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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 00:08


Ce matin je m'arrête sur le patronyme Clavel pour évoquer, Jean le vigneron, Maurice le polémiste et  enfin Bernard l'écrivain
www.bernard-clavel.com à propos d'un beau livre Les Vendanges illustré par de magnifiques photos de Janine Niepce éditions hoëbeke et surtout d'un texte de lui comme je les aime. Mais avant de vous le livrer permettez-moi d'évoquer les deux autres Clavel : Jean l'homme du vin du Languedoc et Maurice le gaullo-maoïste.
Pintade-003.jpg
Le premier, celui que tout le monde connaît dans le Languedoc vigneron, c'est Jean. 
www.1907larevoltevigneronne.midiblogs.com/ - 42k 


Pintade-002-copie-1.jpgPhilippe Doutreme-Puich, un vaillant soutier du président du Conseil Général de l'Hérault de l'époque, Gérard Saumade, un rocardien comme moi, me l'a présenté alors que j'étais conseiller technique au cabinet de Michel Rocard Ministre de l'Agriculture à l'époque de la négociation de Dublin. Directeur du CIVL, homme du renouveau des AOC languedociennes, alors que moi je ferraillais avec les ténors des vins de table, surtout ceux qui disaient toujours non et qui disent encore toujours, du moins celui qui reste, les fossoyeurs de cette viticulture dont ils se disaient les ultimes défenseurs, lui, Jean Clavel, résistait à cette forme de pensée unique, dite de gauche, issue de la récupération des révoltés de 1907, agrémentée d'un zeste de croix occitane et d'une bonne dose de démagogie. Certes, l'opportunisme et le lèche-bottisme de soin président de l'époque - peut-être que ma mémoire me joue des tours - ami au temps des JA d'Henri le sphinx élyséen, me faisait sourire mais, en dépit de nos soi-disants camps respectifs nous avons toujours été en accord sur le fond des choses et, comme nous partageons le même amour porté à cette grande région de vigne et de vin qu'est le Languedoc, l'immobilisme et les oppositions de principe qui ont suivi Cap 2010 nous ont attristé et surtout inquiété face à un avenir lourd de menace.

L'autre, c'est Maurice, né à Frontignan dans l'Hérault, l'homme rendu célèbre par son "messieurs les censeurs, bonsoir! " sur le plateau de l'émission A armes égales, le 20 décembre 1971, pour protester contre la censure des producteurs d'un reportage dans lequels ses propos sur l'attitude ambiguë du président Pompidou ont été coupé au montage. Personnalité complexe, admirateur de Doriot et du PPF dans sa jeunesse, résistant dès 1942, militant au RPF, gaulliste de gauche, il est de tous les combats pour dénoncer les tièdes et les affairistes. Après mai 68 il est à la fois gaulliste, catholique et maoïste et fascine Jean Daniel du Nouvel Observateur qui l'engage. Haute figure, passionné, échevelé, protestataire contre la torture en Algérie, les chars à Budapest, mais aussi profondément irritant lorsqu'il condamne la contraception et l'avortement, soutien les sionistes. Polémiste virulant et homme de haute spiritualité, après sa mort, des hommes aussi différents qu'André Frossard et Edgar Morin rendront hommage à ses combats et à ses engagements. Sans vouloir jouer les vieilles barbes : un type d'intellectuel tel qu'on n'en fabrique plus.

J'ai la chance d'être né dans une province bénie des dieux. Sa terre porte des forêts, des pâturages, du froment et de la vigne. Des hauteurs dévalent des torrents qui font tourner des moulins. Des profondeurs les hommes tirent une eau qui leur donne du sel. Tout pour avoir le pain, la viande, les laitages et le vin.
     Boulanger, mon père vendait du pain à des ouvriers qui le payaient en sel, à des forestiers qui lui fournissaient du bois pour chauffer son four, à des laboureurs qui lui livraient du blé, à d'autres qui lui apportaient de la paille et du foin pour son cheval et, enfin, à des vignerons qui le payaient en vin. Quoi de plus noble que ces échanges ?
     Je suis assez heureux d'être né sous ce signe.
Mon père aimait tous ces gens et bien d'autres artisans encore, qu'il appelait des hommes de métier. Mais, je crois bien que ceux qu'il admirait le plus étaient les vignerons. Je me suis demandé longtemps pour quelles raisons.
      Puis, un jour, parce que la guerre était venue bouleverser l'ordre des choses, je suis allé travailler chez des vignerons. Avec eux, j'ai appris à soigner la vigne, à élever le vin. A l'apprécier aussi. Sans comprendre encore vraiment pourquoi, j'ai senti alors que la vigne n'est pas une plante comme les autres. Les céréales vivent une saison, les arbres meurent ou finissent par être abattus, l'herbe est fauchée en pleine jeunesse, seule la vigne est éternelle.
Elle l'est par le provignage, cette opération qui consiste à courber un sarment, à le coucher en terre et, une fois qu'il a pris racine, à le séparer d'un coup de sécateur du cep où il tient. Ainsi, non seulement la vigne échappe à la mort, mais, qui plus est, elle avance. Elle se déplace, elle gagne du terrain (...)
 
Bernard Clavel in Les Vendanges 2000 éditions Hoëbeke Paris
   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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