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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 06:00
Les seuls critiques qui soient passés à la postérité : les jeunes turcs des Cahiers du cinéma  François Truffaut le chef de bande en tête !

Je parle critique vin tout à la fin.

 

Cette chronique est née d’une remarque de l'ex miss glouglou du vin sur Face de Bouc « Je ne suis pas du tout d'accord mais ce post est trop brillant pour ne pas être partagé. »

 

Ce post intitulée Leonard Cohen, celui qui plombait l’ambiance est signé par un critique musical, Jean-Marc Proust qui collabore notamment à Opéra magazine et Slate.fr.

 

Ce gus estampillé critique profite de la disparition de Léonard Cohen pour nous compter sa triste vie d’inconnu au bataillon, avec l'ironie qui sied aujourd'hui dans tout papier qui tente de faire le buzz. Ça s’appelle l’effet d’aubaine permettant de profiter de la vague médiatique pour afficher qu’on existe.

 

Je crois que c’est le lot de la grande majorité des critiques qui restent toute leur vie critique, et la soi-disant brillance évoquée par sa consœur vineuse n’est qu’une dorure aussi mince que le métal argenté. Demain il retombera dans son anonymat.

 

C’est donc en contre-point de son petit exercice de style bien caractéristique de notre temps que je vous offre du François Truffaut, un affreux jojo, dont Henri Langlois confiait avant sa mort « qu’il n’y a que deux grands critiques de cinéma dans ce siècle, François Vinneuil * et François Truffaut.

 

* François Vinneuil nom de plume de Lucien Rebatet dans L’action Française puis Je suis Partout, antisémite notoire.

 

Pour lui, comme pour les jeunes turcs, ces années furent des années grises « nous ne vivions pas d’espoir, nous ne vivions même pas » déclare Éric Rohmer. Pour eux « la vie c’était l’écran, c’était le cinéma, c’était la discussion sur le cinéma, c’était l’écriture sur le cinéma. »

 

Mais, eux, ils n’en sont pas restés là comme notre pioupiou de la critique musicale…

 

Le 2 août 1957 débute à Nîmes le tournage des Mistons avec Bernadette Lafont et Gérard Blain.

 

Le film sortira en salle que le 6 novembre 1958 à la Pagode. La presse est abondante et souvent élogieuse

 

« On l’attendait au tournant. Il se tire avec honneur de l’épreuve. Il ne sait pas encore raconter une histoire solide, mais sa pochade éclate de dons. Il a le sens des images, il sait diriger des acteurs et surtout il possède un « ton » à la fois poétique et cruel » écrit France Soir.

 

Les seuls critiques qui soient passés à la postérité : les jeunes turcs des Cahiers du cinéma  François Truffaut le chef de bande en tête !

Petit retour sur Léonard Cohen :

 

Christophe Lebold maître de conférences à l’université de Strasbourg, spécialiste de littérature américaine a consacré sa thèse de doctorat à Leonard Cohen et à Bob Dylan, et est l’auteur du livre Leonard Cohen : l’homme qui voyait tomber les anges (Ed. Camion Blanc, 2013) écrit :

 

« Les textes de Cohen ont parfois occulté la force de ses propositions musicales. Au début de sa carrière, il a mis en place des paysages métaphysiques dans ses chansons, dont les plus connues, Bird on the Wire, Avalanche… Il a créé des valses noires, en mêlant ses rythmes ternaires ou flamenco avec des choeurs de femmes angéliques qui font contraste avec la gravité de voix. A partir des années 1980, il devient un crooner électro plein d’ironie. Pour moi, c’est un crooner supérieur à Sinatra, il ose le groove hip-hop, sur son dernier album, on peut même danser sur certaines chansons, sans qu’elles perdent pour autant leur dimension métaphysique. Pour moi, c’est un des grands versificateurs de sa génération. J’ai pu accéder à ses archives, et il pouvait travailler pendant des années sur la même chanson, jusqu’à accoucher de métaphores exceptionnelles. »

 

T’as du chemin à faire camarade critique pour te porter à la bonne hauteur…

 

Mais revenons au Truffaut des origines.

 

Le 6 juillet 1955, Truffaut, publie dans la revue ARTS « Les 7 péchés capitaux de la critique »

 

« Il existe, en marge du cinéma, une profession ingrate, laborieuse et mal connue : celle de « critique cinématographique ». Qu’est-ce qu’un critique ? Que mange-t-il ? Quels sont ses mœurs, ses goûts, ses manies ? »

 

« Déclinés en sept points, les réponses de Truffaut suggèrent que la critique n’est ni libre ni intelligente, car elle est ignorante de l’histoire du cinéma comme de sa technique, sans imagination. Elle est professorale et pleine de préjugés. Il va même jusqu’à dire qu’elle est chauvine et vendue au plus offrant, puisqu’ « on  ne fait pas une carrière critique à Paris sans rencontrer un jour ou l’autre Delannoy, Decoin, Cayatte ou le Chanois. »

 

Il illustre son propos de nombreux exemples dont Dutourd, Nourissier, Sadoul, Charensol…

 

Truffaut propose le portrait du « cinéphile non critique », autoportrait révélateur qu’il définit par 2 caractéristiques :

 

  • La radicalité du point de vue « Chacun son système. Le mien m’amène à louer ou à éreinter sans réserve. »

 

  • L’intégrité des jugements. Rendant compte d’un déjeuner de presse pour la sortie de Mauvaise graine de Mervyn LeRoy, en présence de l’auteur, il écrit « Je me souviens d’y avoir très bien mangé, mais la reconnaissance du ventre n’est sans doute pas mon fort, d’autant qu’il vaut mieux n’avoir jamais rencontré Mervyn LeRoy sans quoi on n’a plus aucune envie d’aller voir un film de lui. »

 

Jacques Laurent, qui soutient Truffaut, estime qu’il est un « hussard », l’équivalent pour le cinéma d’un Nimier ou d’un Céline pour la littérature. Dans un éditorial d’Arts publié en février 1955, il écrit qu’il y a 2 sortes de critique de cinéma :

 

  • D’abord une critique dont l’enseigne pourrait être « cuisine bourgeoise ». Elle est brave fille, désireuse de s’accorder avec les goûts du gros public et pratiquée par des gens pour qui le cinéma n’est pas une religion, mais un passe-temps agréable.

 

  • Et puis il y a une intelligentzia qui pratique à l’état furieux. Truffaut en étant un des représentants les plus doués.

 

État de belligérance, tous les assauts lui sont bons puisque le dieu du cinéma reconnaîtra les siens.

 

Tout est parti d’un article-fleuve publié dans les Cahiers du cinéma « Une certaine tendance du cinéma français »

 

Il y attaque frontalement « ces 10 ou 12 films qui constituent ce que l’on a joliment appelé la tradition de qualité… » et retourne contre lui une bonne part de la critique française mais il ouvre la porte des Cahiers aux jeunes turcs dans le sillage d’Éric Rohmer : Jacques Rivette, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol…

 

« Entre mars 1953 et novembre 1959, Truffaut publie 170 articles aux Cahiers. Il ne revendique pas un rôle de maître à penser, mais plutôt celui de stratège, allant à la rencontre des cinéastes, attaquant  ses adversaires, faisant valoir son avis, avec fantaisie, mauvaise foi, désinvolture, parfois avec une certaine arrogance, sur tous  les films qui sortent à Paris. Car, qu’il vente ou qu’il pleuve, Truffaut voit en moyenne plus d’un film par jour… »

 

C’est un véritable chef de bande qui avec « un film quotidien, un article tous les deux jours : le jeune homme tient son rythme, travaille toutes les nuits, se bourrant de Maxiton, de cigarettes et de café. »

 

Il confie à Jean Mambrino, jésuite et critique de cinéma.

 

« Au fond je suis très primaire, très inculte (je n’en suis pas fier) ; j’ai seulement la chance d’avoir un peu le sens du cinéma, d’aimer ça, et de bosser dur. Voilà. À part quoi toute considération plus profonde sur le fond passe au-dessus de ma pauvre tête. Comme je suis un autodidacte qui se hait, je ne « m’apprends » rien, ou presque. Ce qui me sauvera, c’est de m’être « spécialisé » très tôt dans le cinéma et d’occuper la place, au maximum, en travaillant toutes les nuits s’il le faut. »

 

Le talent camarade critique !

 

Comme disait ce cher Audiard « Il est plus agréable de dilapider son talent que  de ne pas en avoir.»

 

Du côté critique du vin je classe sans hésitation O.N. du Monde dans la catégorie chère à Jacques Laurent « cuisine bourgeoise »,  brave fille, désireuse de s’accorder avec les goûts du gros public.

 

La chronique sur le bojolo nouveau est de ce tonneau. Ha qu’il est loin le temps de PM Doutrelant !

 

Cette chronique doit tout à mes notes de lecture de l’excellente biographie de François Truffaut signée par Antoine de Baecque et Serge Toubiana chez Gallimard 1 pavé de 576 pages.

 

Je signale qu'on est tout à fait en droit de détester Léonard Cohen...

Les seuls critiques qui soient passés à la postérité : les jeunes turcs des Cahiers du cinéma  François Truffaut le chef de bande en tête !
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « la vieille droite aux yeux crevés » disait Mauriac et une gauche aux pneus dégonflés… et Trump est arrivé…

Et si je reprenais mon sac au lieu de m’agiter dans cet océan de médiocrité, mon seul problème est de savoir où aller me réfugier. Je me sens cerné par la cohorte des récupérateurs, des cureurs de fond de chiottes de tout acabit, des minables qui campent sur l’immondice, l’immonde, des diseurs de bonne aventure sans foi ni loi, tout est permis dans la chasse aux voix. Ils n’ont que le peuple à la bouche alors qu’ils n’en sont pas et qu’ils n’en seront jamais. Ce peuple, gros agrégat indistinct, qu’ils tripotent, flattent, cajolent, pour mieux le trahir dès qu’ils auront déposés leur bulletin dans l’urne.

 

Tout bien pesé et réfléchi je vais attendre les résultats des Primaires de la Droite et du Centre pour me décider. Je ne suis pas pressé car je suis un privilégié.

 

« Un éléphant ça Trump énormément ! » ai-je publié au petit matin de cette élection où l’on peut gagner même lorsque que l’on ne rallie pas la majorité des votants.

 

Sur un corps électoral de 231,556,622 électeurs :

 

25.6% ont voté Clinton

 

25.5% ont voté Trump

 

48,9% n'ont pas voté

 
 
 

Je n’irai pas jusqu’à dire que je voyais le mauvais coup venir mais une petite musique revenait sans cesse dans ma tête, et si tout le monde se trompait en fuyant, en s’aveuglant d’une réalité dérangeante.

 

Alors je me suis levé tôt et de suite j’ai senti que tout était en train de basculer.

 

Trump n’a pas triomphé c’est Hilary Clinton qui s’est effondrée…

#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.
#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.

#Trump, une victoire du peuple contre les élites? Il bat Clinton pour les 4 tranches de salaires les + élevées.

Les médias américains s'interrogent sur leur responsabilité dans le succès de Donald Trump.

 

« À l'exception de Michael Moore, d'un prof d'histoire isolé et de quelques intelligences artificielles, personne n'avait envisagé la victoire de Donald Trump. Ni les sondeurs ne l'avaient pas entendue, ni les médias sentie venir. Retour sur un énorme loupé avec Rodney Benson, professeur de sociologie à New York University.

 

L’élection de Donald Trump a fait l’effet d’un électrochoc pour les grands médias américains, qui s’interrogent sur leur part de dans le succès du candidat républicain, populiste et controversé…

 

Les médias traditionnels, les chaînes de télévision, le "New York Times", les principaux sites d’information… Tous ont été pris de court par ce résultat. Cette surprise vient probablement de cette distance sociale entre l’élite journalistique et les supporters de Trump, non pas tous, mais la proportion décisive de ceux qui habitent dans le nord du Midwest, dans les états dits "clé" [les "Swing states", NDLR] comme le Michigan, le Wisconsin, l'Ohio.

 

Les journalistes de la Côte Est et de la Côte Ouest, du fait de leur milieu social, de leur lectorat, ne sont pas des gens qui les côtoient au quotidien, et ils n’ont pas assez enquêté sur eux.

 

La grande presse a bien couvert les meetings de Trump, et ses électeurs blancs les plus radicaux, mais ils sont passés à côté de ceux qui n'étaient ni extrémistes, ni activistes, qui ont constitué sa base électorale la plus large, tous ces Américains touchés par la globalisation de l’économie, qui gagnent entre 50.000 et 90.000 dollars par an [46.000 à 83.000 euros, NDLR], qui ont le sentiment que la situation se dégrade pour eux, alors qu’elle s’améliore pour les Américains de la Côte Est, pour Wall Street, et qu’ils sont maltraités comparés aux minorités… Ceux-là n’aiment pas la manière dont la culture américaine évolue.

 

  • Avez-vous l’impression que ces médias ont découvert une Amérique qu’ils ne connaissaient pas, ou du moins qu’ils avaient ignorée jusque-là ?

 

Il y a eu des livres écrits sur cette frange de la population américaine, mais cette réalité n’avait pas pris corps. Les médias nationaux pensaient qu’elle n’aurait pas d’impact, qu’elle ne représentait pas grand-chose. Il y avait une forme de cécité, de condescendance, de mépris de classe à leur endroit.

 

  • 194 organes de presse ont pris position pour Hillary Clinton, contre 6 seulement pour Trump. Etait-ce un autre symptôme du parti-pris des médias pour l’establishment ?

 

Les médias ont en effet pris parti pour Hillary Clinton, et les journalistes, sur le plan privé, soutenaient majoritairement la candidate démocrate, mais la couverture médiatique, le contenu avéré des journaux, n’a certainement pas été pro-Clinton. Les scandales et les contre-vérités de Donald Trump auraient dû être mieux enquêtés qu’ils ne l’ont été.

 

Même le "New York Times" a été très agressif à propos de la Fondation Clinton [ONG à but humanitaire et écologique financée notamment par des contributeurs étrangers, parmi lesquels des monarchies pétrolières, NDLR] et de l’usage qu’Hillary Clinton a fait de sa messagerie privée. Le quotidien -comme les autres organes de presse- s'est efforcé d’équilibrer ses critiques et de publier autant d’articles à charge sur Hillary Clinton que sur Donald Trump.

 

Mais c'était un équilibre de façade. Car il n’y avait pas de commune mesure entre les scandales attachés à la personne de Donald Trump, le fait qu’il ne publie pas sa déclaration d’impôts, les accusations d’agression sexuelles dont il faisait l’objet, et les affaires somme toute mineures concernant Hillary Clinton.

 

La suite ICI 

 

Trump en tête: l'interview de Laure Mandeville qui annonçait l'ouragan

 

  • Vous consacrez un livre* à Donald Trump que vous suivez pour Le Figaro depuis le début de la campagne. A vous lire, on a l'impression qu'un Trump médiatique (mèche de cheveux, vulgarité etc…) cache un Donald Trump plus complexe. Comment expliquer ce décalage?

 

La grande difficulté, avec Donald Trump, c'est qu'on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d'abord, car tout chez lui, semble magnifié. L'appétit de pouvoir, l'ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l'étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu'il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l'heure de l'information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu'il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c'est lui qui «fait le buzz».

 

Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes.

 

En même temps, ne voir que la caricature qu'il projette serait rater le phénomène Trump et l'histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n'est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j'ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l'air du temps, la colère profonde qui traversait l'Amérique, puis l'exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d'autre - à part peut-être le démocrate Bernie Sanders - n'avait su voir: le gigantesque ras le bol d'un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l'immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s'est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l'ordre du jour l'idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d'un monde instable et dangereux.

 

En privé, le personnage de Donald Trump est plus nuancé, plus modéré, plus pragmatique, sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l'option la plus extrême…

 

Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l'admiration de ses partisans…Ils ont l'impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d'ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu'il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l'option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l'observateur est de s'y retrouver entre ces différents Trump. C'est loin d'être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l'élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l'analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. Dans le livre, je parle d'une expérience schizophrénique, tant le fossé est grand entre la perception des partisans de Trump et celle de ses adversaires. Au fond, Trump reste largement insaisissable, malgré les millions d'articles qui lui sont consacrés.

 

En quoi son enfance et la figure de son père éclairent-elles son parcours?

 

Donald Trump a toujours été un leader, mais aussi un rebelle, une forte tête, qui bombardait ses instituteurs de gommes et tirait les cheveux des filles même si c'était un bon élève.

 

Donald Trump a plusieurs fois raconté qu'il n'avait pas fondamentalement changé depuis le cours préparatoire. C'est dire si l'enfance compte pour cerner sa turbulente personnalité! Il a toujours été un leader, mais aussi un rebelle, une forte tête, qui bombardait ses instituteurs de gommes et tirait les cheveux des filles même si c'était un bon élève. A l'école élémentaire, le coin réservé au piquet, avait même été baptisé de ses initiales, DT, parce qu'il y séjournait souvent! A l'âge de 13 ans, son père décide même de l'envoyer à l'Académie militaire de New York pour le dresser, parce que, inspiré par West Side story, Donald a été pris en train de fomenter une descente avec sa bande dans Manhattan, avec des lames de rasoir!

 

Son frère Fred Junior a fini par mourir d'alcoolisme. Cela a beaucoup marqué Donald qui a décidé qu'il ne se laisserait jamais dominer et ne montrerait jamais ses faiblesses contrairement à son frère.

 

Cela vous donne une idée du profil psychologique du père Fred Trump, un homme intransigeant et autoritaire, qui a eu une influence décisive dans la formation de la personnalité de son fils. Fred s'était fait à la force du poignet, en amassant un capital de plusieurs millions de dollars grâce à la construction d'immeubles d'habitation pour les classes populaires à Brooklyn, et il a clairement fait de Donald son héritier, brisant et déshéritant en revanche le fils aîné, Fred Junior, un être charmeur, mais moins trempé et plus dilettante, qui avait eu le malheur de préférer être pilote de ligne que promoteur, et a fini par mourir d'alcoolisme. Cela a beaucoup marqué Donald qui a décidé qu'il ne se laisserait jamais dominer et ne montrerait jamais ses faiblesses contrairement à son frère. Fred Trump a élevé ses enfants dans la richesse - la famille vivait dans une grande maison à colonnades dans le quartier de Queens - mais aussi dans une éthique de dur labeur et de discipline, pas comme des gosses de riches, un modèle que Donald a d'ailleurs reproduit avec ses enfants. L'homme d'affaires raconte souvent que son paternel l‘a formé à «la survie», en lui recommandant d'«être un tueur» pour réussir.

 

  • On découvre en vous lisant qu'il existe depuis longtemps dans l'univers américain (succès de ses livres, téléréalité). Ses fans d'hier sont -ils ses électeurs d'aujourd'hui?

 

Savez-vous qu'à la fin des années 80, il fait déjà la couverture de Time Magazine comme l'homme le plus sexy d'Amérique ?

 

Les Américains connaissent Trump depuis le milieu des années 80, date à laquelle il a commencé à publier ses ouvrages à succès, tirés à des millions d'exemplaires, c'est-à-dire depuis 30 ans! «Le Donald» est un familier pour eux. Savez-vous qu'à la fin des années 80, il fait déjà la couverture de Time Magazine comme l'homme le plus sexy d'Amérique? A la même époque, il est cité dans des sondages comme l'une des personnes les plus populaires du pays, aux côtés des présidents toujours vivants, et du pape! Si on ajoute à cela, le gigantesque succès qu'il va avoir avec son émission de téléréalité L'Apprenti, qui à son zénith, a rassemblé près de 30 millions de téléspectateurs, on comprend l'énorme avantage de notoriété dont bénéficiait Trump sur la ligne de départ de la primaire républicaine.

 

- Tout au long de la campagne des primaires, beaucoup de commentateurs ont annoncé sa victoire comme impossible: comment expliquer cette erreur de jugement?

 

Si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d'endogame dans le royaume de Washington.

 

C'est vrai qu'à de rares exceptions près, les commentateurs n'ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu'il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au-dessous de la ceinture et s'emparant de sujets largement tabous, qu'ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu'un qui se contredisait autant ou disait autant de contre-vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste - sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu'il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l'Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu'un pays sans frontières n'est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu'elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu'elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s'enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d'endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors-jeu.

 

  • Trump est l'homme du peuple contre les élites mais il vit comme un milliardaire. Comment parvient-il à dépasser cette contradiction criante?

 

Donal Trump fait de cette connaissance du système une force, en disant qu'il connaît si bien la manière dont les lobbys achètent les politiques qu'il est le seul à pouvoir à remédier à la chose.

 

C'est une vraie contradiction car Trump a profité abondamment du système qu'il dénonce. Il réussit à dépasser cette contradiction, parce qu'il ne le cache pas, au contraire: il fait de cette connaissance du système une force, en disant qu'il connaît si bien la manière dont les lobbys achètent les politiques qu'il est le seul à pouvoir à remédier à la chose. C'est évidemment un curieux argument, loin d'être totalement convaincant. Il me rappelle ce que faisaient certains oligarques russes, à l'époque Eltsine, quand ils se lançaient en politique et qu'ils disaient que personne ne pourrait les acheter puisqu'ils étaient riches! On a vu ce que cela a donné…Si les gens sont convaincus, c'est que Donald Trump sait connecter avec eux, leur faire comprendre qu'il est de leur côté. Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu'il ne s'est jamais senti membre de l'élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d'élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l'a d'ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l'a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l'Amérique à la rencontre de ses électeurs, c'est toujours ce dont ils s'étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu'il soit riche, n'est pas un obstacle parce qu'on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès.

 

  • Alain Finkielkraut explique que Donald Trump est la Némésis (déesse de la vengeance) du politiquement correct? Le durcissement, notamment à l'université, du politiquement correct est-il la cause indirecte du succès de Trump?

 

L'un des atouts de Trump, c'est qu'il est politiquement incorrect dans un pays qui l'est devenu à l'excès.

 

Alain Finkelkraut a raison. L'un des atouts de Trump, pour ses partisans, c'est qu'il est politiquement incorrect dans un pays qui l'est devenu à l'excès. Sur l'islam radical (qu'Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l'immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l'administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l'expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l'expression Joyeuses fêtes, au motif qu'il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d'expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu'un élève s'estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d'avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R...avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l'appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l'administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l'écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé «rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur.

 

  • Le bouleversement qu'il incarne est-il, selon vous, circonstanciel et le fait de sa personnalité fantasque ou Trump cristallise-t-il un moment de basculement de l'histoire américaine?

 

Le phénomène Trump est la rencontre d'un homme hors normes et d'un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne.

 

Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d'un homme hors normes et d'un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C'est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l'Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c'est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d'attachement au capitalisme.

 

  • Sa ligne politique est-elle attrape-tout ou fondée sur une véritable vision politique?

 

Trump n'est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d'être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis.

 

La suite ICI 

CHAP.17 extrait sec, « la vieille droite aux yeux crevés » disait Mauriac et une gauche aux pneus dégonflés… et Trump est arrivé…

Georges Ugeux : « c'est un drame »

 

Sur son blog, l'ancien vice-président de la Bourse de New York aujourd'hui banquier d'affaires, Georges Ugeux, disait que s'il avait voté Hillary Clinton, c'était surtout parce que « en aucun cas, je ne pourrais envisager de soutenir un candidat qui me révulse sur le plan moral, social et politique ». Aujourd'hui que la victoire de Donald Trump est acquise, on sent Georges Ugeux très préoccupé.

 

  • Comme la plupart d'entre nous, vous ne vous attendiez pas à un tel résultat ?

 

Non, je dois être honnête. C'est un drame. Je suis à la fois profondément déçu et extraordinairement inquiet.

 

  • Comment expliquer la victoire de Trump ?

 

Je ne comprends pas. C'est sans doute la conséquence d'un certain blocage des électeurs devant le politique. Ils n'ont pas voté pour Trump, mais pour ce qu'il représente, une opposition face à la politique traditionnelle et à une Hillary Clinton apparaissant comme membre d'une dynastie. Hillary Clinton a commis plusieurs erreurs. Une des plus importantes a été de s'adresser à 80% aux femmes, alors que le vote des femmes lui était acquis. Mais qui devait-elle convaincre ? Les maris, les fils, ... Et elle ne l'a pas fait. Trump a pu séduire de son côté tous les "laissés-pour-compte"... Mais avec un président républicain et un congrès républicain, ils se rendront compte de l'écart qu'il y a entre l'idéologie républicaine et leurs aspirations. Obama avait réussi à apporter une couverture de soin de santé à 22 millions d'Américains. Ce système risque d'être démantelé.

 

  • Les déclarations matamoresques de Donald Trump font peur, mais ne s'agissait-il pas d'une posture politique ? Ne va-t-il pas faire une courbe rentrante pour réconcilier le pays ?

 

Je crois qu'il en est incapable, à moins d'être aidé par un bon psychiatre. Il a essayé plusieurs fois, il n'a jamais tenu plus de 48 heures.

 

Mais il ne va pas gouverner tout seul. Il va y avoir une équipe autour de lui qui peut servir de modérateur...

 

Je ne crois pas, quand on voit qu'il s'entoure de personnes comme Rudi Giuliani (l'ancien maire de New York) ou Chris Christie (gouverneur du New Jersey). En outre, lors de la campagne beaucoup de gens lui avaient dit de changer de comportement. Il ne l'a pas fait, et il se trouve aujourd'hui conforté puisqu'il remporte la victoire. Une chose m'avait frappé au pan économique, il s'était entouré d'une équipe dans laquelle on ne retrouvait pas un seul économiste...

 

Personne n'avait attendu cette issue, pas même Wall Street qui s'apprête à faire le grand plongeon. Il va falloir réunir le pays...

 

Et l'on parle de la première puissance mondiale. Quelle va désormais être la place des Etats-Unis dans le monde ? Nous avions pris l'habitude de critiquer l'Oncle Sam, mais de continuer à faire appel à lui en Irak ou ailleurs. Aujourd'hui, nous ne savons plus quel type d'Oncle Sam nous aurons.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 06:00
Le Stade de France s'est tu. Ce vendredi 11 novembre, près d'un an jour pour jour après les attentats qui ont notamment visé le Stade de France le 13 novembre 2015, une minute de silence a été observée avant le match France-Suède

Le Stade de France s'est tu. Ce vendredi 11 novembre, près d'un an jour pour jour après les attentats qui ont notamment visé le Stade de France le 13 novembre 2015, une minute de silence a été observée avant le match France-Suède

De mon enfance je garde le souvenir de chacun de ces noms égrenés par le maire chaque 11 novembre où nous répondions « morts pour la France »

 

Nous étions figés face au monument aux morts qui se dressait à l’entrée du cimetière et je ne pouvais m’empêcher de penser que ces braves petits gars de chez nous enrôlés sous notre drapeau avaient peut-être donné leur vie pour des ambitions qui n’étaient pas les leurs. Qu’ils n’avaient été que de la chair à canon.

 

Le grand pacifiste Anatole France écrivait « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels. » 

Novembre et nos morts: 11 et 13 novembre je m’en remets à Léonard Cohen pour les nommer…

De ces jours j’ai gardé une grande prévention pour les commémorations officielles.

 

Se souvenir : oui !

 

Se souvenir que nous sommes des enfants de la paix pour ne pas oublier les ressorts des ambitions des hommes, des démagogues, pour être sourd à ceux qui exploitent nos peurs, pour retisser les liens de notre vivre ensemble.

 

Ne jamais oublier mais ne pas céder aux discours officiels récupérateurs.

 

Ceux du 13 novembre étaient aussi de braves petits gars et petites filles de chez nous et d’ailleurs, de toutes les couleurs.

 

Mais eux  aussi pour qui, pour quoi sont-ils morts ?

 

Innocentes victimes dit-on, mais existe-t-il des victimes qui ne le soient pas ? Ils ont été fauchés, non sur un champ de bataille mais dans des lieux de fête, sans défense, au nom d’une cause absurde fille de l’obscurantisme. Aujourd’hui encore je ne comprends toujours pas pourquoi de jeunes hommes en sont arrivés à venir faucher des frères et des sœurs assemblés au nom d’un Dieu dont ils ignorent tout.

 

Comme au lendemain de cette sauvage nuit je suis atterré. Nul proche de moi n’a été touché mais je me sens responsable de toutes ces vies perdues ou meurtries.

 

Face à cet anonymat je n’ai qu’à opposer un silence respectueux, mes mots seraient vains, indécents, alors aujourd’hui, loin des commémorations officielles, j’en appelle à la voix d’un poète disparu, Léonard Cohen, pour évoquer le souvenir de toutes ces vies fauchées ou meurtries : une liste de noms qui résonnent dans le cœur de leurs proches, avive leur douleur, leurs pleurs, le souvenir de leur vie d’avant

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 06:00
Mr. Cohen in February 2009 during his first world tour in 15 years, which, he said, was driven partly by financial necessity. “I didn’t even know where the bank was,” he said at the time. Credit Fred R. Conrad/The New York Times

Mr. Cohen in February 2009 during his first world tour in 15 years, which, he said, was driven partly by financial necessity. “I didn’t even know where the bank was,” he said at the time. Credit Fred R. Conrad/The New York Times

L’écriture de cette chronique a commencé le 10 novembre au soir et s’est terminée le 11 novembre au matin, l’espace-temps où Léonard Cohen a tiré sa révérence avec sa superbe élégance.

 

J’avais titré provisoirement « Léonard Cohen est en phase avec mon profond sentiment de finitude » et je voulais la poster dimanche.

 

Parodiant l’une des rares chansons de Bécaud que j’aime, j’écris « la finitude ça n’existe pas »  

 

« La finitude ça n’existe pas »  pour les poètes, les troubadours,  les qui prennent le temps : « Le lien intime avec nous ne s’est jamais rompu, le vieux séducteur pose toujours le même regard ironique sur lui-même « I love to speak with Leonard. He's a sportsman and a shepherd. He's a lazy bastard Living in a suit J’aime parler avec Leonard c’est un sportif et un berger. C’est un batard de fainéant qui vit dans un costume » confiaient-il  dans Going Home aux premières minutes de cet album qu’il termine par un constat familier ».

 

 « Que l’être humain soit un être fini, c’est-à-dire éphémère, puisque son existence ne s’étend qu’entre les deux bornes que sont sa date de naissance et celle de sa mort, cela peut paraître au premier abord une évidence. Cette « finitude », que nous partageons d’ailleurs avec tous les vivants, ne va pourtant pas de soi, car nous vivons la plupart du temps dans l’oubli de notre propre mortalité. C’est ce qui conduisait Freud à affirmer que « personne, au fond, ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même : dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité » S. Freud, Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981,....

 

Lorsque j’évoque auprès de mes jeunes amies mon profond sentiment de finitude ils protestent en m’assurant que j’ai encore toute la vie devant moi.

 

« C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »

Genèse 3:19

 

Tel est mon destin, tel est notre destin, je continue de parcourir sans peur mon chemin en ne sachant ni le jour ni l’heure, c’est la vie.

 

C’est Thomas Legrand éditorialiste politique pour le 7/9 de France Inter que j’écoute chaque matin à mon réveil, admirateur comme moi de Leonard Cohen depuis des années, qui le mercredi 9 novembre m’a donné l’idée d’écrire cette chronique.

 

Il déclarait avoir été emporté par son dernier album, annoncé comme son ultime production. Un album sombre et résigné, comme un chant du cygne.

 

Le dernier album de Leonard Cohen est l'album d'un chanteur à l'agonie, qui s'éteint tout en grâce.

 

Thomas Legrand affirmait qu’il écoutait en boucle « You Want It Darker », au travail, chez lui, sur son scooter, jusqu’à déjà plus de 200 fois.

 

Le ton est  sépulcral, comme l'est la voix de son auteur qui y chante « I am ready my Lord » : un appel à l’extinction grandiose et assumé.

 

Extinction !

 

On éteint la lumière pour l’éternité…

 

«Leonard Cohen chanterait pour tous ceux qui essuient leurs larmes»

 

«Leonard Cohen est parti rejoindre sa muse», décédé jeudi à l’âge de 82 ans. Car «nous sommes arrivés au point où nous sommes si vieux» que «nos corps tombent en lambeaux, et je pense que je te rejoindrai bientôt. […] Sache que je suis si près, derrière toi, que si tu tends la main tu peux atteindre la mienne. […] Je veux seulement te souhaiter un très beau voyage. Au revoir, ma vieille amie. Mon amour éternel. Rendez-vous au bout du chemin.»

 

«Après David Bowie et Prince plus tôt cette année, le monde de la chanson a» donc «encore perdu un monument. […] C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons que le poète légendaire, auteur-compositeur et artiste Leonard Cohen, est décédé», pouvait-on lire sur sa page Facebook

 

À tous ceux qui se moquaient de mon addiction aux chansons de Léonard Cohen je répondais que bien au-delà de la mélancolie, de la tristesse, d’une  forme de noirceur, elles me transcendaient, me tiraient vers le haut.

 

Écrire est une réelle douleur, Léonard est un sculpteur de mots, un « obsédé de la juste syllabe et du vers parfait »

 

Union intime, pudique, qui n’a ni besoin de mots, ni de justifications, Léonard Cohen est sans contestation éternel, ses traces marquent à jamais mon chemin.

 

«Donner le Nobel à Dylan, c'est comme dire du mont Everest que c'est une grande montagne.» disait-il avec son éternelle élégance.

 

« En ce qui me concerne, Leonard, tu es le numéro un. Et je suis le numéro zéro. » Bob Dylan

 

« Dieu était tellement inconsolable d'avoir laissé Trump gagner la présidentielle américaine que Leonard Cohen, en bon fils de famille, a dû aller le consoler. C'est la seule explication que je trouve à sa disparition. Leonard Cohen n'était pas censé mourir. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Il était la voix du prophète, le sang de la Bible, la voix de l'immémoriale sagesse née sur les rives du Jourdain.

 

Il n'avait pas d'âge. Ses chansons non plus. On les écoutera encore dans cent mille ans. On les écoutera même après que le monde aura cessé d'être. On les écoutera dans la même ferveur religieuse qu'aujourd'hui, saisis par cette voix grave et chaude, lente et suave, sensuelle et tendre, la voix même de l'amour, l'amour de la femme, l'amour des hommes, l'amour de l'amour. »

 

Laurent Sagalovitsch

 

Leonard Cohen live in Barcelona 03-10-2012 ci-dessous à voir et écouter absolument...

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:00
« Tout artiste reproduit sur une étiquette de vin est vraiment passé à la postérité » Jacques Dupont en appelle à Hugo et Alain Weill à Toulouse-Lautrec

Notre Jacques Dupont national, dans son dernier opus consacré à la vénération du Dieu vin, commence par les vices et les vertus de l’étiquette afin de nous vanter les mérites de la chaussette.

 

Ce glissant dans la peau du père Hugo d’Oceano  Nox – l’un des poèmes que j’ai déclamé au temps de mes culottes courtes – il envoie du lourd :

 

« Combien de marins et de capitaines de dîners se sont esbaudis face à de très grands du Médoc ou des noms ronflants de crus bourguignons influencés justement par leur rang alors que le vin lui-même ne valait pas tripette ? »

 

Et, en bon bas-bourguignon qu’il est, il répartit ses coups de dague, « père gardez-vous à gauche, père gardez-vous à droite » (Conseil donné à Jean le Bon par son fils, le futur  Philippe II le Hardi, qui est âgé de 14 ans, à la bataille de Poitiers) en ferraillant sur le flanc des vins à poils :

 

« Combien de vins qui, après analyses, peuvent se révéler « impropres à la consommation », sont bus avec délectation par des militants de la cause « nature » ?

 

Bon, sans vouloir titiller ce beau nez, je ne suis pas persuadé que son échantillon de vins nus dégustés soit très représentatif surtout au regard de la cohorte imposante des flacons du camp d’en face. Mais la question n’est pas là, revenons à l’étiquette.

 

« Pourquoi, alors, autant d’étiquettes vilaines ? »

 

En voilà une bonne question mon cher Dupont !

 

« Le vigneron aurait-il une attirance particulière pour le ringard et le laid ? »

 

Je vous laisse le soin de lire les réponses dans son livre Le Vin et moi.

 

Mais revenons au sujet du jour : mettre un artiste sur son étiquette !

 

Notre bas-bourguignon rappelle  qu’en ce domaine le baron Philippe de Rothschild fut un précurseur en affichant le V de la victoire sur la bouteille de Mouton 1945. Il pouvait se le permettre, arrêté par les séides de Pétain, ses biens confisqués, il  avait rejoint de Gaulle à Londres, dès avril  1941. Ce fut un succès et pour le millésime suivant il fit appel à Jean Hugo, arrière-petit-fils de Victor, qui dessina une colombe tenant dans son bec un rameau d’olivier, symbole de la paix retrouvée. La suite on la connaît.

 

J’ai beaucoup cité l’homme vin du Point mais l’idée de cette chronique m’est venue en feuilletant à nouveau le petit opus d’Alain Weill : Cadavres Exquis.

 

Toulouse-Lautrec, mort à 33 ans, qui fut littéralement pillé car « ses œuvres tombèrent dans le domaine public pile au moment où l’on redécouvrait l’Art Nouveau. »

 

Alain Weill, dans les années 70, acheta à New-York, 3 bouteilles (rouge, rosé, blanc) décorées de reproductions de Lautrec.

 

Ce qu’il écrit ensuite sonne comme une forme de paradis perdu :

 

« À l’époque, j’adorais voyager et mes activités professionnelles m’ont amené sur les cinq continents. C’était formidable – toujours le frisson de la découverte… et puis les aéroports étaient accueillants, les formalités minimales, et on pouvait fumer dans les avions. J’ai donc toujours eu de très grandes valises, moitié pleines à l’aller, bourrées à craquer au retour… Entourée de deux ou trois chemises, une bouteille ne craint rien. En ramener trois était un jeu d’enfant : je m’étais précipité dès mon arrivée chez Brooks Brothers pour acheter des polo shirts de toutes les couleurs. »

 

 

 

 

« Tout artiste reproduit sur une étiquette de vin est vraiment passé à la postérité » Jacques Dupont en appelle à Hugo et Alain Weill à Toulouse-Lautrec
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 06:00
Aux journalistes français glosant sur la victoire de Trump 1 pensée de Coluche « De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent »

Mercredi matin je me suis levé de très bonne heure car avant de me coucher j’avais un mauvais pressentiment : avec le système américain des grands électeurs la marge d’erreur des sondeurs, la zone grise, tout était possible, Trump pouvait gagner.

 

J’ai donc assisté en direct à la victoire de celui que l’on qualifie un peu vite dans notre vieux pays du candidat anti-système.

 

Mais mon propos de ce matin s’adresse à certains journalistes français qui sur Twitter ont passé leur temps à gloser sur « tout ça va se passer de la même manière en pays gaulois. », les sondages se plantent tout le temps, la MLP va faire le même hold-up… j'en passe ... affligeant.

 

Je vous propose de lire le point de vue de Guy Sorman, avec qui je n’ai guère d’affinités, mais qui recadre bien ce qu’est un Président US

 

Guy Sorman - Trump ou la revanche de l'homme blanc

 

Les contre-pouvoirs aux États-Unis sont si contraignants que le pouvoir véritable de Trump sera une magistrature d'influence, estime l'essayiste.

 

« Les États-Unis étant le laboratoire de notre avenir, que nous enseigne le scrutin du 8 novembre ? Deux tendances de fond innovent. Tout d'abord, le partage entre droite et gauche, qui semblait universel, sous des appellations diverses, ne fonctionne plus. Il y a quatre ans, la confrontation entre Barack Obama pour les démocrates et Mitt Romney pour les républicains ressemblait à n'importe quelle élection antérieure aux États-Unis comme chez nous, la gauche américaine était seulement moins révolutionnaire que les gauches françaises et la droite américaine plus « conservatrice ».

 

Cette fois-ci, placer Clinton à gauche et Trump à droite n'explique rien. Les candidats à la présidence se sont situés sur un axe nouveau, qui va de la « société ouverte » (Clinton) à la « société fermée » (Trump). Du côté de la société ouverte, on accepte la diversité culturelle, l'immigration, les échanges internationaux. Pour les partisans de la société fermée avec Donald Trump, les traditions, les intérêts nationaux paraissent assiégés par les migrations, le multiculturalisme et la mondialisation. Que l'électorat de Trump soit plutôt blanc, plutôt masculin, plutôt chrétien décrit le malaise de cette population-là face aux métamorphoses de la société moderne, qu'il s'agisse des mœurs ou de l'économie. »

 

La suite ICI 

 

Et 6 idées reçues sur la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine

 

1. Donald Trump n’est pas élu « triomphalement »

 

La victoire de M. Trump est incontestable : le candidat républicain a déjoué les pronostics et dispose d’une avance confortable en termes de grands électeurs sur sa rivale (il pourrait dépasser le seuil des 300 grands électeurs, là où 270 suffisaient à assurer sa victoire). Un succès comptable qui s’explique notamment par sa victoire dans quatre Etats de poids où il partait en outsider : la Floride (29 grands électeurs), la Pennsylvanie (20), la Caroline du Nord (15) et le Wisconsin (10).

 

Paradoxalement, Mme Clinton ne s’en sort pas si mal en termes de nombre de voix. Elle fait même jeu égal voire mieux que M. Trump au niveau national avec 59,20 millions de votes contre 59,06 millions pour son rival, selon le décompte partiel disponible mercredi 9 novembre dans l’après-midi (le dépouillement est encore en cours dans le Minnesota, le New Hampshire, le Michigan et l’Arizona).

 

3. Il n’y a pas un effondrement de la participation

 

Le taux de participation au scrutin s’est élevé à 54,2 %, selon les chiffres de The United States Elections Project. C’est relativement peu, mais pas tant que ça comparé aux scrutins précédents : depuis 1980, la participation a été supérieure à quatre reprises (le meilleur score a été de 57,1 % en 2008) et inférieures cinq fois (avec un plus bas à 49 % en 1996).

 

Si l’on regarde la carte de la participation, on s’aperçoit également qu’elle a été plutôt au rendez-vous dans les Etats qui ont fait basculer l’élection en faveur de M. Trump : la Floride (64 %), la Pennsylvanie (61,4 %), la Caroline du Nord (63,5 %) et le Wisconsin (68,1 %). On ne peut donc résumer la victoire du milliardaire à une désaffection des électeurs pour les urnes.

 

4. Le candidat républicain n’a pas été élu que par le Midwest

 

Comme on pouvait s’y attendre, M. Trump a triomphé dans la majorité des Etats du Midwest comme l’Ohio, le Kansas, le Missouri ou le Nebraska, de même que dans le sud du pays (Texas, Louisiane, Arkansas…).

 

Mais il est aussi majoritaire en Floride, où la communauté hispanique représente un quart de la population, et dans des Etats de l’Est comme la Caroline du Nord ou la Pennsylvanie. Il n’y a finalement guère que la Côte ouest, de l’Etat de Washington à la Californie, ainsi que le nord-est, de la Virginie au Maine, qui lui ont résisté.

 

5. Donald Trump n’est pas élu que par les hommes blancs ouvriers

 

S’il faut toujours les prendre avec précaution, les premiers sondages réalisés à la sortie des urnes montrent un électorat bien moins homogène qu’on peut parfois l’entendre. Le New York Times a recours, comme d’autres médias, à l’institut Edison Research for National Election Pool, qui utilise un questionnaire envoyé à 24 537 personnes, donc un échantillon plutôt fiable.

 

Cette enquête montre bien que M. Trump a eu les faveurs des hommes blancs de plus de 45 ans, nettement plus que son adversaire. Néanmoins, selon cette enquête :

 

Certes l’électorat de Trump est majoritairement composé d’hommes (53 %), mais il est également composé à 42 % de femmes (les autres sondés ne se prononçant pas sur cette question). De même, si 58 % des « blancs » votent pour lui, contre seulement 8 % des Noirs, il obtient les suffrages de 29 % de Latinos, et 37 % d’« autres ethnies ».

 

Sur l’éducation également, si on constate que 51 % des non diplômés ont voté Trump (contre 45 % pour Hillary Clinton), c’est aussi le cas de 45 % des diplômés du supérieur (contre 49 % pour Mme Clinton).

 

Les revenus montrent également un vote moins tranché qu’on peut l’entendre ou le lire : les plus modestes (moins de 30 000 dollars par an) ont voté démocrate (53 % contre 41 %), et les plus riches (plus de 250 000 dollars annuels), républicain (48 % contre 46 %). Mais c’est finalement la « classe moyenne » (de 30 000 à 49 999 dollars par an) qui vote le plus Trump (50 % contre 46 %).

 

Le tout ICI 

 

De retour à la France et à ses échéances électorales :

 

  • Les Primaires de la Droite et du Centre : rien n’est joué, les sondages peuvent se planter eu égard à ce que c’est une première pour un électorat aux contours mouvants, mais extrapoler l’effet Trump c’est aller vite en besogne, d’autant plus que c’est un scrutin à 2 tours.

 

  • L’élection présidentielle elle-même : il serait urgent d’attendre d’avoir la donne avant de se livrer à des scénario improbables.

 

Bonne journée à tous…

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 06:00
Renverser la table ou changer le couvert sous les pavés du cochon tout n’est pas bon : le débat de Lyon sur les vins à poils ferment de la Révolution !
Renverser la table ou changer le couvert sous les pavés du cochon tout n’est pas bon : le débat de Lyon sur les vins à poils ferment de la Révolution !

Au bon vieux temps du rideau de fer, des affrontements entre les bonzes du PCF et la myriade des groupuscules gauchistes, le slogan valise « la rupture avec le capitalisme » constituait le marqueur ADN des encartés.

 

Samedi dernier, au premier étage du Palais de la BOURSE de Lyon reconverti en lieu de salon, nous avons gentiment débattu sur la capacité des vignerons produisant des vins nature à changer la donne de l’ensemble de l’agriculture française.

 

Vaste programme aurait dit le Grand Charles !

 

La salle était bien garnie, très attentive, trop à mon gré.

 

Je m’explique.

 

Avant d’accepter l’invitation d’Antonin l’organisateur du salon Sous les Pavés la vigne à Lyon j’ai dû surmonter mon allergie aux estrades du haut  desquelles ceux qui savent dispensent leurs savantes analyses aux ignorants. D'ailleurs il y a une constante : les places des premiers rangs sont les moins occupées, preuve d'une forme de réserve à être proche des sachants.

 

Comme je l’ai déjà écrit je préfère  le débat en cercle ou demi-cercle à la même hauteur avec la capacité de vraiment échanger avec l’ensemble des participants.

 

À Lyon nous étions donc juchés. L’assistance jeune était bien sûr composée de convaincus, on ne vient pas à un salon de vins nus, et à un débat de surcroît, si on n’a pas déjà contracté le virus naturiste.

 

Ce fut bon enfant et je ne suis pas apte à juger du ressenti des auditeurs. Ce que j’ai tenté d’expliquer c’est que le modèle agricole dit productiviste, élevage et productions végétales, ne s’infléchirait que sous la pression des consommateurs. Demander aux producteurs d’être vertueux en notre lieu et place est trop facile. Nous devons faire des choix et les assumer dans notre quotidien.

 

Ce matin en commençant cette chronique j’ai découvert cette dépêche AFP :

 

Alimentation: les Français voudraient consommer plus "durable"

 

(AFP) - Les Français, inquiets de la qualité des produits alimentaires -en particulier sur la présence pesticides- souhaitent consommer plus "durable" mais craignent une augmentation des prix, selon un sondage Ipsos pour la fondation Daniel et Nina Carasso rendu public lundi.

 

Au cours des deux dernières années, une majorité de Français affirment avoir de plus en plus adopté des comportements dits "durables", c'est-à-dire qui permettent de réduire l'impact social et environnemental de leur alimentation.

 

Ainsi 71% disent consommer des produits bons pour la santé, 70% privilégient les produits régionaux ou issus de circuits courts, 67% essaient de réduire la quantité de nourriture qu'ils jettent et 62% passent plus de temps à cuisiner eux-mêmes.

 

Près d'une personne interrogée sur deux déclare consommer de plus en plus de produits ayant un faible impact sur l'environnement (47%), ou garantissant un juste revenu au producteur (44%).

 

Réponses paradoxales car les Français continuent majoritairement de se décider en fonction du goût et du plaisir pour leurs achats alimentaires (56%) et du prix (55%).

 

Le prix constitue ainsi le frein de loin le plus important à l'achat de produits issus d'une agriculture responsable (83% des personnes).

 

Une grosse majorité se disent prêts à aller beaucoup plus loin dans un grand nombre de domaines, en particulier dans le "consommer local", réponse à la crise de confiance dans les produits alimentaires.

 

75% se déclarent prêts à consommer au maximum des aliments produits à côté de chez eux, 68% à boycotter des marques montrées du doigt par des associations auxquelles ils font confiance et 68% à acheter plus souvent des fruits et légumes présentant des défauts ou abimés, afin de réduire le gaspillage alimentaire.

 

53% seraient prêts à réduire leur consommation de viande à une ou deux fois par semaine (contre 29% de non, et 18% qui le font déjà).

 

A la suite de différents scandales alimentaires, les Français sont une majorité (57%) à s'inquiéter de la qualité des produits alimentaires qu'ils consomment, contre 43% qui se disent confiants.

 

La principale préoccupation des consommateurs porte sur les pesticides, cités par 43% des répondants. La hausse des prix arrive en deuxième position (27%) devant l'utilisation des arômes artificiels et édulcorants (26%) et l'épuisement et la dégradation des ressources naturelles (26%).

 

Le sondage a été réalisé par internet auprès de 1.022 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus entre le 30 septembre et le 4 octobre.

 

Daniel Carosso est fondateur de Danone en France. La fondation se dit "indépendante du groupe agro-alimentaire".

 

Comme vous pouvez le constater entre les bonnes intentions et la réalité des choix il y a encore un large fossé à combler.

 

Pour enfoncer mon petit clou je vais me contenter de rebondir sur l’interrogation d’un jeune homme du premier rang :

 

« Qu’est-il possible de faire pour que ça change ? »

 

Et pour ce faire je vais m’appuyer, non sur la production de vin mais sur celle du cochon en vous branchant sur un débat qui s’est déroulé aux  22EMES CONTROVERSES EUROPEENNES DE MARCIAC, les vendredi 29 et samedi 30 juillet 2016, dans le cadre du festival Jazz In Marciac (Gers)

 

Avec quoi nous faut-il rompre pour réinventer l’avenir ?

 

Faut-il rompre avec l’élevage industriel ?

 

Avec Danielle Even, éleveuse et présidente de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, et Jocelyne Porcher, sociologue Inra, auteure de nombreux ouvrages "Vivre avec les animaux" et « Une vie de cochon » (Ed. La Découverte) et "Cochons d'or" (Quae).

 

Sujet polémique par excellence, la rupture avec l’élevage industriel cristallise entre deux conceptions du monde. Danielle Even, productrice de porcs dans les Côtes d’Armor et présidente de la Chambre d’agriculture du département, témoigne des évolutions en cours dans la production porcine classique. Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue sociologue (INRA), réclame une rupture radicale et un retour à l’élevage en lieu et place des productions animales actuelles.

 

  • Yann Kerveno, journaliste. Danielle Even, pouvez-vous nous raconter rapidement l’histoire de votre exploitation ?

 

  • Danielle Even. Je suis installée en production porcine avec mon mari et deux salariés. Nous avons un élevage de trois cents truies. Parler d’histoire familiale, c’est une chose à laquelle nous tenons particulièrement, parce que l’histoire de la famille, notamment celle de mon mari, explique aussi pourquoi nous faisons les choses. Mon mari est fils d’agriculteurs d’une petite commune des Côtes d’Armor. Il vient d’une famille de sept enfants, dont quatre souhaitaient être agriculteurs. Dans les années 80, pour avoir la possibilité de s’installer en agriculture, il y avait cette option de devenir éleveur de porcs. Ce qu’il a choisi de faire. Dans une exploitation somme toute classique, en Bretagne, avec très peu de terres. Mes beaux-parents avaient une petite exploitation laitière de trente hectares, qui a été reprise par mon jeune beau-frère. Avant je travaillais dans le social, mais il y a 15 ans maintenant, j’ai rejoint mon mari sur l’exploitation.

 

  • Y. Kerveno. Jocelyne Porcher, une question un peu personnelle également. Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ces thématiques, et notamment celle de la souffrance au travail dans les élevages ?

 

  • Jocelyne Porcher. En fait, j’ai été éleveuse de brebis, puis j’ai repris une formation agricole en Bretagne. J’ai été amenée à travailler en porcherie industrielle. Comme j’avais été éleveuse de brebis, dans ce que j’appelle l’élevage, je me suis trouvée plongée dans un système que j’appelle production animale - et non pas élevage,  même pas élevage industriel-, dont le but est de produire de la matière animale. Et non pas d’élever les animaux. Voilà, le cœur de mon sujet est de différencier l’élevage et les productions animales. Et je pense que ce dont parle ma voisine relève de la production animale et non pas de l’élevage.

 

  • Y. Kerveno. On le voit vous parlez deux langues presque différentes. Nous allons donc essayer, sinon de vous faire vous rejoindre, au moins de pouvoir discuter. Danielle, quelle rupture peut-on opérer aujourd’hui dans la production porcine et pourquoi ?

 

 

C’est très instructif et ça met en perspective l’extrême difficulté d’opérer une rupture rapide avec le modèle hyper-productif aussi bien dans les productions animales très intégrées hors-sol ou lourdement  dépendantes d’intrants ou les grandes cultures.

 

Pour la vigne et le vin, si l’on veut bien tenir compte d’une réalité qui dérange : l’hyper-dépendance de la masse des vins produits au marché domestique et à un système de distribution qui privilégie les volumes et pèse lourdement sur les prix, le virage est entamé et la tendance est de plus en plus lourde pour qu’il débouche sur une viticulture propre, plus respectueuse de son environnement.

 

Restera ensuite la boîte noire du chai, du mode de fabrication du vin, et là les vins nature constituent le « petit caillou dans les grosses grolles des gros faiseurs opportunistes. »

 

Vive les emmerdeurs !

Renverser la table ou changer le couvert sous les pavés du cochon tout n’est pas bon : le débat de Lyon sur les vins à poils ferment de la Révolution !
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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 06:00
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand

Rappelez-vous, ce fut l’une des grandes batailles comme nous les aimons : l’interdiction de faire des feux de cheminée dans Paris et sa banlieue. Même la Ségolène du Poitou s’en était mêlé.

 

Tout est rentré dans l’ordre : « Que vous habitiez Paris ou la banlieue, vous avez le droit de faire de cheminée chez vous. L'interdiction prise en 2014 a finalement été annulée par les préfectures concernées. »

 

Il fait froid et alors ?

 

Le 13 janvier 1985 : le Groupe de Liaison Anti-Gel, animé par Basile de Koch, et Frigide Barjot, organisait une Manifestation contre le froid au métro Glacière.

 

Slogans : « Verglas assassin, Mitterrand complice ! », « A bas la calotte glaciaire ! »

Les temps ont bien changé depuis…

 

Alors avec le froid rester chez soi, écouter de la musique, prendre un livre et à l’heure du déjeuner s’offrir une platée de pomme de terre en chemise, en robe de chambre ou en robe des champs.

 

Au temps où j’habitais dans les bois ma cheminée était si grande que j’aurais pu y faire cuire un cochon de lait mais à Paris le conduit a été obturé par la copropriété alors mais braves patates se contenteront de cuire dans de l’eau salée.

 

De l’art de peler une patate en robe des champs par Francis Ponge.

 

« Entre le gras du pouce et la pointe du couteau tenu par les autres doigts de la même main, on saisit, après l’avoir incisé par l’une de ses lèvres, ce rêche et fin papier que l’on tire à soi pour le détacher de la chair appétissante du tubercule.

 

L’opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s’y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible.

 

Le léger bruit que font les tissus en se décollant est doux à l’oreille et la découverte de la pulpe comestible réjouissante. »

 

Je pratique avec brio le pelage à chaud de la pomme de terre en robe des champs.

 

Ensuite c’est le délice du mariage de sa chair avec un bon beurre cru de baratte salé.

 

Mais à propos c’est quoi une patate ?

 

C’est officiellement une MORELLE TUBÉREUSE, de la famille des solanacées, une tribu qui compte aussi bien tomate, aubergine et piments.

 

« Son tubercule consiste en une portion renflée de rameau souterrain dans laquelle des réserves se sont accumulées. »

 

« Les tubercules de la pomme de terre se présentent, selon les espèces, sphériques, ovoïdes, oblongs, allongés ; certains deviennent plus gros que le poing. L’Institut de Beauvais est de chair ivoire revêtue d’une peau ambre, rosée autour des yeux. La saucisse de pulpe paille s’habille de rouge. La négresse, sous sa pelure noire, apparaît violette. La quarantaine, dans une enveloppe mauve, excipe d’un intérieur jaune ; la rose hâtive, sous un épiderme saumoné, se montre éminemment blanche. »

 

« La pomme de terre se cultive aussi pour sa fleur, dont la couleur peut aller du clair au sombre. Celle de la Fluke apparaît d’un pourpre profond ; celle  de l’Erstetingen, blanc verdâtre, celle de la Pépo, rose, celle de la Belle de Fontenay, bleue, celle de la Jubé, mauve. Il existe aussi des espèces à fleurs de teinte lilas ou jaune pâle ou éclatant.

 

Le violet vif d’autres fleurs fait somptueusement valoir des étamines d’un or rutilant. »

 

Mais d’où-je tire cette science de la patate ?

 

Je vous le donne en mille : d’un petit livre jaune de Jean Follain

 

« célébration de la pomme de terre »

 

Un petit bijou écrit en 1965

Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand

À la réception du manuscrit en novembre 1965, Robert Morel (l’éditeur), écrit sur le champ à Follain : « Quelle surprise ! Quelle bonne surprise ! J’ai dévoré votre pomme de terre. La surprise fut double. À chaque tournant, je me disais : le poète va sortir son violon ! Eh non, vous avez tenu bon, jusqu’au bout, et vous avez laissé la parole à la seule pomme de terre : c’était une gageure. »

 

En effet Follain dans son livre « mélange avec jubilation les références érudites et populaires, Roland Barthes et Paris-Match, François Marrec et Francis Ponge, le général de Castrie et la grand-mère Heussebrot, faisant fi des hiérarchies et dans un désordre savamment orchestré. »

 

À acquérir et lire absolument !

 

Et comme je suis un bon garçon je vous fais profiter de mon déjeuner :

Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand
Comme un lundi neigeux à mettre des patates en robe des champs sous la braise d’un grand feu de bois accompagnées de Vuletta et Viola odorata  de Claire Naudin-Ferrand

Jean Follain

 

Un poète peuplé d’attente et d’enfance

 

« Homme d’un terroir, homme d’une enfance qui le hante, ou voyageur sans regret - liseur infatigable, de la comptine aux Pères de l’Église, ou heureux par toutes choses qui se passent du langage - homme du monde et grand causeur, homme à l’écart et taciturne : Jean Follain est tout cela, sans donner pour autant l’impression d’être particulièrement déchiré.»

 

ICI 

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 06:00
Chronique pour une monstrueuse poussée d’ego : merci Alain Weill pour vos beaux cadavres exquis… dont un Pape Noir…

Ma sainte mère rêvait de me voir endosser la soutane pour des raisons complexes sur lesquelles je ne m’étendrai pas.

 

Face à ses tendres assauts appuyés par le curé-doyen de la paroisse Saint Jacques au tout début, étant déjà doté d’un bel ego, je lui répliquais que pourquoi pas si je devenais un jour pape.

 

Puis, la montée de sève aidant ma réplique jetant ma pauvre mère dans l’affliction : « J’aime trop les filles. »

 

Ça n’a pas changé depuis.

 

Mais revenant de mon camp de naturistes, après avoir fait le job au mieux de ma forme  lors du débat d’Antonin, je baguenaudais devant mes plus chers amours d’aujourd’hui : les livres. Dès le matin j’avais repéré un petit opus au titre noir : Cadavres exquis d’Alain Weill

 

Ne pas confondre avec l’Alain Weill le patron de Next-radio dont fait partie BFM.

 

Donc j’achètai l’opuscule que je glisse dans mon sac à dos.

 

Il pleuvait sur Lyon.

 

Je marchais vers l’horrible gare Perrache stigmate de la grande époque Louis Pradel.

 

La dualité des gares à Lyon fait que vous ne savez jamais vraiment où terminer votre voyage.

 

J’avais choisi la Part-Dieu mais le matin j’avais opté pour Perrache pour rejoindre à pied le camp des naturistes au Palais de la Bourse. Trajet plus intéressant.

 

À l’aller je dû changer de rame à la Part-Dieu sinon j’aurais filé vers la ville honnie des Lyonnais : Saint-Etienne.

 

Le soir idem, j’étais abonné aux Verts.

 

Donc, suite à ces je monte, je descends, bien calé dans mon fauteuil de 1er je réalisais une première photo d’un flacon de haute extraction.

Chronique pour une monstrueuse poussée d’ego : merci Alain Weill pour vos beaux cadavres exquis… dont un Pape Noir…

Puis, alors que la rame s’ébranlait je feuilletais Cadavres Exquis.

 

Soudain  je tombais sur le Pape Noir.

 

Et ça donnait ceci :

Chronique pour une monstrueuse poussée d’ego : merci Alain Weill pour vos beaux cadavres exquis… dont un Pape Noir…
Chronique pour une monstrueuse poussée d’ego : merci Alain Weill pour vos beaux cadavres exquis… dont un Pape Noir…

Hé oui, toujours à la pointe de l’info j’avais commis le 24 octobre 2011

 

Le Pape Noir est un blanc qui crèche de l’autre côté du pont d’Avignon : le taulier est allé au Verre Volé pour le vérifier sans être excommunié!

 

ICI 

 

Vous vous doutez bien que mon ego prenait 4 ou 5 degrés sur l’échelle de Richter de l’orgueil. Je bichais. Je réchauffais dans ma petite Ford d’intérieur mon moi.

 

Il faut dire que dans le camp retranché des naturistes je croisais beaucoup de fans qui venaient me serrer la pince et tailler une petite bavette.

 

Même que l’Olivier Horiot poussait loin le bouchon.

 

Et sur Twitter la belle Isabelle Perraud du Beaujolo écrivait :

 

isabelle perraud ‏@cotedelamoliere  19 hil y a 19 heures

Merci @letaulierN1, tu as posé le débat et tu es 100% dans le juste #salonrue89lyon

 

Belle journée pour votre Taulier avec cerise sur le gâteau la réception d'un petit SMS venu d’une contrée bien ventée mais c’est une autre histoire...

 

Chronique pour une monstrueuse poussée d’ego : merci Alain Weill pour vos beaux cadavres exquis… dont un Pape Noir…
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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, pour Bayrou Sarkozy est « abusé par sa propre angoisse et sa propre fuite en avant » et Dati traite Hortefeux de facho !

L’hiver se pointe en cette fin de semaine mais c’est toujours chaud à droite, la NKM a balancé au Nico lors du débat « Je t'ai vu de près, et justement maintenant, je suis candidate contre toi. »

 

Réponse de talonnettes : « Si j'avais été réélu en 2012, je pense que Nathalie se serait fait violence pour m'accompagner encore. (...) Je ne regrette pas ta nomination, Nathalie. Je ne suis pas sûr de le refaire, mais je ne regrette pas ta nomination. »

 

Retour gagnant :

 

« Quand on veut être exemplaire, il faut l'être complètement. (...) Tu sais, parfois, c'est pas mal d'écouter ce que disent les autres. »

 

Ils s’aiment.

 

Le jour de la  Toussaint il faisait beau, Paris sentait presque le sable chaud, nous étions assis en terrasse sirotant des Irish Coffee bien tassés, les fumeurs tiraient sur de longs Puros. Les trottoirs étaient encombrés de chrysanthèmes. Le Community Manager de Nicolas Sarkozy en profitait pour tweeter le faire-part de décès d'Alain Juppé pour ce jour de tous les Saints. Mais jusqu’où iront-ils ?

 

.@alainjuppe vous souhaite une belle #Toussaint à tous ! #fairepartdedécès

— Sacha Straub-Kahn (@StraubKahnSacha) 1 novembre 2016

 

Les roquets aboient mais la caravane passe. Nous jouissons du moment. Même s’il ne faut jamais crier victoire avant le jour J, l’état d’angoisse des portes-flingues, des demi-soldes du Nicolas est déjà une victoire. Ce sera, le jour dit, du moins nous l’espérons, et nous y travaillons, le plus grand motif de satisfaction de notre opération Chartrons.

 

Le bonze du Béarn qui n’est jamais aussi bon qu’avec  sa plume l’avait déjà mouché. Le déplumé de Chamalières affirmait à juste raison qu’une élection présidentielles, au deuxième tour, gagne au Centre. Ça reste toujours vrai, et d’autant plus vrai que l’extrême-droite est quasiment assuré d’y être. Le choix entre deux extrémistes n’a rien de rassurant. Alors va pour le rassemblement avec le vieux Juppé. Le moindre mal.

 

Donc, un de chute, reste l’autre protagoniste du remake annoncé. Et c’est là que le Mélanchon pointe le bout de son nez en exposant ce jour au Figaro l’analyse que j’avais développé devant mes troupiers lors du mémorable dîner des Climats.

 

Que dit-il ?

 

Hollande sera candidat en 2017 avec une logique "lui ou le chaos"

 

« Je suis un opposant de la première heure et donc peu surpris par la façon dont ce quinquennat se termine avant la date. On m'a beaucoup reproché au début de dire crûment les choses mais on s'aperçoit à la fin du quinquennat que c'est encore pire que ce que j'annonçais »

 

« Pour autant François Hollande n'a rien perdu de sa centralité, il ne faudrait pas s'y tromper. Il reste le personnage clef du PS, sa clef de voûte et son point de rencontre le plus évident. Sa logique est assez simple: au PS, c'est lui ou le chaos! »

 

« Ou il se présente et il n'y aura qu'un seul candidat socialiste, ou il ne se présente pas et il y en aura plusieurs. Dans tous les cas, je me sentirai conforté dans le choix que j'ai fait de partir tôt et de construire une opinion informée et éduquée autour de ma candidature »

 

Mais là où il se fait des illusions le Mélanchon c’est que sa stratégie le placera dans la pire des positions : celle d’un bon troisième. C’est bon pour l’ego mais on reste sur le carreau. Le Jean-Luc, qui connaît bien la boutique de la rue de Solférino, se place pour récupérer les morceaux du PS. Stratégie à la Mitterrand après la déroute de Gaston Deferre à la Présidentielle de 1969 où Pompidou triompha de ce pauvre Poher.

 

La méthode Coué plait aux militants  Mélenchon souligne « tout le chemin qu'il reste à faire » mais dans l’emballage final le handicap se révèlera insurmontable quoiqu’il en dise « Mais il est vrai qu'à partir du moment où je suis troisième dans le tableau, mon rôle change (...) Tout est mis en doute. Il y a un lien entre la perte d'autorité de l'État, les manifestations de nuit des policiers et la décrédibilisation totale du président de la République. Alors, je rassure »

 

Laissons se faire la décantation et revenons au maire de Pau :

 

Après les attaques et les insultes, ma réponse à Nicolas Sarkozy

 

UN AFFRONTEMENT FONDATEUR

 

On ne peut qu’être frappé par l’obsession Bayrou qui chez Nicolas Sarkozy, alors qu’il est en perdition devant Alain Juppé dans les sondages, a envahi tous les discours et toutes les émissions, et les tribunes signées de ses séides rameutés.

 

Des heures de diatribes, culminant à Marseille en ce cri enfin arraché à la foule et rapporté par une journaliste présente : « Bayrou saloperie ! ».

 

À cette obsession, d’abord, on a peine à croire, on s’interroge sur la stratégie : comment une force qui se croit si considérable se sent-elle menacée à ce point par ce qu’elle prétend mépriser ? N’y aurait-il pas là en réalité un dangereux et révélateur aveu de faiblesse ? Et puis l’on réfléchit, et l’on se dit que si la question a pris une telle importance, c’est qu’elle doit couvrir un affrontement fondateur, une confrontation essentielle qui appelle à trancher d’une ligne politique et de l’avenir d’un pays.

 

On doit donc entrer dans le fond de cet affrontement, car il est porteur de sens. On doit le faire sérieusement car c’est un affrontement sérieux, et sans ire superflue : en démocratie, il n’est pas besoin de se haïr pour se combattre.

 

J’appartiens aux trois millions de Français qui n’étaient pas de gauche et qui ont voté contre le renouvellement du mandat de Nicolas Sarkozy. Mon vote a eu un écho, un retentissement que j’assume. En 2007, j’avais voté blanc. Mais l’exercice des cinq années de mandat et la conduite de la campagne de 2012 m’ont convaincu, comme ces millions de compatriotes, qu’une réélection du président sortant ouvrirait la porte à des dérives encore accentuées et que nous ne voulions pas voir.

 

Et ce n’est pas parce que le quinquennat suivant a été porteur de tant de faiblesse et de tant d’errances que cela efface les raisons de notre choix.

 

Nous n’avons rien oublié de la gravité des raisons qui nous ont convaincus à l’époque : les atteintes graves et répétées aux principes de notre vie en commun, les abus de pouvoir et l’orientation de la campagne entièrement conduite pour opposer les Français entre eux. Ces raisons étaient impérieuses. Elles reposaient toutes non pas sur des a priori, mais sur des faits indiscutables et désormais prouvés. Elles faisaient craindre pour l’intégrité de notre pays, pour l’image de nos institutions, pour notre démocratie. Elles étaient fondées : qui sait où nous en serions arrivés si une réélection-surprise avait livré le pays à l’ivresse d’un succès construit sur tant de dérives ?

 

Ce qu’il y a de fascinant aujourd’hui, c’est que ces traits de caractère, ces pratiques, tous les concurrents de la primaire les dénoncent aujourd’hui, peu ou prou, chacun à leur manière, mais à l’unisson, eux qui ont vu de près l’ambiance et la manière de ces cinq années de pouvoir. Ce qui devrait faire réfléchir y compris les esprits partisans.

 

Mais l’affrontement ne porte pas sur le passé seulement, ce serait trop simple. En ce qu’il porte sur l’avenir, il est encore plus grave et plus profond. Comment quelqu’un qui a été président de la République et qui aspire à le redevenir peut-il se comporter de la sorte ? Comment peut-il en arriver à cette violence de chaque minute, lâchant des insultes avec un mépris affiché, crachant sur ceux qui ne votent pas pour lui, n’hésitant pas à leur enjoindre sans crainte du ridicule de « se taire », n’hésitant pas en un moment où la sécurité est menacée et la police déstabilisée à qualifier Bernard Cazeneuve de « ce qui nous sert de ministre de l’intérieur » ?

 

J’essaie de comprendre ce qui sous-tend ce mépris, cette violence, cette perpétuelle exagération de caricature et j’y découvre des différences de conception qu’il convient d’assumer.

 

C’est de la démocratie d’abord qu’il est question dans cet affrontement. Pour Nicolas Sarkozy, visiblement, la fin justifie toujours les moyens. Pour moi, je crois que les moyens utilisés, quand ils sont bas, contaminent le but qu’on prétend atteindre. Pour lui, le pouvoir est une domination, et la conquête des électeurs se paie par l’hystérie… C’est exactement le contraire de ce que je pense et d’ailleurs aussi le contraire de la ligne qu’il affichait dans les discours qu’on lui faisait lire en 2007 : « je demande à mes amis de me laisser libre, libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique et qui parfois nous a combattus. Parce que lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp ! » Voilà ce qu’il piétine !

 

L’excitation du sectarisme et de l’intolérance, c’est aussi un affrontement sur la conception même du pouvoir présidentiel. Pour moi, un chef d’État est un chef de famille. Les chefs de famille, au masculin comme au féminin, ont souvent à prendre des décisions rudes, sans se laisser détourner de leur devoir, des décisions franches, sans se laisser impressionner par des résistances infondées.

 

Mais il est une chose que chef de famille on n’a pas le droit de faire, c’est d’asseoir son pouvoir sur la division de la famille, de la susciter et de l’entretenir, de monter le frère contre le frère, les proches les uns contre les autres.

 

La ligne stratégique de Nicolas Sarkozy a constamment été, pour gagner des voix, pour mobiliser des foules d’électeurs autour de lui, de faire flamber la division dans son pays. Au service de ce choix, il a fait feu de tout bois : les partis, la gauche, la droite, la nationalité, l’origine, la religion, le vêtement, la nourriture, l’Islam toujours.

 

Faire de la division du pays le principe de l’action présidentielle, c’est manquer à la mission première qui est d’assurer la concorde civile, de rassembler les forces et de les ordonner pour faire face aux tempêtes. L’écriture le dit depuis la nuit des temps : « toute demeure divisée contre elle-même périra ».

 

C’est pourquoi, pour moi, un président qui n’est pas un rassembleur n’est pas un président.

 

Et cela a une traduction simplement politique. Ce qu’affirme Nicolas Sarkozy à longueur de meetings, c’est que le pouvoir qu’il ambitionne, il veut le construire contre, contre le centre indépendant, contre la gauche quelle qu’elle soit, contre ceux qui n’auraient pas voté pour lui à telle ou telle échéance, et que ce pouvoir doit s’exercer, tout le temps qu’il durera, contre ceux qu’il doit réduire et en fait soumettre.

 

C’est le contraire de ce que je pense. Encore davantage dans les temps que nous vivons. J’affirme qu’une telle conception du pouvoir serait demain vouée à l’échec. Nous vivons une des crises les plus graves et les plus décourageantes que notre pays ait connues depuis longtemps. Six millions de Français l’éprouvent dans le chômage, tout le monde s’interroge sur les régimes sociaux, la menace terroriste est partout présente, l’éducation nationale est déstabilisée. Qui peut prétendre que ce soit par le sectarisme, appuyé sur un parti politique agressif à l’égard de tout ce qui n’est pas strictement aligné sur ses ukases, donc par définition minoritaire, qu’un exécutif, quel qu’il soit, redressera le pays ?

 

Face à Nicolas Sarkozy j’affirme que cette ligne politique est nuisible à la France, et qu’il convient de choisir la ligne exactement inverse : trancher, oui, avancer, oui, décider oui. Mais prendre au sérieux et respecter même les autres, les grands courants du pays, même ceux avec qui on est en désaccord, même ceux que l’on a combattus ou qu’on combat, rassembler tous ceux qui acceptent de participer à la reconstruction, affirmer leur légitimité, convaincre chaque fois que nécessaire, plutôt que contraindre.

 

J’affirme même, à l’encontre de Nicolas Sarkozy, et je défendrai cette ligne, que tous ces grands courants du pluralisme français, très à droite, très à gauche ou très au centre, doivent être représentés dans nos institutions, même ceux avec lesquels je suis le plus en désaccord et en affrontement. D’abord parce qu’ils représentent bien plus de citoyens que ceux qui nous gouvernent depuis des décennies, mais surtout parce que c’est leur droit imprescriptible de citoyens de défendre des idées différentes. C’est leur droit de citoyens d’avoir leur mot à dire lorsque les décisions se prennent, même s’ils ont des nuances, ou des divergences. Rien ne justifie que la règle majoritaire empêche la représentation des minorités. La démocratie aide souvent à prendre de meilleures décisions que le pouvoir dérisoirement autoritaire.

 

Enfin il y a, si possible, encore plus grave à mes yeux : il y a un contresens sur l’idée même de peuple. Nicolas Sarkozy évoque dans cette campagne, jour après jour, un peuple frustré, dont il prétend s’appuyer pour justifier sa violence sur la prétendue réalité de la vie et dont il exprimerait tout haut ce que ce peuple penserait tout bas ; en réalité, il y a dans cette vision un profond mépris du peuple. Il y a une idée péjorative, une condescendance, une mésestime consciente ou inconsciente, pour le peuple considéré comme une troupe qu’il convient de mener par les plus bas des sentiments, ceux du rejet et de l’insulte, du fanatisme et de l’aboiement contre les boucs émissaires.

 

J’affirme au contraire que ce peuple que Sarkozy n’a jamais approché, au milieu duquel il n’a jamais vécu, avec lequel il n’a jamais passé ni une semaine, ni un jour sans caméras, ni en une ferme, ni en un quartier ouvrier, ni en une famille d’enseignants, ni chez des artisans, le peuple chez nous, qui y sommes nés, qui y avons grandi et travaillé, le peuple n’est pas ce qu’il veut en faire. Le peuple, contrairement à ce qu’il croit, n’est pas une masse qu’il convient de fouetter de passions et de prendre par le bas, par les instincts, par les mots qu’on jette avec un rictus, par l’excitation contre les boucs émissaires que l’on livre l’un après l’autre en pâture. C’est le contraire.

 

En face de lui, j’affirme ceci qui est l’essentiel, pour un président de la République comme pour un citoyen : le peuple a besoin d’être estimé et d’estimer, le peuple, le vrai et le seul, mérite qu’on lui parle à la hauteur de son histoire et de la dignité de ses enfants.

 

Et contrairement à ce que croit Nicolas Sarkozy, tout cela est parfaitement compris, parfaitement ressenti. Et je crois qu’il se trompe sur le fond. Je crois que Nicolas Sarkozy, abusé par sa propre angoisse et sa propre fuite en avant, passe à côté de l’essentiel. Je crois que ce qu’il agresse et qu’il stigmatise dans le soutien que j’ai décidé d’apporter à Alain Juppé, c’est précisément ce qu’un grand nombre de Français cherche et attend : des politiques qui soient animés d’esprit civique, qui soient capables de s’unir et de se rassembler quand l’essentiel est en jeu. Et par là-même, ces millions de Français comprennent que cette entente est une promesse : une fois l’élection acquise, ils auront une garantie, le nouveau Président de la République les entendra et on les respectera. Ce n’est pas la brutalité qu’ils veulent, ce n’est pas la violence, c’est la volonté et la compréhension des difficultés et des attentes de chacun.

 

Les Français ont tout saisi sans avoir besoin d’explications complémentaires. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas assez violent, assez clivant, assez injurieux que Sarkozy décroche, c’est précisément parce que tout le monde voit toute la faiblesse que révèle un tel comportement. Et c’est pour cette raison que les Français, de droite, du centre et d’ailleurs, malgré la logique partisane de la primaire, s’apprêtent à lui dire non. Une deuxième fois. »

 

Alain Rousset, président de la Nouvelle-Aquitaine

 

Ambiance samedi soir à Cenon à l'occasion des Universités de l'engagement du PS. À la tribune, le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset a prononcé un discours qui n'a sans doute pas laissé de marbre le premier secrétaire du Parti Socialiste Jean-Christophe Cambadélis, présent dans la salle.

 

Rien ne semble aujourd'hui apporter une réponse au sentiment de déclin qui est le sentiment général de la France. [...] Et pour ce qui nous concerne, à gauche, au PS et dans les formations politiques qui sont avec nous, ce sentiment d'incompréhension. Rien ne semble apporter une réponse, et surtout pas les incantations sur le chômage dont la courbe se retourne, ou sur la croissance qui revient. Celui notamment qui s'exprime là-dessus depuis cinq ans devrait la fermer. Il ne nous a pas aidés. Il a un boulot à faire, mais à un moment donné, les Français ressentent autre chose.

 

« Salut le facho! » L'incroyable texto de Rachida Dati à Brice Hortefeux

 

« Salut le facho, [...] Soit tu me lâches soit je vais déposer l’assignation qui date de deux ans dans laquelle tu figures avec d’autres pour atteinte à ma vie privée et écoutes illicites [...]

 

« De plus, je vais dénoncer l’argent liquide que tu as perçu pour organiser des rdv auprès de Sarko lorsqu’il était président, des relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine, l’emploi fictif de ton ex à la Caisse d’Epargne grâce à Gaubert (...), et je peux continuer avec les avantages que tu as eus et as encore à l’UMP à l’insu de ceux qui paient. »

 

Nicolas Sarkozy était en copie de ce texto. Son directeur de cabinet, Michel Gaudin, cherche alors à joindre Rachida Dati. Comme il était lui aussi sur écoutes, l'échange téléphonique se retrouve dans le dossier dévoilé par Mediapart.

 

« Il faut quand même que tu fasses gaffe quand même… Envoyer des messages pareils… », lance Michel Gaudin à la maire du 7e arrondissement de Paris. « Mais parce que c'est la vérité ! », réplique Rachida Dati, qui enchaine: « Ce que j'ai mis dans le texto, je l'ai fait, je l'ai fait à dessein parce que c'est vrai. (…) Il prenait des rendez-vous chez Sarko, et il faisait payer les gens. D'ailleurs, il m'a pas répondu parce qu'il sait que c'est vrai. Et sa bonne femme qui a été recrutée à la caisse d'épargne par Gaubert, c'est vrai aussi. »

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