais disposait d’un Enfer personnel de grande ampleur.
 
 
–       Les chantres de la Révolution Culturelle de Mao ont accumulé des stocks de livres sulfureux réservés aux cadres de haut rang.
 
 
–       Enfin, un enfer mythique tant il est inaccessible où est accumulée « la plus impressionnante et la plus ancienne des collections d’ouvrages qui ne se lisent que d’une main… » la Bibliothèque… vaticane.

PHOTOS INTERDITES AUX MOINS DE 16 ANS

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Bachus et Ariane
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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 00:03

     

Dans la cour de la gendarmerie de Coye-la-Forêt j’avais entraîné Bourrassaud et Gendron sous l’auvent de la remise à vélos. Avec un aplomb, qui me stupéfiait moi-même, je proposai à l’adjudant-chef Gendron de rédiger deux procès-verbaux : l’un, que nous garderions par devers nous, relatant la réalité des évènements, l’autre, la version officielle, copie conforme des exigences de cette vérole de Mignon, dormirait dans les archives. J’ajoutai, pour emporter leur assentiment, qu’il s’agissait pour nous d’une assurance-vie. C’était une affaire d’Etat et que ce type de précaution nous servirait de monnaie d’échange face au pouvoir si un fouille-merde quelconque de la presse se mettait en tête de mettre son groin dans les petites affaires du fourgue de missiles. Et de conclure, froidement, que les morts subites et en chaîne faisaient parti du quotidien des services Action. Bourrassaud se grattait les couilles, ravi. Le gendarme Gendron, perplexe, soulevait son képi pour s’éponger le front avec un grand mouchoir à carreaux. « Et mon trou du cul de machin chose de la Reynardière, j’en fait quoi ?
-         Rien ! Ce monsieur aux mains propres, comme ce cher Mignon, va jouer au Ponce-Pilate…
-         Et mon collègue Buchou qu’est plus con que la moyenne je lui dis quoi ?
-         Rien ! Si, que les ordres viennent d’encore plus haut et qu’il a intérêt à fermer son clapet sinon les mecs cagoulés du Puma lui offriront un baptême de l’air…
-         Bordel de merde c’est pire que d’avoir un essaim de frelons au cul cette affaire. Z’en pensez quoi, vous, commissaire ?
-         Que Benoît est un sage. Quand on est dans la fosse aux lions mieux vaut se préparer au pire.
-         Bon, puisque vous le dites, on va faire comme ça. Quand je vais dire ça à ma femme elle ne va pas en revenir…
Bourrassaud le prenait par l’épaule, paternel, et le morigénait. « Adjudant, même si elle vous bouffe la queue jusqu’à plus soif votre femme, ou même si elle vous promet de se faire défoncer la rondelle comme vous en mourrez d’envie depuis que vous l’avez épousé, bouclez-là, sinon il ne nous restera plus qu’à vous porter des chrysanthèmes les jours de Toussaint… » Gendron hochait la tête, pas convaincu, les perspectives évoquées par ce porc de Bourrassaud semblaient même l’émoustiller.
 
Dans la voiture, alors que nous rentrions au Blanc-Mesnil, après avoir gueuletonné à l’auberge de la Chapelle-en-Serval, je confiais à Bourrassaud, assis à l’avant, qu’un sale pressentiment me bouffait la tête : « crois-moi, après ce petit raout, ces morpions de la place Beauvau ils ne vont pas lâcher la grappe. Je suis sûr qu’il faudra que paye l’addition un jour ou l’autre… » Mais je m’aperçus que Bourrassaud dormait déjà, la bouche ouverte et, fataliste, je me disais, qu’après tout, descendre un peu plus bas dans la merde ne me déplairait pas. Le soir je regagnai Paris. En robe de chambre, Sylvie affichait une mine de papier mâché. Son atterrissage sur le ventre, soudain et brutal, dans la triste réalité, la pétrifiait. Adieu, le bel Henri, les fourrures, le champagne, les virées en jet et autres joyeusetés, le coup foireux de ses deux associés, Hortz et Dragan, qui se soldait par leur mise en sac à viande après la fusillade du petit Mont-Royal, ne lui laissait pas augurer des jours heureux. Le retour au bitume ne la remplissait pas d’allégresse. Connement je lui conseillais de rentrer dans le giron conjugal. Soudain panthère, me faisant face, je crus qu’elle allait m’arracher les yeux mais, plus prosaïquement, elle ouvrait les pans de sa robe de chambre, et me lançait, la bouche mauvaise, « Baise-moi, salaud ! » Ce que j’aurais fait, par pure faiblesse, si ma libido, soudain polaire, ne m’avait pas jeté dans les affres de la panne de bandaison. Je le regretterai toute ma vie car, huit jours plus tard, alors que nous étions plus revu, un coup de téléphone d’un certain Dornier du commissariat de la rue d’Aligre, m’annonçait froidement que Sylvie Brejoux venait de se faire sauvagement assassiner par son mari.          
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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 00:01

     
La séquence Cognac s'achève. Pour compléter cette approche je vous offre ce petit extrait tiré du petit livre de Robert Colonna d'Istria qui " est un heureux débroussaillage dans le maquis des réflexions courantes sur le luxe. L'auteur y définit le luxe comme une manière d'être, un certain type de visée, plutôt que comme un état lié à certains objets de prix.

Le luxe apparaît alors comme ce qui est tout à la fois inutile et essentiel. C'est-à-dire qu'il répond à une tendance inhérente à l'homme qui consiste à vouloir s'élever, à se dépasser, à refuser l'état présent. Le luxe ne réside pas dans les choses, mais dans l'homme lui-même en ce qu'il porte une exigence d'absolu, de perfection et d'harmonie avec lui-même, au-delà des choses bassement matérielles, utiles, au-delà de ce qui lui est donné. Aussi tout peut contribuer au luxe : l'eau, le temps, la soie, le beau" Matthieu Guével
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" L'homme de luxe ne boit que deux types d'alcool : des vins, y compris de champagne, et des eaux-de-vie. Le reste n'existe pas.
      Aucun autre alcool n'offre la richesse et la variété du vin. A partir de procédés schématiquement comparables, cette production connaît, en fonction des terroirs, des climats, des cépages, des méthodes de vinification, une variété à peu près inépuisable. Le luxe du vin réside d'abord dans cette diversité.
       Il réside ensuite dans la qualité des produits eux-mêmes, dans les émotions que chaque cru peut apporter, dans les subtilités de chacun, qui se mesurent à mille éléments, la force, la couleur, l'arôme, le raffinement des parfums, la puissance, le charme. Peu de productions humaines, à un tel niveau de qualité et d'émotion, présentent pareille variété.
       Les jours de mélancolie, le vin est un merveilleux compagnon : un chambertin d'une belle année a sauvé plus d'un homme de luxe  de tracas passagers. Les jours de joie, rien, au contraire, ne met mieux en valeur la liesse qu'un excellent vin, rien ne fait mieux chanter les sentiments heureux. Les vins de Moselle, d'Alsace ou de Hongrie sont, par exemple, des vins de lumière et de gaieté. Et pour rompre simplement le quotidien, ce que le poète appelait les "jours machinaux", sans tristesse à combattre ou joie à célébrer, les hommes, depuis des siècles, connaissent les pouvoirs du vin. Chacun peut les apprécier à la sagesse, toujours gaie et généreuse, des habitants des régions qui en produisent.

       Par rapport aux autres produits de la vigne et du travail des hommes, né dans les profondeurs crayeuses, le champagne est d'invention récente. À son origine, il y a une espèce de fantaisie, et à son succès, croissant depuis deux siècles, un comportement qui relève de la mode. Car, par rapport aux volumes produits, il y a peu d'excellents champagnes. Il y a beaucoup de produits grossiers, capiteux, qui n'ont rien des qualités lumineuses que l'on doit attendre de cette prestigieuse invention. L'inconvénient de cette réalité - commune - est qu'elle touche un produit qui ne souffre pas la médiocrité. Si un bordeaux de deuxième zone peut être un vin à peu près acceptable, un champagne approximatif, comme s'il était éventé ou tiède, doit être directement vidé dans l'évier ; il ne vaut rien.

        Les eaux-de-vie constituent la dernière catégorie que l'homme de luxe peut envisager pour la célébration de son culte. Il suffit d'en prescrire une dégustation religieuse. "

Robert Colonna D'Istria   " L'art du luxe " Court traité du luxe Essai éditions transbordeurs

 
Pour votre information les Wines News de la toile pour les consulter reportez-vous : en haut, à gauche du blog, à la hauteur du titre de la chronique, à la rubriques Pages.

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 00:06

 

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La séquence sur la région délimitée de Cognac se clôt ce matin par les réponses du président du BNIC, Jean-Pierre Lacarrière, à qui je pourrais donner du cher collègue puisque, très modeste président du BNICE - Bureau National du Calvados (BNICE)- transformé en IDAC je boxais dans la catégorie des eaux-de-vie d'appellation et militait avec lui pour que notre spécificité par rapport au vin soit reconnue dans un comité spécifique à l'INAO. Sur la photo, c'est l'homme à la cravate rouge, avec Philippe Boujut sans cravate, et les deux chefs de famille. Jean-Pierre Lacarrière a succédé à Bernard Guionnet au titre des maisons de Cognac. La sienne c'est Remy-Martin du groupe Remy-Cointreau dirigé par Dominique Hériard-Dubreuil. Dans mes années de missionnaire dans les Charentes l'appui discret et compréhensif de Dominique Hériard-Dubreuil m'a permis de dénouer bien des crispations et de faire avancer, avec ce qu'il faut de diplomatie charentaise, le dossier épineux du niveau de la QNV.

Question n°1 : Au cours de la dernière décennie le Cognac a retrouvé sa gnac et aligne des performances remarquables sur les marchés extérieurs. Est-ce-que les représentants des familles professionnelles de la région délimitée ont su mettre à profit cette période favorable pour tirer les enseignements du temps que j’ai connu – Red Adair sans grands moyens d’une crise liée à l’affaissement de la demande et à l’inadéquation de l’offre – où le salut ne semblait venir que de l’arrachage ou de la reconversion du vignoble. En quelques mots, Jean-Pierre Lacarrière, en tant que président du BNIC, dites-nous ce qui a changé au cours de cette période ?

Réponse de JP Lacarrière :

On ne parle plus d'arrachage ni de reconversion. Les expéditions de cognac en progression continuelle depuis huit ans ont apporté les solutions. La réponse définitive à des crises régulières dues à l''inadéquation entre l'offre et la demande demeure.

Les professionnels ont voulu apporté des réponses à ce défit récurrent. La réorganisation de l'OCM viti-vinicole en a été le déclencheur. Leur réflexion a débouché sur des propositions réunies dans le "Plan d'avenir de la viticulture charentaise" adoptée en 2003 par l'Interprofession.

Ce dispositif envisage la création de filières cognac, vins de base, pineau s'appuyant sur une affectation parcellaire révisable tous les ans. Ce dispositif permettrait à chaque viticulteur de gérer son affaire en fonction de ses débouchés et de ses contrats. Ce système en dehors de l'intérêt de la flexibilité dans la gestion de production régionale permettrait de développer et consolider des filières en fonction de l'état des différents marchés cognacs / vins de table / pineau. Ce dispositif, qui doit être en vigueur au 1er août 2008 avec la nouvelle OCM, est toujours en attente d'une confirmation juridique de la part du Ministère de tutelle (Agriculture), malgré les demandes pressantes et réitérées des professionnels.
Question 2 : L’histoire de la région délimitée de Cognac semble être une alternance régulière de périodes d’euphorie et de crises brutales, le ralentissement actuel des ventes fait dire à certains que la prudence est de mise. N’est-ce pas là méconnaître la mutation profonde de vos marchés qui, tirés par l’explosion de la demande de produits de luxe, sont beaucoup moins sensibles au ralentissement de la croissance américaine. Qu’elle est l’analyse du président du BNIC sur l’évolution de la demande : surchauffe ou simple palier ? Que faut-il faire ?

Réponse de JP Lacarrière :
Le consommateur est à la recherche de produits Premium qui lui apportent du rêve et pour certains sont un signe de statut. Pour durer, ce produit doit s'appuyer sur des qualités réelles. Le cognac correspond tout à fait à cette recherche du consommateur par son histoire, par ses qualités intrinsèques.

Par son histoire car il se caractérise comme un produit de négociant qui dès l'origine il y a plusieurs siècles, a conquis et développé les marchés extérieurs. Ces qualités issues d'améliorations continuelles de process d'élaboration soutenues par des investissements publi-promotionnels très importants des marques en ont fait un produit éminemment désirable, ce qui se concrétise, ces dernières années, par le développement à deux chiffres des volumes de qualités supérieures et de qualités vieilles. Les marques les plus prestigieuses rivalisent dans des présentations luxueuses particulièrement recherchées. Cette tendance qui s'amplifie nous fait penser qu'il n'y a pas de surchauffe mais un vrai développement  qui se poursuivra. Néanmoins, la prudence doit être maintenue car l'entrée de gamme VS représente toujoursun petit 50 % du volume.
 
Question 3 : Dans mon rapport de 2001 sur le positionnement des vins français à l’exportation j’avais mis en exergue le Cognac et le Champagne pour montrer que le couple produit-marques mondiales était générateur de performances à l’exportation, avec une différence essentielle entre ces deux grandes régions : la Champagne me semblait plus consensuelle et générait un gagnant-gagnant entre le Syndicat Général des Vignerons et l’Union des Maisons de Champagne. A-t-on progressé dans ce domaine ? Les regroupements professionnels que j’appelais de mes vœux se sont-ils concrétisés ? Les tensions se sont-elles apaisées ? Le cycle vertueux de la création de valeur partagée est-il enclenché ?

Réponse de JP Lacarrière

A l'évidence, les intérêts des deux familles Viticulture et Négoce ne sont pas entièrement juxtaposables. L'objectif est donc de trouver un consensus pour assurer un développement harmonieux de la filière, ce qui à mon sens, implique de "s'asseoir" sur les idéologies pour répondre d'une façon pragmatique aux défis du marché.

Cette dernière année, les professionnels ont mis en place des outils de gestion qui permettent de modéliser les réponses de la viticulture entermes de production aux besoins de commercialisation du négoce. Cet outil d'aide à la décision a été mis en place, testé, et fonctionne.

Les réformes récentes concernant la gestion des appellations (INAO) ou des zones viticoles (gestion par bassin) ont permis aux professionnels du cognac de démontrer qu'ils étaient capables de travailler paritairement et d'une façon raisonnable au sein de structures ad hoc.

A mon sens, les tensions sont apaisées même si parfois, il y a quelques montées d'adrénaline. On peut dire que depuis trois ans, le partage de la valeur a été amorcée.
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