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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 07:00

 

Le désarroi, tel fut le sentiment qui s’abattit sur beaucoup d’intervenants de la place de Bordeaux suite à la réception entre les deux rives. « Mais où voulait-elle en venir cette diablesse sans jupon ? Le savait-elle au moins, grinçaient les plus obtus. Les plus aigus, eux, attendaient stoïquement la prochaine livraison de Marie. Voldemort, lui, plaçait ses pions. Surtout ne rien laisser paraître, tisser tel une araigne sa toile, attendre que l’imprudente s’y englue. Rendons tout de même à la vérité que les idées de Marie firent leur chemin dans les esprits les plus éclairés et, fort discrètement, sur les deux rives, des petits groupes en discutèrent, sans pour autant dévoiler la sympathie que cette Marie de Saint-Drézéry leur inspirait. Les seuls grands absents du débat furent, comme à l’accoutumée, ceux que par facilité nous désigneront sous le vocable « journalistes du vin ». Ils étaient tous en vacances. Seuls quelques bloggeurs par l’odeur du buzz alléchés se fendirent de posts : Lalau toujours prompt à dégainer en pleine nuit, à 3 heures 15 très précisément, lorsque la dépêche Reuters tomba sur son télescripteur de poche posé sur sa table de nuit ; Antonin le basque bondissant fut plus vindicateur que jamais même si cette Marie venait impunément piétiner ses plates-bandes ; dans les 5 du Vin Michel WS quittant pour un temps la môme Carignan donna  un sacré coup de chapeau à celle qu’il surnomma la reine du Petit Verdot ; Hervé Bizeul toujours à l’affut des idées neuves invita Marie à venir chez lui partager le pain et le sel, et la Petite Sibérie aussi. Et pendant ce temps-là Marie arpentait ses vignes. S’imprégnait. Posait des questions. Noircissait son petit calepin de notes. Paul de Candolle, lui, préparait la seconde phase de la blitzkrieg avec le think tank « Sans Interdit » où, un drôle d’escogriffe bien connu des services officiels, tenait lieu dans la plus grande discrétion bien sûr, d’éminence grise. Juillet touchait à sa fin et un matin, en suçotant sa paille, Marie face à Lénine qui s’étirait et à Tintin au Congo qui sifflotait la Paimpolaise, pensa « Ils sont tous à Ferret, je vais me payer le luxe de les tirer de leur farniente » et se saisissant de son Iphone elle balança un SMS à Paul de Candolle : « feu vert pour l’opération « un peu de vent dans les branches de sassafras » Avant qu’elle ne rengaine son téléphone Marie fut hélé par la cuisinière marocaine « Mademoiselle, y’a encore le monsieur Leclerc des magasins qui voudrait vous causer... 

- Encore lui ce casse-couilles...

- Qu’est-ce je lui réponds au monsieur casse-couilles ?

- Rien Aziza je vais le prendre l’appel de ce gros malin dans le salon. « Tel est pris qui croyait prendre » je vais le ferrer...

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 07:00

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Sur la vidéo Marie, micro-cravate, entourée de ses chefs de culture se promenait dans ses vignes. Elle ne s’embarrassa pas de circonvolutions elle alla droit au but.  Si Marie s’était contentée d’annoncer une simple baisse, même forte, de ses prix, la place de Bordeaux ne se serrait pas autant émue. La mécanique qu’elle venait d’enclencher était beaucoup plus subtile car la conjonction de son retrait des primeurs, de son refus des allocations au négoce et de la programmation d’une forte baisse modulée, suivant un savant calcul qu’elle détaillait, et étalée sur trois années, plaçait les propriétaires haussiers en porte-à-faux. Pour les courtiers la messe semblait dite, Marie avait annoncé la couleur « Pourquoi m’encombrerais-je d’un entremetteur pour fixer mes prix ? Moi la tendance je m’en balance tout comme ce que mijotent mes concurrents. Je connais mes prix de revient et l’important pour moi est de pouvoir financer mes investissements, qu’ils soient physiques ou commerciaux. Me goinfrer et faire du surprofit ne m’intéresse pas. » Ce froid langage glaça d’horreur ceux qui espéraient voir en Marie une Cigale dispendieuse. D’ailleurs, avec son ton gouailleur, elle avait signifié qu’elle ne partait pas au combat sans d’importantes réserves de munitions. « Je succède à cinq fourmis, des vrais, des âpres au gain, des qui vivaient chichement sur des matelas bourrés d’or. Moi, jusqu’ici, sans faire grand-chose de mes dix doigts, je vivais de trois fois rien qui était déjà beaucoup. Comme vous l’ai dit je sais et j’adore compter alors, ne comptez donc pas sûr moi ni pour dilapider le capital qui vient de me tomber dessus, ni gonfler un bas de laine comme une grosse reine. Nous allons faire du vin, des vins, et nous allons les vendre au plus prêt de ceux qui peuvent ou qui veulent les consommer. Sans doute allez-vous me trouver prétentieuse mais me contenter de jouer à la châtelaine, très peu pour moi ! Bien sûr, mon expérience commerciale est mince : vendre de la charcuterie au Monoprix de la rue de Rennes doit vous paraître à la portée de n’importe quelle grande idiote de mon acabit. Franchement, sans vouloir vous vexer, croyez-vous vraiment que vendre certains de vos GCC à des prix astronomiques est une tâche qui requiert des compétences particulières ?  Vu l’emballement actuel ce n’est pas du commerce qui se fait ici mais plutôt du nursing pour nouveaux riches. Bien sûr tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et, sans être vraiment à la peine, beaucoup de mes chers confrères ne pètent pas dans la soie. Donc c’est clair ne comptez pas sur moi pour participer à cette version financière de la Grande Bouffe de Ferreri. Ceci dit, qui trop embrasse mal étreint, que les maisons de négoce se rassurent je ne souhaite pas les mettre hors-jeu. Simplement il leur faudra me persuader que le service qu’elles m’apportent justifie le passage de nos vins en bouteilles par eux pour être distribués dans certains pays. Même si vous me prenez pour une nase, je sais cela. Que je sache nous ne sommes à la Bourse des Grains de Chicago ou sur le marché spot du Brent mais rien qu’à Bordeaux. Moi j’aime les contacts directs, la vie quoi. Pas des jeux d’écritures ou des ordres donnés au téléphone. Enfin si j’ai choisi  de m’exprimer par ce moyen un peu déshumanisé c’est pour que vous puissiez m’écouter tranquillement chez vous hors d’une assemblée où, sans vouloir vous offenser, il facile à certains d’emporter l’adhésion. Sachez que j’ai pour principe de dire ce je fais et de faire ce que je dis, alors si ce que je dis vous déplaît ma porte est grande ouverte...

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 07:00

cle-usb-tour-eiffel-1goPour une surprise ce fut en effet une grosse surprise, oui ! En effet, dans l’enveloppe les propriétaires découvrirent une simple clé USB Eiffel Tower posée sur une belle feuille de vigne en papier aluminium accompagnée d’un petit post-in « Belle et douce nuit à tous » Des oh de désappointement fusèrent, un « ah, la petite garce » jaillit d’une bouche d’ordinaire plus amène, des rires nerveux secouèrent des poitrines formatées à la retenue, une dame plus que pompette se mit à valser seule sur les accords du « Beau Danube bleu. Le grand Eric, profitant d’un blanc, plaça d’une voix de stentor un aphorisme qui jeta plus encore le trouble dans l’assistance « Quand on ne sait pas, on a peur.» Les plus inquiets, sans vouloir l’avouer, étaient ceux qui ne savaient pas utiliser une clé USB. Attendre le lendemain matin que leur fidèle et dévouée collaboratrice, celle qui sait si bien tout faire, introduise cette foutue puce dans le ventre de l’ordinateur, équivalait au supplice de Tantale. Réveiller le petit dernier en pleine nuit pour lui demander de faire la manip équivalait à une capitulation sans condition lourde de conséquences pour l’avenir. Bref, la lenteur exaspérante de la barquasse provoquait des prises de bec entre époux. Dans le bateau pour Blaye dont le temps de traversée était plus court Voldemort se contentait de glisser la clé dans la poche de son veston en pensant qu’il venait de trouver un adversaire à sa mesure et qu’il lui fallait vraiment tout mettre en œuvre pour contourner l’obstacle, l’affronter de face, comme allaient le faire tous ces boutefeux, relevait de la charge de la brigade légère. François des Ligneris proposait à la cantonade de venir terminer cette belle soirée à l’Envers du Décor et qu’il se ferait un plaisir de projeter le contenu de la clé USB sur un bel écran plat. Hormis ses habituels affidés, dont je tairais le nom de peur de les compromettre, les autres s’engouffrèrent dans leurs puissantes autos pour foncer jusqu’à leurs châteaux. Ensuite, comme lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, le réseau sans fil fut chauffé à blanc, les appels se croisaient, se buttaient aux boîtes vocales, les sms volaient, rebondissaient. Les plus modernes lancèrent même sous des pseudos des philippiques sur Twitter pour tenter de discréditer Marie de Saint-Drézéry. Au petit matin une dépêche de Reuters tombait  « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 07:00

Dans la longue chenille qui regagnait l’embarcadère les conversations allaient bon train. Beaucoup se gaussaient « C’est une folle furieuse. Les occasions de se réjouir sont si rares ma chère. Vraiment, il y a fort longtemps que je ne m’étais autant amusé... Nous faire boire du vin de France et du Vin de Pays de l’Hérault, il fallait l’oser, non... J’avoue que le de Moor très frizzante m’a ravi et le Champagne de Boulard est franchement un petit bijou. » Les « ma chère » jugeaient que l’ébouriffée savait recevoir, service impeccable, mets simples mais raffinés, et puis tout de même ce vin de pays de l’Hérault très ligérien formait un couple ravissant avec le Coucou de Rennes. Un peu en retrait, la petite poignée de ceux qui s’estimaient les maîtres du beau troupeau devisaient avec sérieux. « Ils ne pouvaient continuer de subir les diktats de cette grande sauterelle sans réagir l’heure était venue de lui clouer le bec et de reprendre la main. Voldemort – tel était son surnom hors de ses oreilles –, lui, restait silencieux. Son atavisme familial lui dictait la circonspection : avant de faire de Marie une ennemie jurée mieux valait tenter de se concilier avec cette astucieuse. Bien évidemment il se garda bien d’exprimer son sentiment profond à ses très chers collègues, bien au contraire sur sa face lisse et compassée il laissa transparaître des signes d’approbation courroucée. L’héritière et l’héritier de qui vous savez ne savaient pas sur quel pied danser d’autant plus qu’ils s’étaient fait chier toute la soirée en se disant que Marie de Saint-Drézéry avait une chance inouïe de ne pas avoir à subir la tutelle de ses ascendants. La chenille se scinda en deux : la Rive Gauche et la Rive Droite. Sur le pont de chacun des « petits navires » se tenaient quelques membres du club du troisième âge de Saint-Emilion pour la rive droite et de Listrac pour la gauche que Marie avait conviés à la réception. Discrets, nul ne les avaient remarqués, ils avaient beaucoup apprécié de côtoyer autant de beau linge et jouèrent à merveille leur rôle de distributeurs de la « pochette surprise » Celle-ci, cachetée à la cire, était logée dans de belles enveloppes en papier recyclé violet et il fut demandé aux récipiendaires de ne l’ouvrir qu’au signal donné par le capitaine : un coup de corne de brume. Les disciplinés majoritaires surveillant du coin de l’œil les impatients nul ne se risqua à enfreindre la consigne. Les bateaux appareillèrent avec la lenteur de limaces. Des haut-parleurs diffusaient en sourdine le « Beau Danube bleu », l’ambiance était joyeuse et rieuse, même que certains se laissèrent aller à quelques grivoiseries jusqu’au moment où le grand Éric actionna sa trompe suivi en écho par celle de François.

 

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 07:00

photoaligotee.jpgDès qu’elle descendit de l’estrade Marie fut très entourée. Ce fut le bal des faux-culs. Tous pensaient « elle est givrée ! » et les plus lèche-bottes s’exclamaient :

« Quel panache ! »

« Vous apprenez vite ! »

« Vous allez faire des adeptes ! »

« Quelle classe, bravo ! »

« Excellente prestation, mes félicitations ! »

Les plus âpres se taisaient en se félicitant que dans quelques temps de beaux arpents de vignes seraient à l’encan. Les plus futés la scrutaient sans aménité car il sentait que cette grande duduche, qu’ils avaient sous-estimée, n’était pas allé jusqu’au bout de sa logique et qu’elle leur préparait un coup de Jarnac. La dame permanentée d’un de ces messieurs se permit de faire remarquer au cercle des sceptiques qu’ils n’avaient pas tout à faire tort de se montrer circonspect car, pointant son index sur le carton d’invitation elle lut « la pochette-surprise sur le bateau du retour » Le menu était affiché, les tables numérotées et chaque convive avait reçu un carton sur lequel il était porté.

 

MENU : Patchwork de tomates anciennes à la mozzarella di Buffala de Caserte

                Coucou de Rennes méli-mélo de vieilles patates

                Fromages : Boulette d’Avesnes, Maroilles et Salers

                Dessert : feuilleté de fraises des bois

VINS : À Ligoter tirage de printemps 2010 Vin de France O de Moor 

             Vin de Pays de l’Hérault 2010 Catherine Bernard

              Champagne Les Rachais  brut nature Francis Boulard       

 

Vous décrire le placement aux tables des uns et des autres serait fastidieux et sans intérêt mais Paul de Candolle, à l’instar de ce qui s’était fait pour l’inauguration du chai de Cheval Blanc, avait formé les tables en fonction de la hiérarchie des GCC. Simplement, pour mettre un peu de piment, chacune de ces tables étaient présidées par les amis de la Marie : le grand Éric à la table number one, François des Ligneris à la 2, la baronne G à la 3, Patrick Hoÿm de Marien à la 4, Patrick Baudouin à la 5, Marc Parcé à la 6, Catherine Bernard à la 7, Luc Charlier à la 8... et ainsi de suite. La grande surprise de la soirée fut que Marie n’était à aucune table car, micro à la main, elle assurait l’ambiance en allant de table en table. Lorsqu’à l’approche du dessert Catherine Ringer et ses musiciens montèrent sur l’estrade l’ambiance était chaude bouillante et même que certains, d’ordinaire coincés de chez coincés, oubliant les menaces à venir se laissèrent aller à frapper dans leurs mains et quelques couples improbables se formèrent pour danser des rocks endiablés. La bienséance m’interdit de les mentionner.          

 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 07:00

Chocololo-3620.JPG« Ma première décision va sans doute vous surprendre mais je la trouve, bien au contraire, conforme au respect que l’on doit au vin et à ceux qui le font. Aucun de nos châteaux ne présentera ses vins à la dégustation dite des Primeurs. Je suis une prématurée. J’ai passé quelques semaines en couveuse, ce qui ne m’a pas empêché de pousser comme une asperge ou de la folle avoine si vous préférez, alors je souhaite que les vins présentés aux dégustateurs soient ceux qui seront effectivement dans les bouteilles mises sur le marché.

 

Dans un souci d’égalité d’accès au marché comme disent les nazes de l’OMC – dixit le Michel – nous ne pratiquerons plus le système des allocations au Négoce de la Place de Bordeaux... »

Là, il y eut un oh !

 

« Je sais, comme le disait à tort et à travers un candidat président « c’est une vraie rupture, j’en conviens aisément. Cependant, le système de commercialisation que nous sommes en train d’étudier sera une forme de vente directe très innovante. Ce soir je ne puis vous en dire plus car je réserve mon annonce au  négoce de la place... »

Là, il y eut des ah !

 

« Pour vous mettre plus encore l’eau à la bouche, si je puis m’exprimer ainsi face au gotha des GCC, je peux quand même vous dire que nous pratiquerons des ventes en duo avec des châteaux moins renommés que nous mais dont l’excellence n’est plus à prouver. En un raccourci un peu rapide nous nous inspirerons du système de la Romanée-Conti. Sans vouloir jouer les donneuses de leçon, ce qui serait de ma part une forfaiture, j’estime que le haut du panier des Grands Crus Classés ne peut se désintéresser du sort du gros du peloton. Même si dans le monde des affaires ce mot n’est pas de saison je me veux solidaire.

Là, il y eut des ricanements.

 

«  Je sens vraiment que je vais finir sous vos applaudissements comme disait l’ex-premier mari de Cécilia. Bien sûr je plaisante. Reste encore à vous dire que nous n’élaborerons plus de second vin, et bien évidemment de troisième ou même de quatrième comme certains de nos éminents et prestigieux confrères.

Là, il y eut des rires.

 

« Pour sûr mon comique de répétition porte ses fruits. Ne vous privez pas je suis de très bonne composition. Donc très chers confrères tous les vins qui n’iront pas dans nos grands vins seront assemblés en Vin de France par nos amis de la coopérative emblématique d’Embres&Castelmaure dont le président, Patrick Hoÿm de Marien est ici présent. La première cuvée issue de la prochaine récolte portera le nom de NOAH, clin à mon ami Yannick et symbole d’un cépage réprouvé, et l’étiquette sera imaginée par Vincent Pousson qui lui n’a pu être des nôtres car il souffre du mal de mer.

Là, il y eu des applaudissements.

Merci de votre attention et maintenant passons à table... »  

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 00:09

Un soir je me suis décidé à appeler le père de Marie et je suis tombé sur Francesca qui, loin de me faire des reproches sur mon si long silence, m’a répondu comme si nous nous étions quittés la veille. Tout allait bien pour elle, Paris était une ville merveilleuse, le grand homme (le père de Marie pour ceux qui prennent ce récit en route) la sortait presque tous les soirs dans son monde d’artistes et d’écrivains et l’avait fait inscrire à la Sorbonne où elle entamait un cycle d’Histoire médiévale. Je me contentais de lui dire que j’allais rentrer à Paris à la fin de la semaine. Francesca laissa échapper « Quel bonheur ! » et moi de répondre que ce ne serait que pour un tout petit moment. Son bref silence m’a mis mal à l’aise mais très vite Francesca embrayait sur ce que nous allions faire ensemble. Entre Chloé et Francesca mon choix était déjà fait, je suis un vieux chien fidèle qui ne sait que suivre ses vieux instincts. J’irais en Italie, sans enthousiasme, pour tenter de tirer Chloé de ce merdier où elle se complaisait. Elle et moi étions complaisants, installés que nous étions dans notre autodestruction. Notre génération se croyait investie d’une mission libératrice alors qu’elle s’est contentée de brûler ses propres navires pour le plaisir morbide du feu purificateur. Nous voulions tout détruire, faire table rase, assainir, purifier, mais nous n’avions rien d’autre à proposer que des discours obscurs, des solidarités groupusculaires, des vies sans chair. Nous avons eu, comme seuls stigmates, beaucoup de sang sur les mains ou sur la conscience, et beaucoup ont fui leur responsabilité, la queue entre les jambes, couards verbeux, abjurateurs comme Battesti.

photode-G.jpg 

Le dernier soir à l’hôtel de la Marine en sirotant un dernier Calvados je suis tombé sur un reportage d’une certaine Françoise Berger qui, dans le Figaro, relatait le « chemin de croix de Lorraine », dixit le Canard, de l’Association pour la fidélité à la mémoire du général de Gaulle présidée par Pierre Lefranc. Un grand moment de ce que notre vieux pays sait faire : se fabriquer des images d’Epinal et dresser des statues Saint-sulpiciennes :

« Quelques morceaux de bois plantés en terre ont tout changé : Colombey-les-Deux-Eglises appartenait à ses habitants Colombey-les-Mille-Croix appartenait aux Français.

- ... Voici des fleurs, des feuilles et des branches.

- Et puis voici mon cœur.

Partout des croix de Lorraine faites de branches, de planches, de matière plastique, de métal recouvertes de lierre, d’immortelles, de lauriers, ornées ou peintes des trois couleurs. Une forêt pour rendre hommage au chêne abattu.

Devant la tombe, la procession défile lentement. Beaucoup se signent. La grande plaque de pierre blanche n’a pas changé depuis un an. L’inscription « Charles de Gaulle, 1890-1970 » n’a même pas pâli.

Au sortir du petit cimetière, c’est le début de la « longue marche » : quelques centaines de mètres sur un large chemin tout neuf pour atteindre « la montagne ». Elle mesure tout juste quatre cents mètres de haut qui suffisent pour dominer l’Europe couchée sur une table d’orientation. Moscou est à 2400km, Constantinople à 2100km, Athènes à 1950km, Berlin à 795km. Colombey se donne des allures de centre du monde. En face s’étende la magnifique forêt d’Orient où s’initiaient les Templiers.

Pendant plus d’une heure, les genoux s’enfoncent dans la terre humide, un léger coup de marteau retentit. On croirait assister à quelque rite païen en voyant s’aligner ces symboles multicolores.

Certains plantent timidement leur offrande. D’autres la déposent avec des gestes solennels. Quelques bricoleurs comparent même en connaisseurs la perfection des réalisations. On dirait un jeu naïf et enfantin. Mais c’est aussi une prise de possession. »

 

Lorsque j’ai retrouvé le grand homme, toujours vert mais soucieux, et que j’ai fait référence à cette idolâtrie, il a levé ses grands bras au ciel « Mon garçon, oui c’est un grand chêne abattu, la France des notaires, des Indépendants-Paysans, des rentiers a aiguisée la hache et maintenant le petit peuple sait bien que le pays va être livré aux affairistes. Rien en face d’eux, les socialistes ne sont que des pleutres qui vont se faire bouffer par ce manipulateur de Mitterrand, les communistes ne sont plus qu’une nomenklatura aveugle et obtuse menée par un démagogue. Reste plus qu’aux plus immondes à relever la tête : la vieille droite nationale, antisémite et populiste ne tardera pas à relever la tête. Vous êtes des jeunes cons qui vous épuisez dans des luttes stupides à Billancourt derrière ce faux-derche de Sartre. C’est Camus qui a raison ! Vous méprisez le peuple alors qu’il a besoin de vous. Qu’allez-vous tirer de votre gangue ? De l’opportunisme mon garçon, vous serez les valets des nouveaux maîtres qui nous gouverneront dans la froideur et l’indifférence de leur conseil d’administration. De Gaulle ne vivait que pour la grandeur de la France, il nous a légué des commis de ce qu’on appelle maintenant des multinationales... »

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 07:00

photoB15.jpg

Les plus gros courtiers et les grands négociants étaient furax de ne pas être invités au pince-fesses du « hérisson » et ils ruminaient leurs mesures de rétorsion. Quelques-uns, clients de Paul de Candolle, prirent contact avec lui discrètement en son nouveau cabinet pour tenter d’obtenir une invitation en prétextant, pour certains, qu’ils étaient aussi propriétaires de GCC. Ils reçurent pour toute réponse de celui-ci « Mes chéris notre Marie ne veut pas mélanger les torchons et les serviettes, vous êtes ses obligés. Il va falloir vous y faire et je vous suggère de l’inviter à la prochaine réunion de vos syndicats. Je puis vous assurer qu’elle ira... » Ça sentait à plein nez les éléments de langage, l’enfumage, les plus outrés se tournèrent sitôt vers Alain Juppé, le maire, pour qu’il veuille bien actionner son compère du Grand Emprunt, Michel Rocard, avec qui il venait même d’écrire un livre au titre très sexy : La politique telle qu’elle meure de ne pas être. Ils furent assez fraîchement accueillis. « Messieurs, revenez à la raison, mademoiselle de Saint-Drézéry, même si elle vous défrise un peu, est libre du choix de ses invités. Je n’ai pas envie de lire dans le Canard Enchaîné que le Ministre des Affaires Etrangères  a joué les messieurs bons offices par l’entremise de Michel Rocard auprès d’une péronnelle qui, vous en conviendrez, sous ses airs de grande nunuche, semble mener sa barque avec détermination et discernement. Et puis, de toute façon, en ce moment Rocard est injoignable, il fait le compte des populations de manchots empereur dans les terres australes... » Déconfits, outrés, ils se replièrent en bon ordre et décidèrent en bureau de leurs syndicats respectifs qu’il était urgent d’attendre. Le jour dit, sur les quais de Bordeaux et sur ceux du port de Blaye, la fine fleur des deux rives se pressait pour embarquer sur les bateaux affrétés par de Candolle pour le compte de Marie. Sur le premier, ils furent accueillis par un Eric Cantonna martial dans une tenue de Grand Amiral de la Flotte Impériale Russe. Lénine, le chat de Marie, se tenait à ses côtés dans un panier d’osier. Sur l’autre rive c’est François des Ligneris, vêtu comme un Cap-hornier, qui tint le rôle flanqué de Tintin au Congo qui débitait quelques jurons cultes du capitaine Haddock. La baronne G, très entourée eu égard à sa présence au fameux déjeuner de l’Envers du décor, racontait à ces messieurs abasourdis entretenir une correspondance régulière avec un certain Luc Charlier, néo-vigneron grand admirateur du Léon à barbichette. En retrait, les dames de ces messieurs soupiraient, s’éventaient, l’une d’elle se risquait même à dire : « j’ai bien peur que nous fuissions sur le Titanic... »  

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 07:00

20110126114317.jpgPaul de Candolle avait sauté à pied joint sur la proposition de Marie, laissant à son premier clerc la gestion de l’étude il fit un aller-retour éclair à Londres pour renouveler sa garde-robe de fond en comble chez Vivienne Westwood. En rentrant il annonça à Marie-Charlotte son épouse son intention de faire part de son un coming-out dès le lendemain dans Sud-Ouest. L’enseigne de sa nouvelle agence : Paul&John permis d’identifier très vite l’heureux élu, un rejeton des Chartrons qui fumait la moquette tout en dilapidant la fortune accumulée par son grand-père. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans Bordeaux et sur les deux rives, dans les châteaux l’angoisse était à son comble, tout ça c’était d’après eux l’effet « hérisson ». Le surnom de Marie était descendu de Paris jusqu’à Bordeaux via l’acheteur vins de Monoprix qui l’a connaissait car elle l’avait un jour dépanné pour une animation de foire aux vins. Tous les propriétaires des GCC avaient reçu le carton d’invitation du « hérisson » au « Bal des Vampires » sur le refuge de l’île de Patiras au coeur de l’Estuaire de la Gironde au pied du phare link. L’illustration du carton était de Christophe Blain le co-auteur avec Abel Lanzac de la bande dessinée culte Quai d’Orsay : chroniques diplomatiques mettant en scène le grand agité dont Jacques Chirac avait fait un Premier Ministre. En en tête une citation d’Héraclite « La sagesse : dire le vrai et agir selon la nature » puis les réjouissances :


- accueil des invités : coupe de Cerdon Bartucci ou de Mont Blanc du domaine Belluard

- les petites annonces de la patronne

- souper fin (costume de ville et pas de chichi pour les dames)

- un pot pourri des Rita Mitsouko par Catherine Ringer

- la pochette-surprise sur le bateau du retour

 

Des deux rives, et Marie l’avait manuscrit de sa main, partiraient des bateaux afin que cette soirée sur cette île, atypique et mystérieuse mais hospitalière, marque un réel trait d’union et devienne le symbole du renouveau de Bordeaux. Que faire ? Ne pas y aller équivalait à une déclaration de guerre. Y aller c’était passer sous les fourches caudines de cette gourgandine. Les partisans du boycott furent vite mis en minorité lors de la réunion de l’UGCC. L’affaire fut pliée dès que l’on sut que Bernard Arnault y enverrait sa fille, François Pinault son fils et que Christian Moueix s’y rendrait en personne.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 07:00

photoB14.jpg

 

Me de Candolle dressait pour Marie l’état de sa fortune. Le magot accumulé par les tantes et oncles, faisait d’elle, même une fois déduits les droits de succession, bien allégés par le locataire de l’Elysée, une des plus beau parti de ce pays. Lénine se plaisait dans les vignes alors que Tintin au Congo se familiarisait avec les jurons locaux. Il s’était pris d’amour pour la nouvelle cuisinière marocaine du château. L’heure était pour Marie aux grandes décisions : fixer le prix des primeurs du millésime 2010. Le commandant de gendarmerie lui avait confié, sous enveloppe cacheté, une page déchirée du calepin de son oncle Philémon sur laquelle il avait couché, de son écriture fine et pointue, les chiffres adoptés lors du tragique déjeuner. Pour mettre de l’ordre dans ses idées elle enfourcha son vélo, qu’elle avait fait venir de Paris par DHL, et s’en fut pédaler sur le plateau de Pomerol. 730 hectares, 180 châteaux reliés par des petites routes sinueuses. Marie s’asseyait sur une borne de Pétrus. Elle se souvenait d’une déclaration de Jean-Pierre Moueix qu’elle venait de lire dans un des tous premiers numéros de l’Amateur de Bordeaux « Croyez-moi, en ce temps-là (celui de son père), ça ne se vendait pas comme ça, d’une pichenette... Petrus, le plus cher du monde ? Fallait-il que certains grands crus aient quelques faiblesses pour que Petrus gagne sa place ! Non ! Ce qui fait son succès, je crois, c’est l’expérience et la qualité professionnelle de ceux qui le font, et c’est sans doute la marge que je laisse aux revendeurs. ». Tout près une grue tendait sa flèche au-dessus des murs du nouveau chai. Marie sortait son petit carnet de moleskine, recomptait, repensait à ce que lui disait souvent Eric « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer ». Indignez-vous clamait ce bon Stéphane Hessel mais était-ce suffisant ? Non Marie se sentait une âme entrepreneuriale : elle allait faire ! Bâtir un modèle économique qui retrouverait du sens. Faire des grands vins pour qu’ils soient bus par le plus grand nombre. Produire de la valeur certes pour la pérennité de sa boutique, mais respecter les grands équilibres. Elle appelait Me de Candolle « Paul ça vous dirait de devenir mon attaché de presse ? »  

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