Le désarroi, tel fut le sentiment qui s’abattit sur beaucoup d’intervenants de la place de Bordeaux suite à la réception entre les deux rives. « Mais où voulait-elle en venir cette diablesse sans jupon ? Le savait-elle au moins, grinçaient les plus obtus. Les plus aigus, eux, attendaient stoïquement la prochaine livraison de Marie. Voldemort, lui, plaçait ses pions. Surtout ne rien laisser paraître, tisser tel une araigne sa toile, attendre que l’imprudente s’y englue. Rendons tout de même à la vérité que les idées de Marie firent leur chemin dans les esprits les plus éclairés et, fort discrètement, sur les deux rives, des petits groupes en discutèrent, sans pour autant dévoiler la sympathie que cette Marie de Saint-Drézéry leur inspirait. Les seuls grands absents du débat furent, comme à l’accoutumée, ceux que par facilité nous désigneront sous le vocable « journalistes du vin ». Ils étaient tous en vacances. Seuls quelques bloggeurs par l’odeur du buzz alléchés se fendirent de posts : Lalau toujours prompt à dégainer en pleine nuit, à 3 heures 15 très précisément, lorsque la dépêche Reuters tomba sur son télescripteur de poche posé sur sa table de nuit ; Antonin le basque bondissant fut plus vindicateur que jamais même si cette Marie venait impunément piétiner ses plates-bandes ; dans les 5 du Vin Michel WS quittant pour un temps la môme Carignan donna un sacré coup de chapeau à celle qu’il surnomma la reine du Petit Verdot ; Hervé Bizeul toujours à l’affut des idées neuves invita Marie à venir chez lui partager le pain et le sel, et la Petite Sibérie aussi. Et pendant ce temps-là Marie arpentait ses vignes. S’imprégnait. Posait des questions. Noircissait son petit calepin de notes. Paul de Candolle, lui, préparait la seconde phase de la blitzkrieg avec le think tank « Sans Interdit » où, un drôle d’escogriffe bien connu des services officiels, tenait lieu dans la plus grande discrétion bien sûr, d’éminence grise. Juillet touchait à sa fin et un matin, en suçotant sa paille, Marie face à Lénine qui s’étirait et à Tintin au Congo qui sifflotait la Paimpolaise, pensa « Ils sont tous à Ferret, je vais me payer le luxe de les tirer de leur farniente » et se saisissant de son Iphone elle balança un SMS à Paul de Candolle : « feu vert pour l’opération « un peu de vent dans les branches de sassafras » Avant qu’elle ne rengaine son téléphone Marie fut hélé par la cuisinière marocaine « Mademoiselle, y’a encore le monsieur Leclerc des magasins qui voudrait vous causer...
- Encore lui ce casse-couilles...
- Qu’est-ce je lui réponds au monsieur casse-couilles ?
- Rien Aziza je vais le prendre l’appel de ce gros malin dans le salon. « Tel est pris qui croyait prendre » je vais le ferrer...

Pour une surprise ce fut en effet une grosse surprise, oui ! En effet, dans l’enveloppe les propriétaires découvrirent une simple clé USB Eiffel Tower posée sur une belle feuille de vigne en papier aluminium accompagnée d’un petit post-in « Belle et douce nuit à tous » Des oh de désappointement fusèrent, un « ah, la petite garce » jaillit d’une bouche d’ordinaire plus amène, des rires nerveux secouèrent des poitrines formatées à la retenue, une dame plus que pompette se mit à valser seule sur les accords du « Beau Danube bleu. Le grand Eric, profitant d’un blanc, plaça d’une voix de stentor un aphorisme qui jeta plus encore le trouble dans l’assistance « Quand on ne sait pas, on a peur.» Les plus inquiets, sans vouloir l’avouer, étaient ceux qui ne savaient pas utiliser une clé USB. Attendre le lendemain matin que leur fidèle et dévouée collaboratrice, celle qui sait si bien tout faire, introduise cette foutue puce dans le ventre de l’ordinateur, équivalait au supplice de Tantale. Réveiller le petit dernier en pleine nuit pour lui demander de faire la manip équivalait à une capitulation sans condition lourde de conséquences pour l’avenir. Bref, la lenteur exaspérante de la barquasse provoquait des prises de bec entre époux. Dans le bateau pour Blaye dont le temps de traversée était plus court Voldemort se contentait de glisser la clé dans la poche de son veston en pensant qu’il venait de trouver un adversaire à sa mesure et qu’il lui fallait vraiment tout mettre en œuvre pour contourner l’obstacle, l’affronter de face, comme allaient le faire tous ces boutefeux, relevait de la charge de la brigade légère. François des Ligneris proposait à la cantonade de venir terminer cette belle soirée à l’Envers du Décor et qu’il se ferait un plaisir de projeter le contenu de la clé USB sur un bel écran plat. Hormis ses habituels affidés, dont je tairais le nom de peur de les compromettre, les autres s’engouffrèrent dans leurs puissantes autos pour foncer jusqu’à leurs châteaux. Ensuite, comme lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, le réseau sans fil fut chauffé à blanc, les appels se croisaient, se buttaient aux boîtes vocales, les sms volaient, rebondissaient. Les plus modernes lancèrent même sous des pseudos des philippiques sur Twitter pour tenter de discréditer Marie de Saint-Drézéry. Au petit matin une dépêche de Reuters tombait « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie »
Dès qu’elle descendit de l’estrade Marie fut très entourée. Ce fut le bal des faux-culs. Tous pensaient « elle est givrée ! » et les plus lèche-bottes s’exclamaient :

Paul de Candolle avait sauté à pied joint sur la proposition de Marie, laissant à son premier clerc la gestion de l’étude il fit un aller-retour éclair à Londres pour renouveler sa garde-robe de fond en comble chez Vivienne Westwood. En rentrant il annonça à Marie-Charlotte son épouse son intention de faire part de son un coming-out dès le lendemain dans Sud-Ouest. L’enseigne de sa nouvelle agence : Paul&John permis d’identifier très vite l’heureux élu, un rejeton des Chartrons qui fumait la moquette tout en dilapidant la fortune accumulée par son grand-père. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans Bordeaux et sur les deux rives, dans les châteaux l’angoisse était à son comble, tout ça c’était d’après eux l’effet « hérisson ». Le surnom de Marie était descendu de Paris jusqu’à Bordeaux via l’acheteur vins de Monoprix qui l’a connaissait car elle l’avait un jour dépanné pour une animation de foire aux vins. Tous les propriétaires des GCC avaient reçu le carton d’invitation du « hérisson » au « Bal des Vampires » sur le refuge de l’île de Patiras au coeur de l’Estuaire de la Gironde au pied du phare 